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— Santé

PureOn Spray, le confort masqué

On ne sort plus sans lui. Le masque, aussi indispensable que nécessaire pour freiner la propagation du virus qui nous pourrit la vie depuis plus d’un an, n’est pas sans désagréments, surtout quand on doit le porter pendant de longues heures. Paul Petit Jean, consultant, homme à idées et entrepreneur, s’est dit qu’il y avait là quelque chose à faire. « L’idée m’est venue en août dernier alors que je faisais le pèlerinage de Compostelle. Marchant la plupart du temps avec un masque sur le nez et sur la bouche, j’ai eu le temps d’en analyser les inconvénients qui sont principalement la gêne de la respiration, des odeurs pas toujours agréables et, après quelques heures, des démangeaisons et rougeurs sur la peau. » Revenu en Belgique, il contacte une société montoise spécialisée dans le développement de produits de bien-être. « Je voulais travailler avec des huiles essentielles, elles sont dans l’air du temps et c’est la seule manière de répondre au cahier des charges de manière naturelle. »

Début octobre, il peut tester les premiers échantillons d’un produit à base de menthe poivrée, eucalyptus et ravintsara. Après quelques semaines d’essai, les résultats sont concluants, le mélange dégage les sinus, prévient le risque d’éventuelles démangeaisons et ne laisse que de bonnes odeurs. Le brevet est déposé et le PureON Spray peut être mis en production. Il sera fabriqué en Belgique, à base d’extraits d’huiles essentielles produites en Europe. Début janvier, les premiers sprays en flacons de 15 millilitres, vendus au prix unitaire de 12 euros, sont distribués à partir du site et de quelques pharmacies à Bruxelles, Namur et Vresse-sur-Semois. « Les retours sont très positifs, notamment dans le secteur médical et les entreprises où le personnel est amené à porter un masque toute la journée », se réjouit Paul Petit Jean.

S’il est d’abord conçu pour rendre le port du masque plus confortable, il peut aussi être utilisé à d’autres fins. Certains vaporisent leur oreiller pour se garantir une bonne nuit de sommeil, d’autres l’appliquent sur les coussins ou glissent un spray dans leur sac de voyage. « J’ai un ami qui fait de l’emphysème et qui ne peut déjà plus s’en passer. Et une dame qui ne pouvait pas sortir sans risquer une syncope a retrouvé le plaisir des promenades… »

Il est entendu que tout le monde attend le moment où l’on pourra tomber le masque, mais d’ici là autant l’apprivoiser dans un dépaysant parfum de menthe et d’eucalyptus. Et il y a fort à parier que le parfum restera.

www.pureonspray.eu

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Lauréate 2018 du Grand Prix Wallonie à l’Exportation, l’entreprise liégeoise Lasea est une des entreprises les plus performantes au monde dans la technologie du laser haute précision. Elle compte parmi ses clients des pointures de la Silicon Valley, le top mondial de l’horlogerie et des géants pharmaceutiques.

 

Vous ne connaissez peut-être pas Lasea. Cette entreprise basée à Angleur, sur les hauteurs de Liège, dans le quartier du Sart Tilman, s’est vue décerner en juin dernier le Grand Prix Wallonie à l’Exportation 2018. 95% des machines conçues par Lasea partent à l’étranger, dans pas moins de 27 pays dans le monde ! Son domaine d’activité ? Le laser. Extrêmement précises, ces machines permettent de graver, couper ou souder des surfaces infimes de plastique, de métal ou de verre. Certains lasers développés par Lasea sont capables de faire des trous de 0,2 micron, soit 250 fois moins que le diamètre d’un cheveu ! Seule une poignée d’entreprises dans le monde peuvent fournir cette technologie de pointe. C’est cette singularité qui permet à l’entreprise wallonne de rayonner aux quatre coins du globe. Citons parmi ses clients des grandes sociétés de la Silicon Valley, le top mondial de l’horlogerie et des géants pharmaceutiques comme Sanofi ou GSK.

 

Le démarrage dans une cave !

A l’instar de Steve Jobs et d’Apple, l’aventure de Lasea a démarré voici 20 ans dans… une cave. « J’ai démarré l’entreprise seul, en 1999, à l’âge de 25 ans, sourit Axel Kupisiewicz, CEO de Lasea. Après mon diplôme d’ingénieur et d’économiste, j’ai travaillé durant un an et demi au Centre Spatial de Liège, situé juste à côté des locaux actuels de Lasea (un parc où sont situées d’autres entreprises à la pointe dans le secteur spatial et des nouvelles technologies, ndlr). Je voulais me lancer en tant qu’indépendant, je n’avais ni argent ni produit à vendre. J’ai loué une cave et l’aventure a démarré. » Rejoint par des amis, le jeune entrepreneur développe d’abord un procédé d’enlèvement de couches sur pare-brises, technique qui séduit des grands noms du vitrage automobile comme AGC ou Saint-Gobain. D’autres applications, comme la soudure de plastique grâce à la lumière, séduisent ensuite des entreprises comme Daïkin ou Zefal.

 

Deux axes : le luxe et le médical

Lasea franchit un second cap en 2003 en misant sur une toute nouvelle technologie à l’époque : le laser femtoseconde. Ce laser donne des impulsions ultra-courtes, de l’ordre d’un millionième de milliardième de seconde, qui permettent ainsi de travailler avec de la lumière sur un matériau sans véhiculer de chaleur. « C’est via cette technologie que sont conçues les vitres fines des Smartphones ou certains écrans plats des télévisions, poursuit l’entrepreneur originaire de Soumagne. A l’époque, personne n’y croyait mais notre pari s’est avéré gagnant. »

Lasea vend ainsi une machine laser femtoseconde… entre 350.000 et 1 million d’euros ! Toutes les machines sont assemblées sur le site d’Angleur, où des ingénieurs spécialisés conçoivent et développent régulièrement de nouveaux prototypes. Car les machines proposées par Lasea ne se résument pas à de simples lasers, elles s’apparentent dans certains cas à des lignes de production automatiques robotisées. « Pour faire simple, la technique du laser s’apparente à celle d’une imprimante 3D, sauf qu’au lieu d’ajouter de la matière, on enlève de la matière, explique Axel Kupisiewicz. Le client conçoit ainsi un dessin sur ordinateur et le fait ensuite graver, souder ou couper par un laser sur différents matériaux. »

Grâce au temps et à l’expérience, l’entreprise liégeoise s’est spécialisée dans deux domaines : la médecine et le luxe. Convoitée par les plus grandes marques de montre, les solutions laser de Lasea permettent de tailler des petits engrenages, concevoir des composants de montre ou confectionner des vitres très fines.

 

Fidèle à la Wallonie

Véritable success-story wallonne, Lasea connaît une croissance continue de 34% chaque année. Référencée dans le « Top 50 des entreprises belges les plus en croissance », Lasea a ainsi déjà placé pas moins de 250 machines de haute puissance à travers le monde, dont tout récemment une première machine aux Pays-Bas. Pour conforter cette réputation internationale, l’entreprise a développé ses activités en créant trois bureaux à l’étranger. En 2012 à Bordeaux – où une dizaine d’ingénieurs élaborent notamment des composantes optiques des machines lasers –, en 2016 aux Etats-Unis et en 2017 en Suisse. « Ces deux filiales, moins grandes que celle de Bordeaux, permettent entre autres de montrer les machines aux clients sur place et de faire tester de nouveaux prototypes », souligne Axel Kupisiewicz.

Luxe suprême pour une entreprise, Lasea reçoit un nombre de demandes supérieur à sa capacité de production ! « Il n’y a pas assez de personnel qualifié en Belgique pour cette technique, ce qui nous pousse à aller voir à l’étranger, avance l’entrepreneur. Aujourd’hui, environ 25% de nos employés proviennent d’autres pays : Portugal, Angleterre, Espagne Suisse ou France. » Vu la réputation à l’étranger de Lasea, pourquoi ne pas envisager un jour une délocalisation ? « La question s’est déjà posée, mais nous tenons à rester en Wallonie. Parce qu’un organisme comme l’Agence Wallonne pour l’Exportation est un excellent levier. Et parce qu’en Wallonie, le soutien à la créativité et à l’innovation nous permet d’être au moins égal, voire supérieur, à celui des entreprises qui génèrent 1 à 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. C’est important pour Lasea de rester dans le pays où nous sommes nés. »

 

Un nouveau bâtiment en 2020

Pour répondre à une demande sans cesse croissante, l’entreprise, qui occupe actuellement une septantaine de personnes et qui engage à un rythme soutenu, a décidé de faire construire un nouveau bâtiment juste à côté de l’ancien. « La surface totale sera plus que doublée, cela nous permettra d’engager plus de monde encore et de produire plus de machines », explique Axel Kupisiewicz, qui espère ainsi quasi quadrupler la capacité de production de Lasea. 

Le chantier des nouveaux locaux, dont le coût s’élèverait à six millions d’euros, devrait démarrer fin 2018, une fois les permis obtenus. Il devrait être opérationnel en 2020.

 

LASEA

Rue des Chasseurs Ardennais 10

B-4031 Liège

[email protected]

www.lasea.eu

Dogstudio est pionnier de la communication digitale en Wallonie. L’agence namuroise a signé nombre d’installations en Belgique et aux Etats-Unis où elle poursuit son développement en séduisant d’importantes institutions culturelles. Elle a aujourd’hui un bureau à Chicago.

 Le 4433 North Ravenswood Avenue, à Chicago, est un bâtiment Art Deco en briques rouges à deux étages rythmés d’étroites fenêtres, à quelques blocs de Challenger Park. C’est là, au-dessus d’un magasin de meubles, que Dogstudio a ouvert son premier bureau américain dans la grande métropole du Midwest. Un beau parcours pour cette agence de communication digitale fondée à Namur, il y a 12 ans.

« Nous bossions tous les quatre dans des agences de communication classiques. Nous  étions de vrais geeks, contrairement à ceux qui nous employaient, et l’envie nous est venue de bousculer le monde du digital », explique Gilles Bazelaire, CEO et co-fondateur. Ce qui faisait la différence, c’est que le quatuor était à la conception et à la production. Il n’y avait pas de perte de sens, ni d’émotion. La technologie était au service d’une idée, pas un gadget rapporté. Les quatre associés étaient comme des chiens fous, ils ont donc baptisé leur agence « Dogstudio », s’affublant chacun d’un patronyme canin. Gilles Bazelaire est devenu Bichon, son frère Mathieu a choisi Caniche, Antoine Bogaert a préféré Roquet et Henry Daubrez a opté pour Border.

A Namur pour le côté frondeur

Leur première décision, loin d’être anecdotique, a été de s’établir à Namur. Un choix qui n’était pas facile alors que les grosses boîtes sont, pour la plupart, établies à Bruxelles, voire à Anvers. On a beau être dans le monde digital, les contacts humains restent essentiels. Le confort de vie a pesé dans la balance. Namurois, les quatre toutous de studio, qui avaient tous habité plusieurs années à Bruxelles, étaient décidés à revenir à la niche.

« Ça correspondait aussi à notre côté frondeur. Nous avons voulu tourner la localisation à notre avantage en appuyant ce côté agence perdue au milieu de nulle part. » En 2006, la communication digitale n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, surtout en Wallonie. C’est une des raisons pour laquelle Gilles Bazelaire et ses amis ont lancé à Namur le KIKK Festival destiné à promouvoir la culture numérique. « Plutôt que de se plaindre du peu d’évolution du marché, nous avons voulu contribuer à le mettre à niveau en accompagnant le public et en ouvrant une fenêtre sur le monde digital. Nous l’avons créé sur un coup de tête parce qu’à l’époque, en Belgique, il n’y avait rien pour tirer le marché numérique vers le haut. Ce n’est qu’une fois que ça s’est développé que les gens ont commencé à se poser des questions. » Le festival, aujourd’hui géré par une asbl distincte de l’agence, se porte bien et attend plus de 25.000 visiteurs pour sa 8e édition, du 1er au 4 novembre prochain.

 Le Standart, premier à être séduit

Démarrant leurs activités avec des clients figurant dans leurs carnets d’adresses, Dogstudio a séduit le Standard de Liège, puis a étendu ses activités en développant son volet créatif. Des prix dans des magazines de design lui ont valu des clients en France, en Grande Bretagne et au Luxembourg. C’est toutefois le prix du plus beau site de l’année, décerné par le site Awwwards en 2015, pour son travail pour Franco Dragone, qui a fait bouger les lignes. « Ça nous a amené beaucoup de reconnaissance et de visibilité et entraîné des commandes pour des start-ups à San Francisco et un magazine à New York. Et quand est venue la commande du Musée des Sciences et de l’Industrie de Chicago, nous nous sommes décidés à ouvrir un bureau de l’autre côté de l’Atlantique. »

Un gros projet. L’institution culturelle américaine, une des plus imposantes dans son domaine avec 800 employés et 3 millions de visiteurs par an, a demandé aux Namurois de redéfinir leur identité graphique et digitale.

A Chicago avec l’aide de l’AWEX

« Quinze pour cent de notre chiffre d’affaire concernaient le marché international et nous nous sommes dit que c’était le moment de développer notre visibilité et d’accroître notre crédibilité via des projets plus ambitieux. » Un accompagnement sans faille de l’AWEX et l’entrée du fonds d’investissement Wallimage au capital de l’agence ont aussi été des arguments décisifs. Nicolas Moies-Delval, Managing Partner de la succursale à Chicago, a d’abord travaillé deux ans à Namur pour infuser la culture et l’esprit d’entreprise de Dogstudio. « Le bureau de North Ravenswood n’a pour le moment pas la vocation d’assurer la production des projets qui est toujours localisée à Namur. L’objectif est de faciliter la prospection, les premiers contacts et les relations avec les clients américains. La belgitude n’est pas spécialement mise en avant. Au début, beaucoup de nos clients pensent bosser avec une boîte américaine avec une culture européenne et ça nous va. »

A Chicago, Dogstudio a aussi signé une installation interactive de 9 mètres de large sur le Navy Pier, sur les rives du lac Michigan. Ailleurs aux States, le Kennedy Center for Performing Arts et le Smithsonian Institute ont également fait confiance aux créatifs de Dogstudio. La Wallonie n’est pas en reste, avec des projets en réalité augmentée pour le Musée Rops de Namur et le musée de la Vie Wallonne à Liège. Et à Bruxelles, la Maison Natan leur a offert une belle vitrine dans le luxe. Dans un domaine comme le digital où les technologies évoluent très vite, le travail de veille est essentiel et représente 20% du temps de travail des Namurois. « Nous ne sommes pas une agence technologique, insiste Gilles Bazelaire. Notre truc, c’est comment créer l’émotion à travers le digital. Nous serons les derniers à fourguer au client une application ou une technologie parce qu’elle est à la mode. Nous partons toujours du projet pour définir ce qui est le plus adéquat. »

Asseoir Dogstudio comme une marque nationale et internationale

L’agence emploie aujourd’hui 36 personnes qui se partagent équitablement entre créatifs, développeurs et chargés de projets. Aujourd’hui, c’est devenu très difficile de recruter les talents, mais quand on sait que deux années sont nécessaires pour former les nouvelles recrues à être 100% Dogstudio, on mesure surtout le défi à les garder. « Nous voulons rester attractifs et essayons de penser à tout ce qui contribue au confort de travail. C’est ainsi que nous avons ouvert des antennes à Liège et à Bruxelles. »

Dogstudio est confiant dans son développement. L’agence cherche à accroître sa présence dans les secteurs de la culture, de l’entertainment et du luxe, c’est-à-dire là où ses créateurs ont davantage l’occasion de se lâcher et de marquer leur différence. « Ce qu’on veut, c’est asseoir Dogstudio comme une marque nationale et internationale sans perdre notre ADN. Pour cela, il nous manque encore un client global de référence. » Côté international, l’agence a eu des premières opportunités au Moyen-Orient, mais les différences culturelles restent importantes. Elle mise donc plus que jamais sur les États-Unis avec le recrutement d’un employé supplémentaire à Chicago et l’ouverture d’un deuxième bureau sur la côte est. Probablement à Los Angeles où elle a déjà noué des contacts dans les milieux du cinéma via des projets cross-média.

Le chien est réputé être le meilleur ami de l’homme. Ceux qu’on peut voir s’activer devant des écrans d’ordinateur du côté de la rue de l’Evéché, près de la cathédrale Saint-Aubain, l’affirment haut et fort : « We make good shit ! » « Ça nous a rendu confiants d’être devenus ce que nous sommes et nous avons envie d’assumer notre second degré », conclut Gilles Bazelaire.

Dogstudio

Rue de l’Evêché 10

B- 5000 Namur

www.dogstudio.co

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Qu'elles soient d'eau, de terre ou de fer, les voies lentes vous emmènent aux quatre coins de la Wallonie à la découverte de lieux inconnus ou méconnus, mais bien présents dans notre Patrimoine.

 

Dans la quiétude du vieux canal

Antoing – Hainaut

En 1826, Guillaume 1er, souverain des Pays-Bas qui administrait alors notre pays, décida la construction d’un canal entre Pommerœul et Antoing pour acheminer le charbon borain vers l’Escaut sans acquitter les lourdes taxes exigées par la France. L’augmentation du gabarit des péniches condamna l’ancien chenal qui fut remplacé 150 ans plus tard par une nouvelle voie d’eau à même d’accueillir des embarcations jusqu’à 1 350 tonnes. Désaffecté, le vieux canal pouvait désormais s’offrir aux seuls promeneurs avides de fraîcheur et de quiétude.

La ballade démarre au Pont royal pour revenir au même point après une boucle de 5 km. Construite en 1924 pour accueillir des trains qui ne sont jamais arrivés, la vieille structure métallique qui enjambe le canal était condamnée à la destruction en raison de son état de délabrement et de corrosion. Bien décidé à préserver un édifice durablement inscrit dans le paysage maubraisien, le comité de défense local parvint à convaincre les autorités communales de reconstruire le pont à l’identique.

Se dirigeant vers Callenelle, la promenade emprunte le chemin de halage entièrement couvert d’un tapis de gazon d’où émergent par moments les tiges d’orties, de chardon, et du plantain d’eau avec ses larges feuilles en forme de cœur. Le calme est total. La présence d’une ancienne écluse en contrebas du pont empêche toute navigation de plaisance. Au-dessus de l’immobile ruban vert, les feuillus entremêlent parfois leurs plus longues branches pour former un arc de voûte. Le talus boisé qui isole le canal du chemin en surplomb est régulièrement barré de rigoles d’évacuation en escalier par où s’évacuent les eaux de ruissellement en cas de fortes pluies. Arrivé au lieu-dit Grand Camp, on fait demi-tour en empruntant l’autre berge sur un chemin en surplomb bordé d’arbres enveloppés de leur gangue de lierre. Les concepteurs du canal avaient pris soin de planter les talus de massifs de feuillus pour protéger les haleurs, hommes et chevaux dans leur pénible travail de force. Aujourd’hui, les arbres ont poussé et ils garantissent d’autant mieux aux promeneurs une très agréable balade, même en cas de forte chaleur.

Info: +32 69 44 17 29
[email protected]
www.antoing.net


Signal de Prusse

Robertville – Liège

Les promeneurs empruntant aujourd’hui le RAVeL qui relie Aachen à Troisvierges, ’la Vennbahn’ comme disent les germanophones, ne manquent pas de remarquer cette charmante bâtisse anachronique qui nous renvoie à un autre âge des chemins de fer.

Les plus observateurs noteront que la peinture verte qui couvre les colombages est inhabituelle en bordure du réseau ferroviaire belge. Et pour cause, le jour de sa mise en service en 1907, cette cabine d’aiguillage équipait le réseau de chemin de fer prussien. En 1921, suite au traité de Versailles, le bâtiment fut intégré au réseau ferroviaire belge où il resta en activité jusqu’en 1995, en dehors de la Seconde Guerre mondiale où l’équipement retourna provisoirement à l’Allemagne.

Pour mesurer toute l’originalité et l’importance de ce patrimoine, il faut pousser la porte et grimper au premier étage. La cabine nous apparaît avec tout son équipement d’origine. Au centre, trône l’ingénieux banc de leviers et de câbles grâce auxquels étaient actionnés manuellement les signaux et aiguillages des alentours. À l’arrière de la machinerie, la table d’enclenchements, ingénieuxmécanisme qui garantissait la sécurité du système dans l’éventualité d’une erreur de manipulation de l’aiguilleur. L’équipement est complété d’un “téléphone block” qui permettait de communiquer avec les autres gares, cabines d’aiguillage et loges de passage à niveau pour autoriser ou non le « mouvement » d’un train.

On y voit aussi différentes affiches et documents qui témoignent de la vie de la cabine. Dans un coin, un poêle de gare en fonte estampillé SNCB. La présence de deux couchettes sommaires peut étonner, il ne s’agit pas là de mobilier d’époque, mais de la nouvelle fonction imaginée pour le lieu par l’ASBL 881, à l’origine du sauvetage et de la restauration du bâtiment. Pour dépasser sa valeur muséale, la cabine, équipée d’une douche et d’une toilette sèche, peut faire office de gîte d’appoint pour les amoureux des promenades. À quelques mètres de la cabine apparait une structure circulaire concave de 16 m de diamètre tapissée de briques. C’est tout ce qui subsiste d’un pont tournant qui faisait pivoter les locomotives de 180°, un outillage indispensable pour les motrices à vapeur qui ne comportaient qu’une cabine de pilotage. Ce vestige remis au jour par la commune de Waimes est précieux, car de tels équipements sont devenus extrêmement rares sur le reste du réseau ferré belge.

Rue des Scieries (croisement du RAVeL)
B-4950 Robertville
+32 473 99 06 59
ou +32 496 93 36 89


Liège, ville d’eau

Liège

Enfant de la Meuse, la Cité ardente a toujours puisé dans les voies navigables un potentiel de développement. Avec le canal reliant Liège à Anvers, le souverain Albert Ier voulait entrer dans la modernité et renforcer les liens entre le nord et le sud du pays.

Entre le début des travaux en 1930 et leur achèvement en 1939, Liège a connu deux expositions internationales dont une promenade ravive les rares vestiges et souligne l’importance et l’activité du port qui fête ses 80 ans d’activité. En 1939, l’Exposition internationale de l’eau, comme elle se présentait, se répartissait autour d’une nappe d’eau de plus de 30 ha sur les deux rives de la Meuse et sur la pointe de l’île Monin. Le reste de cette langue de terre de plus de deux kilomètres, rehaussée grâce au débris de terrassement du canal fut dédié aux activités industrielles qui se sont poursuivies jusqu’aujourd’hui.

Les seuls vestiges en dur qui subsistent sont l’ancien Grand Palais permanent de la ville de Liège ainsi que le phare et la statue d’Albert à la pointe de l’île Monsin. L’imposant et massif palais conçu par Jean Moutschen, architecte de la ville de Liège, est typique de l’architecture fonctionnelle de l’époque. Son revêtement extérieur est composé de plaques de terre cuite dont la teinte, qui à l’origine variait de la base au sommet du bâtiment du violet foncé au rouge clair, présente aujourd’hui une nuance uniforme couleur brique. Au-dessus de l’entrée principale, une fresque de style Art déco d’Alphonse Hansard représente les arts, les sciences et l’industrie de la Cité ardente. Après avoir abrité une patinoire pendant plusieurs décennies, le bâtiment devrait être complètement rénové pour s’intégrer au futur Écoquartier de Coronmeuse.

Par le Pont Marexhe, on accède sur l’île Monsin où l’on peut admirer la fresque dédiée au canal Albert. La pointe, aujourd’hui parc de promenade, est particulièrement exposée au vent, ce qui en fait un terrain idéal pour les cerfs-volants. Sur le chemin de halage passe le RAVeL 1 qui permet d’aller jusqu’à Maastricht.

Quai de Wallonie 3 (parc Astrid)
B-4000 Liège
+32 497 44 33 90 ou +32 497 06 39 49
[email protected]m

Programme de visites sur algatourisme.jimdo.com

 


Château l’artiste !

Mettet – Namur

C’était le refuge de Félicien Rops. Sa gentilhommière. Il y a peint, écrit, dessiné, donné des leçons de gravure, planté des arbres et des fleurs, et reçu des amis artistes. Caché des regards à l’abri de son parc exubérant, le château de Thozée est une bâtisse inclassable, d’un style que l’artiste qualifia de drolatique.

La façade néo-classique dialogue en toute harmonie avec des tourelles en poivrière et des éléments gothiques. Sauvé de la ruine par l’action opiniâtre du cinéaste Thierry Zéno qui respecta la promesse tenue à Elisabeth, petite-fille de Félicien, Thozée sort enfin du purgatoire. Après 17 années de restauration, le château a belle allure. Tout n’est pas d’équerre, mais c’est ce qui fait son charme. Les artistes accueillis en résidence et les enfants venus en stage sont unanimes pour louer l’ambiance un peu mal peignée mais terriblement attachante qui se dégage des lieux. Dans le parc, les arbustes sont devenus des arbres aux racines envahissantes qui descellent l’escalier. Dans le grand salon, les murs débarrassés d’un papier peint anachronique et sans intérêt ont révélé une esquisse peinte probablement par Rops à même le plafonnage.

Une exposition occupera les salons du rez-de-chaussée. Elle comprend des extraits de lettres et des copies de tableau confiées par le musée Rops. On y surprend la vie de l’artiste à Thozée et les paysages peints lors de ses fréquentes balades en bord de Meuse et dans les environs de Mettet. Une pièce, la bibliothèque, met en valeur son intérêt pour la Botanique et les jardins du château, même quand il résidait à Paris, puisqu’un courrier adressé à son fils résidant à Thozée explique avec précision où planter les roses qu’il lui envoie de la ville lumière. L’ancienne ligne de chemin de fer 150 A avec laquelle Monsieur Rops venait au château est devenue le Ravel Rops qui permet de sillonner la paisible campagne et longer le verger où subsistent de variétés de pommes qu’on croyait disparues.

En dehors des activités organisées par le Fonds Félicien Rops, le château de Thozée n’est pas accessible au public.

Rue de Thozée 12
B-5640 Mettet
+32 71 72 72 62
[email protected]
www.fondsrops.org


Où est l’oiseau ?

Le tir à l’oiseau ou tir à la verticale est une variante de tir à l’arc tel qu’on le pratiquait depuis le 17e siècle. Le principe était de viser des oiseaux factices piqués sur une herse placée en haut d’une perche. Discipline olympique en 1900, le tir à la perche est resté très populaire pendant la première moitié du 20e siècle. Il était pratiqué sur une zone qui s’étend du Pas-de-Calais à la Zélande, en passant par la Belgique, toute la Flandre et une partie de la Wallonie. Pour permettre à ses adeptes de continuer à pratiquer l’hiver venu, certains eurent l’idée de dresser une tour pour abriter les perches.

Celle de Rixensart construite entre 1927 et 1928 est la dernière qui subsiste en Wallonie. Haute de plus de 35 m, elle est entièrement bardée d’ardoises. L’hôte des lieux, la Société d’Archers de Rixensart y a créé un musée qui raconte le tir à l’art et expose d’anciens trophées et cartes postales.

Musée du tir à l’arc
c/o Club de tir à l’arc de Rixensart Ste Croix
Rue Auguste Lannoye 32
B-1332 Genval
+32 477 78 30 68 ou +32 478 27 68 16 /
[email protected]
www.si-rixensart.be


 

Du haut de la Redoute

Florenville – Luxembourg

Le long de la Semois, Louis XIV dressa une ligne de fortifications pour prévenir la France des invasions ennemies. L’ouvrage était doté de 28 postes d’observation, les redoutes. En contrebas de Florenville, près du RAVeL, se dresse toujours la Poivrière, une redoute en pierre d’architecture classique particulièrement bien conservée. Depuis le village d’Azy démarre une promenade jusqu’à la redoute de Gréa, où s’abritaient six à huit défenseurs dont il ne reste aujourd’hui que les fondations entourées d’un rempart de terre et de fossés. Très facile d’accès, la promenade enchante par sa traversée des bois et par le point de vue de Bohanan (ne pas confondre avec Bohan), surplombant la Semois.

La poivrière
Rue de la Rosière
B-6820 Florenville
Circuit Redoute Gréa à Azy
Esplanade du Panorama 1 (Haut du village)
B-6820 Azy
+32 61 31 12 29
[email protected]
www.florenville.org


Tous les chemins mènent à l’Histoire

Divers villages – Namur

Il en passait du monde au premier siècle de notre ère sur cette chaussée romaine qui traversait la Hesbaye. Artisans, commerçants et paysans locaux vaquaient à leurs occupations, parfois une garnison marchait en rangs serrés pour rejoindre Tongres.

Sur leur droite, s’élevait le tumulus d’un notable. Aujourd’hui, ce tumulus est toujours là en plein champ, coiffé d’un bosquet d’arbres et il est une des pièces majeures du patrimoine archéologique et monumental de Braives. À quelques kilomètres de là, l’ancienne cour de justice de Hosdent rassemble dans une exposition les témoignages du riche passé de l’entité. Braives a connu des fouilles presque en continu depuis le milieu du 19e jusqu’à la fin du siècle suivant. Les pièces et objets retrouvés sont pour la plupart conservés dans des musées extérieurs, comme le Grand Curtius.

Lors des Journées du Patrimoine de septembre dernier, deux circuits liés aux voies lentes ont été suggérés aux marcheurs et cyclistes qui peuvent bien sûr encore les emprunter aujourd’hui.

À Burdinne, c’est l’ancienne gare du vicinal qui sera l’objet de votre attention. Construite à partir de 1908, elle a été exploitée jusqu’en 1942 pour les voyageurs, et 1957 pour le transport des betteraves. Le gazon et un sentier pédestre recouvrent à présent les anciennes voies ferrées, mais l’ensemble du bâti est encore parfaitement conservé. Il comprend un quai d’embarquement et une rampe de chargement, un bâtiment pour les voyageurs, aujourd’hui réaffecté en bibliothèque communale, une remise aux locomotives, une salle des machines et enfin la lampisterie qui abritait les réserves de charbon et un château d’eau.

À Héron, vous vous intéresserez aux potales sur le chemin du pèlerinage dédié au Bon Dieu de Gembloux et vous croiserez les lignes du vicinal d’Envoz. À Wanze enfin, les regards se tourneront vers l’ancien château de Ramequin. De la fortification située stratégiquement en bord de Meuse, il ne subsiste qu’une des quatre ailes transformée en habitation privée.

Infos : +32 85 25 16 13
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Restaurateur étoilé, Benoit Gersdorff n’aime pas le sur place, dans la cuisine comme aillaurs. Rachetant une vieille ferme sur le site de la Citadelle de NAmur, il décide de la rénover pour en faire une résidence high-tech haut de gamme. Une première !

 

Monsieur Bigneron dans sa jeep Willys rouge venant verser le lait de sa cruche et déposer des œufs frais provenant de sa ferme. Benoît Gersdorff n’a jamais oublié cette image. Vers l’âge de 4 ans, il vivait chez ses grands-parents à 400 mètres de la ferme que Monsieur Bigneron louait au Baron de Fallon. Plus de quarante années ont passé. Les derniers exploitants et propriétaires, usés par la vie, ont rangé les fourches et les bottes en caoutchouc. Un manteau de silence a enveloppé ce qui a longtemps été la plus vieille ferme en activité de la Citadelle de Namur. La bâtisse, presque en ruine, a été mise en vente publique. Benoît Gersdorff est venu, accompagné de son fi ls. Et il a acheté la ferme. Sans objectif précis. Juste une intuition et l’envie de ne pas laisser partir un morceau de mémoire d’enfance. Aujourd’hui, la ferme a presque achevé sa mue et s’apprête à recevoir des hôtes dans un confort inégalé.

Sans aucune prétention

Le parcours professionnel de Benoît Gersdorff s’apparente à une course à la passion attisée par la curiosité. Formé à l’école hôtelière de Libramont, il y a rencontré sa femme, devenue sa partenaire de cœur et d’affaires. Il s’y est fait ses premières armes devant les fourneaux. Pour apprendre son métier, rien de tel que l’écolage des grands. Ce sera les stages chez des chefs étoilés à Bruxelles, à Paris et à la Côte d’Azur. Il prend goût aux voyages avec les galas gastronomiques où il porte la toque à Shanghai, Bangkok, Sydney ou dans les Émirats arabes. De retour en Belgique, il lance L’Essentiel à Temploux. Pendant deux ans, il arrête la cuisine pour s’occuper du chantier. « Nous avons ouvert sans aucune prétention, si ce n’est l’envie de recevoir des gens en essayant de leur faire passer un bon moment dans un endroit qu’on avait mis en œuvre. » Le restaurant fut rapidement étoilé. Après un an, voilà que débarque Raphaël Adam, un jeune garçon plein de promesses. Pour Benoît Gersdorff, une des clés de la réussite, c’est la capacité à déléguer. Il forma le jeune homme en cuisine et en salle, l’envoya en stage. Et quelques années plus tard, il lui remettait les commandes de L’Essentiel. Dans la continuité. C’était pour Benoît Gersdorff la fin d’un cycle. Après plusieurs années de travail absorbant, le nez dans le guidon, il ressentait le besoin de prendre de la hauteur. « J’ai fait appel à des coaches d’entreprise qui m’ont amené à réfléchir à ce que j’avais vraiment envie de faire. Je me suis rendu compte que j’adorais gérer et stimuler des équipes. » Homme d’idées, il fonctionne aux intuitions qui, parfois, lui reviennent en pleine figure. Pourquoi fast-food ne pourrait-il pas rimer avec repas équilibré et gastronomique ? En ouvrant un nouveau restaurant dans le domaine de Chevetogne, il veut prouver qu’on peut faire des repas gastronomiques à 10 euros ? Il installe des cuisines avec des rôtissoires, propose des picattas de saumon au concombre. C’est le bide. « Les gens réclamaient des hamburgers-frites et des hot-dogs. Ils ne voulaient rien d’autre. On s’est rendu compte qu’il y avait un énorme travail d’éducation à faire. » À Jambes, il reprend La Plage d’Amée, un restaurant qui vivote pour en faire une affaire qui marche. Très tôt, Benoît Gersdorff a eu la bougeotte et la soif d’apprendre. Aujourd’hui, il parcourt le monde avec un agenda à faire pâlir un DJ. Il fait de fréquents arrêts à Hong Kong, où il apporte ses services et conseils à un restaurant ouvert au profit d’une clinique pour les enfants souffrant de troubles du langage. Au détour de ses voyages émerge le concept qu’il attendait pour faire revivre la ferme achetée quelques années plus tôt, et la conviction qu’on n’est pas plus mal en Wallonie qu’ailleurs.

 

Une clientèle haut de gamme

Les bâtiments seront vidés, désossés, démontés et remontés pierre par pierre sans rien perdre de leur élégance toute classique. Repensés, les lieux accueillent désormais six appartements haut de gamme de 150 m² possédant chacun leur personnalité et leur tonalité. Literie Hästens, WiFi indépendant, téléphone par IP, service 24 heures sur 24, ainsi qu’une salle de massage, sauna, hammam, piscine intérieure et extérieure. Les résidents pourront aussi bénéficier d’une salle de cinéma et d’une salle à manger prévue avec du personnel. Rien n’est laissé au hasard. « C’est un produit qui n’existe pas encore en Belgique. Je pense pouvoir compter sur une clientèle haut de gamme qui apprécie un niveau de services personnalisés qu’on trouve rarement en hôtellerie. Une partie de ces gens serait prête à venir à Namur », avance-t-il, « qui n’est tout de même qu’à une cinquantaine de kilomètres de Bruxelles. » Il songe aux stars invitées par le Festival de Namur, mais aussi à des cadres, ou des top managers internationaux qui ont affaires chez nous pour un mois ou deux, et qui préfèrent une retraite bucolique à un environnement urbain. L’objectif est aussi d’amener cette clientèle d’exception à découvrir les charmes discrets de la capitale wallonne. « C’est aussi un levier pour attirer des gens à Namur. On vise un marché de niche qui est une clientèle trop sporadique pour justifier l’établissement d’un hôtel de 30 chambres. Avec ce produit, je peux proposer à ma clientèle quelque chose de top pour le prix de quelque chose de moyen dans la capitale. » Le gros œuvre est à présent achevé. Place à la finition pour une ouverture attendue au mois de septembre 2009. Sans se laisser corseter par un cahier de charges trop strict, il garde une place pour l’intuition. « On peut changer d’avis en cours de route. Déplacer un mur ou une porte pour intégrer de nouveaux éléments. » Pour Benoît Gersdorff, la filiation entre restauration gastronomique et restauration patrimoniale est évidente. « Je vois la conduite d’une rénovation comme l’élaboration d’une recette de cuisine. Devant ses casseroles il faut être attentif à l’intensité des feux, goûter ce qui frémit pour rajouter l’un ou l’autre ingrédient. Dans l’Horeca comme dans la rénovation, tout le monde apporte sa pierre à l’édifice. Si vous avez un bon chef, mais que le plongeur ne nettoie pas bien et qu’en salle on tape les assiettes sur la table, l’impression d’ensemble sera négative. » Grand partisan du travail collégial, Benoît Gersdorff sait aussi qu’il est important de garder la décision finale. Pour rester maître du projet, il n’a pas voulu confi er son bébé à un grand nom, préférant s’associer à des PME ou à des outsiders comme l’architecte Pierre Brahy de B concept, ou le bureau Architecture et Nature passionné par l’architecture durable et organique. « Il faut forcément faire des choix et des arbitrages. Entre les toilettes sèches et les jacuzzis, on ne parle évidemment pas de la même empreinte écologique », sourit-il.

Réfléchir différemment

Après 25 ans passés en cuisine, Benoît Gersdorff ne regrette pas de laisser sa toque au vestiaire. « Il faut savoir faire des choix. La gestion est exigeante, on ne sait pas être créatif en cuisine, faire des achats et en même temps être au bureau, faire un peu d’ingénierie fiscale et résoudre les problèmes quotidiens que pose la gestion d’une équipe de dix personnes. » Même s’il a délaissé les fourneaux, il n’en est jamais loin. Il suffit qu’une ou deux personnes manquent à l’appel alors que les réservations s’accumulent, Benoît enfile la blouse blanche brodée à son nom pour jongler avec les poêles et les casseroles, surveiller l’intensité des feux et veiller à ce que chaque membre de l’équipe assure sa part de boulot. L’homme est confiant dans le potentiel de son nouveau projet. « Des grosses agences immobilières à Bruxelles ont avancé qu’il n’y a aucune demande, mais c’est un peu l’histoire de l’oeuf et de la poule. Il faut que des gens comme moi prennent le risque. L’argent n’est pas mon moteur » confie-t-il, presque pour s’excuser, tout en ajoutant qu’il s’est engagé dans un investissement immobilier à risques et qu’il fera tout pour rentabiliser sa mise. Il ne se sent pas pour autant enchaîné aux murs de la ferme. Il possède une base de repli : quelque 2 800 m² dans le sud de la France. « Il y a une source, une ruine avec des pierres à démonter et remonter. Avec ça, il ne me faut rien d’autre ! » S’il avait fait une étude de marché pour L’Essentiel, il ne se serait peut-être pas lancé dans l’aventure. Avec son nouveau projet, il a procédé de la même manière. Le tsunami fi nancier qui paralyse aujourd’hui l’économie n’est pas le meilleur des contextes pour se lancer dans une entreprise qui ne manque pas d’ambitions. « Je vais avoir du mal. Mais ce sera comme tout le monde. Des solutions miracles, il n’y en a pas. Il va falloir être créatif, réfléchir différemment et trouver des réponses. » Lorsque L’Essentiel Residence & Spa accueillera ses premiers clients, on peut parier qu’au fond de l’œil pétillant de Benoît Gersdorff, on verra passer l’ombre d’une Willys rouge.    

 

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Cette année, les Journées du Patrimoine ont permis au grand public de découvrir une thématique aussi essentielle qu’intemporelle, le déplacement. Sur les voies d’eau, de terre et de fer. L’événement est certes terminé, mais le Patrimoine, lui, est toujours présent et se découvre toute l’année. Voici une sélection de quelques adresses accessibles en toutes saisons.

 

EAU D’ARDENNE
Barrage du Ry de Rome (Petigny) — Namur

C’est un ruban de bitume qui fait le tour du lac retenu par le barrage du Ry de Rome, près de Couvin. Il s’offre à une balade à vélo ou à pied autour de ce qui est le plus important réservoir d’eau portable de la région.

Sa superficie de 25 ha prend la forme d’un gant allongé à trois doigts qu’on ne remarque pas d’emblée, car 25 ans après la création du barrage, les massifs de bouleau plantés sur les berges ont bien poussé. Dès qu’une trouée le permet, on peut distinguer le prolongement des trois ruisseaux qui se déversent dans le lac, le Ry de Rome, le Ry de l’Ermitage et le Ry des Serpents. Le lac, qui a la particularité de remplir une vallée au milieu de la forêt ardennaise, tient sa teinte sombre de son fond rocheux. Ce qui lui donne un petit air nordique renforcé par les bois de résineux qui l’entourent.

À l’exception d’une brève et légère montée, le parcours est toujours plat et en léger surplomb par rapport à la berge protégée d’une bande boisée où poussent aulnes et bouleaux. Parmi la faune particulièrement riche à qui sait tendre l’oreille et observer en silence, on remarquera le grèbe huppé, les martins-pêcheurs et, en septembre, si la chance le veut, le balbuzard pêcheur, un impressionnant rapace qui étend ses ailes pour planer au-dessus du miroir sombre, attendant d’y plonger pour happer un poisson. Les flancs forestiers qui cernent le lac peuvent accueillir le pic noir, le plus grands des pics, et la cigogne noire, échassier typique des régions forestières, qui amorce son retour en Wallonie depuis qu’une exploitation raisonnée de la forêt l’a rendue à nouveau attractive. De juillet à octobre, le sol sec et acide des talus se tapisse du rose de la callune ou bruyère d’été. En cours de promenade, on distinguera également l’un ou l’autre sentier de descente par lesquels chevreuils et sangliers quittent la forêt au petit jour pour venir s’abreuver dans le lac. De retour devant le barrage, le tour est bouclé et la tête est aérée.

Infos pratiques
Barrage du Ry de Rome
B-5660 Petigny
+32 60 34 59 56 ou +32 60 34 01 40 / [email protected]
http://tourisme.couvin.com


PASSAGES À TABACS
Bohan — Namur

Tout porte à croire qu’un géographe facétieux se soit plu à dessiner certains tronçons de la frontière entre la France et la Belgique. Au détour d’un méandre de la Semois et du Ruisseau de Saint-Jean, une langue de terre peut faire passer le promeneur de l’un à l’autre pays sans prévenir. Une situation qui fit le bonheur des contrebandiers de tabac qui faisaient commerce entre les deux pays du milieu du XIXe au début du siècle suivant. Les consommateurs français de l’époque qui achetaient sur un bout de Belgique du tabac cultivé en bord de Semois pouvaient ainsi se passer des droits de douane et des accises. Balancés dans la rivière, les ballots de tabac descendaient quelques kilomètres avant d’être récupérés sur des barques qui étaient tractées vers une de ces « baraques » où l’on pouvait s’approvisionner en tabac, chocolat, café et allumettes. Les gens de Bohan et des environs qui connaissaient les bois par cœur y jouaient au chat et à la souris avec les douaniers. Le sentier qui relie les quatre différentes baraques (ou ce qu’il en reste) fait l’objet d’une promenade guidée.

La Baraque Laurent, départ de la promenade, est la seule à avoir été largement préservée. Après maints changements de propriétaire depuis la fin du commerce, la maison de deux étages en moellons du pays accueille depuis 25 ans des classes vertes pour des groupes d’enfants défavorisés. Là où le Ruisseau de Bois Saint-Jean se jette dans la Semois, on trouve ce qui reste de la Baraque Gérard. Quelques pans de murs envahis par la végétation en bordure de bois. L’huilerie où l’on préparait de l’huile d’éclairage a complètement disparu avec l’apparition du pétrole vers 1870. En plus d’un siècle, la topographie a beaucoup changé. La Baraque Gérard était alors visible depuis les berges de la rivière. Avec les années, les vestiges disparaissent peu à peu, la forêt reprend ses droits sur la pierre et les derniers pans de murs délabrés. Pour rejoindre les deux autres baraques, il faut s’enfoncer dans les bois. Si des hauts fûts de résineux se dressent aujourd’hui en bordure de chemin, à l’époque des contrebandiers, c’étaient des prairies qui prolongeaient le lit de la rivière.

De la Baraque Cagneaux, il ne reste plus grand chose, une basse construction en pierres qui abritait sans doute un lavoir. La baraque originale incendiée en 1938 a fait place à un chalet en brique, également tombé en ruine. Le sentier emprunté surplombe légèrement celui qui a été adopté à l’origine par la rivière du Bois Saint-Jean, plusieurs fois sortie de son lit au gré des époques. 

De la Baraque Léger, il ne reste rien, si ce n’est deux dalles de carrelage. Le débit des rivières a aussi considérablement baissé avec l’introduction des résineux qui ont asséché toute la vallée. Dans ce très beau site aux confluents des ruisseaux Flexa et du Bois Saint-Jean, il faut un effort d’imagination pour faire revivre l’activité haute en couleurs qui s’y est déroulée jadis. Mais peutêtre suffit-il d’écouter le paysage, il a encore des choses à nous dire.

Infos pratiques
Rue du Bois Jean 142 –
B-5550 Bohan
+32 61 29 28 27 / [email protected]


LES COUCHES DU TEMPS
Sclayn — Namur

La grotte de Sclayn, près d’Andenne, est un site exceptionnel. Découvert en 1971, ce site paléolithique fait l’objet depuis 1978 d’une fouille permanente où l’on a pu mettre en œuvre les méthodes les plus rigoureuses de l’archéologie contemporaine.

Gîte de passage, refuge d’appoint, la grotte a accueilli une succession de populations préhistoriques sur une période de plus de 100 000 ans. Des objets et des restes humains et animaux sont répartis au sein des différentes couches géologiques qui se sont succédé avec les siècles. Le site a déjà suscité bien des trouvailles dont la plus fameuse et incroyable est l’Enfant de Sclayn, un enfant néandertalien dont on a retrouvé la mâchoire inférieure et quelques dents dans un chenal de limon. Grâce aux techniques les plus pointues, on a même pu déterminer son âge au jour près, à savoir 8 ans et 17 jours.

L’ouverture du site à l’occasion des Journées du Patrimoine a été l’occasion de mettre en évidence l’importance des voies d’eau pour les populations préhistoriques. Obstacles naturels, elles pouvaient aussi faciliter les déplacements de ces chasseurs nomades qui ramenaient de leurs expéditions de précieuses matières minérales, végétales ou animales. L’origine géographique de ces diverses matières permet a posteriori de retracer les itinéraires de ces infatigables voyageurs. La richesse du site est telle que plusieurs décennies, voire générations, seront nécessaires pour y scruter et explorer toutes les couches et recoins. Les fouilles se pratiquent de manière séquencée, en avançant zone par zone. Et il faut bien sûr se garder de toute déduction hâtive, car des vestiges retrouvés à la même hauteur peuvent très bien appartenir à des époques distantes de plusieurs dizaines de milliers d’années.

Les archéologues qui gèrent le site accompagnent la visite. Ils expliqueront leurs méthodes de travail et l’évolution des connaissances sur la préhistoire. Ils aideront aussi le profane à décoder les parois de fouille où affleurent une multitude de fragments de roche et d’ossements pratiquement indifférentiables pour un profane. D’un œil expert, les archéologues vous identifient ici une canine d’hyène, là un silex, une incisive d’ours des cavernes, une dent de rhinocéros laineux ou un morceau de bois de cerf. Et comme par magie, les images viennent à l’esprit.


SOUS LE SIGNE DE LA COQUILLE
Nivelles — Brabant Wallon

Jusqu’à la fin du XVe siècle, ils étaient sans doute des centaines de milliers dans toute l’Europe, voire davantage, à marcher pour rejoindre la ville espagnole de Saint-Jacques de Compostelle. Leurs motivations étaient diverses, mais nombreux parmi eux entendaient de cette manière exprimer leur dévotion à l’apôtre, martyr du christianisme.

Plusieurs de ces chemins de pèlerinage traversaient notre pays et l’un d’entre eux passait par Nivelles, ville importante au Moyen-âge. Alors qu’en ce siècle nouveau, le pèlerinage à Saint-Jacques connait un net regain, pourquoi ne pas s’intéresser aux traces qu’il a laissées dans la ville de Sainte-Gertrude ? Aujourd’hui, comme jadis, le chemin qui traverse la ville est balisé et il démarre dans le faubourg Sainte-Anne. Un pâtissier nommé Jacquet rappelle le surnom donné aux pèlerins de Compostelle. Si The Pilgrim, arbore aujourd’hui une façade rouge de pub irlandais, des sources locales confirment que l’établissement accueillait des pèlerins de Compostelle et d’ailleurs depuis le XVIIe siècle. La statue de Saint-Jacques, conservée au musée communal, donne une idée des accessoires les plus communs de pèlerin, la pèlerine ornée des « conchas » (coquilles) qui s’échouaient sur les plages de Galice, un bâton et une calebasse. Au XIIe, le codex calixtinus était le premier topoguide des chemins de Compostelle, on vous en montrera quelques reproductions. À la Collégiale, consacrée à Sainte-Gertrude, un intéressant haut relief du XVe représente Saint-Jacques et SainteGertrude au pied d’un calvaire, histoire de rappeler qu’en ces temps difficiles, le pèlerinage était loin d’être une partie de plaisir. Le circuit s’achève dans le quartier du Petit Saint-Jacques, le plus vieux de la ville, avec ses maisons de briques rouges, qui ont gardé de nombreuses traces du passage des pèlerins. Signe que la dévotion pour Saint-Jacques y est toujours vivante, les habitants de ce quartier l’ont intégré au tour Sainte-Gertrude.

Infos pratiques
Avenue Albert et Elisabeth
B-1400 Nivelles
+32 472 94 17 90 / [email protected]
www.chirel-bw.be


DES LOCOS DANS LE RÉTRO
Saint-Ghislain — Hainaut

L’ancien atelier des wagons de la gare de Saint-Ghislain est depuis quelques années le havre des passionnés du PFT (Patrimoine ferroviaire et tourisme). Patiemment restauré grâce au savoir-faire d’amoureux de trains de toute l’Europe, du matériel roulant d’hier et d’avant-hier prend la pose sur les rails pour les photographes et les amateurs. Même quand elles sont à l’arrêt, les imposantes machines ne perdent rien de leur pouvoir de fascination. Les contourner et parfois monter dans le poste de pilotage procure des sensations qui font souvent écho aux souvenirs d’enfance. Depuis sa création en 1989, le PFT a rassemblé une collection de matériel sans cesse plus grande et plus variée, qui est devenue la plus riche du pays, après celle de la SNCB et du Trainworld.

À l’étage, c’est le royaume des modèles réduits, mais les réseaux n’en sont pas moins impressionnants. Ils sont au nombre de quatre. On y trouve des réseaux continus à 2 rails, alternatifs à 3 rails, d’inspiration allemande ou belge. Les plus perspicaces reconnaîtront dans les modules paysagers des reproductions fidèles des gares de Thulin, Blaton ou Peruwelz. Un travail de passion et de patience, souvent l’œuvre d’une vie.

Le samedi sera un rendez-vous à ne pas manquer pour tous les modélistes qui se respectent. Une bourse d’échange rassemblant plus d’une centaine d’exposants se tiendra au milieu du matériel ferroviaire restauré.

Infos pratiques
Rue de la Fontaine
B-7330 Saint-Ghislain+32 495 20 27 78 / [email protected]
www.retrotrain.be

Des investisseurs chinois implantent un centre d’innovation technologique dans le parc scientifique de Louvain-la-Neuve. Les entreprises belges et chinoises pourront y partager des informations ou des projets de recherche et préparer l’accès aux deux marchés dès 2020.


Avec son marché au potentiel de développement immense, la Chine fait office de nouvel Eldorado pour de nombreuses entreprises belges. Il en va de même pour les firmes chinoises alléchées par le Grand marché européen, mais il n’en reste pas moins que l’accès reste difficile de part et d’autre, pour des raisons tant administratives que culturelles. Un point de passage, de discussion et d’échange pourrait s’avérer bien utile. C’est ce que propose le futur China Belgium Technological Center qui devrait entamer ses activités en 2020 et dont les premiers travaux de terrassement viennent de débuter sur le site du parc scientifique Einstein de Louvain-la-Neuve. 

Attentes immenses

Ce sera un centre d’entreprises ‘all-in’ destiné aux sociétés chinoises high tech ainsi qu’aux sociétés européennes intéressées par le marché chinois. À terme, il pourrait accueillir environ 200 entreprises et 1 500 emplois. Dans sa première phase, le complexe immobilier offrira un centre de conférence, un espace de coworking un business center, des bureaux sur mesure, ainsi qu’un hôtel. L’idée de ce projet remonte à la visite du Président Xi Jinping en Belgique en mars 2014 et à un premier accord signé avec le premier ministre de l’époque Elio Di Rupo. Côté chinois, les attentes sont immenses, notamment dans le sillage de l’initiative One Belt, One Road, aussi appelée la « Nouvelle Route de la soie » qu’a lancée le Président chinois en 2013 avec l’objectif de promouvoir une économie ouverte et d’accroitre les échanges économiques et commerciaux entre son pays et le reste du monde.

Des contacts existaient entre la Wallonie et la province de Hubei et sa capitale Wuhan, où un projet d’incubateur pour start-ups des secteurs High-Tech a été lancé avec une université. D’où la proposition faite à l’UcL de reproduire cette structure sur les terrains disponibles dans le parc scientifique.

Ecosystème complet

Les promoteurs du projet ont choisi les secteurs d’activité les plus porteurs, à savoir les sciences du vivant, les technologies de la communication, les technologies vertes et enfin l’industrie intelligente (ou smart manufacturing), secteur prioritaire pour les Chinois qui veulent par là développer des procédés de fabrication plus automatisés, intuitifs et durables. Le CBTC sera le plus important incubateur chinois en Europe, car si d’autres existent en Grande Bretagne, en Allemagne ou en France, ils sont limités à un seul secteur d’activité. « Notre objectif premier » précise le Dr Zhiwei Song, business director de UI International qui pilote le projet, « est de faciliter concrètement les rencontres et collaborations entre des entrepreneurs belges, ou européens, et leurs homologues chinois ». Pour les entreprises chinoises, l’intérêt est stratégique. Ils pourront d’une part développer des accords technologiques avec des entreprises belges pour améliorer leurs produits grâce à la « qualité européenne » et répondre à une demande croissante du marché chinois. Ils pourront aussi adapter leurs produits au marché européen où les attentes des consommateurs sont spécifiques et le niveau de normes et régulations généralement plus sévère.

De leur côté, les entreprises belges qui souhaitent s’implanter sur le marché chinois y trouveront des interlocuteurs pour leur faciliter l’accès par un accompagnement en matière de droit, de financement, de propriété intellectuelle et de brevets, et plus généralement, sur la manière de faire du business en Chine. C’est aussi un accès direct à un réseau d’interlocuteurs chinois, ce qui peut se révéler précieux quand on sait que là-bas commerce et business sont encore très dépendants du relationnel. Comme le souligne la présence dans le parc scientifique, l’incubateur sera ciblé sur les technologies de pointe. « Les entreprises seront sélectionnées suivant des critères très stricts et un vrai potentiel de recherche et développement. Toutes les candidatures devront être acceptées tant par le parc scientifique que par le CBTC. De notre côté, nous fournissons des services et nous ferons en sorte que les entreprises aient suffisamment d’occasions pour se rencontrer, quelle que soit leur stratégie et le degré de partenariat qu’elles souhaitent développer. » Grâce à la proximité de l’université, le centre souhaite créer un écosystème complet où l’éducation et la recherche, l’innovation et le commerce participent ensemble à une coopération technologique entre les deux continents.

Projet technologique

À deux ans du début d’activité, aucune compagnie n’a encore marqué son accord définitif. En Chine, un groupe de cinq personnes fait jouer les réseaux officiels ou professionnels pour vanter les avantages de l’incubateur. Plusieurs grands noms ont déjà été approchés, mais le Dr Song préfère ne pas encore dévoiler leurs noms. Côté UcL, différentes séances d’information ont déjà été organisées sur le parc scientifique et dans les cercles d’entreprises. « Il y a encore des questions et des appréhensions » précise Philippe Barras, DG de l’UcL et responsable de la promotion et la gestion des Parcs scientifiques. « Mais les gens ont bien compris que ce n’est pas du B to C mais bien un projet technologique. » Philippe Barras veut cibler en priorité les entreprises qui ont une expérience à l’export et qui ont l’intention de prendre pied sur le marché chinois.

« Pour les start-ups, on s’est rendu compte que ce n’est pas le meilleur service à leur rendre que de les lancer dans ce bain-là, quand elles sont encore commercialement ‘trop tendres’. Les entreprises chinoises, par contre ont plusieurs fois manifesté leur intérêt d’investir dans des start-ups européennes. »

Pour l’UcL, le CBTC offre aussi des retombées indirectes au niveau académique. Des collaborations existent avec des laboratoires universitaires chinois pour des programmes de recherche, mais ce ne sont pas des initiatives coordonnées. Consciente du retard, notamment par rapport aux universités flamandes, l’université en a fait une priorité stratégique en ouvrant un « China Desk » « Notre objectif est d’augmenter les collaborations académiques, faciliter les échanges de professeurs et augmenter les présences d’étudiants chinois sur le campus. Le CBTC pourra agir à cet effet comme un levier. »

Volet culturel

L’investissement de UI Europe à Louvain-la Neuve comprend aussi un volet immobilier. Pour répondre à l’arrivée sur le site de nombreux expats chinois, les gestionnaires du CBTC prévoient la construction de 300 appartements répartis sur trois sites de la ville universitaire. Soucieux d’intégrer au mieux leurs compatriotes à la population de Louvain-la-Neuve, ils ont souhaité y intégrer un volet culturel qui s’est concrétisé par une contribution d'un million d'euros à la rénovation du Musée de Louvain-la-Neuve. À charge pour le musée, d’organiser chaque année, une édition du « China L Festival » qui contribuera à l’intégration des deux communautés par la culture.

Mais au fond, pourquoi Louvain-la-Neuve et la Belgique ? Aux arguments déjà relevés d’un positionnement stratégique au cœur de l’Europe, le Dr Song ajoute l’excellente collaboration au plus haut niveau entre les autorités des deux pays, et un dernier argument plus inattendu et sentimental. « Il y a très longtemps, les Belges ont soutenu les Chinois pour la construction du chemin de fer reliant Pékin à Wuhan, or le directeur de WuHan EastLake Hi-Tech Innovation Center, partie prenant du projet, est originaire de Wuhan. » Pour lui, il ne fait pas de doute que si nous voulons étendre nos réseaux, il faut d’abord faire appel à ceux qui nous ont déjà aidés. Et enfin, ajoute le Dr Song. « Les Belges sont un peuple très pragmatique. Vous parlez peu, mais vous agissez. Ce qui est très similaire au mode de de pensée des Chinois. »

www.baev.be


UNE RÉFÉRENCE POUR LE PARC
Les futurs bâtiments du China Belgium Technological Center s’implanteront dans le Parc scientifique Einstein à proximité immédiate de Louvain-la-Neuve. Le projet financé par United Investment Europe, à hauteur de 200 millions d’euros s’étendra sur 28 000 m2. L’ensemble des bâtiments comprendra bureaux, des laboratoires, un hôtel de 160 lits, un centre de services et de conférences, de la logistique et des parkings. La mise en œuvre chantier a été confiée à une association momentanée formée des constructeurs belges Franki, CIT Blaton, et BPC, sous la supervision du bureau d’architecture baev/archipelago. Le site, qui s’étend sur huit hectares entre la N4 et l’E411, occupe un vallon coupé en son centre par une route. Pour créer une unité fonctionnelle, le centre s’élèvera sur un socle formé d’un double plateau posé par-dessus la voirie. Les cinq bâtiments qui composent la première phase du projet reprennent le matériau caractéristique à Louvain-la Neuve, la brique et le béton. Autre particularité remarquable du site, les eaux de pluie seront totalement récupérées, stockées et recyclés dans des jardins de pluie ou pousseront roseaux et iris. Comme c’est le cas avec les incubateurs similaires en Chine, tout le site s’organise autour d’une place publique. « La volonté du maître d’œuvre est de favoriser l’échange entre les Belges et les Chinois, les Chinois et les Belges », explique Jean-Sébastien Mouthuy, coordinateur du projet chez archipelago, « ce sera un lieu de rencontre ouvert à tous, qui créera, on l’espère une référence pour le parc scientifique. »

La rénovation du bâtiment iconique de Jacqmain offre à l’UcL un écrin somptueux pour mettre en valeur une partie de ses immenses collections et mener une politique d’ouverture à tous les publics.


C’était « le » bâtiment emblématique d’une ville nouvelle née dans le sillage de la nouvelle université. Reproduite sur des cartes postales, visible depuis l’autoroute, l’audacieuse construction d’André Jacqmain était une icône de la modernité. C’était aussi la bibliothèque des sciences et des technologies de l’UcL où les innombrables rayonnages de livres assombrissaient le majestueux espace intérieur semblable à une cathédrale du savoir scientifique. Au fil des années, le lieu s’est effacé derrière sa fonction studieuse, fréquenté seulement par une fraction des étudiants. 2017 sera l’année de la renaissance. Il sera désormais le Musée L. Depuis des années, le musée universitaire, à l’étroit dans ses locaux, cherchait un autre espace pour faire voir toutes les œuvres qui s’accumulaient en réserve au fil des donations.

Après avoir dû abandonner, pour raisons financières, l’ambitieux projet d’un nouveau bâtiment en bordure du lac, les responsables du musée eurent l’intuition que le bâtiment de Jacqmain était fait pour accueillir leurs collections. Après 5 ans de projet et 1,5 an de travaux, un nouveau musée est prêt à ouvrir ses portes et accueillir de nouveaux publics. Avec 5 000 m², le Musée L offre trois fois plus de surface d’exposition que dans ses premiers murs.

Universitaire et public

« Je vois ce musée comme une maison d’hôtes », affirme d’emblée la directrice Anne Querinjean. Un des premiers gestes des architectes chargés de la rénovation fut de remplacer la petite entrée confidentielle par un large accès ouvert sur la place et sur le monde. L’espace d’accueil, généreusement éclairé par la lumière du jour, confirme ce changement d’optique avec une boutique cafétéria, un salon de thé et un espace de pique-nique. « Plus qu’un musée, c’est aussi un espace de rencontre où l’on peut entrer même si on n’a que 20 minutes. On a accès à des revues, on peut dessiner, manipuler des documents, échanger et se sentir bien. »

Universitaire et public, le nouveau musée affirme sa différence par l’intégration du patrimoine scientifique avec le patrimoine artistique. « Les universités ont été les premières institutions à rassembler des objets et à les organiser en collections pour l’étude, la transmission et la connaissance. Nous sommes les héritiers de ces premiers collectionneurs », rappelle le recteur Vincent Blondel.

Le parcours d’exposition s’ouvre par un cabinet de curiosités du XXIe siècle, mappemonde ancienne en bois, oiseaux naturalisés, minéraux ou reproduction anatomique d’un cheval écorché font écho à l’activité pédagogique de l’université, tout en témoignant de l’étrange et du merveilleux du monde qui nous entoure. Dans une atmosphère de laboratoire où domine le blanc, le parcours de six chercheurs emblématiques de l’université, du chanoine Lemaître à Christian de Duve témoigne de l’étonnement et des questionnements qui les habitent. « On peut faire beaucoup de parallèles entre la démarche d’un artiste, d’un artisan et celle d’un chercheur. Ils ont la même capacité d’intuition et d’attrait pour l’inconnu. » note Élisa de Jacquier, historienne d’art et collaboratrice d’expositions et d’éditions.

Grand-œuvre de Jacqmain

En accédant à l’espace suivant, consacré aux collections artistiques, on découvre la beauté et l’originalité du grand-œuvre de Jacqmain comme jamais auparavant. Organisé en mezzanines qui s’emboîtent et s’accrochent sur la hauteur de trois étages, l’espace, complètement ouvert, se partage en différents modules. Les œuvres de grande taille ont été placées au centre, tandis que les mezzanines, avec deux mètres vingt de plafond accueillent des espaces thématiques. Le parti pris de Michel le Paige et Caroline Deferière, les architectes de l’UcL en charge de la rénovation, a été de faire vivre la monumentalité de l’architecture sans écraser les œuvres et d’accroître les points de fuite tout en gardant l’impression d’ensemble sur le plateau. Le béton brut avec ses courbes et ses découpes a été mis particulièrement en valeur de même que les gaines de cuivre, semblables à des carapaces d’insectes, que Jules Wabbes a imaginées pour dissimuler les conduits de chauffage.

À la perméabilité de l’espace, correspond un dialogue des cultures, des époques et des styles. Une Pietà française du XVIe peut côtoyer une statuette égyptienne du Moyen Empire ou une estampe allemande du XIXe. Très vite, les scénographes, les Néerlandais de Kinkorn, ont pris conscience que le bâtiment était l’œuvre majeure du musée. « C’était comme un rêve de travailler dans un tel bâtiment. On a donc décidé de ne pas imposer de parcours au visiteur et de le laisser se promener comme il l’entendait en éveillant sa curiosité par une série de questions qui se rapportent aux différentes sections », précise Maarten Meevis. Autre originalité du Musée L, la présence de trois laboratoires d’expérimentation où le visiteur pourra passer de l’autre côté du miroir en se familiarisant par la manipulation aux techniques de la gravure, de la sculpture ou aux couleurs. « On remarque que le simple fait de contempler une œuvre ne satisfait plus le visiteur. Une approche plus pratique comme on en trouve dans les muséums d’histoire naturelle peut combler ce manque. En démystifiant certaines techniques, on permet au spectateur de comprendre des choses et de regarder autrement les œuvres », confie Emmanuelle Druart, responsable des collections.

La culture n’est pas un vernis

Si ce projet mobilisateur a pu être mené à terme, c’est grâce à un financement mixte où les pouvoirs publics, comme la Province du Brabant wallon, la Fédération Wallonie Bruxelles, et la Région wallonne se sont impliqués au même titre que des mécènes privés, des entreprises comme UI Europe ou des fondations.

Le premier défi de ce musée, ouvert à tous, sera celui de la fréquentation, les expositions temporaires comme celle du Camerounais Barthélémy Toguo qui ouvrira le musée, contribueront à renouveler le public. La communauté scientifique qui aura, elle, accès aux immenses réserves (les œuvres montrées ne représentent que 10% des collections) et des colloques scientifiques devraient asseoir l’aura internationale du site.

Grand artisan d’une politique culturelle transversale à l’université, Gabriel Ringlet, vice-recteur honoraire de l’UcL ne peut que se réjouir de ce nouvel outil. « La culture à l’université, ce n’est pas un vernis, elle doit être au cœur de la formation. J’ai toujours rêvé d’une université dans la ville et très proche de ses concitoyens. Il est indispensable que dans nos sociétés, on soit moins clivés. Ce serait magnifique que des gens qui n’ont rien à faire avec l’université se sentent tout à fait à l’aise ici. » Le musée L ouvrira ses portes les 18-19 novembre par un grand week-end festif avec visites et animations pour tous les publics.

www.museel.be

Née en 2011 dans le Biopark de Gosselies, MaSTherCell est rapidement devenu incontournable dans le domaine de la thérapie cellulaire. Aujourd’hui intégrée à l’entreprise israélienne Orgenesis, la PME a désormais tous les atouts pour partir à la conquête de l’Europe et au-delà.


Il y a 15 ans, on n’en parlait pas. Aujourd’hui, la thérapie cellulaire est identifiée comme un des champs prometteurs de la médecine de demain. Cette approche thérapeutique plus douce et sur mesure vise à remplacer ou suppléer les cellules malades d’un organe ou d’un organisme par des cellules saines, si possible des cellules souches prélevées sur le malade lui-même. Le Biopark de Gosselies rassemble différentes entreprises actives dans la thérapie cellulaire pour former tout un écosystème qui conjugue recherche, formation, entreprises et services. Parmi celles-ci, MaSTherCell, créée en 2011 sous la forme d’une spin-off de l’ULB, a pour objectif de mutualiser et d’optimaliser les méthodes de fabrication au niveau industriel. Le management fondateur a pour cela bénéficié des investissements du Fonds Theodorus, de Sambrinvest, de la Sofipôle. Définie comme une CDMO (Contract Development and Manufacturing Organization), l’entreprise ne développe pas de médicaments elle-même, mais fournit le « matériel cellulaire » aux groupes ou entreprises (bio)pharmaceutiques qui les développent. « La thérapie cellulaire requiert un taux de main-d’œuvre élevé, des investissements en infrastructure importants et des réactifs très chers. Pour être commercialement viable, elle a besoin de réduire les coûts. Un des meilleurs leviers pour y arriver, c’est d’améliorer l’efficacité des procédés de fabrication », analyse Denis Bedoret, General Manager. 

Une gamme de services

Plus qu’un prestataire de services, MaSTherCell se veut être un partenaire à long terme de ses clients. Son atout : combiner une expertise scientifique de haut vol avec une connaissance approfondie de l’industrialisation de produits de thérapie cellulaire.. Les laboratoires occupent 600m² avec 4 zones de production classifiées de D à A en fonction du niveau d’isolation et de protection nécessaires. La force de MaSTherCell, c’est de ne pas se limiter à la production pure, mais de proposer une gamme de services, à commencer par le transfert de technologie qui constitue la première phase de la collaboration avec le client durant laquelle les équipes de MaSTherCell vont apprendre la technologie du client et ses méthodes de travail. L’entreprise propose également des services de développement de processus de production afin d’optimiser les procédés. L’étape suivante consiste à réaliser la production de lots cliniques pour le client. L’infrastructure est complétée par le laboratoire de contrôle qualité où des échantillons de tous les lots qui sortent des zones de production sont testés. Pour finir, le département d’assurance qualité veille à ce que toutes les procédures soient respectées et que les environnements dans lesquels s’opèrent les activités soient contrôlées.

Assez rapidement, MaSTherCell a dû adapter sa stratégie de départ. Pour diverses raisons, les premières entreprises wallonnes actives en thérapie cellulaire comme Promethera, Bone Therapeutics et Cardio3 (devenue Celyad) ont choisi de développer leur capacité de production en interne. MaSTherCell s’est alors tournée vers le marché étranger. Pour accélérer son développement, elle a fusionné en 2015 avec l’entreprise israélienne Orgenesis qui a pris la majorité des parts de la PME belge. Celle-ci garde néanmoins son autonomie et son centre de décision à Gosselies au sein du dynamique cluster des sciences du vivant chapeauté par Biowin.

MaSTherCell n’est pas la seule sur le marché mondial, mais elle s’affiche comme une des deux plus importantes entreprises en Europe et leader en termes d’immunothérapie. Sa clientèle se répartit entre des sociétés américaines, israéliennes ou européennes actives sur le marché européen. « Avec le matériel cellulaire, contrairement au secteur biopharma traditionnel, on est obligé de ne pas trop s’éloigner du centre de prélèvement et du centre de traitement. La durée de stockage d’un lot de cellules peut dans certains cas ne pas excéder un jour, voire quelques heures. »

Vaincre des réticences

Le marché évolue rapidement et les perspectives de développement sont excellentes. Depuis 2013, l’entreprise a doublé chaque année son chiffre d’affaires qui, pour l’année 2017, devrait s’élever à plus de 10 millions d’euros. Afin de répondre dans des délais raisonnables aux nombreuses demandes, MaSTherCell ambitionne de doubler sa production avec la construction d’une aile jumelle dans son bâtiment. Cinq millions d’euros seront investis dans les travaux qui devraient débuter rapidement pour une durée d’un an. À l’horizon 2021, l’entreprise prévoit 30 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 225 à 250 personnes engagées sur le site.

MaSTherCell espère pouvoir compter sur des jeunes entreprises wallonnes parmi ses prochains clients. « Notre prix peut être considéré comme élevé pour certaines start-ups, même s’il est tout à fait juste par rapport au marché. Travailler avec un partenaire demande parfois de vaincre des réticences bien ancrées ». Nombreuses sont en effet les jeunes sociétés qui craignent de perdre le contrôle de leur procédé de fabrication et du produit qu’elles ont couvé pendant des années dans leur laboratoire. « Il n’y a vraiment pas de craintes à avoir de ce côté-là. La protection de la confidentialité est au centre de notre métier. De manière générale, la biothérapie est un secteur qui a encore besoin de maturité. Quand on investit dès le départ des millions d’euros dans des outils de production, on bloque des montants importants qui pourraient sans doute être investis d’une autre manière, plus rentable à long terme. »

Dans un secteur industriel qui joue sur la précision et la personnalisation, il n’est pas tout à fait justifié d’évoquer un volume de production. Denis Bedoret affirme toutrefois que l’entreprise « a déjà administré des centaines de lots cliniques à des patients dont on a probablement sauvé la vie. On est très proche du patient dans des pathologies bien souvent létales si elles ne sont pas prises en charge par des technologies avancées. » 

Une grande flexibilité structurelle

La technologie n’est évidemment pas absente de ce secteur d’activité. Et l’automatisation est assurément une des tendances lourdes pour l’avenir. Les premiers équipements apparaissent sur le marché. « Cela va jouer sur le coût de fabrication et sur la sécurisation de process de fabrication sans pour autant menacer le niveau de l’emploi. »

MaSTherCell occupe pour l’instant 85 personnes sur son site de Gosselies et ambitionne tout autant de pérenniser son développement que de renforcer son ancrage wallon. La clé de la croissance réside principalement dans le personnel dont on attend une grande flexibilité structurelle. Les équipes sont réparties par projet et elles s’adaptent aux technologies et aux procédés du client. « Nous voulons travailler avec des gens qui combinent une vision de l’intérêt global et une souplesse permettant de collaborer avec des personnes d’autres départements, où chacun apporte sa propre spécificité pour avancer dans la même direction. » L’autre clé de la réussite est un travail de veille efficace, et cela à trois niveaux. La flexibilité et la satisfaction du personnel d’abord, une veille concurrentielle ensuite pour être attentif à l’évolution du marché et, enfin, du point de vue technologique, des contacts permanents tant avec des labos universitaires qu’avec les principaux fabricants d’équipement. Le recrutement ne pose jusqu’à présent pas de problème particulier dans un environnement wallon où le personnel qualifié ne manque pas. « En plus de nos exigences, on met aussi en avant une ambiance conviviale où le respect et la transparence favorisent la collaboration. Pour l’avenir, le défi sera de maintenir cette ambiance conviviale avec le croissance, en s’assurant qu’à chaque moment chacun de nos employés trouve sa place. »

www.masthercell.com


 

Grâce à une approche innovante misant sur la défense immunitaire propre au patient, une PME développe un vaccin contre un cancer du cerveau jusqu’ici incurable.


Le glioblastome multiforme est une très, très, méchante tumeur. Elle est à l’origine de 60% des cancers du cerveau. Les traitements curatifs par chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie se révèlent largement inefficaces, puisque 75% des patients décèdent dans les 18 mois qui suivent le diagnostic. En l’absence complète de traitement, l’échéance fatale est généralement ramenée à trois mois.

Stimuler les défenses

Cela pourrait changer. Une PME, ERC Belgium, développe un traitement par immunothérapie qui vise à encourager la réponse immunitaire propre à chaque patient. Tout a commencé avec la brillante intuition d’Apostolos Stathopoulos, alors jeune étudiant en neurochirurgie à l’université de Liège. Au cours d’une opération à laquelle il assistait, un jet de cellules cancéreuses atteint le coin de son œil. Après une première réaction de panique, il réfléchit et repousse rapidement l’idée de contracter la maladie grâce à la capacité de son système immunitaire à faire barrière aux cellules cancéreuses. Il en sera bien sûr ainsi, et c’est l’idée qui fera son chemin. Quelques années plus tard, le tout jeune médecin réunit à Paris quelques-uns des plus grands spécialistes des réactions immunitaires et du cancer pour réfléchir aux voies possibles pour stimuler les défenses propres de l’organisme. Deux principes guident cette réflexion. D’une part, le système immunitaire complexe et performant est le fruit de millions d’années d’évolution et il est apte à nous guérir du cancer. D’autre part, le corps reconnait et rejette les corps étrangers. En 2008, le Dr Stathopoulos fonde l’« Epitopoietic Research Corporation » - ERC. Les intuitions sont devenues des convictions étayées par les premiers essais animaux. Il est possible de lutter contre le glioblastome multiforme en injectant un vaccin, le Gliovac, qui associe des cellules cancéreuses du malade avec celles prélevées chez au moins trois autres patients. Le recours à différentes tumeurs allogènes permet de prendre largement en compte la variabilité du cancer et de stimuler une réaction immunitaire forte, correctement ciblée par la présence de cellules tumorales du patient. Le traitement complet s’étend sur deux années avec 12 cycles d’injections de trois semaines, rapprochées au début pour devenir plus espacées dès le sixième mois. Limité à une seule injection à la fois, le traitement n’est ni lourd ni invasif. 

Traitement compassionnel

Actuellement, le produit est en étude clinique à l’Université de Californie à Irvine. On y recrute 84 patients traités en double aveugle. « Si les résultats correspondent à nos attentes, on pourra demander une commercialisation sous condition », annonce Paul Petit Jean, directeur de la communication d’ERC. Ce type de cancer relève des maladies orphelines. Comme il ne touche que 3 à 5 pour cent mille de la population, le secteur pharma hésite à investir dans les recherches pour un traitement. Le taux de létalité très important du glioblastome et l’absence de solutions thérapeutiques satisfaisantes permettent, moyennant autorisation des autorités locales compétentes, un usage du Gliovac à titre compassionnel. Des premiers résultats très encourageants sont ainsi rassemblés avec des patients aux quatre coins de la planète. « Pour l’instant, on ne note pas d’effet secondaire, hormis des poussées de migraine liées aux effets de la tumeur, et des érythèmes localisés. Des gens qui ne pouvaient plus parler ont retrouvé la parole. On a vu aussi chez d’autres patients une amélioration spectaculaire de la mobilité. » Une des missions de Paul Petit Jean est de parcourir le monde pour rencontrer les différentes autorités médicales locales et leur expliquer le fonctionnement de ce traitement innovant. Lorsque les circonstances le permettent, il trouve un accord pour entamer un traitement compassionnel. « En Colombie, j’ai rencontré un neurochirurgien extraordinaire qui travaille dans un hôpital à Carthagène. Il m’a proposé de traiter un jeune homme, propriétaire d’un garage de mobylettes. » Au moment où il a commencé le traitement, il était déjà en récidive et son épouse lui annonçait qu’elle était enceinte. Grâce au Gliovac, il a vu naître son enfant et a pu assister à ses premiers pas. « On soigne un nombre de patients encore très limité, mais si on peut donner une chance à quelqu’un qui fait face à une maladie non guérissable, on le fait. » Cette ouverture suscite énormément d’espoirs, mais le traitement n’est pas toujours possible pour des raisons bien plus souvent administratives et légales que médicales. Aujourd’hui, à l’issue de la phase 1, il est d’ores et déjà admis par tout le monde que le Gliovac ne présente aucun danger pour la santé publique. Le peu de recul sur le traitement ne permet pas encore de garantir qu’une fois que toutes les cellules cancéreuses auront été détruites par le système macrophage, l’organisme pourra, à long terme, maintenir la résilience sur la maladie.

Banque de tumeurs

ERC Belgium a mené ses premiers tests pré-recherche dans le parc scientifique Crealys à Gembloux et y poursuit ses recherches contre d’autres cancers qui touchent pancréas, poumons ou ovaires. C’est à plus de 200 km plus au nord, à Schaijk aux Pays-Bas, que se concentrent aujourd’hui les activités liées à la fabrication du traitement. ERC Nederland y accueille la banque de tumeurs et l’unité de production du vaccin. Les tumeurs prélevées sur les patients y sont envoyées pour la préparation du vaccin personnalisé. L’ensemble du processus, entre le prélèvement et le renvoi du traitement, prend environ deux semaines largement consacrées au contrôle qualité. « C’est une solution provisoire et notre but est d’implanter, à l’issue de la phase d’essai, le site de production en Wallonie », précise Paul Petit Jean. ERC ne comporte encore aujourd’hui que huit personnes salariées – 5 en Belgique et 3 aux Pays-Bas – les collaborateurs scientifiques et exécutifs travaillant en salaire différé. « Ce n’était pas possible autrement. C’est parce que ces gens sont convaincus par l’avenir de ce traitement qu’ils sont prêts à donner de leur temps pour faire bénéficier l’entreprise de leur expérience. Tout le monde veut que ça marche. » Même si elle peut compter sur un soutien continu de la Région wallonne, ERC poursuit ses contacts pour rassembler les fonds nécessaires à la conclusion de l’étude clinique. « Une fois que cet argent est sur la table, nous pourrons conclure l’étude clinique dans les 18 mois, et ensuite lever les barrières administratives pour la commercialisation partielle du vaccin, à commencer par les États-Unis. » La PME a déjà des filiales aux U.S.A., au Canada, en Italie, et en Australie et assure également une présence dans différents pays d’Europe et d’Amérique latine.

Le vent a tourné

ERC aborde l’avenir avec confiance, peu inquiète face à la concurrence. « Notre technologie est très spécifique, elle est encadrée d’un brevet de 30 ans. Aucun concurrent ne maîtrise notre approche globale qui s’est forgée en intégrant d’autres solutions partiellement satisfaisantes. » Quand le Dr Stathopoulos a commencé ses recherches, peu de gens dans le milieu médical croyaient à l’immunothérapie. « Si ça marchait, ça se saurait » était la réponse la plus fréquente, même si, au XIXe siècle les travaux d’un médecin anglais, passés complètement inaperçus, avaient conclu prémonitoirement à l’intérêt de cette méthode pour traiter les cancers. Aujourd’hui, le vent a tourné. L’immunothérapie est considérée comme une technique d’avenir, mais beaucoup reste à faire. D’autres entreprises wallonnes comme Iteos ou Celyad développent des traitements immunitaires contre le cancer. Quant à ERC, l’entreprise poursuit ses recherches pour lutter contre différents types de tumeurs tout en préparant la commercialisation de son vaccin contre le Glioblastome. L’avenir du combat contre la maladie s’écrit de petites et de grandes victoires, mais activées de l’intérieur.

www.erc-immunotherapy.com

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