Waw magazine

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sans frontières

Créé à Mouscron par deux frères passionnés d’informatique, d’automation et de réalité virtuelle, le Virtual Park est, avec ses 4.000 m2, le plus grand parc de réalité virtuelle d’Europe.

 

Virtual Park

Il existe du côté de Mouscron un endroit qui ne figure sur aucune carte. Et pour cause, sa géographie se métamorphose au gré de l’imagination et de l’habileté de ceux qui l’explorent. On s’y déplace arc ou fusil laser à la main, en moto lumineuse ou sur le dos d’un robot de combat. On peut y grimper au sommet de l’Everest ou parcourir les fonds marins. Avec ses 4.000 m2, le Virtual Park est le plus grand parc d’attraction dédié à la réalité virtuelle et à la réalité augmentée en Europe.

Ouvert en mars 2019, il a accueilli, après huit mois d’exploitation, près de douze mille visiteurs et affiche des weekends complets plusieurs semaines à l’avance.

Un premier test à Tournai
Derrière ce projet innovant, on trouve Frédéric et Jean-Louis Verbaert, deux frères passionnés par l’univers de la réalité virtuelle et convaincus de son formidable potentiel dans le secteur des loisirs. 


Pour tester leur idée, ils ouvrent, en janvier 2017, Virtual Cabs, à Tournai. En poussant la porte de cette ancienne blanchisserie de la rue de Clarisses, on y trouve quatre espaces de jeu dégagés d’une quinzaine de mètres carrés. Coiffé d’un casque et muni d’une manette contrôle dans chaque main, le joueur peut évoluer dans une dizaine de mondes virtuels différents sans risque de tomber d’une falaise, de se perdre au fond des océans ou même de se cogner aux murs. Le succès est immédiat. Alors que les casques et le matériel VR accessibles aux particuliers sont encore très onéreux, Virtual Cabs permet d’accéder à une technologie de pointe à prix démocratique.


Fort de ce succès, le duo a pu frapper à la porte des investisseurs et défendre un projet plus ambitieux. « A un moment, si ça se développe, il faut sauter sur l’occasion et offrir quelque chose qui n’existe pas encore. Nous avions confiance dans une technologie que nous maîtrisons et nous avons pu constater que l’attente du public était forte », note Fréderic Verbaert. Grâce au soutien de WAPInvest et de fonds privés, via le prêt « Coup de pouce », ils ont pu rassembler le million d’euros nécessaire. « Ça nous a tout de même pris deux ans. Se lancer quand il n’y avait rien était un challenge. Le secteur des nouvelles technologies n’a pas toujours été apprécié par les investisseurs, mais maintenant les choses sont en train de changer. » Pour accueillir le Virtual Park, l’IEG (Intercommunale d’Etude et de Gestion) a mis à leur disposition en périphérie de Mouscron un vaste bâtiment avec un espace continu, libre de piliers.


Maximum 300 visiteurs par jour
La réalité virtuelle et les mondes numériques ont longtemps été considérés comme une affaire de geek, destinée à un public de niche. Le Virtual Park veut inverser cette tendance en s’adressant aussi au public familial. Les mondes visités ne sont pas peuplés de zombies et autres monstres sanguinaires. Quand il faut faire équipe pour défendre son pré-carré contre les envahisseurs, c’est sans effusion de sang. L’accent est mis sur le dépaysement et l’exploration. Il ne faut pas être un habitué des manettes pour pousser la porte du Virtual Park. La manipulation des accessoires est basique et à la portée de tout le monde. Et si, d’aventure, ce ne serait pas le cas, il y a toujours du personnel pour prodiguer aide et conseils.


En semaine, place aux entreprises qui sont les bienvenues pour des séances de Team building ou autres événements « corporate ». Le Virtual Park est alors mis à leur disposition avec un programme d’accompagnement sur mesure adapté au budget et aux demandes spécifiques.


La capacité a volontairement été limitée à 300 personnes par jour. « Il faut viser la qualité d’expérience. Si on accepte 1.000 personnes à la fois, le temps d’attente sera multiplié par trois. Nous ne sommes pas prêt à diminuer cette qualité pour faire plus de profit. » Pour permettre à son public de profiter pleinement de son expérience virtuelle haut de gamme, le Virtual Park propose un tarif à la journée, voire à la demi-journée. Les visiteurs souvent originaires de Flandre, du Nord de la France, mais aussi des Pays-Bas et d’Allemagne, semblent apprécier la formule.

Des collaborations avec l’UMons
Si les technologies sur lesquelles reposent les attractions du parc ne sont pas originales, leur mise en œuvre, en revanche, n’a pas d’équivalent. « Nous n’avons pas acheté de packs tout faits, nous avons tout créé de nos mains. La technologie qu’on utilise est comme un Frankenstein de choses qui existent mais qui ont été adaptées. » Ainsi, la motion capture qui commande le jeu Arena 42 a été transposée pour capter le mouvement en temps réel. Pour le contenu, un partenariat a été établi avec la firme française SmartVR. Le Virtual Park peut compter sur une cellule de recherche et développement avec deux ingénieurs en interne, renforcée par de nombreuses collaborations extérieures, notamment avec l’université de Mons. « Nous cherchons à créer nous-mêmes ce qui nous manque. Nous essayons de mettre en place des synergies cohérentes pour faire avancer cette technologie ici, en Belgique. »

Une équipe jeune
Propriétaire à 100%, le duo pilote entièrement le projet. Frédéric Verbaert en est convaincu, le succès remporté par le parc dans ses premiers mois d’exploitation tient autant dans l’originalité du contenu – des nombreux visiteurs étrangers confirment n’avoir jamais rien vu de pareil – que dans le business model qui repose sur un personnel réduit et polyvalent. « Nous avons formé une très bonne équipe de jeunes. Nous pouvons compter sur eux et ils peuvent compter sur nous. » 


Actuellement, le Virtual Park n’a pas de concurrent affichant la même ambition, ça viendra sans doute, mais les frères Verbaert sont bien décidés à rester en tête de la course. « Après le succès des Virtual Cabs à Tournai, nous avons vu apparaître quelques initiatives qui s’en sont inspiré, mais cela reste à un niveau très local. »


Dans les prochains mois, le Virtual Park s’apprête à passer à la vitesse supérieure avec un nouveau développement sur lequel le duo veut garder le mystère. La réalité virtuelle n’a pas fini de nous étonner.

Virtual Park

Sept univers à découvrir dans la boîte à images 
Arena 42.
Dans une arène, deux équipes de 4 joueurs s’affrontent dans les décors grandioses de la planète Mars. Complètement harnachés, les joueurs sont saisis en motion capture dans leurs déplacements. « C’est la première attraction à reproduire aussi fidèlement les mouvements du joueur dans un mode virtuel. » 
Team 51.
Toujours sur Mars, mais pour une mission collaborative de 4 à 6 joueurs envoyée au secours d’un poste avancé qui ne donne plus de nouvelles. Attention, les extraterrestres ne sont jamais loin ! 
Robot Ring.
Deux joueurs s’affrontent en contrôlant des petits robots à l’aide de leur smartphone. Sur l’écran de celui-ci s’affiche, en temps réel, la vision de la machine. Destiné aux petits et grands enfants. 
VR Box.
Dix cabines individuelles, similaires à celles qui on fait le succès de Virtual Cabs. Une quinzaine de jeux et d’univers sont disponibles. Idéal pour se familiariser à la VR. « Ce sont des conditions optimales pour vivre des expériences actives et contemplatives, suivant l’humeur. » 
V-Race.
Les deux joueurs enfourchent une moto futuriste pour une course effrénée dans des univers inspirés du film Tron. 
The Playground.
Grâce à la réalité augmentée, cet espace intelligent réagit en temps réel aux comportements et aux interactions des joueurs. C’est le lieu qui combine amusement, créativité et condition physique. 
Tower Defense.
C’est la dernière activité en date. A l’aide de son arc et de son laser virtuel, le joueur doit défendre son village contre les assauts des orques. Les capteurs logés dans les deux manettes de contrôle et dans le casque permettent au joueur de se repositionner en temps réel dans l’espace virtuel avec moins d’un millimètre de marge d’erreur. Chaque succès permet d’accéder à l’un des quatre univers qui s’emboîtent.

 
Virtual Park 
Rue des Bengalis 4
7700 Mouscron

www.virtualpark.eu

Active dans le secteur de l’emballage depuis 1858 à Lille, fondée en 1885, l’entreprise Delsaux a posé ses cartons en 1924 à Mouscron où elle occupe aujourd’hui une superficie de 5.500m2 dans le zoning industriel. Après la Belgique, les Pays-Bas constituent son deuxième marché.


Le profil de cette entreprise familiale – son fondateur, Paul Delsaux, a transmis son savoir-faire de génération en génération – se range du côté de l’artisanat industriel. Chaque produit est différent et résulte d’un processus de création artistique soutenu par une maîtrise technique parfaite. Chaque commande suit un parcours qui va de la conception à la fabrication, en commençant par le bureau d’étude qui gère la partie création esthétique en tenant compte des contraintes techniques. Les logiciels de développement et les tables traçantes permettent de réaliser des prototypes uniques au format et les possibilités d’imprimer des décors. Ainsi, le client peut se faire une idée bien précise des dimensions et de l’aspect visuel de son projet. « Nous travaillons de la même manière avec l’artisan chocolatier qu’avec une entreprise de cosmétique de luxe. Nous pouvons répondre à une commande de 100 à 200.000 pièces, c’est le point fort de notre entreprise », explique l’administrateur délégué Charles Delsaux.

Un savoir-faire hérité des boîtes à pralines

En Belgique, la tradition des fameuses « boîtes de pralines » pourrait expliquer l’origine de ce savoir-faire. La sublimation de l’emballage alimentaire est une tradition qui remonte à l’implantation de la maison Neuhaus à Bruxelles, en 1857. Appel d’offres, projets, maquettes, devis, commandes, production et livraison, chaque étape est un défi face à la concurrence mondiale. Chacune des réalisations a pour vocation de devenir une référence. C’est une performance, un spectacle. C’est particulièrement vrai dans le cosmétique, la parfumerie et l’échantillonnage. Ces secteurs ont toujours souhaité créer une mise en scène qui doit être le reflet du produit. L’emballage fait partie du produit et devient son âme.

« Nous travaillons beaucoup dans la mise en scène de l’aide à la vente par échantillonnage, par exemple les tapis, les tissus, les peintures… jusqu’à la pierre bleue, précise Charles Delsaux. Nous travaillons sur des nuanciers, des coffrets d’exception, des catalogues d’échantillons. Le visuel et le contact tactile sont des soutiens à l’argumentaire de vente. La mise en valeur d’un produit d’excellence doit être à la hauteur de sa promesse. La vente est une mise en scène qui doit être crédible et authentique. »

Les Arabes emballés également

Même si les réseaux fonctionnent très bien, Delsaux Cartonnages assure aussi sa présence sur ses marchés de base via les salons professionnels.Charles Delsaux : C’est l’occasion de consolider notre position et de rencontrer de nouveaux clients qui recherchent notre profil, à savoir une « vocation généraliste », avec une légitimité sur la chocolaterie, la confiserie et la  biscuiterie, mais aussi la parfumerie et le cosmétique ».

Installée à la première porte d’entrée sud de la Wallonie, à proximité de plusieurs nœuds autoroutiers, l’entreprise affiche clairement des visées internationales. « Nous pouvons maintenant dire que 50% de nos commandes vont à l’export, principalement vers la France et les Pays-Bas, ce pays étant notre second marché. Nous avons aussi des réseaux de clientèles en Angleterre et en Allemagne. Nous commençons même à avoir des clients dans la région du golfe Persique… »

Bon à savoir : Cartonnages Delsaux produits des cartons verts. L’entreprise, en effet, a installé 1.295 m² de panneaux solaires sur sa toiture. Au nombre de 800, ces panneaux permettent de produire 180.000 kWh d’électricité « verte », ce qui correspond à la consommation annuelle moyenne d’environ cinquante-deux ménages.

 

Cartonnages Delsaux
Boulevard du Textile 13
B-7700 Mouscron
+32 (0) 56 33 12 78
[email protected]
www.cartonnagesdelsaux.com 

L’année sera « vélo » ou ne sera pas. L’ancien sportif professionnel a depuis toujours fait de la Petite Reine son mode de vie.

Compétition hier, mobilité et santé aujourd’hui.

Le coureur reconverti s’implique pour que le sport s’offre à tous, sportifs de haut niveau ou familles.

Bref, il y en a pour tous les goûts.

 

Les Lacs de l’Eau d’Heure offrent une trentaine d’activités, ce qui en fait la première station touristique de Wallonie. Un statut qui s’affirme encore puisque l’écrin vert niché entre Charleroi et Chimay rajoute un rayon à sa roue avec l’inauguration du Centre de cyclisme Jean-Luc Vandenbroucke. C’est le champion lui-même qui s’investit corps et âme depuis des mois pour permettre un Bike Park digne de son nom. « Ouvert fin mars, son inauguration sera officielle le 17 juin, s’enthousiasme le Mouscronnois qui a accepté de prêter son patronyme. C’est un honneur et une fierté ! J’avais eu vent de ce projet cycliste sans rien voir de concret émerger. Lorsque Vincent Lemercinier, son directeur général, me l’a présenté en disant qu’il voulait le confier à quelqu’un issu du cyclisme, j’ai été surpris par l’ampleur de ce centre qui complétera l’offre de son site. Il a fallu cinq ans pour qu’il sorte de terre, mais avec un beau résultat ! »

VDB met donc le grand braquet sur la dernière ligne droite. Un véritable « contre-la-montre » pour faire de ce partenariat entre les Lacs de l’Eau d’Heure et la Royale Ligue Vélocipédique Belge « un centre d’excellence ». « Il y aura des circuits avec des parcours route et VTT qui seront familiaux ainsi que le RAVeL de 17 km de long autour du lac. Et puis il y aura, pour les plus sportifs, du Trial, du Big Air Bag (on atterrit avec son vélo sur un coussin géant), une Bump Zone, une Pump… Bref chacun pourra toucher au cyclisme sous la forme qui l’intéresse. Même les équipes cyclistes pourront y trouver leur place. » Notre interlocuteur a aussi conscience de l’intérêt d’y amener des événements pour y accroître la visibilité. « Ce sera l’occasion d’y prolonger les championnats de Belgique jusqu’en 2018. Cette année, ce sera sur route pour élites avec contrat et dames élites. J’ai déjà déposé notre candidature afin d’accueillir une étape du Tour de France. Elle a été actée par Christian Prudhomme, le directeur du Tour. »

 

On était des ouvriers du vélo

Agglutinée le long des barrières Nadar ou crispée devant les télés de troquets, Jean-Luc a fait vibrer toute une génération, jusqu’à l’arrêt de sa carrière professionnelle en 1988. L’homme modeste n’a toutefois pas disparu du milieu de la Petite Reine, en se muant illico en directeur sportif chez Lotto (dans laquelle il a notamment dirigé son neveu, le regretté Frank) puis en tant que consultant. Pourtant, la roue tourne... « En m’occupant de débutants, certains m’ont demandé “Monsieur Vandenbroucke, vous avez fait des courses ?” » Oh que oui ! Le sportif « au coup de pédale arrondi et souple qui a l’instinct de la bonne attaque », comme le décrit Jean-Marie Leblanc, remporte 220 trophées chez les débutants, jeunes et amateurs avant de vivre en 1973, à 18 ans, sa première aventure internationale à Munich. Chez Peugeot, débute ensuite une carrière professionnelle en 1975, avec un bien beau salaire mensuel de 2750 FF. Elle dure 13 ans et lui permet de faire travailler ses mollets sur huit Tour de France, treize Milan-San Remo et autant de Paris-Nice, sans oublier le Giro, la Vuelta, le Ronde van Vlaanderen, le Franco-Belge... Un moment fort avec son idole de jeunesse, celle à qui il quémandait des autographes, se produit dès le départ. « En 1976, sur la Via Roma de San Remo, je n’étais qu’avec Eddy Merckx sur la plus belle avenue du monde. Merckx est le sportif européen le plus fort, la personne qui incarne la perfection. J’ai eu la chance de voir mon début de carrière professionnelle se chevaucher avec sa fin de carrière, durant deux ans et demi. On l’oublie parfois, mais j’ai aussi roulé avec Poulidor, Roger De Vlaeminck... »

Jean-Luc est aussi l’homme des surprises, notamment lorsqu’il engloutit de nombreux kilomètres avec un maillot à pois ! Lui, meilleur grimpeur au Tour ? « Je n’étais pas un piètre grimpeur, mais j’étais plutôt “le fer à repasser”, celui qui gagne sur du plat. J’ai profité de ce maillot distinctif pour sortir de l’ordinaire... jusque dans les Pyrénées. » Une autre époque. « Lorsque j’entamais le Tour de France, j’étais déjà usé. Entre 1975 et 1988, on avait 120 à 140 jours de courses par an. Il y avait énormément de critériums. La valise était toujours ouverte. On était des ouvriers du vélo roulant toutes les semaines, de février à octobre. La seule interruption était le repos forcé pour maladie. Aujourd’hui, les coureurs en ont une septantaine et ils gagnent beaucoup plus – leur salaire ne me dérange pas –, mais c’est beaucoup plus structuré. C’est mieux. J’ai fini ma carrière à 33 ans sain de corps et d’esprit, mais usé mentalement. Avec mes qualités, si cela se déroulait aujourd’hui, je finirais le Tour dans les quinze premiers. » La suite, il la vivra directement en tant que directeur sportif. Un changement radical. « On est très égoïste en tant que coureur : on court en équipe, mais individuellement. Ce n’est pas donné à tout le monde de diriger des hommes ensuite, d’être à l’écoute de ses jeunes qui veulent parfois parler de leurs problèmes en tête-à-tête… » Et de conclure : « très peu de gens peuvent dire qu’ils ont fait de leur hobby un métier, d’autant que j’en ai connu toutes les facettes : supporter, professionnel, manager, consultant et aujourd’hui responsable du centre ».

 
©Archives J-L Vandenbroucke
 
Son Tour avec les grands du cinéma

En plus de ses huit Tour de France comme cycliste, Vandenbroucke y a aussi participé en tant que consultant pour divers médias. On le sait moins, mais il l’a aussi été pour des réalisateurs de renom. En effet, à l’occasion du centième anniversaire de la Grande Boucle, son directeur l’engage. « Comme je n’étais plus sous contrat avec la Loterie Nationale, Jean-Marie Leblanc m’a proposé de les véhiculer là où ils voulaient aller pour ce long-métrage. J’ai ainsi ouvert les portes à Costa-Gavras qui voulait filmer toutes les mains, avec des gros plans sur les coups de tournevis, sur celles des masseurs... J’ai aussi eu le privilège de véhiculer le cinéaste israélien Amos Gitaï. Il était obnubilé par les hélicoptères. Par contre, durant l’ascension du Mont Ventoux, il a dormi durant tout le trajet en voiture… Sur le Mont Ventoux ! Bien que leur projet n’ait pas abouti, le fait de faciliter la tâche reste une formidable expérience couplée à un sentiment étrange : j’étais dans un milieu autre que le cyclisme tout en étant au sein même du Tour. »

En 1976 et en 1982, notre as du vélo excelle aussi au palmarès... des élections communales de Mouscron. Ses statuts de conseiller communal et de directeur sportif ont permis au coureur de valoriser sa ville. « Je me suis mis sur les listes pour faire plaisir, je n’étais pas homme politique. »

 

Pas question de raccrocher le vélo

Jean-Luc Vandenbroucke est toujours fusionnel avec le vélo. Au départ de son domicile mouscronnois, il enfourche son deux-roues quotidiennement. Il note d’ailleurs tout scrupuleusement dans un carnet. Ainsi, lors de notre entretien, le jeune sexagénaire vient encore de faire un sacré trajet... à 34 km/h ! « Je suis encore très performant dans l’endurance. J’ai quelques problèmes de tension, donc je suis obligé de faire de l’activité physique. Mais avec ou sans obligation de mon médecin, le sport est de toute façon un besoin. Je fais aussi du vélo elliptique chez moi, des abdominaux et aussi un peu de footing. Je prends une journée sans faire de vélo toutes les deux semaines ! J’incite les gens à faire un peu de sport, on se sent beaucoup mieux dans sa peau et, en ce sens, c’est une bonne idée d’avoir décidé de faire de 2016 “L’Année du Vélo”. »

©Eric Cornu


 

BIO EXPRESS

Jean-Luc Vandenbroucke est né le 31 mai 1955 à Mouscron où il réside toujours. Ses victoires sont nombreuses en différentes catégories d'âge, permettant à ce jour d'afficher un palmarès enviable. Il a ensuite été directeur sportif chez Lotto avant d'entrer à la RTBF en tant que consultant. Il sera aussi directeur de course au Circuit du Franco-Belge. Il est aujourd'hui le responsable du Centre du cyclisme qui porte son nom aux Lacs de l'Eau d'Heure. VDB est l'oncle de Frank et le papa de Jean-Denis, coureur pro entre 1996 et 2000.

L’hyperactivité peut-elle soigner une timidité viscérale ? Elle réussit en tout cas à ce saltimbanque qui ose enfin être artiste. À bientôt 70 ans, Jacques Mercier a du boulot et des projets pour plusieurs vies encore.

Combien d’émissions, de conférences, de spectacles et de livres de Jacques Mercier faudrait-il pour faire le tour de la vie et de la carrière (même s’il n’aime pas ce mot), de Jacques Mercier ? Beaucoup sans doute : à l’âge où d’autres s’occupent enfin de leur jardin, voyagent ou restent devant la télé, celui qui en a été un des visages incontournables semble avoir plus de projets sur une année qu’en 40 ans de médias de service public ! Des spectacles à assurer, des livres à terminer, des conférences à tenir… Celui qui se définit avant tout comme un raconteur a luimême des difficultés à suivre le fil de ses actualités et de sa propre histoire, tant elle est riche et variée.

Pourtant, dans les quelques heures de discussion à bâtons rompus, où la tête s’est parfois bien éloignée de la queue, un fil se tend. Un arc finalement très logique, qui se dessine à travers les multiples vies de notre hôte. « Cocteau a écrit qu’à la fin, lorsqu’on déplie la carte routière de sa vie, les petits chemins épars finissent par former une longue ligne droite : ce sera le cas sans doute. » Nous avons donc suivi, le temps d’une rencontre, les petits chemins de la vie de Jacques Mercier. Une ligne droite effectivement s’y dessine, faite d’enthousiasme, d’indignations, de curiosité, de belgitude, d’humilité et de gentillesse – la qualité des sages.

De l’importance de l’ombre et de la poésie

JM — Dès l’âge de 14 ans, quand j’ai commencé à travailler chez Nord-Eclair, à Mouscron, j’ai pu aller dans les coulisses, rencontrer des artistes. J’adorais ça. On m’a appris à ôter les étiquettes des genres, mon ambition a toujours été de rendre les arts populaires. On peut trouver partout des choses qui vous conviennent. Ce travail de coulisses, de journaliste a toujours convenu à ma timidité naturelle. J’ai aimé ce rôle de l’ombre même si j’avais parfois des envies de ténor. Avec l’écriture et les spectacles, j’ai peut-être appris à me laisser aller. J’essaie d’être sincère et transparent, mais je ne suis pas un acteur. Je peux raconter. C’est ce que j’aime faire. Mais être à la fois saltimbanque et écrivain est parfois une arme à double tranchant, ce n’est pas un avantage dans les chapelles littéraires. La reconnaissance ? Je suis assez fier du prix Jacques Mercier remis à l’école supérieure ICHEC ! Il est accordé aux mémoires qui usent particulièrement bien de la langue française. Mais sur le coup, j’ai cru à une blague des amis du Jeu des Dictionnaires, jusqu’à la première remise des prix. Je me suis dit « Comment est-ce possible ? », sans faire de la fausse humilité. J’ai aussi vu des professeurs, comme à Nivelles, qui travaillaient mes poésies en classe. Écouter un gamin de 14 ans qui récite une de vos poésies, c’est très émouvant.

Du bénéfice des mélanges dans une Belgitude très picarde

JM — Aujourd’hui, j’habite à Hal, dans la maison familiale de ma femme, f lamande. J’ai toujours tiré un grand enrichissement de cet échange propre à notre pays, ce mélange si étrange de mentalités. Et n’oubliez pas que je suis né à Mouscron à une époque où c’était encore la Flandre wallonne, avant la frontière linguistique. Mon école dépendait directement de Bruges, et je me souviens très bien, lors d’un cours de français, avoir entendu le prof parler de « le » lune et « la » soleil. Je me suis juré que ça ne m’arriverait jamais et je me suis alors plongé dans la langue française ! Il ne faut jamais nier son identité, c’est essentiel pour moi. Connaître et assumer le terreau d’où l’on vient. D’où mes difficultés parfois avec l’identité wallonne : j’étais Picard et en Flandre. Pour moi, la Wallonie, c’était Liège, Charleroi… Par contre, je me retrouve bien dans cette idée de « Wallonie picarde ». Je fais partie de cette communauté. Je n’ai pas de nostalgie, je ne vis pas là-bas, mais je sais d’où je viens. Je travaille d’ailleurs sur une demande, repoussée mille fois, d’un roman court qui se passera à Tournai.

De l’optimisme dans les réseaux sociaux

JM — Tous les matins sur mon compte Twitter, j’essaie de poster une phrase optimiste. Je suis heureux de la vie que j’ai et que j’ai eue. Ce n’est pas toujours bien compris, on m’a déjà écrit « C’est indécent d’étaler votre bonheur ! » Mais qui est le plus indécent ? Je suis plutôt volontaire et optimiste de nature. Ma bible, c’est l’évolution des choses. Je ne crois pas comme beaucoup que « c’était mieux avant ». Ce n’était pas mieux « avant ». Je crois beaucoup dans la jeunesse, qui a aujourd’hui la chance inouïe de pouvoir faire entendre sa voix. Et puis la gentillesse, ça ne se commande pas. J’y suis enclin, j’ai toujours réglé les choses par la diplomatie plutôt que par le droit.

De l’intérêt des cours de piano et de Gilbert Bécaud

JM — Au moment où l’on se parle, je me prépare pour la Nuit Musicale au parc de Seneffe. J’y lis, en musique, la correspondance entre Chopin et Georges Sand. C’est magnifique, un artiste écorché qui s’accroche à cet amour… J’aime beaucoup Chopin. Il y a des années, en 1967, j’ai eu l’occasion pendant une croisière pour la radio, de jouer sur son véritable piano, à la Chartreuse de Majorque. Je continue à en jouer, d’oreille, et c’est une habitude dans les soirées avec des amis, de me demander un morceau. J’ai eu des cours par t icul iers, durant mon enfance à Mouscron, avec un organiste de la paroisse, très sérieux. J’adorais ça. Mais un jour, j’ai acheté une partition de Bécaud. C’était les années 50, les 78 tours. Je lui ai demandé si l’on pouvait la jouer. Il m’a regardé froidement dans les yeux et l’a déchirée devant moi en disant : « Il est exclu de jouer un musicien de rue ». J’ai attendu la fin de l’année, mais je n’ai plus joué de piano. J’étais timide, hypersensible, mais il m’avait révolté. J’en ai gardé une indignation contre l’intolérance et les catégories. Ce piano, c’est un grand regret. Mon oncle jouait dans une boîte de nuit à Blankenberge, ma mère jouait fort bien du piano, un de mes fils est jazzman. J’aurais eu une autre vie si j’avais continué, mais j’ai sans doute mieux vécu dans celle-ci ! Le piano, la musique, m’accompagne presque toujours sur scène, de même que le jazz dans la vie. J’ai commencé comme assistant pour une émission de jazz. J’ai été initié. Le spectacle que l’on prépare avec Stéphane (son fils) sera dans cet esprit : revisiter, dans des ambiances de boîtes de jazz, l’histoire et les standards de cet univers merveilleux. J’ai toujours été comme ça : je suis multimédia.

De l’aventure du chocolat belge

JM — La culture du chocolat, je l’ai acquise après un déjeuner avec mon éditeur et une extraordinaire mousse au chocolat. Que la Belgique ait été le pays du chocolat, sans cacaoyers, ça me fascine encore ! Je suis devenu un amateur éclairé. Et si l’on ne peut plus dire que le chocolat belge règne sur le monde, on peut par contre encore prétendre posséder les meilleurs artisans du monde. Des gens comme Benoît Nihant, Pierre Marcolini, font tout de A à Z, du choix de la plantation au magasin. Ce sont de vrais aventuriers modernes, une toute nouvelle approche, parfois sophistiquée, mais c’est une culture qui s’acquière. Marcolini, c’est le Sollers du chocolat. Mais j’ai lu tout Sollers, et j’ai beaucoup aimé !

 

Jacques Mercier…

Homme de lettres

L’air de rien, c’est une reconnaissance qui le fera rougir sans doute : c’est en tant qu’écrivain que Wikipedia a recensé Jacques Mercier. Près de 60 livres à son actif – beaucoup de livres de journaliste, son premier métier, quelques beaux livres aussi, sans oublier de la poésie, des essais et des oeuvres de fiction, toujours chez des éditeurs belges, remarqués et salués depuis son Maître Gustave. Son oeuvre presque complète est éditée de nouveau aujourd’hui en édition numérique. Et plusieurs livres sont en cours.

Homme de scène

Pendant 40 ans de carrière, il a usé tous les backstages et il est enfin monté sur scène à l’âge de 63 ans ! Il compte bien ne plus en redescendre. Un premier spectacle avec Nara Noïan, une succession de (presque) seul en scène où il se racontait tour à tour avec humour, poésie, amis ou musique, et entre de multiples événements, Jacques Mercier prépare un spectacle sur le jazz avec son fils Stéphane, lui-même musicien de jazz. Une première vingtaine de dates sont déjà programmées en 2013. D’autres suivront.

Homme de radio

Plus qu’un homme de radio, Jacques Mercier a été l’homme, la voix puis le visage de la RTBF. En touchant à chaque fois le jackpot du succès et de la popularité. Dès 1963, il fait fureur avec Stéphane Steeman dans Dimanche musique, après être entré comme assistant pour une émission de jazz. Et l’on ne présente plus Le Jeu des Dictionnaires, entré au panthéon de l’audiovisuel belge. Plus de 20 ans d’antenne, de rire et de complicité, où il ne s’est jamais départi de ses rôles de clown blanc et de passeur. Sa voix si familière revient, depuis, fréquemment sur antenne.

Homme de télé

Le jeu des dictionnaires, mais aussi L’Empire des médias, Forts en Tête, La Télé infernale, Bonny & Clyde… Jacques Mercier a fait les belles soirées et les belles audiences télévisées de la RTBF pendant des décennies. Encore plus qu’en radio, c’est ici sa casquette d’érudit et de messie de la vulgarisation qui en a fait l’incarnation du divertissement de service public. Notre homme hyperactif a officiellement tiré sa révérence, mais on ne se refait pas : de nouvelles capsules de Monsieur Dictionnaire avec son complice de toujours, Philippe Geluck, sont elles aussi à son vaste programme.

Homme de chocolat

Le chocolat ! Le péché mignon, la passion et le sujet principal des nombreuses conférences de Jacques Mercier, avec la langue française. Son premier livre sur le sujet date de 1989. Une dizaine ont suivi depuis. Le prochain, programmé à la rentrée, rendra hommage aux pionniers et aux derniers véritables artisans du chocolat. On en recense seulement douze dans le monde, mais deux rien que pour la Belgique. Une statistique qui l’émerveille et un sujet sur lequel l’homme de lettres, de scène, de radio et de télé, n’a, là non plus, pas fini de se pencher !

 

Carrément bon !

Namur, terre de chocolat ! La Wallonie et le chocolat, c’est une longue histoire d’amour. Jacques Mercier, notre Star Waw de ce numéro, en est la preuve vivante. La place qui lui est faite dans le cadre de l’Année des Saveurs également. Toutefois, ce mets d’une grande complexité implique un artisanat respectueux, délicat et difficile. C’est pourquoi Waw et Carrément bon, sous la direction de son maître chocolatier, Raphaël Giot, organisent une série de cours dédiés à la pâtisserie et au chocolat spécialement réservés aux lecteurs de Waw. Pour rappel, Raphaël Giot a remporté la médaille de Bronze aux derniers Mondiaux (2009) de la pâtisserie avec son exceptionnel Cristal de neige ! Votre humble serviteur peut vous affirmer, pour l’avoir goûté aussi souvent que possible, que c’est un véritable délice. Avec ses sept couches, le Cristal de neige reste une des valeurs sûres de cet artisan. Et l’on vient de très loin pour déguster ce bonheur. Et comme disent certains clients, c’est vraiment « het neus van de zalm » (le nez du saumon). Le fin du fin !

Carrément bon

Chaussée de Louvain 382, B-5004 Bouge
Salon de dégustation Sucré-Salé, Galerie Molina, Rue Saint-Jacques, 11, B-5000 Namur
Chaussée de Louvain, 97, B-5310 Éghezée
www.carrementbon.be

 

À lire

Pralines et Chocolat. Aventures, recettes et bonnes adresses.
Jacques Mercier.
160 pages, 24 €
Éditions Luc Pire.
Sortie octobre 2012.

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