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© Ph. De Gobert

MAC's - Passation de pouvoir tout en respect et espoir

  • Portrait
Hainaut  / Boussu

Par Marie Godfroid

Le Grand-Hornu abrite depuis plus de dix ans le MAC’s, le Musée des Arts Contemporains. Le 1er février 2016, il laisse derrière lui son père fondateur, Laurent Busine, pour une nouvelle direction. Denis Gielen prône surtout le respect d’une continuité au nom de la démocratisation culturelle et de l’amour de l’art.

 

Entrer dans l’enceinte du MAC’s, c’est un peu comme fouler le sol d’un mémorial à ciel ouvert sur les charbonnages d’antan. Racheté il y a près de 30 ans par la Province de Hainaut et ensuite réhabilité en vue de devenir le repère de l’art contemporain en Wallonie, le domaine du Grand-Hornu semble avoir gardé toute la solennité de son histoire. « Ce qui me frappe à chaque fois que je rentre ici, c’est cette partie de ciel que l’on voit. Qu’il soit bleu ou gris, c’est toujours un réel moment de bonheur pour moi », s’exclame le premier directeur des lieux, Laurent Busine, avec une petite mélancolie au coin de l’oeil. Car, ici, c’est un peu son domaine, celui qu’il a bâti avec son coeur durant des années. Ce lieu qu’il considère comme le bébé qu’il a porté et ensuite bercé dans ses premières années de vie.

Baigné depuis son plus jeune âge dans un monde artistique – son père était peintre –, Laurent Busine, historien de l’art originaire de Châtelet, a été, pendant 20 ans, directeur des expositions au Palais des Beaux-Arts à Charleroi. L’aventure du MAC’s a débuté pour lui dès le rachat du site par Claude Durieux, député à la Province de Hainaut. « À l’époque, il y avait une série d’activités qui se faisaient car nous avions créé une association de fait. On organisait des événements (expos, défilés de mode, etc.) et, petit à petit, on a débuté la restauration du bâtiment. » Durant sept ans, avec l’architecte Pierre Hebbelinck, Laurent Busine s’est attelé à la tâche de mettre sur pied un lieu digne de devenir le pôle de l’art contemporain. « Je me rends compte à quel point ce musée est remarquable. Les locaux sont en attente des oeuvres. Ici, ce sont des murs et de la lumière. Tout y est possible. Tous les lieux sont éclairés par la lumière naturelle et c’est fantastique car elle se modifie en permanence, passant du jaune au gris au fil des heures. Si on vient le matin, ou l’après-midi, on ne voit pas les oeuvres de la même façon. C’est mélancolique, c’est un outil d’une qualité exceptionnelle. »

 

   

Laurent Busine et Denis Gielen - ©DOC MAC's

 

Nouvelle approche

Dès lors, laisser derrière soi son « oeuvre » n’est pas toujours facile, sauf si la reprise est assurée par un autre (presque) fondateur du musée. Denis Gielen, 49 ans, a commencé son aventure au MAC’s il y a maintenant quinze ans, deux ans avant l’ouverture du musée en septembre 2002. Autre personnalité, autre parcours. Mais si le futur directeur a suivi une voie scientifique durant ses études d’ingénieur agronome, il a vite dévié vers l’art contemporain en devenant journaliste pour des magazines d’art et écrivain pour des publications ou des artistes. C’est par cette expérience, acquise sur le terrain, qu’il a pu intégrer l’équipe du MAC’s et en arriver aujourd’hui à le diriger. Bien qu’il fût le candidat idéal pour le poste, Denis Gielen a réussi à convaincre un jury international, pour le grand bonheur de son prédécesseur. « Il y a une continuité avec Denis qui a été reconnu digne et compétent pour me succéder. Ce qui est très important, c’est qu’il connaît le fonctionnement de la boutique, de ma politique. Je pense qu’il fera sans doute des expos que je n’ai pas faites car nous n’avons pas le même âge, nous n’écoutons pas les mêmes musiques, avons chacun des cultures et univers différents », se réjouit Laurent Busine.

 

Que tout le monde vienne ici, soit libre et fasse ce qu’il veut

Désormais grand musée de référence de l’art contemporain au niveau international (le site a été reconnu Patrimoine mondial de l’humanité en 2012 par l’UNESCO), le MAC’s a assis sa renommée au fil des expositions, mettant en avant le travail, les installations d’artistes incontournables tels que Boltanski, Tony Oursler, Anish Kapoor ou encore Bustamante, mais aussi grâce à une politique culturelle et sociale menée avec passion, depuis des années, par Laurent Busine. « On a accueilli ici un public qui n’aurait pas fait cette démarche vers l’art contemporain et qui a pu apprendre, sortir avec une autre idée sur l’art contemporain. Nous avons mis en place toute une série d’actions (pédagogiques, visites gratuites, événements…) qui découlent d’une prise de position initiale au niveau de la politique du musée. Je pense, qu’en cela, on n’a pas tout à fait raté notre métier », ajoute Laurent Busine. Car c’est véritablement le maître mot du MAC’s. Tel un combat à mener coûte que coûte, un peu à l’image du fondateur originel du Grand-Hornu, Henri Degorges, qui créa, au XIXe siècle, le site minier le plus novateur en termes de projet social. « Laurent Busine a considéré prioritaire le développement de la démocratisation de la culture car une tendance à l’élitisme peut parfois s’emparer du milieu, explique Denis Gielen. Il semble avoir réconcilié le public avec l’art contemporain. Il s’est entouré d’une belle équipe pédagogique, de beaucoup d’historiens d’art. C’est un héritage très important pour moi. Je prendrai la relève à la fois dans la différence et dans la continuité. Je suis aussi convaincu que le musée doit s’adresser à tous. Mon rêve est de réussir ce pari très audacieux de poursuivre une politique de haut niveau par rapport à la programmation de renommée internationale, de continuer une exigence qualitative et de voir le public augmenter. »

Pour le premier directeur, créateur et véritable père spirituel du Musée des Arts Contemporains, quitter le site ne sera pas chose facile, même s’il le concède, il faut laisser la relève prendre la place. Il se souviendra encore de deux grands moments : les vernissages de la première exposition et de la dernière. « Voir autant de monde treize ans après, voir la file qui se forme devant le musée, ce fut un bonheur immense. C’est une chance d’être amené à créer un musée, une chance prodigieuse dans l’existence. Je pars fatigué, mais d’une belle fatigue. »   

 

RENSEIGNEMENTS :

Le MAC’s – Grand-Hornu

Rue Sainte-Louise, 82

B-7301 Hornu

+32 (0)65 61 38 81

www.mac-s.be

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