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© Guy Focant

La petite protégée
de Saint -Vincent

  • Patrimoine
  • / Notre histoire
Hainaut  / Soignies

Par Christian Sonon

Dix siècles sans courber l’échine ! La collégiale romane Saint-Vincent est l’attraction principale de Soignies, cité hennuyère réputée pour sa pierre bleue.

En découvrant de loin ses deux tours massives, le visiteur s’étonnera de la taille de la collégiale au regard de la petitesse de la cité hennuyère où la Senne prend sa source. Impression renforcée lorsqu’il commencera à s’emberlificoter dans le réseau en dentelles des ruelles du centre-ville. Est-ce l’imposant édifice qui veille sur ces chaumières aux façades millésimées ou celles-ci qui se sont blotties contre lui pour en faire un rempart de leurs vieilles pierres ?, se demandera-t-il. « C’est l’un et l’autre. L’histoire de notre collégiale est indissociable de celle de notre cité », répondront les Sonégiens, avant de révéler les trois bonnes raisons pour lesquelles ils s’agrippent à leur collégiale : c’est leur église paroissiale, c’est l’espace d’une importante communauté de chanoines qui a régi la ville pendant huit siècles et, surtout, c’est un lieu sacré qui ga rde ja lousement les rel iques de Saint-Vincent.

Saint-Vincent ? Le nom chatouille agréablement nos papilles… « Eh ! Non, ce n’est pas le patron des vignerons, bien connu dans toute la Bourgogne », lance en riant Jacques Deveseleer, le conservateur de la collégiale. « Mais notre Saint-Vincent à nous n’en a pas moins de la bouteille également. De son vrai nom Madelgaire, il a vécu au VII e siècle à l’époque du Roi Dagobert et a épousé une certaine Waudru – qui allait devenir la patronne de Mons – avant de se convertir à la vie religieuse et de fonder un monastère à Soignies. Bien que des fouilles aient révélé une présence humaine dès l’époque gallo-romaine, il est considéré comme le fondateur de notre ville ».

Si le sieur Madelgaire avait certes osé un geste fort en jetant la première pierre de ce qui deviendra vite une petite agglomération, c’est cependant aux chanoines que les Sonégiens doivent leur collégiale. Ayant succédé à la communauté monastique au début du Xe siècle, ce collège de religieux se lança dans l’édification – vraisemblablement sur le site du monastère – d’une église de style roman rhénan fortifié qui s’ouvrit au culte en 1082. Un édifice qui, fait rarissime, allait traverser les siècles, y compris la Révolution française, quasiment sans douleurs, comme en témoignent les charpentes romanes qui couvrent toujours la nef.

« Ce sont son ancienneté et son état de préservation qui ont valu à Saint-Vincent de Soignies d’être placé au rang du Patrimoine exceptionnel de Wallonie », souligne Jacques Deveseleer. Attaché en archéologie et histoire de l’art au Département du Patrimoine de la Région wallonne, le Sonégien est viscéralement lié à la collégiale comme à sa ville natale. Et il est forcément intarissable à son sujet. « Deux éléments attestent de son héritage culturel anglo-normand. Sa construction en trois niveaux, avec la présence de larges tribunes sur les bas-côtés, et l’accent mis à l’Est, avec la tour lanterne construite à la croisée du transept. Des caractéristiques qui inaugurent le courant architectural dit «scaldien» (ndlr : de la région de l’Escaut), lequel trouvera peu après son plein déploiement à la cathédrale de Tournai. »

Pour authentique qu’elle soit, la collégiale de Soignies n’en a pas moins été marquée par les époques. Si le visiteur s’étonnera de découvrir, côté ouest, la tour clocher de style gothique qui est venue englober le porche roman au XIIIe siècle, c’est du choeur, la partie la plus ancienne de la collégiale, que lui viendront ses plus fortes émotions. L’impression de force tranquille qui s’était doucement emparée de lui à la vue des formes simples et massives de la nef romane s’effondrera d’un coup lorsqu’il contournera le jubé. Là, dans cette partie réservée au chapitre de chanoines, faisant face à un ensemble de 64 stalles en chêne, tout n’est qu’éclats et flamboyance. « C’est l’effet de la Contre-Réforme, l’expression lumineuse de la théâtralité du culte », lance l’historien devant le somptueux décor baroque que constitue le monumental maître-autel en bois peint à imitation de marbres, garni de statues en ronde-bosse, de balustrades ajourées et d’un magnifique baldaquin suspendu. Encadré par deux immenses toiles du maître anversois Gérard Seghers, ce véritable « mur de gloire » est entouré de boiseries et de délicates sculptures blanches rehaussées à la feuille d’or. Joyau d’entre les joyaux, la châsse de Saint-Vincent sommeille derrière l’autel, lovée dans une étroite travée réservée au culte des reliques. « Elle attend son rendezvous annuel avec les pèlerins », chuchote Jacques Deveseleer qui, comme d’autres passionnés, a senti son coeur battre plus fort en 1999 quand, dans un noble souci d’ouverture d’esprit, on a soulevé le couvercle de la châsse afin de procéder à une datation au carbone 14 des reliques. « Elles étaient bien du VII e siècle », confirme-t-il. Ouf !

Si la collégiale renferme d’autres oeuvres incontournables, comme cette émouvante « Mise au Tombeau » datant au XVe siècle, l’essentiel du trésor religieux est exposé au musée du Chapitre. En bon conservateur, Jacques Deveseleer s’est en effet battu pour que soit aménagé, dans le bras occidental du cloître et les anciens bâtiments administratifs des chanoines, blotti contre la collégiale donc, un musée rassemblant des oeuvres précieuses du XIe au XVIIIe siècle. Parmi les nombreuses peintures, sculptures et pièces d’orfèvrerie, le visiteur y découvrira l’ancienne salle de réunion du chapitre, munie de lambris sculptés avec ses bancs.

 

Renseignements

Office du Tourisme de la Ville de Soignies
Rue du Lombard 2.
Tél. : +32 (0)67 34 73 76 ou 77
www.soignies.be

 

Le Grand Tour Saint-Vincent a 750 ans

« Il s’agit d’un événement incroyablement rassembleur. Ce jour-là, on sent battre le coeur de la ville… Aucun vrai Sonégien ne voudrait rater cela ! » Et surtout pas Jacques Deveseleer qui trépigne d’impatience à l’approche du prochain lundi de Pentecôte. Ce jour-là, cela fera 750 ans que Nicolas III, évêque de Cambrai, approuvait une résolution des chanoines de Soignies instituant la procession du Grand Tour Saint-Vincent. « Le plus extraordinaire est que cette tradition a perduré ! », s’exclame l’historien, qui prépare pour l’occasion une publication avec la collaboration, entre autres, du photographe Guy Focant. Concrètement, à 6 heures, la chasse de Saint-Vincent est descendue de son socle dans la collégiale, puis portée par huit pèlerins – elle fait 280 kilos ! – le long d’un circuit de 12 kilomètres autour de la ville qui voit ainsi sa protection renouvelée. Le Grand Tour est ensuite suivi, au départ du faubourg d’Enghien, de la procession historique qui remonte, quant à elle, à 1920. Plus de 500 figurants costumés, dont une centaine de cavaliers, interprètent alors des épisodes de la vie du saint. « C’est une grande fête, assure Jacques Deveseleer. Si vous n’avez rien de particulier à faire le 28 mai, venez donc faire un tour à Soignies ! »

« Simpélourd », de la parade des cocus à la bière

La gastronomie d’une région s’est toujours acoquinée à son histoire. Ainsi, si le fromage de Soignies a été baptisé « pavé », la bière Simpélourd, qui entre dans la préparation de certaines spécialités, comme le lapin à la simpélourd, doit son nom à un savetier sonégien qui a vécu au XVIIIe siècle et dont les malheurs conjugaux lui ont valu un ticket d’entrée dans le folklore local. « Soignies est la seule ville au monde où l’on fête les cocus », prétend ainsi l’échevin Jean-Michel Maes, en faisant allusion à la fête qui a eu lieu à la mi-octobre. Une kermesse qui voit défiler fanfares, majorettes et groupes folkloriques, tandis qu’un habitant prend les traits et les habits – c’est un honneur ! – du savetier, dont ses concitoyens disaient qu’il était « simple et lourd ».

 

À voir aussi à Soignies

• Le circuit des façades millésimées
• Le parc Paternoster
• L’ancienne pharmacie Bourdeaux (1900)
• Les carrières Gauthier-Wincqz (visite sur demande)
• Le château de Louvignies (XIXe)…

 

La pierre bleue voit l’avenir en rose

S’il est indiscutable que la collégiale est la curiosité de Soignies la plus visitée, surtout depuis sa récente restauration tant extérieure qu’intérieure, il est une seconde pépite qui fait la fierté des Sonégiens : la pierre bleue, aussi appelée « petit granit ». Exploitée également, mais dans une moindre mesure, dans le Condroz et l’Ardenne centrale, cette roche remarquable qui s’est formée en mer il y a environ 320 millions d’années s’est taillée une place enviable en Europe grâce à sa dureté, sa résistance au gel, à l’écrasement et aux agents chimiques. En Belgique, elle a été utilisée pour d’innombrables bâtiments publics et privés, ponts, digues, écluses et aménagements urbains parmi lesquels les arcades du Cinquantenaire à Bruxelles, l’Aula Magna à Louvain-la-Neuve et la nouvelle gare des Guillemins à Liège. À Soignies, on n’y échappe pas. Dans le centre-ville, la place Verte a été repeinte en bleu, de même que la place Van Zeeland (le premier ministre est né à Soignies en 1893) où l’espace culturel Victor Jara, inauguré en 2009, se profile comme un énorme caillou qui dépasse du sol. Recouvert d’une croûte de pierre bleue, évidemment.

« C’est incontestablement la richesse industrielle de notre ville », explique l’échevin du Tourisme Jean-Michel Maes, par ailleurs également président de l’Office de Tourisme de Soignies et directeur de la Fédération du Tourisme de la Province du Hainaut. « Son exploitation a véritablement été lancée au début du XVIII e siècle et on espère qu’elle se poursuivra jusqu’à la fin du XXI e. Deux sociétés poursuivent en effet son exploitation : les Carrières du Hainaut, le long de la ligne Tubize- Jurbise, et Les carrières de la pierre bleue belge, qui viennent d’ouvrir un troisième site à cheval sur Soignies, Ecaussines et Braine-le-Comte. »

Pour ceux que ce pan de l’histoire sonégienne intéresse, le Centre de documentation de la pierre bleue accueille les visiteurs au sein du Centre d’art de Soignies. Les plus nostalgiques opteront également pour la visite du Vieux Cimetière et de son parc où près de 150 monuments funéraires du XIVe au XIXe siècles sont répertoriés. Une magnifique et ultime carte de visite pour les nombreuses familles de tailleurs de pierre qui y sont enterrées !

Mais l’exploitation artistique de la pierre bleue à Soignies ne s’arrête pas là. Elle a continué à trotter dans l’esprit de ses habitants, artisans et décideurs politiques. Et, de ricochets en ricochets, elle a fini par se fendre et accoucher d’une idée originale. « La pierre bleue s’éclate », tel est en effet le nom de cet événement que la Ville, l’Office du Tourisme et le Centre culturel organisent désormais depuis 2006 sous forme de biennale. « Ce symposium international de sculpture monumentale est né de l’idée de mettre en valeur la spécificité de notre ville », explique Jean-Michel Maes. « De la mi-août au début septembre, soit jusqu’aux Journées du Patrimoine, nous accueillons et offrons le logement à des sculpteurs venus de différents horizons qui ont comme tâche de créer une oeuvre à partir d’un bloc de pierre brute d’un mètre cube offert par les Carriers ». Afin de susciter un engouement et des rencontres avec le public, ces sculpteurs travaillent au vu de tous, sur le parking jouxtant la salle Jara. Particularité : à la fin du symposium, les pierres sculptées restent exposées à Soignies pendant un an. Même si, entretemps, elles ont trouvé un acquéreur… « Après cette période, ces oeuvres doivent être retirées aux frais des sculpteurs ou des nouveaux propriétaires. Mais compte tenu de leur poids, certains préfèrent en faire cadeau à la Ville qui en achète d’office une à chaque édition. Notre collection, dont une partie est exposée dans le parc qui fait face à la gare, s’agrandit ainsi d’année en année », note avec satisfaction l’échevin.

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