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Ça sent la bière de Londres à Mons !

Greg Piotto et Lars Riis ne manquent pas d’ambition. Ils ont décidé de faire revivre une ancienne brasserie montoise afin d’y produire une bière qui ne pourra pas cacher ses origines : la Belgica.

La crise historique que nous vivons n’empêche pas de jeunes entrepreneurs de libérer leur enthousiasme et leur dynamisme. A Mons, Greg Piotto et Lars Riis n’ont pas eu peur de se jeter à l’eau afin de tenter de remettre à flots l’antique Brasserie de Londres dont l’origine date de 1455. Leur pari ? Lancer une nouvelle gamme de bières sur un marché brassicole hypertrophié par la multitude de nouvelles microbrasseries. En attendant la fin des travaux de rénovation du bâtiment avenue Frère Orban, sur le boulevard périphérique intérieur de la ville, ils produisent leurs nouvelles bières Belgica à la Brasserie La Binchoise.

L’objectif du duo Lars Riis et Greg Piotto est de produire chaque année un million et demi de bouteilles destinées à l’exportation.

« C’est une brasserie avec laquelle je collabore depuis 2010, explique Greg. En tant que zythologue passionné, j’ai accompagné la création de différentes bières dont La Montoise ». C’est tout naturellement que ce gille de Binche, par ailleurs fondateur du site Internet LesBieresBelges.be, s’est accordé avec le Belgo-Danois Lars Riis, un autodidacte parlant cinq langues et, surtout, un entrepreneur créatif émulsionné par un enthousiasme communicatif. Dans leur association, Greg prend en charge la conception, le marketing, la recherche de partenaires, alors que Lars s’investit dans la prospection internationale et la gestion de l’outil de production. Les deux hommes sont soutenus par de nombreux partenaires, dont le très populaire Massimo Falasca, Monsieur Montoise, et le bien connu Christophe Vanneste, qui les a toujours encouragés à brasser eux-mêmes leurs bières à Mons.

Une bière destinée à l’exportation

« En rénovant cette ancienne brasserie, l’idée est de faire renaître une page de l’histoire de la ville de Mons, confirme Lars Riis. Cette légitimité historique porte en avant un concept qui est crédible à l’exportation, d’où le nom Belgica qui mise sur l’évidente image de marque des arts brassicoles dans notre pays ». La nouvelle brasserie produira donc les bières de la collection créée par Greg, soit cinq bières spéciales de haute fermentation, refermentées en bouteille et non filtrées, les Belgica blonde (6,2°), brune (7,7°), triple (8,5°), red (7°) et wheat (4,5°, bière de blé), ainsi que la Montoise et la Trinité qui sont des classiques bien connues des Montois.

Comme le précise Lars, l’objectif du duo est de produire chaque année un million et demi de bouteilles destinées à l’exportation : « Nous ne souhaitons pas rester captifs sur le marché belge qui est déjà surencombré. Le nom de la collection affiche bien nos intentions. L’un de nos points de départ est le Danemark avec lequel j’ai des liens personnels. Ce n’est pas un gros marché, mais c’est une ouverture vers l’Europe du Nord ».

Un budget de plus de deux millions d’euros

Pour mener à bien leur projet, les associés peuvent compter sur une assise financière de plus de deux millions d’euros ; ce qui n’est pas superflu compte tenu de l’ampleur des travaux de rénovation des anciens bâtiments. En raison de la pandémie, ceux-ci ont toutefois souffert d’un retard conséquent. Greg Piotto : « Nous avions rendez-vous chez le notaire le 19 mars 2020, mais le 12 nous avons appris qu’en raison du coronavirus le confinement général allait être décrété à partir du 18 mars !… » A partir de ce moment, tout le monde a pris du retard. Mais les travaux avancent et ils devraient être entièrement terminés fin 2023. En attendant, la production se poursuit à Binche. Lars Riis : « Nous assurons la distribution nous-mêmes et nous sommes présents en direct dans les grandes enseignes du pays ».

La gamme Belgica comprend cinq bières spéciales :

  • Belgica blonde (6,2°)
  • Belgica brune (7,7°)
  • Belgica triple (8,5°)
  • Belgica red (7°)
  • Belgica wheat (4,5°, bière de blé)

Une “Brexit Beer” ?

Tant qu’à faire référence à l’Angleterre, pourquoi ne pas surfer sur l’actualité ? Imaginez le coup de marketing et médiatique qui consisterait à exporter au Royaume-Uni une “Brexit Beer” produite par la Brasserie de Londres à Mons ! Ce serait une bière noire, bien amère. « You will drink it to the dregs » (« Vous allez la boire jusqu’à la lie ! »). Nous l’avons suggéré, en guise de boutade, à nos deux compères et, à notre grande surprise, ils semblent avoir été séduits : « Merci pour l’idée. Nous allons nous en occuper dès le début de l’année prochaine afin de la sortir pour le 23 juin, en référence à la date du référendum britannique sur le Brexit le 23 juin 2016 ». Chiche ?

 

L’alliance anglo-bourguignonne sous Philippe le Bon

Selon les archives de la Ville de Mons, le bâtiment de l’actuelle avenue Frère Orban, avec sa salle voûtée du XIVe siècle, aurait été affecté, en 1455, à une “Brasserie de Londres”, faisant ainsi de celle ville le berceau de la première brasserie “intramuros” du Hainaut. Mais d’où lui vient cet accent londonien ?

L’explication serait liée à la puissance du Duché de Bourgogne qui, depuis le mariage de Philippe le Hardy avec Marguerite de Flandre en 1369, n’allait cesser de s’agrandir en annexant outre la Flandre, l’Artois, la Picardie, le Hainaut, le Brabant, la Hollande, le Zélande, la Frise…, et former ainsi un puissant bloc contre la France de Louis XI. Au XVe siècle, sous le règne de Philippe le Bon, ce duché avait quasi atteint son apogée. « Les alliances géopolitiques du Hainaut avec la Bourgogne, elle-même liée à l’Angleterre, pourraient expliquer l’origine de la dénomination de cette brasserie, choisie pour flatter le partenaire majeur de cette alliance entre Dijon et Londres », explique Greg Piotto.

Le Pont de Londres au-dessus de la Trouille

Face à cet alibi historique, l’évidence de la légitimité de cette brasserie s’appuie sur l’existence d’un Pont de Londres, construit en 1463 pour franchir la Trouille. Cette rivière traversait alors la partie sud de Mons, tandis qu’un petit port et un marché aux poissons étaient situés à une centaine de mètres de la brasserie.

L’histoire des lieux est intéressante, mais existe-t-il des documents, des archives racontant les péripéties de cette brasserie, ainsi que les recettes de ses bières ? « Non, aucune trace, répond Greg. Mais si l’on en croit d’autres archives existantes ailleurs, il apparaît qu’à l’époque la bière devait avoir l’aspect d’un porridge liquide ou d’une soupe de céréales ».

Le quartier a bien changé depuis lors. La Trouille a d’abord été canalisée et déviée en 1870, puis recouverte en 1964. Quant au bâtiment, il servit d’entrepôt, au XIXe siècle, à une importante brasserie de la région. Jusqu’en 1934 et l’ouverture d’un garage, où l’huile de vidange s’est mise à couler en lieu et place de la bière. Guère plus appétissant que le porridge ! Il était temps qu’une brasserie digne de ce nom réinvestisse les lieux…

Au XIXe siècle, le bâtiment servit d’entrepôt à une importante brasserie de la région. En 1934, il se transforma en garage, où l’huile de vidange s’est mise à couler en lieu et place de la bière. Il était temps qu’une brasserie digne de ce nom réinvestisse les lieux…

https://belgica-beer.be/
www.brasseriedelondres.be

UN BRASSAGE D’IDÉES

Bien caché dans un repli d’une vallée de l’Ardenne liégeoise, en retrait de la route entre Aywaille et Werbomont, au détour d’un virage serré, se trouve un petit manoir blotti au pied d’un escarpement boisé. C’est là que s’est posé, une nouvelle brasserie qui fourmille d’idées.

 


L'équipe de la brasserie Misery

C’est là, sur la commune d’Aywaille, à Harzée, que Samia Patsalides et Rémy Perée sont venus cacher leur misère. Ce petit manoir a gardé son cachet historique authentique. Le bâtiment d’origine était moins vaste et a été agrandi au milieu du XIXe siècle pour en faire un hôtel thermal. Une source permettait de venir y prendre les eaux. Aujourd’hui, on y déguste de la bière. Au mur d’un salon, quelques photos rappellent que l’armée américaine y a fait étape lors de la bataille des Ardennes. Et avant les Alliés, c’est l’armée allemande qui se servit du bâtiment afin d’y établir son centre de télécommunication.

Inspiré par Stephen King

Samia et Rémy y ont créé une misérable brasserie vraiment originale. Les pauvres hères de la région et les gueux connaisseurs viennent de loin pour y retrouver, pour quelques sous, une collection de bières inspirées de la fusion des influences anglo-saxonnes et des traditions belges. La brasserie est située sur la zone protégée des eaux de Bru, mais elle se fournit en eau auprès du réseau de distribution de Spa, excusez du peu ! Une eau ferrugineuse, évidemment, qu’il faut préparer avant d’y faire un brassin. Faire de la bière avec une eau de source reste un privilège que partagent quelques micro-brasseries de la région de l’est de la Wallonie (la Lienne, la Lupulus, la Chouffe…).
En fait, le nom de Misery a été choisi en référence au roman éponyme de Stephen King, l’auteur américain à succès. Mais c’est aussi l’état dans lequel ce projet a été initié… dans la misère. Voilà sept ans que le chantier occupe Samia et Rémy et ce n’est que maintenant que tout se met en place pour “exister” en pleine crise sanitaire. Le sort s’acharne vraiment, et ce n’est pas pour rire.

Le premier brassin date de juin 2020. A partir de là, treize bières en canette ont été créées durant cette crise sanitaire.


Un parcours nord-américain

Pour faire face aux aléas du destin, Rémy Perée, brasseur de métier, a de solides références. Il est revenu au pays après avoir parcouru l’Amérique du Nord, principalement le Vermont et le Québec (à Montréal et en Gaspésie), afin de perfectionner son expertise. « C’est vraiment au Québec que j’ai appris à préparer l’eau avant de faire un brassin », raconte-t-il. Un parcours étonnant ? Non, l’explication est simple. L’art brassicole y a été importé par les Européens forçant un métissage fécond qui étonne les brasseurs du vieux continent. Les traditions sur celui-ci étant trop cloisonnées pour des raisons d’héritage culturel et commercial, l’Europe ne s’est inspirée de cette créativité que tardivement. Aujourd’hui, la boucle est bouclée. Ce retour sur les terres historiques de l’art brassicole ne peut que valoriser le concept. Ce capital d’image de marque trouve sa consécration lors de la création d’une brasserie fondée par un Belge installé à Fort Collins, au nord de Denver (Colorado). Il a choisi pour nom New Belgium Brewing Company. Ce capital de notoriété de l’art brassicole belge est reconnu au point de devenir un label commercial. Cela vaut des millions de dollars en communication et en “marketing”.


La brasserie est située sur la zone protégée des eaux de Bru, mais elle se fournit en eau auprès du réseau de distribution de Spa, excusez du peu ! 

Un bar ardennais et une vision internationale

Le principe des micro-brasseries conçues en Amérique du Nord dans les années 90’ inclus souvent un bar de dégustation, voire une taverne dédiée comme en retrouve un peu partout dans les villages et bourgs de Franconie ou à Cologne et Düsseldorf. Cette dynamique a suscité une émulation dans le berceau historique de l’art brassicole (Belgique, Nord de la France, Rhénanie, Franconie et Bohème). La brasserie Misery a adopté ce modèle également, puisque ses bières peuvent être dégustées dans le bar aménagé au sein du manoir.
Samia insiste sur le caractère familial de leur entreprise. « Nous habitons au premier étage du manoir, ce qui donne une ambiance particulière à cette brasserie. Par ailleurs, cette crise a été finalement salutaire. Nous avons rapidement appris à être indépendant, à acquérir une certaine autonomie commerciale. » Et d’ajouter : « Ayant grandi en Californie, j’ai une certaine aisance pour communiquer en anglais. Ce qui nous permet de ne pas rester sur une clientèle exclusivement régionale ou nationale. » Depuis 2017, sur les réseaux sociaux, la communication se fait en anglais et en français. Et 50 % de la clientèle est néerlandophone. Ces amateurs sont plus sensibles aux bières de style anglo-saxonnes.

Misère oblige, il y a des bières en édition limitée inspirées par la saison, les produits de la forêt ou l’humeur du brasseur.


Des bières vieillies en fût

Le premier brassin date de juin 2020. A partir de là, treize bières en canette ont été créées durant cette crise sanitaire. Mais le plan de développement est une gamme d’inspiration anglo-saxonne principalement vieillie au fût et occasionnellement proposée en canette. Ce sont des bières à consommer rapidement.
Mais le fleuron de la brasserie Misery ce sont ses bières de garde vieillies en fût de chêne de vin blanc de Bordeaux ou dans des barriques de chêne américain ayant contenu du Bourbon et dans d’autres provenant de Cognac. Ainsi, 15 à 20 % de la production est proposée sous forme de bouteilles à muselet.
A l’heure actuelle, la production est de 500 hectolitres par an. La gamme de bières comprend des IPA, des stouts, des saisons vieillies en foudre (cuve de chêne) ou en barrique, des pale ales, etc. Misère oblige, il y a des bières en édition limitée inspirées par la saison, les produits de la forêt ou l’humeur du brasseur. Une version unique de l’Imperial Stout est vieillie six mois en barrique de chêne ayant contenu du Bourbon puis du Cognac !
Une brasserie riche en créativité, projets et potentiel de développement international ? Ne cherchez plus, elle est nichée à Harzée, dans un petit manoir, un lieu de misère…

Misery Beer Co

Pouhon 22
B-4920 Harzé

+32 (0) 498 59 10 48
www.miserybeerco.be

Lutgarde veille…

Pendant près de six siècles, l’abbaye d’Aywiers, à Couture-St-Germain, abritait une communauté de sœurs cisterciennes qui possédaient leur propre brasserie. En 2017, ce lieu magique inspire à Augustin et Victor Limauge, deux frères passionnés de bière, un projet entrepreneurial audacieux en lien avec l’Histoire.

 

Après des études d’ingénieur de gestion suivies d’un séjour en Chine et aux Etats-Unis pour Augustin, des études de marketing et gestion couplées à une année en Angleterre pour Victor, les deux frères, appartenant à la cinquième génération de la famille Limauge propriétaire des bâtiments du site abbatial d’Aywiers et très attachés à ce lieu lasnois, décident d’y développer un projet.

« De l’abbaye, qui date de 1215 et qui fut partiellement détruite pendant la Révolution française en 1794, il ne reste ni l’église ni le cloître, expliquent-ils. Mais dès que vous franchissez la grande porte d’entrée, vous pouvez voir une maison à droite qui n’est autre que le bâtiment de l’ancienne brasserie. Pendant près de 600 ans, les sœurs cisterciennes y brassaient de la bière pour leur consommation, mais également pour y vendre l’excédent. A l’époque, grâce à ses propriétés aseptisantes, c’était moins dangereux de boire de la bière que de l’eau de la rivière, même si celle d’Aywiers est réputée être bonne pour la santé. »

Une blonde, une blanche, une ambrée et une bio

Désireux de faire revivre l’histoire de cette abbaye, Augustin et Victor, déjà brasseurs amateurs, étudient le marché belge. Ils décident de ne pas reprendre les recettes de l’époque, très basses en alcool, mais de créer plutôt des bières modernes. En 2017, ils se lancent dans l’aventure avec la Lutgarde blonde, du nom de la sœur la plus connue de l’abbaye. « C’était notre première bière, légèrement houblonnée et rafraîchissante. Avec deux sortes de houblon – Mosaïc et Hallertau blanc –, ses notes aromatiques florales et fruitées sont renforcées grâce au « dry hopping », l’houblonnage à cru. Nous l’avons dévoilée lors de la Fête des plantes et du jardin d’Aywiers que notre mère organisait chaque année. Ensuite, nous avons créé la blanche aux extraits naturels de cactus. Délicatement citronnée avec un arrière-goût de pomme, elle est très désaltérante. L’IPA, quant à elle, est une bière ambrée avec un bel équilibre entre l’amertume et les agrumes. Les arômes de fruits exotiques en font une bière singulière qui titre 6,5°. Nos trois bières ont été récompensées au concours European Beer Challenge 2020. »

Malgré le succès et ces médailles (or, double or et argent), les deux frères ne se prennent pas la tête et continuent d’entreprendre. « Notre dernier né est la pils, une bière certifiée bio de haute fermentation, avec 5 % d’alcool, que nous avons élaborée pour notre bar bruxellois. » Situé sur la place Sainte-Catherine, « Chez Lutgarde » est lancé en juillet 2020, en pleine crise sanitaire. « Nous avons dû fermer en septembre, mais cela ne nous empêche pas de continuer à commercialiser nos bières via nos canaux habituels. »

Avec des produits locaux

Aujourd’hui, le chiffre d’affaire de la jeune entreprise reste assez stable même si la croissance a été freinée par la fermeture de l’Horeca. Le duo et ses trois collaborateurs restent optimistes. Privilégiant les circuits courts, ils souhaitent avant tout être présents sur le marché belge, en particulier dans le Brabant wallon, puis se développer en Wallonie et à Bruxelles. « Nous avons déjà vendu des bières en édition limitée et celles-ci s’écoulent très vite. La dernière, nous l’avons élaborée avec le miel de la ruche de l’abbaye. La prochaine sera concoctée avec de la sève de nos bouleaux et nous projetons d’en élaborer une autre avec l’eau de l’abbaye ou avec des fleurs, afin d’utiliser des ingrédients les plus proches. A terme, en plus de créer nos brassins, même si cela nécessite beaucoup d’investissements, nous aimerions développer notre propre brasserie, produire du houblon, du malt, etc. Et aussi installer sur le site un petit magasin avec d’autres produits locaux, voire organiser des événements afin de partager des moments conviviaux autour de nos bières. »

www.lutgarde.eu

 

Brasserie Lutgarde
Rue de l’Abbaye 14
B-1380 Lasne

+32 (0) 476 60 49 75

Sainte Lutgarde
En guise de logo, une religieuse audacieuse, telle Sainte Lutgarde, le doigt sur la bouche en référence à son vœu de silence, avec en décor de fond la gravure de l’abbaye.
Sainte Lutgarde (1182-1246), sainte patronne de la Flandre, était une sainte mystique de la chrétienté. A 17 ans, le Christ lui serait apparu et l’aurait persuadée de rentrer dans les ordres. Refusant la fonction d’abbesse à l’abbaye de Tongres, elle décida de rejoindre l’abbaye d’Aywiers pour vivre dans la prière et l’humilité. Même si Sainte Lutgarde dédia sa vie au Christ dans le silence et le jeûne, cela ne l’empêcha pas de se désaltérer en buvant de la bière brassée par ses soins…

DE BASTOGNE À BAILLONVILLE

Déménagement et changement de nom, le pari de Philippe Minne semble d’ores et déjà gagné. Mais ce n’est qu’un début. La brasserie explore actuellement la Flandre et les Pays-Bas, tandis qu’un distributeur a été trouvé pour le nord de la France.


Présent parmi les géants du Carnaval, Trouffet est un personnage légendaire de la ville de Bastogne, il incarne l’Ardennais fier, rusé et un peu filou. Son nom et les légendes qui se racontent à son sujet ont inspiré Philippe Minne et Philippe Meurisse qui baptisèrent en 2008 leur première bière, Trouffette.

Issu d’une lignée de brasseurs, le premier travaillait alors pour le groupe CMI comme ingénieur civil et électromécanicien, le second exploitait une ferme bio et souhaitait diversifier sa production. En 2008, ils créent ensemble la Brasserie de Bastogne, à Vaux-sur-Sûre, qui démarra comme un hobby pour les deux associés. De 120 hectolitres à ses débuts, la brasserie atteint en quelques années un volume de 1.500 hectolitres. A l’étroit et située en zone agricole ne permettant pas une extension, l’activité doit être déplacée.

Les deux hommes interrompent dès lors leur collaboration, Philippe Minne et son épouse Catherine décident de rapprocher l’exploitation de leur domicile et l’installent dans le zoning industriel de Baillonville, à Somme-Leuze, dans un tout nouveau bâtiment représentant un investissement d’un million et demi d’euros.

« Nous avons acheté le terrain, explique Philippe Minne, avec l’aide du Bureau économique de la Province de Namur, et fait construire ce bâtiment de 10,50 ares dessiné par un de mes amis architectes et qui avait envie de faire quelque chose de particulier. Même s’il manque les yeux, le bâtiment a la silhouette très stylisée d’un sanglier, l’emblème de la maison que l’on retrouve sur toutes nos capsules. Il nous permet de tout réunir sur un seul site. »


© Marc Vanel

Des bières qui sortent de l’ordinaire

Depuis cinq ou six ans, Philippe Minne a abandonné l’industrie lourde pour se consacrer à l’art brassicole, son épouse assurant l’indispensable gestion administrative du lieu qui emploie également trois autres personnes. Le brasseur aime expérimenter et propose aujourd’hui une gamme d’une vingtaine de bières non pasteurisées et non filtrées : « Nous aimons faire des choses qui sortent de l’ordinaire, en utilisant notamment des levures de vin et des barriques de chêne d’origines très différentes (Bourgogne, Pineau des Charentes, Cognac, Sauternes, Porto…) que nous travaillons avec des méthodes peu utilisées en Belgique, comme la méthode Berliner, pour nous démarquer. Nous utilisons aussi des levures provenant de l’Abbaye d’Orval pour la seconde fermentation en bouteille de plusieurs bières. »

Installée dans ce nouveau bâtiment depuis mars 2019, la brasserie poursuit son développement sans précipitation. « En 2019, nous avons produit ici 2.500 hectolitres en brassant deux lots de 2.500 litres par jour. Nous brassons une semaine sur deux et mettons en bouteilles la semaine suivante. »

La qualité plutôt que le volume

Vendues en bouteilles de 33 et 75 centilitres, ou en fûts pour les cafés, le prix des bières oscille entre 2 et 4,5 euros. On les trouve surtout dans les Drink Centers et les petites surfaces, ainsi que dans des magasins de proximité. Ce qui a d’ailleurs permis à la Brasserie Minne de ne pas souffrir de la fermeture de l’Horeca pendant le confinement. Peu d’export jusqu’à présent, mais un commercial explore actuellement la Flandre et les Pays-Bas, tandis qu’un contrat important avec un distributeur du nord de la France vient d’être signé.

« Lors de la première vague du coronavirus, nous avons dû tout stopper pendant deux mois, mais nous nous sommes maintenus grâce à nos stocks. Ceux-ci étant épuisés au moment du déconfinement, nous avons pu rapidement relancer la machine. A présent, c’est la première semaine de fermeture de l’Horeca (ndlr : cette interview a été réalisée fin octobre), il est trop tôt pour juger. »

Et Philippe Minne de conclure : « Beaucoup de petites brasseries se développant, je crains un certain écrémage dans quelques années. Quant à nous, nous visons les 5.000 hectolitres de production d’ici quatre ou cinq ans. Allons-y progressivement, notre philosophie a toujours été axée sur la qualité et pas tellement sur le volume. »

La Super Sanglier emmène le top 3

« Nous aimons faire des bières particulières, explique Philippe Minne, comme Rouge Ardenne, une bière piquante acidulée et boisée, la Purple Ardenne, une autre bière sûre, “salée” avec du cassis, ou la Vinum qui contient 30 % de moût de raisins de Gewurztraminer d’Alsace mélangé avec le brassin, auquel nous ajoutons des levures de vin. Toutes nos étiquettes sont réalisées par Vincent Albert, voisin, ami et prof à Saint-Luc. Il apporte beaucoup à notre image. »

Au niveau des ventes, la Super Sanglier, la dernière-née de la Brasserie, cartonne. Cette bière légère (seulement 4.5 % vol. alc.), très parfumée et houblonné, se boit quasiment d’un trait, été comme hiver. Elle est suivie sur le podium par Belle d’été, une double blanche brassée avec du froment et les épices traditionnelles de la blanche (coriandre, zeste d’agrumes), et Ardenne Triple à la robe ambrée.

Brasserie Minne
Zoning Nord de Baillonville 9 – RN929
B-5377 Somme-Leuze
+32 (0) 475 87 83 66
brasserieminne.be

un terroir à boire


© Marc Vanel

Depuis quelques mois, une micro-brasserie est venue enrichir l’offre touristique et gastronomique de la famille Boreux à Rochehaut, non loin de Bouillon. Elle est dirigée par Arnaud Boreux, qui incarne la troisième génération.


La destination est appréciée des cyclistes et des randonneurs, surtout de ceux et celles venus du nord du pays : le village de Rochehaut offre un magnifique point de vue à 180° sur le village de Frahan, au milieu d’une boucle de la Semois autrefois célèbre pour ses plantations de tabac. C’est l’un des plus beaux paysages de Wallonie et il mérite son titre.

Pour accueillir les touristes, la famille Boreux a développé, depuis les années 50, une offre articulée autour de l’Auberge de Rochehaut composée aujourd’hui de quatre restaurants, de quatre hôtels totalisant 70 chambres et dix gîtes permettent d’accueillir un large public chaque semaine. Le tout est complété par un parc animalier de 40 hectares que l’on parcourt en petit train touristique, une mini-ferme didactique, un musée vivant de l’agriculture (l’Agri-Musée), un vignoble et, depuis octobre 2019, la Brasserie de Rochehaut.

Deux ans de gestation

En réalité, c’est bien plus qu’une micro-brasserie, c’est la refonte totale d’une partie des activités de la famille. « Avec mes parents, explique Arnaud Boreux, nous avons créé une nouvelle société, Rochehaut Attractions, qui comprend la brasserie, un nouveau restaurant, l’Angus Grill, la plaine de jeux, le parc animalier et l’Agri-Musée. Initialement, je voulais reprendre le parc animalier qui est un des satellites de l’Auberge, mais il fallait une activité complémentaire pour le relancer. La brasserie en est aujourd’hui le moteur principal. »

Deux années ont été nécessaires à la concrétisation de ce second pôle d’activités. Un an pour les appels d’offres et un an pour la construction de cette nouvelle extension. Quasiment un exploit et un investissement finalement modéré en regard de la réalisation finale : 2,5 millions d’euros pour le bâtiment principal (brasserie et restaurant), la plaine de jeux et une micro-ferme pour les enfants, 300 à 350.000 euros pour le matériel de la salle de brassage et 200.000 pour la ligne d’embouteillage et d’enfûtage (mise en fûts).

La Brasserie de Rochehaut se veut sans secrets : la salle de brassage est intégrée dans le restaurant, en toute transparence, et chacun peut venir poser ses questions.

 
Des casseroles aux cuves

« Mon père avait ce projet en tête depuis plusieurs annéesexplique Arnaud Boreux. Pendant plus de vingt ans, nous avons fait brasser par Caulier, à Péruwelz, la « Cuvée de Rochehaut ». Cette bière était brassée exclusivement pour nous, mais nous avons eu envie de créer notre propre micro-brasserie. Mon père et moi, nous sommes allés voir ce qui se faisait ailleurs et cela m’a directement intéressé. L’ambiance que l’on trouve dans ces micro-brasseries est vraiment passionnante. Pendant le montage du projet, j’ai suivi une formation en micro-brasserie à l’IFAPME de Liège où donnait cours Jean-Christophe Larsimont, docteur en biochimie, qui m’a accompagné sur le terrain pour tout mettre en route. J’avais fait quelques essais de recettes chez moi dans des casseroles, mais tout a été rééquilibré ici grâce à son expertise. Notre bière doit être aussi bonne, sinon meilleure que la Cuvée de Rochehaut. »

Un départ sur les chapeaux de roue

La Brasserie de Rochehaut se veut sans secrets : la salle de brassage est intégrée dans le restaurant, en toute transparence, et chacun peut venir poser ses questions. Un circuit en cinq étapes permet en effet de suivre l’ensemble du processus, de la fermentation à la mise en bouteille, sur les deux niveaux du bâtiment.

« Anciennement, nous faisions produire 600 hectolitres par an. Ici, après neuf mois, nous avons déjà dépassé les 2.000 hl, confie le micro-brasseur qui avoue ne pas avoir pensé démarrer ainsi sur les chapeaux de roues. L’essentiel se vend ici, mais nous sommes aussi présents un peu partout dans la région, ainsi qu’au Grand-Duché proche. C’est très motivant. Nous n’allons toutefois pas grandir tout de suite, mais plutôt acquérir une centrifugeuse qui nous permettra de gagner deux semaines de garde dans le processus et de doubler la production. Mais cela ne changera rien à la bière, il faut que l’on garde une régularité. Dans le vin, on tolère des variations d’un millésime à l’autre, mais pas dans la bière. »


© Marc Vanel

La gamme Rochehaut

• La Pils : une bière fraîche, riche en goûts, très florale.
• La Blonde : peu d’alcool, simple et efficace avec d’agréables arômes d’agrumes.
• La Triple blonde : relevée par un mélange de coriandre et de zeste d’orange. Epicée et désaltérante.
• L’Ambrée : légèrement sucrée, notes puissantes de caramel et de fruits confits.
 La Brune : une séduisante combinaison de grains touraillés et de sucre candi. Surprenantes notes de poire cuite, de café et de chocolat. Coup de cœur !
• Fruits rouges : à base de jus de cerise, de framboise et de myrtille. Durant l’été seulement.
• IPA : une bière à base de houblon américain, plutôt amère, à la robe trouble évoquant une bière blanche, mais avec de fortes notes de citron vert. Un peu atypique.

 

Brasserie de Rochehaut
Rue du Palis 85
B-6830 Rochehaut
+32 (0) 61 86 03 66

www.rochehaut-attractions.be

A votre « santé »

Une bière énergétique bonne pour le corps et la santé ? Tel est le pari de Daniel Lessire qui développe depuis quinze ans une belle gamme de bières artisanales en Gaume, à la brasserie MilleVertus.

 


© MilleVertus

Trader pendant plus de vingt ans dans une banque luxembourgeoise, Daniel Lessire perd son emploi en 2003. Saisissant… l’opportunité, il décide de lancer l’année suivante une micro-brasserie à Toernich, le village où il habite, non loin d’Arlon. D’abord dans son garage, puis dans une annexe avant de louer un entrepôt pour développer l’activité. Grandir ou investir ? Notre entrepreneur opte bien sûr pour la seconde solution et déménage en 2011 à Breuvanne, à une trentaine de kilomètres.

En quelques années, la brasserie MilleVertus, qui dispose là d’un terrain de deux hectares, multiplie sa production par cinq. Elle ne cessera de croître. L’assortiment de base est (alors) composé de trois classiques : “La Mère Vertus”, une Triple dorée, “La Bella Mère”, blonde plus houblonnée, et “La Douce Vertus”, une brune maltée. La gamme se compose aujourd’hui de treize bières (voir encadré).

Une gamme pour tous les goûts

« Ma spécificité, explique Daniel Lessire, est d’offrir une gamme de bières pour tous les goûts avec toutes les colorations et tous les degrés d’alcool. Je suis ouvert à toutes les propositions. Certains brasseurs belges, italiens ou français viennent régulièrement me trouver avec des demandes spécifiques. Je suis toujours à la recherche de choses originales, comme ce fut le cas avec cette bière à base de tiaré, une fleur de Tahiti. »

Avec sa douzaine de bières, la brasserie MilleVertus tourne bien et emploie aujourd’hui, outre Daniel et son épouse Jocelyne (à mitemps), deux personnes à la production et deux personnes à la commercialisation. Les bières se vendent principalement en Belgique (près de 80 points de vente), mais aussi dans les pays limitrophes : Pays-Bas, France et Grand-Duché. « Il y a quelques années, je vendais en Chine, précise Daniel. Vu l’impact environnemental, j’avais quelque peu laissé tomber ce marché, mais l’Asie sortant du confinement avant l’Europe il redevient une opportunité. Nous venons d’ailleurs d’envoyer une première palette à Taïwan. »

« Ma spécificité est d’offrir une gamme de bières pour tous les goûts avec toutes les colorations et tous les degrés d’alcool. »


Mille plantes et minéraux

Deux grands chantiers sont en cours à MilleVertus. Tout d’abord, une fleur de bières distillée par Etienne Bouillon (Lambicool-Belgian Owl). Cet alcool de grain est actuellement en vieillissement dans une barrique qui a contenu à l’origine du Barolo (célèbre vin rouge italien), puis la “Papesse” (11 % alc) pendant un an, de sorte qu’il a acquis des arômes de vin de type porto et une finesse spécifique. Il faudra toutefois attendre 2023 pour le déguster comme un bon whisky…

L’autre grand projet de Daniel Lessire est l’aboutissement de recherches entamées depuis plus de quinze ans : l’élaboration d’une “Millevertus” aux… mille vertus. « L’idée serait de se faire du bien, au niveau du corps et de la santé. Le houblon possède déjà des vertus antiseptiques, mais j’aimerais inclure dans cette nouvelle bière les vertus énergétiques de mille plantes et minéraux, créer un échange d’énergies grâce à la typicité de chaque élément. J’ai suivi plusieurs formations en énergie et je suis passionné par les travaux du Japonais Masaru Emoto connu pour ses théories sur les effets de la pensée et des émotions sur la structure de l’eau. »

Si le principe est connu dans le monde de la kinésiologie, et c’est un peu le principe de l’homéopathie, il est ardu de l’expliquer aux profanes que nous sommes, surtout que certains principes sont gardés “secrets”. Il faudra donc attendre quelque peu avant de découvrir les vertus énergétiques de la “MilleVertus”, la bien nommée.

La gamme
• La Mère Vertus – 9 % vol. alc.: Triple dorée, pur malt. Une des premières bières produites.
• Poivrote – 7 %: Blonde aux poivres noirs, douce et puissante à la fois.
• IPA Pot'âme – 6 %: Blonde IPA, nez et goût agrume. Le résultat est IPAtant.
• Mac Vertus – 4,8 %: Belgian British Style Stout. La version belge d’une célèbre bière irlandaise. Amère et légère.
• La Petite Vertus – 4,7 %: Rousse maltée. Légère en alcool et en tenue, forte en caractère et en goût.
• La Bella Mère – 6,5 %: Blonde dorée et houblonnée.
• 421 – 4,21 %: Bière d’épeautre, avec principalement du malt Pale Ale et un goût d’agrumes.
• La Fumette – 6,5 %: Bière ambrée fumée. La bière idéale pour accompagner votre choucroute ou les charcuteries.
• Augure – 7 %: Ambrée au miel et aux épices du Moyen-Age.
• Papesse – 11 %: Quadruple, brune puissante. La bière la plus forte de la gamme.
• La Douce Vertus – 7 % : Brune maltée avec une touche fumée. Ronde et voluptueuse.
• La Vertus Ose – 6 % Blonde d’épeautre.
• Blanchette – 5 % Blanche lemon aux épices, à servir givrée.

 
Brasserie MilleVertus
Chemin de l’Eau Vive 3
B-6730 Breuvanne

+32 (0) 63 22 34 97

www.millevertus.be

tradition et modernité

Avec la cinquième génération déjà en piste, la famille Friart exploite la brasserie St-Feuillien au Rœulx depuis 1873. 
Son credo : s’ancrer dans l’histoire de sa région et perpétuer la tradition du terroir.

 
Moine irlandais évangéliste du VIIe siècle, condamné à l’exil, Pholian (plus tard Feuillen) traversa la Manche et s’établit tout d’abord à Péronne, dans la Somme, avant de remonter à Nivelles, puis à Fosses-la-Ville pour y construire un monastère. Décapité par des brigands en 655, il fut enterré enterré au Rœulx à l’endroit même où, 470 ans plus tard, sera érigée une abbaye, et, 750 ans plus tard encore, une brasserie portant le nom de ce fameux moine. Le détail a son importance, car il permet aujourd’hui à cette entreprise, comme à cinq autres brasseries wallonnes, de porter le label « Bière d’abbaye belge reconnue » créé, dans les années 1990, par la Fédération des Brasseurs Belges afin de lutter contre une certaine anarchie en la matière.

« La Brasserie St-Feuillien, explique Dominique Friart, administratrice-déléguée depuis vingt ans, a été fondée en 1873 par Stéphanie Friart, mon arrière-grand-tante. Il y avait à l’époque deux brasseries au Rœulx et Stéphanie exploitait l’une d’elle. A sa mort, en 1910, son neveu, qui était mon grand-père, a repris ses affaires, mais également la seconde brasserie – l’actuelle – qui avait été construite en 1894 et était donc flambant neuve à l’époque. Les deux sites ont été exploités jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. En 1950, mon père a hérité de l’entreprise et, après son décès en 1982, mon frère a repris les rênes de la brasserie que j’ai à mon tour rejointe en 1988. En 2018, une nouvelle organisation a été mise en place en vue de consolider en la pérennisant la structure familiale et indépendante de l’entreprise ; nous avons ainsi nommé un directeur général, Edwin Dedoncker. Aujourd’hui, mon frère est président du conseil d’administration, je suis toujours administratrice-déléguée et la… cinquième génération est montée à bord. »

Une formation littéraire

Même si le parcours de Dominique Friart s’inscrit logiquement dans la lignée familiale, celle-ci n’avait pourtant pas choisi cette voie. Après une formation en secrétariat de direction et une licence de lettres à la Sorbonne à Paris, elle travaille à Bruxelles comme responsable éditoriale aux Éditions Labor et s’active à la création – notamment – d’Espace Nord, collection qui avait entrepris de rééditer les auteurs de la littérature belge. « J’ai quitté le monde de l’édition en 1988 pour rejoindre la brasserie où mon frère Benoît travaillait déjà depuis quelques années. C’était l’époque de l’essor des bières spéciales en Belgique, il y avait de belles perspectives. Mais ce qui était formidable, c’était de revenir chez nous, dans la brasserie où l’on avait passé notre enfance, de perpétuer la tradition familiale et de travailler à l’évolution de l’entreprise. Et puis, la bière est un beau produit de plaisir, convivial, comme le vin et le chocolat, même si le livre l’est aussi. »

Les choses n’ont cependant pas été simples car le monde de la bière évolue en permanence. De 3.200 brasseries au début du XXe siècle, ce nombre a chuté à 120 vers 2010 pour repasser à 340 aujourd’hui avec le phénomène des micro-brasseries. Mais outre l’évolution de la profession, la consommation a elle aussi beaucoup changé. « En effet, on boit de moins en moins de bières en Belgique ; on est passé en 30 ans de 120 litres par an et par habitant à 70 aujourd’hui ! La chute est dramatique, même si le Belge boit aussi d’autres boissons alcoolisées. Les modes de consommation changent également, on boit davantage à la maison plutôt qu’au café ou au restaurant. Les campagnes de prévention y sont pour quelque chose. Des vingt cafés que comptait Le Rœulx autrefois, il n’en reste que trois. Il faut se diversifier, déborder d’imagination, être souple, évaluer les produits, observer les tendances, s’adapter… et toujours garder à l’esprit notre corps de métier. »

« Il faut se diversifier, déborder d’imagination, être souple, évaluer les produits, observer les tendances, s’adapter… et toujours garder à l’esprit notre corps de métier. »


La Grand Cru, « le nec plus ultra »

La brasserie articule aujourd’hui son offre sur trois gammes de produits. Les bières d’abbaye St-Feuillien tout d’abord, avec la Blonde (qui représente 33 % du volume de l’entreprise), la Brune, la Triple, la bière de Noël, auxquelles s’ajoute désormais une Quadruple qui vient d’être mise sur le marché. Les « produits-signatures » ensuite, avec la Grand Cru, la Saison, la Belgian Coast IPA et, ici un tout nouveau produit aussi, la Five, plus légère en alcool (seulement 5 %) destinée à un public plus jeune. Et, enfin, la gamme Grisette, une gamme de bières bio (Blonde, Blanche, Triple et la Grisette Fruits des Bois qui vient tout récemment de basculer en bio).

« La St-Feuillien Grand Cru, lancée en 2011, a vraiment propulsé la brasserie au-delà de sa région et dans l’élégance aussi. C’est un produit très raffiné et pur, on a atteint là quelque chose de l’ordre du champagne de la bière ! La Grand Cru demeure pour moi le nec plus ultra, c’est la bière qui me correspond le plus. Mais j’apprécie beaucoup aussi notre nouvelle création, la Five, qui est un peu sa petite sœur. »

La route de la bière en Europe en chiffres

Chiffre d’affaires 2018
11.500.000 €

Production annuelle 2019
50.000 hl

Investissements 2005-2018
15.700.000 €

Personnel employé en 2019
32 personnes

Une biere au pays de l'eau

En plein cœur de Spa, au pied du funiculaire qui mène aux Thermes, la place Royale est enfin rénovée après trois années de travaux. Sur celle-ci, l’ancien Pavillon des Petits-Jeux abrite désormais une micro-brasserie et un restaurant : la Brasserie des Bobelines.

 

La Bobeline


Dès le XVIIe siècle, la ville de Spa a commencé à vivre de ses thermes alors très fréquentés par celles et ceux que l’on surnommait les Bobelins, ces visiteurs étrangers, aristocrates et bourgeois, qui venaient boire l’eau de source ferrugineuse alors conseillée pour combattre des maladies comme l’anémie. Victor Hugo, Offenbach, Montaigne, Joseph II, Guillaume II, le tsar Pierre le Grand et bien d’autres séjournèrent dans cette station thermale où, disait-on, il était « interdit de s’ennuyer », le divertissement faisant partie de la prescription médicale.  

Le premier casino d’Europe, La Redoute, et le Waux-Hall, qui ouvrirent leurs portes respectivement en 1763 et en 1770, prospérèrent pendant une vingtaine d’années. Après une phase de déclin marquée par la Révolution liégeoise et, notamment, l’interdiction des jeux d’argent, un vaste programme, appuyé par le roi Léopold II, relança la station thermale.

De nouveaux bâtiments furent construits, comme, en 1878, dans le parc de Sept-Heures, la galerie couverte Léopold II. D’une longueur de 130 mètres, elle était dotée à ses extrémités de deux pavillons, celui carré dédié à l’épouse du roi, la reine Marie-Henriette, et celui ovale des Petits Jeux, pavillon qui nous occupe aujourd’hui et où l’on jouait des jeux de hasard « raisonnés », c’est-à-dire des jeux réputés inoffensifs tels que billard, backgammon, jeu de dames, échecs, etc.

Dans les années 1930 à ’50, le pavillon devint dans une espèce de luna-park et connut diverses affectations avant de devenir le siège de l’Office du Tourisme spadois. Classé en 1982, le bâtiment a été restauré à grands frais par la Ville et la Région wallonne mais restait vide depuis 2012. La Ville lança alors un appel à projets pour faire revivre ce magnifique bâtiment.

Après quelques péripéties, l’appel fut remporté par Didier Dumalin et son associée Carole Menga, et c’est ainsi que la Brasserie des Bobelines ouvrit ses portes en juin dernier. « Ce projet est intimement lié à mon histoire, explique le premier. Je suis originaire de Liège et mes parents sont venus de 1962 à 1992 en vacances à quelques kilomètres de Spa. J’ai appris à marcher et à faire du vélo dans cette ville, c’est devenu ma commune de cœur et j’y habite depuis 1993. »

La bière de Spa depuis 1991
Avant d’aller plus loin, faisons quelques pas en arrière. C’est la découverte de « La Vielsalm » dans un magasin de bières spéciales de Liège en 1991 qui donna l’idée à Didier Dumalin de créer une bière à Spa. Comme il travaillait dans le domaine du transport de personnes et ne disposait pas d’installations lui permettant de réaliser son projet, il fit réaliser sa Bobeline à Melle, près de Gand, à la brasserie Huyghe, célèbre pour sa Delirium Tremens.

Les débuts sont lents, mais la bière s’exporte plutôt bien. En 2006, une bière brune vient renforcer la marque et les ventes font un bond. En 2017, la sprl Bobeline & Cie émet l’idée de lancer une micro-brasserie-restaurant. L’objectif est d’enfin brasser la Bobeline à Spa, directement dans le Pavillon, de permettre au public de découvrir le travail du brassage, d’organiser des événements, mais aussi de développer une salle de restaurant.

Pour mener à bien son projet, Bobeline & Cie passe en société anonyme et s’entoure de nouveaux partenaires : Alain Felgenhauer et la société Expendo, spécialisée dans l’accompagnement de chefs d’entreprise PME et TPE, Noshaq (ex-Meusinvest) comme partenaire financier, et Belfius pour le financement du matériel de production.

La gestion de la micro-brasserie est, quant à elle, assurée par Bruno De Ghorain, maître-brasseur de la Brasserie La Binchoise (voir WAW n°45, été 2019) qui sera partenaire opérationnel pendant deux ans. C’est lui qui réalise les premiers brassins et formera le premier brasseur qui sera engagé en 2020 à Spa.

La Bobeline

A table
Côté gastronomie, le Bobelin est un fromage fermier au lait cru de vache, à pâte mi-cuite, affiné à la Bobeline Black et présenté en meule de 8 à 12 kg. A déguster à l’apéro, en repas, en fondue ou avant le dessert. Au restaurant, inauguré officiellement fin septembre, une dizaine de plats à la bière sont élaborés à l’aide des diverses Bobelines. Géré par le traiteur Les Cours (Joël Rademaker) et pouvant accueillir 70 personnes, l’établissement démarre très bien. A tel point qu’une équipe d’étudiants vient renforcer le service en pleine saison ou lors d’événements.

« Je ne suis pas trop surpris du succès, car il y avait une énorme attente des Spadois et des touristes, se réjouit Didier Dumalin. L’emplacement est idéal et la terrasse est ensoleillée la majeure partie de la journée. Nous organisons également divers événements (théâtre, concerts,…) et nous accueillons des groupes pour des séminaires avec 100 places assises à l’étage. » A terme, l’intention du promoteur est de créer 8 à 9 emplois. On y sera vite !

La Bobeline

La gamme Bobeline
Les anciennes recettes des trois premières bières ont été adaptées par La Binchoise et la gamme s’agrandit progressivement. La capacité de la micro-brasserie est de 2.000 hectolitres par an, sept brassins de 10hl ont déjà été réalisés sur place où la production est également vendue.
La Bobeline Triple
est la toute première bière de Didier Dumalin. Brassée à partir de malt d’orge blond, elle offre de belles notes fruitées et une légère amertume. Elle titre à 5,5° et se laisse boire très facilement.
Stout léger et agréablement épicé, la Bobeline Black est une nouvelle version de la brune lancée en 2006. A base de malt torréfié, c’est une bière de haute fermentation, refermentée en bouteille, aux saveurs légèrement caramélisées avec une pointe de cacao et de réglisse. Plus corsée que la blonde, elle titre à 8°.
Une troisième bière est commercialisée depuis 2009. Il s’agit d’une bière blanche à la fraise à base de froment agrémenté d’un mélange de jus et d’arôme naturel de fraise. Très légère et peu sucrée, la Bobeline Fraise titre à 3,6° et est parfaite à l’apéritif.
Enfin, la Bobeline Ambrée (7°) est l’une des nouveautés apportées par Bruno De Ghorain. Brassée à partir de malt d’orge cuit complété par un houblonnage à cru, elle est plus épicée que les autres, avec la fraîcheur du malt biscuité et rehaussée par des notes de réglisse et d’anis étoilé.
Ces bières sont actuellement disponibles en fûts pour les cafés et restaurants, ainsi qu’en bouteilles de 33cl que l’on retrouve un peu partout en Belgique, mais aussi à Taiwan, en Chine ou au Japon. Des bouteilles de 75cl vont bientôt apparaître sur les rayons des supermarchés. 

 

La Brasserie des Bobelines

Place Royale

B-4900 Spa

+32 (0) 87 70 88 37 ou +32 (0) 479 33 13 00

www.bobeline.be

 

Brasserie Jandrain-Jandrenouille

Alexandre Dumont de Chassart est à la tête de la Brasserie Jandrain-Jandrenouille située dans une ancienne ferme du Brabant wallon depuis 13 ans. Il y brasse aussi bien ses propres bières que celles élaborées sur mesure pour des partenaires professionnels, des particuliers, des associations ou des bars. Avec l’objectif de travailler en circuit-court.

 

La ferme de la Féculerie, à Jandrain-Jandrenouille (Orp-Jauche), existe depuis le XIVe siècle et a appartenu au Duché de Brabant. A l’origine, il n’y avait qu’un seul bâtiment en moellon de silex mais, au XVIIIe, les lieux ont été remodelés pour former une ferme en carré, typiquement hesbignonne. Alors qu’un beau porche où trône la date de 1762 fait office d’entrée, un logis à double corps établi sur deux niveaux lui fait face, tandis que les ailes latérales abritent les étables sous fenils. Les granges, un puits et une porcherie complètent le tableau. Il s’agissait alors d’une ferme défensive qui ne comportait quasi pas d’ouverture vers l’extérieur. Lors de batailles telles que celle de Ramillies, en 1706, les fermiers s’y réfugiaient après avoir rentré le bétail… 
« A l’époque, dans les fermes, on faisait tout et, donc, on brassait déjà, raconte Alexandre Dumont de Chassart. Entendons-nous bien : il devait s’agir d’une grosse casserole dans laquelle on faisait bouillir du grain, moulu ou pas. Une fois la sauce versée dans un tonneau, elle fermentait. C’était deux fois plus rassurant de boire cette mixture que de l’eau. Comme celle-ci avait été chauffée, certains germent mouraient, puis venait la fermentation et enfin l’acidité. Des bières étaient aussi élaborées pour les ouvriers saisonniers. » 

De la mécanique au houblon 
Né à Ixelles, le 24 août 1969, Alexandre a fait son cursus scolaire à Boitsfort avant de suivre des études d’ingénieur civil en mécanique à l’UCL, d’où il sortit diplômé en 1993. « C’était la crise, comme toujours en Belgique (rire). Je me suis réfugié dans ce qui devait être probablement la meilleure banque : la Générale. J’y suis resté 7 ans, puis j’ai fait un bref passage chez Euronext. Depuis 18 ans, je travaille pour des Américains dans le domaine du houblon et l’import-export. »
C’est en 2004 que le jeune homme décide de racheter la ferme de la Féculerie afin de s’y installer. Tout était encore aux standards du XIXe siècle, avec la présence d’amiante et un sol en béton. Alexandre décide de tout rénover en conservant le charme des lieux et en respectant la structure extérieure et les éléments modernes nécessaires. L’été 2007, avec un camarade d’université, ce passionné de houblon lance le projet de la brasserie.

Des ingrédients locaux à 99%
Aujourd’hui, le propriétaire continue en solo et développe d’autres idées. Depuis 2016, il apporte une dimension supplémentaire à son métier. « Faire de la bonne bière, c’est bien, mais il faut lui amener quelque chose de plus. J’essaie de rentrer en circuit court. L’orge vient d’une ferme de Corroy-le-Grand et il est malté chez Boortmalt, à Gembloux. En fait, 99% des ingrédients sont locaux. Seul le houblon vient des Etats-Unis, il est produit par la société dans laquelle je travaille ». Au niveau de l’énergie, les nonante-six panneaux solaires assurent 80% de l’électricité. « La brasserie avance mais pas à n’importe quel prix : en tentant de donner une composante de durabilité. Deux personnes travaillent à temps plein et nous tenons également à garder une ligne de conduite au niveau social. »

Des bières qui plaisent aux Japonais
En plus de ses propres produits, la Brasserie Jandrain-Jandrenouille élabore des bières pour d’autres partenaires professionnels. Notamment la Uijin et la Uijin Yuzu qui sont en vente dans les restaurants japonais à Bruxelles, Amsterdam, Paris, Londres, Milan ou encore Tokyo ! « Nous avons aussi développé des bières dédicacées à des bars comme, par exemple, le Citizen Kane à Wavre, l’Altérez-vous à Louvain-la-Neuve, le Barnabeer à Namur, le Moeder Lambic ou encore le Roy d’Espagne à Bruxelles. J’adore ce type de collaboration parce que cela me met en relation directe avec le consommateur à travers le bar. Le patron souhaite une bière qu’il n’a pas dans sa gamme et le client choisira d’aller dans un lieu en particulier parce qu’il ne trouvera pas cette bière ailleurs. Ce sont toujours des paris : on sait vite quand il y a quelque chose qui ne va pas, tout comme quand ça marche super bien ».
La brasserie conçoit également des bières pour des particuliers, des associations, des événements, bref, pour ceux qui ne peuvent pas investir dans du matériel onéreux. « Vous pouvez venir brasser votre bière, avec ou sans recette, sur mesure. Seul bémol : je ne travaille pas les bières acides à cause des ferments « sauvages », je risquerais d’infecter le reste de la brasserie ! »

Faire vivre le milieu brassicole
« En travaillant de cette manière, je ne pense pas perdre pas mon âme, poursuit Alexandre Dumont de Chassart. Je veux toujours faire une belle bière pour mes clients et montrer que dans ce domaine, il y a une infinité de recettes. Ce qui m’intéresse, c’est de faire vivre le milieu, d’explorer tous les goûts. Cela permet aussi de ne pas s’endormir sur les mêmes formules. Grâce aux rencontres, nous bénéficions de nouvelles idées. A l’heure actuelle, la brasserie produit 3.000 hectolitres par an, alors que voici 4 ans et demi, nous n’en étions qu’à 180… Je suis occupé à rénover une maison proche de la Grand-Place de Bruxelles, rue de la Fourche. Ce sera une « tap house » (débit de boisson, ndlr) pour notre brasserie. En 2020, nous pourrons nous amuser à créer de nouveaux produits conventionnels ou décalés et, pourquoi pas, mettre des bières de nos clients à l’honneur si cela en vaut la peine. D’autres bars suivront peut-être... ».


Brasserie Jandrain-Jandrenouille

Une gamme de 4 bières
-La IV Saison est la première bière, lancée en 2006. Blonde non filtrée, non pasteurisée et refermentée en bouteille, elle est élaborée à partir des quatre ingrédients de base (eau, malt, houblon, levure) avec quatre houblons différents. « La IV Saison a été élue coup de cœur du label La Bière des Femmes et associée à un album rock du groupe namurois « The Banging Souls » pour son titre « Seeds » avec BJ Scott, la coach de The Voice Belgique. Un honneur ! »
-La V Sens est apparue peu de temps après. La complexité est exprimée grâce aux trois malts différents : Caramel, Munich, Pils. C’est une bière naturelle ambrée, 100% malt d’orge, non filtrée, non pasteurisée et refermentée en bouteille. « Le fromager « A table », à Hannut, affine/lave un de ses fromages à la V Cense. »
-La IV Wheat est née juste après la V Sens. C’est une bière de froment, une base blanche mais sans épices. Cette bière naturelle, mélange de malt de froment et d’orge est non filtrée, non pasteurisée et refermentée en bouteille. Elle offre une grande fraîcheur en bouche, combinée à l’arôme des houblons utilisés.
-La III Gravity, pour ne pas dire « triple », est née suite à une commande aux Etats-Unis. Elle est beaucoup plus riche (en alcool, en houblon…).

 

Brasserie de Jandrain-Jandrenouille

Rue de la Féculerie 34

B-1350 Jandrain-Jandrenouille

www.brasseriedejandrainjandrenouille.com

Grâce à la Belgo Sapiens Brewers, la ville de Nivelles a renoué en 2015 avec la tradition brassicole aclote. Particularité de cette brasserie : elle a opté pour des canettes ! A l’exception de la Cheval Godet, sa nouvelle gamme qui renvoie au folklore local.

 

Damien Demunter, ingénieur brassicole, a entamé son parcours professionnel par une étape de trois ans au Canada où il a installé et développé un réseau de vingt-sept microbrasseries-restaurants « Les Trois Brasseurs », dont dix-sept au Québec. Il s’agit d’un concept de brasseries françaises d’origine nordiste.

De retour en Europe, Damien fonde en 2015, avec plusieurs associés, la brasserie Belgo Sapiens. Il choisit de s’installer à Nivelles. « Nous recherchions une localité qui n’avait pas de brasseries – la brasserie Duvieusart a fermé ses portes en 1956, ndlr – et cette ville, logistiquement très bien placée, nous a accueillis favorablement. Tout est allé très vite. Le 27 août, le premier brassin était mis en vente. Ensuite, les commandes sont parties vers la France, l’Italie, l’Espagne et même Hong Kong ! »

Particularité de ces bières : à l’exception de quelques incontournables bouteilles de 330 ml et 750 ml, elles sont mises en canettes métalliques ! On sent poindre un débat entre puristes et avant-gardistes, du même tonneau que celui qui oppose bouchons synthétiques et bouchons de liège pour le vin. « La canette n’est plus un contenant de bières « low-cost », estime Damien. Et elle présente beaucoup d’avantages : elle est plus facile à transporter et à utiliser dans les festivals ou quand on va à la plage, elle ne casse pas, elle est plus légère, protège contre la lumière et refroidit plus rapidement.  En outre, la surface de communication sur une canette est plus importante. »

Contraints à l’exportation

Aujourd’hui, Damien Demunter et son associé, Mathieu Lainé, brassent pour le compte d’une série de producteurs et de distributeurs de marque, parvenant à peine à suivre leur propre production. Le succès de leurs créations est tel que la brasserie Belgo Sapiens a été sélectionnée par le jeune chef étoilé Dimitri Marit, invité par Brussels Airlines à concevoir six menus pour la Business Class des vols intercontinentaux vers l’Afrique et l’Amérique du Nord. 

« Nous devons toutefois tenir compte que le marché belge est saturé et verrouillé par les distributeurs et leurs fameux contrats de brasserie. La majorité des cafés est tenue par les grands groupes de brasserie, ce qui limite notre développement sur le marché intérieur. Nous sommes donc contraints à l’exportation. Heureusement, notre image belge nous porte en avant. »Surtout au Canada, où Damien est en pays de connaissance : « Nous collaborons avec une brasserie québécoise de Sainte Hyacinthe, la Brasserie du monde. Nous souhaitons entrer sur le marché de la bière de Noël, mais avec une création vraiment originale qui fera la différence à la fois sur le concept et sur la recette. »

 www.belgosapiens.be

 La famille Belgo Sapiens

Quand Damien et ses amis se sont lancés dans la production de bières, très vite, ils se sont diversifiés en proposant une blonde, la Polarius, une ambrée, la Colonel Arch, une blanche, la Blanche de Thines et une Porter, la P’tit Granit. Pour chacune, outre le malt d’orge, une céréale différente…

• La Polarius (5%) est une pils blonde au maïs, enrobée par les arômes du malt Carablond© et des houblons allemands fins et aromatiques de la région Hallertau.

• La Colonel Arch (6%) est une bière ambrée soutenue par le seigle malté. Elle est chargée de houblon américain qui lui donne des arômes d’agrumes légèrement épicés. Le houblon Centennial donne des arômes d’agrumes, de fleurs et de fruits tropicaux à cette bière à l’amertume franche.

• La Blanche de Thines (4,8%), du nom d’un village de Nivelles, est une blanche sans agrumes issue de l’épeautre et de froment avec curaçao et coriandre. Les arômes de Citrus viennent du houblon et du gingembre. 

• La P’tit Granit (4,9%) est une Porter à l’avoine, malté, corsé, avec une touche de café. Pour ceux qui ne connaissaient pas cette appellation, la Porter était la bière du porteur de sac de café à la gare Victoria, à Londres. Elle remplaçait la pause du lunch car elle se buvait tout en déchargeant les sacs de grains !

Et la Cheval Godet arriva au triple galop !

En septembre 2017, la Belgo Sapiens Brewers lançait une nouvelle gamme, la Cheval Godet. Une nouvelle venue qui fait partie intégrante du folklore aclot puisqu’elle porte le nom du cheval qui fait partie de la ménagerie des géants de Nivelles. Plusieurs versions furent élaborées, toutes en bouteilles de 33 cl.

 

• Dans la Cheval Godet Triple (8,1%), c’est… l’avoine qui domine. Elle est brassée avec trois céréales, quatre malts, de la cassonade et quatre houblons. Elle bénéficie d’un houblonnage à cru au Polaris, houblon symbole de la brasserie.

• La Cheval Godet Double (6,7%) est brassée avec des malts touraillés et torréfiés, de la cassonade et quatre houblons. Son houblonnage à cru au houblon aromatique Mosaic donne des notes douces de fruits exotiques.

• La Cheval Godet Blanche (5,2%) est brassée avec une bonne proportion de blé et d’épeautre. Elle est aromatisée avec des houblons aux saveurs d’agrumes et du gingembre.

• La Cheval Godet Solarius est brassée en collaboration avec le Domaine viticole du Chapitre, à Baulers (au nord de Nivelles). Elle est un mélange de moût de céréales (2/3) aromatisé au houblon Polaris et de moût de raisins (1/3) provenant du Solaris, cépage blanc d’origine germanique tout comme… le Polaris.

 

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