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© Merel Hart
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Façon Jacmin - Le jeans réinventé

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Hainaut  / Marquain

Par Muriel Lombaerts

Plus qu’une ligne de vêtements féminins, « Façon Jacmin », c’est l’histoire d’une belle complicité, entre deux sœurs jumelles qui ont su associer  talent et passion. 


L’ une est blonde, l’autre brune. Toutes deux irradient de grâce et d’élégance. Ségolène est fonceuse, extravertie. Alexandra est tout en retenue et en intériorité. La première aime les maths, la gestion et les journées qui déménagent. La seconde, discrète et posée, apprécie la maturation qu’apporte le temps aux projets.

Nées dans le Tournaisis, sous le signe du Taureau, en 1986, les jumelles Jacmin présentent une belle indépendance et font de leurs différences, une force. Leur éducation leur a permis de développer leurs talents respectifs dans le respect de leur singularité. Ségolène vit aujourd’hui à Bruxelles après avoir suivi des études d’ingénieure à Leuven et passé un an à Chicago. Alexandra a, de son côté, choisi Oxford puis le stylisme à la Cambre. Sa lumière, c’est Paris. Son univers, le haut de gamme. Elle a fait ses classes, d’abord à la Maison Martin Margiela, puis au studio de design Jean-Paul Gaultier. 

Du grenier à l’entreprise

Toute petite déjà, Alex aimait passer des heures, seule, à réinventer la garde-robe de ses poupées… quand ce n’était pas celle de ses sœurs. Ces dernières ne rechignaient pas à jouer les mannequins, ravies de donner corps à la créativité de leur frangine. Ségolène se souvient avec tendresse de la première « création » de sa sœur : un petit sac fait de chutes de jeans ressuscitées…

Un matin, alors qu’elle travaillait dans la consultance, Ségolène sent que sa place est ailleurs. Ecoutant son intuition, elle s’inscrit à un « Start-up week-end » – deux jours pour développer une idée. Il y eut un avant, il y eut un après… Au sortir de week-end, elle se fait la promesse d’implémenter rapidement un projet avec sa jumelle. C’était oublier un peu vite qu’Alexandra aime laisser du temps au temps. Sa proposition reçoit un accueil plus que mitigé que l’on pourrait résumer en trois lettres : bof ! Loin de se laisser abattre, Ségolène décide alors de mettre ses compétences de gestionnaire au service d’une asbl spécialisée dans le coaching de créateurs de mode. Quelques mois plus tard, elle commercialise, avec une amie, une gamme d’écharpes nommée « Coucou », tissées en laine, fabriquées au Népal et disponibles en dix coloris.

Cette réussite servira de déclencheur. A-t-elle titillé la curiosité d’Alexandra ou tout simplement dissipé ses craintes ? Toujours est-il que le soir de Noël 2015, la styliste offre à sa famille le plus beau cadeau qui soit.

Nonchalamment, elle dépose sur la table un ensemble de dessins conçus, dans le plus grand secret, durant six mois. Puis – comme si de rien n’était – elle propose à sa frangine qu’ensemble, elles donnent fibres à ces modèles de papier. - « On lance en mai 2016 ! » répond aussitôt Ségolène. Les frangines montent un dossier et obtiennent une bourse de pré-activité de la Région wallonne. Le plus difficile ? Remplir le formulaire d’inscription. Le plus formateur aussi, car ce simple geste sera pour elles une étape essentielle dans le processus de création de leur entreprise. Avant de gagner la bourse, il fallait que, sur papier, elles décrivent le projet, pensent le business plan, le pitch et choisissent leur positionnement. Ce sera « milieu de gamme, entrée haute-gamme ».

Une fois la bourse décrochée, ne restait plus qu’à trouver un fournisseur, puis un atelier de confection. Après une tentative avortée sur Bruxelles, c’est en Bulgarie qu’elles dénichent la perle rare. Un atelier dont la qualité des finitions rencontrait les exigences de Sonia Rykiel, Pierre Balmain, Hugo Boss, Chloé et donc aussi, bientôt, celles d’Alexandra… Le premier prototype sort fin janvier 2016. Quatre mois plus tard, leur collection est commercialisée. Elle comporte seize modèles en jeans et quatre en popeline de coton ou soie fluide.

Trame de vies

Réminiscence heureuse de l’enfance ou choix délibéré d’une matière qui traverse les générations avec style, les motivations qui ont fait du Denim, le tissu phare de la collection, sont multiples : noblesse de la matière, singularité des patrons, usure magnifiée. « Le jeans, commente Alexandra, s’embellit avec le temps. Sa couleur, le bleu, permet une déclinaison infinie de dégradés. Enfin, tous et toutes, toutes les classes sociales confondues, entretenons avec lui un lien fort. C’est comme une seconde peau qui évolue avec nous. » C’est vrai que dans sa trame, se glisse, chaque année, un peu de notre de vie. Le jeans est en quelque sorte, le témoin silencieux de notre histoire personnelle.

Noblesse oblige, c’est au Japon que les jumelles ont trouvé une qualité du tissu à la hauteur de leurs exigences. Là-bas, le coton est trempé dans huit bains successifs avant d’être fixé. Un luxe qui justifie le prix plus élevé de la matière, sachant que beaucoup de fournisseurs se contentent de quatre passages.

« Façon Jacmin », c’est aussi une façon différente de concevoir la mode, une envie irrésistible de faire éclater les codes, de sortir du cadre et d’innover. Robes, jupes, tops, pantalons, manteaux, (…), quelle que soit leur coupe, toutes les pièces proposent une approche à la fois sophistiquée, confortable, et élégante de la mode. Alexandra met en effet un point d’honneur à ce que la collection s’adapte avec élégance à chaque femme : de la plus naturelle à la plus sophistiquée, de la plus élancée à la plus épanouie.

La femme Jacmin, comme la décrit Ségolène, « est une femme active, bien dans sa tête. Elle a entre 35 et 65 ans et présente ce tout petit supplément de personnalité qui fait d’elle une femme unique … qui s’assume. »

 

Sortir des boutiques

Dans un contexte où le retail traditionnel souffre, les sœurs Jacmin ont délibérément choisi une commercialisation alternative et innovante : deux fois par mois, une boutique mobile, « façon camion vintage réaménagé », vient à la rencontre des clientes sur Anvers et Bruxelles. Parallèlement, la marque voyage aussi de ville en ville, via des boutiques éphémères. Knokke, Gand, Liège et Paris seront parmi les prochaines destinations. Les dates sont régulièrement actualisées sur le site, Facebook et Instagram. À vos smartphones !

Preuve de la reconnaissance de leur pairs, les sœurs Jacmin ont récemment été récompensées par le prix « Best Talent 2016 » de la catégorie mode par la RTBF et Paris Match. Un prix qui leur a ouvert, durant un mois, les portes de la célèbre maison Natan, au côté de trois autres jeunes designers belges dans le cadre du concept « Natan Collective ». En se mobilisant pour créer, elles-mêmes, le cadre de leur travail, les jumelles ont peut-être remporté une autre victoire : contourner le paradoxe que Giulia Mensitieri, anthropologue à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales de Paris, décrit dans sa thèse (1), paradoxe selon lequel « plus un travail est valorisant d’un point de vue symbolique, moins il sera payé. Et vice versa. » Éléments de réponse à paraître, dans le livre, annoncé aux éditions « La Découverte », pour janvier 2018.


RENSEIGNEMENTS

FAÇON JACMIN sprl
+32 474 330 255
info@faconjacmin.com
www.faconjacmin.com

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