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© Mihel De Sorte

Bert 1er

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Par Bernard Roisin

Chroniqueur sur la Première, journaliste et comédien, Bert Kruismans met tout son talent d’humoriste à abattre les barrières. Il souligne les qualités, les travers et les points communs des Flamands et Wallons… dans les deux langues. Avec son spectacle « La Flandre pour les nuls », Bert, nouveau roi des humoristes belges, court la Wallonie, qu’il adore. Comme ses Wallons.

Comme beaucoup de Flamands et de Néerlandais, vous êtes un adepte des Ardennes. Comment expliquez-vous cette attirance ?

À cause de l’espace. La Flandre et le centre des Pays-Bas sont surpeuplés. Les Néerlandais et les Flamands trouvent encore en Wallonie cette immensité qui est synonyme de moins de stress du fait du plus grand espace. «Wallonie, terre d’accueil» n’est pas qu’un cliché. Jouant surtout aux Pays-Bas, je constate qu’il s’agit d’un pays très strict, régulé. Je n’y ai pas la même impression de liberté qui me gagne que lorsque je joue en Wallonie. Et de surcroît, dans les Ardennes. Cela a aussi ses désavantages. La conduite automobile, par exemple, des Wallons est encore un peu plus osée que celle des Flamands lorsqu’on les compare aux Néerlandais. Heureusement qu’il y a effectivement plus de place en Wallonie (rires).

Mais ces différences s’expliquent par la religion ?

En effet. Lorsque je me produis aux Pays-Bas en dessous des rives de la Meuse ou du Rhin, dans le Brabant ou le Limbourg où la population est majoritairement catholique, je me sens presque chez moi. Par contre, dans le Nord, c’est vraiment autre chose... Autre exemple. Mes spectacles débutent en général à 20h30, heure à laquelle ils commencent vraiment aux Pays-Bas, alors qu’en Flandre, il serait moins vingt. Et, en Wallonie, je devrais souvent attendre moins le quart ! (il rit). Quand je suis en Wallonie, j’ai parfois l’impression d’être un homme du Nord. Par contre, quand je suis aux Pays-Bas, je me sens du Sud.

Comment percevez-vous les Wallons ?

Des gens très chaleureux, plus latins que les Flamands. Fâchés, ils ne le sont vraiment que durant quelques secondes voire quelques minutes. J’adore la Wallonie. Il y a quelques semaines, j’ai présenté mon spectacle pour quelques dates aux Pays-Bas avant d’atterrir à Remicourt. L’accueil fut tellement plus chaleureux... Par exemple, aux Pays-Bas, aucun repas n’est prévu pour l’équipe du spectacle. C’est «tire ton plan !» comme on dit chez moi. Une situation inimaginable chez nous ! Ce ne sont pas toujours des repas sophistiqués, mais l’intention y est. Manger ensemble est une action primordiale pour un Belge. Nous communiquons par la nourriture et le repas. Les Néerlandais communiquent trop avec les mots. Pour reprendre un cliché qui se vérifie, nous Belges sommes des Bourguignons.

Donc, il suffit de voir ce qu’un Belge a dans le ventre pour voir d’où il vient ?

Et l’on s’aperçoit que les différences sont minimes. Au niveau du vin, le Wallon boira plutôt du bourgogne et le Flamand du bordeaux. Mais cela tient plus aux routes commerciales et à la proximité géographique qu’au goût proprement dit.

Un Premier ministre wallon, cela fait-il le jeu des extrêmes ?

Le Premier effectue actuellement un sans-faute au niveau communautaire. Il fait des efforts en néerlandais et progresse de jour en jour. C’est essentiel. Il est très important pour un francophone de s’adresser même maladroitement aux Flamands en néerlandais. Car c’est montrer que l’on connaît l’histoire sociale de la région. Tout le monde veut avoir l’impression que l’on essaie de parler sa langue, même maladroitement. Et je sais que les francophones n’osent pas parce que, dans leur esprit, l’on ne peut pratiquer une langue que si on ne la maîtrise parfaitement. Le respect de la langue est très important, parfois trop... Ce n’est pas tant un mépris de la langue qu’une peur du ridicule... Le Flamand, lui, en vacances en Espagne, par exemple, va baragouiner son espagnol de camping pour se faire comprendre... Là encore, il tire son plan.

Vous êtes originaire d’Alost, ville célèbre pour son carnaval. La Wallonie, c’est aussi une terre de carnavals…

Oui, bien sûr avec Binche, Malmédy, Eupen… La Wallonie a un côté folklorique au sens où les Wallons me semblent plus fidèles à leurs coutumes, leurs traditions. Les Wallons sont plus attachés à leur passé. Ce qui pourrait parfois être ressenti comme une certaine forme d’inertie. En humour aussi, même si l’on voit émerger de nouvelles têtes, on a parfois l’impression que certains sont là depuis 14-18. Ce sont toujours François Pirette, Marc Herman ou les frères Taloche qui cartonnent... Du côté flamand, les changements semblent plus rapides.

Vous avez remporté la finale des finales du «Slimste mens ter wereld», un quizz très populaire à la VRT, jeu auquel Bart Dewever a participé et presque gagné. Vous auriez aimé le défier ?

Oui, pourquoi pas ? Surtout du côté francophone, beaucoup auraient voulu assister au match Bart-Bert. Je l’ai rencontré peu après ma victoire, à la finale des finales. Très modestement, il m’a confié qu’il n’aurait eu aucune chance de gagner contre moi. Ce à quoi j’ai répondu qu’il avait tout à fait raison ! (rires)

L’avenir wallon, vous le voyez avec ou sans la mer du Nord ?

Avec elle, mais sera-ce à Blankenberge ou à Dunkerque ?

En tant que sociologue flamand qui étudie la Wallonie, quelle a été jusqu’ici votre plus grande découverte ?

Qu’il existe des liens très forts entre Flandre et Wallonie. Jouant à Soumagne, par exemple, après le spectacle, un vieux monsieur vient me trouver et me confie en patois flamand être originaire d’Ypres. Et il est échevin à Soumagne. Les médias l’ignorent, mais il existe nombre de gens issus de l’immigration interne ou de mariages mixtes qui vivent dans l’une ou l’autre partie du pays. Une réalité qui n’est jamais évoquée… Peu importe où je joue en Wallonie, il y a toujours des Flamands dans la salle.

Comment expliquez-vous l’insuccès du cyclocross en Wallonie?

Ce ne sont pourtant pas les champs de patates qui manquent ! (Rires). Les Wallons étaient plus forts, en tout cas à l’époque, en rallye ou en motocross. C’est logique. En Wallonie, il y a de l’espace, et l’on peut faire du bruit sans déranger les voisins... Et puis, en Ardenne, impossible de se déplacer à vélo. Trop de côtes ! (rires). Les cyclistes flamands profitent des plats et de la clémence de la météo. 0n ne fait pas du vélo par -20° à Elsenborn !

Vous vous sentez proche de l’équipe de « Sois Belge et tais-toi »?

En termes d’humour, même si les thématiques sont universelles, côté francophone, il me paraît plus gentil et moins cruel qu’en Flandre. La sensibilité de l’équipe de « Sois Belge… » est totalement différente de la mienne. Leur vision de la Belgique est certes différente... Mais ce qui nous réunit et se révèle typiquement belge, c’est cette liberté de se moquer de tout et de tous. Personne n’est suffisamment important. En France, on a l’impression que tout politicien est un président en puissance. Le Belge est plus débonnaire. La rue du village est plus proche du politicien belge que la rue de la Loi. Il n’y a pas dans nos patelins de rue Maréchal ceci ou Général cela. Il n’existe pas de place du Royaume de Belgique, mais bien des rues de l’église, du village, voire du cimetière... Nous sommes plus modestes.

Qu’ y a-t-il de drôle en Wallonie ?

Tout le monde est président de quelque chose. Les titres paraissent plus importants. C’est un peu français.

 

La Flandre pour les nuls

Mais… le sauveur est bien là. Bert Kruismans, un des humoristes flamands les plus célèbres, est en mission à Bruxelles et en Wallonie. Dans son cours La Flandre pour les nuls, il veut dévoiler l’âme des habitants du plat pays qui est le sien.

Dans son français à lui, Bert Kruismans essaie de nuancer les préjugés contre les membres de sa tribu. (Nous, les Flamands, nous ne sommes pas arrogants, nous sommes riches ! Ce n’est pas la même chose.) Il donne des tuyaux utiles pour ceux qui osent encore entrer en Flandre. (Vous êtes les bienvenus, mais vous devez vous intégrer. Pas de panique, il n’est pas nécessaire de parler un néerlandais impeccable. Nous ne le faisons pas non plus.) Bert découvre même des points communs entre les francophones et leurs compatriotes du nord. (Ah le barbecue, si l’union belge fait la farce, c’est la bouffe qui fait l’union ! En Flandre, on l’a intitulé le dernier des Belges, et sur scène Bert vous montre que c’est un compliment.

La Flandre pour les nuls, le premier spectacle francophone d’un humoriste flamand, avec l’assistance de Bruno Coppens ! Il a remporté le Prix des Cafés-théâtres au Festival International du Rire de Rochefort de 2009.

Bio Express

1966 Il naît à Meldert (Alost) sous le nom de Bert Van der Cruyssen

En 2004 Il est le « allerslimste mens ter wereld » (l’homme le plus intelligent du monde) sur VRT

2002-2007 Il tourne en solo, en Flandre et aux Pays-Bas, avec Kruismans vraagt zich af, Ratrace, België voor Beginners, Wereldberoemd in Vlaanderen

2009 Il monte son premier spectacle francophone, La Flandre pour les nuls. Prix des Cafés-théâtres au Festival International du Rire de Rochefort

2011 Il publie avec Pierre Kroll « Foert Non Dì Dju », chronique de la dernière crise gouvernementale et devient chroniqueur du Nord dans Matin Première (RTBF)

Ce que Bert préfère en Wallonie •• Rochefort pour son festival du rire, les gens que j’y connais, et parce que j’aime y rouler à vélo sur le Ravel. •• J’aime aussi la Wallonie post-industrielle. En été, je prends le Ravel flamand au niveau de la Dendre pour terminer à Lessines. J’aime beaucoup le Hainaut avec ses canaux, ses écluses, les ascenseurs du canal du Centre. •• J’aime aussi La Roche, Bouillon et la région de Couvin où j’ai découvert au cours de l’été, alors que la côte était prise d’assaut, la tranquillité.

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