Waw magazine

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Le nouveau centre de congrès est une passerelle entre l’ancienne et la nouvelle ville. S’élevant à côté de la nouvelle gare, il offre un outil polyvalent pour faire rayonner la cité au-delà de ses frontières.

Le tourisme d’affaires est devenu pour bien des villes un enjeu important, générateur d’activités. L’arrivée d’un grand nombre de congressistes dans un même lieu est une opportunité pour leur faire découvrir une ville, une région et, ainsi, participer au développement de l’économie. Des perspectives qui n’ont pas échappé à Nicolas Martin, alors bourgmestre faisant fonction, lorsqu’il a émis l’idée d’implanter un centre de congrès dans la cité du Doudou, juste à côté de la gare imaginée par Santiago Calatrava. L’appel à projets international lancé par la ville a suscité les candidatures d’une dizaine de bureaux d’architecture parmi lesquels le jury, unanime, a choisi le bâtiment proposé par Daniel Libeskind. Le projet du New-Yorkais a séduit par son approche esthétique et par son intégration au paysage.

Un package  attractif

C’est le groupe belge Artexis Benelux, organisateur de salons et gestionnaire de centres de congrès à Gand, Anvers et Namur, qui pilote ce nouveau projet baptisé MICX pour « Mons International Congress Xperience ». Une ville tournée vers le futur se doit de disposer de son centre de congrès. La course est donc lancée. Pour séduire, il s’agira de proposer des packages attractifs avec des services bien pensés. « Un congressiste, c’est comme un enfant que vous tenez par la main. On va le chercher à l’aéroport et on l’encadre dans toutes ses activités, dans le centre de congrès comme ailleurs, lorsqu’il a envie d’acheter ou de visiter. Si on réussit bien, on a de bonnes chances pour qu’il revienne en famille », avance Joe Van Damme, Sales executive. L’objectif est donc clairement international. Artexis travaille en partenariat avec la Ville de Mons et la Province du Hainaut pour proposer aux congressistes une offre complète. Un bureau spécialisé a été engagé pour prospecter à l’étranger et assurer à Mons une visibilité aux grands salons du secteur MICE*. Pour des congressistes, la taille de la ville, loin d’être un handicap, est au contraire un avantage. « Les gens cherchent à fuir les capitales engorgées où il est de plus en plus difficile de circuler et de trouver des espaces disponibles. » La présence de Kate et William au cimetière de Saint-Symphorien le 4 août dernier à l’occasion de centenaire de la Grande Guerre a montré qu’avec un événement d’envergure, on peut aisément placer Mons sur la carte du monde. Gageons que l’ambitieux programme de Mons 2015 renforcera encore son aura internationale. L’emplacement du MICX, à l’intersection de la vieille ville et du site des Grands Prés, où l’on trouve un campus universitaire et bon nombre d’entreprises novatrices tournées vers l’étranger, devrait lui assurer une ouverture supplémentaire.

De multiples fonctionnalités

Le bâtiment qui aura été inauguré le 11 janvier 2015, sera à la mesure d’une ville de 95 000 habitants, de taille humaine sans gigantisme déplacé. « Exceptionnel par son geste architectural, c’est un bâtiment facile à gérer. Il ne sera pas disproportionné. Nous visons plutôt des groupes autour de 800 personnes pour deux ou trois jours d’occupation », précise Henry Goffin, Venue Manager. Plus qu’un lieu de congrès, ses concepteurs ont voulu en faire un lieu de rencontres avec de multiples fonctionnalités. Le MICX pourra aussi accueillir des présentations de produits ou des événements comme le projet développé avec la Ville de Mons d’organiser en 2016 une rencontre internationale de cartoonistes. La distribution des espaces et les équipements techniques très pointus en font un outil performant. L’acoustique particulièrement étudiée des trois auditoriums permettra à tout orateur de se faire entendre sans micro. Il est à noter que les infrastructures ne sont pas prévues pour accueillir des concerts ou des spectacles nécessitant une régie. Ce qui ne devrait pas gêner grand monde tant la ville dispose de salles adaptées aux concerts avec le Centre des arts scéniques, le Manège, le Lotto Mons Expo ou encore le Carré des Arts.

Symbiose

En présentant son projet, Daniel Libeskind a assez peu parlé d’architecture. Il a parlé de nature et de poésie, du vent, de feuilles et d’arbres. « C’est un bâtiment né d’un échange avec le paysage. Il crée des connections entre la ville ancienne, son beffroi, et le nouveau quartier des Grands Prés. Ses courbes répondent à celles de la rivière », précise Pascal Daspremont, fondateur du bureau d’architecture H2a, maître d’oeuvre local du MICX. « C’est une double spirale qui part du sol et se termine par la pointe dirigée sur le beffroi. Comme une fleur qui naît du sol montois pour pointer le ciel. » Cette symbiose avec les éléments naturels est renforcée par les revêtements de façade en bois et par la spirale du toit couverte d’éléments métalliques couleur champagne. C’est via le parvis de la gare que l’on pénètre dans le bâtiment par un hall très lumineux. « On voulait un espace d’accueil ouvert sur les Grands Prés sans avoir une façade opaque qui crée une barrière. » Depuis le grand hall, on accède à l’étage par un grand escalier en béton paré de pierre bleue. À l’extérieur, un grand escalier en bois permettra au public hennuyer et autre d’accéder à la terrasse et son jardin avec, depuis la pointe, une vue imprenable sur le beffroi.

« Tout au long de l’élaboration, du projet, la perspective environnementale a été une priorité, dans le choix des techniques, des matériaux et dans la distribution des espaces. »


Conçu non pas sur plan, mais directement en 3D, l’espace intérieur dégage une impression de fluidité et de douceur. Aucun mur n’est vertical ni rectiligne. « On a des diagonales qui s’emboîtent les unes dans les autres pour créer des espaces dynamiques. » Techniquement, le défi était de taille pour les ouvriers qui devaient dresser leurs coffrages sans points de repère. « Les entreprises n’ont pas trop l’habitude de travailler sans plan. Si on fait une coupe à 2 mètres, elle ne se superposera pas identiquement à celle faite à un mètre. »

Proche de la nature, le bâtiment l’est aussi dans sa conception aussi durable que possible. Le MICX est d’ailleurs le premier bâtiment public à bénéficier d’une certification Valideo. « Tout au long de l’élaboration du projet, la perspective environnementale a été une priorité, dans le choix des techniques, des matériaux et dans la distribution des espaces. » Ainsi, le bois, du robinier, est le seul bois européen durable adapté à l’extérieur sans nécessiter de traitement. Le béton est produit dans la région, tout comme la pierre bleue, et les éléments métalliques sont en aluminium recyclable. Les ouvertures des fenêtres ont été calibrées et positionnées pour assurer un maximum de lumière et minimiser l’apport de chaleur. Pour ce qui est de l’énergie de chauffage, l’occupation très irrégulière des espaces de location ne permet pas d’en faire un bâtiment entièrement passif, même si les zones administratives s’en rapprochent avec un système de récupéra-tion des eaux. Et dans trois ans, les pompes à chaleur devraient être raccordées à un réseau d’approvisionnement par énergie géothermique.

H2A EN TROIS RÉALISATIONS

Le centre de formation du forem Initialis
MONS
Implanté le long de l’autoroute, ce bâtiment offre une grande visibilité et combine deux volumes pour deux fonctions. 1 800m² de salles de cours, ateliers et 1 000 m² de locaux administratifs. « La vocation didactique et expérimentale s’exprime dans l’architecture et dans les systèmes énergétiques qui y sont intégrés : rafraîchissement par le bassin, panneaux solaires dans la double peau, stockage énergétique sous les ateliers, récupération par pompes à chaleur, chauff age autonome des bureaux, etc. »

Le centre européen de distribution H&M
GHLIN-BAUDOUR
Les aménagements paysagers de ce complexe de 60 000 m² sont conçus de manière à offrir, tant aux riverains qu’aux employés du centre, des vues vers des espaces verts qui font généralement défaut dans un parc industriel.

Rénovation de la Cité du Midi
LA LOUVIÈRE
Après une importante étude menée en concertation avec les habitants, les architectes ont revu les circulations qui structurent le site et ont développé la perméabilité entre espaces publics et privatifs. Des remembrements ont été proposés afin de créer des espaces collectifs propices à la rencontre et aux jeux.


Une approche globale

Implanté à Mons depuis 1993, le bureau d’architecture H2a est tout sauf local. On y trouve, sur les chantiers et derrière les écrans d’ordinateur, des architectes qui, bien que formés pour la plupart aux facultés polytechniques de Mons, se partagent les nationalités belges, polonaises, ukrainiennes ou américaines. Une diversité qui leur a permis de travailler depuis sept ou huit ans avec des grandes sociétés internationales. « C’est un enrichissement permanent. Ça nous permet d’appréhender les choses de manière différente et d’apprendre de nouvelles techniques. On ne construit pas de la même manière en Europe et aux États Unis, par exemple », relève Pascal Daspremont, co-gérant. La philosophie du bureau se traduit par une approche globale où les aspects techniques et esthétiques sont pensés en même temps. À l’équipe de base d’architectes, ingénieurs ou architectes d’intérieur s’ajoutent différentes équipes de collaborateurs spécialisés dans les domaines de l’énergie, de l’acoustique ou de l’aménagement de territoire. « Dans le cas du MICX, par exemple, nous avons pensé très vite à la manière optimale d’évacuer rapidement 800 personnes. Si on ne le fait pas dès le départ, on risque de devoir ajouter un escalier de secours disgracieux sur la façade. » Séduit par leurs diverses réalisations, c’est Daniel Libeskind qui a sélectionné le bureau H2a pour travailler avec lui sur le MICX. « En apprenant la bonne nouvelle, on a un bref moment eu la crainte que travailler avec une star de l’architecture ne nous réduise au rôle de petites mains qui n’ont rien à dire. Mais ce ne fut pas du tout le cas. On a eu la chance de participer au projet dès les premières esquisses et Daniel Libeskind est quelqu’un de très généreux qui est toujours resté très à l’écoute. Pendant les phases les plus chaudes du chantier, on avait deux vidéo-conférences par semaine avec les États- Unis. Grâce au décalage horaire, c’était presque des journées de 24 heures. On faisait le point avec eux le soir et ils pouvaient y travailler dessus pendant que nous dormions ! »

* Meetings, Incentives, Conferencing and Exhibitions [retourner à lecture du texte]

Aujourd’hui complètement intégré au groupe AGC, l’ancien Glaverbel est une des pièces maîtresses du verrier japonais. D’autant plus que son nouveau centre de recherche à Gosselies est appelé à devenir le pôle de recherche pour le verre plat de tout le groupe.

Surplombant la N4 à Louvain-la-Neuve, le grand carré aux murs de verre posé sur pilotis semble flotter sur le paysage. Inauguré en novembre dernier, le bâtiment tout en lumière de Philippe Samyn accueille l’ensemble du personnel de support de AGC Glass Europe. Ce retour en Brabant wallon pour la branche européenne du groupe japonais, premier producteur mondial de verre plat, avait tout d’une évidence.

C’est à une vingtaine de kilomètres de là, aux verreries de Tilly, que l’ingénieur belge Émile Fourcault mena, au tout début du XXe siècle, les premières expériences de fabrication industrielle du verre plat. Au-delà de ce raccourci de l’histoire, cette implantation a également une logique industrielle, car l’entreprise a maintenu les différents outils de production qu’elle avait en Wallonie lorsqu’elle s’appelait encore Glaverbel. Avec 4 lignes de production de 2000 tonnes par jour, Moustier est la plus grande usine de production de verre plat en Europe. AGC Glass peut également compter sur des usines de transformation à Lodelinsart, Fleurus et Seneffe, ainsi qu’à Mol, Zeebrugge et Heule. L’ensemble des sites belges occupe actuellement 3000 personnes. « Il est important de maintenir une production intégrée, car la qualité des produits finis dépend de celle du verre brut. Par la transformation, on n’arrivera jamais à ‘récupérer’ un verre de mauvaise qualité », note Benoit Ligot, communication manager de AGC Glass Europe. La production du verre plat est aujourd’hui d’abord destinée à la construction, ensuite à l’ameublement et à la décoration et enfin, à l’automobile et aux transports.

De par sa transparence, le verre peut apparaître au noninitié comme un produit relativement simple. C’est tout le contraire. Surtout aujourd’hui. « C’est par un travail constant de recherche et d’innovation que l’industrie du verre a pu développer des produits dotés de nouvelles propriétés qui leur ont permis d’occuper de plus en plus de surface dans la construction et dans l’automobile. » Que ce soit en matière de protection solaire, d’isolation thermique, de sécurité ou de qualité décorative, la production d’AGC Glass s’oriente vers des produits à haute valeur ajoutée. Parmi les dernières innovations de l’entreprise, on peut citer le Thermobel 0.8, un double vitrage aussi performant qu’un triple, qui assure un indice d’isolation de 0,8 mais aussi le pare-brise Iris qui, grâce à une triple couche d’argent, ne laisse passer que 40 % de l’énergie solaire (contre 60 % pour un pare-brise standard). Son excellente conductivité électrique lui permet en outre de se désembuer et se dégivrer avec une tension minimale. Le Glassiled, quant à lui, est un verre luminescent qui, grâce aux LED intercalés entre deux feuilles de verre, peut intégrer des motifs et designs lumineux. Destiné au secteur de la santé, le verre antibactérien détruit 99,9 % des bactéries et arrête la prolifération des champignons. C’est évidemment une arme bienvenue en milieu hospitalier pour lutter contre les infections des maladies nosocomiales. D’autres innovations sont encore au stade du prototype, comme l’audio glass, un verre aux étonnantes propriétés conductrices du son. Une source d’innovations pour les fabricants de télévisions, d’ordinateurs ou d’équipements audio. Dans un monde ultra concurrentiel où les marchés historiques sont largement matures, l’innovation est essentielle.

Rester au top

Le centre de recherche que l’entreprise a installé à Gosselies répond à cette nécessité. Accueillant 250 chercheurs et techniciens, il est appelé à devenir le centre de référence mondial pour le verre plat dans le groupe AGC Glass. « Leur objectif prioritaire est de détecter les besoins et les tendances sur le marché en développant des produits de plus en plus performants en termes d’isolation et de protection solaire. » En même temps, la recherche doit aussi viser le long terme avec une approche en matière d’innovation plus radicale. « Chaque chercheur s’efforce de réserver une partie de son temps à une recherche à long terme. » Mais l’équilibre est difficile entre la consolidation des recherches déjà abouties et l’exploration de nouveaux horizons. Il y a une tendance assez forte de sous-traiter la recherche fondamentale aux centres universitaires qui ont une plus grande capacité d’ouverture. Ainsi, par exemple, AGC Glass collabore depuis plus de 10 ans avec Materia Nova*, le centre de recherche sur les matériaux de l’Université de Mons. C’est un partenariat gagnant pour les deux parties. L’entreprise peut ainsi disposer d’un apport extérieur d’idées nouvelles, source potentielle de nouveaux produits. Le laboratoire universitaire, pour sa part, peut acquérir de nouvelles compétences et mettre en valeur son expertise existante. Autre axe de recherche, la mise au point d’une technologie de production plus efficace et moins énergivore, car la production de verre reste une activité industrielle très gourmande en énergie. En Europe, le marché du verre plat se partage entre trois acteurs : AGC Glass, le français Saint-Gobain et l’anglais Pilkington, qui a depuis peu été repris par un autre groupe japonais, Nippon Sheet Glass. En Europe, le marché du verre est sous pression. Il doit rogner sur les coûts et affronter la concurrence d'autres marchés comme en témoigne la récente fermeture du site de Roux où AGC produisait du verre pour panneaux solaires. Le verre doit aussi faire face une surcapacité à l'instar d'autres secteurs industriels. En cinq ans, on a vu une baisse de 30 % de la demande dans la construction et une diminution de 15 à 20 % pour le verre plat dans son ensemble. AGC a été contraint de fermer provisoirement une de ses lignes de production à Moustier. « Mais nous n’avons pas diminué nos capacités dans de mêmes proportions, avec pour conséquence une augmentation progressive des stocks », relève Benoit Ligot.

Le premier défi d’avenir pour l’entreprise est de retrouver la voie de la rentabilité par la consolidation des positions acquises et par l’accès de nouveaux marchés. « Nous y arriverons en étant réactifs à court terme et par un effort accru sur la recherche et le développement. » Gosselies est bien parti pour rester dans son secteur le centre du monde pour de nombreuses années encore.

www.agc-glass.eu

Il a suffi d’un film et d’une Palme d’or pour que la jeune actrice wallonne entre dans la grande famille du cinéma.

En entrant dans la peau de Sonia, la jeune mère « désenfantée » de L’Enfant de Jean-Pierre et Luc Dardenne, Déborah François a compris que le plateau serait sa vie. La jeune femme s’installe alors à Paris et enchaîne les rôles. À l’écran, elle est tour à tour tourneuse de pages, résistante, journaliste, une femme qui cache ses pouvoirs sataniques sous une bure de moine, caissière de supermarché ou dactylo.

Depuis les bords de Seine, elle n’oublie jamais les bords de Meuse, revenant autant qu’elle le peut dans sa ville natale pour s’y ressourcer entre deux tournages. Aujourd’hui, elle nous donne rendez-vous à l’hôtel du Berger à Bruxelles, un ancien hôtel de rencontre, devenu un hôtel au charme fou. Toutes les chambres sont différentes et portent des prénoms féminins. Déborah nous attend chambre 406, celle qui porte le doux nom de « Manon ».

Vous vivez entre Paris et Liège. Celle-ci vous apparaîtelle différemment depuis la ville lumière ?
D.F. — C’est vrai que la distance change le regard. Liège reste ma ville natale, elle est toujours ancrée dans mon esprit par mes souvenirs, ma famille et les amis d’enfance. Je n’y travaille pas, donc quand j’y suis, ce sont des vacances, c’est mon recul. Je n’ai pas pu y retourner énormément cette année, mais dès que c’est possible, je m’y rends.

Quand vous redevenez liégeoise, quels sont les endroits que vous appréciez ?
D.F. — Je vais beaucoup au cinéma Sauvenière. Ils passent de très bons films. C’est étonnant le nombre de films qu’on peut voir à Liège par rapport à d’autres villes en Belgique. J’y vais chaque fois avec mes proches, sinon je retourne aux endroits où on allait quand on était plus jeunes, et notamment dans le Carré. Je rends beaucoup visite à mes amis et je les fais venir chez moi aussi. Je préfère passer du temps juste avec eux plutôt que de me balader.

Les lieux de tournage de L’Enfant restent-ils particuliers pour vous ?
D.F.
— Je ne vais jamais à Seraing, ce n’est pas l’endroit qu’on a envie de visiter en premier sauf si on n’a jamais vu les films des frères Dardenne (rires). D’autant plus que je n’y connais personne. Je n’y passe pratiquement jamais sauf en bord de Meuse et là, j’y pense à chaque fois.

Vous êtes en ce moment entre deux tournages, est-ce une période que vous appréciez ?
D.F.
— Non. En général, les comédiens n’aiment pas ne pas travailler. Même si je fais d’autres choses, je considère que l’essentiel de mon travail, ce sont les tournages. Après, il faut finir les films, faire de la post synchro, des interviews et puis des castings. Tout cela est pour moi secondaire par rapport à mon métier qui est de jouer, d’être soit sur une scène, soit sur un plateau de cinéma. C’est sûr que ce n’est jamais très marrant d’être inactive mais, en même temps, on ne peut pas tourner tout le temps. C’est tellement intense. On serait complètement épuisé.

« Je vais beaucoup au cinéma Sauvenière. Ils passent de très bons films. C’est étonnant le nombre de films qu’on peut voir à Liège par rapport à d’autres villes en Belgique. »

 

Pouvez-vous vous satisfaire de ce qu’on vous propose ou avez-vous parfois envie d’autres genres de rôles ?
D.F.
— On a toujours envie d’aller chercher les trucs qu’on n’a pas encore fait. Je ne me plains pas pour autant parce que je reçois des propositions tous les mois. Je ne suis pas en manque de travail, même si je n’ai pas forcément envie de faire tout ce qu’on me propose. J’essaie de faire des choses qui ne soient pas trop proches de ce que j’ai déjà fait avant. J’aimerais refaire une comédie ou un film d’action. Ce qui n’est pas facile parce qu’on tourne très peu de films d’action en France. Et quand il y en a, ce sont souvent de rôles de garçons.

C’est un plaisir de spectatrice qui vous attire dans ce genre de films ?
D.F.
— Oui. Il y a cette envie de me retrouver dans une scène où je me fais tirer dessus, où il y a une poursuite en voiture. J’ai envie de faire des choses qui sortent de l’ordinaire : courir dans un couloir de métro, faire des pirouettes, apprendre à me battre au sabre ou à manipuler une arme à feu. Dans un film d’action, j’apprendrai forcément quelque chose. Et puis j’adore les scènes spectaculaires.

Aimez-vous vous voir à l’écran ? 
D.F. — Je ne déteste pas ça. Sinon, je ne ferais pas ce métier. En règle générale, je suis assez critique vis-à-vis de moimême. J’aime bien me voir faire des choses que je ne ferais pas dans la vie, comme sauter d’un avion. J’aime bien aussi l’envers du décor, tout ce qu’on met en place pour créer une scène spectaculaire et faire vivre des émotions aux gens. Au cinéma, on peut tout se permettre, on peut bloquer des rues. Pour Populaire, par exemple, on a fermé le Pont d’Iéna. C’est bête, mais j’adore voir cette scène parce que je me rappelle comment on l’a tournée. Ce qui me titille, ce n’est pas vraiment de me voir, c’est plutôt de revivre la situation. Sinon, pour ce qui est de moi, il y a des moments où je trouve que ça va, d’autres où bon...

Avez-vous aujourd’hui le sentiment d’être meilleure actrice qu’il y a dix ans ?
D.F.
— Ça dépend sans doute du film. Je ne sais pas si je joue mieux, mais je le vis mieux, beaucoup mieux. Je pense forcément que si je suis plus sereine, je dois être meilleure.

Avez-vous moins le trac ?
D.F.
— Non, c’est plutôt que je ressens moins de pression. Avant, j’avais un enjeu sur les épaules qui parfois était très lourd, une pression que je m’imposais toute seule d’ailleurs. Maintenant je le prends avec plus de sérénité. Je ne suis pas chirurgienne ou pilote d’avion, je n’ai pas la vie de gens entre mes mains. Au pire du pire, je serai mauvaise dans le film. Je n’ai évidemment pas envie que ça arrive mais je n’ai pas la responsabilité d’une vie. Ce n’est que du cinéma.

BIO-EXPRESS

1987   Naissance à Liège le 24 mai.

2000  Fréquente les cours de l’Académie Grétry, à Liège.

2006  Nomination au César du meilleur espoir féminin pour L’Enfant.

2007  Nomination au César du meilleur espoir féminin pour La Tourneuse de pages.

2008  Nomination au César du meilleur espoir féminin pour Les femmes de l’ombre.

2009  César du meilleur espoir féminin pour Le premier jour du reste de ta vie.

2011  Prix d’interprétation féminine au Festival de Sarlat pour Les Tribulations d’une caissière.

2013  Nomination au Magritte du cinéma de la meilleure actrice pour Les Tribulations d’une caissière.

 

Vous sentez-vous aussi plus légitime dans le monde du cinéma ?
D.F.
— Oui, j’ai sans doute moins besoin de dire que je suis là et que j’ai le droit d’être là. Je ne me pose plus trop la question. J’ai aussi compris que les autres ne se la posaient pas.

Quand vous allez au cinéma, regardez-vous les films en spectatrice ou en actrice ?
D.F.
— Les deux. Si c’est vraiment un super film et que je m’y laisse prendre, je suis complètement spectatrice. Maintenant que je suis actrice, j’ai une grille de lecture que je n’avais peut-être pas avant. Je suis devenue plus exigeante avec le cinéma que je regarde aujourd’hui. Je vais remarquer si l’image est moche, si le rythme ne tient pas. Ça peut me sortir du film. Quand je vois quelque chose qui ne va pas, je redeviens une actrice. Je me dis : « Ah tiens, ils n’auraient pas dû faire ça. Je n’aurais pas mis la lumière là. Je n’aurais pas dirigé cet acteur comme ça. » Ce sont presque toujours des questions techniques. Sinon, j’essaie vraiment de me laisser prendre et de me laisser porter par le film.

Vous avez tourné à Londres un film en anglais, Unmade Beds. Était-ce une belle expérience ? D.F. — C’était super. J’ai adoré. J’adore Londres. C’était vraiment un de mes meilleurs tournages avec une équipe très jeune et un super réalisateur. Cela m’a permis d’avoir un agent là-bas. Du coup, je fais de temps en temps des castings sur place ou en envoyant des essais enregistrés.

Serait-ce un drame pour vous de ne plus tourner ?
D.F.
— Je ferais autre chose, mais je pense que j’aurais le coeur brisé. Je ferais autre chose parce qu’à un moment, il faut avancer. Je n’ai pas de diplôme. Que voulez-vous que je fasse ? (elle éclate de rire)

Il y en a d’autres qui sont arrivés à de belles choses sans diplôme.
D.F.
— Ils ne font pas grand-chose en ce moment, ceux qui n’ont pas de diplôme à Liège... C’est extrêmement difficile.

Ce ne doit pas nécessairement être à Liège.
D.F.
— Si je n’étais pas actrice, est-ce que je resterais à Paris ? Je ne sais pas.

HOTEL LE BERGER 

Projet de l’architecte Gabriel Duhoux, l’Hôtel Le Berger, situé près de la Porte de Namur, à Bruxelles, a ouvert ses portes en 1933. Véritable institution, il fut au départ conçu comme un lieu de « rendez-vous » galants et de réunions clandestines en tout genre. Son agencement particulier et sa décoration art déco kitsch, propice à la discrétion et à la luxure, ont été conservés lors de sa rénovation en 2012 : ascenseur double, salles de bains ouvertes, miroir bordant les baignoires, etc. Aujourd’hui, l’Hôtel, désormais « sage », compte 66 chambres, un restaurant et un bar dont les alcôves constituent un malicieux clin d’oeil au passé.
Empreint d’une atmosphère incontournable d’intrigues et d’érotisme, l’endroit est particulièrement recherché comme cadre pour photographies de mode et comme lieu de tournage.

Renseignements 
Hôtel Le Berger : Rue du Berger, 24 - B-1050 Bruxelles
[email protected]http://lebergerhotel.be

 

Dans Populaire, vous étiez radieuse et pétillante. La comédie vous va bien mais vous n’en avez pas tourné tellement. Il y a eu Fais-moi plaisir, d’Emmanuel Mouret et Les tribulations d’une caissière. Pensez-vous que vos débuts avec les Dardenne vous ont marquée dans un certain type de cinéma ? D.F. — Forcément L’Enfant a marqué. Heureusement pour moi parce que sinon je ne serais sans doute pas là en train de vous parler. Comme le film a marqué, les gens pensent à vous plus pour ce genre de films que pour d’autres. Mais je suis très contente. J’ai fait Populaire, donc je n’ai plus rien à prouver pour ce qui est des comédies. Si les frères Dardenne veulent écrire une comédie et qu’ils ont la gentillesse de me la proposer, je serais ravie. Ce serait drôle.

On est dans un ancien hôtel de rendez-vous, lieu propice aux histoires. Ce genre de lieux vous évoquent-ils parfois des histoires, quand vous êtes seule dans un hôtel pour un tournage, par exemple ?
D.F.
— Les lieux me parlent quand il s’agit de films d’époque. Quand on arrive et qu’on voit les décors et les costumes, je suis toute excitée. J’adore les coiffures et les effets. Pour tout ça, je suis vraiment restée une petite fille. Tout ce qui fait que le cinéma est le cinéma. Dans ces circonstances, c’est sûr que je me raconte des choses. Je chante, j’ai ma musique. Sinon pour me raconter des histoires, je n’ai pas besoin d’être sur un tournage. J’aime bien être toute seule. Je n’ai pas besoin d’être tout le temps entourée et d’avoir des amis autour de moi. Au contraire, ça me fait du bien de penser au calme. Du coup, j’ai du temps pour me raconter des histoires. Pour entretenir une vie intérieure très imaginative...

Si vous rencontriez la petite fille que vous étiez à 10 ans, qu’auriez-vous envie de lui dire ?
D.F. — T’inquiète pas, ça va bien se passer.

Vous étiez inquiète ?
D.F.
— Je me suis toujours demandé ce que j’allais faire plus tard et ça m’inquiétait un peu de ne jamais avoir de réponse. Je ne savais jamais qu’imaginer. Et du coup, quand je me suis retrouvée sur un plateau de cinéma, j’ai eu l’impression de me trouver au bon endroit et je me suis dit en fait, c’est ça. Sur le plateau de L’Enfant, ce n’était pas un tournage facile, mais je me sentais à ma place. Je ne sais pas pourquoi. C’est sans doute pour ça que je ne savais pas que c’était ça. Avant, je n’osais même pas me dire que c’était possible. Je lui dirais donc « Ne t’inquiète pas, tu vas trouver. »

FILMOGRAPHIE (SÉLECTIVE)

L’Enfant (2005)
La Tourneuse de pages (2006)
Le Premier Jour du reste de ta vie (2008)
Unmade Beds (London Nights) (2009)
Fais-moi plaisir (2009)
My Queen Karo (2009)
Les Tribulations d’une caissière (2011)
Populaire (2012)
Un beau dimanche (2014)

Télévision
Dombais et fils (2007)
Ah, c’était ça la vie ! (2008)
Mes chères études (2010)
C’est pas de l’amour (2013)

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Au bout de cinq années de recherche, une équipe de l’UCL a pu identifier une substance capable de bloquer les métastases du cancer. Un espoir considérable contre un tueur implacable.

Ce 24 juillet dernier, l’UCL annonçait lors d’une conférence de presse qu’une de ses équipes de recherche dirigée par le professeur Pierre Sonveaux avait pu prévenir chez la souris le développement des métastases d’un cancer particulièrement agressif. Cette découverte, une première mondiale, suscite de nombreux espoirs, car elle est une étape majeure dans le traitement de cette maladie qui cause, en Belgique, 27 000 morts par an (chiffres de 2008), dont 90 % sont dus à la dissémination des métastases, ces tumeurs- filles, parfois nombreuses, qui apparaissent dans des endroits distants de la tumeur d’origine.

Au départ de cette recherche, il y a le constat que sur les millions de cellules tumorales qui se déversent chaque jour dans le sang, seule une infime minorité d’entre-elles est capable de développer des métastases. « Pour comprendre le mécanisme d’apparition de ces métastases, nous avons fait du méchant un «super méchant» et cherché à comprendre ce qui s’était passé afin, dans un second temps, de rendre ce méchant innocent », résume le professeur Sonveaux.

Des cellules de tumeur d’un mélanome (cancer de la peau) ont été injectées à des souris. Peu métastatiques au départ, elles ont été rendues super métastatiques par une accélération du processus de sélection naturelle. La comparaison des cellules d’arrivée avec celles de départ a permis de mettre en évidence le rôle central de la mitochondrie (la centrale énergétique de la cellule) dans le processus métastatique et cela par la production d’un « déchet », le superoxyde. C’était une première grande étape de la découverte. La deuxième a été de se dire qu’en bloquant, à l’aide d’un inactivateur, la production de superoxyde, on empêcherait le développement spontané des métastases. Et enfin, le coup de chance a été de trouver dans le MitoQ une molécule déjà en phase de test chez les patients atteints de la maladie de Parkinson ou d’hépatite C, un inactivateur efficace du superoxyde. Dans certains modèles expérimentaux, la molécule s’est avérée extrêmement efficace dans certains modèles expérimentaux. Administrée quotidiennement à des souris inoculées par des cellules de tumeur d’un cancer du sein humain, elle a réussi à empêcher à 100 % la dissémination des métastases chez ces rongeurs. Cette réussite, incontestable, saluée par une publication dans la revue Cell Reports, doit beaucoup aux spécificités de l’Institut de Recherche Expérimentale et Clinique (IREC) de l’UCL. Reconnu par la communauté scientifique mondiale pour son expertise dans la compréhension des mécanismes métaboliques, le labo se distingue aussi par sa volonté permanente de rendre les découvertes les plus utiles possible. Si la découverte est importante, ce que tout le monde attend, à juste titre, c’est son application dans la médecine humaine. « Le but de nos recherches est avant tout de sauver des vies le plus tôt possible, mais ici, avant de pouvoir commencer à traiter des cas de cancer chez l’homme, il nous faudra sans doute attendre la prochaine génération de patients. » Rongeurs et humains ne sont pas identiques. Ainsi, différentes choses restent à tester. En particulier, il est important de vérifier si le traitement est efficace dans plusieurs types de cancers métastatiques, de même que de tester la compatibilité de ce traitement avec les autres traitements anticancéreux que sont la radiothérapie et la chimiothérapie. Les phases ultérieures comprendront donc des tests supplémentaires avec des souris et, s’ils sont couronnés de succès, des essais cliniques à mener en collaboration avec les firmes pharmaceutiques. Des négociations s’amorcent. Il n’est jamais simple de combiner les objectifs thérapeutiques de la recherche avec les intérêts financiers des firmes pharmaceutiques et de leurs investisseurs. Pierre Sonveaux, qui peut compter sur l’équipe, dont des spécialistes en négociation mis à sa disposition par l’université, est confiant. « Nous avons besoin des firmes pharmaceutiques et elles ont besoin de notre expertise. Reste à les convaincre que notre approche est solide et que le risque est minime par rapport aux bénéfices potentiels. »

« Le but de nos recherches est avant tout de sauver des vies le plus tôt possible, mais ici, avant de pouvoir commencer à traiter des cas de cancer chez l’homme, il nous faudra sans doute attendre la prochaine génération de patients.»

 

La recherche qui vient de franchir une étape fondamentale a été entamée en 2009 par une bourse de 1,5 million € attribuée par le Conseil européen de la Recherche (ERC). Cette bourse a permis à Pierre Sonveaux de développer une équipe et de recruter des chercheurs de qualité. Dans son laboratoire, travaillent aujourd’hui une quinzaine de personnes parmi lesquelles des post-doctorants, des doctorants, des techniciens et des étudiants-chercheurs venus d’Espagne, de France, d’Italie et de Belgique. Le financement de la recherche est toujours une savante mosaïque de fonds divers en équilibre précaire. Ainsi, Pierre Sonveaux et deux de ses chercheurs sont entièrement payés par le FNRS. Le Télévie finance pour sa part un tiers des chercheurs de l’équipe, la Fondation contre le Cancer, la Fédération Wallonie-Bruxelles (programme des actions de recherche concertée) et la Politique scientifique fédérale (Belspo) ont également largement participé au fonctionnement du laboratoire. La Fondation Louvain, enfin, est l’interface mise en place par l’UCL pour récolter les dons, legs et mécénats destinés à soutenir la recherche en général ou, si les donateurs en expriment la volonté, directement des laboratoires comme celui du professeur Sonveaux.

La divulgation de cette avancée scientifique spectaculaire a suscité de nombreuses réactions dans la communauté scientifique internationale. Mais heureusement, aucune université de prestige n’a pour l’heure tenté de débaucher un membre de l’équipe. Bien au contraire, le professeur Sonveaux a reçu des demandes de chercheurs étrangers souhaitant la rejoindre. « Lorsqu’on bénéficie en Belgique et en Wallonie d’une structure aussi compétitive que l’UCL, avec laquelle on a franchi une étape importante de la lutte contre le cancer, pourquoi s’en aller ? Accueillons-y plutôt les chercheurs les plus doués. La science n’a pas de frontières. »

 

Renseignements

Institut de Recherche Expérimentale et Clinique (IREC)
www.uclouvain.be/420397.html

Fondation Louvain
www.uclouvain.be/fondation-louvain

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