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IRIS - L’art de transformer le papier en or… (ou) en bits

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Brabant wallon  / Louvain-la-Neuve

Par Thierry Desiraut

Lorsqu’en 1981, Pierre De Muelenaere et Jean Didier Legat, fraîchement diplômés ingénieurs civils à l’UcL, conçoivent des circuits électroniques destinés à la reconnaissance de caractères, ils ne pouvaient imaginer que leur entreprise ferait un jour partie du groupe japonais Canon.


Pour ces jeunes chercheurs ambitieux, c’est d’abord une thèse de doctorat. À l’époque, la mode est à la création de spin off. Pierre franchit le pas en 1987 et crée la société IRIS. Une des plus belles success-stories de l’industrie wallonne. Au départ, une PME avec un projet auquel peu croient et aujourd’hui, un fleuron de l’un des plus grands groupes internationaux, Canon.

Tout repose sur un constat. Toute entreprise détient une masse d’information dont elle peut avoir besoin à n’importe quel moment. Une grande partie de ces données était, jusqu'au milieu des années ’90, consignées sur papier. Avec la généralisation de l’informatique, il faut trouver un moyen de numériser ces données et les rendre accessibles par traitement de texte. C’était précisément l’objet des recherches des deux ingénieurs. Avec l’aide de l’UcL et d’un investisseur privé, ils développent un prototype de carte électronique permettant de lire des textes imprimés. Encore fallait-il convaincre que c’était bien la bonne solution. La difficulté, c’est que sur les traitements de texte apparaissent différents types de caractères. Ce qui rend la reconnaissance optique compliquée.

Par ailleurs, il y a de nombreux concurrents dans ce domaine. Enfin, le marché n’est pas encore mûr, Jean Didier Legat et un investisseur privé décident alors de quitter le navire. Mais Pierre Demuelenaere s’obstine. 

« Beaucoup de gens m’ont dit ‘votre technologie sera dépassée dans pas longtemps parce que la nouvelle vague, c’est le bureau sans papiers’. On en parlait déjà à cette époque. Des gens me disaient ‘vous êtes trop tard, votre technologie ne sert à rien, etc. Et ce qu’il s’est passé, c’est tout le contraire, on a connu un très beau développement sur base de besoins qui n’ont fait que croître’. »

Une histoire mouvementée

Et la bonne solution s’appelle le système OCR (Optical Character Recognition). Une idée simple en apparence : on scanne ou on prend une photographie numérique d’un texte sur papier et, grâce à un logiciel particulier, on le transforme en fichier texte sous différents formats. Pas besoin de retaper les textes ou de refaire les tableaux par exemple. Un gain de temps et d’énergie énorme. Un partenaire wallon se présente, la société Prodata, dirigée par Pierre Rion (cf. WAW 37).

Ensemble, ils vont conquérir lentement mais sûrement le marché. Après 30 ans d’existence, IRIS s’impose désormais comme un des meilleurs spécialistes sur le marché en pleine expansion de la reconnaissance de texte. La société propose une large gamme de scanners portables disposant de résolutions de balayage élevées et une grande vitesse de numérisation. De plus, leur taille est assez compacte que pour se glisser dans un sac à main. La société décroche alors de gros contrats à la gendarmerie belge et pour les centres de contrôle technique automobile, pour la Chambre des députés du Grand-Duché de Luxembourg ou encore pour des banques belges. IRIS met au point aussi des logiciels de gestion de données aussi diverses que les questionnaires de recensement en Belgique et en Tchéquie, ceux de l’administration de la TVA, mais aussi des lettres au moyen d’un scanner pour PC.

Coup de maître, en 1994, la PME lance l’IRISPen, un stylo qui scanne les textes et les numérise en temps réel. On peut ainsi importer des documents, des notes de travail, des comptes rendus de réunion et les importer directement sur son ordinateur. Le succès est au rendez-vous et la société entame un développement international. Elle ouvre ainsi des filiales en France et aux Etats-Unis. En mai 1999, IRIS rentre à la bourse de Bruxelles, la société est alors valorisée à 2 milliards de francs belges.

Diversification

À côté de la branche technologique, s’est créée IRIS Professional Solutions qui offre aux entreprises et aux administrations un seul interlocuteur offrant à la fois des solutions de haute technologie pour gérer efficacement les flux d’informations et des services. Ce qu’on appelle l’ECM (Enterprise Content Management) regroupe des services aussi divers que la création de fichiers, leur distribution, leur publication et leur archivage. Bref, tout ce qui touche à la gestion au quotidien. Cette activité représente aujourd’hui les trois quarts du chiffre d’affaire d’IRIS qui se monte aujourd’hui à près de 100 millions d’euros avec des sièges à Louvain-laNeuve, à Bruxelles, Vilvoorde et Anvers mais aussi en France, au Luxembourg, en Allemagne, aux Pays-Bas, aux USA et à Hong Kong. IRIS emploie 600 personnes. « Le marché est demandeur. Plus que les technologies, ce sont les solutions qui attirent. Les solutions opérationnelles, s’entend. C’est précisément notre force. Au bout de trente ans, nous ne comptons plus nos références, que toutes nous pouvons présenter2 », affirme Christophe Sintubin, Corporate Marketing Director du groupe.

Une OPA amicale

Et ce sont ces atouts qui ont convaincu le groupe Canon de lancer en 2013, une OPA amicale sur IRIS. Le groupe japonais possédait déjà 17% des actions de la société et a finalement décidé d’en prendre totalement le contrôle, offrant au passage, une belle plus-value aux actionnaires historiques.

Le but des Japonais était clairement de s’inspirer des clés de la réussite de cette spin off qui ne comptait au départ que deux personnes pour en faire aujourd’hui LE centre de compétences et de référence pour tout le groupe Canon en matière de gestion de l’information. Canon compte bien utiliser ce savoir-faire pour mieux développer ses autres filiales en Europe.

Un accord à l’amiable a permis à Pierre de Muelenaere de rester à la direction trois années de plus avant de céder la barre à un cadre du groupe Canon. Le temps d’assurer la transition et réussir l’intégration de la société au groupe sans pour autant qu’elle perde son autonomie et ce qui a fait la clé de son succès. Il ne regrette d’ailleurs rien, au contraire. « Sous le pavillon d’une société japonaise, les résultats seront bien meilleurs que si IRIS était restée autonome. Évidemment, ce n’est plus une histoire belgo-belge, mais je dirais que cela ne l’a jamais vraiment été puisque, déjà lorsque qu’IRIS était cotée en bourse, il y avait des actionnaires qui venaient d’un peu partout. Et forcément, nous sommes sur un marché mondial avec des clients mondiaux. » Quoi qu’il en soit, IRIS demeure un fleuron de l’économie wallonne et un exemple de réussite qui a de quoi inspirer bien d’autres PME.

http://iriscorporate.com


1 Extrait d’une interview de JC Verset – RTBF)
2 Digital Energy Solutions Alain de Fooz | Déc 17, 2016)

 

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