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Itinéraire d'un enfant de la balle

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Liège  / Liège

Par Benoît Noël

David Goffin, qui a mis un terme à sa saison fin octobre après le tournoi de Valence, a grimpé jusqu’au 42e rang mondial. Son meilleur classement. Le Liégeois de 21 ans, qui avait entamé l’année 2012 au 174e rang, est aujourd’hui le meilleur joueur belge et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

 

Né à Liège, dans le quartier de Rocourt, le 7 décembre 1990, le gamin fait très vite montre d’aptitudes hors norme. Un héritage familial, sans doute. « Mon père, ma mère, mon oncle, mes cousins… Dans la famille, tout le monde jouait ou joue au tennis », explique celui qui a rencontré sa petite amie « dans un club… de tennis. » Évidemment ! « David a toujours pratiqué avec beaucoup de facilité tous les sports de balle ou de ballon », se rappelle sa maman, Françoise Beckers.

En route vers le sommet

Le talent du gamin est tel qu’à 8 ans, il est repéré par l’Association francophone de Tennis (AFT). Le petit David participe à des stages à Barcelone, dans l’académie de Sergi Brugera, un ancien vainqueur de Roland- Gar ros, et même aux États-Unis, à Saddlebrook ! À onze ans, il intègre le centre tennis-études de Mons, un modèle de réussite en Wallonie, où il fera ses humanités, comme l’avaient fait avant lui Justine Henin ou Olivier Rochus par exemple.

« En tant que maman, j’ai souffert lorsqu’il est entré dans le centre tennis-études. J’ai toujours mis un point d’honneur, et David aussi, à ce qu’il termine son cycle scolaire. À 17 ans, il a obtenu son diplôme. Puis il est passé pro », raconte Françoise Beckers. « Avec les entraînements, les voyages sur le circuit, il a fallu que je m’accroche, se souvient David Goffin. Mais je tenais vraiment à obtenir mon diplôme. Si je n’avais réussi dans le tennis, je me serais sans doute orienté vers la médecine du sport. » Car David Goffin n’a pas toujours été convaincu qu’il percerait au plus haut niveau. « Ce n’était pas facile. J’avais des qualités, certes, mais je manquais vraiment de puissance. Perdre des rencontres alors que je jouais mieux que mes adversaires, c’était très frustrant. Il a fallu que je me renforce physiquement et ce travail n’est pas terminé. »

Le divorce de ses parents alors qu’il avait 14 ans aurait également pu le perturber. Mais le garçon est à l’évidence très solide mentalement. À l’image de ce qu’il montre sur le terrain où il ne se laisse pas facilement décontenancer. Une force tranquille. Sa décontraction est un redoutable atout. Le déclic survient lors d’un tournoi à Milan, à 17 ans, quand il atteint la finale du Trofeo Bonfiglio, un tournoi important chez les jeunes. « Là, j’ai senti qu’il était prêt à poursuivre l’effort pour se donner les moyens de ses ambitions », expliquera son père, Michel Goffin, aujourd’hui aux côtés de son fils prodige en qualité de manager. À 18 ans, en 2008, Goffin intègre le Team Pro de l’AFT aux côtés des frères Rochus à qui il demandait encore des autographes quelques mois auparavant. « J’ai toujours eu conscience qu’il possédait un réel talent, mais je ne m’attendais pas à ce que ça aille si vite », confie sa maman. À force d’entraînements (cinq heures par jour à taper dans la balle !), les progrès sont d’abord irréguliers, d’autant plus que quelques problèmes physiques freinent sa progression. En 2011, il se fait une déchirure aux abdominaux au tournoi de Chennai en Inde. Verdict : quatre mois sur la touche. « Cette blessure lui a fait comprendre qu’il devait se bâtir une condition physique irréprochable. Son hygiène de vie est parfaite », raconte son paternel.

En avril 2011, l’AFT lui adjoint un coach à temps plein, Réginald Willems. Le duo fonctionne bien. David Goffin décroche son premier titre sur le circuit Challenger (le dernier étage avant le circuit ATP) en Guadeloupe en mars dernier.

Depuis, Willems a été rejoint par un deuxième entraîneur, Thierry Van Cleemput, qui voyage de plus en plus souvent avec le joueur. « À deux, avec l’ensemble du staff, nous allons encore améliorer la qualité de son encandrement. Thierry et moi avons une vision commune du tennis et de la vie. Fonctionner en duo permet d’éviter l’usure et la lassitude », explique Réginald Willems.

Tout s’accélère pour David en mai dernier. Roland-Garros va le révéler au monde entier. Avec le brin de chance qui sourit parfois aux débutants. Car le Liégeois qui est battu au troisième tour des qualifications, bénéficie du forfait d’un autre joueur pour être repêché en qualité de « Lucky Looser ». Il va vite devenir un « Lucky… Winner » !

≪J’ai touché ma première raquette à cinq ans. C’était à l’Euro-Tennis de Barchon, avec mon père (Michel, NDLR)… professeur de tennis. Et cela m’a plu tout de suite. ≫ La terre battue, David Goffin est donc tombe dedans tout petit.

 

« La Goff’ » (tel qu’il est surnommé par ses proches) vole d’exploit en exploit et devient le premier « repêché » depuis 17 ans à atteindre les huitièmes de finale d’un Grand Chelem. « La flèche wallonne » (tel que le qualifiera le journal français L’Équipe) sera stoppée en quarts de finale par le Suisse Roger Federer , le plus grand joueur de l’histoire, qui est aussi l’idole de Goffin ! La maman de David a sans doute vécu ce jour-là l’un des plus beaux moments de sa vie. « J’étais émue en le voyant affronter son dieu, Roger Federer. Je repensais à tous ses posters dans sa chambre. David nous a tant parlé de la classe et du talent du Suisse. Le voir sur le même terrain que son idole, c’était un sentiment indescriptible », raconte sa maman.

Malgré la défaite, David livre ce jour-là un match parfait face à Federer, dans le tournoi préféré des Belges, un dimanche pluvieux et télévisé devant des centaines de milliers de téléspectateurs. De quoi faire basculer une vie !

Une star est née

Sollicité de toutes parts, « Goffin-le-gentil » doit apprendre à dire non. Le joueur ne veut pas se disperser. Il n’accorde d’interviews qu’au compte-gouttes et sur les sujets sportifs uniquement. Le people, très peu pour lui. L’agence Octagon qui gère désormais sa communication filtre les différentes sollicitations médiatiques. « Je ne veux pas que ma vie change », martèle le joueur. Pourtant elle a changé. « Comme le dit Roger Federer, il y a une grande différence entre être connu dans son pays et puis, tout d’un coup, connu partout dans le monde, nous explique Réginald Willems. Cela génère énormément de sollicitations diverses. David doit apprendre à gérer cela. Et on doit l’y aider. » Depuis le début de sa carrière, David Goffin a déjà accumulé près de 500 000 dollars en « prize money ». Les sponsors se bousculent.

 

Son objectif ? Se maintenir durablement dans le Top 50 avant de peut-être viser plus haut ! 

 

Pour Réginald Willems toujours, « la relation de David avec l’argent est très saine. Il a été élevé selon certaines valeurs : ce n’est pas un gaspilleur. Son papa l’épaule très bien à ce niveau en pensant déjà à la gestion de son après-carrière. » Preuve qu’il ne court pas après l’argent, le joueur vient de refuser de changer de marque de raquette. Il souhaite poursuivre avec son équipementier actuel malgré des offres financières très alléchantes venues de la concurrence. La maman du joueur ne craint pas que son fils tombe dans la facilité : « David a toujours été sage et mature. Vu son style de vie, il est vite entré dans le monde des adultes. Il saura rester les pieds sur terre », confie-t-elle. « Je vais suivre le conseil que m’a donné Roger Federer : travailler, travailler, travailler », assure David Goffin.

Un travail qui a repris mi-novembre en vue de la saison prochaine que le Liégeois commencera aux antipodes en janvier à Brisbane puis Auckland avant les Internationaux de Melbourne, avec pour objectif de se maintenir durablement dans le Top 50 avant de peut-être viser plus haut.

 

Un Champion universitaire

 

David Goffin collabore avec les universites du sud du pays (UCL, ULB, ULg) pour mettre au point un programme de preparation physique qui devra lui permettre d’etre performant toute l’annee. En tennis, comme ailleurs, le talent ne fait pas tout. Si David a pu gagner plus de 100 places au classement ATP cette saison, c’est aussi (voire surtout) parce qu’il a pu disputer une saison complete sans blessure. ≪ Sa déchirure aux abdominaux en 2011 l’avait écarté des terrains durant quatre mois, se souvient son coach Reginald Willems. Ce fut un mal pour un bien, car cela lui a fait comprendre l’importance d’une bonne préparation et d’une excellente hygiène de vie. Des tests isocinétiques ont permis de constater que cette blessure s’expliquait par un petit déséquilibre du corps. Nous avons pu y remédier, explique-t-il encore, mais le corps d’un sportif de haut niveau reste une mécanique fragile de haute précision. ≫

Un soutien de poid

Pour exploiter tout son potentiel, David Goffin peut compter sur le soutien des trois grandes universites francophones. Il effectue ses tests d’endurance a l’UCL a Louvain-la-Neuve. L’Universite libre de Bruxelles (ULB) surveille l’evolution de son explosivite, son principal atout, surtout au niveau des jambes et des bras. L’ULG a Liege est specialisee en isocinetique. David y subit regulierement des tests destines a ameliorer le renforcement musculaire et la protection des articulations. Tout ceci est possible grace au soutien financier de l’Adeps et de la Federation Wallonie- Bruxelles. En plus de ces tests, notre tennisman est suivi par son medecin du sport personnel, le Liegeois Maurice Joris, chez qui il effectue un check-up toutes les six semaines. Le biomecanicien Frank Dewitte suit le joueur de maniere tres reguliere aussi. Mi-novembre, David a entame une preparation physique de six a sept semaines. ≪ On jette les bases de toute une année. C’est peut-être le moment le plus important de la saison ≫, precise Reginald Willems. Le programme est concocte par le preparateur physique de l’AFT, Patrick Meur, qui adapte les entrainements en fonction des renseignements obtenus aupres du joueur, des entraineurs et des medecins. ≪ Ce travail d’équipe est primordial. Tous les intervenants ont un rôle majeur dans le développement du joueur. J’ai besoin d’être informé sur son état et de ses difficultés après chaque tournoi ≫, explique Patrick Meur.

Une bonne préparation physique

David Goffin dispute 26 tournois par an. Il connait donc l’importance d’une bonne preparation physique : ≪ Je le fais sans jamais rechigner, avec envie même. ≫ Alors que de plus en plus de joueurs du top-50 sont des montagnes de muscles qui, a l’image de Rafael Nadal, se reposent sur leur puissance, David, avec son metre quatre-vingt et ses 67 kilos fait presque figure d’exception. ≪ Idéalement, il faudrait que David gagne deux ou trois kilos dans les jambes, mais cela viendra avec l’âge, on ne va pas forcer les choses ≫, confie Reginald Willems. ≪ David a des capacités physiques au-delà de la moyenne. Il sait se déplacer rapidement et longtemps. Il est à la fois hyperexplosif et endurant. S’il n’a rien d’un monstre sur le plan musculaire, il parvient pourtant à donner beaucoup de vitesse à la balle ≫, poursuit l’entraineur. Tout serait donc une question d’equilibre. Gagner en puissance ne pourra pas se faire au detriment de ses qualites naturelles. Les universités sont là pour y veiller.

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