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L’aéronautique et le spatial illuminent le ciel wallon

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Wallonie

Par Christian Sonon

Avec un peu plus de deux milliards de chiffre d’affaires, le secteur aérospatial n’occupe qu’une petite place sur la carte de l’industrie belge. Mais une place stratégique, puisque quasi tous les programmes des avionneurs et motoristes occidentaux ainsi que ceux de  l’Agence spatiale européenne transitent par notre territoire.


Secteur industriel de pointe à très haute valeur ajoutée et promis à des développements très porteurs, l’aérospatial (l’aéronautique et le spatial) est aujourd’hui l’un des axes de développement de la Wallonie, de quelques-unes de ses plus grandes entreprises et de tout un tissu de PME technologiques, innovantes et proactives. Mais connaît-on vraiment ces acteurs qui portent bien haut les couleurs de notre région ? L’aéroport de Charleroi, qui voit désormais défiler plus de sept millions de voyageurs par an, et l’Euro Space Center de Transinne, qui fait tourner la tête de ceux et celles qui rêvent d’espace, sont les enseignes les plus connues du grand public. Et puis ?... Et puis, il y a quelques entreprises dont le nom échappe à beaucoup, mais dont le rayonnement est visible des deux hémisphères, comme la Sonaca, la SABCA, Thales, Safran, Amos…

Et si l’on scrute le ciel wallon avec un télescope, on verra avec ahurissement qu’une grosse centaine d’entreprises et de centres de recherche complètent la galaxie. Des entreprises qui sont actives dans la recherche, le développement et la production aussi bien d’éléments de fuselage (cellulistes), de moteurs (motoristes) et de systèmes électroniques et de logiciels (équipementiers), mais qui ont également développé un savoir-faire dans la réparation, la maintenance et la modernisation d’avions et d’hélicoptères. Au point de réaliser plus de 60% du chiffre d’affaires du secteur en Belgique.

Pour tenter d’y voir clair dans cet univers en pleine extension, nous avons rencontré Pierre Sonveaux, le président de Skywin, le pôle de compétitivité aérospatial, et de l’EWA (Entreprises wallonnes de l’Aéronautique).

 

PIERRE SONVEAUX
BIO EXPRESS 

— Naissance à Tournai, 71 ans

— Diplôme d’ingénieur commercial (Université de Mons-Hainaut)

— Marié, 3 enfants et 8 petitsenfants

— Il débute sa carrière chez Solvay en tant qu’analyste financier. Il sera ensuite directeur de la division ferroviaire à la Brugeoise et Nivelles, puis directeur de la division mécanique chez CMI (Cockerill Maintenance Ingénierie)

— En 1995, il est choisi pour être chef de cabinet du ministre de l’Economie Robert Collignon (alors ministre-président de la Région wallonne). Le premier dossier qu’il trouve sur son bureau est celui de la Sonaca, alors en difficulté financière, dont il deviendra le président dès 1996.

— Principales fonctions actuelles : président des CA de la Sonaca, du pôle de compétitivité Skywin et des EWA (Entreprises Wallonnes de l’Aéronautique).

D’où vient notre savoir-faire en la matière en Belgique ?

p.s. — Le secteur aéronautique s’est développé chez nous, comme chez nos voisins, à partir des contrats militaires. Ce furent d’abord la SABCA en 1920, puis la SABENA en 1923, qui s’installèrent à proximité du champ d’aviation militaire de Bruxelles, à Haren. Puis la Sonaca, ou plutôt son ancêtre Fairey, qui opta en 1931 pour le plateau de Gosselies, parce qu’il y avait là une petite société, la SEGA, qui y avait développé une école de pilotage (développée par le Commandant Jacquet, par ailleurs as de la Première Guerre mondiale, NDLR) et un atelier d’entretien d’avions.

L’implantation du constructeur britannique sur le sol belge est le fruit de compensations économiques demandées par notre gouvernement en échange de l’achat d’avions Fairey Firely pour la Force aérienne belge. Après la Seconde Guerre mondiale, Fairey/Sonaca et la SABCA ont repris le travail dans le métier de reconfiguration d’avions achetés par la Belgique, puis, à partir des années ‘50, en participant aux programmes militaires. C’est ainsi que ces deux sociétés, devenues les fers de lance du secteur en Belgique, ont acquis une expertise en matière de fabrication de pièces et d’assemblage d’avions. De nombreux programmes militaires (Gloster, Metor, Hawker, Hunter…) ont ensuite rempli leur carnet de commandes, dont le fameux contrat des F-16 (116 avions commandés en 1975 pour remplacer les F-104G et 44 en 1983 pour remplacer les Mirage, NDLR) qui, à nouveau par le jeu des compensations, a contribué à l’essor de ces deux sociétés et, en aval, par le jeu des sous-traitances, au développement du secteur aéronautique wallon autour de Gosselies.

Quels sont les atouts des entreprises wallonnes aujourd’hui ?

p.s. — Leur spécialité. Pour être compétitif dans ce secteur, il faut en effet avoir un produit phare que l’on peut vendre si possible à l’ensemble de l’industrie et occuper avec celui-ci une position de leader. C’est ce qu’on appelle une stratégie de niche. Le contrat des F-16 l’illustre bien. Les industriels ne se sont pas reposés sur ses retombées, mais ils ont compris qu’à partir de cette base d’activités qui leur était assurée, il fallait développer une stratégie afin de se repositionner sur le marché avec une autre activité plus pointue. La Sonaca s’est ainsi spécialisée dans les systèmes de bord d’attaque d’aile, la SABCA Gosselies dans l’entretien et la remise à niveau d’équipements militaires, Safran à Herstal, dans les compresseurs basse pression pour moteurs, Siemens Samtech à Liège, dans les simulations numériques, Thalès à Charleroi et Euro Heat Pipes à Nivelles dans les systèmes de puissance pour satellites, Amos et le Centre spatial de Liège dans les systèmes optiques, Spacebel et Deltatec dans les softwares de gestion satellitaire... Toutes ces entreprises et bien d’autres ont su élaborer une stratégie adaptée aux caractéristiques du secteur et aux facteurs de compétitivité propres à la Belgique. De l’étranger, elles sont synonymes de dynamisme et d’innovation. Et ouvertes aux partenariats, ce qui est également un atout.

LE SECTEUR EN WALLONIE

CHIFFRE D’AFFAIRES
1,600 000 000 €
soit 1,35 milliard dans l’aéronautique
et 250 millions dans le spatial

EMPLOIS
7 000
Soit 5 500 dans l’aéronautique
et 1 500  dans le spatial

EXPORTATION
Un peu plus de 90%

CROISSANCE ANNUELLE MOYENNE SUR 10 ANS
3%
 

Le secteur est en pleine extension. Quelles sont les perspectives à plus long terme ?

p.s. — Le marché aéronautique reste très porteur, comme le montrent les études réalisées par Airbus, Boeing, Bombardier, Dassault et Embraer – le carnet de commandes d’Airbus, par exemple, est rempli pour plusieurs années ! Mais la concurrence est en train de s’intensifier, notamment du côté de la Russie et la Chine, deux pays qui ont de réelles ambitions dans ce domaine. Le premier est déjà présent sur le marché avec des jets régionaux (les Sukhoï, NDLR) qui se posent en concurrents des Embraer. Et les commandes affluent chez le constructeur chinois Comac qui fabrique des avions de type A320 monocouloir.

Le fait que ceux-ci ne soient pas encore certifiés au niveau international laisse un peu de répit à ses concurrents occidentaux, mais les pressions vont devenir de plus en plus fortes. Car à défaut d’avoir les mêmes performances que l’Airbus ou le Boeing, le prix de cet avion sera certainement plus intéressant. Et la Chine est désireuse d’établir une industrie aéronautique civile capable de rivaliser sur tous les segments avec le duopole Airbus-Boeing. Il est donc impératif, pour l’ensemble de notre industrie, d’avoir une base d’activités très large et de pouvoir s’adresser à tous les constructeurs afin que les coûts fixes puissent s’amortir le plus largement possible. Il faut que les prix demeurent intéressants pour les clients de nos entreprises, sans toutefois affecter la rentabilité car la recherche demande des efforts financiers importants.

Côté militaire, la Belgique est en train de réfléchir au remplacement de ses F-16. Mais il semblerait que nos entreprises ne doivent plus s’attendre à de nouvelles compensations économiques…

p.s. — En 1975, l’acquisition de ces avions avait permis à l’industrie aéronautique de notre pays, et en particulier wallonne, de se développer de manière conséquente via des accords de collaboration – notamment au niveau de la production et de la maintenance – avec Lockheed Martin. Le retour sur l’investissement de départ a été estimé à 170 % – un record ! Depuis l’Europe est passée par là : les retours industriels ne sont plus autorisés par la législation. Le choix du remplacement du F-16 interviendra sans doute en 2018, mais il est d’ores et déjà acquis que son successeur, que ce soit le F-35, le Rafale ou l’Eurofighter, arrivera complètement monté. Il faudra donc convaincre les différents concurrents de développer d’autres collaborations avec l’industrie belge, dans un domaine où celle-ci serait particulièrement compétente. Ce sera très compliqué et rien n’est acquis. Heureusement, la survie de nos entreprises ne dépend pas du futur contrat comme ce fut le cas en 1975. 

 

 


Le marché aéronautique reste très porteur, comme le montrent les études réalisées par Airbus, Boeing, Bombardier, Dassault et Embraer – le carnet de commandes d’Airbus,  par exemple, est rempli pour plusieurs années ! 


QUELQUES ACTEURS

SKYWIN

C’est le pôle de compétitivité wallon du secteur aérospatial. Créé en 2006 dans le cadre du Plan Marshall, il regroupe aujourd’hui une centaine d’entreprises, 6 universités et écoles, 10 centres de recherche et 3 centres de formation. La mission principale du pôle est la mise en place et le pilotage de projets labellisés (72 projets mis en œuvre en 10 ans pour 225 millions de budgets engagés, dont les 2/3 financés par la Région wallonne et 1/3 par le privé) afin de développer les synergies entres les acteurs industriels et académiques, et de développer le secteur en Wallonie. Niveau formations, en collaboration avec le WAN, le Centre de compétence dans le domaine de l’aéronautique, Skywin a déjà dispensé 230 000 heures et formé 5 400 personnes (personnel des entreprises et demandeurs d’emploi).

EWA (ENTREPRISES WALLONNES DE L’AÉRONAUTIQUE)

L’association a pour objet d’entretenir et de renforcer l’esprit et les liens de solidarité et de collaboration professionnelle entre ses membres. L’EWA est également l’interlocuteur privilégié des autorités régionales et fédérales belges pour toutes les matières touchant à l’aéronautique. Elle regroupe 60 entreprises (5 000 emplois directs).

WALLONIE ESPACE

Cette association rassemble 36 entreprises et universités actives dans la recherche spatiale et le développement en Wallonie et à Bruxelles. Elle a pour objectifs de promouvoir le secteur auprès des autorités publiques afin d’obtenir des subsides, de stimuler l’intérêt du grand public, de favoriser les échanges d’informations entres ses membres et de développer des synergies.

CENAERO

Centre de recherche appliquée du secteur aéronautique. Sa vocation est de fournir à toute entreprise engagée dans un processus de performance, de compétitivité et d’innovation technologique des méthodologies et des outils de simulation numérique de haute fidélité. Il rassemble une cinquantaine d’ingénieurs et est basé à l’Aéropole de Gosselies où il a commencé ses activités en 2002.

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