Waw magazine

Waw magazine

Menu

CAFÉ LIÉGEOIS
Plus qu’une tradition, une philosophie

  • Business
  • / Trajectoire
Liège  / Battice

By François Colmant

Au pays de la bière, on boit aussi du café. Et si la blonde, la brune et l’ambrée sont prisées à travers le monde, le café wallon fait aussi parler de lui.

Dans l’imaginaire collectif, le café liégeois renvoie au dessert à base de café légèrement sucré, très prisé en France mais qui n’est pas du tout une spécialité de la ville de Liège. Son origine remonte à la Première Guerre mondiale, où la défense héroïque des forts de Liège impressionna jusqu’aux terrasses des cafés de Paris. Première ligne de défense contre les armées allemandes, la cité des Princes-Évêques suscite le respect des Français qui, lorsqu’ils apprennent que l’ennemi avait fait appel aux artilleurs autrichiens pour abattre les forts de la ville, décident de débaptiser le café viennois pour le renommer en l’honneur des résistants liégeois ! Un nom, qui n’a plus changé depuis. « Cette dénomination constitue un léger obstacle à notre développement en France, explique en souriant Christophe Deharre, responsable marketing de la marque wallonne. Il ne faut pas que les potentiels clients fassent de confusion. » Créée en 1955 par Charles Liégeois, l’entreprise Café Liégeois s’est petit à petit imposée comme un torréfacteur important de la région, pour devenir le plus important de Wallonie avec une production de plus de 4000 tonnes de café par an. Au sortir de la guerre, l’entreprise travaille d’abord avec la chicorée, moins chère et largement consommée, avant de se réorienter vers le café traditionnel. La marque s’installe petit à petit dans l’horeca local avant de dépasser les frontières de la province et gagner en notoriété.

Première ligne de défense contre les armées allemandes, la cité des Princes-Évêques suscite le respect des Français qui, lorsqu’ils apprennent que l’ennemi avait fait appel aux artilleurs autrichiens pour abattre les forts de la ville, décident de débaptiser le café viennois pour le renommer en l’honneur des résistants liégeois ! Un nom, qui n’a plus changé depuis.


« Depuis, les marchés se sont ouverts et notre croissance à l’exportation est constante. Près de 55 % de notre production part à l’étranger. On commence à être reconnu, et sur différents secteurs. » Premier client, la France, où la marque liégeoise a pu développer des partenariats avec différentes chaînes de grande distribution. Le café y est ici vendu en « marque producteur », c’est-à-dire au nom de l’enseigne, même si la torréfaction reste liégeoise. « Nous avons très rapidement pu nous positionner sur le secteur des dosettes Senseo et Nescafé et lorsque la demande a explosé, nous avions déjà une marge d’avance sur la concurrence. De plus, nous sommes très flexibles, puisque nous disposons de notre propre imprimerie et pouvons proposer toute une gamme de packaging différent. » À côté de cette production importante, Café Liégeois mise aussi sur le haut de gamme, avec des cafés d’origine pure, à haute valeur ajoutée, que l’on retrouve dans les grands restaurant ou hôtels.

Une histoire de famille

Actuellement dirigée par Michel et Benoît Liégeois, les enfants de Charles, la société tient à conserver son identité propre via un actionnariat familial indépendant de tout groupe agroalimentaire. « Notre métier, c’est vraiment celui de torréfacteur. On connait le café, son milieu, ses spécificités. » Même si l’entreprise a développé d’autres activités, comme la vente de sucre conditionné en sachets ou le placement et l’entretien de machines à café chez les professionnels, le coeur de la société ne bat que pour le café. « On essaye de diversifier notre offre et de proposer de nouveaux produits sur notre marque propre. Il est donc important de poursuivre nos partenariats avec le secteur de l’horeca, qui reste une porte d’entrée intéressante pour attirer de nouveaux clients », poursuit Christophe Deharre. Consciente de sa taille, « nous étions un grand parmi les petits, on devient maintenant un petit parmi les grands », la société mise donc sur ses valeurs et sa passion pour le café pour offrir un café différent et promouvoir une forme d’éducation autour de lui. « C’est une matière vivante, comme le vin finalement. Il existe une quantité de goûts différents, de variétés. On songe par exemple à proposer des cafés saisonniers, ce qui va dans l’ordre naturel des choses finalement. »

CAFÉ LIÉGEOIS EN CHIFFRES

 

Seconde marchandise échangée au monde, le café est même la première denrée agricole commercialisée sur la planète, devant le blé et le sucre. Soumis aux spéculations de la bourse, son prix fluctue souvent sans raison apparente, non sans poser certains problèmes : « On reste malheureusement assez impuissant face aux changements des cours du café, même si on essaye de ne pas répercuter directement le prix sur le consommateur. Mais nous ne pouvons pas décider de ne plus acheter pendant trois mois en attendant que le prix baisse, au risque de se retrouver en pénurie de stock. »

On estime à plus de 100 millions le nombre de personnes vivant directement de la caféiculture. Une manne importante pour de nombreux pays en développement, et qui représente aussi un enjeu éthique majeur. De nombreux travailleurs demeurent encore exploités et sous-payés par une industrie pas toujours très regardante sur les conditions de travail et de rétribution de sa main-d’œuvre.

On estime à plus de 100 millions le nombre de personnes vivant directement de la caféiculture. Une manne importante pour de nombreux pays en développement, et qui représente aussi un enjeu éthique majeur.


Conscient de la situation, Café Liégeois a mis sur le marché, depuis plusieurs années déjà, une gamme de produits Fair Trade et bios, baptisée Mano Mano. À la faveur d’un voyage dans l’État du Chiapas, au Mexique, Michel Liégeois, en association avec l’ASBL Terres Solidaires, a décidé d’apporter son aide aux producteurs locaux en leur garantissant un prix minimum qui ne serait plus divisé entre différents intermédiaires. Une démarche équitable qui se veut pérenne et cohérente. Pas question d’apposer un simple vernis de respectabilité marketing. « La philosophie prônée par l’entreprise doit être globale. Il serait ridicule d’aider les populations de ces régions, les encourager à développer des solutions écologiques sans nous imposer non plus nos propres principes. » Les initiatives durables sont donc légion au sein de l’entreprise, qui, sur son site de Battice, s’impose un bilan carbone strict. « On a repensé nos flux de transport, notre dépendance par rapport au pétrole, à l’électricité, la recherche de packaging écologique. Le tout dans une démarche de responsabilité sociétale des entreprises, qui va même plus loin que ce qu’on nous demande de faire », conclut Christophe Deharre.

Dans les mois qui viennent, l’entreprise compte augmenter sa capacité de production en agrandissant ses locaux. De nouveaux marchés apparaissent, avec une demande croissante venant d’Asie et plus particulièrement de Chine, qui commence à s’éveiller au café.

PETITE HISTOIRE DU CAFÉ

Impossible d’imaginer un petit déjeuner sans café ou un repas qui ne se termine par une « petite tasse ».

Boisson universelle par excellence, le café trouverait son origine en Éthiopie, depuis la lointaine province du Kaffa où, selon la légende, un jeune berger aurait été intrigué par le comportement de ses chèvres après avoir mangé les fruits d’un arbre. Il est difficile de dater et encore moins de certifier l’anecdote, mais dès le XVe siècle, la boisson se répand dans la région, grâce aux pèlerins se rendant à la Mecque. L’alcool étant interdit par l’Islam, ce breuvage, dénommé K’hawah, rencontre un grand succès.

Au détour des années 1620, le café débarque en Europe et s’impose rapidement à côté du chocolat et du thé, fraichement découverts. Les grandes puissances implantent des caféiers dans leurs propres colonies, où le climat y est plus favorable. Le café pousse en effet dans les pays situés au niveau de l’équateur. Certaines conditions climatiques doivent être réunies pour permettre l’épanouissement du plant de café, notamment une température moyenne de 20 degrés et une humidité de l’air relativement élevée. Le café est actuellement la deuxième boisson (derrière le thé) la plus consommée au monde. Même si les plus gros buveurs se trouvent en Scandinavie, le Belge en est particulièrement friand puisqu’il consomme 5,8 kg de café par an !

Information : 

Rue de Verviers, 181
B-4651 Battice (Herve)
Tel. : +32 (0)87 67 91 73
www.cafe-liegeois.com
Your opinion counts