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© Julie Calbert

ALICE ON THE ROOF

  • Portrait
Hainaut  / Mons

Par Mélanie Noiret

Rose et fraîche comme la rosée

Sous ses airs de jeune fille sage, la Montoise révèle un caractère spontané, certes, mais décidé et novateur !

 

Impossible de la manquer. Elle est partout ! Sur les ondes, dans la presse… Si sa longue chevelure rose bubblegum interpelle, c’est cependant bien sa voix si particulière et son univers musical, mélange de pop atmosphérique et de musique électronique, qui retiennent davantage l’attention. Originaire de Mons, Alice Dutoit est désormais plus connue sous le nom d’Alice on the roof, en guise de petit rappel humoristique de son nom de famille. Une manière peut-être de ne pas oublier qui elle est et d’où elle vient ? Découverte par le public belge à travers ses prestations à l’émission de variétés The Voice Belgique en 2014, la jeune femme s’était démarquée par son indéniable talent et son look pour le moins anachronique de petite fille sage tout juste sortie de sa campagne. Mais dans cette coquille, se lovait une perle qui cachait bien son jeu. Loin d’être une « innocente », Alice Dutoit est en fait déjà une débutante avertie. Choriste et pianiste depuis l’enfance, quand elle participe à The Voice, elle revient d’une année plutôt productive aux États-Unis. Intérieurement, elle évolue dans un univers absolument différent de celui qu’elle s’est en quelque sorte imposée pendant l’émission. Et son passage marque les esprits même si elle ne gagne pas. De toute évidence, au vu de son succès actuel en tant qu’Alice on the roof, cet « échec » se révèle être en fait sa plus grande chance. Marc Pinilla, le leader du groupe Suarez et membre du jury, a l’attention attirée par cette jeune fille « modèle » (vraiment ?). La prenant sous son aile peu de temps après la fin de The Voice, il travaille avec sa protégée et la lance sous les feux des projecteurs avec l’aide du Londonien Tim Bran, producteur de jeunes artistes à succès (London Grammar, La Roux, KT Tunstall...). À l’heure actuelle, Alice on the roof, rose et fraîche, fait salle comble sur quelques-unes des scènes les plus estimées de Belgique. Higher, son album, sort le 22 janvier 2016 et de nombreuses dates de concert sont déjà fixées en Belgique et à l’étranger, notamment aux Pays-Bas.

 

Nous l’avons rencontrée dans sa loge à quelques heures de son dernier concert à l’Ancienne Belgique à Bruxelles.

 

Pourriez-vous nous tracer votre parcours d’apprentissage artistique ?

AOTR — Mes parents adorent la musique et j’ai commencé à chanter dans une chorale à l’âge de 5 ans. Et ce jusqu’à mes 18 ans. C’était la chorale Les Grillons, à Hautrage, près de Saint-Ghislain. C’est dans cette petite chorale locale que j’ai appris à chanter. On m’a aussi inscrite à l’Académie de piano et j’ai vraiment accroché. À la fin de mes études secondaires, je suis partie pour une année aux États-Unis, en Oregon, pour une seconde rhéto. Je me suis inscrite à l’une des trois chorales de l’école, celle où il fallait passer une audition. J’avais trois heures de chorale par jour. Un truc de fou ! Pas du tout dans le classique comme ici, mais plutôt comme on voit à la télé. Le grand show quoi ! Cette expérience m’a fait prendre conscience que la musique, ça peut être un truc énorme, qui peut faire sortir plein d’émotions. C’est cela qui m’a donné envie d’y aller à fond. On m’a fait faire des solos. Cela m’a donné confiance en moi. J’ai peu à peu pris conscience que j’avais une voix qui sonnait différemment. J’ai eu envie de foncer et de chanter seule.

Chanter exclusivement en anglais viendrait donc de cette expérience ?

AOTR — Oui, certainement. Chanter en anglais s’est fait assez naturellement. Cette langue sonne bien musicalement et j’ai toujours écouté des groupes anglo-saxons. Je suis un peu timide. Chanter dans une autre langue est une forme de protection. En français, il faut plus assumer au niveau du texte. Je pense au titre Mystery Light qui est un peu sensuel. J’assume mieux cet aspect en anglais (rires). L’anglais est alors une sorte de voile pudique. Je ne mets cependant pas de côté le français, mais je pense que je dois d’abord avoir plus de maturité.

La première fois qu’on a entendu Easy Come, Easy Go, jamais on n’aurait pu faire le lien avec la jeune fille de The Voice. Y avait-il une véritable volonté de brouiller les pistes ?

AOTR — À The Voice, je suis vraiment arrivée « toute nue », en pleine découverte de moi-même. C’était cool, car j’ai fait passer un message positif, naïf et enfantin. Ce n’était pas vraiment volontaire, pas calculé. Ma nature est un peu comme ça et la production a joué dans ce sens. Cela ne m’a pas déplu. Mais en sortant de l’émission, je me suis dit que j’avais un peu fait le tour du personnage. Je voulais qu’on me prenne un peu au sérieux.

L’univers musical que vous présentiez à The Voice est radicalement différent de celui que vous offrez actuellement. Ce n’était donc pas vos choix ?

AOTR — Il était nécessaire de faire des trucs qui plaisent au grand public. J’ai présenté des chansons que j’aime mais ce n’est pas nécessairement ce que j’écoute tout le temps. Je suis fan des groupes venus du nord. Ils ont une façon de faire la musique différente de nous, une maitrise particulière des sons. On entend tout de suite quand le morceau vient de là-bas. J’ai beaucoup écouté Björk évidemment. Moins maintenant. J’aime aussi beaucoup James Blake. J’aime quand la technologie se mêle à la musique dans un truc un peu pur. Je ne suis pas certaine que le public de The Voice aurait compris ou adhéré.

À l’instar d’Olivia Ruiz et de Camilla Jordana, la meilleure manière de réussir après un télé-crochet serait-il de ne pas en sortir vainqueur ?

AOTR — C’est sûr et certain ! Il y a évidemment quelques exceptions. Quand on en sort vainqueur, il faut vraiment avoir en tête la direction exacte qu’on souhaite prendre, car tout s’enchaîne très vite. Les contrats tombent et, dans les deux mois, il faut un single. Difficile dans ces conditions de développer un véritable univers original. D’où l’émergence de créations un peu brutes, malheureusement parfois sans âme. Perdre laisse une marge de liberté nettement plus importante.

The Voice a permis la rencontre avec Marc Pinilla. Comment s’est passée la collaboration qui en a suivi ?

AOTR — Marc, c’est l’élément déclencheur. C’est lui qui a composé l’album. On vit dans la même région et il m’a contactée un mois après la fin de l’émission par SMS pour me demander si cela me disait de faire une reprise, de venir dans son studio à Hautrage, là où se trouve aussi ma chorale. On le sait peu mais le centre de la Belgique est à Hautrage (rires) ! On a commencé par faire la reprise de Princes d’Oscar and the Wolf. Quand il a constaté que ça donnait un chouette truc, il m’a poussée à écrire. Je n’avais jamais écrit de chanson. Je n’avais jamais osé franchir le cap. Mais cela a été assez vite. Je me suis aperçue que dans la pure création, tout est permis. Marc m’a poussée au-delà de ce que je pensais pouvoir faire. À la moitié de l’album, j’ai remarqué que beaucoup de morceaux étaient nostalgiques. C’est lui qui m’a dit de faire un titre plus groovy et sensuel, m’affirmant que j’en étais capable. Sans Marc, je n’aurais jamais osé me lancer dans cette direction. En studio, il compose, élabore la mélodie et j’écris en même temps. C’est très intuitif. À partir du moment où on part dans des prises de tête, cela casse l’élan. On se laisse donc porter, on a un bon feeling. On s’occupe de la démo, mais c’est Tim Bran qui habille, fait les arrangements. Il apporte une direction intéressante.

En effet, on ne sent pas la touche Suarez comme on aurait pu s’y attendre.

AOTR — Avec Marc, on a réussi à explorer des choses qui collent plus à ma personnalité. C’est quelqu’un qui sent très bien les gens. Il est doué pour beaucoup de choses.

Les groupes produits par Tim Bran étaient-ils des références pour vous ?

AOTR — Oui, bien sûr ! C’est d’ailleurs comme cela que la collaboration a commencé. Je suis fan de London Grammar et avec Marc, on a trouvé l’adresse mail du producteur. Un coup de bol énorme, il a répondu directement. Un mois plus tard, on s’est rendu dans son studio. Tout s’est mis en place comme si j’étais là au bon moment, au bon endroit. Sans Tim Bran, l’album aurait certainement sonné différemment. Il apporte une touche aérienne, atmosphérique et électro que j’adore, mais aussi des sons plus intenses, plus agressifs. Il sait jongler entre différentes ambiances qu’il maîtrise très bien.

Il y a chez vous un soin attentif au look. Est-ce quelque chose que vous soignez particulièrement ? Ce travail vient de vous ou de la production ?

AOTR — C’est un ensemble. Dans ce milieu, une règle d’or dit que l’image, c’est 50 % du travail. Ce n’est donc pas à négliger, il faut y penser, c’est un outil. J’ai moimême donné la direction. J’ai décidé aussi de travailler principalement avec des stylistes belges, dont Jean-Paul Lespagnard. J’avais envie de développer un esprit un peu fantaisie qu’il lui convient bien, il est complètement barré (rires). Ce soir, à l’Ancienne Belgique, j’ouvre le concert avec une de ses créations ; une robe qu’il a voulue comme une robe de première communion sur scène. Quant aux cheveux roses, cela vient simplement de mon intérêt pour les it girls japonaises. D’ailleurs, je ne pourrais plus me voir sans les cheveux roses. Cela apporte un côté dynamique. J’ai 20 ans et c’est cool !

Comment envisagez-vous le passage à l’international ?

AOTR — Le succès actuel m’a déjà surprise. Je ne m’attendais pas à une réaction comme celle-ci. C’est une magnifique surprise. On essaye de s’ouvrir à l’international en effet. On a signé avec Sony il y a à peu près un an. C’est moins évident qu’en Belgique, il y a beaucoup de concurrents. Je commence à faire des festivals en France et en Allemagne. Je dois participer au printemps à un chouette festival d’une semaine à Austin, le South by Southwest (SXSW). C’est un énorme truc à l’américaine où, grosso modo, les gens viennent faire leur marché. Cela peut ouvrir des portes. Au niveau de la Flandre, cela prend plus de temps. Mon producteur est en train d’organiser des dates là-bas. On attend que mon nom soit un peu installé. Je dois en tous cas aussi remercier [PIAS]. Ils sont super actifs, c’est un des plus chouettes labels indépendants. Ils ont porté le succès. Ils sont super motivés.

Comment envisagez-vous l’avenir ? Continuerez-vous dans le même style musical ?

AOTR — Déjà, au niveau des paroles, j’aimerais aller plus en profondeur, prendre des positions plus affirmées sur des thèmes qui touchent tout le monde. Je me rends compte que, dans cet album, je ne parle que de moi et je souhaite entamer des sujets plus fédérateurs. Au niveau des sons, j’aimerais faire plus de tests. Partir dans des expérimentations, faire jouer la technologie sur ma voix, prendre davantage part à la composition aussi.

Quels sont les artistes qui vous inspirent pour le moment ? De qui rêveriez-vous de faire la première partie ?

AOTR — Pour le moment, j’adore les Norvégiennes Emilie Nicolas et Aurora. Quand je suis dans le doute, je me demande ce qu’elles feraient dans cette situation. J’ai déjà fait la première partie d’Oscar and the Wolf et je rêverais de faire celle de Peter Gabriel ! Cela me tenterait bien aussi de faire une tournée avec Anna Of The North (Norvégienne elle aussi) qui fait ma première partie ce soir.

Pensez-vous avoir changé depuis votre succès ?

AOTR — Je garde en tous cas un pied dans la vie d’une fille normale de 20 ans. D’ailleurs, je suis une formation pour devenir institutrice primaire. Je suis authentique, très spontanée, un peu spéciale aussi, un peu maladroite. Je fais facilement le clown. Je tiens à rester la plus honnête et la plus simple possible.

 

www.aliceontheroof.com


 

BIO EXPRESS
1995 — Naissance le 23 janvier à Mons.
2012 — Alice étudie en Oregon avant de revenir en Belgique en 2013, ou elle commence à écrire ses chansons.
2014 — Elle termine demi-finaliste de The Voice Belgique en avril. Fin de la même année, elle tente l’impossible et envoie les maquettes des morceaux composes avec Marc Pinilla (Suarez) au producteur londonien Tim Bran. Ce dernier tombe sous le charme de sa voix singulière et fragile et lui propose de produire son premier album.
2016 — Sortie de Higher, son premier album, le 22 janvier.

 

SES COUPS DE CŒUR EN WALLONIE
SHOPPING
À Mons, j’adore une petite boutique de fringues vintage : Carnaby Street (www.carnabystreet.be)
À TABLE
Mon restaurant préféré, c’est Le Faitout à Saint-Ghislain (www.lefaitout.be)
BALADES
J’ai fait un super concert aux ascenseurs à bateaux de Strepy-Thieu, un super accueil, un site chouette à visiter. Pour une balade, je conseille les marais d’Harchies. C’est une magnifique réserve naturelle. (www.oiseauxmaraisdharchies.be) Sinon, Hautrage, évidemment (rires) !
 
 

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