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Le bois n’est pas qu’une affaire de panneaux et de poutres, il a également sa place dans l’intimité des chaumières en tant que mobilier. Il a bien sûr sa place à l’intérieur des chaumières. Olivier Deruyterre fait partie de ces artisans créateurs qui excellent à tirer le meilleur - et parfois le plus surprenant - de cette matière. Il sera présent au salon, au « Square des designers ».

 

© Denis Vasilov

Savez-vous que si vous pouvez opter pour du bois provenant d’une forêt bien gérée ou d’un circuit court, il est également possible d’aménager votre espace de manière éco-responsable en utilisant des matériaux originaux et innovants issus de la revalorisation ? Olivier Deruyterre a créé sa propre gamme de mobilier en bois à partir d’objets encombrants récoltés – entre 15 et 20 tonnes par jour ! – à travers toute la Province par la Ressourcerie Namuroise, entreprise à finalité sociale qui favorise l’insertion professionnelle. Au salon, il exposera des tables, des chaises et des objets de décoration qui ont ainsi entamé une seconde vie grâce à sa créativité. C’est beau, stylé, contemporain. On a envie de toucher, de s’appuyer, de s’asseoir et, pourtant, avant d’être passés dans son atelier, ces objets n’étaient que vieilles planches, débris de châssis, morceaux de tables ou de portes dont plus personne ne voulait !

« L’idée de me lancer dans la remanufacture m’est venue en accolant les chutes de bois issues de la transformation de ma maison », explique le designer, qui a lui même entamé une seconde vie puisqu’avant de glisser vers le social il baignait dans le commercial. « Le bois est une matière qui m’a semblé facile à appréhender, d’autant que le lamellé-collé permet d’intégrer n’importe quel morceau dans un ensemble. Le BEP, le bureau économique de la Province, m’a aidé à développer mon projet. J’ai ainsi pu ouvrir un atelier de 400m2 que j’ai équipé des machines et outils nécessaires : raboteuses, panneauteuses, presses, calibreuses, fraiseuse à commande numérique… Aujourd’hui, cinq menuisiers y travaillent, tandis que je réalise le design, seul ou accompagné de quelques externes. Nous n’avons quasi rien en stock, nous travaillons sur commande, à la demande des particuliers qui cherchent à se meubler avec du mobilier durable, mais également des entreprises et des restaurants pour lesquels nous fabriquons des halls d’accueil, des comptoirs et du mobilier. La ferme du Biéreau, à Louvain-la-Neuve, et l’Ecomusée du Bois-du-Luc, à La Louvière, font ainsi partie de nos clients. »

Il arrive parfois qu’Olivier cherche à se faire plaisir et laisse filer son imagination. C’est ainsi qu’il s’est récemment lancé dans la fabrication de guitares électriques. « Nous construisons le corps de la guitare pour le luthier qui va ensuite y monter les différents éléments. C’est très ludique, mais en même temps cela élève l’image de la Ressourcerie. »

Dans le contexte d’une économie globalisée, la filière bois wallonne a compris qu’elle ne pourra tirer son épingle du jeu qu’en misant sur la Recherche & Développement et en s’attaquant à des marchés de niche à haute valeur ajoutée. En première ligne, la valorisation de nos feuillus qui pourraient se trouver une place dans les constructions extérieures.

 

© Scidus

Parmi les études techniques et économiques menées ou coordonnées par l’Office économique wallon du bois afin de dénicher des procédés innovants, celles qui portent sur le traitement du bois à haute température focalisent les intérêts. En modifiant la structure chimique des constituants, le chauffage améliore considérablement la stabilité dimensionnelle et la durabilité des matériaux. Des qualités intéressantes pour l’utilisation en revêtements (parquets, terrasses et bardages) et en ameublement. De quoi surtout permettre la revalorisation des bois feuillus de nos forêts et plus particulièrement le hêtre qui possède d’excellentes qualités mécaniques. D’autant que, si ce bois est l’essence feuillue la plus récoltée en Wallonie (46%, contre 28% pour le chêne), il est encore trop souvent destiné à l’importation. Son utilisation en extérieur permettrait de favoriser les circuits courts, mais aussi de réduire la dépendance vis-à-vis des bois tropicaux et, partant, d’alléger la pression qui pèse sur les forêts de la ceinture subtropicale.

Scidus innove à Etalle

C’est ainsi que l’OEWB a observé d’un très bon œil la mutation récente de la scierie Scidus à Etalle, dans le sud de la Province de Luxembourg. Sous ce nom se cache une très ancienne entreprise de la région, la scierie familiale Dusausoit, qui a été rachetée en 2015 par Mobic, un groupe dont le siège est située à Harzé (Aywaille) et dont la spécialité est la conception et la fabrication d’éléments préfabriqués en ossature bois. Afin d’assurer l’avenir de la scierie, l’entreprise liégeoise a décidé de développer en parallèle un gros programme R&D avec l’objectif de développer une vingtaine de produits finis ou semi-finis et de s’approprier ainsi une partie des étapes de la seconde transformation exercées jusque là par ses clients. C’est ainsi qu’elle a acquis un four de thermo-traitement afin de traiter les essences feuillues contre les champignons et les insectes.

© Scidus

« Nous utilisons principalement le hêtre blanc car c’est un bois fort, à très forte densité, donc résistant », explique Marc Wilmet, le directeur de la scierie. « Il faut cependant savoir le travailler, depuis la découpe et le séchage jusqu’à la finition et sa mise en place finale par clouage ou collage. Le processus est plus compliqué à maîtriser avec le hêtre qu’avec des essences plus tendres. Ce bois a été sous-exploité mais nous sommes convaincus qu’il a énormément de débouchés. Une fois traité thermiquement, il se resserre, de sorte qu’il ne prend quasiment plus d’humidité et ne donne plus de nourriture aux insectes. Ce bois que nous avons appelé « torréfié », devient alors idéal pour la construction de terrasses et un fameux concurrent pour le bois exotique. Mais il peut également être utilisé dans des structures CLT sous forme de panneaux massifs très faciles à monter pour faire des cloisons. Parallèlement à cela, nous faisons des recherches afin d’obtenir l’agrément technique européen qui permettrait d’utiliser des panneaux en hêtre dans la construction de bâtiments multi-étages. »

La carte du chêne wallon

Preuve que les essences feuillues indigènes sont en train de se tailler petit à petit une place sur le marché des terrasses et de renvoyer le bois exotique à ses lointaines forêts, c’est le chêne belge, issu de forêts gérées durablement et certifié PEFC, qui a été choisi, en 2014, pour remplacer l’azobé sur les 600m2 de la place des Sciences à Louvain-la-Neuve. Construite quarante ans plus tôt, au cœur de la nouvelle implantation de l’Université catholique de Louvain, cette place commençait à sentir douloureusement le poids des ans et des étudiants.

Si le chêne n’est pas une essence à laquelle on pense habituellement pour une terrasse, celle-ci est néanmoins parfaitement adaptée à ce type d’utilisation. Mais il a fallu prendre certaines précautions lors de la mise en œuvre. C’est ainsi que les experts mandatés par l’UCL ont eu l’ingénieuse idée d’utiliser un caillebotis métallique comme structure portante du plancher. Un procédé qui permet une parfaite ventilation sous le platelage et évite au bois d’être en contact avec le sol et l’eau stagnante.

Entièrement reconstruite par l’entreprise namuroise De Graeve, qui a remporté le projet d’aménagement du site du Grognon, cette place fait à nouveau belle figure, tout en conservant son caractère visuel unique au pied de l’ancienne Bibliothèque des sciences appliquées, bâtiment emblématique dessiné par l’architecte André Jacqmain et aujourd’hui transformé en musée (1).

©Hout Info Bois
Entièrement reconstruite par l’entreprise namuroise De Graeve, la place des Sciences, à Louvain-la-Neuve, fait à nouveau belle figure, tout en conservant son caractère visuel unique au pied de l’ancienne Bibliothèque des sciences appliquées, bâtiment emblématique dessiné par l’architecte André Jacqmain et aujourd’hui transformé en musée (1).
(1) Voir WAW n°38 (Automne 2017)

 

Accoya® aux Pays-Bas et Kebony® en Norvège

Afin d’ouvrir des débouchés en extérieur, certaines sociétés ont mis au point des technologies innovantes permettant d’augmenter la durabilité du bois. Ainsi, Accoya®, aux Pays-Bas, a breveté un traitement du bois par acétylation avec du vinaigre, tandis que Kebony®, en Norvège, a donné son nom à un bois traité par furfurylation, résultat d’une greffe cellulaire à base d’alcool issu de déchets végétaux. « Ces procédés, traités par de la chimie propre, sont respectueux de l’environnement et associés à des garanties allant jusque 50 ans », explique Dominique Wibrin qui a signé un contrat de franchise avec Grad, le spécialiste alsacien de la terrasse en bois, afin de pouvoir vendre son savoir-faire et ses produits à Mont-Saint-Guibert, en Brabant wallon, où il a créé la société DomiWood en 2010.

Si ces bois se positionnent en sérieux concurrents des essences exotiques, comme l’ipé d’Amazonie, pas question de label « bois local », cependant, pour ces produits. L’essence utilisée dans ces deux techniques et le pin radiata provenant d’exploitations contrôlées en Nouvelle-Zélande. « Nos feuillus sont trop durs pour être pénétrés par acétylation ou furfurylation », souligne le spécialiste, qui a observé que ses clients fuyaient de plus en plus les entretiens réguliers. « Les gens recherchent la qualité, même si elle a un coût. »

Lancée par la filière bois wallonne en 2015, dans un contexte où les consommateurs étaient de plus en plus sensibles aux notions de circuits courts et d’écologie, la marque « Bois local » est une initiative qui vise à mettre en lumière les ressources de notre région et le savoir-faire de ses entreprises, qu’elles fabriquent des produits simples (sciages, panneaux, bardages, planchers, piquets, bûches, pellets, etc.) ou composés (mobilier, châssis, portes, éléments de construction, caisses et emballages, etc.). Le label garantit ainsi que ces produits ont été réalisés par des entreprises dont le siège d’exploitation se trouve sur le territoire wallon avec du bois provenant de forêts situées à proximité de leur lieu de transformation.

En plus de mettre en avant le savoir-faire de ces entreprises et leur importance pour l’économie régionale au travers de la richesse et des emplois qu’elles génèrent, la marque s’inscrit pleinement dans la logique des circuits courts qui impliquent non seulement une diminution des distances de transport, mais également la transparence des échanges dans une chaîne commerciale courte rapprochant producteurs et consommateurs.

Un soutien aux essences feuillues

« Cette initiative a été développée afin de soutenir principalement les essences feuillues », explique Emmanuel Defays, le directeur de l’Office économique wallon du bois (OEWB). « En effet, alors qu’une grande partie des résineux provenant des forêts du sud du pays est transformée sur le sol wallon, c’est le cas d’un quart seulement du volume de bois sciable provenant de nos feuillus. La marque est ainsi une forme de réponse au phénomène croissant d’exportation d’une matière première dont on perd toute la valeur ajoutée et un encouragement à l’utilisation des essences locales, comme le chêne, dans des applications habituellement considérées comme l’apanage de leurs concurrentes exotiques. »

En apposant leur signature sur le contrat de licence, les adhérents s’engagent à se conformer au cahier des charges et à se soumettre à des contrôles. Ils peuvent alors afficher la marque « Bois local » sur leurs produits, emballages et supports publicitaires, ce qui leur permettra d’être identifiés aisément par le consommateur. Un peu plus de deux ans après le lancement de cette initiative, on dénombre quelque vingt-cinq entreprises labélisées actives dans la filière de la construction, dont la moitié sont des scieries.

L’Office économique wallon du bois
Opérationnel depuis le 1er janvier 2012, l’Office économique wallon du bois a été constitué avec pour mission essentielle de créer les conditions propices au développement économique et à la création d’emplois dans la filière bois en Wallonie. Il est notamment chargé d’élaborer une stratégie de développement de la valorisation et de l’usage du bois, dans une optique de maximisation de la valeur ajoutée générée par les entreprises wallonnes.

Acheter du bois, oui, mais pas les yeux fermés. Dans un contexte de développement durable, les consommateurs souhaitent pouvoir faire un choix responsable et donc être informés. Le label international PEFC certifie que le bois provient d’une forêt gérée durablement.


Née dans les régions tropicales, la certification PEFC (Programme for the Endorsement of Forest Certification) garantit la qualité de la gestion forestière dans le monde. C’est un système sûr et transparent permettant de suivre le flux de bois depuis la forêt jusqu’au consommateur. Ces certificats sont distribués à deux niveaux : aux propriétaires forestiers (certificat de gestion forestière) et aux entreprises qui transforment le bois (certificat de chaîne de contrôle).

Les propriétaires forestiers qui souhaitent obtenir un certificat PEFC s’engagent à gérer leur forêt conformément à des règles strictes reprises dans une charte quinquennale. Quelques exemples d’obligation : diversifier la forêt par un mélange d’essences, d’âges et de structures ; ne pas utiliser d’engrais chimiques ; conserver, voire restaurer, les zones d’intérêt biologique particulier (lisières forestières, clairières, mares, étangs…) ; autoriser, dans le respect des écosystèmes forestiers et sous conditions, l’accès aux chemins privés dans le cadre d’activités récréatives de loisirs, culturelles ou éducatives… Des contrôles sont régulièrement effectués par des organismes de certification indépendants. Des résultats de ceux-ci, il apparaît clairement qu’en Wallonie, où 50% des forêts appartiennent au domaine public et 50% au privé, il y a une véritable volonté de gestion durable des forêts, surtout de la part du Département Nature et Forêts (DNF) qui gère les forêts publiques. La toute grande majorité de celles-ci, ainsi que 11% des forêts privées, sont en effet certifiés PEFC. En Flandre et à Bruxelles, régions qui ont opté pour le label FSC (Forest Stewardship Council), seulement 15% des forêts sont certifiées.

Un atout commercial

Les entreprises qui transforment le bois (exploitants forestiers, scieries, fabricants de meubles, négociants en bois, importateurs, fabricants de papier, imprimeurs, etc.) et qui désirent obtenir un certificat, recevront également la visite d’un auditeur indépendant. Celui-ci vérifiera que le bois acheté est lui-même certifié PEFC, avant de contrôler le suivi des procédures administratives, notamment le suivi des flux bois/papier. Si les entreprises satisfont à ce contrôle annuel, leur bois ou papier pourra être commercialisé sous le label PEFC. De sorte que si tous les maillons de la chaîne sont certifiés, le consommateur final aura la garantie que le produit provient de forêts gérées durablement. En Belgique, 376 entreprises actives dans le secteur du bois étaient détentrices de ce label en 2017. Un atout commercial non négligeable !

« Nous apprécions beaucoup le bois, mais nous ne cherchons pas à l’intégrer à tout prix dans nos projets. Nous le prônons uniquement s’il apporte une plus-value ». André Lecomte est l’un des trois fondateurs de hélium3, bureau liégeois d’ingénieurs-architectes et architectes qui ont uni leurs compétences, voici près de dix ans, afin de concevoir des bâtiments « positifs », tant pour l’environnement que pour l’humain. L’agence s’est spécialisée dans les ensembles de logements, les résidences pour personnes âgées, les bâtiments professionnels et les bâtiments publics. Point commun à tous ses projets : les critères de développement durable y occupent une place de choix. Le bois fait donc partie des plans d’hélium3 depuis ses débuts.

« Nous choisissons le type de matériau en fonction des desideratas de nos clients, bien sûr, mais également en fonction des expertises des ingénieurs en matière de contraintes comme la stabilité, l’acoustique, la résistance au feu… Si le béton ou la maçonnerie se prête mieux à un projet, nous allons opter pour ce matériau. Mais s’il existe des raisons de préférer le bois, nous n’hésiterons pas. » Et l’ingénieur de prendre l’exemple de l’extension d’une crèche à Momalle (Remicourt) qui a valu à hélium3 de faire partie des candidats sélectionnés pour le concours d’architecture lancé par les organisateurs du Salon Bois & Habitat. « Cette crèche devait impérativement rester en activité pendant les travaux. Nous avons donc choisi l’ossature bois car cette technique permet de réduire tant la durée du chantier que les nuisances comme le bruit, la saleté et l’humidité. »

Le bois intégré à d’autres matériaux

« Dans la plupart de nos projets en bois, nous intégrons d’autres matériaux », souligne André Lecomte. « L’ossature bois et, dans une moindre mesure, la technique CLT posent en effet le problème de la surchauffe. Pour gérer celle-ci, il faut amener de la masse dans la construction avec des éléments lourds comme la maçonnerie ou le béton, de façon à avoir la juste inertie. »

Et demain ? Aux yeux de l’ingénieur, le bois ouvre de nouvelles perspectives car il est un bon catalyseur pour y adjoindre des matériaux biosourcés. « Si le béton chaux-chanvre permet de bien réguler l’humidité, des isolants comme la cellulose insufflée ou la paille complètent efficacement le système d’ossature bois. Ces procédés peuvent avoir un coût, mais ils permettent aux candidats bâtisseurs d’avoir une philosophie cohérente en matière d’écologie. »

Les spécificités du bois demandent des compétences pointues.  A Namur, le Bureau d’Etudes Bois Ney and Partners WOW se propose d’aider les architectes, entreprises, promoteurs et maîtres d’ouvrage  à mener à bien leurs projets de construction en bois.

 

© Ney & Partners – Specimen Architects

Si le bureau namurois, filiale du bureau d’études de stabilité bruxellois Ney & Partners, a choisi de se spécialiser dans le bois en 2013, c’est lié à la prise de conscience de l’importance de la compétence de l’ingénieur en stabilité dans le processus de conception des ouvrages en bois. Ce matériau offre des solutions structurelles et architecturales incomparables, mais il requiert une formation spécifique qui fait encore trop peu partie du parcours général de la formation d’ingénieur, à la différence des autres matériaux traditionnels tels que l’acier et le béton. Pour les responsables du bureau, cette lacune a des conséquences importantes sur l’utilisation et l’image du matériau : soit l’ingénieur ou l’architecte, par manque de connaissance, préférera proposer à son client une variante en acier ou béton, soit il risquera de faire des erreurs de conception au détriment de la sécurité, la qualité et la durabilité du projet. 

Les ingénieurs du Bureau d’Etudes Bois veulent donc palier ce besoin et apporter leurs connaissances afin de répondre au mieux aux ambitions architecturales et aux exigences actuelles des auteurs de projet. Ce faisant, ils ambitionnent de donner au bois sa place dans les constructions contemporaines.

© Ney & Partners – Specimen Architects
Les ingénieurs du Bureau d’Etudes Bois veulent apporter leurs connaissances afin de répondre au mieux aux ambitions architecturales et aux exigences actuelles des auteurs de projet. Ce faisant, ils ambitionnent de donner au bois sa place dans les constructions contemporaines. Ici, le bâtiment « Ki-Etudes », à Namur.

« Nous avons voulu être un acteur de ce développement car, en Belgique, le marché est à la traîne », explique Alexandre Rossignon, cogérant du bureau namurois. « Pas celui relatif aux maisons unifamiliales qui est aujourd’hui bien installé, mais celui, émergeant, du multi-résidentiel, des immeubles de bureau, des bâtiments publics tels qu’écoles, crèches, etc. Sur ces bâtiments de plus grande ampleur et présentant plus de complexité, un bureau stabilité spécialisé en bois est primordial pour l’étude complète et détaillée de la structure, des éléments constitutifs et des assemblages. C’est ainsi que nous offrons notamment nos services aux architectes que nous accompagnons durant toute l’étude du projet, depuis l’esquisse jusqu’au suivi de l’exécution en passant par le dossier d’adjudication ».

Des prouesses techniques dans le centre de Namur

Un exemple où le promoteur a pris le pari du bois dans une construction difficile ? Alexandre Rossignon aime citer le bâtiment « Ki-Etudes », dans la rue de l’Inquiétude, en plein centre de Namur, pour lequel son bureau a réalisé l’étude complète. « Nous avons travaillé en collaboration avec le bureau d’architecture Specimen, situé à Namur également, qui avait conçu une façade plissée avec des porte-à-faux à chaque niveau. L’étude de stabilité était donc complexe. L’autre difficulté était que cet immeuble à appartements de cinq étages devait être construit dans le tournant d’une impasse. Avec nos partenaires, nous avons opté pour la technique du CLT, qui permet un montage rapide. »

 

© Stabilame

Environ 40% en panneaux massifs, entre 30 et 35% en poteaux-poutres, le reste en ossature bois ou en madriers : voilà les parts respectives des différents systèmes constructifs utilisés par Stabilame, une autre entreprise familiale installée à Mariembourg (Couvin), qui a donc choisi… de ne pas choisir, mais de maîtriser toutes les techniques afin de pouvoir répondre aux demandes les plus diverses. Pour ce faire, l’entreprise de construction a un atout. Elle est née, début des années septante, d’une menuiserie industrielle, la menuiserie Riche, et possède donc ses propres ateliers de production qui n’ont pas cessé d’évoluer en fonction des progrès technologiques, depuis le pilotage des machines à commandes numériques à partir de dessins 3D à l’utilisation de drones permettant de faire des relevés de cotes entre deux bâtiments.

« Alors que d’autres se font fournir leurs matériaux et se contentent de les assembler, nous les fabriquons nous-mêmes au fur et à mesure de la demande de nos clients. Cela nous donne une plus grande flexibilité et nous permet de faire des économies de bois », explique Bruno Riche, dont l’entreprise a poussé jusqu’à l’extrême le souci d’éviter les pertes en s’équipant de matériel permettant de reconvertir les sciures et autres chutes en briquettes de chauffage.

Après avoir mis à profit ses connaissances en menuiserie pendant vingt ans en construisant des maisons en ossature bois, puis en utilisant le système des madriers et enfin celui des poteaux poutres, l’entreprise a pris un tournant en 2007 quand un vent nouveau venu d’Allemagne a mis en évidence les avantages des murs massifs, lesquels permettent notamment de meilleures performances acoustiques et thermiques.

© Stabilame

Premier fabricant de panneaux massifs collés dans le Benelux

« Toujours soucieux de fabriquer nos matériaux nous-mêmes à partir du bois brut local et à l’aide d’une main-d’œuvre régionale, nous avons investi 5 millions € en 2017 afin d’acquérir de nouvelles machines pour la technique du CLT. C’est ainsi que l’été dernier, nous sommes devenus la première entreprise du Benelux à fabriquer des panneaux massifs à partir de planches assemblées par collage. Nous en produisons 10 000m3 par an, pour nos propres constructions mais également pour les vendre à des professionnels. Ces panneaux sont très utilisés pour les grandes constructions, bien sûr, mais également pour la rénovation et, notamment, la rehausse des bâtiments. C’est ainsi que nous avons récemment construit des bureaux sous toiture, au-dessus du cinéma Caméo, à Namur. »

Afin de pouvoir répondre aux différents défis techniques et opter pour la meilleure solution en fonction des budgets, Stabilame s’est doté de son propre bureau d’études composé de deux ingénieurs et de dix techniciens. « Nous pouvons ainsi offrir un accompagnement technique aux architectes indépendants qui viennent avec leurs projets, car les formations aux spécificités du bois ne sont pas légion », souligne Bruno Riche.


© Stabilame

A Achêne (Ciney), l’entreprise de construction Chimsco a également choisi de se concentrer sur les maisons à ossature bois, en plus de la fabrication de charpentes industrielles, de carports et d’abris de jardin. Chaque année, depuis sa création en 2009, son département « Maisons Bois Meunier » construit en moyenne une quinzaine de maisons unifamiliales et réalise près de trente extensions en ossature bois. « Nous avons fait le choix de nous concentrer sur ce type de construction parce qu’il représente une grosse part de marché », explique Xavier Michaux, le directeur du Groupe Chimsco. « Et nous nous sommes spécialisés dans les maisons à très basse énergie puisque cette préoccupation est aujourd’hui au centre de plus de 90% des demandes. Nous avons d’ailleurs construit, en 2008, à Attert, la première maison certifiée passive en Wallonie ».

L’entreprise, cependant, développe un autre type de produit qui a la cote lui aussi puisqu’il concerne une maison sur quatre. Il s’agit de l’auto-construction ou construction assistée. « Cette façon de procéder est fort demandée parce qu’elle répond au désir des gens de réaliser des économies, mais aussi à leur volonté de s’investir dans la construction de leur maison. Le client a le choix entre le kit classique accompagné des plans détaillés et d’une assistance technique qui va le suivre tout au long de la construction, et le kit prémonté qui lui permettra d’assembler les parois de l’ossature avec l’aide d’un de nos charpentiers expérimentés ». Il va de soi que ces procédés s’adressent à des bricoleurs. Mains gauches s’abstenir !

L’ossature bois, le système poteaux-poutres, le système de panneaux en bois massifs (CLT) et la construction en madriers (1). De ces quatre systèmes constructifs, le premier est de loin le plus répandu puisqu’il concerne 80% des constructions dans ce matériau. Mais le CLT est privilégié dans les bâtiments de grande taille.

 

© Maisons Paquet

Ses possibilités de préfabrication, ses facilités de transport et de manipulation, ainsi que son potentiel d’isolation ont fait de l’ossature bois la technique idéale pour la construction de maisons individuelles, d’autant que sa structure souple et modulable lui permet d’évoluer facilement en fonction des besoins des familles. Les grands fabricants de maisons « clé sur porte », comme Jumatt, Maisons Paquet ou TomWood, la filiale bois de Thomas & Piron, ont ainsi tous opté pour cette technique.

« L’ossature en bois a beaucoup évolué positivement au point de devenir un must », nous explique-t-on du côté de Maisons Paquet (Nalinnes), une entreprise familiale qui sait de quoi il retourne puisqu’elle a commencé à construire des chalets en bois de seconde résidence dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. « Aujourd’hui, le candidat bâtisseur recherche la qualité énergétique, l’écologie et le confort. Mais la rapidité d’exécution d’une maison en ossatures bois séduit beaucoup également. La règle est qu’un candidat bâtisseur entre dans sa maison 110 jours après la réalisation des fondations. Notre technique de fabrication maximisant la construction en ateliers, nous sommes en mesure d’ériger la structure de l’habitation en un jour, celle-ci étant à l’abri des intempéries dès la fin de l’après-midi. »

Et si le « clé sur porte » a la cote, c’est aussi évidemment parce que ce service répond à la volonté générale, à l’heure où les vies familiale et professionnelle ne sont pas toujours aisées à gérer, de ne pas se mettre à dos des soucis supplémentaires. Et si les candidats sont amenés à choisir la maison de leurs rêves dans un catalogue plus ou moins consistant, les entreprises laissent toujours une porte ouverte afin de permettre à ceux-ci de personnaliser leur habitation. Autre élément assurant, les prix sont plus transparents, généralement sans surprise. « Comme les autorités essaient de faciliter l’accès à la propriété et favorisent la construction d’habitats groupés, la tendance des prix est plutôt à la baisse. Cependant, l’addition de règles urbanistiques, énergétiques et écologiques agissent dans l’autre sens. C’est pourquoi, nous nous devons d’anticiper en réduisant le coût énergétique de nos maisons. »

www.houtinfobois.be

© Maisons Paquet

Pour le confort intérieur
Après 40 ans d’expérience, Thomas & Piron a fini, lui aussi, par craquer pour le bois. Fin 2011, l’entreprise de Paliseul a ainsi lancé sur le marché une technique de construction à ossature bois baptisée TomWood. Basée à Gembloux, cette filiale propose aujourd’hui une douzaine de maisons « clé-sur-porte » dont le prix de vente moyen tourne autour des 250 000 € (tous frais compris). « Le marché wallon est relativement stable, mais nous croyons à une augmentation des parts de marché pour les projets sur des terrains appartenant aux clients, et plus précisément pour des projets affichant un certain caractère, une architecture plus audacieuse, un look plus épuré », avance le directeur Fernando de Sousa. « Si la tendance penche plutôt vers des architectures modernes, par exemple à toits plats ou avec des porte-à-faux, on nous demande assez souvent une petite touche de bois à l’extérieur. En général, nous proposons alors le cèdre pré-grisé. Mais c’est avant tout pour le confort intérieur que les gens optent pour des maisons à ossature bois. »

Pour la vingtième fois déjà, le Salon Bois & Habitat aura pris place, ce printemps, dans les halls de Namur Expo. Le thème de cette année, « Le bois dans la construction, hier, aujourd’hui et demain », montre que ce matériau est désormais durablement ancré dans nos habitudes.


En 1999, Etienne Bertrand, un entrepreneur passionné d’architecture, persuadé que le bois pourrait améliorer la qualité de l’habitat, annonce, devant un parterre de professionnels médusés, qu’il va organiser un salon afin de rendre à ce matériau la place que nos lointains ancêtres lui avaient consacrée. Beaucoup crient « Au fou ! ». Quand vous êtes nés avec une brique dans le ventre et qu’on vous présente chaque jour d’alléchantes combinaisons de béton, d’acier et de verre en guise de menu, quels arguments pourraient vous convaincre de garder un peu d’appétit pour le bois ? Mais l’homme n’est pas fou. Il est audacieux et possède un sens affiné de la communication. Il multiplie les conférences pour attirer l’attention du grand public et quand s’ouvrent les portes du premier Salon Bois & Habitat, à Namur, pas moins de 5 000 visiteurs se ruent à l’assaut de la soixantaine d’exposants débordés. S’ils avaient bien senti qu’il valait mieux faire partie de l’événement plutôt que de ne pas en être, ces « éclaireurs » n’y croyaient pas vraiment. En réalité, les visiteurs n’y croyaient pas davantage. Beaucoup n’étaient pas venus avec leur portefeuille ouvert mais avec un sac rempli de préjugés : une maison en bois c’est un truc du Moyen-Age, c’est juste bon pour les chalets et cabanes de jardin, ça crame pour un oui ou pour un non et, en plus, ça détruit nos belles forêts ! Bref, beaucoup s’étaient déplacés par simple curiosité, persuadés que le premier loup qui soufflerait sur ce tas de bois ferait s’envoler le salon et qu’on en rirait longtemps au coin du feu, dans des bâtisses solidement bétonnées.

Entre 15 000 et 20 000 visiteurs

Vingt ans plus tard, plus personne ne rit. Ce n’est pas le salon qui s’est envolé mais le nombre de visiteurs, celui-ci ayant triplé voire même quadruplé lors de certaines éditions. Le succès aidant, le salon s’est progressivement étendu à l’aménagement intérieur et au mobilier. Et comme ses 10 000 m2 ne pouvaient accepter plus de 180 exposants, il a donné naissance en 2007 à un petit frère, « Energie & Habitat », qui est organisé en octobre sur le même site.

Les efforts répétés des organisateurs, les informations distillées sans relâche par les professionnels du secteur, les évolutions technologiques apparues au sein de celui-ci et – l’argument massue sans doute – la crise énergétique, tout cela a eu raison de l’ostracisme dont le bois avait été la grande victime. Après avoir végété durant trois siècles à l’ombre du béton et de l’acier, ce matériau avait resurgi au grand jour où ses nombreuses qualités étaient soudain apparues évidentes. C’est non seulement un matériau vivant, sain, chaleureux, qui contribue au confort de vie, mais ses exceptionnelles qualités mécaniques rendent les constructions très résistantes et durables tout en permettant une grande souplesse architecturale. Surtout, le bois est écologique, renouvelable et recyclable. C’est un isolant naturel d’une qualité thermique supérieure à beaucoup d’autres matériaux de construction et sa transformation réclame nettement moins d’énergie. Bref, le Belge a fini par comprendre qu’il serait peut-être intéressant pour sa santé d’opter pour un autre régime que la brique. Résultat ? Aujourd’hui, une maison sur dix est bâtie en bois, sans compter les rénovations, extensions et surélévations.

© Miko Miko Studio 

Pour les particuliers

« La bonne idée de départ d’Etienne Bertrand est d’avoir conçu ce salon à l’attention du grand public et de l’avoir enrichi de rencontres entre professionnels et particuliers », explique Muriel Hunin, la responsable du Salon Bois & Habitat. « EasyFairs, qui a racheté l’événement en 2010, marche dans la même direction. Notre souci est de satisfaire les visiteurs qui viennent au salon afin de trouver des services et des solutions liées à l’habitat. Comme chaque année, des experts neutres seront présents à l’entrée afin de répondre à leurs questions et les orienter, tandis que d’autres les informeront sur la filière formations et métiers du bois. Côté rencontres, des professionnels viendront parler des différents aspects de la construction en bois. Un concours d’architecte a été organisé afin de susciter l’intérêt des bureaux d’études. Et un « square » a été aménagé à l’attention des designers que nous cherchons à mettre en valeur. Bref, conclut la responsable, c’est un salon passion. Cela sent bon le bois dès l’entrée et les gens ont envie de toucher les matériaux ! »

Le secteur est pleinement conscient de ce qu’il doit au salon. « Toutes proportions gardées, le Salon Bois & Habitat a été la révolution industrielle de la filière bois », a reconnu Hugues Frère, le directeur du centre national d’informations techniques Hout Info Bois. Une révolution sur deux étages : les visiteurs ne sont plus aveugles, la poutre qu’ils avaient dans l’œil soutient désormais leurs rêves.

Salon Bois & Habitat
Namur Expo
Avenue Sergent Vrithoff 2
B-5000 Namur
+32 81 36 00 42
www.bois-habitat.be
[email protected]

 

A propos d’Easyfairs
Créé en 2003 par l’entrepreneur bruxellois Eric Everard, EasyFairs organise actuellement 218 événements dans 17 pays, dont 33 dans les différentes parties de la Belgique (huit à Namur Expo). Le groupe emploie plus de 750 personnes.
Son slogan : « Visit the future ». Pour mémoire, Eric Everard a été élu Manager de l’année en 2012.

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