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© Alain Voisot

Une pièce mérovingienne unique en Europe

  • Dossier
Wallonie  / Amay

Par Alain Voisot

Sainte-Ode protège le seul sarcophage en pierre à figure humaine de l’époque mérovingienne. Une oeuvre unique… qui est chez nous !

La collégiale d’Amay brille au centre de la petite ville. Restaurée entre mai 1998 et mai 2001, ce joyau du patrimoine wallon est une étape majeure sur cet itinéraire thématique. Cette collégiale dissimulait depuis des siècles l’existence d’un autre trésor retrouvé lors d’une campagne de fouilles en 1977. À une profondeur de trois mètres sous le choeur, on a retrouvé le sarcophage de la légendaire Sainte-Ode. Il s’agit du seul sarcophage à figure humaine de l’époque mérovingienne connu en Europe.

L’oeuvre est dans un état parfait. À l’ouverture, ce sarcophage était pratiquement vide, les reliques de la sainte ayant été transférées dans la châsse-reliquaire médiévale. On peut encore l’admirer à travers une large plaque vitrée aménagée dans le dallage de la collégiale, à l’endroit même où il fut découvert. Grâce à ce sarcophage exceptionnel, nous entrons dans les pages les plus légendaires de l’histoire de l’Europe occidentale. Les sources sont rares sur cette période de transition entre l’Empire Romain et le Moyen-Age, ce qui explique qu’elle ne nous est pas vraiment très familière. Dite du haut Moyen-Age, cette période commence avec la chute de l’Empire romain d’Occident en 476 et se termine avec l’ère des Grandes Découvertes.

Le musée communal d’Amay

Une magnifique exposition « Mosa Nostra. La Meuse Mérovingienne de Verdun à Maastricht » est visible dans les cloîtres de la collégiale. Cette exposition dévoile une Meuse active, riche, du IVe au VIIIe siècle. Vecteur de civilisation depuis l’époque galloromaine, ce fleuve, long de ses 900 kilomètres reliant Verdun à Maastricht, porte le lien sud-nord du vieux continent en passant, bien sûr, par Amay. Trait d’union commercial, il draine sur ses rives tous les remous et les bienfaits de chaque siècle. Objets d’artisanat en céramique, en pierre, en bronze, en fer, en verre... témoignent de son rôle central. Chose rare, l’époque mérovingienne est ici évoquée avec ses évêchés, son commerce, sa navigation, sa batellerie et son anthropologie.

Un cercueil creusé dans la pierre calcaire de la région de Saint-Dizier est gravé de deux inscriptions identifiant la défunte. Le couvercle est travaillé sur quatre faces. La face principale représente Chrodoara qui n’est autre que Sainte-Ode, vêtue d’une longue robe. Elle tient à la main un bâton pastoral.Sur les flancs du couvercle, des entrelacs figurent des pampres et des rinceaux du même style que ceux des sarcophages de l’hypogée des Dunes dans la région de Poitiers datant, eux aussi, du VII e siècle.

Le trésor de la Collégiale d’Amay, qui contient donc la châsse-reliquaire de Saint-Georges et de Sainte-Ode datant de 1240-1250, abrite aussi les reliques d’autres personnages illustres. Sur les pignons, on retrouve la représentation de Saint-Georges et de Sainte-Ode. La toiture est ornée de six bas-reliefs d’argent qui racontent la vie des deux saints. Sur les côtés, les douze apôtres sont alignés. Sur l’un des bas-reliefs, on observe, sur la panetière d’un pèlerin, trois coquilles. Cette scène serait sans doute la toute première représentation dans la région d’un pèlerin de Saint-Jacques-de- Compostelle.

 
Renseignements

Musée Communal d’Archéologie et d’Art religieux
Place Sainte Ode, 2c
B-4540 Amay
www.amayarcheomusee.be

 


D’Amay à Londres… s’il vous plaît !

Sous le numéro AN117386001, également enregistrée sous le n° 1978,0502.7, localisée exactement dans le British Museum au point G40/ dc13A, le grand musée londonien nous présente une superbe pièce que nous pouvons facilement attribuer aux ateliers mosans. Sainte-Ode y est représentée entre les deux Vertus : la Religion et l’Aumône. Cette trilogie est courante dans l’art mosan du XII e siècle. On la retrouve, par exemple, sur la châsse-reliquaire de Saint-Servais à Maastricht ou sur celle de Saint-Heribert à Deutz-Cologne où le saint figure entre la Charité et l’Humilité. Le choix de la Religion et de l’Aumône pour Sainte-Ode n’est pas un hasard puisque ce sont les deux Vertus évoquées par Maurice Coens dans La Vie de Sainte-Ode d’Amay, publiée dans Analecta Bollandiana, LXV, 1947, p 196-244. Les reliques insérées dans le cadre de cette icône mosane sont celles de Saint-Mengold que l’on retrouvera dans la crypte de la Collégiale de Huy. La seconde est une relique de Sainte-Elisabeth de Thuringe canonisée en 1235.

 

Chrodo… qui ?

Chrodoara serait née vers 629-635 et décédée vers 723-730. Membre de la noble famille franque des Chrodoin, originaire du sud de Trèves, elle était la veuve du duc Bodegisel. La légende raconte qu’après avoir consacré sa vie à la prière et aux soins aux plus démunis, Ode quitta l’Austrasie et, arrivée à Ombret, jeta son bâton au-delà de la Meuse, promettant de construire un sanctuaire là où il retomberait. Adagisel-Grimo, son neveu, dans son testament daté de 634, mentionne : « Quant aux vignobles de la Leiser que j’ai possédés en usufruit de Saint- Maximin de Trèves et aux vignobles que pareillement j’ai possédés en usufruit de la basilique de Saint-Georges à Amay, où ma tante est enterrée, qu’ils retournent à ces deux églises après ma mort. » Ce testament confirme bien que Chrodoara a reçu sa sépulture dans l’église d’Amay et que la viticulture était un héritage romain encore vivace sur les rives de la Moselle-Saar-Ruwer et de la Meuse. L’une des deux inscriptions précise que la défunte a fait d’importantes donations à la communauté dont elle était vraisemblablement l’abbesse après le décès de son mari.

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