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Sonaca - Un géant américain dans ses filets

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Hainaut  / Gosselies

Par Christian Sonon

Elle a éclos en 1931, à Gosselies, dans le nid de la SEGA, Société Générale d’Entreprises Aéronautiques, et a pris son envol avec le contrat des F-16 de l’armée belge: la Sonaca, qui vient de racheter le géant américain LMI, est aujourd’hui axée principalement sur l’aviation civile. Sa spécialité, le bord d’attaque des ailes. 


L’ entreprise a frappé fort en ce mois de juin 2017 : le 19, le jour même de l’ouverture du Salon aéronautique du Bourget, le Sonaca 200, un biplace d’écolage fraîchement sorti de ses ateliers, s’envolait de l’aérodrome de Gosselies pour son vol inaugural. Le 27, ensuite, son CEO Bernard Delvaux, annonçait officiellement le rachat pour 405,5 millions d’euros de LMI Aerospace, le géant américain (1 945 travailleurs répartis sur 21 sites) sur lequel la Sonaca avait lancé une offre publique d’achat amicale en février. Un double coup d’éclat qui a permis à la société carolorégienne d’occuper une nouvelle position stratégique sur l’échiquier mondial, tout en s’ouvrant à des projets à taille humaine.

Internationalisation croissante

Pourtant, si tout semble baigner aujourd’hui, la situation de l’entreprise n’a pas toujours été enviable dans le contexte d’un marché très cyclique. Au début des années ’90 et, après un premier retour à la croissance, davantage encore lors de la crise de 2008, la Sonaca avait clairement du plomb dans l’aile. Quand Bernard Delvaux a été appelé à la barre du navire, d’importants défis l’attendaient. L’entreprise était alors confrontée à des difficultés liées notamment à la baisse du dollar (par rapport à l’euro), à une productivité insuffisante et à la pression sur les prix imposée en raison de la concurrence par les donneurs d’ordre comme Airbus. « Le nouvel administrateur-délégué a réussi à insuffler un nouveau dynamisme à la société », explique Pierre Sonveaux, le président du conseil d’administration. « Et s’il y est arrivé, c’est notamment en accentuant notre présence sur les marchés étrangers. » 

Les chiffres le prouvent en effet : l’internationalisation de la Sonaca a largement contribué à lui redonner des couleurs. « Nous avons commencé par développer une activité au Brésil, en 2000, en y construisant un pôle industriel comprenant trois usines complémentaires à celles de Gosselies, qui ont permis d’améliorer la performance de la société. Dans le but de diversifier notre clientèle, nous avons ensuite acheté, au Québec, une société qui comptait Bombardier parmi ses clients et dont la filiale située aux Etats-Unis, à Wichita, nous a permis d’entrer sur le marché nord-américain. »

Objectif : Boeing

Restait à trouver un moyen pour atteindre l’objectif suivant : Boeing. Pour cela, il a néanmoins fallu attendre que les effets de la crise de 2008 se dissipent et que le dollar reprenne des forces. « Nous avons fini par trouver une opportunité en 2016 avec LMI Aerospace. C’était un gros poisson, mais nous avons préféré manger plutôt qu’être mangé, c’est-à-dire nous montrer offensifs plutôt que nous faire acheter et perdre notre maîtrise. En outre, LMI se présentait quelque peu affaiblie par ses activités d’ingénierie déclinantes. Dans le contexte actuel, il est préférable de chercher à améliorer les modèles existants et d’avoir des programmes de plus petites dimensions, plutôt que de vouloir construire de nouveaux appareils. Viser la diversification des clients plutôt que des produits. En rachetant LMI, le groupe Sonaca a eu accès au grand donneur d’ordre américain qu’est Boeing. Nous avons quasiment doublé de taille et devenons un acteur actif sur un marché que nous maîtrisons. »

Résultat des courses, le groupe Sonaca, qui, entretemps, s’est également implanté en Chine (2010) afin d’y assembler les bords d’attaque des A320 d’Airbus et a ouvert une usine en Roumanie (2015) afin de produire à un tarif concurrentiel, a vu son endettement se réduire de façon très significative. Et avec un résultat net de 39 millions d’euros en 2016, le groupe vient d’enregistrer une hausse de 18% par rapport à 2015. Un nouveau décollage qui devrait permettre à la Sonaca de se hisser parmi les acteurs de premier plan dans le domaine aéronautique.

DÉJÀ UNE TRENTAINE DE COMMANDES POUR LE SONACA 200

L’initiative est venue de certains cadres qui ont perçu l’intérêt que la société avait à se diversifier en commercialisant son propre avion biplace destiné aux écoles de pilotage. Un produit de niche pour lequel le marché était demandeur. On ne peut cependant pas dire que le Sonaca 200 soit un avion 100% belge, comme ce fut le cas, dans les années ‘50, avec le Tipsy Nipper développé par Avions Fairey, puisqu’il a été conçu par des designers sud-africains. « La société qui l’a développé n’avait ni les moyens ni l’ambition de le commercialiser en Europe », explique Pierre Sonveaux. « La Sonaca s’est donc associée à elle et a entrepris de repenser le concept. Il a fallu optimiser de nombreux aspects en veillant à ce que son prix le rende attrayant sur le marché, tandis que d’autres modifications ont été nécessaires afin de le rendre conforme aux normes européennes les plus exigeantes. » L’affaire semble bien partie puisqu’avant même que l’avion n’obtienne sa certification – espérée pour novembre, Sonaca Aircraft, qui a été créée dans le but de le commercialiser, a déjà reçu une trentaine de commandes émanant de plusieurs pays. Des exemplaires qui devraient être livrés au second semestre 2018. « Les commandes s’intensifieront certainement après la certification », espère Pierre Sonveaux qui conclut : « Le Sonaca 200 ne redimensionnera pas l’entreprise, mais il contribuera à changer quelque peu son image. Avec cet avion, nous montrons que nous sommes ouverts à d’autres projets. »

 

FICHE D’IDENTITÉ

NAISSANCE
En 1931, création de la société « Avions Fairey » à Gosselies. Cette société prendra le nom de Sonaca en 1978, lorsque le gouvernement belge décida de la racheter afin d’assurer la pérennité du contrat des F16.
IMPLANTATIONS
Brésil, Canada, Chine, Roumanie et Etats-Unis.
PERSONNEL
2 400 (hors LMI)
CHIFFRE D’AFFAIRES DU GROUPE
345 millions d’euros (2016)
ACTIVITÉS PRINCIPALES
Aviation civile : Sonaca occupe une position de leader mondial dans le développement, la fabrication et l’assemblage d’aérostructures, en particulier les bords d’attaque fixes et mobiles des avions. Spatial (secteur marginal) : développement de produits et services, production et essais.
PRINCIPAUX CLIENTS
Aviation civile : Airbus (de l’A319 au A380), Embraer (Régional Jets), Bombardier (notamment à travers le CSeries) et Dassault (le Jet d’affaires Falcon 7X). Défense : Airbus (transporteur A400M) et avions sans pilote B-Hunter (ou UAVs, pour Unmanned Air Vehicles). Spatial : Ariane et ESA.


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