Waw magazine

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Après plus de deux ans de travaux, le théâtre de la bataille de Waterloo est prêt à perpétuer la mémoire d’un événement qui a façonné le destin de l’Europe. Nouveau musée sous terre, pour laisser respirer la topographie et la vue sur la butte du Lion. Et dans la foulée du bicentenaire, la Wallonie met en valeur d’autres sites liés à la campagne napoléonienne.

Les premiers touristes anglais sont venus sur le site quelques années à peine après la bataille. Il n’y avait rien de plus à y voir qu’une plaine vallonnée de terribles souvenirs. Dès 1826, un lion s’est dressé sur la butte pour empêcher que le boulet ne tonne encore sur une Europe meurtrie. En 1912, le bâtiment du Panorama a été érigé pour abriter la toile circulaire de Louis Demoulin. En 2015, ces témoins du passé sont toujours là, mais on n’en verra pas plus en surface, car pour préserver le paysage du champ de bataille, le bâtiment du nouveau Mémorial a été complètement enterré. Le mur qui borde le léger plan incliné donnant accès au site sera recouvert d’un tapis végétal composé de 11 variétés, parmi lesquelles la vigne vierge, la clématite, l’hortensia grimpant ou le chèvrefeuille. Ce projet qui représente un des plus gros investissements touristiques en Région wallonne (40 000 000 €) a été mené à bien par La Belle Alliance, un consortium qui regroupe 7 sociétés et partenaires expérimentés. La supervision scientifique de l’ensemble du contenu de ce mémorial a été confiée à un comité composé de napoléonistes issus de cinq pays belligérants.

Avant d’entamer son parcours à travers les 1 700 m2 d’exposition, chaque visiteur se choisit un guide virtuel, parmi les 40 acteurs de la bataille. Des personnages inspirés par des combattants français, anglais, prussiens ou néerlandais, acteurs de la Bataille, dont les écrits et les notes sont parvenus jusqu’à nous. Pour se familiariser avec les différentes armées en présence, le visiteur remonte une galerie flanquée de soldats en uniforme en marche vers la bataille. Pour être comprise, cette bataille doit être décryptée au travers de son contexte historique et politique.

La supervision scientifique de l’ensemble du contenu de ce mémorial a été confiée à un comité composé de napoléonistes issus de cinq pays belligérants.


Un gouffre idéologique séparait toute l’Europe de Napoléon, perçu comme un hors-la-loi. Les enjeux militaires dépendaient souvent du type d’armes dont disposaient les soldats de chaque camp, et qui dictaient leurs stratégies. Des objets d’époque emblématiques ou des fac-similés jalonnent la visite. Une place de choix sera réservée aux plus belles pièces de la fameuse collection Brassine (plus d’informations dans le n° 25 de WAW). Les multiples bornes interactives quadrilingues apportent une information riche mais non-redondante. « Nous avons quatre niveaux de plus en plus détaillés qui laissent au visiteur le choix de picorer en fonction de ses intérêts plutôt que de devoir se gaver d’un contenu unique et parfois indigeste qui apparaît à l’écran », précise Philippe Chiwi de la société audiovisuelle De Pinxi. Chargée du développement des contenus interactifs et des films en 3D dans le domaine du divertissement ou de la muséographie, cette firme bruxelloise s’est forgé une solide expérience auprès de nombreux clients belges et internationnaux. Pour le Bagacum de Bavay en France, par exemple, ils ont conçu une fiction archéologique interactive ; pour le musée olympique de Lausanne, des modules interactifs autour des objets de la collection ou encore les environnements multimédia virtuels de l’expo Golden Sixties à Liège.

Vivre pendant 15 minutes l’expérience de la bataille constitue assurément un des climax de la visite. Pour gérer le flux des visiteurs, une zone d’attente est prévue et elle prend des airs de bivouac par une nuit d’orage. Dans l’espace de projection, un écran de 25 mètres de long et 4,5 de hauteur offre une expérience immersive inédite. Réalisé par Gérard Corbiau, avec une caméra panoramique 3D, le film plonge les 90 spectateurs directement au coeur de la bataille. Les armées chargent, les hommes et les chevaux tombent, la poudre parle, le sang coule. Après tout ce fracas, on peut tenter de reprendre ses esprits en contemplant le terrible bilan de ce qu’il faut bien appeler une boucherie. Une ligne du temps permet de se rendre compte de l’impact de Waterloo sur la destinée des différents pays belligérants. Tout au long de son parcours, grâce à l’audioguide personnalisé, le visiteur laissera derrière lui des petits cailloux numériques qui lui permettront d’assembler, à l’issue de sa visite, une mosaïque multimédia, témoin de « sa » bataille qu’il recevra quelques jours plus tard sur sa boîte mail.

Vivre pendant 15 minutes l’expérience de la bataille constitue assurément un des climax de la visite. Pour gérer le flux des visiteurs, une zone d’attente est prévue et elle prend des airs de bivouac par une nuit d’orage.


Le Mémorial 1815 a été conçu pour absorber un maximum de 7 à 800 000 visiteurs annuels. Avec un volume estimé à 500 000 pour une jauge normale, le musée caché de Waterloo ne restera pas longtemps dans l’ombre et n’aura aucune peine à mettre en lumière ce lieu de patrimoine devenu le premier site du tourisme de mémoire en Europe.

À quelques centaines de mètres, l’Hôtel du Musée a lui aussi fait l’objet d’une rénovation en profondeur. Les visiteurs affamés et assoiffés pourront s’attabler au restaurant le Wellington (90 couverts) ou à la brasserie Le Bivouac de l’Empereur (138 couverts), qui auront tous deux retrouvé tous leurs éléments de décor historiques.

La ferme de Hougoumont, dernier témoin authentique de la bataille, a également fait l’objet d’importants travaux de restauration. Le site, qui accueillera une scénographie évoquant les moments clé de la bataille, est appelé à devenir un lieu de réflexion et de réconciliation. Le corps de logis quant à lui, appelé la maison du jardinier, proposera à l’étage un gîte de deux chambres. Malgré l’effroyable carnage dont ces murs ont été témoins deux siècles plus tôt, les nuits y sont désormais paisibles.

www.waterloo1815.be

LA BELLE RETRAITE

Le 19 juin 1815, le maréchal Grouchy apprenait la défaite de l’empereur et quittait Wavre avec ses 35 000 hommes de la 3e et 4e armée. Il faisait chaud ce jour-là, les hommes étaient sales, harassés. Ils avaient soif et n’avaient pratiquement pas dormi depuis quatre jours alors qu’ils battaient en retraite, prenant la route de Namur, talonnés par l’armée de Blücher. Aujourd’hui, les conditions sont nettement plus agréables pour emprunter la Route de l’Armée Grouchy, l’itinéraire touristique qui traverse la Wallonie de Wavre à Givay, en passant par Namur. « Nous avons pris exemple sur la Route Napoléon développée par la Région wallonne », explique Josette Champt, directrice de la Maison du Tourisme des Ardennes brabançonnes. « Avec le même objectif, qui est de suivre le tracé napoléonien pour valoriser tous les éléments de patrimoine en lien avec la campagne de Belgique. » L’état du territoire et des voiries s’est bien évidemment radicalement transformé depuis 1815, sans pour autant être complètement méconnaissable. Les communes partenaires ont néanmoins tenu à élaborer un tracé le plus fidèle possible aux données historiques. La première partie de l’itinéraire reliant Wavre à Namur propose deux tracés correspondant aux deux colonnes qui ont, à l’époque, été déployées simultanément pour accélérer le retour. La première passant par Gembloux, l’autre par Grand-Leez. L’époque n’est plus aux attelages tirés par des chevaux faméliques cahotant sur des chemins de terre. La Route de l’Armée Grouchy s’est donc adaptée aux modes de déplacement modernes en proposant, sur toute sa longueur, un itinéraire voiture et un itinéraire « modes doux/voies lentes ». Il y a ceux qui préfèrent gagner plus rapidement les sites remarquables et ceux pour qui la promenade importe plus que la destination et préfèrent s’imprégner des paysages à vélo ou à pied. Le 15 avril marquera le début de la campagne 2015 avec des multiples manifestations ponctuelles à Wavre comme à Namur autour de lieux liés à la campagne napoléonnienne. Au-delà des commémorations du Bicentenaire, la Route sera pérennisée en proposant aux touristes baladeurs quelques heures de découvertes pour goûter au patrimoine et aux paysages, touchés mais pas figés par l’histoire.

À partir d’avril 2015 :
napoleon-grouchy-1815.com

 

AU PLUS PRÈS DE LA BATAILLE

« Quand je me balade à Ligny sur le terrain de la bataille, je sais où était positionné tel régiment, je sais d’où tiraient les batteries d’artillerie et quand je regarde vers le moulin Naveau, je peux presque voir Napoléon qui me regarde. » Enfant, Léon Bernard rêvait de devenir archéologue ou policier. Il est devenu policier et commissaire à la police judiciaire. À 35 ans, il a commencé une collection d’objets et souvenirs du passage de Napoléon en Belgique. Historien de terrain, comme il se revendique, il est devenu le spécialiste incontesté de la bataille de Ligny, dernière victoire de l’Empereur. Il connaît par coeur la topographie de ce champ de bataille, deux fois plus vaste que celui de Waterloo, qu’il a arpenté par tous les temps. Aujourd’hui, alors qu’il savoure une retraite bien méritée, il dispose de plus de temps pour se consacrer au petit musée privé où il expose une partie de ses trésors. Des boulets le long du mur, des caisses débordant de balles, d’éclats d’obus et de biscaïens exhumés du champ de bataille. Dans ses vitrines, les soldats de plomb côtoient les boutons, les épées, les pistolets, les fragments de pipe, les dés à coudre, ou cette lettre à l’écriture ampoulée adressée à Monsieur Février, notaire impérial à Sombreff e. « Ce qui m’intéresse, c’est comment les gens vivaient à l’époque et ce qui s’est passé dans ce petit coin de Belgique quand 160 000 soldats ont débarqué avec armes et canons. Comment voulezvous comprendre le présent si on ne connaît pas le passé ? »

Léon Bernard a édité à compte d’auteur une histoire de la bataille en cinq volumes et assure sur demande des visites sur les sites de Ligny et Fleurus.

Léon Bernard
+32 (0)476 73 67 12

C’est au coeur de la Thudinie que bouillonnent les alambics de la dernière distillerie de fruits frais en Belgique. Des recettes jalousement gardées, un savoir-faire généreusement transmis, et surtout beaucoup de fruits.

« Tu veux une petite goutte ? » Il fut un temps pas très éloigné où chaque foyer belge avait quelques bouteilles de liqueur que l’on sortait à la moindre occasion. Les distilleries locales vivotaient en servant une clientèle de proximité avec des installations approximatives. Le vent de la modernité a soufflé, le temps des réglementations est venu et on a laissé la liqueur dans le buffet de grand-mère. Faute de clients et d’investissements, les distilleries ont arrêté leurs activités l’une après l’autre. Sauf une, la distillerie de Biercée. Fondée en 1946 par Jules Cleempoel, pharmacien de son état, elle s’est implantée au coeur de la Thudinie. Dans ses premières années, la distillerie a exploité les deux fruits les plus abondants dans la région, la pomme et la cerise, en produisant un calva et une liqueur de cerises fort appréciés. Avec l’arrachage progressif des vergers, elle a compris la nécessité d’une diversification, sans jamais déroger à sa règle d’or : des fruits frais uniquement. En 96, d’importants investissements lui ont permis de renouveler complètement l’outil, désormais prêt à entrer dans le XXIe siècle. Aujourd’hui, dans un marché des spiritueux assez stable, la Distillerie de Biercée affiche une insolente croissance à deux chiffres, grâce à son produit phare, L’Eau de Villée, et à plus d’une vingtaine d’autres produits parfois très étonnants comme cette Eau de vie de Cèleri vert ou encore Noir d’Ivoire, une liqueur à base de cacao. À Biercée, on ne se contente pas de ses propres produits, on distille aussi pour des tiers, des grandes marques comme des petits producteurs et on envoie des distillats jusqu’au Japon.

Un outil exceptionnel pour des produits authentiques

Conscients de leur spécificité, les distillateurs ont décidé d’ouvrir leur savoir-faire à la curiosité du public. Bien leur en a pris puisqu’ils comptent aujourd’hui 30 000 visiteurs par an.

Installée depuis 2004 entre les murs d’une ferme du XVIIe siècle, ancienne dépendance de l’abbaye de Lobbes, la distillerie dispose d’un magnifique écrin en pierre bleue du pays. Dans la « Grange des Belges » sont disposées des longues tables en bois où l’on sert des repas et bien entendu des boissons. Les murs sont couverts d’une impressionnante collection de plaques émaillées vantant les qualités de boissons alcoolisées aujourd’hui disparues telle la Krak pils, l’original Imperial Stout ou la Speciale Baf. « C’est un peu le coeur public de la distillerie. On y sert à manger et on fête les événements saisonniers avec quelques-uns de nos nombreux amis Facebook », glisse Marc Tillon, administrateur délégué. L’arrivée, il y a un an et demi, de cet ancien cadre de Rémy Martin, chargé des régions Asie-Pacifique, a donné un coup de pouce à une marque et des produits dotés d’un potentiel énorme. « Nous disposons ici d’un outil exceptionnel où l’on travaille un produit authentique, mais dont la notoriété se limite aux connaisseurs et aux circuits gastronomiques. » Lancée dans les années 80, l’Eau de Villée, liqueur à base de citron, a connu un succès très rapide. En 5 ans, tout Charleroi ne parlait que de ça. Dégustée givrée, tout droit sortie du congélateur, elle exhale son cocktail d’arômes frais.

Le développement de la distillerie se joue sur le terrain de la diversification avec la création de nouveaux produits, des eaux de vie, mais aussi une bière à base d’Eau de Villée, brassée par la Brasserie de Silly.


Dans les années ’90, la liqueur a explosé, adoptée par des chefs au nez fin pour relever les plats ou le sorbet au citron. Mais Marc Tillon ne pouvait s’en satisfaire, convaincu qu’avec un tel produit, il pouvait séduire un public plus large. Ainsi, il demande à de jeunes barmans en vue de concocter un cocktail inédit. En 2011, il invite également le jeune artiste gantois Manor Grunewald, finaliste du prix de la jeune peinture belge, à visiter la distillerie. Emballé, celui-ci a réalisé une eau forte pour couvrir la bouteille de la subtile liqueur au citron. « À l’avenir, nous voulons continuer à personnaliser nos bouteilles en donnant carte blanche à de jeunes artistes. » Le développement de la distillerie se joue sur le terrain de la diversification avec la création de nouveaux produits, des eaux de vie, mais aussi une bière à base d’Eau de Villée, brassée par la Brasserie de Silly. Parfois aussi, il faut pouvoir saisir une occasion lorsqu’elle se présente. L’année passée, ils se voient proposer quelques tonnes de prunelles sauvages cueillies en Thiérache juste après les premières gelées. Sans hésiter, ils font chauffer les alambics pour produire une eau de vie de prunelle en édition limitée. Une expérience appréciée du public et certainement appelée à se renouveler.

Rien que des fruits

Lorsqu’il était enfant, Christophe Mulatin a souvent accompagné ses parents à la Distillerie de Biercée pour y acheter le précieux breuvage. Par un de ces détours dont le destin a le secret, il s’est retrouvé quelques décennies plus tard, après des études d’agronomie et de pharmacie, à travailler avec le maître distillateur, Georges Pire, celui-là même à qui l’on doit la recette de l’eau de Villée. Aujourd’hui, 4e maître distillateur, c’est lui qui couve de son regard attentif et de ses gestes amoureux tout le processus de distillation. En franchissant les portes de l’ancienne grange, on aperçoit les grandes cuves en inox où, en février, on déverse les 250 à 300 tonnes de citrons frais non traités arrivés en droite ligne de Murcie. « Ils sont coupés le jour même, parce qu’ici il n’y a pas de frigo. On les met alors en cuve pour trois semaines pour en extraire l’alcool. » À chaque saison ses fruits ! Deux distillations ne se chevauchent jamais. Après les citrons, c’est au tour des cerises en juin, des framboises en juillet, des poires William fin août et des prunes, mirabelles et pommes en septembre- octobre. Après trois à quatre semaines de macération et de fermentation pour les fruits sucrés, ce qui s’apparente à une purée de fruits est transféré dans les alambics en cuivre de 1 000 kg pour la distillation. Chauffés au bain-marie, les fruits exhalent leur vapeur d’alcool qui passe alors dans une colonne de rectification jusqu’à atteindre les 70°. Il ne leur reste plus qu’à sagement vieillir dans leurs cuves en inox. Le calva et la vieille poire vieilliront, pour leur part, dans des fûts en chêne pendant deux ans.

La dernière phase est celle de l’assemblage et de la coloration des liqueurs, toujours avec des produits exclusivement naturels. Un peu à l’écart, derrière une épaisse grille fermée d’un gros cadenas, on aperçoit sous la voûte de vieilles pierres l’alignement des fûts en chêne. Dès que l’on s’en approche, de discrets effluves d’alcool viennent chatouiller le nez. C’est la part des anges, comme on a baptisé dans le métier les 3% d’évaporation lors d’une mise en tonneau. Ils en ont de la chance, les anges !

À découvrir aussi

La distillerie occupe aujourd’hui une des quatre anciennes et imposantes fermes de Ragnies. Ce paisible hameau de 450 âmes compte parmi les plus beaux villages de Wallonie. Une distinction amplement méritée par son cadre champêtre et par l’harmonie qui se dégage de ses habitations d’un autre siècle parfaitement restaurées. À noter que son église romane classée contient des stalles baroques provenant de l’Abbaye d’Oignies. Riche en patrimoine, la Thudinie a bien d’autres centres d’intérêts à offrir. À commencer par son centre naturel, la ville de Thuin, rassemblée autour de son beffroi du XVIIe siècle. Du haut de ses 60 mètres, on peut profiter d’une vue splendide sur les deux vallées de la Sambre et de la Biesmelle. Tout récemment restaurés, les jardins suspendus qui occupent le coteau en amont de la Biesmelle ont retrouvé leur charme d’antan. Dans ce magnifique ensemble de jardins en terrasses, orné entre autres de vignes et encadré de ruelles médiévales, le temps semble suspendu. En empruntant le tramway historique, on peut rejoindre Lobbes et sa collégiale de Saint-Ursmer. Tour à tour église funéraire pour les moines de l’abbaye, église paroissiale et enfin collégiale, elle est la doyenne des églises du royaume.

Juchée sur une colline, se profile une imposante silhouette ponctuée de 7 tours, le château du Fosteau. Ce château classé des XIVe et XVe abrite, avec la prestigieuse salle des Chevaliers, une des plus belles salles gothiques de Belgique. Ses jardins français, dessinés en terrasses successives jusqu’à un étang, achèvent de lui conférer un discret charme romantique. Les amateurs d’antiquités trouveront dans les salons du château un large choix de mobilier régional belge et français des XVIIIe et XIXe siècles en exposition- vente.

 

Renseignements

Distillerie de Biercée
Ferme de la Cour
Rue de la Roquette 36
B-6532 Ragnies (Thuin)
Tél. : +32 (0)71 59 11 06
[email protected]
www.distilleriedebiercee.be

 

L’Eau de Villée

Lancée dans les années 80 sous l’initiative du Maître Distillateur Georges Pire, l’Eau de Villée a connu un succès fulgurant. Cette liqueur doit son nom au petit ruisseau qui coule derrière la Distillerie de Biercée.

Véritable cascade de fraîcheur pour le palais, l’Eau de Villée est le résultat de l’assemblage de différents distillats de citrons jaunes de Murcie et de quatre autres eaux-de-vie de fruits frais macérés et fermentés.

Jusqu’ici secrète (et cela ne risque pas de changer de sitôt), la recette est bien gardée par les Maîtres Distillateurs. La meilleure façon de la consommer pure est givrée, sortie tout droit du congélateur car c’est à -20°C que la richesse aromatique de l’Eau de Villée prend toute son ampleur. Mêlant naturellement les saveurs sucrées et salées, elle peut également rehausser les plats et desserts.

Le Coco Villée

Créé par Olivier Jacobs, jeune barman gantois surdoué, ce cocktail pur et élégant est celui qui exprime le mieux le caractère vif de l’Eau de Villée avec ses ingrédients et ses épices asiatiques.

— 4,50 cl d’Eau de Villée
— 2,00 cl de lait de coco
— 1,50 cl de sirop d’ananas
— 1,00 cl de jus de kaffir
— 1 dose de «Chocolate mole bitters» (The Bitters Truth)
— 1 feuille de kaffir

Mettre tous les ingrédients dans un shaker avec beaucoup de glace (privilégier les gros cubes de glace).
Secouer énergiquement et servir dans un verre évasé - préalablement refroidi au congélateur - au travers d’une passoire. Garnir avec des zestes de citron jaune.

Black Villée

— 4,00 cl d’Eau de Villée
— Citron vert
— Menthe fraîche
— Coca-Cola

Dans un verre à fond épais, presser menthe, citron vert et Eau de Villée.

Remplir le verre de glace et ajouter le Coca-Cola, terminer par une feuille de menthe en décoration. Vous pouvez aussi remplacer le Coca-Cola par du jus de cranberry pour obtenir le cocktail « Red Villée ».

Pour stimuler une mobilisation encore trop diffuse, face à l’urgence du redressement wallon, le Plan Ambition 2020 vise à rassembler les forces autour de quatre défis dont l’emploi et la formation constituent le socle.

«Il n’y aura pas de Plan Marshall ou de Plan Ambition 2020 sans résoudre les problèmes en amont, à savoir celui du recrutement de gens aux qualifications correspondantes aux besoins de l’économie. » C’est une des priorités qui a émergé de la réflexion menée par Marcel Miller dans le cadre du Plan Ambition 2020. Ce plan, qui émane de l’Union wallonne des Entreprises (UWE), l’Union des Classes Moyennes (UCM) et l’ensemble des Chambres de Commerce et d’Industrie de Wallonie, a pour ambition de préparer la Wallonie à assurer son développement économique en comptant essentiellement sur ses ressources propres. Chargé de plancher sur des propositions dans les domaines emploi, enseignement et formation, le Président d’Alstom Belgium a poursuivi la réflexion amorcée au sein d’Agoria Wallonie. Alors que de nombreuses filières techniques peinent désespérément à attirer des candidats, on trouve un grand nombre de demandeurs d’emploi au profil apparemment adéquat. Le paradoxe n’est qu’apparent, car il y a souvent un monde entre le profil affiché et les compétences réellement acquises. « Il est indispensable d’améliorer le dialogue entre le monde de l’entreprise et celui du recrutement. Nous possédons de nombreux organes de formation professionnelle de qualité. La grande difficulté, c’est d’y amener tous les gens qui ont envie de travailler. Je crois qu’on a l’obligation et le droit de “screener” une population cible qui pourrait bénéficier d’un accompagnement plus précis. » Marcel Miller pense plus particulièrement aux personnes qui viennent de perdre leur emploi et qu’il n’est pas question de lâcher, mais aussi aux jeunes à qui l’on devrait faciliter l’accès au marché de l’emploi.

Une autre manière de parler aux jeunes

En matière de formation, il plaide pour un fonctionnement en alternance telle qu’on le pratique avec succès en France et en Allemagne. « Il y a toute une catégorie de jeunes qui se sentent mieux dans un milieu de travail plutôt que dans celui des études. » Une expérience pilote a été menée avec une formation destinée aux détenteurs d’un bac professionnel. Pendant deux ans, ils suivent un master partagé à parts égales entre l’entreprise et les cours académiques. Pour cette première expérience menée en collaboration avec des instituts supérieurs, le choix s’est porté sur quatre filières : le facility management, la gestion de production, la construction et le biomédical. « On n’est pas en concurrence avec les filières traditionnelles, c’est une autre manière pour le monde de l’entreprise de parler aux jeunes pour mieux les motiver. »

Différentes entreprises comme Audi, Fabricom ou GSK ont lancé, de leur propre initiative, des programmes de formation. Marcel Miller aimerait que, dans le cadre du Plan Ambition 2020, elles puissent s’étendre à d’autres filières et à d’autres niveaux de formation à la fin du secondaire et surtout être « diplômantes ». « Cela pourrait être perçu par certains comme une révolution. Qu’ils se rassurent, on ne veut pas privatiser la formation, mais plutôt amener des jeunes vers des filières en pénurie. Maintenant que les expériences ont été menées par le monde de l’entreprise, c’est aux politiques et au monde de l’enseignement de reprendre la main. »

En continuant de remonter vers la source, on en arrive à l’orientation, moment décisif qui laisse Marcel Miller perplexe. « Il est navrant de constater que des filières de formation pour des métiers en pénurie doivent fermer par manque d’élèves alors que d’autres, sans réelles perspectives, rencontrent un franc succès et bénéficient des subsides correspondant. » Il préconise de soutenir les filières de métiers en pénurie même s’il reconnaît ne pas avoir de solution miracle. Pourquoi pas une sorte de bonus-malus distribué en fonction des besoins sur le marché de l’emploi ? « Ce sont des choses que les gens n’ont pas trop envie d’entendre. »

Les 30 propositions présentées sous la coupole d’Ambition 2020 ne sont qu’un début. Le monde de l’entreprise a compris qu’il ne peut plus se contenter de donner des leçons, il faut passer à l’action et établir des partenariats entre les mondes patronal, syndical et celui de la formation. Sans attendre 2020. « Je ne pense pas que les choses peuvent se régler par la contrainte, il faut stimuler la motivation. Avec le papy-boom qui s’annonce, les jeunes ont pourtant toutes les raisons d’aborder l’avenir avec optimisme. Des opportunités inespérées s’ouvrent à eux. Pour ceux qui sont motivés et formés. »

www.ambition2020.be

 

Bord de piste

Pendant trois jours, le vrombissement des bolides ne troublera pas la concentration des compétiteurs ni la curiosité des 40 000 à 60 000 visiteurs qui se presseront aux abords du mythique circuit ardennais. Le choix de Spa-Francorchamps s’est imposé naturellement. Aucune autre infrastructure wallonne ne pouvait combiner 40 000 m² de surface d’exposition et une capacité hôtelière de 2 000 chambres dans ses environs directs. Salles de presse, espaces de rencontres et de conférence, toutes les installations du site seront mises à contribution. Les peintres et les voiristes s’installeront sur les parkings, les fleuristes dans les garages, les stylistes dans les salles de réception et des démonstrationsmétiers prendront place sur la vaste terrasse du Pit building.

« Le circuit tourne à plein rendement, confirme Pierre-Alain- Thibaut, Directeur général, et depuis deux ou trois ans, nous avons fait le choix de nous positionner comme centre de congrès et de séminaires. » Présent aux grands salons du secteur MICE (Meeting Incentive, Conferences and Exhibitions), les responsables du circuit rencontrent de nombreux clients internationaux séduits par les atouts du site. Aussi vastes que soient les espaces, la présence du grand circuit de compétition avec la possibilité de faire son baptême de piste sur le bitume qui accueille les Schumacher, Button et Alonso doit en titiller plus d’un. « En saison, les possibilités sont très nombreuses et, en hiver, cela s’étend au week-end. »

Implanté sur le site même du circuit, le Campus automobile offre d’autres pistes de synergie en matière de formation. Issu d’un partenariat entre Forem Formation, l’Université de Liège, l’Institut für Kraftfahrwesen Aachen (IKA) et Agoria, le campus propose des sessions de formation aussi bien aux ingénieurs et techniciens confirmés qu’aux débutants. C’est aussi sur le circuit que la jeune entreprise Green Propulsion a testé et présenté au public son Imperia GP, bolide racé au moteur hybride. La présence d’un incubateur d’entreprises et du zoning de Blanchimont complètent l’offre qui fait de Spa-Francorchamps un pôle de développement unique pour le secteur automobile. Et c’est bien plus qu’un moteur d’avance.

www.spa-francorchamps.be
www.formationcampus-automobile.be

Alors que Virginie Pieters s’apprête à défendre nos couleurs comme couvreuse, revenons sur la place des femmes dans le secteur de la construction et sur l’action de sensibilisation et d’accompagnement menée par le fonds de formation de la construction wallonne.

Quand on passe à côté d’un chantier dans la rue, on ne remarque pas s’il y a une femme dans l’équipe, dans la salopette et sous le casque. Elles sont pourtant de plus en plus nombreuses. Fin 2011, le secteur de la construction comptait 465 ouvrières, soit 0,8 % de l’ensemble des travailleurs. En 2009, la proportion s’élevait à 0,5 %. Cette progression traduit une évolution des mentalités accompagnée par le travail de fond d’Agnès Marlier, dans le cadre du projet « Femmes et Construction ».

Lancé par le secteur en partenariat avec les organismes de formation et des associations de défense et promotion de la diversité, ce travail de sensibilisation intervient à tous les niveaux du cycle, l’orientation, la formation et le marché du travail, aussi bien du côté des entreprises qui recrutent que des candidates qui cherchent à être embauchées. Et une conclusion s’impose : préjugés et craintes existent des deux côtés. Par exemple, on dit trop vite qu’une femme n’a pas la force physique pour assurer le travail sur les chantiers. C’est faux. Statistiquement, 50 % des femmes sont aussi fortes que 70 % des hommes. Pensons aux infirmières qui portent en une journée l’équivalent d’une tonne et demie, soit environ 50 blocs de 30 ou 60 sacs de ciment. Cet argumentaire figure dans les dépliants qui répondent aux idées toutes faites tant des chefs d’entreprise que des candidates. Au-delà de la communication, l’essentiel de l’action d’Agnès Marlier réside dans un travail de terrain au côté des candidates dans les entreprises. Pour aller au-delà des apparences et des craintes. « Quand une entreprise me dit : “Je n’ai pas de craintes à engager une femme”, ça peut masquer certaines peurs. Les entreprises plus franches dans leurs appréhensions donnent de la consistance au débat. À partir de là, on peut déconstruire les représentations et renverser les préjugés. »

À cet égard, le premier emploi comme le premier stage constituent souvent des moments clés. « Il faut être vigilant, car une mauvaise expérience peut altérer la vision qu’une candidate se fait du secteur. » Le travail d’accompagnement qu’Agnès Marlier effectue seule – « C’est parfois un peu court » –, confesse-t-elle avec un sourire, ne peut être qu’individualisé. L’expérience a montré que l’ouverture à l’engagement de femmes relève d’une décision et d’une vision du chef d’entreprise. Les grosses entreprises ne sont pas plus ou moins accueillantes que les PME. Même une femme chef d’entreprise peut se montrer réticente à engager une ouvrière.

Une fois que l’intégration se fait, beaucoup de craintes se dissipent et les arguments peuvent s’inverser. Il en va ainsi de la fameuse infériorité physique. On constate souvent que les femmes sont bien plus soucieuses d’adopter les manières les plus adéquates pour porter de lourdes charges sans se faire mal alors que des hommes qui vont y aller plus franco vont peut-être se retrouver plus vite en arrêt-maladie.

Valérie Gilles, menuisière, Isabelle Crucifix, chauffagiste, Noémie Chavepeyer, peintre, et Virginie Pieters, couvreuse, sont les quatre icônes mises en avant par la campagne Femmes dans la construction. La valeur de l’exemple est importante pour soutenir ces jeunes filles qui ont choisi de suivre un parcours atypique. Ça fait du bien de savoir qu’on n’est pas la seule, que d’autres l’ont fait et le font bien. Un soutien souvent nécessaire pendant les études où la confiance est encore fragile. Pendant leur formation, les filles ne sont pas toujours encouragées et c’est souvent le soutien sans faille d’une personne qui les aide à trouver leur chemin. Ainsi, Valérie, qui a été la première fille à obtenir un diplôme de menuiserie dans son école, a tracé son chemin grâce à l’oreille attentive d’un prof en maçonnerie ! Dans les études techniques et professionnelles, les filles sont toujours en minorité et il est important que les écoles soient attentives au respect de tous. Non, il n’est pas normal qu’une fille se fasse chambrer systématiquement par les garçons et une fille n’est pas forcément plus « faible » qu’un garçon.

Les femmes ne combleront certainement pas la pénurie durablement installée dans certaines filières de la construction, mais elles peuvent à leur petite échelle y contribuer. Plus de femmes dans la construction, c’est aussi et surtout la marque d’une société adulte. Le projet Femmes et Construction se poursuit sans se fixer d’objectifs chiffrés. « On sait qu’on est dans un projet atypique où l’on nage à contre-courant. Ce qu’on veut, ce n’est pas uniquement faire remonter les statistiques, ce sont des emplois durables. »

En attendant le portail internet Femmes et Construction attendu pour novembre, Agnès Marlier anime Construction en tout Genre, une page Facebook très dynamique pleine d’infos et de témoignages de Belgique, de France et même du Québec.

 

L’action Femmes et Construction, c’est en moyenne annuelle :

• 35 femmes sensibilisées via des interventions en formation d’orientation
• 25 femmes qui font l’objet d’un coaching
• 17 femmes en formation
• 7 femmes mises à l’emploi dans le secteur
• 2 femmes qui signent un RAC
• 2 femmes mises à l’emploi dans un autre secteur

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les métiers sans avoir jamais osé l’essayer sera rassemblé à CurioCity.

À côté de l’espace de compétition où les nerfs sont tendus, l’attention aiguisée et l’excitation palpable, les visiteurs d’Euroskills pourront découvrir CurioCity, un espace convivial débordant d’animations, de démonstrations et d’essais qui a l’ambition de valoriser les métiers technologiques. « Il est important que les jeunes voient d’autres jeunes pratiquer des métiers qu’ils pourront essayer, estime Francis Hourant. Ces animations sont destinées aux jeunes, mais aussi aux parents appelés à valider le choix de leurs enfants. Ce sera l’occasion ou jamais de découvrir le fonctionnement d’une imprimante 3D, de s’essayer à la plomberie, à la toiture, à l’équilibrage des roues d’une voiture ou encore au diagnostic d’une panne. On a envie que le public soit séduit par les odeurs, le toucher. Si l’on ne touche pas avec les mains, on passe à côté d’une motivation importante. »

Une quarantaine de médiateurs pédagogiques est également présente pour répondre aux questions et orienter les jeunes dans cette foisonnante ruche aux métiers. Plus particulièrement visés, les jeunes à partir de la 6e primaire et plus encore les élèves de 2e secondaire placés devant l’heure du choix.

Une vraie maison à ossature bois

Le secteur de la construction a choisi de s’adresser prioritairement aux jeunes de 10 à 14 ans. « Les années précédentes, nous nous adressions aux jeunes à partir de 14 ans. Mais comme l’a montré une de nos enquêtes, à cet âge-là, les a priori négatifs sont déjà bien ancrés, explique Nathalie Bergeret, directrice de l’Emploi, de la Formation et de la Communication à la Confédération de la Construction et coordinatrice du team construction. À 14 ou 15 ans, on a déjà des copains qui sont passés en technique parce qu’ils ont raté dans le général. Leur opinion est faite tandis que les enfants plus jeunes sont plus curieux et ouverts. Ils ne demandent qu’à découvrir. »

Assis sur des gradins, les jeunes visiteurs de CurioCity pourront suivre la construction d’une vraie maison à ossature bois. Les différents corps de métiers uniront leurs compétences pour bâtir une maison de fond en comble, de l’installation de la cuisine à la pose des ardoises sur le toit. Des jeux mettant en oeuvre des techniques ou des matériaux de construction leur seront proposés pour soutenir leur intérêt. Quatorze métiers seront en outre en représentation dans des logettes en mettant en avant le savoir-faire innovant de haut niveau. Avec la domotique, l’informatique et l’électronique sont entrées massivement dans la maison. Pour y rester. « Il est également important de montrer que les technologies de base ont évolué, notamment en matière d’isolation et de chauffage. Les préoccupations énergétiques et le développement des maisons basse énergie ou passives ont contribué à régénérer le secteur pour en faire un enjeu d’avenir. »

Une porte d’entrée valorisante

Les métiers du patrimoine sont des témoins bien vivants. Ils perpétuent les gestes et les matériaux traditionnels de la construction. On les retrouvera en toute logique au sein du village de la construction aux côtés des métiers techniquement plus modernes. Les visiteurs pourront assister à des démonstrations de pose d’ardoises, de restauration de châssis, de ferronnerie d’art, de taille de pierres, de création de vitraux et même de facteurs d’orgues. Tous ces métiers artisanaux du patrimoine sont loin d’être des métiers de niche. En effet, la moitié du bâti en Wallonie date du début du XXe siècle ou d’avant. Aujourd’hui, l’intérêt porté aux matériaux durables et naturels a remis à l’honneur le travail du bois, de l’argile ou de la chaux et les techniques qui leur sont associées. « Par son côté artisanal, son amour du travail bien fait, le patrimoine peut offrir une porte d’entrée valorisante aux métiers de la construction encore en forte pénurie », estime Ingrid Boxus, une des responsables des activités pédagogiques au Centre de la Paix- Dieu. Métiers d’exception, ils s’acquièrent à l’issue d’un parcours de formation à chaque fois singulier. Se présentant rarement en ligne droite, ils demandent une bonne dose de ténacité. Le jeune maître-verrier qui montrera son savoir-faire dans la réalisation de pièces de vitrail a fait de sa passion un métier, après des études en communication, et une formation suivie à Chartres grâce à une bourse d’études. En ces temps où se redessine l’avenir, les intérêts pour des métiers qu’on pensait dépassés se réveillent et des partenariats se nouent. Ainsi en collaboration avec l’IFAPME, un centre des Métiers de la pierre va voir le jour à Soignies sur le site de l’ancienne Grande Carrière. Les jeunes qui inviteront le public à caresser la pierre bleue de bout de leurs ciseaux en sont les premiers ambassadeurs.


Des jeunes qui expliquent à d’autres jeunes

« Quand on évoque le métier d’usineur ou de technicien en maintenance, le jeune ne peut pas y accoler une image précise. Contrairement au métier d’électricien ou de mécanicien automobile », déplore Brigitte Remacle, conseillère à IFPM Formation et coordinatrice du team Industrie. Dans une grande tente de 400 m2, l’Industrie proposera, en partenariat avec des établissements d’enseignement, des démonstrations de soudure, d’usinage et de maintenance. Devant les machines et les écrans, ce sont des jeunes de 6e et 7e encadrés d’experts venus des centres de compétence. « Le principe, c’est d’avoir des jeunes qui expliquent à d’autres jeunes et qui leur montrent ce qui se cache derrière des noms de métiers couvrant des fonctions très diversifiées, parfois simples, parfois complexes. » Pour appuyer la démonstration, après avoir testé un métier, les visiteurs pourront repartir chez eux avec un souvenir concret, une ardoise joliment découpée ou un minicircuit électrique. « On doit absolument miser sur les jeunes, parce qu’alors que l’industrie est en manque de postulants pour certains métiers, dans l’enseignement, ces mêmes filières ferment par manque de candidats. »

Le secteur graphique a préféré concentrer ses moyens sur une animation ludique en design graphique. Les jeunes, mais aussi les adultes, pourront s’amuser à réaliser une animation en « stop motion » qu’ils pourront ensuite télécharger sur le site d’Euroskills. Au bout de quelques clics de souris, les participants auront façonné un trophée virtuel qui n’est évidemment qu’un avant-goût des exigences d’un métier passionnant. « L’informatique attire de nombreux jeunes qui n’ont pas toujours conscience des difficultés. » Pour toucher à la réalité du métier, Nathalie Gautier, directrice du centre de formation Cepegra et coordinatrice du team Informatique, Web Design et Imprimerie, encourage le public à suivre les candidats confrontés aux contraintes et au stress de la compétition. Même s’ils baignent dans un monde où la technologie et l’informatique sont omniprésentes, les jeunes ne se précipitent pas pour s’inscrire au Cepegra. « Les prérequis pour entrer en formation sont assez élevés, car on se situe au niveau des études supérieures. »

Les rues de ce village pas comme les autres connaîtront trois jours d’intense activité que certains mettront à profit pour (presque) tout tester tandis que d’autres s’appliqueront avec minutie à ne rien perdre d’un métier. Mais tous seront bien d’accord… la curiosité est toujours récompensée !

En 2010, Denis, Antoine et Kevin ont brillé dans la capitale portugaise lors de la deuxième édition d’Euroskills. Une expérience qu’ils ne sont pas près d’oublier.

Denis Poncin, Médaille d’argent en équipe et médaille de bronze individuelle

Catégorie Imprimerie

En entamant la compétition, le jeune homme a eu une première surprise : il lui faudrait travailler sur une machine qui affichait 50 ans de bons et loyaux services. « Je n’avais jamais manipulé du matériel semblable. En Belgique, il doit en rester une seule dans une entreprise familiale. C’était du 100 % manuel, les réglages se faisaient avec une clé à molette. » Le premier sérieux problème est apparu avec le système de mouillage et l’eau qui a coulé abondamment sur le papier. « Je ne savais pas qu’il fallait mettre des bouchons pour empêcher ça. J’ai perdu 30 minutes, ce qui m’a coûté la deuxième place. J’étais tellement stressé que j’ai failli pleurer, mais, comme a dit mon coach, “un bon imprimeur sait toujours rattraper ses bêtises !” »

Aujourd’hui, Denis travaille dans la petite imprimerie d’un concessionnaire automobile. Avec un contrat à durée indéterminée. Avant d’y arriver, le jeune diplômé a vécu quatre années de boulots provisoires, de remplacements pour des ouvriers malades ou indisponibles. À l’affût de toutes les offres et prompt aux candidatures spontanées, il a enfilé le tablier d’imprimeur d’Arlon à Bruxelles, en passant par Namur, Liège et Charleroi, multipliant les expériences techniques comme humaines. « J’ai eu l’occasion de travailler sur toutes sortes de machines. Elles sont toutes différentes. On a beau savoir que c’est la même mécanique, elles ont chacune leur caractère. Mais c’est finalement grâce au bouche-à-oreille que j’ai eu mon contrat actuel. » C’est un peu par hasard qu’il s’est orienté vers l’imprimerie. Le conseil d’un copain le conduit vers l’IATA à Namur où il choisit la section imprimerie. « Je m’étais inscrit sans trop savoir à quoi m’attendre. En 4e, on avait un cours d’offset de 4 h/sem. J’ai accroché et je n’ai plus arrêté au point qu’aujourd’hui, je ne voudrais pas faire autre chose. »

Plus tard, il se voit bien à son tour formateur au Cepegra (Centre de compétence de l’industrie graphique) à Gosselies où il a achevé sa formation par un stage de six mois. « J’envisage de postuler dans deux ans. J’aime ce boulot et rencontrer des gens autour d’une machine, ça fait évoluer la manière de travailler. »

En octobre, il ira à Francorchamps soutenir les concurrents belges et saluer ses amis. « J’ai fait connaissance avec pas mal de monde et j’ai aussi envie de voir les nouveaux candidats à l’oeuvre. Si je n’ai qu’un seul conseil à donner, c’est de rester zen quoiqu’il arrive. Si tu n’y arrives pas, tu peux changer de boulot parce que question stress, les clients, c’est encore pire. »

 

Antoine Habran, Médaille d’argent individuelle et médaille d’excellence en équipe

Catégorie Informatique (Spécialiste Open Source)

« Je travaillais déjà avant le concours et j’avais peur quand je devais intervenir chez un client. Même si tout était chaque fois ultra préparé, je n’avais pas confiance en moi, explique le jeune informaticien. La compétition m’a libéré. J’ai vu qu’avec le travail, je pouvais y arriver. » De l’Euroskills à Lisbonne, Antoine retient aussi la bonne ambiance dans le groupe, mais pas tellement les contacts avec les autres délégations. « Quand on se rencontrait, on donnait la plupart du temps de fausses infos sur notre état d’avancement pour essayer de les déstabiliser, s’amuse-t-il. Ce genre de compétition se joue fort au mental. »

Il devait avoir 10 ans quand l’informatique est entrée dans sa vie. Il se souvient encore du premier e-mail qu’il a vu partir. « Je n’ai pas compris comment une lettre pouvait atteindre le destinataire aussi vite sur une telle distance. C’est là que j’ai commencé à me poser des questions. » Assez logiquement, il a opté pour une qualification en informatique, mais n’a pas été beaucoup plus loin. Il commence un graduat « parce que c’était dans la norme », mais il ne s’y sentait pas à l’aise. « Je me suis rendu compte que ce n’était pas pour moi. J’étais un peu nerveux, je ne tenais pas en place et je ne pouvais pas me concentrer sur des matières qui ne me disaient rien. » Il a trouvé son bonheur à Technofutur. Uniquement des cours liés à l’informatique et le jeune gars de 21 ans entouré d’adultes s’est tout à coup senti plus calme. Il n’avait plus envie de faire le malin. Au moment de terminer, il reçoit une proposition de Financial art. C’était il y a trois ans. Il y travaille toujours. « Je me rends compte que j’ai eu beaucoup de chance. J’y suis arrivé sans faire de longues études. Ça me surprend encore. Si les bases sont nécessaires, c’est sur le tas qu’on acquiert son expérience professionnelle. On n’a pas besoin de diplôme pour être quelqu’un de talentueux et de vif d’esprit. » Aujourd’hui, il n’a pas l’impression de travailler. Il peut continuer à bosser 20 heures d’affilée « sans en avoir assez ». Et il arrêtera seulement lorsque son corps tirera la sonnette d’alarme. Il ne manquera pas le rendez-vous de Spa- Francorchamps. Pour l’ambiance sans doute, mais surtout parce qu’il a envie de voir gagner les jeunes candidats belges de l’équipe IT.

Présent dans le jury de sélection, il n’a pas pu s’empêcher de suivre les heureux sélectionnés pour leur distiller quelques conseils. « C’est plaisant de partager son expérience et de donner des petits trucs pour les faire gagner. C’est une équipe qui a du potentiel. Je trouve même qu’ils sont bien meilleurs que je ne l’étais à l’époque. »

 

Kevin Herman, Médaille d’argent individuelle et médaille d’argent en équipe

Catégorie maçonnerie

Présent en 2007 avec le team belge de Construction aux Mondiaux des métiers de Shizuoka, au Japon, Kevin Herman a surtout réalisé ce qui lui manquait. « Nous n’étions pas préparés, tant au niveau du matériel que de la gestion de temps. » En 2010, à Lisbonne, c’était une tout autre histoire.

En plus de la médaille, il en a gardé le souvenir de moments exceptionnels d’entraide et d’ouverture d’esprit. « Après une compétition pareille, on se sent grandi. On ne s’en rend pas compte sur le moment, mais par la suite, quand on y repense. » Comme aux Jeux olympiques, les candidats se lancent dans la bataille pour la médaille, mais aussi pour monter ce dont ils sont capables et promouvoir leur métier auprès des jeunes. « Le public ? On n’en a pas vraiment conscience tellement on est concentré sur l’épreuve. C’est lors des pauses que l’on réalise ce qui se passe dans les allées et l’on est drôlement impressionné ! » Sur place, le plus difficile, c’est d’apprendre à gérer son temps de travail comme on n’a pas à la faire dans son quotidien professionnel. « J’avais tout préparé en découpant chaque journée en tranches de dix minutes à ne pas dépasser pour y arriver. »

C’est à 13 ans que Kevin a eu envie de se lancer dans la construction. « Au moment de la construction de la maison de mes parents, j’ai passé pas mal de temps sur le chantier. Un an après, j’ai commencé mes études en section Construction Gros-oeuvre de l’Athénée Royal de La Roche. » Aujourd’hui, à presque 25 ans, il gère depuis 4 ans une petite PME. Pas de soucis pour son travail, les carnets de commandes sont presque pleins pour 2013 et entament 2014. Ses exploits à Lisbonne figurent en bonne place sur son CV. « Pas mal de clients m’en parlent et, dans certains cas, cela m’a vraiment aidé à décrocher des contrats. » Il sera bien sûr présent en octobre à Spa-Francorchamps. Il a envie de revoir les autres candidats avec qui les liens se sont noués et renforcés grâce aux réseaux sociaux. « J’ai vraiment envie d’encourager les Belges, il faut qu’ils aillent le plus loin, parce que, dans la construction, la Belgique a vraiment pas mal de potentiel. »

Rassembler des jeunes autour d’un même objectif, ça ne suffit pas. Pour devenir une équipe soudée animée par un esprit de solidarité, le team d’Euroskills bénéficie d’une formation spécifique assurée par une équipe pluridisciplinaire habituée à l’accompagnement de sportifs.

«Vous êtes des sportifs. Pendant trois jours, vous allez faire de votre métier un sport ! » C’est par ces mots que les concurrents belges, réunis dans le grand hall du Sunpark de Vielsalm, ont été accueillis à l’entame de leur premier week-end de formation collective. À plus de 100 jours de la compétition, la tension n’était pas encore à son plus haut niveau. Mais aussitôt que ces 35 jeunes prendront possession de leur espace de travail sur le plateau d’Euroskills en octobre, ils sentiront la pression monter de l’intérieur comme de l’extérieur. Il s’agit donc d’être prêt.

Depuis 2010, l’équipe qui prépare les participants au challenge et au stress d’une compétition internationale a été renforcée et professionnalisée. Qui mieux que des professionnels de l’accompagnement et de la préparation de sportifs pour relever cette mission essentielle ? L’équipe des formateurs, appelés « team leaders », est composée d’un médecin sportif, d’un psychologue et d’un kiné, attachés au Service Santé et Qualité de vie de la Province de Liège. Tous trois spécialisés dans l’accompagnement et la préparation des sportifs. À leurs côtés, un enseignant en éducation physique qui sait ce qu’entraîner un groupe veut dire. C’est lui notamment qui choisit les différentes activités physiques qui émaillent la formation.

Celle-ci se déroule en trois temps. Le premier acte a pour décor le centre de loisirs de Vielsalm et les forêts qui l’entourent. Il est orienté vers l’approche physique et dynamique du groupe. « On a une trentaine de jeunes, venus des trois régions du pays, qui ne se connaissent pas. Il est important pour eux de vivre ensemble et de partager des activités dans un même espace. » Les activités proposées, toujours très physiques, comme le « run & bike » ou les courses d’orientation, visent à cimenter le groupe et favoriser la solidarité. Elles ont été sélectionnées pour stimuler les qualités attendues dans la compétition : sagacité et écoute. L’attitude des uns et des autres face aux défis physiques est un indicateur de la capacité à la prise de risque. Dans tout groupe, se dégagent très vite des leaders naturels, ce qui est une bonne et une mauvaise chose lorsqu’on leur accorde une confiance aveugle. « Nous cherchons à amener progressivement les jeunes à tester leurs limites pour peut-être les dépasser sans s’abîmer, explique le médecin. Pour vivre ses limites, il faut jouer avec. Sans se faire mal. Dans toute compétition, il y a toujours un temps inconfortable, comme il y a du plaisir. » À côté du collectif, il y a aussi l’individuel. Chaque jeune bénéficie également d’un suivi individuel qui est l’occasion d’évaluer avec lui ses limites physiques, mais aussi sa base mentale. « Je m’entretiens avec eux pour mettre à jour les désirs qui peuvent les motiver pour la compétition. Chacun a des qualités individuelles qu’il peut mettre en avant sans nécessairement en être conscient. » Cette année, au cours de ces entretiens, un mot revenait avec plus d’insistance : colère. Elle est le signe que le jeune ne maîtrise plus la situation et perd pied. Si l’on y est attentif, on peut éviter les moments où tout part en vrille.

Pendant la semaine de compétition, les « team leaders » seront attentifs à soutenir les besoins des participants. Comme le boxeur inspecte le ring avant un combat, ils découvriront ensemble les outils mis à la disposition des jeunes pendant ces trois jours.


Le deuxième week-end, qui s’est déroulé sur le site de Blégny-Mine, s’est davantage attaché au travail mental et à la gestion du stress. Un travail notamment par les jeux de rôle qui leur donne des pistes pour relativiser les choses. Une médaille, c’est super, mais pas de médaille, ce n’est pas un drame. C’est un travail qui joue autant sur l’individuel que sur le collectif. La force du groupe amplifie la force de chacun, une personne qui va mal peut contaminer tout le groupe. L’accent est également mis sur la diététique. Engouffrer des burgers ou des chips n’est certainement pas la meilleure manière de préparer une compétition. Par ailleurs, la relaxation est, on le sait bien, une des meilleures armes contre le stress. Souvent confinés dans un espace réduit, les participants n’ont pas l’espace requis pour des élongations de grande amplitude. Grâce aux précieux conseils du kiné, l’équipe des « team leaders » a développé des modes de relaxation limités aux mains et aux doigts de pieds. Mais dans ce domaine, pas de recette miracle ou de truc infaillible. « C’est au cas par cas. Chacun doit trouver le mode de relaxation qui lui convient. Certains seront plus sensibles à une suggestion sonore, alors que d’autres réagiront mieux aux stimuli visuels, tactiles ou au travail de la respiration. » Pendant la semaine de compétition, les « team leaders » seront attentifs à soutenir les besoins des participants. Comme le boxeur inspecte le ring avant un combat, ils découvriront ensemble les outils mis à la disposition des jeunes pendant ces trois jours. Pendant l’épreuve, les « team leaders » restent en retrait, prêts à intervenir si quelque chose déborde et peuvent en cas de dérapage s’interposer entre l’expert et le jeune, situation heureusement assez peu fréquente. Le kiné sera, lui, attentif aux petites douleurs avec lesquelles un corps exprime ses tensions. « À la différence des sportifs, certains de ces jeunes ne se rendent pas toujours compte de l’importance du corps. Le respect du corps est étroitement lié au respect de l’autre. »

Tout au long de la compétition, la concentration est comme un fil rouge qui lie le participant à son objectif final. Pour éviter la dispersion ou une pression supplémentaire, les « team leaders » suggèrent de limiter les contacts avec la famille et les proches, une précaution qui n’est pas toujours bien comprise. « Il y a quelques années, on a eu une mère qui s’était postée à quelques mètres de sa fille qu’elle photographiait sans cesse. C’est quelque chose que je ne permettrais plus aujourd’hui. » Les deux jours d’attente qui précèdent la proclamation des résultats sont des jours de tension à gérer dans le mental comme dans les comportements.

L’épilogue de la formation prend place après la compétition. Même s’il est souvent difficile de les réunir tous, c’est intéressant d’échanger les expériences avec le recul. « Si quelque chose s’inscrit dans le mental de quelqu’un, ce n’est jamais sur le moment même. » À l’issue de la compétition, beaucoup de jeunes se découvrent plus heureux, plus forts. La solidarité dont ils auront fait preuve demande une capacité d’ouverture à l’autre et n’est rien d’autre qu’une forme de respect. Une preuve de plus qu’Euroskills va bien au-delà de la démonstration technique.

Chaque année, les jeunes qui pratiquent un métier manuel ou technique ont l’occasion de participer à une compétition européenne ou mondiale qui est une vitrine de l’évolution de ces métiers d’avenir. Cette année, Spa-Francorchamps sera le théâtre de cet évènement unique, Euroskills !

Il y a chaque année 20 000 postes vacants dans le secteur de la construction. Dans l’industrie automobile, on en évoque 500 par an, chiffre qui pourrait monter jusqu’à 4 à 5 000 emplois en 2025. Le Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (Cedefop) relève pour sa part que, pour la période 2010-2020 dans l’Union européenne, il faut s’attendre à 8 millions de nouveaux emplois qui s’ajouteront aux 75 millions à pourvoir à la suite de départs ou de remplacements. Et cela compte tenu du maintien des tendances dominantes. À savoir, des emplois exigeant des compétences plus poussées et un accroissement dans le secteur des services. Les besoins sont criants. C’est une évidence. Mais ça ne suffit pas. On ne s’engage pas dans un métier pour des chiffres ou pour stimuler la croissance d’un pays. On choisit un métier pour s’y sentir bien et valorisé. C’est à cela que travaille Euroskills, le 3e championnat européen des métiers manuels, techniques et technologiques.

Des Belges en piste

En bordure du plus beau circuit du monde, 423 jeunes venus de 23 pays mesureront leurs compétences dans 44 disciplines issues des secteurs des Arts créatifs et de la mode, de la Technologie de l’information et de la communication, de l’Industrie, de la Construction, des Transports et de la logistique et des Services. Parmi eux, 36 jeunes belges qui participent à 29 métiers sur 44. Ils ont été sélectionnés parmi les 335 candidats retenus aux présélections organisées par les écoles et les centres de formation. Les meilleurs, peut-être pas, mais certainement les plus motivés. « Un évènement de cette envergure a d’abord pour objectif de faire avancer la promotion de ces métiers, souligne Francis Hourant, Directeur général de Skills Belgium. Une étude réalisée en France après le Championnat de France a révélé une augmentation de 14 à 15 % dans les filières techniques l’année qui suit. Cet objectif commun permet aussi de faire travailler ensemble les écoles, les organismes de formation et les entreprises, des partenaires qui travaillent souvent en parallèle et parfois même en concurrence. »

Certains pays visent un maximum de médailles alors que d’autres mettent plutôt l’accent sur la participation et l’échange d’expériences entre candidats et experts des différents pays.


Lancé en 1950 par l’Espagne et le Portugal, rejoints par les pays d’Amérique latine, ce concours, destiné à mettre en valeur les jeunes issus des filières techniques, a très tôt séduit la Belgique qui a accueilli le championnat en 1958 pour sa première édition en dehors des terres ibères. Depuis 2008, à côté de la compétition internationale qui rassemble tous les deux ans plus de 70 nations, un championnat européen où se retrouvent 23 pays est organisé tous les deux ans. En plus de soixante ans, la philosophie de départ n’a pas changé, même si chaque pays a des stratégies et des attentes qui lui sont propres. Certains pays visent un maximum de médailles alors que d’autres mettent plutôt l’accent sur la participation et l’échange d’expériences entre candidats et experts des différents pays. « Même si certains repartiront avec des médailles, Worldskills est une compétition sans perdants. C’est aussi une occasion unique de s’ouvrir à d’autres manières d’aborder les techniques. » Une compétition avec jury et classement génère son lot de déceptions et de sentiments d’injustice du côté des perdants. Mais cela reste ce que l’on a trouvé de mieux pour tirer le meilleur des participants. « C’est une vitrine où les jeunes qui se sont engagés dans un métier peuvent voir qu’ils ne sont pas les seuls à avoir fait ce choix et qu’à l’étranger, d’autres y excellent aussi. Comme le disait un directeur d’école : “Les vainqueurs montrent aux autres ce à quoi ils peuvent arriver.” » Pour Francis Hourant, le maître mot de ces trois jours de compétition est l’excellence, une valeur précieuse qu’il ne faut pas confondre avec l’élitisme. Une excellence qui n’est pas uniquement une affaire de technique, mais aussi une valeur humaine. « Les jeunes que nous sélectionnons ne sont pas des machines. Nous attendons d’eux des qualités humaines d’ouverture aux autres et une envie de se former. C’est pour cela que ce n’est pas toujours le premier de la sélection qui est choisi. » C’est en rassemblant en un même endroit ce qui se fait de mieux dans un métier que l’on montre au public, aux parents et aux formateurs que les techniques et les matériaux changent, que les métiers évoluent. Aujourd’hui, l’informatique est omniprésente. De plus en plus de travailleurs manuels exercent une partie de leurs compétences devant un écran d’ordinateur, ce qui en fait des professionnels polyvalents de plus en plus qualifiés. Comme le disait en boutade un professeur : « Que celui qui n’est pas capable d’aller en technique retourne en latin-grec ! »

Aujourd’hui, dans ces métiers où les techniques évoluent de plus en plus vite, tout le monde doit se montrer capable de s’adapter, notamment par la formation. Un évènement comme Euroskills est aussi une occasion de faire le point sur l’évolution technique des métiers. « En 2003, les Suisses étaient venus en carrelage avec une machine qu’ils avaient développée. Son acceptation a fait débat et elle est désormais adoptée par la plupart des sélections. Entre les travées, les experts sont bien entendu à l’affût de la moindre nouveauté. À Calgary (Canada), notre expert avait mis au point une technique pour couper deux carrelages en même temps. La nouvelle s’est rapidement répandue et toutes les autres délégations sont venues l’observer pour ensuite l’adopter. »

Du 4 au 6 octobre 2012
www.skillsbelgium.be

 

Skills Belgium, en quelques mots

Skills Belgium est doté d’un budget de 1,4 million € dont 20 % sont consacrés aux compétitions internationales et le reste à la promotion des métiers. Comme en Belgique rien n’est jamais simple, l’équipe nationale est en fait uniquement soutenue par les pouvoirs publics francophones et bruxellois, les autorités flamandes ayant d’autres choix stratégiques pour promouvoir les métiers techniques. Ce qui n’empêche nullement Skills Belgium d’accueillir des experts flamands et d’avoir dans son conseil d’administration des membres flamands venus du secteur privé.

On l’a découverte à la présentation de Génies en Herbe, puis à celle du Concours Musical Reine Elisabeth. C’est avec Ma Terre et Nuwa, deux émissions qui portent sa marque, que Corinne Boulangier a trouvé de quoi nourrir sa curiosité atavique. Désormais directrice de La Première, elle veut se laisser guider par deux valeurs qui résument son parcours déjà riche, en apportant du bonheur et du sens.

Née le 14 février 1973 à La Louvière, Corinne Boulangier a puisé chez un grand-père qui est passé du travail de la ferme à celui des ascenseurs du canal du centre, la conviction que le rapport à la terre et à son exploitation sont des questions centrales dans le monde d’aujourd’hui. Les racines qui l’ont nourrie sont d’abord familiales. « Je sais ce que ça a coûté aux générations qui m’ont précédées de m’amener là où je suis. Toute petite, j’ai été encouragée à regarder le monde autour de moi, le patrimoine agricole comme le patrimoine industriel. Ce n’est pas pour rien que ma curiosité intellectuelle me pousse à mettre en avant ces aspects de la Wallonie. » Paradoxalement, c’est grâce à son travail avec l’Institut du Patrimoine (IPW) pour l’émission Ma Terre qu’elle a redécouvert certains lieux patrimoniaux de Wallonie. « Ce ne sont pas des coquilles vides, ce sont ces lieux où les constructions des hommes portent des traces qui témoignent de leurs combats, de leurs visions et de leur créativité qui nous ramènent d’où on vient. Et ça, ça me touche. » Élevée au rang de chevalier du Mérite wallon en 2012, elle a senti cet attachement pour la Wallonie grandir en elle comme une plante qui se développe. Elle en regrette d’autant plus l’indifférence que certains affichent pour leur région et pour toutes ses réalisations. « Très souvent, j’ai l’impression que, à ne pas s’intéresser au passé, on néglige le présent et on prend le mur de l’avenir en pleine figure. »

Élevée au rang de chevalier du Mérite wallon en 2012, elle a senti cet attachement pour la Wallonie grandir en elle comme une plante qui se développe.


Communiquer, informer, sensibiliser

« Alors qu’on est en permanence plongé dans les difficultés, on a souvent l’impression que les voix dominantes sont celles qui dénoncent les problèmes, pas celles qui proposent des solutions. » Avec conviction, Corinne Boulangier fait part de son admiration pour les médecins et chercheurs qu’elle côtoie depuis qu’elle est la marraine de la Fondation Saint- Luc. Créée à l’occasion du 10e anniversaire de l’implantation des cliniques universitaires en terre bruxelloise, la fondation s’est donné pour objectif d’aider les professionnels de la santé à compléter leur formation à l’étranger et aussi d’accorder aux cliniciens des bourses qui leur permettent de se consacrer à des projets de recherche pendant deux ou trois ans. Cette décision qui n’allait pas de soi pour l’animatrice journaliste qui confesse une frousse bleue de l’hôpital, de la maladie et des seringues ! Communiquer, informer et sensibiliser, voilà les tâches qu’elle accomplit avec générosité portée par sa curiosité et son sens du contact. « Le premier enjeu est de faire comprendre aux profanes, dont je fais partie, l’enjeu de la recherche dans des domaines parfois très pointus pour l’ensemble de la chaîne sanitaire et cela au bénéfice de tout un chacun. » Le deuxième objectif est celui de lever des fonds pour la recherche et de sensibiliser à l’importance du mécénat. « C’est fondamental, d’autant plus que ce n’est pas ancré dans notre culture où on a tendance à confondre mécénat et sponsoring. »

« Ce ne sont pas des coquilles vides, ce sont ces lieux où les constructions des hommes portent des traces qui témoignent de leurs combats, de leurs visions et de leur créativité qui nous ramènent d’où on vient. Et ça, ça me touche. »


De ses visites au service de néonatalogie à un service d’urgence, de ses discussions approfondies avec des chercheurs, de ses rencontres avec des hommes et des femmes passionnés, elle reçoit des belles leçons de vie. « Ça me fait du bien. Quand on fréquente l’hôpital du côté de celui qui subit, on en a une vision unilatérale. On a parfois l’impression qu’on ne compte pas, qu’on n’est pas compris. Il y a toujours certains médecins ne savent pas communiquer, mais j’en ai rencontré d’autres qui ajoutent à leur excellence technique, des capacités d’empathie et de chaleur humaine exceptionnelles. »

Courir pour la recherche

Le 26 mai 2013, une équipe de la Fondation Saint-Luc sera sur la ligne du départ des 20 km de Bruxelles. Si les dieux du stade sont avec elle, Corinne Boulangier en sera, avec l’envie de se bouger pour faire bouger les choses. « Ce n’est pas gagné, car physiquement je viens de tellement loin depuis décembre, mais l’aventure est tellement stimulante que je ne pouvais pas au moins essayer de relever le défi. » L’invitation est lancée à tous pour courir ou pour parrainer un coureur. La centaine de coureurs de Saint-Luc et de l’UCL forment une chaîne à l’avant du groupe pour contenir les coureurs et éviter les faux départs. C’est le team du « start control ». Ceux qui veulent en être sont attendus à 8h45.

Depuis quelques années, le mobilier urbain de Lucile Soufflet, tout en rigueur et simplicité, se pose dans nos villes et dans nos parcs. Des formes nouvelles qui répondent à des besoins fondamentaux.

Ils apparaissent un beau jour sur les places, dans les parcs. On les regarde d’abord avec indifférence ou curiosité, parfois avec méfiance pour leurs formes innovantes, incongrues. Puis, on les essaie. Et on se dit que, finalement, on s’y sent bien. Le mobilier public doit s’apprivoiser. Patiné par le temps et les intempéries, il doit se fondre dans le paysage et dans les habitudes des citadins, des villageois. Depuis 2006, la Grand-Place de Mons accueille un groupe de bancs en fines tiges d’acier laqué qui ondulent avec la souplesse d’un végétal. Ils sont l’oeuvre de la designer Lucile Soufflet. S’adaptant à chacune de ses implantations, ce modèle est né quelques années plus tôt pour répondre à une commande de la Ville de Bruxelles pour une petite place du centreville. « Au départ, la commune voulait une oeuvre d’art alors que les habitants entendaient surtout placer un arbre. Dans la discussion est apparue l’idée d’une grille autour d’un arbre qui est devenu un banc circulaire qui épouse la forme de l’arbre. »

La designer, qui s’est installée dans la commune de Sart-Dames-Avelines, dans le Brabant wallon, occupe une ancienne maison de briques vertes qu’elle a complètement réaménagée. Elle a posé son bureau sur une mezzanine, juste sous le toit. C’est là qu’elle travaille face à son écran à défaut d’occuper son atelier encore en chantier. « C’est vrai que je travaille de plus en plus avec l’ordinateur », reconnaît-elle. « Même si la plupart de mes projets naissent toujours d’un croquis au crayon. » La création d’un projet passe par des aller-retour permanents entre le crayon et la visualisation en 3D, et parfois par des maquettes. Lorsque son mobilier est édité, la créatrice peut s’appuyer sur les développeurs de l’éditeur qui disposent de vrais spécialistes de la 3D. Une part importante de son mobilier est éditée par la firme tournaisienne Urbastyle. « Avec ce type de partenaires, je ne réalise plus tout moi-même de A à Z, ce qui permet d’être plus précis dans chaque phase du travail. » Une gamme comme cel le des bancs circulaires, aujourd’hui éditée par TF en France, a mis dix ans entre la conception et l’édition. Grâce à l’édition, elle dispose désormais d’un alphabet de profils qu’elle adapte à chaque commande en fonction des contraintes à la fois budgétaires et topographiques. « Je n’ai pas toujours les délais ni les moyens de faire un nouveau projet, d’autant plus que souvent on me commande quelque chose en se référant à un mobilier existant qu’on a vu ailleurs. »

Diplômée en design industriel de La Cambre, Lucile Soufflet fait remonter ses premières envies de design à son enfance. « Cela correspond d’abord à une pulsion d’autonomie et à l’envie de faire les choses moi-même. Je couds, je fais la cuisine, le potager. J’étais naturellement attirée vers les objets qu’on utilise vraiment. Pour moi, le design, c’est d’abord la fonction. » Le goût pour le mobilier urbain est né à Londres. En exil temporaire dans le cadre des échanges Erasmus, elle y a suivi des cours à la Middlesex University avant d’être assistante technique au Royal College. « Plongée dans une ville étrangère, j’avais le nez dans les cartes et les plans, j’ai sillonné la ville de long en large, regardant autour de moi et observant comment les gens utilisent la ville et ce qui est à leur disposition. » Ses premiers travaux sont nés de sa réflexion sur la ville et les espaces publics. Ils ont débouché sur les premières commandes et d’autres projets. « En m’engageant dans cette voie, j’étais confortée par le fait que c’est un domaine où le design est encore peu présent et où beaucoup reste à faire. »

Dans son choix de matières, elle privilégie le bois, le béton ou l’inox, des matériaux adaptés à l’extérieur et permettant de petites séries. C’est une approche plus artisanale qui lui permet plus de flexibilité et de personnalisation. « Je suis attentive à suivre toutes les étapes de la production. Chaque matériau a ses spécificités techniques qu’il faut prendre en compte dès la conception. Ainsi, le béton a son sens de coulée. Si on l’ignore, on a des bulles qui peuvent remonter à la surface et y créer des irrégularités. » Si elle admire le travail de créateurs tels que Charles Eames ou les frères Bourrelec, elle préfère ne pas trop analyser le travail d’autres designers pour ne pas se sentir écrasée. « Je me fie plus à l’observation des gens, à la manière dont ils se comportent dans l’espace public. De manière plus indirecte, je suis aussi très sensible aux formes d’objets anciens que je repère lors d’une balade aux Puces. En général, travailler sur l’histoire donne une épaisseur narrative au projet qui me plaît bien. »

Porcelaine et céramique

Au début de sa carrière, Lucile Soufflet a réalisé plusieurs séries d’objets en porcelaine et en céramique. Parmi ceux-ci, une commande du Musée de Mariemont qui lui a demandé de réinterpréter quelques pièces de leur collection. Dans une autre série avec Royal Boch, elle s’est amusée à associer à une même tasse différentes anses issues du patrimoine décoratif de la faïencerie. Depuis quelques années, elle a délaissé la céramique et les petits objets au profit du mobilier urbain. « Une fois qu’un domaine suscite de l’intérêt, les demandes suivent et on poursuit dans la même direction. Mais il suffit de peu de choses, une rencontre ou une commande, pour prendre une tangente. »

Le « Projet 105 » est l’exemple parfait de commande qui invitait la designer à explorer de nouveaux territoires créatifs. Dans le cadre d’une revitalisation d’un ensemble de logements sociaux bruxellois, la société de logements SLRB lui a demandé de rhabiller les couloirs qui séparent les appartements de l’extérieur. « Ça sortait de ce que je faisais habituellement, c’était aussi un des premiers projets où je travaillais en collaboration. C’était un sacré défi de satisfaire tant les habitants que les commanditaires et soi-même. Il y a un travail pédagogique et, en même temps, il faut être tout le temps à l’écoute. En montrant d’où viennent les choses, on peut expliquer qu’on ne peut pas faire ce que chacun exige, mais en travaillant ensemble on peut arriver à personnaliser chaque lieu de vie et permettre à chacun de s’y sentir bien. » Dans le cadre de ce projet, et de celui qui a suivi, le projet 48, Lucile Soufflet a eu l’occasion de renouer avec le plaisir de la céramique, couvrant le mur des corridors de carreaux qui délimitent par leurs couleurs et leurs structures l’espace qu’occupe chaque appartement.

L’année 2013 sera riche en projets, du mobilier bien sûr comme celui pour le parc des 4 vents et des étangs noirs à Molenbeek, ainsi que pour la commune de Schaerbeek. Changeant d’échelle, il lui arrive régulièrement de réaliser des interventions ponctuelles chez des privés qui souhaitent un banc ou un autre accessoire d’extérieur. Décidément, pour Lucile Soufflet, ce ne sera pas encore le moment de s’asseoir.

 

Renseignements

Lucile Soufflet
Rue de la Hutte, 7
B-1495 Sart-Dames-Avelines
+32 (0)71 95 45 53
[email protected]
www.lucile.be

 

Destin brisé

Dans le centre de La Louvière, les passants n’ont pu ignorer l’assiette cassée géante qui étale ses morceaux sur les trottoirs. Cette sculpture en acier laqué, baptisée The Plate, a été réalisée par Lucile Soufflet en collaboration avec l’artiste Bernard Gigounon et produite par l’entreprise liégeoise Ortmans. Hommage au passé industriel louviérois, l’oeuvre ne laisse personne indifférent.

Cette oeuvre un peu à part dans votre parcours est un hommage au destin brisé de Royal Boch avec qui vous avez eu l’occasion de travailler ?
L.S. — Boch possède un patrimoine extraordinaire. La plupart des familles belges ont eu des pièces d’un de leurs services. Quand j’ai visité la Manufacture, on sentait déjà la fin de quelque chose. L’outil était désuet, mais ça aurait valu la peine de le remettre à flot. J’ai eu envie de partir d’un sentiment pour laisser un témoignage d’une époque.

Quelles ont été les réactions ?
L.S. — Dans les médias artistiques, l’oeuvre fait son chemin et a été commentée et appréciée un peu partout dans le monde via internet. En ville, les réactions étaient très contrastées. Ça suscite la discussion… Et c’est très bien. Certains comprennent la démarche, d’autres sont choqués par une pièce qui dégage une certaine violence. Quand on parle avec les gens, ils arrivent à faire la part des choses. Après une fin, même brutale, il y a toujours quelque chose qui s’ouvre. Quand on implante une oeuvre dans le tissu urbain, au début, il faut l’accompagner et il convient d’être vigilant dans la communication.

Comment ?
L.S. — Être là physiquement et discuter avec les gens. J’ai y ai passé deux ou trois week-ends. C’était très enrichissant. Certains m’ont dit : « Moi aussi je suis maladroit, je voudrais avoir la même dans mon jardin. » Un autre m’a demandé si je l’avais cassée là en la déchargeant. Quand j’ai répondu : « Oui, c’est bête hein ! » Il s’est mis à rire. L’oeuvre doit encore faire sa mue. Elle appartient à la ville et à ses habitants. Elle va faire son chemin. Comme tout mobilier urbain, elle va se patiner avec son lot de tags, de griffes ou d’empreintes de pas. D’une manière ou d’une autre, les gens ont besoin de s’approprier les objets.

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