Waw magazine

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Entrer dans le domaine du château des Princes de Croÿ, c’est un peu se plonger dans un pan entier de notre histoire, majestueuse et imposante, à l’image de l’édifice. Perché entre Senne et Haine, dans la contrée de la célèbre Abbaye Saint-Feuillien, le château appartient désormais au patrimoine majeur de Wallonie.

Tout s’est joué il y a près de six cent ans, lorsque Jacqueline de Bavière, comtesse de Hainaut, eut l’ingénieuse idée de léguer son domaine au grand chambellan de Philippe le Bon, Antoine de Croÿ. Ainsi, en 1433, « terres, ville, justice, seigneurie, prairies et appartenances » entrèrent dans la famille des Princes de Croÿ. Fort de sa position géographique et du rayonnement des Princes de Croÿ, d’illustres personnages se sont succédés au coeur du domaine au fil de l’histoire. Le plus célèbre, sans doute, Charles Quint, lui-même filleul d’un de Croÿ, y tenait ses conseils dans le hall d’entrée. Dans une volonté de préservation du patrimoine familial, l’architecture et la décoration de cette majestueuse salle de conseil située dans le hall d’entrée du château, le coeur même de l’édifice, sont restées inchangées depuis 1542, gardant ainsi son cachet d’ancienne salle de gardes. Ce contraste étonnant avec la façade rénovée entre 1713 et 1760, confère un style bien particulier. Si l’on regarde de plus près, sur le long manteau de la cheminée, se déploie la devise de la famille « Plus en sera de Croÿ ». C’était peu dire. Dans le petit vestibule à gauche, en sortant de la grande salle de conseil, on peut admirer sur le mur les portraits des chevaliers de la Toison d’Or, ancêtres valeureux des Princes de Croÿ. Ils représentent le plus grand nombre dans l’histoire d’une famille. Et si l’on devait encore émettre un record, il serait certainement celui de la longévité d’appartenance à un domaine seigneurial au sein d’une seule et même famille, bravant l’histoire, ses guerres et ses changements. Parmi les hôtes sélectes, citons encore Marie de Médicis et les Ducs de Bourgogne, Philippe le Bon et Charles le Téméraire. Le Prince d’Orange Guillaume II des Pays-Bas et le Duc de Wellington qui y tinrent un conseil de guerre quelques jours avant la bataille de Waterloo.

Un pont entre passé et présent

Classé dans sa totalité en 1963 et 1981, le château figure parmi les monuments à caractères remarquables dans la liste du patrimoine immobilier exceptionnel de la Région wallonne depuis 2009. Aujourd’hui, la famille des Princes de Croÿ- Roeulx y habite toujours et donne régulièrement vie au château et à son domaine via des événements culturels d’ampleur, ouvrant ainsi au grand public les portes du domaine familial. En 2004, l’exposition Salvador Dali s’y était tenue dans le cadre du centenaire de l’artiste espagnol et, à partir du 21 mai prochain, la rétrospective axée sur la thématique du « Cloud » permettra à nouveau d’arpenter ce superbe lieu. Mais au-delà de la simple vitrine patrimoniale et artistique, ces activités socio-culturelles de premier plan, issues de la Fondation Croÿ-Roeulx, organisme d’utilité publique, veulent promouvoir et préserver la dignité humaine à travers la protection de l’environnement, de la faune et de la flore. Mais aussi, faire rayonner la région, voire le pays par delà les frontières. « Ma femme et moi sommes actifs pour défendre, aménager, entretenir le château et en faire quelque chose de vivant, en accord avec l’époque. C’est à dire, conserver toutes les traditions avec leurs héritages, tout cela en symbiose avec les actions du monde actuel. Ce qui nous intéresse vraiment, c’est d’être tournés vers le grand public », confie le Prince du Croÿ-Roeulx.

 

Renseignements :

Château du Roeulx

Place du Château, 21

B-7070 Le Roeulx

www.leroeulxtourisme.be

 

UNE HORTICULTURE DU NUAGE

Une machine à faire des nuages, des pierres de méditation chinoises, des moutons errants, une boule en acier dans laquelle se refl ète le ciel et ses charmants habitants… Voici ce que l’exposition Clouds, dédiée au nuage et à sa poétique, offre dans le magnifique domaine du Château du Roeulx. Créée en partenariat avec Mons 2015 et sous la houlette du commissariat scientifique de Michèle Moutashar, conservatrice en Chef Honoraire du Patrimoine des Musées de France, et coordonnée par Sophie Chartier, directrice de SoChart International, Clouds est une émanation de l’exposition créée dans le cadre de Marseille Provence 2013 « Capitale européenne de la Culture ». Ici, de nouveaux objets, références artistiques de notre patrimoine belge d’art moderne, créations d’artistes contemporains, connus à travers le monde ou noms incontournables de l’art du XXe, arpentent le domaine, comme des appels à la rêverie, au dialogue céleste, à la contemplation. Une trentaine d’artistes, de Magritte à Michel François, de Charlotte Charbonnel à Meret Oppenheim, de Marina Abramovic à Javier Perez, à travers peintures, vidéos, photographies, sculptures et installations, s’imposent et se nourrissent de l’identité des diff érents espaces. Que ce soit dans l’orangerie, dans les écuries ou dans le parc central, toutes ces oeuvres interpellent le promeneur en le conviant à un tête-à-tête particulier. Au-delà de la thématique du nuage, nous sommes ici au « coeur d’une rencontre entre deux planètes, le château et l’art contemporain, deux cultures, qui s’accordent pour faire exister cette exposition », explique le Prince du Croÿ-Roeulx. « Ici, le nuage est à envisager au propre, comme au fi guré. C’est une grande exposition à part, avec un thème étonnant et des artistes du monde entier. » L’exposition se tient sur tout le domaine, dans les parcs et jardins et dans l’orangerie. Outre le fait d’admirer les oeuvres de Jan Arp, Man Ray, Bob Verschueren ou encore Not Vital, elle est une belle occasion de découvrir le patrimoine naturel du château, ses arbres remarquables, sa sérénité et son élégance. Avec, en fin de parcours, un arrêt bien mérité au Clouds café.

www.expo-clouds.com

Riche d’une histoire étroitement liée aux Princes de Ligne, le château se dresse en terre hennuyère depuis plus de six siècles. Un joyau somptueusement meublé, au coeur d’un magnifique jardin à la française. Alors, cour ou jardin ? Surtout ne pas choisir !

Né au XIVe siècle, il avait résisté à bien des secousses, dont la révolution française et la Seconde Guerre mondiale. Il faillit pourtant ne jamais connaître le XXe siècle. Le 14 décembre 1900, un incendie ravageait le château de Beloeil, l’un des plus beaux, sinon le plus beau des châteaux de Belgique. Celui que l’on surnomme parfois le Versailles belge ne pouvait cependant périr ainsi. Il fut reconstruit à l’identique, d’après les plans d’origine, entre 1901 et 1906. « Mais le plus formidable, c’est que tout son contenu put être sauvé, se réjouit Isabelle Cachoire, en charge des visites touristiques du domaine. C’était jour de marché. Toute la population a accouru pour aider le personnel à évacuer tout ce qui pouvait l’être. C’est ainsi que la précieuse bibliothèque et ses 20 000 livres furent sauvés par les femmes, qui les emportèrent dans leurs longues jupes ! »

Des anecdotes, mais aussi des hauts faits, le domaine de Beloeil en a vu au cours de sa longue histoire, indissociable de celle de la famille de Ligne, à laquelle il appartient depuis le XVe siècle et qui l’occupe toujours aujourd’hui. La Maison de Ligne est en effet l’une des plus anciennes et des plus prestigieuses familles nobles du pays. Elle trouve son origine au XIe, dans ce qui est alors le vaste comté du Hainaut. Les seigneurs de Ligne tirent leur nom d’un petit village situé à quelques lieues d’Ath. Des racines hennuyères qu’ils n’ont jamais reniées au cours des siècles, et quels que soient ceux qu’ils servirent : comtes de Hainaut, rois de France, ducs de Bourgogne, empereurs d’Autriche, rois d’Espagne et …rois des Belges.

Les meilleurs ébénistes

Le château de Beloeil n’a évidemment pas toujours été ce magnifique ensemble de facture classique. Comme toute place forte digne de ce nom, il commença par être une forteresse médiévale : les tours actuelles et les douves rappellent ce passé austère. Modifié au fil des siècles, il allait devenir cet authentique château de plaisance, au coeur d’un remarquable jardin à la française de 25 hectares.

Dès le début de la visite, qui commence par le vestibule et le grand escalier d’honneur, le charme opère. Franchir la porte de Beloeil, c’est plonger dans un autre monde, celui d’un passé prestigieux dont on aurait miraculeusement préservé l’esprit. « Ce qui impressionne le plus les visiteurs, confie Isabelle, c’est la qualité et l’importance de la décoration. Le château est entièrement meublé. On peut y admirer tout particulièrement le travail des meilleurs ébénistes des XVII e et XVIII e siècles. » Et notamment une table Régence signée par Boulle, qui a pu être restaurée grâce à des dons privés. Aux murs, d’immenses tableaux écrivent autant l’histoire des lieux que la longue généalogie de la famille.

La succession des salles et des appartements n’a rien d’un banal Cluedo. Ici, les pièces évoquent des noms qui rappellent leurs fonctions originales : la salle des Maréchaux, la salle des Ambassadeurs… Et si la salle à manger n’a pas hérité d’une appellation plus glorieuse, retenez qu’elle peut malgré tout accueillir une quarantaine de convives autour de sa longue table en acajou. Convives qui dînent face à l’enlèvement d’Hélène de Troie, reproduite sur une immense tapisserie des Gobelins…  

L’important, c’est le rose

À l’étage, le palier est un lieu d’arrêt obligé pour savourer le point de vue. C’est de là que les jardins prennent leurs plus beaux reliefs. Les chambres, toutes richement meublées, rappellent par leur nom – la chambre d’Amblise, la chambre d’Epinoy… – les titres nobiliaires de la famille de Ligne. La pièce la plus surprenante reste l’appartement du Feld-Maréchal Charles-Joseph, dont la couleur rose a pris largement possession. Oui, le rose ! « C’était sa couleur préférée, sourit Isabelle. Cette couleur, disait-il, le mettait de bonne humeur. » Mais le WAW d’admiration se produit toujours au même endroit, en redescendant du premier étage, lorsque l’on entre dans la bibliothèque. « J’avoue, confesse Isabelle, que je passe toujours en tête. Cela me permet de savourer les expressions des visiteurs lorsqu’ils découvrent ces rayonnages chargés de livres précieux. Ils sont abasourdis. » Et pour cause ! Les 20 000 volumes sauvés des flammes dans les conditions que l’on sait forment de somptueux alignements de reliures originales, serrées dans des boiseries anciennes. Atmosphère garantie ! Créée à l’origine par le deuxième prince de Ligne, Albert-Henri (1609-1641), qui était de santé assez fragile, la bibliothèque s’est enrichie au fil des siècles. On y trouve des pièces rarissimes, telles que le Liber passionis aux armes d’Henri VII d’Angleterre, ainsi que toute une collection d’atlas rachetée par le feld-maréchal Charles-Joseph, encore lui, à Charles de Lorraine, gouverneur des Pays-Bas. Et ami personnel.

Une histoire de princes

Impossible en effet de parler de Beloeil sans évoquer quelques-uns de ses plus célèbres occupants, dont justement Charles-Joseph (1735-1814), 7e Prince de Ligne. Diplomate de haut vol, il fréquenta les cours d’Europe, où il côtoya l’Impératrice Catherine II de Russie, Marie-Antoinette, Joseph II d’Autriche, Marie-Thérèse d’Autriche… Mais on lui doit surtout des Mémoires, un legs littéraire que certains comparent, en qualité, à celles de Casanova, et qui l’imposa comme l’un des grands mémorialistes belges. Passionné par les livres, il les faisait relier… en rose. Plus proche de nous, le prince Eugène II (1893-1960), 11e Prince de Ligne, fut également diplomate. Lors de l’invasion allemande, il reprendra du service actif avant d’être démobilisé. Dès 1941, il organisera au château l’accueil d’enfants juifs, ce qui lui vaudra en 1975 la médaille des Justes décernée par Israël.

Le 13e Prince, Antoine (1925-2005), fut également une figure marquante. Ce passionné d’aviation (et de montgolfières), qui s’était engagé dans la RAF dès 1943, participera en 1958 à l’expédition Antarctique de Gaston de Gerlache. Il faillit d’ailleurs y laisser la vie. Revenu sur ses paisibles terres hennuyères, le Prince Antoine, soucieux de trouver les fonds nécessaires pour préserver l’immense domaine, sera l’un des artisans de l’ouverture du château au public. C’est à lui que l’on doit notamment l’exposition annuelle d’amaryllis, en mai, et les célèbres Musicales de Beloeil qui, chaque été, transforment ce petit coin de terre hennuyère en une incomparable scène à ciel ouvert, le temps d’une nuit toujours trop courte. ■ 

 

Le jardin de Beloeil, 25 hectares d’harmonie végétale

Paix, sérénité, rêverie… C’est un flot d’émotions un peu passées de mode qui nous submerge dès les premiers pas dans le jardin de Beloeil. Il a fallu beaucoup de temps, de patience et de persévérance pour que ces 25 hectares de nature, ébauchés au XVIIe siècle, prennent leur forme actuelle, autour d’une immense pièce d’eau. Aujourd’hui encore, une dizaine de jardiniers s’activent à conserver toute sa noblesse tranquille à ce havre de verdure. Modelé par plusieurs architectes successifs, dont François-Joseph Bélanger (1744-1818), le parc offre un dessin rigoureux. Le départ de la promenade entraîne un choix déchirant. Faut-il emprunter la tranquille et somptueuse allée du Doyen ? C’est en parcourant cette ligne droite de 600 m, dominée par des charmilles hautes de six mètres, que le Doyen de Beloeil aimait lire son bréviaire… Ou faut-il plutôt privilégier la voie parallèle et sa succession de pièces à ciel ouvert ? Ce sera notre choix.

Il s’ouvre sur une vaste cuvette engazonnée, le Boulingrin, où l’on jouait aux boules. Lui succède le jardin des roses, où furent introduites autrefois les premières roses Bengale, et le bassin des Poissons rouges, lieu idyllique qui connut bien des bals et de galants amusements aux XVII et XVIIIe siècles. Ah ! Si les reflets dans l’eau pouvaient raconter les petites histoires de la grande Histoire…

Quelques pas plus loin, le Bassin ovale, alimenté par sa propre source, rappelle une fois encore toute l’importance de l’eau dans cet environnement naturel. Nouvelle démonstration avec Les Miroirs, deux petits bassins rectangulaires nichés au pied de charmilles. Le Prince Antoine de Ligne fit patiemment remonter celles-ci pour respecter les règles édictées par Dezallier d’Argenville (1680- 1765), qui rédigea plus de 500 articles sur le jardinage et l’hydraulique pour l’Encyclopédie. Passage obligé, ensuite, par les Sources, qui alimentent certains bassins. Jetez dans la plus petite d’entre elles une pièce de monnaie et faites un voeu. Si des bulles apparaissent à la surface, c’est qu’il sera exaucé.

En quelques enjambées, nous voici désormais tout à l’opposé du château, à la tête du grand bassin que domine un groupe de sculptures réalisées au XVIIIe siècle par Adrien Henrion, disciple de Pigalle, et représentant Neptune, Eole et Aquillon. Avant de songer au retour, par l’autre rive, un coup d’oeil s’impose à l’Orangerie, superbe bâtiment de 1830, autrefois dédié aux plantes et reconverti en immeuble de réception. Pour achever le tour de la pièce d’eau centrale, deux voies s’ouvrent une fois encore à nous. Soit celle du Mail, longue allée bordée d’arbres, soit une nouvelle succession d’espaces tracés au cordeau, où le végétal et l’aquatique se donnent la réplique avec un constant souci d’équilibre. Avouons un faible pour le « Bassin des Dames », ainsi nommé parce que ces charmantes s’y baignèrent dès le XVIIIe siècle dans la « petite profondeur. » Ce bassin put être restauré en 1993, avec l’aide de la Région wallonne, dans le cadre de l’année européenne des Parcs et Jardins.

À proximité du château, le Bassin des glaces rappelle quant à lui que, jusqu’au début du XXe siècle, on y sciait la glace que l’on entreposait sous une butte pour la conserver jusqu’en été. Depuis, les temps ont bien changé. Mais pas les jardins de Beloeil, impassibles témoins des siècles qui avancent. ■

 

Renseignements

Domaine de Beloeil

Rue du Château, 11

B-7970 Beloeil

+32 (0)69 68 94 26

[email protected]

www.chateaudebeloeil.com

 

Visites

Ouvert week-ends et jours fériés en avril, mai, juin et septembre, de 13 à 18h.

Tous les jours en juillet et août, de 13h à 18h.

Pour les groupes de minimum 20 personnes (sur réservation), le Domaine est ouvert d’avril à octobre de 10h à 18h et la visite du château se fait avec un guide.

Dix siècles sans courber l’échine ! La collégiale romane Saint-Vincent est l’attraction principale de Soignies, cité hennuyère réputée pour sa pierre bleue.

En découvrant de loin ses deux tours massives, le visiteur s’étonnera de la taille de la collégiale au regard de la petitesse de la cité hennuyère où la Senne prend sa source. Impression renforcée lorsqu’il commencera à s’emberlificoter dans le réseau en dentelles des ruelles du centre-ville. Est-ce l’imposant édifice qui veille sur ces chaumières aux façades millésimées ou celles-ci qui se sont blotties contre lui pour en faire un rempart de leurs vieilles pierres ?, se demandera-t-il. « C’est l’un et l’autre. L’histoire de notre collégiale est indissociable de celle de notre cité », répondront les Sonégiens, avant de révéler les trois bonnes raisons pour lesquelles ils s’agrippent à leur collégiale : c’est leur église paroissiale, c’est l’espace d’une importante communauté de chanoines qui a régi la ville pendant huit siècles et, surtout, c’est un lieu sacré qui ga rde ja lousement les rel iques de Saint-Vincent.

Saint-Vincent ? Le nom chatouille agréablement nos papilles… « Eh ! Non, ce n’est pas le patron des vignerons, bien connu dans toute la Bourgogne », lance en riant Jacques Deveseleer, le conservateur de la collégiale. « Mais notre Saint-Vincent à nous n’en a pas moins de la bouteille également. De son vrai nom Madelgaire, il a vécu au VII e siècle à l’époque du Roi Dagobert et a épousé une certaine Waudru – qui allait devenir la patronne de Mons – avant de se convertir à la vie religieuse et de fonder un monastère à Soignies. Bien que des fouilles aient révélé une présence humaine dès l’époque gallo-romaine, il est considéré comme le fondateur de notre ville ».

Si le sieur Madelgaire avait certes osé un geste fort en jetant la première pierre de ce qui deviendra vite une petite agglomération, c’est cependant aux chanoines que les Sonégiens doivent leur collégiale. Ayant succédé à la communauté monastique au début du Xe siècle, ce collège de religieux se lança dans l’édification – vraisemblablement sur le site du monastère – d’une église de style roman rhénan fortifié qui s’ouvrit au culte en 1082. Un édifice qui, fait rarissime, allait traverser les siècles, y compris la Révolution française, quasiment sans douleurs, comme en témoignent les charpentes romanes qui couvrent toujours la nef.

« Ce sont son ancienneté et son état de préservation qui ont valu à Saint-Vincent de Soignies d’être placé au rang du Patrimoine exceptionnel de Wallonie », souligne Jacques Deveseleer. Attaché en archéologie et histoire de l’art au Département du Patrimoine de la Région wallonne, le Sonégien est viscéralement lié à la collégiale comme à sa ville natale. Et il est forcément intarissable à son sujet. « Deux éléments attestent de son héritage culturel anglo-normand. Sa construction en trois niveaux, avec la présence de larges tribunes sur les bas-côtés, et l’accent mis à l’Est, avec la tour lanterne construite à la croisée du transept. Des caractéristiques qui inaugurent le courant architectural dit «scaldien» (ndlr : de la région de l’Escaut), lequel trouvera peu après son plein déploiement à la cathédrale de Tournai. »

Pour authentique qu’elle soit, la collégiale de Soignies n’en a pas moins été marquée par les époques. Si le visiteur s’étonnera de découvrir, côté ouest, la tour clocher de style gothique qui est venue englober le porche roman au XIIIe siècle, c’est du choeur, la partie la plus ancienne de la collégiale, que lui viendront ses plus fortes émotions. L’impression de force tranquille qui s’était doucement emparée de lui à la vue des formes simples et massives de la nef romane s’effondrera d’un coup lorsqu’il contournera le jubé. Là, dans cette partie réservée au chapitre de chanoines, faisant face à un ensemble de 64 stalles en chêne, tout n’est qu’éclats et flamboyance. « C’est l’effet de la Contre-Réforme, l’expression lumineuse de la théâtralité du culte », lance l’historien devant le somptueux décor baroque que constitue le monumental maître-autel en bois peint à imitation de marbres, garni de statues en ronde-bosse, de balustrades ajourées et d’un magnifique baldaquin suspendu. Encadré par deux immenses toiles du maître anversois Gérard Seghers, ce véritable « mur de gloire » est entouré de boiseries et de délicates sculptures blanches rehaussées à la feuille d’or. Joyau d’entre les joyaux, la châsse de Saint-Vincent sommeille derrière l’autel, lovée dans une étroite travée réservée au culte des reliques. « Elle attend son rendezvous annuel avec les pèlerins », chuchote Jacques Deveseleer qui, comme d’autres passionnés, a senti son coeur battre plus fort en 1999 quand, dans un noble souci d’ouverture d’esprit, on a soulevé le couvercle de la châsse afin de procéder à une datation au carbone 14 des reliques. « Elles étaient bien du VII e siècle », confirme-t-il. Ouf !

Si la collégiale renferme d’autres oeuvres incontournables, comme cette émouvante « Mise au Tombeau » datant au XVe siècle, l’essentiel du trésor religieux est exposé au musée du Chapitre. En bon conservateur, Jacques Deveseleer s’est en effet battu pour que soit aménagé, dans le bras occidental du cloître et les anciens bâtiments administratifs des chanoines, blotti contre la collégiale donc, un musée rassemblant des oeuvres précieuses du XIe au XVIIIe siècle. Parmi les nombreuses peintures, sculptures et pièces d’orfèvrerie, le visiteur y découvrira l’ancienne salle de réunion du chapitre, munie de lambris sculptés avec ses bancs.

 

Renseignements

Office du Tourisme de la Ville de Soignies
Rue du Lombard 2.
Tél. : +32 (0)67 34 73 76 ou 77
www.soignies.be

 

Le Grand Tour Saint-Vincent a 750 ans

« Il s’agit d’un événement incroyablement rassembleur. Ce jour-là, on sent battre le coeur de la ville… Aucun vrai Sonégien ne voudrait rater cela ! » Et surtout pas Jacques Deveseleer qui trépigne d’impatience à l’approche du prochain lundi de Pentecôte. Ce jour-là, cela fera 750 ans que Nicolas III, évêque de Cambrai, approuvait une résolution des chanoines de Soignies instituant la procession du Grand Tour Saint-Vincent. « Le plus extraordinaire est que cette tradition a perduré ! », s’exclame l’historien, qui prépare pour l’occasion une publication avec la collaboration, entre autres, du photographe Guy Focant. Concrètement, à 6 heures, la chasse de Saint-Vincent est descendue de son socle dans la collégiale, puis portée par huit pèlerins – elle fait 280 kilos ! – le long d’un circuit de 12 kilomètres autour de la ville qui voit ainsi sa protection renouvelée. Le Grand Tour est ensuite suivi, au départ du faubourg d’Enghien, de la procession historique qui remonte, quant à elle, à 1920. Plus de 500 figurants costumés, dont une centaine de cavaliers, interprètent alors des épisodes de la vie du saint. « C’est une grande fête, assure Jacques Deveseleer. Si vous n’avez rien de particulier à faire le 28 mai, venez donc faire un tour à Soignies ! »

« Simpélourd », de la parade des cocus à la bière

La gastronomie d’une région s’est toujours acoquinée à son histoire. Ainsi, si le fromage de Soignies a été baptisé « pavé », la bière Simpélourd, qui entre dans la préparation de certaines spécialités, comme le lapin à la simpélourd, doit son nom à un savetier sonégien qui a vécu au XVIIIe siècle et dont les malheurs conjugaux lui ont valu un ticket d’entrée dans le folklore local. « Soignies est la seule ville au monde où l’on fête les cocus », prétend ainsi l’échevin Jean-Michel Maes, en faisant allusion à la fête qui a eu lieu à la mi-octobre. Une kermesse qui voit défiler fanfares, majorettes et groupes folkloriques, tandis qu’un habitant prend les traits et les habits – c’est un honneur ! – du savetier, dont ses concitoyens disaient qu’il était « simple et lourd ».

 

À voir aussi à Soignies

• Le circuit des façades millésimées
• Le parc Paternoster
• L’ancienne pharmacie Bourdeaux (1900)
• Les carrières Gauthier-Wincqz (visite sur demande)
• Le château de Louvignies (XIXe)…

 

La pierre bleue voit l’avenir en rose

S’il est indiscutable que la collégiale est la curiosité de Soignies la plus visitée, surtout depuis sa récente restauration tant extérieure qu’intérieure, il est une seconde pépite qui fait la fierté des Sonégiens : la pierre bleue, aussi appelée « petit granit ». Exploitée également, mais dans une moindre mesure, dans le Condroz et l’Ardenne centrale, cette roche remarquable qui s’est formée en mer il y a environ 320 millions d’années s’est taillée une place enviable en Europe grâce à sa dureté, sa résistance au gel, à l’écrasement et aux agents chimiques. En Belgique, elle a été utilisée pour d’innombrables bâtiments publics et privés, ponts, digues, écluses et aménagements urbains parmi lesquels les arcades du Cinquantenaire à Bruxelles, l’Aula Magna à Louvain-la-Neuve et la nouvelle gare des Guillemins à Liège. À Soignies, on n’y échappe pas. Dans le centre-ville, la place Verte a été repeinte en bleu, de même que la place Van Zeeland (le premier ministre est né à Soignies en 1893) où l’espace culturel Victor Jara, inauguré en 2009, se profile comme un énorme caillou qui dépasse du sol. Recouvert d’une croûte de pierre bleue, évidemment.

« C’est incontestablement la richesse industrielle de notre ville », explique l’échevin du Tourisme Jean-Michel Maes, par ailleurs également président de l’Office de Tourisme de Soignies et directeur de la Fédération du Tourisme de la Province du Hainaut. « Son exploitation a véritablement été lancée au début du XVIII e siècle et on espère qu’elle se poursuivra jusqu’à la fin du XXI e. Deux sociétés poursuivent en effet son exploitation : les Carrières du Hainaut, le long de la ligne Tubize- Jurbise, et Les carrières de la pierre bleue belge, qui viennent d’ouvrir un troisième site à cheval sur Soignies, Ecaussines et Braine-le-Comte. »

Pour ceux que ce pan de l’histoire sonégienne intéresse, le Centre de documentation de la pierre bleue accueille les visiteurs au sein du Centre d’art de Soignies. Les plus nostalgiques opteront également pour la visite du Vieux Cimetière et de son parc où près de 150 monuments funéraires du XIVe au XIXe siècles sont répertoriés. Une magnifique et ultime carte de visite pour les nombreuses familles de tailleurs de pierre qui y sont enterrées !

Mais l’exploitation artistique de la pierre bleue à Soignies ne s’arrête pas là. Elle a continué à trotter dans l’esprit de ses habitants, artisans et décideurs politiques. Et, de ricochets en ricochets, elle a fini par se fendre et accoucher d’une idée originale. « La pierre bleue s’éclate », tel est en effet le nom de cet événement que la Ville, l’Office du Tourisme et le Centre culturel organisent désormais depuis 2006 sous forme de biennale. « Ce symposium international de sculpture monumentale est né de l’idée de mettre en valeur la spécificité de notre ville », explique Jean-Michel Maes. « De la mi-août au début septembre, soit jusqu’aux Journées du Patrimoine, nous accueillons et offrons le logement à des sculpteurs venus de différents horizons qui ont comme tâche de créer une oeuvre à partir d’un bloc de pierre brute d’un mètre cube offert par les Carriers ». Afin de susciter un engouement et des rencontres avec le public, ces sculpteurs travaillent au vu de tous, sur le parking jouxtant la salle Jara. Particularité : à la fin du symposium, les pierres sculptées restent exposées à Soignies pendant un an. Même si, entretemps, elles ont trouvé un acquéreur… « Après cette période, ces oeuvres doivent être retirées aux frais des sculpteurs ou des nouveaux propriétaires. Mais compte tenu de leur poids, certains préfèrent en faire cadeau à la Ville qui en achète d’office une à chaque édition. Notre collection, dont une partie est exposée dans le parc qui fait face à la gare, s’agrandit ainsi d’année en année », note avec satisfaction l’échevin.

Finies les années d’abandon. Trésor historique et architectural, le Château du Faing s’offre enfin une nouvelle vie.

Les interminables kilomètres parcourus le long des forêts luxembourgeoises en valent la chandelle. Sans crier gare, le colosse se dresse devant des yeux ébahis. Un spectacle à en rester coi. Même sous la drache nationale, le soleil semble se refléter sur la bâtisse recouverte de crépi ocre et ornée de pierre de taille grise. De style néogothique, la construction en forme de U est flanquée de quatre tours rondes aux angles dont une au sud-est, celle qui attire tous les regards, est couronnée d’un clocheton et d’un phare qui, la nuit, illumine le village.

Le château actuel, reconstruction à l’identique, date du XIXe siècle. Aux origines médiévales, la famille « du Faing », seigneurs de Jamoigne, y avait élu domici le. Étymologiquement, la seigneurie « du Faing » tire ses racines des terrains « fangeux » qui bordent la Semois et sur lesquels est bâti l’édifice. Le « Faing » est aussi devenu un hameau de Jamoigne. On comprendra pourquoi. Mis à mal par les vicissitudes de son histoire, le premier château n’a pas résisté au temps. En 1872, le comte Fernand de Loen d’Enschedé et l’architecte Pierre Van Kerkhoven reconstruisent le monument sur le même plan que son prédécesseur.

Fierté populaire

Le château résiste aux deux Guerres mondiales. Après avoir servi de foyer d’accueil pour enfants, les Soeurs de la Charité de Besançon le cèdent pour un franc symbolique à la commune de Chiny en 1976. La bâtisse et ses alentours deviennent alors propriété communale et hébergent une maison de repos gérée par le CPAS. Ce dernier érige également 15 maisonnettes de plain-pied dans le parc du château. On a vu endroit moins agréable. En février 1997, l’Institut du Patrimoine wallon (IPW) l’inscrit sur sa liste des bâtiments à préserver. Cependant, ce classement n’arrive pas à contrer le manque d’argent indispensable à la réhabilitation sanitaire du centre. En 2011, la fermeture est inéluctable. « Un tel dossier n’arrive qu’une fois dans une carrière », sourit le Député-Bourgmestre de Chiny. Lorsque Sébastian Pirlot prend ses fonctions en 2006, le château n’est plus que l’ombre de lui-même, un patrimoine exceptionnel à l’abandon depuis cinq ans. À l’arrivée d’une nouvelle majorité, la Ville de Chiny entreprend la rénovation complète de ce site avec le soutien de la Région. Les demandes de subventions se concrétisent en 2009. Un projet pilote est mis sur les rails : rassembler tous les services communaux dans ce même espace de plus de 800 m². En tout, 6 millions € sont nécessaires pour la réhabilitation. La Région wallonne accorde 3,5 millions de subsides. La commune de Chiny s’engage à fournir les 2,5 millions restant. Après deux ans de travaux de rénovation intérieure et extérieure, le château du Faing aura été fin prêt pour son inauguration, reconnue « activité exceptionnelle » par l’IPW, le dimanche 9 septembre dernier, à l’occasion des 24e Journées du Patrimoine. Chiniciens et Chiniciennes auront (re) découvert une nouvelle version de ce patrimoine trop longtemps oublié.

Après deux ans de rénovation, le château est fin prêt pour sa nouvelle affectation depuis sa récente inauguration à l’occasion des dernières Journées du Patrimoine.


Réhabilitation

Comme le précisait le projet pilote, le château accueille désormais l’administration communale dans l’aile droite et le CPAS dans l’aile gauche. Les autres services communaux ont élu résidence dans les trois annexes. La première dépendance, la « Grange du Faing », offre un espace dédié aux artistes locaux qui y exposent leurs oeuvres, à moindres frais. La deuxième accueille, d’une part, la bibliothèque et, d’autre part, une salle polyvalente. Les locaux de la dernière annexe sont répartis entre l’Agence Locale pour l’Emploi, les titres-services et la Police. Afin de trancher avec le style néogothique extérieur, l’intérieur s’est doté de mobilier moderne.

Destiné au départ aux enfants de militaires belges prisonniers, le foyer de Jamoigne héberge, entre autres, 87 enfants juifs belges inscrits sous des noms d’emprunt et intégrés dans des troupes de scouts.


Les façades, toitures, murs d’enceinte ainsi que plusieurs salles du rez-de-chaussée du château sont désormais « monuments classés ». Pour les citoyens ou touristes de passage, l’ASBL Territoires de la Mémoire invite au voyage par son parcours didactique afin de se souvenir de l’histoire du château et son influence au cours des époques. Dans un futur proche, les autorités prévoient d’autres activités. Des concerts, des haltes gourmandes, une plaine de jeux ou encore un festival de jardins dans le parc du château, en cours d’aménagement. Les visiteurs peuvent d’ores et déjà profiter de ce parc public de plus de six hectares, accessible 7 jours sur 7 à tous les flâneurs. De Chiny ou d’ailleurs.

 

Renseignements

Administration communale de Chiny
Rue du Faing
B-6810 Jamoigne (Chiny)
[email protected]
www.chiny.be

 

Référence

Aux origines, l’histoire de la lignée reste confuse. Au XVIe siècle, cela s’éclaircit. On sait que Jean de Tassigny, ancêtre de la famille du Faing, réside dans le hameau du même nom. Hugues, fils de Jean de Tassigny, prend le nom dudit fief et intègre la noblesse grâce à son union. Henry du Faing, fils d’Hugues du Faing, permet à la lignée familiale d’acquérir une importance certaine, grâce à son mariage avec Agnes de Tassigny, fille de Jean de Tassigny. Des dix enfants, seuls deux d’entre eux auront des descendants mâles pour prolonger la lignée. Selon la légende, Nostradamus aurait fait un voyage dans la région du temps d’Henry du Faing. Malheureusement, aucun document ne peut confirmer son passage.

Au XVIIe siècle, toutes branches confondues, Gilles du Faing est sans conteste le plus illustre personnage de la famille. Philippe IV, Roi d’Espagne, hisse la seigneurie de Jamoigne au rang de baronnie au profit de Gilles du Faing. Il a obtenu de nombreuses faveurs… héréditaires.

La forge du Faing

Avec la révolution industrielle, Jamoigne développe quelque peu son usine sidérurgique. Baptisée à l’origine « forge du Faing », elle devient par la suite le « fourneau de la Hailleule ». Le fourneau finira par s’éteindre en 1838 et être remplacé par un moulin et une huilerie. En 1872, le château du Faing, dont il ne reste que des ruines, change de mains. Le comte Fernand de Loen d’Enschedé et l’architecte Pierre Van Kerkhoven reconstruisent le monument sur le même plan que son prédécesseur. En 1885, Fernand de Loen cède le château toujours en travaux à la famille Louppe. En 1903, après un grave incendie, les Louppe cèdent la bâtisse, les annexes et le terrain aux Soeurs de la Charité de Besançon.

 

Le château des Justes

Siècle après siècle, les seigneuries s’y succèdent et marquent, au fil des générations, l’histoire et l’architecture du lieu. Le XXe siècle signe un tournant lorsqu’en 1903, les Soeurs de la Charité de Besançon, congrégation enseignante et hospitalière, achètent le château, les dépendances ainsi que le terrain. Les religieuses et leurs pensionnaires affectionnent particulièrement la tranquillité de la région. En 1933, l’ASBL Maison de Repos achète la propriété. Durant la Seconde Guerre mondiale, le château devient le « Home Reine Élisabeth ». Destiné au départ aux enfants de militaires belges prisonniers, le foyer de Jamoigne héberge, entre autres, 87 enfants juifs belges inscrits sous des noms d’emprunt et intégrés dans des troupes de scouts. Ce changement d’identité leur permet d’éviter la déportation. Cet éloignement forcé leur sert également de bouffée d’oxygène puisqu’ils peuvent partager en plein air les jeux, les rires et les secrets d’autres gamins de leur âge. En 1988, plusieurs éducateurs du home reçoivent la médaille de « Juste parmi les Nations » pour leur bravoure et leur ténacité. Parmi ces Justes, Jean-Marie Fox, instituteur et moniteur scout entre 1943 et 1945.

Dominique Zachary, journaliste gaumais, raconte l’histoire extraordinaire de Michel Goldberg, l’un des enfants cachés, dans un livre de 1994 intitulé La Patrouille des enfants juifs. En 2005, une pièce de théâtre, adaptation de ce récit par l’auteur Vincent Penelle, se joue à Bruxelles. C’est dans ce souvenir que la commune de Chiny a choisi d’ériger une statue contemporaine haute de 4 m, au centre de la cour du château, en mémoire des Justes et des enfants juifs cachés à Jamoigne.

 

Dates clés

• 1933 : l’ASBL Maison de Repos achète la propriété du Faing.
• 1940-1945 : le « Home Reine Élisabeth » accueille des enfants de militaires et cache 87 enfants juifs.
• 1976 : l’administration communale achète le château et ses alentours. Le bâtiment héberge une maison de repos gérée par le CPAS.
• 2001 : le site est laissé à l’abandon, faute de financement.
• 2006 : un projet de réhabilitation voit le jour : rassembler tous les services communaux dans un même espace

Suivre les traces des contemporains d’Astérix sur le trajet d’une voie romaine tout en découvrant des sites riches en histoire à deux pas de chez vous… Plus de 2000 ans d’histoire au fil de la voie romaine Boulogne- Bavay-Tongres-Cologne.

Les Romains se sont dotés d’un impressionnant réseau routier, planifié à l’échelle de leur vaste territoire et remarquablement bien construit. Après la conquête de la Gaule par Jules César, ils ont prolongé les liaisons routières du sud vers le nord, et de l’ouest vers l’est. La voie Boulogne-Cologne est une des grandes artères de l’Empire romain. Elle est, avec les tumulus et les murailles de fortifications, l’un des rares vestiges antiques conservés dans le paysage de nos régions. De Boulogne jusqu’à Cologne, l’itinéraire invite à suivre cet antique monument sur plus de 400 km et à découvrir la vie quotidienne des Gallo-Romains installés sur son parcours à travers les sites, les réalisations architecturales et le mobilier. Marie-Hélène Corbiau, professeur d’Archéologie nationale à l’Université de Namur, a consacré une partie de sa vie à l’étude de cette colonne vertébrale de notre histoire. Elle présente le fruit de ses recherches dans un ouvrage édité par l’Institut du Patrimoine Wallon.

Quelles sont les raisons qui vous ont motivé à écrire un livre sur ce sujet ?

Marie-Helene Corbiau — C’est la volonté de rappeler un patrimoine qui traverse 4 pays, un monument linéaire de l’empire septentrional qui est encore visible aujourd’hui et qui marque le paysage sur plus de 400 km, mais qui pourtant est méconnu du grand public. La vocation de cette voie était de relier Boulogne à Cologne, et de nombreuses découvertes archéologiques y ont été faites. Je voulais présenter toute une série de sites historiques qui se trouvent le long de cette voie en fournissant des explications simples.

Quel est l’intérêt de ce livre ?

MHC — Accroché à la voie romaine, on en profite pour approcher plusieurs aspects de la vie romaine comme l’alimentation, l’architecture, la religion… Chaque site est un tout, on retrouve sa position par rapport à la voie romaine, des photos du site, sa reconstitution… Cela permet de s’imaginer plus facilement à quoi ressemblaient des vestiges qui, aujourd’hui, sont à ras du sol. On met des images sur des mots.

Il y a aussi un aspect pédagogique. Par exemple, les professeurs du primaire et du secondaire peuvent y retrouver des informations sur le panorama de la civilisation galloromaine, une diversité d’informations qui suit la logique de la civilisation romaine et fait un parallèle avec la vie d’aujourd’hui. On y retrouve quelques grandes caractéristiques architecturales romaines, par exemple à Boulogne, où se trouve un port qui permettait un accès direct avec l’Angleterre ; à Bavay, un des plus grands forums d’Europe y a été bâti, car les envahisseurs romains voulaient s’affirmer dans les provinces septentrionales. Et bien d’autres…

De plus, pour beaucoup de bourgades, il y a un dialogue entre le terrain et le musée. En effet, à côté de chaque article concernant un site, on retrouve la fiche du musée où sont exposés les vestiges découverts, avec les informations pratiques et les contacts. Il y a donc un objectif de promotion du tourisme culturel de qualité.

A qui s’adresse votre ouvrage ?

MHC — À tout le monde. Même, et surtout, à ceux qui n’ont pas de bases sur la civilisation gallo-romaine. Ils en retireront quelque chose. C’est un ouvrage de vulgarisation scientifique qui s’efforce de présenter les choses simplement. On retrouve les 400 km du parcours schématisés en 2e de couverture, des cartes de l’époque gallo-romaine, mais aussi des photos aériennes de tronçons qui nous montrent que la voie Boulogne- Cologne marque encore le paysage à l’heure actuelle. Subdivisé en quatre parties (France, Belgique, Pays-Bas et Allemagne), le livre suit la logique de l’itinéraire avec la voie romaine en partant de l’aspect géographique du parcours, passe par les villes, agglomérations, tumulus, etc.

 

Les chapitres ne sont pas de taille égale, car la voie s’étend sur plus de surface en France et en Belgique qu’en Allemagne et aux Pays- Bas. Mais ces derniers ne sont pas en reste pour autant. En ce qui concerne les Pays- Bas, il y a de très nombreuses informations sur Maastricht où la chaussée romaine est encore bien perceptible à l’heure actuelle et où de nombreux vestiges ont d’ailleurs été découverts. Mais aussi sur les villes de Hulsberg et Rimburg. Sans oublier sur l’agglomération antique de Heerlen, qui est une étape sur la voie où divers bâtiments ont été mis à jour. Tels des thermes publics remarquables par leur importance et leur conservation. Ils couvrent un espace de 50 m sur 50 m. ■

 

Itinéraires du Patrimoine Wallon

Cette collection, dont ce volume constitue le septième numéro, propose une série de guides à destination du grand public axés sur la découverte active du Patrimoine de Wallonie. Ces livres, véritables outils pratiques de visite, sont déclinés à travers différentes thématiques. La collection est constituée de guides richement illustrés et documentés, mais faciles à consulter grâce à leur format pratique. Destinés au grand public, ces livres, accompagnés d’une carte touristique et routière, constituent des outils de visite de notre patrimoine. À la description rigoureuse des monuments s’ajoutent de nombreuses informations pratiques facilitant la visite sur place.

 

La voie romaine. Boulogne- Bavay-Tongres-Cologne

Marie-Hélène Corbiau

Édition Institut du Patrimoine Wallon — 144 pages – 12 €  

Au coeur du Pays Vert, la famille de Meester veille sur un vrai trésor patrimonial. Rigueur et respect côtoient découverte et ouverture au public.

Sous le château d’Attre actuel était construit un manoir médiéval défensif pour raisons de guerres et invasions récurrentes. Les temps devenus meilleurs et plus sereins, l’ancien édifice n’était plus adapté. Le nouvel essor industriel et commercial donnait l’envie de jouir d’une vie plus douce et plus fastueuse. C’est donc en 1752 que le comte François-Philippe Franeau d’Hyon, comte de Gomegnies, décida de le raser pour y construire un château de plaisance. Depuis plus de 250 ans, ses descendants y habitent toujours et veillent avec conviction à sa conservation.

Au cours des visites guidées, vous serez surpris par la beauté et le raffinement des différents salons qui ont chacun un usage bien précis. L’entrée du château est encadrée de hautes colonnes en marbre rose cédées par l’abbaye de Cambron non loin de là. De part et d’autre du jardin à la française, se trouvent les deux « pavillons à carrosses » destinés à abriter les véhicules hippomobiles. L’un d’eux a récemment bénéficié d’une restauration opérée dans les règles de l’art et de l’architecture de l’époque. La remise en état du second ne devrait pas tarder dès que les moyens financiers le permettront.

Entrez donc !

Le visiteur est accueilli comme l’étaient les invités d’autrefois. Sur le perron central flanqué de deux sphinges, le large hall d’entrée débouche sur la grande porte, encore close, donnant sur les différents salons. Toujours dans le hall, dans l’un de ses coins, une double porte bombée dissimule une chapelle réservée aux invités, mais aussi aux habitants du village les jours de procession ou de rogations. Au-dessus de l’autel veillent deux « putti » (angelots nus) sculptés par Jérôme Duquesnoy, l’auteur de notre Manneken Pis. Une porte sur la droite dévoile le hall d’apparat. Une gigantesque cage d’escalier, d’un subtil mélange de style rocaille et néoclassique, très en vogue dans les années 1710 - 1750, accède à l’étage. Elle fait office de galerie de portraits d’ancêtres prestigieux. Sous l’escalier se trouve un meuble vitrine exposant une très belle collection de gibiers d’eau et d’oiseaux exotiques empaillés. Derrière une authentique chaise à porteurs, quelques flacons anciens en verre soufflé de couleur sont des rescapés des sources de Spa qui reposaient sur un support de bois, or et argent.

Les salons

Au nombre de quatre, chacun de ceux-ci se prête à diverses activités. Le premier, le salon de musique, accueillait, on l’imagine, les invités lors de concerts. Le parquet en chêne, joliment travaillé et les coins arrondis de la pièce apportaient une acoustique remarquable. Côté décoration, on apprécie le souci du détail : cheminées en marbre de l’entre-Sambre et Meuse, mobilier en accord avec les patines murales, le plafond réalisé par des stucateurs du nord de l’Italie, guirlandes d’oiseaux légers et joyeux. Les hautes fenêtres apportent une généreuse lumière et s’ouvrent sur les jardins anglais et le parc traversés par un bras de la Dendre.

Le salon des Archiducs, lui, est consacré aux ancêtres des propriétaires fondateurs du château. On y trouve bustes et tableaux qui leur rendent hommage. Et, originalité qui mérite la curiosité des visiteurs, les papiers peints imprimés, dont les supports sont tissés de lin et raboutés (mis bout à bout) peints à la planche pour retrouver le raccord des motifs. Une « duchesse brisée », sorte de méridienne très originale constituée de deux parties de style Louis XV, trône près de la cheminée. Des porcelaines de Tournai rappellent les vaisselles utilisées au cours des dîners donnés au château autrefois.

La mode de l’exotisme, très prisée au XVIIIe siècle, s’exprime dans le salon chinois. Des tissus de soie finition argent d’une rare finesse qui ornent tentures et murs sont imprimés de fleurs et d’oiseaux. Le mobilier s’harmonise avec l’ensemble. Petit détail amusant : de chaque côté de la cheminée descend une corde dont l’actionnement appelait le personnel occupant les cuisines-cave.

Le salon d’hiver, plus intime, est encore occupé par la famille de Meester à l’occasion de rassemblements festifs. Jouxtant ce salon, il y a la chambre de l’archiduchesse Marie-Christine, gouvernante des Pays-Bas, et soeur de Joseph II. Elle s’y reposait et recevait des visites privées. Plus loin encore, une petite pièce au plafond bas nommée boudoir servait de lieu paisible de lecture. Sur l’appui de fenêtre, abritée sous une vitre, s’étend une collection de hochets et de manches à dentition. Ces objets rares sont réalisés en argent travaillé et les embouts faits de cristal de roche, corail ou nacre.

 Si le château familial mérite une visite, le parc reconnu au Patrimoine exceptionnel de Wallonie ravira les promeneurs curieux. Non seulement les arbres aux essences rares se dressent fièrement le long des sentiers, mais il y a aussi matière à étonnement et découverte.


Le parc et les jardins

Si le château familial mérite une visite, le parc reconnu au Patrimoine exceptionnel de Wallonie ravira les promeneurs curieux. Non seulement les arbres aux essences rares se dressent fièrement le long des sentiers, mais il y a aussi matière à étonnement et découverte. Pour y accéder, il faut emprunter un petit chemin de terre et sur sa gauche se trouve une maison nommée « les communs du château fort », contemporaine de celui qui fut démoli en 1752. Le colombier tout proche date de la même époque. On raconte que ce bâtiment de forme cylindrique abritait des pigeons qui servaient de nourriture fraîche à leurs propriétaires. La possession de ce petit gibier étant alors très convoitée, il fallait réglementer le nombre de couples autorisés aux châtelains. La quantité de « niches » accordées l’était en fonction de la surface totale de leurs terres. À raison d’un couple de colombes par acre, les propriétaires du château d’Attre en possédaient 2 400. De quoi faire quelques festins !

Au passage de la grille qui s’ouvre sur le parc, vous pourrez voir les armoiries des constructeurs du château, une licorne blanche sur fond rouge et une croix penchée sur fond bleu. Commence alors une promenade le long des sentiers souvent bordés d’un filet d’eau s’échappant de la Dendre. Cette irrigation toute naturelle confère au sol et aux arbres, une couleur vert éclatant.

Au détour d’un chemin, la Tour Vignou possède sa légende qui dit qu’elle était habitée par un personnage peu recommandable. On attribue à ce vilain Vignou la capture et la mort de 14 personnes innocentes. L’adjectif vignou, qui désigne un scélérat, est d’ailleurs resté dans le langage populaire. « Le rocher » a, quant à lui, fait couler beaucoup d’encre. Cet édifice sans forme fait d’enchevêtrements de pierres de carrière mesure 24 mètres de haut. Il est truffé de galeries, où se perdrait le plus performant des GPS, dont certaines seulement sont accessibles au public. Il a fallu 40 ouvriers durant sept années, sans compter le coût de l’opération, pour arriver au résultat - reconnaissons-le – d’une grande originalité. Dès la sortie de ce labyrinthe, le visiteur sera ébloui par la vue imprenable sur un étang paisible.

En continuant le chemin, une nouvelle surprise vient d’en haut. Le chalet suisse surplombe le sentier que vous pouvez escalader pour l’observer de plus près, sans toutefois y entrer afin de ne pas dégrader cette construction déjà dans un état de souffrance regrettable. Vers la fin de la promenade, votre regard sera attiré par un bâtiment cubique construit sur une hauteur. Il s’agit du pavillon des bains. Les convives des châtelains pouvaient s’y baigner pour se détendre. Latéralement à ce pavillon, les invités bénéficiaient d’une jolie vue sur la Dendre avec, en toile de fond, le côté jardin du château et ses prairies. Quelques bancs vous escortent jusqu’à la sortie du parc. Une invitation à vous poser encore un peu, pour laisser libre cours à votre imaginaire.

 

Renseignements

Château d’Attre
Avenue du Château, 8
B-7941 Attre
+32 (0)68 45 40 60
châ[email protected]

Le château et son exceptionnel domaine que le petit-fils d’Ernest Solvay légua à l’État belge, dans les années 1960, est aujourd’hui l’une des plus belles vitrines de la Région wallonne. Aux portes de la capitale européenne..

Combien de langues étrangères entend-on en une après-midi de balade dans le magnifique parc du château de La Hulpe ? « Beaucoup ! », répond sans hésiter Olivier Vanham. Le directeur conservateur de ce « domaine Solvay », comme le grand public l‘appelle spontanément, répète avec fierté : « Beaucoup, oui, et je dirais même de plus en plus ». À défaut de comptage – l’accès du parc est libre –, on fonctionne au feeling. Et il est positif. La proximité avec la capitale de l’Europe est un atout pour ce petit bout de Wallonie, en bordure de Forêt de Soignes. Nombre d’expatriés ou de touristes d’un week-end y croisent volontiers les amoureux de ce parc de 227 hectares, qui entoure le château et dont la ferme accueille, depuis 2000, la Fondation Folon.

Le public sait moins, en revanche, que s’il peut aujourd’hui pleinement savourer les vertus bucoliques de ce lieu d’exception inscrit au Patrimoine exceptionnel de Wallonie, c’est grâce à la générosité de la famille Solvay. Mais ne brûlons pas les étapes…

1842

Située sur les bords de la Helpe, ce qui donnera le nom de La Hulpe au XVIe siècle, la localité fit longtemps partie du duché de Brabant. Ce n’est qu’au XIXe siècle que le territoire de La Hulpe sera morcelé en de grandes propriétés. Dans les années 1820, la plus grande d’entre elles, qui compte alors 851 hectares, appartient à la Société Générale… des Pays-Bas. Mais les années qui suivent l’indépendance de la jeune Belgique vont redistribuer les cartes. La Générale morcèle et vend nombre de ses propriétés.

En 1833, le marquis Maximilien de Béthune, membre du Conseil d’administration de la Générale, acquiert une partie du domaine pour y faire bâtir un château. Commencé en 1840, celui-ci sera achevé deux ans plus tard, comme le rappellera pendant de longues décennies une girouette gravée « 1842 », aujourd’hui envolée. Dire du château qu’il est foncièrement original serait mentir. Mais il a de la classe. Cette bâtisse rectangulaire de 25 mètres de long sur 18 de large, dessinée par l’architecte français Harveuf, empile les briques rouges sur des soubassements en pierre bleue. De style François Ier, le bâtiment est ceinturé aux angles par des tours octogonales. L’entrée principale est à l’ouest, le perron majestueux est à l’est et mène vers une immense pelouse.

Si le château et le domaine changent de propriétaire en 1871, le nouveau maître des lieux, le baron Antoine de Roest d’Alkemade, n’y apportera cependant aucune modification significative.

Nombre d’expatriés ou de touristes d’un week-end y croisent volontiers les amoureux de ce parc de 227 hectares, qui entoure le château et dont la ferme accueille, depuis 2000, la Fondation Folon.


L’ère Solvay

La nouvel le vie du castel débute le 9 décembre 1893. Ce jour-là, l’industriel wallon Ernest Solvay acquiert le château pour en faire sa résidence d’été. Lui qui habite Ixelles s’est épris de ce lieu verdoyant. Né 55 ans plus tôt à Rebecq-Rognon, petite localité du Brabant wallon, ce chimiste brillant a amassé la fortune que l’on sait en inventant un nouveau procédé de fabrication de la soude. C’est donc un homme aussi riche que célèbre qui s’offre ce bien de prestige, mais un homme de goût, aussi, puisqu’il qui confiera à l’architecte Victor Horta quelques transformations intérieures du bâtiment.

Les modifications ultérieures du « château Solvay », comme on l’appelle aussi désormais, seront cependant surtout le fait du fils, Armand Solvay, et du petits-fils, Ernest-John. D’importants travaux vont en effet modifier l’aspect général du bâtiment dès 1932. C’est ainsi que les briques rouges se verront recouvertes d’un ciment façon « pierre de France », qui va renforcer le classicisme paisible du bâtiment.

 

Un silence qui vaut la Palme d’or

Le Château de La Hulpe est connu dans le monde entier depuis que Le Maître de musique en a fait son décor principal. C’était en 1988. Le film de Gérard Corbiau n’allait pas seulement consacrer le talent de José Van Dam, il allait aussi transformer en star le château et son somptueux domaine. Depuis, ces lieux arrivent en très bonne place dans les banques de données des sociétés spécialisées en repérage de sites pour productions audiovisuelles ! Longs-métrages, séries télé, publicités, aucun genre ne lui résiste. Il est vrai que le cadre du château a de quoi ferrer pour de bon les candidats producteurs. Olivier Vanham, directeur conservateur du domaine, énumère ses atouts avec une évidente délectation. « D’abord, souligne-t-il, il y a l’espace, qui permet aux nombreux véhicules d’une production de se garer sans problème, et sans devoir solliciter d’innombrables permis de police. Cela peut paraître secondaire, mais ce sont beaucoup de soucis administratifs en moins. Ensuite, il y a le silence, absolu, que l’on ne trouve pas en ville. L’absence de bruits parasites est essentielle lors d’un tournage. Or, même dans un grand parc urbain, il y a toujours un bruit de fond. Enfin, il y a le château, bien sûr, tout simplement superbe. Quel décor incroyable… »

Un destin audiovisuel désormais consacré par YouTube. Cette nouvelle mémoire collective en garde une trace à diffusion planétaire, avec la publicité Virgin Mobile Massimo tournée au château à l’été 2011. Mais le domaine a aussi connu d’autres tournages, qu’énumère Olivier Vanham. « Il est ainsi apparu sur grand écran dans “Mortelle randonnée” ou à la télévision dans un épisode de la série “Femme de loi”, avec Ingrid Chauvin. » Dernière vedette en date à avoir tourné sur place, Michael Cane en personne, dans Mr Morgan’ s last love. Le film sort en ce mois de septembre.

La vraie noblesse sait cependant aussi se faire très discrète. Dans certaines productions tournées à La Hulpe, il est tout simplement impossible de reconnaître les lieux, comme ce fut le cas avec une publicité pour la grande surface française Auchan. « Et puis, admet le conservateur, tous les repérages ne donnent pas lieu à un tournage. Cela dit, même quand c’est le cas, le domaine reste accessible au public. » Non, vous n’avez pas rêvé, c‘était bien Michael Cane, là-bas…

 

Mais l’écrin n’est pas oublié. Côté jardin, c’est Ernest-John Solvay qui réaménage le parc en profondeur, lui donnant l’essentiel de sa forme actuelle, avec la plantation d’essences exotiques, la création du Belvédère, de l’étang de la ferme…

Préserver le joyau

Ernest-John est cependant inquiet de l’avenir de la propriété. Soucieux d’éviter un éventuel morcellement de ce fabuleux domaine, il va en obtenir le classement en 1963, avant d’en faire don à l’État en 1968. L’acte de donation est sans équivoque. L’objectif est de « maintenir dans leur intégrité le Domaine de La Hulpe et ses biens, tant immeubles que meubles qui le composent, et de conserver tant à cet ensemble qu’à chacun de ses éléments, son caractère actuel ».

L’usufruit restera cependant la propriété du généreux donateur, anobli en mars 1969. Le comte Ernest-John Solvay de La Hulpe occupera ainsi le château jusqu’à sa mort, le 17 octobre 1972, date à laquelle le Domaine devient pleine propriété de l'État belge.

La Belgique étant ce qu’elle est – un pays en évolution…–, les lieux seront gérés dès 1973 par une asbl sous la tutelle du ministre de la Culture française. Ils seront ensuite transférés à la Communauté française, qui en assumera la charge et la gestion jusqu’en 1995. Depuis, suite à une convention avec les héritiers Solvay, c’est la Région wallonne qui a repris le flambeau.

Prestige wallon

Gestionnaire de ce domaine exceptionnel, la Région Wallone y a réalisé les investissements nécessaires pour y organiser des activités culturelles et des réceptions de prestige. « Avouez, s’enthousiasme Olivier Vanham, que ce domaine et son château sont une porte d’entrée somptueuse sur la Wallonie. Une fameuse carte de visite ! » Les réceptions politiques y ont, il faut le dire, une bien belle allure. Le château fut d’ailleurs particulièrement mis à contribution pendant la présidence belge de l’Union européenne. Mais en termes d’image, pas question d’oublier non plus les hommes d’affaires, premiers ambassadeurs de terrain. Car si le château ne se visite pas, il sert néanmoins de cadre à des évènements privés. L’explosion de l’offre de qualité en salles de séminaires et de réunions en Brabant wallon lui a, il faut bien le reconnaître, parfois fait un peu d’ombre. Mais l’on en revient toujours à l’authentique. Ainsi, nombre de séminaires et de réunions haut de gamme qui se tiennent au complexe ultra-moderne du Dolce, tout proche, prévoient désormais l’une ou l’autre soirée ou réunion au château. On peut être résolument de son temps et savourer les trésors du passé. Avec ou sans accent wallon, cela s’appelle une opération win-win

 

Renseignements

Château de La Hulpe
Chaussée de Bruxelles, 111
B-1310 La Hulpe
+32 (0)2 634 09 30

Le domaine (Parc Solvay)
Ouvert tous les jours
de 8h à 21h du 01/04 au 30/09
et de 8h à 18h du 01/10 au 31/03

Le Musée Folon
Ferme du Château
Drève de la Ramée, 6
B-1310 La Hulpe
+32 (0)2 653 34 56
Du mardi au vendredi de 9h à 17h
Week-end de 10h à 18h

C’est dans le quartier du Vieux Namur que trône l’église Saint- Loup. Actuellement en restauration, le monument a conservé sa splendeur passée. Les Amis de Saint-Loup se dévouent pour faire revivre le monument, classé patrimoine exceptionnel de Wallonie.

L’histoire de l’église Saint-Loup doit être racontée en évoquant le lien la liant à l’actuel Athénée royal François Bovesse. Autrefois appelé École du Faucon, celui-ci est repris en 1611 par les frères jésuites qui en font un collège d’humanités. Ils agrandissent les bâtiments et y construisent un réfectoire, un lavoir, et même une brasserie. Sur base des plans de l’architecte jésuite Père Huyssens, les premières pierres de la chapelle jouxtant le collège sont posées en 1621. L’église est baptisée Saint-Ignace en l’honneur du fondateur de la Compagnie de Jésus. L’argent vient à manquer et la construction de l’église s’éternise. Elle est seulement achevée en 1641. Quatre ans plus tard, Englebert Dubois, l’évêque de Namur, l’inaugure.

Après la suppression de la Compagnie de Jésus par le Pape Clément XIV en 1773, les Jésuites doivent quitter les lieux. À quelques rues de là, l’église Saint-Loup est en ruine. La ville confie alors à son curé et ses paroissiens l’ancienne chapelle jésuite. L’église devient donc paroissiale en 1777 sous le patronyme de Saint-Loup. La statue de Saint-Ignace qui trône dans le maître-autel est légèrement transformée, se parant d’une mitre et d’une crosse. En janvier 1936, l’église Saint-Loup et le collège, devenu Athénée, deviennent patrimoines immobiliers classés de la Région wallonne. C’est récemment, en 2013, que l’église Saint-Loup est classée patrimoine immobilier exceptionnel.

L’élégance extérieure

À deux pas de la Cathédrale Saint-Aubain de Namur, Saint-Loup n’a rien à lui envier. Inspirée de celle du Gesù à Rome, la façade en met plein la vue au visiteur. Le monogramme IHS est gravé dans la pierre : Iesus Hominum Salvator (« Jésus, sauveur des hommes »). Il représente le blason traditionnel d’un monument jésuite. Une autre phrase est inscrite au-dessus des deux portes en bois, Namurci Decus Ac Gloria Resurgo. Il s’agit d’un chronogramme : « Honneur et Gloire de Namur, je resurgis ». Certaines lettres sont en majuscules et en les assemblant, elles donnent une date ; 1865, année de restauration quasi à l’identique de la façade. Celle-ci n’étant plus en marbre noir, très fragile, mais en pierre de taille de la région. Son architecture est d’inspiration baroque avec ses colonnes et pilastres annelés ou ses murs-boutants. Plus petit que prévu, le clocher a été repoussé au bout de l’église.

Depuis 2012, les Amis de Saint-Loup rassemblent près de trente personnes, passionnées par cette église qui n’a pas encore rendu son dernier souffle. Architecte, professeur, historien ou jeune retraité, tous contribuent à la rénovation du patrimoine wallon.


C’est par un sas de verre que le visiteur s’aventure au coeur de la chapelle. Celle-ci est étonnement lumineuse. Les rayons du soleil traversent les fenêtres dépourvues de vitraux. Le sol est en pierre bleue polie. Complètement noire à l’origine, la voute sculptée est en pierre de sable depuis 1976. Les colonnes annelées en marbre rouge ressortent dans la lumière. Une seule toile est accrochée au mur, les autres attendent dans la réserve un petit coup de fraîcheur. Dix confessionnaux sont encastrés dans les murs. Sont sculptés dans le bois, guirlandes, feuillages, raisins, pommes, poires, fleurs, tantôt des têtes d’anges, tantôt des têtes grotesques. En 1866, Charles Baudelaire, de passage à Namur, écrit : « Saint-Loup. Merveille sinistre et galante. Saint-Loup diffère de tout ce que j’ai vu des jésuites. L’intérieur d’un catafalque brodé de noir, de rosé et d’argent. » C’est d’ailleurs lors de cette visite que l’écrivain des Fleurs du mal perd connaissance.

Un nouveau souffle grâce aux bénévoles

La décision de restaurer l’église Saint-Loup a été prise en 1979. Depuis cette date, d’importants travaux ont été réalisés. Les dix confessionnaux ont été retirés de leur niche, puis replacés. La chaire de vérité, ainsi que les marbres, ont été remis à neuf. Cependant, la liste des travaux à effectuer est longue. Les statues, les peintures, le maître-autel, les autels latéraux et les orgues à relever. Depuis 2012, les Amis de Saint-Loup rassemblent près de trente personnes, passionnées par cette église qui n’a pas encore rendu son dernier souff le. Architecte, professeur, historien ou jeune retraité, tous contribuent à la rénovation du patrimoine wallon. Les cloches ne sonnent plus et la messe n’est plus donnée à Saint-Loup. Mais ce n’est pas pour autant que l’église est désacralisée. Concerts, expositions ou visites, l’église namuroise a déjà attiré plus de 15 000 curieux.

Renseignements

Le sas vitré est accessible du mardi au dimanche, de 10h à 16h, d’octobre à mars, et de 10h à 18h, d’avril à septembre.
L’église est ouverte tous les samedis de l’année de 11h à 16h les mois d’hiver, à 18h les mois d’été.
Visite guidée à 15h.

 

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