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© Doc Univercells

Univercells - Open the Gates

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Hainaut  / Gosselies

Par Christian Sonon

Installée à Gosselies, Univercells développe des plateformes révolutionnaires de production de vaccins. La jeune société vient de gagner la confiance de la Bill & Melinda Gates Foundation qui a misé sur son savoir-faire pour produire des vaccins à très bas prix à l’attention des pays en développement.


Bill Gates semble apprécier notre savoir-faire. Voici quelques années, c’est la société GIM (Gembloux) qui avait remporté un concours international lancé par sa fondation. Son expertise dans la reconnaissance d’images satellitaires avait permis de localiser les plus petits habitats dans les zones reculées du Nigéria et ainsi d’y envoyer des équipes médicales afin de vacciner les habitants contre la poliomyélite (voir WAW de décembre 2016).

Si cette maladie est quasi éradiquée, il reste des zones, notamment au Pakistan et en Afghanistan, où elle résiste encore et toujours. C’est dans le but de lui porter le coup de grâce que la Fondation Bill & Melinda Gates a lancé un nouvel appel à projets en septembre 2015. L’objectif : augmenter drastiquement l’accès mondial à des vaccins prioritaires. Le challenge : concevoir un système de production permettant de descendre le coût d’une dose sous la barre de 0,15 $ (contre 2 $ aujourd’hui).

Et c’est le projet d’Univercells, jeune société qui a installé ses bureaux et laboratoires dans un incubateur de start-up au sein du Biopark de Charleroi, qui a émergé d’un peloton de 155 candidats. À la clé, une subvention de 12 millions de dollars ! Pour la société carolo, qui venait de recevoir l’an dernier une bourse de 466 500 € de la Région wallonne, cette nouvelle reconnaissance va lui permettre de continuer à aller de l’avant en s’appuyant sur les nouvelles technologies.

Deux talents complémentaires

Ce succès, Univercells le doit à deux hommes, deux talents, qui ont développé depuis plus de 15 ans une belle complicité dans les biotechnologies : José Castillo, le directeur technique, et Hugues Bultot, l’administrateur-délégué. Leur pari : bouleverser l’industrie des biomédicaments, ouvrir la voie de nouvelles solutions de fabrication afin de pouvoir offrir une médecine abordable pour tous.

C’est en 2005 que les deux hommes, sentant que le secteur allait évoluer vers une optimisation des procédés de production devenus archaïques et trop chers, décident de créer Artelis, une entreprise spécialisée dans le développement de bioréacteurs à usage unique et à haute densité pour l’industrie des vaccins et des anticorps monoclonaux. « Malheureusement, nous nous étions contentés de développer une petite partie de la chaîne de production, reconnaît Hugues Bultot. Cela n’a donc pas eu de véritable impact sur la quantité des biomédicaments produits ou sur leur prix. Notre scope n’était pas assez large ! ».

En 2013, le duo crée Univercells, avec l’objectif de corriger le tir en concevant un système qui, cette fois, leur permettrait de contrôler totalement la production. Ce fut le rôle de José Castillo : voir quelles technologies allaient permettre d’assurer l’ensemble du procédé de manière efficace. « Sur la dizaine de composantes de celui-ci, nous avons décidé de ne développer nous- mêmes que les deux ou trois qui nous paraissaient plus faibles. Les autres, celles qui avaient prouvé leur efficacité, nous les avons prises parmi ce qui existait déjà et les avons assemblées à notre unité. Ce fut une façon de combiner le smart (intelligent) et le cost-effective (économique) engineering. »


Il ne sera donc plus nécessaire de produire le vaccin dans de grandes usines implantées dans quelques pays industrialisés, puisque de petites unités de production pourront être construites là où la demande est la plus pressante, par exemple en Amérique latine, en Asie ou en Afrique.


 

Coulée continue, comme en sidérurgie

Pour mieux comprendre en quoi consiste l’innovation, il convient d’abord de suivre le raisonnement du directeur technique pour lequel la bioproduction traditionnelle peut être comparée à un bas-fourneau sidérurgique du XVIIIe siècle. Au centre des deux procédés, une grande cuve dans laquelle tous les éléments sont rassemblés. Des éléments en fusion d’un côté, des cellules en gestation dans un milieu nutritif de l’autre. « La production de voitures a été rendue plus facile et leur coût a chuté le jour où cette cuve a été remplacée par un dispositif à étapes permettant la production d’une fonte en coulée continue. Ce sont ces principes du génie chimique qu’Univercells a appliqués. En faisant appel à des procédés révolutionnaires, nous avons conçu une boucle intégrée combinée à un bioréacteur – la cuve – à haute densité. De la culture cellulaire (phase upstream, en amont) à la purification (phase downstream, en aval), ce procédé innovant produit en continu vaccins et anticorps monoclonaux. »

La densification des procédés

« La miniaturisation des procédés est notre autre atout, poursuit Hugues Bultot. Aujourd’hui, dans l’industrie pharmaceutique, en raison de la faible densité des cellules, les réacteurs doivent pouvoir contenir 2000, voire 15 000 litres. Si l’on y ajoute l’ensemble du piping, c’est-à-dire les tuyauteries, vous imaginez les cathédrales qu’il faut construire pour en arriver là ! Nous, nous avons réussi à intensifier le procédé afin de permettre aux cellules de grandir dans des espaces très confinés. C’est la population de la steppe sibérienne que nous sommes parvenus à loger à Tokyo. En densifiant ces cellules, nous avons pu ramener à 25 litres la capacité des bioréacteurs. De même, nous sommes parvenus à diminuer la taille des équipements destinés à la purification. Une réduction de l’empreinte au sol qui se répercute sur le coût d’une unité de production : si les plateformes traditionnelles coûtent de cent millions à un milliard d’euros, les nôtres nécessitent un investissement dix fois moindre. Conséquence : le prix des vaccins pourra ainsi chuter sous la limite exigée par la Bill Gates Foundation. »

Des petites unités multiproduits

Il ne sera donc plus nécessaire de produire le vaccin dans de grandes usines implantées dans quelques pays industrialisés, puisque de petites unités de production pourront être construites là où la demande est la plus pressante, par exemple en Amérique latine, en Asie ou en Afrique. Ces petites unités pourront ainsi être mises en place en un temps record et permettre une production flexible à grande échelle. « Ces unités pourront être multiproduits, précise l’administrateur-délégué, car en remplaçant les réacteurs en acier inoxydable par des réacteurs en matière plastique, plus faciles à évacuer et à nettoyer, la même plateforme pourra alterner la production de plusieurs types de vaccins en fonction de la demande. En ce qui nous concerne, notre stratégie en matière de pénétration des marchés est surtout axée vers les vaccins inclus dans les franchises pédiatriques, comme la varicelle, la rougeole ou les oreillons. Les usines qui les produisent fonctionnent soit à pleine capacité, soit à des prix exorbitants. Le vaccin contre la rage nous intéresse également, car la demande est très forte, notamment en Inde, et il est encore cher… »

À la tête d’un consortium

Comment une petite société sans réelle expérience comme Univercells a-t-elle pu avoir la préférence de la Gates Foundation ? La réponse tient en plusieurs éléments. Au contraire de ses « concurrents » qui proposaient des approches fragmentaires, la société carolo a mis sur la table une solution globale. Un système de production clé sur porte répondant en tous points à l’objectif de la fondation. « En outre, par rapport à d’autres sociétés d’équipements, nous avons l’avantage de nous situer au centre d’un réseau professionnel connu et crédible. Nous sommes à quelques dizaines de kilomètres de GSK, à moins de 800 kilomètres de Sanofi. Cet écosystème dans le monde du vaccin a certainement influencé la fondation. » La stratégie d’Univercells a également été payante. La société, en effet, a décidé de ne pas jouer la partie en solo mais, par modestie, de se mettre dans la roue de deux entreprises plus expérimentées, à savoir Batavia Biosciences (développeurs de vaccins, Pays-Bas) et Natrix Separations (membranes de filtration, Canada). C’est ce consortium qui a remporté le concours et qui se partagera donc les 12 millions de dollars. « Nous avons cependant grandi à l’intérieur de cet appel d’offres, précise Hugues Bultot. La fondation, ayant vu que la capacité d’innovation venait de chez nous, nous a promus leaders de notre consortium. En outre, consciente du caractère ambitieux de notre projet, elle a revu à la hausse ses subventions. C’est la première fois qu’une somme pareille a été octroyée... ». Et le directeur d’ajouter. « Le marché des vaccins est un oligopole. Il tient dans les mains de quelques grands producteurs, mais le monde entier est demandeur. Des consortiums comme celui que nous avons formé aident la Fondation Gates à briser partiellement ce monopole. Permettre à chaque pays ou chaque compagnie pharmaceutique d’avoir sa propre unité de production fait partie de son challenge. »

De 32 à 50 collaborateurs

À dater de décembre 2016, Univercells dispose de deux ans pour réussir ce challenge. Ce n’est qu’après ce laps de temps que José Castillo et Hugues Bultot pourront aller serrer la main de Bill Gates, une envie qui leur donne des démangeaisons depuis 2005. « Ce délai est très court mais, heureusement, nos hypothèses sont déjà validées », souligne le responsable qui annonce, pour 2017, un objectif de croissance tant du chiffre d’affaires de la société (de 1 à 2,5 millions d’euros) que du nombre de collaborateurs (de 32 à une cinquantaine). « Heureusement, l’espace dont nous pouvons bénéficier dans l’incubateur du Biopark est facilement modulable. » Un incubateur – le second déjà depuis la création du Biopark en 1999 – qui aide, plus que jamais, les jeunes entreprises à prendre leur envol. À quelques mètres de l’aéroport de Gosselies, les décollages ont l’avantage de s’accélérer sans menacer la quiétude des riverains. Que du contraire ! C’est le redéploiement économique et technologique de la toute la région de Charleroi qui se dessine chaque jour dans le ciel hennuyer. « Nous pouvons dire bravo au Plan Marshall, conclut Hugues Bultot. De prime abord, il paraissait ingrat car très long à mettre en œuvre, mais cet alignement de forces est salutaire pour toute la région. »

www.univercells.com


WHO’S WHO

 

JOSÉ CASTILLO

Bruxellois, ingénieur en procédés. Docteur en sciences appliquées et diplômé en entrepreneuriat, il a joué un rôle de premier plan dans de grandes sociétés pharmaceutiques. Son parcours est entièrement dédié à la bioproduction. Responsable de la division d’industrialisation des vaccins viraux chez GSK Biologicals, en charge de la conception et du développement des bioprocédés, il a révolutionné la façon d’aborder la culture cellulaire.

 

HUGUES BULTOT

Carolo, diplômé de l’Institut européen d’administration des affaires (INSEAD, Fontainebleau) et du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Serial entrepreneur, il a lancé avec succès plusieurs start-ups et compte plus de quinze années d’expérience dans l’industrie des biotechnologies et des sciences du vivant. En 2011, il participa à la fondation de MaSTherCell, société de services dédiée à l’industrialisation de thérapies cellulaires qu’il dirige encore aujourd’hui.

 

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