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Fusillés ou déportés

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  • / Terres de mémoire

Par Christian Sonon

Se souvenir des deux guerres mondiales, c’est aussi avoir une pensée pour les civils que l’occupant a fusillés ou emprisonnés parce qu’ils avaient osé entraver sa marche et aider leur pays à se libérer. Les noms de ces résistants sont eux aussi gravés un peu partout en Belgique.

On ne peut décemment repartir sur les traces des deux guerres mondiales dans notre pays sans s’arrêter sur ces combattants de l’ombre qui risquèrent eux aussi leur vie pour que leurs compatriotes puissent retrouver la saveur de la liberté. En cette année de commémoration, le public pourra découvrir certains hauts lieux de la Résistance et se faire raconter des actes de bravoure. La ville de Theux a ainsi choisi de braquer les projecteurs sur le hameau de Bronromme, à Desnié, qui abrita une branche de l’Armée secrète, tandis qu’à l’autre extrémité de la Wallonie, le musée du Folklore, à Tournai, se penche sur quatre héroïnes locales : Louise de Bettignies et Gabrielle Petit (1e Guerre mondiale), Marguerite Bervoets et Andrée Desmedt (2e Guerre mondiale). Dans leur ouvrage Sur les traces de 14-18 en Wallonie, Daniel Conraads et Dominique Nahoé ont consacré 12 pages à la résistance civile. Mais si le travail de celle-ci durant la Seconde Guerre mondiale nous est relativement connu, nous savions peu de choses sur la façon dont elle opérait durant la Grande Guerre. L’imparfait est de mise après avoir posé la question à Dominique Nahoé.

Qui étaient ces résistants belges en 14-18 et quelles étaient leurs tâches ?
D.N. — Avant tout, il s’agissait de personnes qui refusaient l’occupation. Les réseaux de renseignements qu’ils ont été amenés à créer ou à rejoindre avaient trois types de missions : fournir des informations aux services secrets belges, français ou britanniques, faire passer la frontière des Pays-Bas aux militaires évadés afin qu’ils puissent rejoindre les combattants alliés dans le nord de la France et véhiculer des messages et lettres aux soldats belges de l’autre côté de l’Yser. Souvent, les trois actions étaient combinées.

Ils n’étaient pas armés comme en 40-45 ?
D.N.
— Non. Ils ne combattaient pas, ne se retranchaient pas dans le maquis, n’accomplissaient pas – à de très rares exceptions près – des actes de terrorisme. Les seules attaques qu’ils perpétraient parfois étaient des sabotages, sur les trains par exemple. Ces réseaux étaient très bien structurés et compartimentés, ce qui n’a pas empêché des infiltrations.

Un exemple de réseau notoire ?
D.N.
— Si Louise de Bettignies a créé le réseau « Alice », actif dans la région de Lille et Tournai, le plus grand réseau belge était « La Dame Blanche », que l’on doit au Liégeois Dieudonné Lambrecht, un jeune chef d’entreprise qui, dès décembre 1914, initia le mouvement en communiquant aux services secrets des informations relatives aux passages des convois allemands. Des renseignements qui transitaient par Maastricht, véritable nid  pour les espions de toute nationalité. Quand il fut arrêté, puis exécuté en avril 1916, c’est son cousin Walthère Dewé, un ingénieur aux Télégraphes et Téléphones, qui prit sa succession. De par son métier, il était très bien placé pour espionner. « La Dame Blanche » comprenait un millier d’agents. C’était l’un des réseaux les plus sûrs, puisque seulement 45 de ses membres ont été arrêtés.

Il était également l’un des plus féminisés…
D.N.
— Il était logique que les femmes soient très bien représentées puisqu’elles ne sont pas parties se battre. Elles avaient en outre un atout : les Allemands se méfiaient moins d’elles. En revanche, si elles se faisaient prendre, leur peine était la même que celle des hommes : après un simulacre de procès en Belgique, c’était l’exécution ou la prison dans des pénitenciers ou des baraquements en Allemagne. Dans des endroits qui, sans en avoir le nom, avaient déjà les tristes caractéristiques d’un camp de concentration !

Combien de résistants ont-ils été arrêtés ?
D.N
. — Les statistiques font état de 1500 condamnations assorties d’un emprisonnement et de 300 exécutions. Sur un total de 6000 à 7000 espions et espionnes belges. Un mot que les femmes n’aimaient guère, car il évoquait Mata-Hari. Elles lui préféraient celui d’agent secret.

TROIS PORTRAITS DE FEMMES RÉSISTANTES

Gabrielle Petit
Tournai, 1893 — Bruxelles, 1916

L’infirmière Gabrielle Petit a marqué les esprits par son courage et son jeune âge. En 1915, son fi ancé désirant rejoindre l’armée belge retranchée derrière l’Yser, elle réussit à s’échapper avec lui via les Pays-Bas. Arrivée en Angleterre, elle suit une courte formation en espionnage et accepte d’accomplir des missions secrètes. Dès juillet, elle recueille et transmet aux états-majors alliés les positions et les mouvements des troupes ennemies dans le secteur de Maubeuge et de Lille. Elle est arrêtée par les Allemands et fusillée à Bruxelles, le 1er avril 1916. Une statue à la mémoire de la jeune héroïne a été érigée place Saint-Jean, à Bruxelles, ainsi que dans sa ville natale. Plusieurs rues belges portent également son nom. À Tournai, des manuscrits originaux de Gabrielle Petit sont présentés au public.

Marguerite Bervoets
La Louvière, 1914 — Allemagne, 1944

Professeur de français, diplômée de philosophie et lettres à l’ULB, Marguerite Bervoets rejoint en 1941 le groupe de résistance « Les cinq clochers », à Tournai. Elle prend part à des actions de renseignement et d’exfiltration de pilotes alliés. En août 1942, elle est surprise avec une amie à photographier des batteries antiaériennes sur le champ d’aviation de Chièvres. Elle est emprisonnée à Mons, puis transférée à la prison nazie de Wolfenbüttel où elle sera guillotinée le 7 août 1944. L’athénée de Mons où elle fit ses trois dernières années d’humanités porte aujourd’hui son nom.

Rachel Bouffa
Comblain-au-Pont, 1882 — Ravensbrück, 1945

En septembre 1942, Marie Rachel Bouffa habite la ferme de la Chapelle, à La Reid (Theux), quand l’Armée secrète décide d’organiser un groupe local de résistance armée. Rapidement engagée, elle transforme son habitation en cachette pour accueillir les résistants repérés, prisonniers évadés et aviateurs alliés traqués par l’ennemi. Sa ferme devient également un asile pour une famille juive de 1942 à 1944. Capturée par les Allemands, elle est déportée au camp de Ravensbrück où elle est fusillée le 1er février 1945. Elle a été reconnue « Juste parmi les Nations ».

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