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© Marc Angeroth

Eglise de Gesves - Vent favorable sur un joyau du Condroz

  • Patrimoine
Namur  / Gesves

Par Marie-Marthe Schuermans

Dominant la vallée du Samson, l’église de Gesves abrite un orgue dont la renommée dépasse nos frontières. Sensibles à ses qualités exceptionnelles, les responsables du Patrimoine wallon ont acté son classement en avril dernier. Cette distinction récompense les efforts consentis par quelques-uns pour la préservation originelle du prestigieux instrument.


Le chœur de l'égliseConstruite sur un éperon rocheux, l’église Saint-Maximin a été érigée à trois reprises sur le même lieu. La première église dédiée à Saint-Lambert fut construite au MoyenÂge et a disparu, la deuxième a été consacrée en 1707 et volontairement détruite en raison de son exiguïté, pour faire place en 1845 à l'édifice actuel. Certaines pierres tombales de l’ancienne église démolie ont été récupérées et servent aujourd’hui de tables d’autel de SaintMaximin. On peut encore y lire des dates et des noms de personnes décédées dans un passé lointain.

Générosité et talent

L’histoire de cet orgue remarquable commence en 1871 par la générosité du comte et de la comtesse Limminghe-du Mortier, propriétaires du château de Gesves. À l’époque, il était de bon ton pour les châtelains d’offrir à la communauté paroissiale, des objets liés au culte. Offrir un orgue entrait donc parfaitement dans cette logique. Soucieux d’acquérir le meilleur instrument, ils font appel à Aristide Cavaillé-Coll, facteur d’orgues installé à Paris avec son père et son frère et dont la réputation d’excellence était de notoriété publique. Entouré d’une équipe d’artisans formés par lui, Aristide CavailléColl fabrique dans ses trois ateliers parisiens, des orgues d’une qualité exceptionnelle.

Restait ensuite à les installer sur place, ce qui était une autre phase délicate à accomplir et demandait des équipes hautement qualifiées. Il se chuchote que le célèbre facteur d’orgues parisien serait venu, en personne, assurer l’installation des orgues à Gesves... Toujours est-il que l’instrument monumental prit sa place sur la tribune surplombant l’entrée principale de l’église. Du haut de son promontoire, l’orgue pouvait déployer son souffle puissant sur les fidèles en prière.

 

EN DATES

1845
Construction de l’église.

1871
Don d’un orgue à l’église par les seigneurs de Gesves. ca.

1950
Électrification de la soufflerie. 

1991
Enregistrement du CD Meditaciones religiosas (Lefébure-Wély) répertorié en 1994

2017 
Classement par la Région wallonne.

 

Toutefois, pour le noble donateur et ses contemporains, l’orgue n’était pas uniquement dédié à l’église et aux chants religieux. Il a souhaité faire cadeau à son épouse mélomane d’un orgue de salon dont subsistent au château les parties visibles. On peut donc affirmer avec fierté que deux orgues Cavaillé-Coll ont été livrées à Gesves. L’anecdote vaut la peine d’être soulignée parce que l’on peut s’émerveiller de voir un de nos villages posséder à lui seul deux exemplaires de cette prestigieuse production. Sans doute un cas rare ou unique au monde ! L’explication se trouve probablement dans le fait que la comtesse Limminghe du Mortier, adorant la musique, a pu entretenir des relations avec les milieux parisiens. On comprend dès lors mieux ce choix judicieux.

L’orgue, le roi des instruments ?

pédales de combinaisonsSi les plus grands le disent, cela doit être vrai... Connaissez-vous un instrument qui peut à lui seul, produire la richesse de tout un orchestre ? L’orgue, lui, peut le faire. En l’occurrence, il remplace près d’une dizaine d’instruments. Muni de touches, de tirants, d’un pédalier, il vous joue du joyeux les grands jours, et pleure avec l’assemblée accablée par la perte d’un proche. À la demande, il est capable de souffler comme un vent de tempête, ou alors, murmurer des musiques apaisantes et douces. Encore faut-il que se trouve aux commandes un habile organiste domptant la machine en souplesse. Parce qu’il est nécessaire d’être un peu magicien pour en extraire ses innombrables capacités. Il suffit d’observer le musicien à l’œuvre : très souvent il sourit, il semble heureux et irradie du bonheur d’offrir son jeu à l’assistance.

Souvent comparé erronément au piano, l’orgue fait partie de la famille des instruments à vent, alors que le piano fonctionne au moyen de cordes. C’est un instrument très complexe qui possède une longue histoire puisqu’il en est déjà question 250 ans avant J.-C. où le mécanicien Ctesibios découvre un engin possédant toutes les caractéristiques et les principaux usages de l’orgue actuel. On trouve même, dans de lointaines archives, des orgues portables...  L’instrument a évolué au cours des siècles pour atteindre de très hautes performances de nos jours.

La vie de l’orgue à Gesves

Rien de tel, pour nous imprégner de l’histoire de l’orgue de Gesves, que de se rendre sur place, et d’écouter Grégory Léonard, enfant du pays qui possède sa genèse sur le bout des doigts. C’est probablement à force de conviction que ce passionné de patrimoine a pris conscience de l’enjeu concernant ce trésor inouï. Il est en effet admirable qu’un instrument de musique solide et fragile à la fois, ait gardé ses qualités d’origine 140 ans après son installation. Certes, il y a eu des erreurs (notamment quand a eu lieu le déménagement de la tribune au rez-de-chaussée) des frayeurs (avec un projet de baroquisation, heureusement abandonné) et des découragements, mais, à chaque vacillement, la confiante persévérance était au rendez-vous. Pour l’instant, l’orgue se trouve un peu « en pénitence » dans le coin droit de l’église en attendant son prochain emplacement idéal et définitif. À la place d’un des deux confessionnaux situés à gauche dans la nef. La reconnaissance accordée en avril dernier par le Patrimoine wallon représente un formidable tremplin pour affiner le rayonnement de ce joli village et de ses trésors.

PETITE LEÇON DE CHOSES

Quel que soit le modèle, modeste ou imposant, le mécanisme de l’orgue se compose des éléments suivants :

La console est l’endroit où se place l’organiste face aux claviers en étages (2-3-4-5 selon l’importance de l’instrument), et le pédalier. Latéralement à sa droite et à sa gauche, le musicien peut actionner les tirants pour obtenir des sons et des effets variant en fonction des œuvres jouées et des circonstances.

La soufflerie est le système respiratoire et la source de puissance de l’orgue. Si autrefois les soufflets étaient actionnés par des bonnes âmes – des enfants de chœur souvent – aujourd’hui, heureusement, l’assistance électrique assure un débit d’air régulier et constant. Le vent produit est ensuite distribué aux sommiers, indispensables passeurs d’air aux tuyaux via différents canaux nommés porte-vents.

Les tuyaux visibles sur les orgues, vont recevoir le vent provenant des sommiers et produire un son. De longueurs variables, les tubes longs produiront un son grave contrairement aux courts dont le son sera aigu. Par ailleurs, leur diamètre agit sur le timbre. Les tuyaux se répartissent en plusieurs familles de jeux d’orgue, essentiellement : les jeux de fond (entre autres : bourdons, flûtes, principaux, etc.) et les jeux à anches (trompette, basson, voix humaine) fonctionnent via une languette vibrant au passage de l’air.

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