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Par Laurence Wauters
Depuis trois ans, DESIGNpoint s’attache a meler designers creatifs, petites mains douees, produits industriels au rebus et une bonne dose d’imagination et d’ingeniosite.
Ce qui est voué à la destruction, nous le récupérons pour une deuxième vie. Et si cela reste, à terme, voué à la destruction, au moins nous aurons amené un deuxième souffle à ce matériau… » C’est ainsi que Jean-Luc Théate, designer liégeois, résume l’activité de DESIGNpoint, ASBL créée en 2009 à l’issue d’une année d’étude financée par le fédéral portant sur l’écodesign industriel en économie sociale. Voici leur recette !
C’est par le recyclage de grandes bâches devenues obsolètes que l’activité de cette association établie rue de Fragnée à Liège a été lancée. Ils se sont fait remettre par ceux qui n’en avaient plus besoin quelque 20 000 m² de bâches usagées. En suivant la filière « classique », elles auraient dû être incinérées et s’il en avait coûté à l’environnement, il en aurait été de même pour leurs propriétaires en frais de traitement de ces déchets. Dans cet échange win-win, nos écodesigners motivés obtiennent ainsi leur matière première gratuitement. Pour la diminution des coûts de production, c’est un très bon début…
Coup de pouce a l’economie sociale
Sous le slogan « Les déchets des uns peuvent devenir les ressources des autres », les designers se sont lancé le défi de transformer ces bâches colorées aux slogans parfois tapageurs en un nouveau produit à la fois solide, pratique, et tout à fait dans le vent. Grâce à la patience des couturières employées par des entreprises de formation par le travail ou de travail adapté — principalement l’atelier APAC de Pont-à-Celles, dans le Hainaut, mais aussi des EFT de Jodoigne et Brainel’Alleud — ces milliers de mètres carrés se muent désormais, depuis trois ans, en sacs façon gibecière, en porte-documents, ou encore en poubelles souples à papier. Les modèles ont été réfléchis pour être pratiques et esthétiques, et seules les parties intactes du PVC sont employées. C’est-à-dire presque toutes, vu la résistance du matériau !
La bâche ainsi domestiquée a également été transformée en panneaux pour toilettes sèches, en pochettes, ou encore en sacoches pour les deux-roues. On les voit désormais sur les 260 vélos mis à la disposition des fonctionnaires européens, à Bruxelles, histoire qu’ils puissent glisser leurs documents et casse-croûte dans du « recyclé » ! « C’est la Communauté européenne qui nous a demandé de réutiliser les bâches dont elle n’avait plus besoin, explique Jean-Luc Théate. Elle voulait des sacoches à ses couleurs pour en doter les vélos mis à la disposition de ses fonctionnaires, et c’est ce que nous lui avons préparé à l’atelier. » Et puisque les bonnes idées, c’est contagieux, cela a inspiré les « maisons des cyclistes » de Liège et Mons, dont l’une a commencé à orner de sacoches recyclées ses vélos de location et l’autre veut par ce biais promouvoir le vélo à l’université… Côtés sacs et sacoches, l’asbl créative a également scellé un partenariat avec un géant des cosmétiques pour la transformation de sacoches en surplus issues des « packs cadeaux » vendus notamment aux fêtes.
Une industrie plus verte
Il faut savoir qu’en Belgique, les secteurs qui produisent le plus de déchets sont la construction (45 %) et l’industrie (40 %). Les ménages viennent bien loin derrière, en produisant 7,5 % des déchets de notre plat pays. Il serait dommage de faire des efforts de tri toujours plus nombreux dans les familles, mais de conserver des entreprises qui emmènent tous leurs déchets dans l’incinérateur plutôt que de les récupérer…
« Beaucoup d’industriels sont face à de grandes quantités de déchets dont la destruction est payante, mais surtout polluante, poursuit Jean-Luc Théate. La bâche fait partie de ces déchets et on en produit une grande quantité car elle n’est utilisée que pour de courtes campagnes. Pourtant, c’est une matière particulièrement résistante. » Les gibecières et autres sacs font le plaisir des aficionados de pièces originales et uniques et sont vendus via le site des Liégeois de Sativa Factory, où on peut les acquérir à des prix variant entre 15 € (la pochette/porte-gobelet) et 30 € (le sac en bandoulière). On les trouve également par le biais des collectivités, comme ce fut le cas pour la candidature de Liège à l’exposition 2017 ou encore pour la CSC et « Wallonie design ». Enfin, de (très) grosses boîtes se servent désormais de la « DESIGNpoint touch », puisque Ikea Belgique a fait appel à l’asbl liégeoise pour réaliser des pochettes distribuées à l’occasion d’une formation aux pratiques respectueuses de l’environnement. « En 2012, notre cahier de commandes a explosé, avec 5 500 pièces réalisées », confie le designer liégeois qui espère bien que l’asbl va poursuivre sur cette belle lancée.
Enfin, la bâche qui ne trouve pas de deuxième vie accrochée aux épaules des filles sert de « matière première secondaire ». Lavée et reconditionnée en bandes d’un mètre quarante de large lorsqu’il y a des « trous » dans la production de sacs et autres objets, elle est revendue à un industriel et se mue en sous-housse de fauteuil. « En préférant ce matériau à de la toile neuve, l’industriel divise le coût de ces sous-housses par trois », commente-t-il. De la sorte, il épargne aussi l’environnement… Côté sacs et sacoches, l’asbl créative a également scellé un partenariat avec un géant des cosmétiques pour la transformation de sacoches en surplus issues des « packs cadeaux » vendus notamment aux fêtes. Ces sacoches griffées sont souvent produites en surnombre et sont vouées, pour éviter le marché parallèle, à la destruction. DESIGNpoint les récupère, les dégriffe et les revend pour trois fois rien chez « Les Petits riens ». Pour l’écologie, c’est toujours ça de pris !
Une equipe a volume variable
L’asbl fonctionne de façon assez particulière. Ainsi, si Jean-Luc Théate, qui est un des trois membres fondateurs, se charge de manière plus continue de l’asbl, certains de ses administrateurs, qui ont chacun leurs expériences et leurs spécialités, viennent en renfort pour encadrer des projets. C’est le cas, par exemple, pour un nouveau pan d’activités sur lequel DESIGNpoint est en train de travailler : la valorisation de chutes de coupes de scieries. « Pour le moment, elles sont recyclées en pellets et agglomérées, précise Jean-Luc Théate. Mais il s’agit de matière première de plancher, c’est du bois déjà séché… On peut donc, en reconditionnant les planchettes en lots de 15-16 kilos dans un gabarit bien défini, les vendre tels quels en bois de chauffage, ce qui représente un intermédiaire de moins qu’avec les pellets. » Un autre membre de l’équipe travaille quant à lui sur le recyclage de cuir de sacs et de fauteuils, qui vont également, tout prochainement, retrouver une seconde vie. ■
La bâche ainsi domestiquée a également été transformée en panneaux pour toilettes sèches, en pochettes, ou encore en sacoches pour les deux-roues. On les voit désormais sur les 260 vélos mis à la disposition des fonctionnaires européens, à Bruxelles, histoire qu’ils puissent glisser leurs documents et casse-croûte dans du « recyclé » !
L’asbl en trois points
- Alors que le mot ≪ productivite ≫ est dans toutes les bouches en ces temps de crise et que celle-ci est plombee par le cout des matieres premieres, reduire la destruction du surplus de production et des materiaux peu utilises s’impose. L’ideal, pour atteindre le ≪ gaspillage zero ≫, est de les transformer… C’est la que les ecodesigners peuvent amener leurs bonnes idees.
- Alors que l’economie sociale a montre ses effets positifs pour remettre sur le marche de l’emploi des personnes qui s’en etaient ecarte, creer de nouvelles filieres, c’est creer de nouveaux metiers. Pour une asbl comme DESI GNpoint, c’est l’opportunite de pouvoir compter sur de la main-d’oeuvre en continu sans les lourdes charges salariales que cela pourrait entrainer.
- Enfin, puisque les etudiants en design d’aujourd’hui sont les designers de demain, l’asbl noue en priorite des partenariats avec ceux qui leur succederont. Elle a ainsi travaille avec les eleves de Saint-Luc a Liege pour des poubelles recyclees qui sont aujourd’hui utilisees dans les bureaux bruxellois de L’Oreal, ou leur a propose, tout recemment, de plancher sur le recyclage de 2 500 m2 de plexi colore. L’argent recolte avec ce second projet servira aux etudiants pour financer un voyage a Barcelone… sur les terres de Gaudi.
Informations :
rue de Fragnée, 844000 Liège
Tel. : +32 (0)495 300 488
[email protected] www.design-point.be
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