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© © Carrozzeria Touring Superleggera

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Wallonie

Par Carole Depasse

Le design ne concerne pas que le mobilier et les objets d’intérieur. Voyage à Milan dans les ateliers du mythique carrossier italien, « Carrozzeria Touring Superleggera », pour admirer un des bolides de luxe dessiné par le designer belge Louis de Fabribeckers.

 

Ironiquement, la révélation eut lieu après un accident de moto qui cloua au lit Louis de Fabribeckers pendant plusieurs semaines. Un repos imposé au cours duquel le jeune homme prend la décision d’assumer ce pourquoi il se sent destiné : dessiner des voitures d’exception. Le déclic passé, les plaies cicatrisées et le diplôme de designer automobile en poche, Louis postule à tout-va sans grand succès. Plusieurs lettres formatées de refus plus tard, il reçoit, dans la même semaine, deux offres d’embauche diamétralement opposées, l’une de Général Motors à Détroit, l’autre de la « Carrozzeria Touring Superleggera », à Milan. Le géant de la construction automobile américaine contre le confidentiel carrossier de luxe italien, que choisir ? « D’un côté, un constructeur industriel rigide qui pouvait m’écrabouiller, de l’autre, une petite structure renaissante où je serais le seul designer », se souvient Louis de Fabribeckers. Le choix ne fut pas cornélien : direction Milan et son atelier de carrosserie.

 Destination : une clientèle richissime

Mais pour y faire quoi, au juste, puisque la Carrozzeria Touring, sous la pression économique, avait cessé toute activité en 1966 ! « Quand j’arrive avec mon cahier et mon crayon, je cherche une table qui n’existe plus pour m’installer », raconte Louis de Fabribeckers, à qui l’on demande, en 2006, de mettre son savoir-faire au service de la marque désireuse de se relancer via le marché de l’automobile de luxe. Tout est donc à refaire après un « gap » de quarante années sans la moindre visibilité et communication d’entreprise.

L’activité redémarre avec pour objectif la production de prototypes ou de petites séries de voitures (moins de dix carrosseries par an),  dessinées et fabriquées sur mesure pour une clientèle richissime à la recherche de l’exclusivité et du raffinement ultime. Les budgets de ces merveilles sont évidemment aussi confidentiels que la production mais, comme l’explique Louis de Fabribeckers, ils sont justifiés. « Quand un client potentiel nous rend visite, nous lui expliquons en détail les différentes étapes du processus de fabrication de la voiture (design, ingénierie,  outillage, construction) de manière à ce que son coût global ait du sens. Dans quasi 100% des cas, il n’y a pas de discussion sur le prix ».

 

 Le « waw effect » !

Dans cet univers élitiste, le designer est un rouage primordial. « Les critères d’achat de nos clients n’ont plus rien à voir avec un bien de consommation. Nous vendons de la beauté et de l’aventure. Après une discussion-passion avec le designer autour d’un projet, les clients suivent l’entièreté du procès de fabrication de la voiture rêvée depuis le premier coup de crayon, la tôle modelée, les tests aérodynamiques jusqu’au dernier point de couture des sièges. »

Au final, des voitures incomparables, souvent primées, hier comme aujourd’hui, au prestigieux concours d’élégance automobile de la Villa d’Este où se presse une société fortunée. Une reconnaissance pour un travail artisanal, de luxe et de haute voltige. Chaque voiture étant unique, la Touring collabore avec des métiers dédiés au travail d'une matière spécifique. Outre les tôliers, peintres, ébénistes, selliers, il faut aussi citer les spécialistes du verre et du cristal, du marbre et de la soie.

 Un marché de niche qui se développe

« Depuis cinq ans, un marché automobile de niche se développe dans lequel les constructeurs historiques tentent de produire des petites séries de voitures rarissimes. Une nécessité en terme d’image de marque et de préservation de l’ADN de l’entreprise. Industrialisés et robotisés, ces constructeurs n’ont d’autre choix pour produire ces voitures uniques que de s’adresser à un carrossier tel que Touring pour habiller leur châssis à la main et dans les règles de l’art ».

On l’a compris : Louis de Fabribeckers aura encore de l’encre sur le bout des doigts pendant quelques années !

 www.touringsuperleggera.eu

Pour info

Créée en 1926, la Carrozzeria Touring s’est lancée dans le dessin et la conception d’automobiles, développant innovations technologiques (concept du châssis allégé ou « superleggera ») et esthétique raffinée. Le concept « superleggera » combiné au savoir-faire mécanique de constructeurs renommés (Alfa Roméo, BMW, Lamborghini, Ferrari, Maserati, Lancia, Fiat) a donné naissance aux plus belles voitures du monde, dont la cinématographique Aston Martin DB5 de l’agent secret britannique James Bond.

 

« Par rapport à mes confrères, et en toute honnêteté, hormis la sauvegarde et la valorisation d’un patrimoine industriel rare, l'utilité sociale n'est pas pour moi un but déclaré. Cependant, certaines de ces voitures d’exception entrent dans des collections privées, admirées du grand public, que ce soit dans des musées ou lors d’expositions. Je dois alors admettre que l'utilité sociale est bien là et c'est tant mieux. » (Louis de Fabribeckers).

 

Louis de Fabribeckers

Enfance : dans la propriété familiale de Gougnies (Hainaut), le petit Louis rêve déjà de dessiner des voitures d’exception.

Études : se cherche d’abord en architecture à Saint-Luc (Bruxelles) et se trouve enfin dans une école de design automobile.

Allumage : un accident de la route.

Métier : designer de voitures à couper le souffle

Graal : la voiture parfaite.

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