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Door Gilles Bechet
Aujourd’hui complètement intégré au groupe AGC, l’ancien Glaverbel est une des pièces maîtresses du verrier japonais. D’autant plus que son nouveau centre de recherche à Gosselies est appelé à devenir le pôle de recherche pour le verre plat de tout le groupe.
Surplombant la N4 à Louvain-la-Neuve, le grand carré aux murs de verre posé sur pilotis semble flotter sur le paysage. Inauguré en novembre dernier, le bâtiment tout en lumière de Philippe Samyn accueille l’ensemble du personnel de support de AGC Glass Europe. Ce retour en Brabant wallon pour la branche européenne du groupe japonais, premier producteur mondial de verre plat, avait tout d’une évidence.
C’est à une vingtaine de kilomètres de là, aux verreries de Tilly, que l’ingénieur belge Émile Fourcault mena, au tout début du XXe siècle, les premières expériences de fabrication industrielle du verre plat. Au-delà de ce raccourci de l’histoire, cette implantation a également une logique industrielle, car l’entreprise a maintenu les différents outils de production qu’elle avait en Wallonie lorsqu’elle s’appelait encore Glaverbel. Avec 4 lignes de production de 2000 tonnes par jour, Moustier est la plus grande usine de production de verre plat en Europe. AGC Glass peut également compter sur des usines de transformation à Lodelinsart, Fleurus et Seneffe, ainsi qu’à Mol, Zeebrugge et Heule. L’ensemble des sites belges occupe actuellement 3000 personnes. « Il est important de maintenir une production intégrée, car la qualité des produits finis dépend de celle du verre brut. Par la transformation, on n’arrivera jamais à ‘récupérer’ un verre de mauvaise qualité », note Benoit Ligot, communication manager de AGC Glass Europe. La production du verre plat est aujourd’hui d’abord destinée à la construction, ensuite à l’ameublement et à la décoration et enfin, à l’automobile et aux transports.
De par sa transparence, le verre peut apparaître au noninitié comme un produit relativement simple. C’est tout le contraire. Surtout aujourd’hui. « C’est par un travail constant de recherche et d’innovation que l’industrie du verre a pu développer des produits dotés de nouvelles propriétés qui leur ont permis d’occuper de plus en plus de surface dans la construction et dans l’automobile. » Que ce soit en matière de protection solaire, d’isolation thermique, de sécurité ou de qualité décorative, la production d’AGC Glass s’oriente vers des produits à haute valeur ajoutée. Parmi les dernières innovations de l’entreprise, on peut citer le Thermobel 0.8, un double vitrage aussi performant qu’un triple, qui assure un indice d’isolation de 0,8 mais aussi le pare-brise Iris qui, grâce à une triple couche d’argent, ne laisse passer que 40 % de l’énergie solaire (contre 60 % pour un pare-brise standard). Son excellente conductivité électrique lui permet en outre de se désembuer et se dégivrer avec une tension minimale. Le Glassiled, quant à lui, est un verre luminescent qui, grâce aux LED intercalés entre deux feuilles de verre, peut intégrer des motifs et designs lumineux. Destiné au secteur de la santé, le verre antibactérien détruit 99,9 % des bactéries et arrête la prolifération des champignons. C’est évidemment une arme bienvenue en milieu hospitalier pour lutter contre les infections des maladies nosocomiales. D’autres innovations sont encore au stade du prototype, comme l’audio glass, un verre aux étonnantes propriétés conductrices du son. Une source d’innovations pour les fabricants de télévisions, d’ordinateurs ou d’équipements audio. Dans un monde ultra concurrentiel où les marchés historiques sont largement matures, l’innovation est essentielle.
Rester au top
Le centre de recherche que l’entreprise a installé à Gosselies répond à cette nécessité. Accueillant 250 chercheurs et techniciens, il est appelé à devenir le centre de référence mondial pour le verre plat dans le groupe AGC Glass. « Leur objectif prioritaire est de détecter les besoins et les tendances sur le marché en développant des produits de plus en plus performants en termes d’isolation et de protection solaire. » En même temps, la recherche doit aussi viser le long terme avec une approche en matière d’innovation plus radicale. « Chaque chercheur s’efforce de réserver une partie de son temps à une recherche à long terme. » Mais l’équilibre est difficile entre la consolidation des recherches déjà abouties et l’exploration de nouveaux horizons. Il y a une tendance assez forte de sous-traiter la recherche fondamentale aux centres universitaires qui ont une plus grande capacité d’ouverture. Ainsi, par exemple, AGC Glass collabore depuis plus de 10 ans avec Materia Nova*, le centre de recherche sur les matériaux de l’Université de Mons. C’est un partenariat gagnant pour les deux parties. L’entreprise peut ainsi disposer d’un apport extérieur d’idées nouvelles, source potentielle de nouveaux produits. Le laboratoire universitaire, pour sa part, peut acquérir de nouvelles compétences et mettre en valeur son expertise existante. Autre axe de recherche, la mise au point d’une technologie de production plus efficace et moins énergivore, car la production de verre reste une activité industrielle très gourmande en énergie. En Europe, le marché du verre plat se partage entre trois acteurs : AGC Glass, le français Saint-Gobain et l’anglais Pilkington, qui a depuis peu été repris par un autre groupe japonais, Nippon Sheet Glass. En Europe, le marché du verre est sous pression. Il doit rogner sur les coûts et affronter la concurrence d'autres marchés comme en témoigne la récente fermeture du site de Roux où AGC produisait du verre pour panneaux solaires. Le verre doit aussi faire face une surcapacité à l'instar d'autres secteurs industriels. En cinq ans, on a vu une baisse de 30 % de la demande dans la construction et une diminution de 15 à 20 % pour le verre plat dans son ensemble. AGC a été contraint de fermer provisoirement une de ses lignes de production à Moustier. « Mais nous n’avons pas diminué nos capacités dans de mêmes proportions, avec pour conséquence une augmentation progressive des stocks », relève Benoit Ligot.
Le premier défi d’avenir pour l’entreprise est de retrouver la voie de la rentabilité par la consolidation des positions acquises et par l’accès de nouveaux marchés. « Nous y arriverons en étant réactifs à court terme et par un effort accru sur la recherche et le développement. » Gosselies est bien parti pour rester dans son secteur le centre du monde pour de nombreuses années encore.