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EN EFFERVESCENCE

Relancée par quelques amateurs dans la région de Huy dans les années 1970, la viticulture prend un nouvel envol en Wallonie au début des années 2000 avec la création quasi simultanée de Ruffus et du Domaine du Chenoy. Deux réussites qui vont inspirer une nouvelle génération de vignerons. Simple passe-temps ou enjeu économique à une époque où la consommation locale a toute son importance ? WAW vous emmène à la découverte de ces passionnés aux quatre coins de la Wallonie.

 

UN PATRIMOINE MILLÉNAIRE

En 20 ans, plus de 200 vignobles se sont créés en Wallonie, amateurs ou professionnels. Pourquoi cet engouement et quelles sont les grandes tendances ?


Contrairement à une idée parfois relayée, ce ne sont pas les Romains qui ont introduit la viticulture en Belgique. Il faut même attendre le IXe siècle pour retrouver dans des écrits la mention de vignobles du côté de Huy, puis aux alentours de Liège. L’un des premiers propagateurs de la viticulture fut, en effet, peu avant l’an 1000, le prince-évêque Notger, qui fit construire de nombreuses églises qu’il équipa de vignobles ou qui en offrit aux abbayes qui n’en avaient pas. Indispensable au service du culte, le vin assurait surtout une source de revenus aux abbayes qui le vendaient aux pèlerins de passage.

L’origine de nos vignobles est donc à chercher du côté de la Moselle allemande, où les moines « belges » avaient leurs propres cultures avant d’importer les premiers pieds de vigne chez nous. Au fil des siècles, la culture du raisin se développa le long de la Meuse et de ses affluents, principalement autour de Liège, Huy et Namur. Chaque coteau fut exploité, chaque village eut son vignoble, l’apogée se situant au XVe siècle.

Confrontés à la concurrence de la bière et à un climat capricieux, les vignobles de nos régions ont surtout souffert d’innombrables conflits armés au fil des siècles. La vente des biens du clergé après la Révolution française marqua le déclin de la viticulture mosane qui perdura toutefois jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, notamment à Huy.

La renaissance à Huy

En 1963, l’architecte Charles Legot racheta un terrain sur la chaussée de Waremme pour y construire sa maison. Apprenant qu’il se trouvait sur « Bois Marie », une parcelle de l’ancien vignoble de l’Hospice des Grands-Malades au XVIe siècle, il décida de faire revivre ce patrimoine en plantant un demi-hectare de divers cépages, dont du Pinot noir bourguignon. Il va entraîner dans son sillage plusieurs voisins et animera pendant de nombreuses années la Société Horticole et Viticole de Huy, toujours en activité.

Jusqu’aux années 2000, plusieurs dizaines d’amateurs, parfois qualifiés de « folkloristes », vont créer leur propre vignoble, parfois avec seulement quelques pieds de vignes dans un jardin ou dans des endroits plus étonnants, comme le terril de Trazegnies ou les jardins suspendus de Thuin. Une des plus importantes réalisations fut la création du Domaine de Mellemont à Thorembais-les-Béguines (Perwez) qui, avec 4,5 hectares, fut longtemps le plus grand vignoble de Wallonie.

Changement de cap au début du XXIe siècle

Deux événements majeurs relancent l’activité au passage du millénaire : la création du Vignoble des Agaises (Ruffus), par Raymond Leroy et un associé champenois en 2002, et celle du Domaine du Chenoy, par Philippe Grafé, l’année suivante. Le premier prend la voie des cépages classiques (Chardonnay et Pinot noir) pour produire des vins effervescents, le second opte pour des variétés nouvelles qui résistent aux maladies de la vigne et permettent une viticulture plus propre (voir encadré).

Comme Legot en son temps, ces deux hommes vont inspirer toute une génération. Résultat : la Wallonie est riche d’une cinquantaine des vignobles de plus d’un hectare (l’équivalent d’un terrain de football) et de près de cent cinquante amateurs y produisent du vin pour leur consommation personnelle. Le tout sur un peu moins de 300 hectares.

Pourquoi cet engouement ? Pour certains, il y a bien sûr une véritable dimension commerciale et l’envie d’en faire une activité professionnelle et rentable. Mais sachant qu’il faut minimum 3 à 5 ans pour qu’un hectare produise 2.000 à 3.000 bouteilles de vin tranquille ou 8.000 à 10.000 bouteilles de vins effervescents, il n’est pas facile de rentabiliser une activité dont le coût oscille entre 50 et 100.000 euros/hectare. Mieux vaut posséder déjà des terres. Sans compter que la Nature peut être impitoyable et frapper durement. Nombreux sont donc ceux qui renoncent.

Au delà de l’aspect commercial, la passion prime très majoritairement également, ainsi que la volonté de sortir du quotidien et l’envie de se reconnecter à la terre, de faire quelque chose de ses mains, de produire local. Nombreux sont ceux qui tentent également la viticulture bio, voire biodynamique.

Les années 2020 seront marquées par la fin des vignobles des pionniers créés avant 2000 (difficile de revendre un vignoble dans son jardin…), mais surtout par l’émergence d’une certaine professionnalisation facilitée par de nouvelles formations. Le métier est en mutation , une nouvelle page s’écrit.

Quelles variétés de raisins ?
Les variétés de raisins plantées en Wallonie sont soit “classiques” et d’origine française, soit “résistantes”, c’est-à-dire croisées pour résister aux maladies fréquentes de la vigne, et d’origine allemande. Les vins mousseux représentant 65 % de la production wallonne, deux des cépages les plus populaires sont le Chardonnay et le Pinot noir, que l’on retrouve respectivement dans 38 et 86 vignobles, toutes tailles confondues.
Les cépages résistants, plus récents, représentent quant à eux environ 40 % des surfaces plantées : ils ont pour nom Solaris, Johanniter, Souvignier gris, Muscaris, Regent ou Pinotin. D’un goût ne ressemblant à aucun autre vin, ils demandent un peu d’efforts à l’amateur pour oser les découvrir et les apprécier, mais ils permettent l’émergence d’une viticulture de qualité, avec moins de traitements phyto-sanitaires, plus propre, avec une vraie identité wallonne. Ce qui est tout sauf négligeable.

 

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