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Les bunkers de la ligne KW n'ont servi qu'un jour

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Hainaut

Par Christian Sonon

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les casemates bétonnées sont venues épauler les forts belges. La région de Wavre, où se terminait la fameuse Ligne KW venant d’Anvers, en conserve encore de solides traces. À ce point solide qu’un dynamitage en règle en viendrait difficilement à bout…

C’est en 1927 que l’état-major belge commence à imaginer un nouveau système de défense du pays. Si l’armée compte encore sur les forts, notamment autour de Liège, elle pense aussi, afin de faire face aux invasions allemandes, à tirer à travers le territoire une série de lignes défensives successivement appelées – au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la frontière allemande – ligne d’alerte, ligne avancée, ligne de protection et ligne de résistance. Cette dernière n’est autre que la fameuse ligne KW (« K » pour Koningshooikt, au sud d’Anvers, et « W » pour Wavre), derrière laquelle les forces alliées devaient se positionner en cas d’invasion. L’idée est de relier la place fortifiée d’Anvers à celle de Namur pour se prolonger par la Meuse vers la France. La ligne KW, qui passe par Lierre et Louvain, avant de suivre les méandres de la Dyle jusque Wavre, d’une part, et de se prolonger vers Perwez et Namur, d’autre part, en sera le maillon principal. À noter qu’à partir de Wavre, une ligne intérieure a été érigée jusque Ninove afin de défendre l’accès à Bruxelles par le sud. On y trouve également des casemates, à Waterloo notamment.

La bataille de la Dyle

La bataille de la Dyle, à Wavre et alentour, ne dura que trois jours, du 14 au 16 mai 1940, mais fut aussi acharnée que celle des Ardennes. Le 14, la vallée est en état de choc lorsque l’infanterie allemande entre en contact avec les défenseurs pendant que des tirs soutenus d’artillerie se déclenchent de part et d’autre. Le 15, les combats sont rudes et les pertes importantes. Entre l’actuel site de Walibi et Ottignies, on tire plus de 15 000 obus dans l’après-midi. Dans Limal, les Français se battent au corps à corps. À Gastuche, plusieurs sections de l’armée britannique sont presque totalement anéanties. Partout où le terrain s’y prête, on assiste à de féroces combats. Entre Grez-Doiceau et Ottignies, 2500 hommes meurent sur moins de dix kilomètres de front.

C’est un véritable enfer, « l’Enfer de la Dyle » tel que décrit par Robert Pied dans son deuxième livre. Aujourd’hui, l’auteur achève un nouvel ouvrage, gigantesque celui-là, sur les combats qui se sont déroulés les 12, 13, 14 et 15 mai dans le centre de la Belgique. La ruée vers la Dyle devrait paraître l’année prochaine.

« La position d’arrêt de la Ligne KW devait présenter plusieurs variantes : casemates bétonnées, inondations, champs de rails, fossés, barrières métalliques antichars, explique l’historien local Robert Pied. Des appels d’offres furent lancés aux entrepreneurs civils fin 1939 et les travaux réalisés début 1940, juste avant l’invasion. De Louvain à Rixensart, quarante-deux casemates furent ainsi construites. Si la plupart étaient conçues pour abriter des mitrailleuses, certaines étaient des abris de connexion téléphonique ou de commandement. Mais elles ne furent jamais connectées au réseau par manque de temps. »

Si la plupart de ces « bunkers » sont toujours bien visibles aujourd’hui, plusieurs ont été rapidement détruits, tandis que d’autres sont inaccessibles ou recouverts de végétation. En outre, certains sont situés dans des propriétés privées. Dans son livre, intitulé Wavre centre antichar, Robert Pied explique les différents rôles que jouèrent ces casemates durant la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, entre Louvain et Wavre, elles étaient situées le long de la Dyle afin d’en empêcher la traversée et étaient défendues par les Anglais. « Ce sont les seuls abris qui ont essuyé le feu ennemi. C’est à Gastuche et à Archennes (aujourd’hui villages de Grez-Doiceau, NDLR) que les combats furent les plus sanglants de toute la région. Le choc entre Britanniques et Allemands eut lieu le 15 mai, le lendemain du bombardement de Wavre. Les Alliés résistèrent toute la journée, mais, vers 22 heures, les bataillons reçurent l’ordre de quitter leur position parce qu’une gigantesque brèche sur le front français s’était créée dans les Ardennes. Pour éviter de se faire encercler par les blindés allemands, ils furent contraints de reculer. Ces bunkers ont donc servi un jour. Une fois sur place, l’envahisseur décida de les murer. »

Des bunkers dans les bois de Bierges

Si elles se sont également murées dans un long silence, les casemates de Wavre n’ont de surcroît jamais entendu parler la poudre. Qu’ils soient plantés à côté du terrain de football du Racing Jet ou au milieu du parcours de golf de la Bawette, ces abris font depuis longtemps partie du paysage et nul ne s’émeut plus de leur présence. « Les huit abris tapis dans le bois de Beaumont, à côté de l’autoroute E411, ainsi que les dix cachés dans le bois de la propriété de Mérode, à Bierges et Rixensart, étaient destinés à accueillir des mitrailleuses belges, explique Robert Pied. Quand les Anglais arrivèrent avec leur modèle, ils ne purent les utiliser et furent contraints de démonter les bancs. Ces bunkers n’ont jamais essuyé le feu ennemi. »

Alors, comment expliquer les brèches dans le béton armé de l’abri BL10 près de Rosières, dont la particularité est de posséder deux bouches de tir parallèles ? « Il est vraisemblable que l’armée belge y ait pratiqué des essais de tir après la guerre, très certainement avant 1950, suggère l’historien qui a reçu le libre accès, pour l’étudier sous tous les angles de tir, à un bunker situé le long de la chaussée de Bruxelles, à Wavre. J’ai eu la chance de pouvoir l’ouvrir, tout était resté en état à l’intérieur. »

LE SAVIEZ-VOUS ?

Le bunker d’Hitler à Brûly-de-Pesche (Couvin)

C’est Brûly-de-Pesche, à Couvin, qui fut choisi par les Allemands pour devenir le grand Quartier Général allemand d’où Hitler dirigera la campagne de France, dès le 6 juin 1940. Et c’est dans l’église du village que fut rédigé l’acte de capitulation de la France. Deux abris antiaériens furent construits par l’organisation Todt (un pour Hitler, l’autre pour le maréchal Goering). Hitler baptisa l’endroit « Wolfsslucht » (le ravin du loup) et y séjourna 22 jours après avoir fait évacuer de force les habitants de tous les villages des environs. Aujourd’hui, le site abrite toujours les vestiges de son passage, dont le fameux bunker dans le parc. Deux pavillons ont été reconstruits semblables à ceux de 1940. L’un témoigne de la présence allemande via des photos d’époque et des fi lms, l’autre commémore la résistance menée par le groupe D du service Hotton.

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