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© Anthony Dehez

MEUSE ET SAMBRE
Le dernier chantier naval
est chez nous

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Namur  / Beez

Par Jean Fauxbert

Ils s’appellent « Flying Star », « Symphonie », « Renoir », « Tomi Ungerer »... Ces hôtels flottants naviguent dans les Antilles, sur la Meuse, le Rhin, le Danube, le Douro ou dans la lagune de Venise. Tous ces clippers ou bateaux-croisière sont nés dans les chantiers navals « Meuse et Sambre ».

Cette entreprise, la seule de ce type en Belgique aujourd’hui, est née en 1906 de la volonté de plusieurs familles namuroises et hutoises de participer à l’utilisation et au développement de l’activité fluviale en Wallonie. À cette époque, cette région est l’une des plus riches et industrieuses au monde. Ses ingénieurs parcourent et construisent partout sur la planète, à l’instar de Jean Jadot qui, en ce début de XXe siècle et en dépit de la guerre des Boxers, construit la première ligne de chemin de fer de Chine, sur une distance de 1 200 km, entre Pékin en Hankow !

De Beez aux Antilles...

Sur les bords de Meuse, à Beez (Namur), pendant ce temps, on construit des bateaux qui vont sillonner les fleuves du monde entier : pousseurs, péniches, vedettes rapides pour l’armée ou les douanes belges, ferry-boats, ou encore les coques de deux grands clippers à trois mâts, tel le « Flying Star » qui va sillonner les Antilles sous les couleurs d’un armateur suédois. Rachetés dans les années 1960 par le groupe bruxellois Chanic, les chantiers de Beez poursuivent leur expansion jusqu’aux grandes crises des années 70-80. Chanic, en 1988, revend ses parts au holding Belgian Shipbuilders Corporation (BSC), un groupe industriel basé en Flandre qui visait à regrouper les industries belges de ce type, mais qui disparut en 1995, menaçant d’entraîner avec lui le chantier namurois.

La réputation, le savoir-faire de « Meuse et Sambre » et le développement du tourisme fluvial en Europe font en sorte que différents actionnaires privés se montrent rapidement intéressés à s’associer à un management buyout. Trois bateaux de croisière fluviale sont alors commandés et réalisés à Beez pour le compte de la société « Alsace Croisières ». C’est le début d’une vraie, et belle, nouvelle vie pour l’entreprise namuroise qui, aujourd’hui, compte quatre implantations wallonnes (Liège, Namur, Andenne et Charleroi), emploie régulièrement une cinquantaine de personnes – ce chiffre pouvant doubler en cas de coup de feu – et a construit plus de trente bateaux-croisières, véritables palaces flottants, tout en aménageant des centaines de péniches. « Et tout en demeurant vigilant et prospectif, car, dans ce secteur en expansion, confirme Thierry Van Frachen, directeur du chantier naval, la concurrence est très vive avec certains pays de l’Est, mais aussi la Chine ou la Turquie. »

De Waulsort à Visé

La plupart de ces magnifiques bateaux, qui ont pour nom « Renoir », « Symphonie », « Cyrano de Bergerac » ou « Belle de Cadix », sillonnent la Seine, le Douro, le Rhin, le Neckar, la baie de Venise ou le Danube, tandis que d’autres font le bonheur des Mosans et de nos touristes ! Car le tourisme fluvial explose également dans notre vallée mosane. On peut recenser plus de 40 programmes de croisières fluviales à parcourir sur tout ou partie des 450 km de voies navigables wallonnes ! Et comme disait Arthur Rimbaud, en Meuse comme ailleurs, « Les fleuves m’ont toujours laissé descendre là où je voulais. »

On recense 17 ports de plaisance en Wallonie et à Bruxelles : d’Antoing à Laeken, d’Hastières/Waulsort à Visé en passant par Mons, Huy, Dinant ou Namur. Ils accueillent chaque année des milliers de « touristes fluviaux » enclins à découvrir les charmes d’une vallée autrement que par les routes, pour admirer la vallée à hauteur des rochers et du château de Freÿr, pour contempler la verdoyance des berges de Waulsort, et pour savourer le charme quasi saint-tropézien du plan d’eau de Profondeville, ou encore la majesté des rochers de Néviau à Wépion.

www.meusam.com

 

40 On peut recenser plus de 40 programmes de croisières fl uviales à parcourir sur tout ou partie des 450 km de voies navigables wallonnes !

 

SOUDÉS COMME UN ÉQUIPAGE !

Avec aujourd’hui 30 bateauxcroisières qui sillonnent les fl euves de l’Europe entière, le chantier a placé au rang des mauvais souvenirs les diffi cultés des années 1980 ! Un homme est à la base de son renouveau : son directeur, Thierry Van Frachen, arrivé à Beez lorsque la société fl amande BSC a mit la clé sous la porte. Cet ingénieur civil spécialisé en construction navale – un des derniers ingénieurs de la spécialité sorti de l’UCL – cultive autant la prospective dans son secteur que la timidité dans l’expression de ses succès. Sa devise pourrait être « pour vivre heureux, vivons cachés ! ».

Pourtant, sa modestie dût-elle en souff rir, il est l’un des artisans majeurs du succès d’une entreprise qui, en 2014 et après le rachat du Chantier Vankerkoven (en 2011), est aujourd’hui unique en Wallonie et compte quatre implantations à Liège (Monsin), Namur (Beez), Andenne (Seilles) et Charleroi (Pont-de-Loup). Elles permettent à l’entreprise de construire, aménager, réparer des bateaux de 800 à 1 200 tonnes allant jusqu’à 100 à 135 m de long !

Et chaque fois qu’un bateau est mis à l’eau, à Beez, Thierry Van Frachen et son équipe ont un petit pincement au coeur ! Une fois terminés, ces ouvrages s’apparentent à des oeuvres d’art : de simples tôles transformées en hôtels et/ou restaurants fl ottants quatre étoiles ! Et comme toute discipline qui touche à l’art, depuis le simple dessin jusqu’à la mise à l’eau, tout est travail d’équipe ! Thierry Van Frachen est un homme d’équipe. Tous ses succès sont partagés au quotidien avec les ingénieurs, ouvriers et techniciens de l’entreprise. Leur site Internet peut d’ailleurs être assimilé à un « album de famille » représentant la vie du chantier au fi l des réalisations…

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