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Epitopoietic Research Corporation - Le cancer vaincu par l’intérieur

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Brabant wallon  / Gembloux

Par Gilles Bechet

Grâce à une approche innovante misant sur la défense immunitaire propre au patient, une PME développe un vaccin contre un cancer du cerveau jusqu’ici incurable.


Le glioblastome multiforme est une très, très, méchante tumeur. Elle est à l’origine de 60% des cancers du cerveau. Les traitements curatifs par chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie se révèlent largement inefficaces, puisque 75% des patients décèdent dans les 18 mois qui suivent le diagnostic. En l’absence complète de traitement, l’échéance fatale est généralement ramenée à trois mois.

Stimuler les défenses

Cela pourrait changer. Une PME, ERC Belgium, développe un traitement par immunothérapie qui vise à encourager la réponse immunitaire propre à chaque patient. Tout a commencé avec la brillante intuition d’Apostolos Stathopoulos, alors jeune étudiant en neurochirurgie à l’université de Liège. Au cours d’une opération à laquelle il assistait, un jet de cellules cancéreuses atteint le coin de son œil. Après une première réaction de panique, il réfléchit et repousse rapidement l’idée de contracter la maladie grâce à la capacité de son système immunitaire à faire barrière aux cellules cancéreuses. Il en sera bien sûr ainsi, et c’est l’idée qui fera son chemin. Quelques années plus tard, le tout jeune médecin réunit à Paris quelques-uns des plus grands spécialistes des réactions immunitaires et du cancer pour réfléchir aux voies possibles pour stimuler les défenses propres de l’organisme. Deux principes guident cette réflexion. D’une part, le système immunitaire complexe et performant est le fruit de millions d’années d’évolution et il est apte à nous guérir du cancer. D’autre part, le corps reconnait et rejette les corps étrangers. En 2008, le Dr Stathopoulos fonde l’« Epitopoietic Research Corporation » - ERC. Les intuitions sont devenues des convictions étayées par les premiers essais animaux. Il est possible de lutter contre le glioblastome multiforme en injectant un vaccin, le Gliovac, qui associe des cellules cancéreuses du malade avec celles prélevées chez au moins trois autres patients. Le recours à différentes tumeurs allogènes permet de prendre largement en compte la variabilité du cancer et de stimuler une réaction immunitaire forte, correctement ciblée par la présence de cellules tumorales du patient. Le traitement complet s’étend sur deux années avec 12 cycles d’injections de trois semaines, rapprochées au début pour devenir plus espacées dès le sixième mois. Limité à une seule injection à la fois, le traitement n’est ni lourd ni invasif. 

Traitement compassionnel

Actuellement, le produit est en étude clinique à l’Université de Californie à Irvine. On y recrute 84 patients traités en double aveugle. « Si les résultats correspondent à nos attentes, on pourra demander une commercialisation sous condition », annonce Paul Petit Jean, directeur de la communication d’ERC. Ce type de cancer relève des maladies orphelines. Comme il ne touche que 3 à 5 pour cent mille de la population, le secteur pharma hésite à investir dans les recherches pour un traitement. Le taux de létalité très important du glioblastome et l’absence de solutions thérapeutiques satisfaisantes permettent, moyennant autorisation des autorités locales compétentes, un usage du Gliovac à titre compassionnel. Des premiers résultats très encourageants sont ainsi rassemblés avec des patients aux quatre coins de la planète. « Pour l’instant, on ne note pas d’effet secondaire, hormis des poussées de migraine liées aux effets de la tumeur, et des érythèmes localisés. Des gens qui ne pouvaient plus parler ont retrouvé la parole. On a vu aussi chez d’autres patients une amélioration spectaculaire de la mobilité. » Une des missions de Paul Petit Jean est de parcourir le monde pour rencontrer les différentes autorités médicales locales et leur expliquer le fonctionnement de ce traitement innovant. Lorsque les circonstances le permettent, il trouve un accord pour entamer un traitement compassionnel. « En Colombie, j’ai rencontré un neurochirurgien extraordinaire qui travaille dans un hôpital à Carthagène. Il m’a proposé de traiter un jeune homme, propriétaire d’un garage de mobylettes. » Au moment où il a commencé le traitement, il était déjà en récidive et son épouse lui annonçait qu’elle était enceinte. Grâce au Gliovac, il a vu naître son enfant et a pu assister à ses premiers pas. « On soigne un nombre de patients encore très limité, mais si on peut donner une chance à quelqu’un qui fait face à une maladie non guérissable, on le fait. » Cette ouverture suscite énormément d’espoirs, mais le traitement n’est pas toujours possible pour des raisons bien plus souvent administratives et légales que médicales. Aujourd’hui, à l’issue de la phase 1, il est d’ores et déjà admis par tout le monde que le Gliovac ne présente aucun danger pour la santé publique. Le peu de recul sur le traitement ne permet pas encore de garantir qu’une fois que toutes les cellules cancéreuses auront été détruites par le système macrophage, l’organisme pourra, à long terme, maintenir la résilience sur la maladie.

Banque de tumeurs

ERC Belgium a mené ses premiers tests pré-recherche dans le parc scientifique Crealys à Gembloux et y poursuit ses recherches contre d’autres cancers qui touchent pancréas, poumons ou ovaires. C’est à plus de 200 km plus au nord, à Schaijk aux Pays-Bas, que se concentrent aujourd’hui les activités liées à la fabrication du traitement. ERC Nederland y accueille la banque de tumeurs et l’unité de production du vaccin. Les tumeurs prélevées sur les patients y sont envoyées pour la préparation du vaccin personnalisé. L’ensemble du processus, entre le prélèvement et le renvoi du traitement, prend environ deux semaines largement consacrées au contrôle qualité. « C’est une solution provisoire et notre but est d’implanter, à l’issue de la phase d’essai, le site de production en Wallonie », précise Paul Petit Jean. ERC ne comporte encore aujourd’hui que huit personnes salariées – 5 en Belgique et 3 aux Pays-Bas – les collaborateurs scientifiques et exécutifs travaillant en salaire différé. « Ce n’était pas possible autrement. C’est parce que ces gens sont convaincus par l’avenir de ce traitement qu’ils sont prêts à donner de leur temps pour faire bénéficier l’entreprise de leur expérience. Tout le monde veut que ça marche. » Même si elle peut compter sur un soutien continu de la Région wallonne, ERC poursuit ses contacts pour rassembler les fonds nécessaires à la conclusion de l’étude clinique. « Une fois que cet argent est sur la table, nous pourrons conclure l’étude clinique dans les 18 mois, et ensuite lever les barrières administratives pour la commercialisation partielle du vaccin, à commencer par les États-Unis. » La PME a déjà des filiales aux U.S.A., au Canada, en Italie, et en Australie et assure également une présence dans différents pays d’Europe et d’Amérique latine.

Le vent a tourné

ERC aborde l’avenir avec confiance, peu inquiète face à la concurrence. « Notre technologie est très spécifique, elle est encadrée d’un brevet de 30 ans. Aucun concurrent ne maîtrise notre approche globale qui s’est forgée en intégrant d’autres solutions partiellement satisfaisantes. » Quand le Dr Stathopoulos a commencé ses recherches, peu de gens dans le milieu médical croyaient à l’immunothérapie. « Si ça marchait, ça se saurait » était la réponse la plus fréquente, même si, au XIXe siècle les travaux d’un médecin anglais, passés complètement inaperçus, avaient conclu prémonitoirement à l’intérêt de cette méthode pour traiter les cancers. Aujourd’hui, le vent a tourné. L’immunothérapie est considérée comme une technique d’avenir, mais beaucoup reste à faire. D’autres entreprises wallonnes comme Iteos ou Celyad développent des traitements immunitaires contre le cancer. Quant à ERC, l’entreprise poursuit ses recherches pour lutter contre différents types de tumeurs tout en préparant la commercialisation de son vaccin contre le Glioblastome. L’avenir du combat contre la maladie s’écrit de petites et de grandes victoires, mais activées de l’intérieur.

www.erc-immunotherapy.com

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