- Portrait
Par Thomas Turillon (L'Avenir)
L’année sera « vélo » ou ne sera pas. L’ancien sportif professionnel a depuis toujours fait de la Petite Reine son mode de vie.
Compétition hier, mobilité et santé aujourd’hui.
Le coureur reconverti s’implique pour que le sport s’offre à tous, sportifs de haut niveau ou familles.
Bref, il y en a pour tous les goûts.
Les Lacs de l’Eau d’Heure offrent une trentaine d’activités, ce qui en fait la première station touristique de Wallonie. Un statut qui s’affirme encore puisque l’écrin vert niché entre Charleroi et Chimay rajoute un rayon à sa roue avec l’inauguration du Centre de cyclisme Jean-Luc Vandenbroucke. C’est le champion lui-même qui s’investit corps et âme depuis des mois pour permettre un Bike Park digne de son nom. « Ouvert fin mars, son inauguration sera officielle le 17 juin, s’enthousiasme le Mouscronnois qui a accepté de prêter son patronyme. C’est un honneur et une fierté ! J’avais eu vent de ce projet cycliste sans rien voir de concret émerger. Lorsque Vincent Lemercinier, son directeur général, me l’a présenté en disant qu’il voulait le confier à quelqu’un issu du cyclisme, j’ai été surpris par l’ampleur de ce centre qui complétera l’offre de son site. Il a fallu cinq ans pour qu’il sorte de terre, mais avec un beau résultat ! »
VDB met donc le grand braquet sur la dernière ligne droite. Un véritable « contre-la-montre » pour faire de ce partenariat entre les Lacs de l’Eau d’Heure et la Royale Ligue Vélocipédique Belge « un centre d’excellence ». « Il y aura des circuits avec des parcours route et VTT qui seront familiaux ainsi que le RAVeL de 17 km de long autour du lac. Et puis il y aura, pour les plus sportifs, du Trial, du Big Air Bag (on atterrit avec son vélo sur un coussin géant), une Bump Zone, une Pump… Bref chacun pourra toucher au cyclisme sous la forme qui l’intéresse. Même les équipes cyclistes pourront y trouver leur place. » Notre interlocuteur a aussi conscience de l’intérêt d’y amener des événements pour y accroître la visibilité. « Ce sera l’occasion d’y prolonger les championnats de Belgique jusqu’en 2018. Cette année, ce sera sur route pour élites avec contrat et dames élites. J’ai déjà déposé notre candidature afin d’accueillir une étape du Tour de France. Elle a été actée par Christian Prudhomme, le directeur du Tour. »
On était des ouvriers du vélo
Agglutinée le long des barrières Nadar ou crispée devant les télés de troquets, Jean-Luc a fait vibrer toute une génération, jusqu’à l’arrêt de sa carrière professionnelle en 1988. L’homme modeste n’a toutefois pas disparu du milieu de la Petite Reine, en se muant illico en directeur sportif chez Lotto (dans laquelle il a notamment dirigé son neveu, le regretté Frank) puis en tant que consultant. Pourtant, la roue tourne... « En m’occupant de débutants, certains m’ont demandé “Monsieur Vandenbroucke, vous avez fait des courses ?” » Oh que oui ! Le sportif « au coup de pédale arrondi et souple qui a l’instinct de la bonne attaque », comme le décrit Jean-Marie Leblanc, remporte 220 trophées chez les débutants, jeunes et amateurs avant de vivre en 1973, à 18 ans, sa première aventure internationale à Munich. Chez Peugeot, débute ensuite une carrière professionnelle en 1975, avec un bien beau salaire mensuel de 2750 FF. Elle dure 13 ans et lui permet de faire travailler ses mollets sur huit Tour de France, treize Milan-San Remo et autant de Paris-Nice, sans oublier le Giro, la Vuelta, le Ronde van Vlaanderen, le Franco-Belge... Un moment fort avec son idole de jeunesse, celle à qui il quémandait des autographes, se produit dès le départ. « En 1976, sur la Via Roma de San Remo, je n’étais qu’avec Eddy Merckx sur la plus belle avenue du monde. Merckx est le sportif européen le plus fort, la personne qui incarne la perfection. J’ai eu la chance de voir mon début de carrière professionnelle se chevaucher avec sa fin de carrière, durant deux ans et demi. On l’oublie parfois, mais j’ai aussi roulé avec Poulidor, Roger De Vlaeminck... »
Jean-Luc est aussi l’homme des surprises, notamment lorsqu’il engloutit de nombreux kilomètres avec un maillot à pois ! Lui, meilleur grimpeur au Tour ? « Je n’étais pas un piètre grimpeur, mais j’étais plutôt “le fer à repasser”, celui qui gagne sur du plat. J’ai profité de ce maillot distinctif pour sortir de l’ordinaire... jusque dans les Pyrénées. » Une autre époque. « Lorsque j’entamais le Tour de France, j’étais déjà usé. Entre 1975 et 1988, on avait 120 à 140 jours de courses par an. Il y avait énormément de critériums. La valise était toujours ouverte. On était des ouvriers du vélo roulant toutes les semaines, de février à octobre. La seule interruption était le repos forcé pour maladie. Aujourd’hui, les coureurs en ont une septantaine et ils gagnent beaucoup plus – leur salaire ne me dérange pas –, mais c’est beaucoup plus structuré. C’est mieux. J’ai fini ma carrière à 33 ans sain de corps et d’esprit, mais usé mentalement. Avec mes qualités, si cela se déroulait aujourd’hui, je finirais le Tour dans les quinze premiers. » La suite, il la vivra directement en tant que directeur sportif. Un changement radical. « On est très égoïste en tant que coureur : on court en équipe, mais individuellement. Ce n’est pas donné à tout le monde de diriger des hommes ensuite, d’être à l’écoute de ses jeunes qui veulent parfois parler de leurs problèmes en tête-à-tête… » Et de conclure : « très peu de gens peuvent dire qu’ils ont fait de leur hobby un métier, d’autant que j’en ai connu toutes les facettes : supporter, professionnel, manager, consultant et aujourd’hui responsable du centre ».
Son Tour avec les grands du cinéma
En plus de ses huit Tour de France comme cycliste, Vandenbroucke y a aussi participé en tant que consultant pour divers médias. On le sait moins, mais il l’a aussi été pour des réalisateurs de renom. En effet, à l’occasion du centième anniversaire de la Grande Boucle, son directeur l’engage. « Comme je n’étais plus sous contrat avec la Loterie Nationale, Jean-Marie Leblanc m’a proposé de les véhiculer là où ils voulaient aller pour ce long-métrage. J’ai ainsi ouvert les portes à Costa-Gavras qui voulait filmer toutes les mains, avec des gros plans sur les coups de tournevis, sur celles des masseurs... J’ai aussi eu le privilège de véhiculer le cinéaste israélien Amos Gitaï. Il était obnubilé par les hélicoptères. Par contre, durant l’ascension du Mont Ventoux, il a dormi durant tout le trajet en voiture… Sur le Mont Ventoux ! Bien que leur projet n’ait pas abouti, le fait de faciliter la tâche reste une formidable expérience couplée à un sentiment étrange : j’étais dans un milieu autre que le cyclisme tout en étant au sein même du Tour. »
En 1976 et en 1982, notre as du vélo excelle aussi au palmarès... des élections communales de Mouscron. Ses statuts de conseiller communal et de directeur sportif ont permis au coureur de valoriser sa ville. « Je me suis mis sur les listes pour faire plaisir, je n’étais pas homme politique. »
Pas question de raccrocher le vélo
Jean-Luc Vandenbroucke est toujours fusionnel avec le vélo. Au départ de son domicile mouscronnois, il enfourche son deux-roues quotidiennement. Il note d’ailleurs tout scrupuleusement dans un carnet. Ainsi, lors de notre entretien, le jeune sexagénaire vient encore de faire un sacré trajet... à 34 km/h ! « Je suis encore très performant dans l’endurance. J’ai quelques problèmes de tension, donc je suis obligé de faire de l’activité physique. Mais avec ou sans obligation de mon médecin, le sport est de toute façon un besoin. Je fais aussi du vélo elliptique chez moi, des abdominaux et aussi un peu de footing. Je prends une journée sans faire de vélo toutes les deux semaines ! J’incite les gens à faire un peu de sport, on se sent beaucoup mieux dans sa peau et, en ce sens, c’est une bonne idée d’avoir décidé de faire de 2016 “L’Année du Vélo”. »
©Eric Cornu
BIO EXPRESS
Jean-Luc Vandenbroucke est né le 31 mai 1955 à Mouscron où il réside toujours. Ses victoires sont nombreuses en différentes catégories d'âge, permettant à ce jour d'afficher un palmarès enviable. Il a ensuite été directeur sportif chez Lotto avant d'entrer à la RTBF en tant que consultant. Il sera aussi directeur de course au Circuit du Franco-Belge. Il est aujourd'hui le responsable du Centre du cyclisme qui porte son nom aux Lacs de l'Eau d'Heure. VDB est l'oncle de Frank et le papa de Jean-Denis, coureur pro entre 1996 et 2000.