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LE CHÂTEAU DE LA BELLE AU BOIS DORMANT

Savez-vous que le château de Vêves, à Celles, héberge la Belle au bois dormant ? Quoi d’étonnant à ce que cet édifice perché sur un piton rocheux, classé Patrimoine exceptionnel de Wallonie, ait été élu patrimoine bâti préféré des Wallons en 2019 ?

 


Un voyage dans le temps qui emprunte escaliers et passages voûtés pour découvrir la vaste salle à manger, d’élégants salons, ou encore la cour intérieure et sa galerie en colombages.

Il y a quelques années encore, de grands panneaux touristiques fleurissaient au bord des autoroutes wallonnes. Sur l’un d’eux, on pouvait lire : « Trois crayons dessinent le ciel ». Le poète chanteur Julos Beaucarne décrivait ainsi le château de Vêves, flanqué de tours aux toits coniques, dominant les vallons boisés de la Mirande et du ry de Vêves.

C’est cet emplacement dominant et commandant l’ancienne route de Dinant vers Rochefort qui explique la construction d’un château aux VIIe et VIIIe siècle, selon la tradition et les chroniques. C’est Pépin de Herstal, l’arrière-grand-père de Charlemagne, qui en aurait fait son fief au VIIIe siècle, attiré sans doute aussi par le voisinage de l’ermitage où vivait saint Hadelin, moine originaire d’Aquitaine qui était venu évangéliser la région.

Heurs et malheurs

Comme tant d’autres, le château connut ses heures de gloire et de disgrâce et se transforma au fil des siècles. C’était d’abord une structure en bois, fragile, qui fut détruite, puis rebâtie en pierre au XIIe siècle. Ensuite, au début du XVe siècle, les bâtiments furent la proie des flammes avant d’être reconstruits par les seigneurs de Beaufort.

Le château médiéval se présentait comme une forteresse défensive, avec une solide enceinte qui ceinturait la cour intérieure pentagonale et montait jusqu’à mi-hauteur des tours. Un corps de logis s’appuyait contre l’enceinte au sud-ouest et un chemin d’accès escarpé menait vers un châtelet coudé par rapport au rempart.

A la Renaissance, il fut transformé en château de résidence. On construisit, dans la cour intérieure, une galerie en colombages ; on colla à l’enceinte de robustes constructions en pierre calcaire. Plus tard, au XVIIIe siècle, on transforma la rampe d’accès pour permettre le passage des carrosses. Et puis, à l’intérieur, les espaces furent réaménagés pour accueillir de luxueux appartements décorés en styles Louis XV et Louis XVI.

Dix années de travaux

Dégradé par les révolutionnaires en 1793, le château le fut aussi par les soldats qui l’occupèrent à la Libération, en 1945. La léthargie se prolongea jusqu’à ce que le Comte Christian de Liedekerke Beaufort, le père du propriétaire actuel, crée une asbl dans le but d’ouvrir le château au public. D’importants travaux de restauration ont été réalisés entre 1969 et 1979 par cette association. Avec l’aide de l’Etat, elle a, par exemple, rendu son aspect initial à la salle d’armes au beau pavement de grès provenant des anciennes carrières de Spontin et de Chevetogne. Elle avait été divisée en appartements au XVIIIe siècle et des planches masquaient la cheminée. Ces travaux ont aussi permis de retrouver dans une chambre, derrière une porte murée, un escalier menant à l’une des tours.

Une histoire familiale

L’histoire du château de Vêves, à Celles, l’un des Plus Beaux Villages de Wallonie, c’est aussi celle d’une longue lignée familiale. A partir du XIIe siècle, l’histoire de la seigneurie de Celles-Vêves se confond avec celle des seigneurs de Beaufort. Cette puissante famille participa à la plupart des conflits féodaux dans la région. Comme la Guerre de la Vache, qui ravagea le comté de Namur et la principauté de Liège entre 1275 et 1278, et le siège de Dinant, au XVe siècle, quand la ville fut rasée par Charles le Téméraire. En 1609, dans le cœur d’un chêne qu’il venait d’abattre, un bûcheron découvrit la statue d’une Vierge en terre cuite qui fut transportée dans l’oratoire du château de Vêves et suscita un tel enthousiasme qu’elle fut déclarée miraculeuse. Sur l’emplacement de l’arbre, les Beaufort firent construire un sanctuaire remplacé ensuite par l’actuelle église Notre-Dame de Foy, lieu de pèlerinage proche de Dinant.

A la suite d’un mariage, en 1761, le château passa aux mains des comtes de Liedekerke Beaufort de Celles qui le possèdent encore aujourd’hui. Certains marquèrent l’histoire comme, notamment, Augustin de Gavre qui fut ambassadeur des Etats Pontificaux. Son épouse, Charlotte, était la fille de la marquise de la Tour du Pin Savenet. Celle-là même qui écrivit le Journal d’une femme de cinquante ans, relatant ses souvenirs de dame d’honneur de la reine Marie-Antoinette, les heures sombres de la Terreur et son immigration en Amérique. Il faut dire que ses deux grands-pères périrent sur l’échafaud !

Passages voûtés, pressoir à cidre…

C’est donc à la fois l’histoire du château et celle de la famille qu’observent les visiteurs à travers des meubles du XVIIIe, des blasons, des armes, de la porcelaine, des tableaux, des gravures et dessins représentant des châteaux de la région… Un voyage dans le temps qui emprunte escaliers et passages voûtés pour découvrir d’élégants salons, la chapelle voûtée, la vaste salle à manger ou la cuisine, bien plus rustique, située dans la partie la plus ancienne, avec son four à pain, son mortier, sa crémaillère et son pressoir à cidre. Sans oublier la chambre de… la Belle au bois dormant avec la princesse endormie, le rouet et son fuseau coupable.

En quête du Graal



Pas peu excités, Mao, 6 ans, et son petit frère de 3 ans, Thaïs, de croiser le fer, pardon ! le bois, sur les pelouses du château. Pour ces gamins venus de la région de Mons avec leur famille, ce n’est pas tous les jours que l’on peut revêtir heaume et tunique, manier l’épée et le bouclier dans un vrai château, tout en croisant de (très) jeunes princesses dans leurs beaux atours ! Les parents, eux, peinent un peu pour reconnaître un monogramme présent sur la reproduction d’une enluminure, sur un mur.
Les familles sont ainsi conviées à une chasse au trésor jalonnée d’épreuves (sept questions) conduisant rien de moins qu’au Saint Graal ramené des Croisades en 1229 par un chevalier et pieusement gardé, protégé et défendu entre les murs du château de Vêves. Autrement dit, LE trésor que Lancelot, Perceval et les meilleurs chevaliers, ainsi que de nombreux nobles, seigneurs, mécréants et imposteurs ont obstinément recherché dans l’espoir d’obtenir la vie éternelle !
« Nous nous sommes rendu compte que les familles hésitaient à pousser la porte d’un château ; d’où l’idée d’inverser la tendance en proposant cette chasse au trésor », explique Laura Moreau, la gestionnaire du lieu.
Ces visites du château et ses abords s’ajoutent à d’autres animations proposées. Des visites libres, des visites guidées interactives en quatre langues (français, néerlandais, anglais et espagnol) ou des visites réservées aux familles et adaptées aux enfants (déguisés) avec animations : cérémonies d’adoubement, introduction aux danses médiévales, mini tournoi d’arbalète…


www.chateau-veves.be

 

Situé à Houyet, le Royal Golf Club du Château d’Ardenne a été inauguré en 1895 par Léopold II. Les travaux ayant déjà commencé en 1874, cela en fait le golf le plus ancien du pays. Léopold II fera par ailleurs aussi construire un peu plus tard les golfs d’Ostende en 1905 et du Ravenstein à Bruxelles l’année suivante.

Le souverain avait un grand sens des affaires et un véritable projet pour le développement économique du pays. « Il voulait surtout développer le tourisme en attirant une clientèle britannique aisée », raconte Emmanuel Raguet, capitaine du club de golf. « Or, à quelques kilomètres de la résidence de Ciergnon, le Roi possédait le Château d’Ardenne qui comptait plusieurs centaines de chambres. Il décida de le transformer en hôtel de luxe pour accompagner le golf. Aujourd’hui, du château, il ne reste que la Tour Léopold qui abrite depuis 1950 le club house. Car c’est à cette date qu’une poignée d’amis obtint de la Couronne la donation du terrain pour en faire un véritable golf d’abord de 9 trous. Au fil du temps, ils l’ont agrandi pour en faire, aujourd’hui encore, un 18 trous. » Un parcours exigeant au coeur de la vallée de la Lesse qui est à l’image de la région, difficile et vallonné. La famille royale, et en particulier Léopold III qui était un excellent golfeur, fréquentait régulièrement le site qui abrite des arbres centenaires, certains d’entre eux représentant des variétés très rares. Les amateurs peuvent aussi pratiquer leur sport favori parmi d’autres vestiges du passé, comme la chapelle, le théâtre en plein air construit en 1889 ou une fontaine de porphyre en fonte. Un petit voyage bien agréable dans le temps et dans la nature.

« Le club possède 400 membres, tous cooptés pour préserver l’esprit du golf dans la plus pure tradition. Il n’a d’ailleurs pas de vocation commerciale. Il est géré par une ASBL et, à ce titre, n’a d’autre préoccupation que la pratique du sport même s’il accueille volontiers en semaine des compétitions organisées par des sociétés et des associations », conclut Emmanuel Raguet, fier d’appartenir à un club royal, dans tous les sens du terme.

www.royal-ardenne.be

 

 

Un gîte rustique aux portes d’un domaine royal

Ferage. Treize maisons, un château, une chapelle, un chêne et un tilleul multi-centenaires, et une poignée d’habitants enracinés dans le paysage. Le temps n’a pas de prise sur ce hameau du village de Mesnil-Eglise (Houyet). Et pour cause : le château de Ferage et ses terres attenantes, au même titre que les châteaux voisins de Fenffe, Villers-sur-Lesse et Ciergnon, font partie de la donation royale, c’est-à-dire de l’héritage de Léopold II à l’État belge. Ce patrimoine est donc protégé et les nouvelles constructions interdites. Un enfant du village, comme Manon Rauwers, qui reviendrait au pays après un long exil en Amérique du Sud, y reconnaîtrait tous les siens sans peine. « C’est un endroit hors du temps, je ne pourrai plus vivre ailleurs ! » lance cette enseignante qui a découvert ce coin du Condroz en 1963, alors âgée de cinq ans, quand ses parents, attirés par la nature et la chasse, ont décidé de quitter Schaerbeek pour occuper le petit château de Ferage, vestige de l’ancienne seigneurie acquise par Léopold Ier. « C’est là que j’ai grandi, explique-t-elle. Mon père y vit toujours. À sa mort, mon frère aîné deviendra le locataire prioritaire, mais nous ne pourrons jamais l’acheter… »

L’empreinte d’un artiste-ébéniste

Qu’à cela ne tienne. Manon est aujourd’hui propriétaire d’une très belle maison de caractère sur la place du hameau, à côté de la chapelle et du minuscule cimetière où repose sa maman. La bâtisse est divisée en deux parties. L’une, côté jardin, constitue son domicile privé ; l’autre, côté rue, a été aménagée en gîte pouvant accueillir six personnes. Mais pas n’importe quel gîte ! « La Source de Manon », comme elle se devait de le nommer, est marquée de l’empreinte de son frère cadet, un ébéniste qui eut l’envie, en 2000, de mettre entre parenthèses ses traditionnelles commandes de meubles afin de consacrer son énergie et son imagination à la rénovation d’une vieille grange du début du XXe siècle. Une mue complète puisqu’à partir des quatre murs et du toit, l’artiste a échafaudé, sur trois niveaux, une succession de pièces magnifiques où le bois, bien sûr, s’est taillé une place royale.

« Je revenais du Surinam où j’avais vécu plusieurs années quand Igor s’est lancé dans ce travail avec son ouvrier. Je l’ai aussitôt persuadé de scinder le bâtiment en deux parties distinctes. De cette façon, je disposais d’un logement et lui d’une rentrée financière fixe. Le travail terminé, j’ai rapidement pris en main la gestion et la promotion du gîte. Et, en 2010, quand j’ai été en mesure de lui racheter la maison, j’y ai effectué quelques transformations d’ordre pratique. Le salon étant très grand – il était prévu pour accueillir des biodanseurs ! –, je l’ai coupé par un mur circulaire blanc en veillant à mettre en évidence la très belle mosaïque qu’il avait dessinée sur le sol et j’ai cassé un ancien mur afin d’agrandir la salle-à-manger. Le gîte est aujourd’hui reconnu trois épis par le Commissariat général au Tourisme et il ne désemplit plus ! Il a trois chambres, dont l’une convient plus particulièrement pour des enfants, mais son atout majeur, c’est indiscutablement le living. Ses proportions sont parfaites ! »

Une chambre secrète et une femme enceinte

Un living où se mêlent harmonieusement le savoir-faire d’un artisan et le goût de sa sœur pour la décoration exotique. Car si les troncs d’arbre artistiquement travaillés par Igor meublent habilement l’espace, l’âme de Manon plane dans chaque recoin. Les locataires seront séduits par les sculptures sauvages qui hantent le salon, les formes travaillées de la table en chêne de la salle-à-manger et les parois en bois brut du living, avant de s’interroger sur le sens d’œuvres murales en provenance du Surinam et de Turquie. Et s’ils parviennent à trouver la « chambre secrète » sans l’aide de la maîtresse de maison, parions qu’il leur faudra un moment avant de voir qu’une femme enceinte habite également les lieux…

Couvée par le tilleul légendaire qui domine la place, « La Source de Manon » n’est pas seulement un gîte où il fait bon se détendre en profitant de l’environnement ; c’est aussi l’occasion d’un retour aux origines, aux vraies valeurs, au questionnement. Et si le temps s’était arrêté là pour souffler, lui aussi ?

 

Gîte de Wallonie « La Source de Manon »

Ferage, 11 bte 1

B-5560 Houyet

+32 (0)82 22 72 76

+32 (0)477 93 03 79

[email protected]

www.lasourcedemanon.be

 

À VOIR, À FAIRE

La promenade du golf d’Ardenne et la halte royale

« Ma clientèle est composée à 95% de néerlandophones, explique Manon, qui a heureusement appris le néerlandais au Surinam. S’il y a des enfants, j’oriente tout ce petit monde vers les grottes de Han, le parc de Furfooz ou le domaine de Chevetogne. La région regorge également de très beaux châteaux comme celui de Lavaux-Sainte-Anne ou celui de Vêves, aussi appelé le château de la Belle au Bois Dormant. Si mes locataires veulent faire la descente de la Lesse, je leur conseille de préférence le petit parcours à partir de Gendron car l’autre est fort long et très fréquenté. Mais les deux points forts de la région sont le Ravel Houyet-Jemelle, qui est magnifique, et le réseau de promenades balisées en forêt. Personnellement, j’ai un coup de cœur pour la promenade du Golf d’Ardenne qui fait 6,3 kilomètres à partir d’Houyet. Elle traverse ce golf majestueux, qui fait également partie de la donation royale, et permet de découvrir l’ancienne gare privée où Léopold II et ses invités descendaient avant d’être véhiculés en calèche vers le château d’Ardenne qui était alors un hôtel très luxueux. Celui-ci a brûlé en 1968, mais les vestiges de cette halte royale sont toujours là. On dirait un petit château féodal en ruines. Une étrange vision en bordure de la voie ferrée ! »

 

Avec le soutien du Commissariat Général au Tourisme

 

En collaboration avec : 

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