Waw magazine

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un musée à ciel ouvert

Sur un mur du boulevard du Nord, un jeune homme porte son regard au loin, aveuglé pourtant par le soleil symbolisant les difficultés écologiques et technologiques qui nous attendent dans le futur. Au pied de la nouvelle passerelle cyclo-piétonne L’Enjambée, c’est une fresque végétale, traduisant la richesse de la végétation et les humeurs changeantes (!) de la Meuse, qui orne la façade de la Villa Balat. Icarius, de Jimmy Michaux, et la peinture murale de Démosthène Stellas (collectif Drash), sont deux des nombreuses fresques qui habitent les murs de la capitale wallonne.

Une application en ligne, Street art cities, permet de les répertorier et de les suivre. Car la ville a collaboré avec cette plateforme qui répertorie déjà les œuvres d’art urbain dans quelque huit cents villes de plus de nonante pays. Photos à l’appui, les fans de Street Art pourront localiser les fresques présentes dans la ville et découvrir leurs créateurs. Ils peuvent aussi choisir des itinéraires thématiques, comme, par exemple, le chemin des mini sculptures d’Isaac Cordal et découvrir des lieux plus insolites, comme l’arrière-cour d’un magasin, un bar ou un jardin… Et interagir en enregistrant dans l’application un lieu « coup de cœur » ou en suggérant de nouveaux endroits à découvrir.

www.namur.streetartcities.com

Les Abattoirs de Bomel revivent

A cheval sur Bomel et Saint-Servais, les anciens abattoirs, de style moderniste, ont été construits juste avant la Seconde Guerre mondiale. Après la fermeture en 1988, ils ont accueilli notamment la Ressourcerie namuroise et l’abri de nuit de la Ville avant d’être voués à la démolition.

A l’initiative du Comité de quartier de Bomel, la Ville de Namur et le Gouvernement wallon ont donné une nouvelle vie au site. Depuis 2015, le bâtiment central abrite le pôle action culturelle du centre culturel régional. On y trouve une salle d’exposition (270 m²), une salle de représentation de 150 places, une salle réservée aux associations, huit ateliers (danse, théâtre, musique, photo argentique, espace numérique, arts plastiques…), cinq résidences artistiques et une cafétéria. Sans oublier la Baie des tecks, une bibliothèque spécialisée en BD.

La Villa Balat décorée par Démosthène Stellas

Le Delta, un lieu rassembleur

Ne dites plus Maison de la Culture de la Province de Namur, mais bien Delta. La Province a lancé un vaste chantier de rénovation et d’extension de ce lieu situé au confluent de la Sambre et de la Meuse, près du pied de la Citadelle.

Le Delta a ouvert officiellement ses portes le 21 septembre 2019. A l’occasion de cette transformation, l’ensemble du projet été repensé et reconstruit sur le principe du “tiers-lieu” où il fait bon se rencontrer, partager… Avec trois salles de spectacles modulables, plusieurs espaces d’expositions, trois studios de répétition et d’enregistrement pour les artistes, des locaux pour des animations et formations, des résidences d’artistes, des lieux de convivialité, le Delta favorise une approche interdisciplinaire. Cinéma, théâtre, danse, image animée, musique, mouvement et arts plastiques se mêlent dans la programmation.

La culture a le vent en poupe

Ouverture du Grand Manège, rénovation des Abattoirs de Bomel, lifting de la Maison de la culture devenue le Delta, parcours d’art urbain… Riche et foisonnante, la vie culturelle à Namur !

On y entendait jadis martèlements de sabots et hennissements, bruits de pas et applaudissements. Bâti au milieu du XIXe siècle, le Grand Manège était un lieu d’exercices pour les cavaliers et leurs chevaux, mais il accueillait aussi des bals, des concerts, des distributions de prix… Après la fin du casernement, en 1977, il a abrité un entrepôt communal, puis une salle culturelle avant que la ville lance, en 2013, un grand chantier de rénovation doté de 15 millions d’euros. Pour préserver le caractère historique du lieu, les quatre façades ont été conservées. Et aujourd’hui, sur une surface de 6.000 m², le Grand Manège abrite le conservatoire, une vaste salle de spectacle (le Namur Concert Hall), les bureaux de l’association A Cœur Joie (qui rassemble les chorales de Wallonie et de Bruxelles) et du Centre d’Art Vocal et de Musique Ancienne (CAV&MA).

Le Flagey wallon

Ce centre, créé en 1984, regroupe le Chœur de chambre de Namur et deux orchestres (Millenium Orchestra, sous la baguette de Leonardo García Alarcón, et Les Agremens dirigé par Guy Van Waas). Il est actif dans la formation des jeunes chanteurs et instrumentistes.

La nouvelle salle de 800 places permet d’accueillir des ensembles de réputation internationale.

« Le Namur Concert Hall, nouvel écrin pour les mélomanes, c’est une message d’espoir après ces mois si difficiles ! », commente Jean-Marie Marchal, directeur artistique du CAV&MA. Dotée d’une acoustique inspirée du célèbre Studio 4 de Flagey et de 800 places, la nouvelle salle permet d’accueillir des ensembles de réputation internationale. « On connaît Namur au travers de la réputation de son Chœur de chambre ; on pourra bientôt savoir où se trouve la ville sur la carte ».

Le nouvel outil a été inauguré ce 3 septembre, à l’occasion de l’ouverture du Grand Manège par l’orchestre Millenium et le Chœur de Chambre de Namur qui ont entouré la jeune soprano Julie Roset dans un concert Haendel. Le temps de compléter l’équipement et d’étoffer l’équipe, le CAV&MA y proposera sa nouvelle programmation à partir du printemps 2022. Le Namur Concert Hall ne sera pas en léthargie pour autant puisqu’une dizaine de concerts y sont prévus dès cet automne dans le cadre de la saison 2021-2022 du Théâtre de Namur.

Un havre pour le Conservatoire

Eric François, le directeur du Conservatoire de Namur, se réjouit d’autant plus que le nouveau bâtiment permet de réunir les 70 enseignants et les quelque 1.600 élèves des cours de musique, de danse et de théâtre qui étaient dispersés auparavant dans plusieurs implantations et bâtiments dans la ville. « Cela favorisera des projets interdisciplinaires. Auparavant, les professeurs de danse se sentaient un peu à l’écart alors que cette discipline réunit 400 élèves. En outre, implantés près de plusieurs écoles, nous espérons diversifier notre public ».

Le nouveau bâtiment abrite des classes de musique, deux salles de danse et deux de théâtre, la plupart équipées d’une technologie complète (projecteurs). Un auditoire de 150 places sera utilisé pour les spectacles et les examens du conservatoire. Et un soin particulier a été accordé à l’acoustique, notamment dans la classe de percussions. « Auparavant, j’entendais le bruit des percussions trois étages au-dessus de mon bureau ! raconte Eric François. Afin d’absorber les vibrations, on a placé du tapis, des plafonds acoustiques et des panneaux muraux… Cerise sur le gâteau, nous aurons même la possibilité d’utiliser le Namur Concert Hall, la Ville nous accordant dix gratuités par an ».

Plus digital, plus convivial

En mettant à la disposition du citoyen une partie de ses données numériques, la Ville de Namur veut faire preuve de transparence dans la gestion publique, mais aussi informer les citoyens et aider ses responsables à prendre des décisions.

 

Quels sont les travaux de voirie terminés ou en cours ? Combien y a-t-il de crèches ou d’écoles primaires dans chacun des quarante-six quartiers du territoire ? Combien de ménages monoparentaux ou d’enfants âgés entre 5 à 18 ans y trouve-t-on ? Quelle est la liste des sépultures enregistrées dans les trente cimetières publics de l’entité ? Où sont localisés les bibliothèques, les poubelles publiques ou encore les bâtiments et sites remarquables qui apparaissent sur les photos et cartes postales anciennes ? … Voici quelques-uns des cent septante-trois jeux de données anonymisées, répartis en treize thèmes et cent mots clés, accessibles via le site de la Ville de Namur. « Plus on a de données, mieux on comprend son territoire et mieux on pourra l’utiliser », avance Samuel Nottebaert, géomaticien et gestionnaire du site.

Namur est une des premières villes de Belgique à s’être dotée, en juin 2018, d’une plateforme (ou portail) Open Data. Son but est d’aider les citoyens qui cherchent à s’informer et les responsables de l’administration à prendre des décisions, tout en renforçant la transparence de la gestion publique. C’est un projet transversal qui n’est pas lié à un seul département. Toutes ces données existaient déjà pour les différents services et au sein d’administrations locales. « Dans d’autres villes, ces données existent sous forme de tableaux excel. Nous, nous avons choisi de les rendre lisibles en les croisant avec la cartographie. »Près de 5.000 consultations par mois

En trois ans d’existence, la liste des jeux de données disponible s’est largement étoffée. Aujourd’hui, le site comptabilise entre 4.000 et 5.000 consultations par mois. De nombreux architectes, par exemple, téléchargent les données en 3D de Namur afin de mieux visualiser leurs projets. Beaucoup d’éléments mis en ligne répondent à une demande du public. Ainsi, c’est suite à la question d’un citoyen que des fichiers de coordonnées GPS ont été ajoutés aux cartes des balades nature et des trails. « Nous ne savons pas jusqu’où nous pouvons aller avec ces données. Notre philosophie est de favoriser leur réutilisation de manière créative par les citoyens comme par l’administration et le secteur éducatif. »

Pour l’avenir du site, tout reste ouvert. Samuel Nottebaert aimerait davantage de communication avec les citoyens afin d’avoir leur retour et travailler avec le privé afin de mieux cerner les données utiles au développement économique.

Au service de la mobilité

Quand on nous offre un service, on s’y habitue. Et, très vite, on ne peut plus s’en passer. En septembre 2020, la Ville a lancé son système de transport intelligent. Un système d’intelligence artificielle au service de la mobilité qui était en rodage depuis janvier 2019. Dans sa partie visible, il se traduit par une série de panneaux disposés le long des huit axes de pénétration dans la ville. Leurs messages lumineux informent sur l’état du trafic et proposent des déviations, annoncent la disponibilité des parkings du centre-ville et les alternatives multimodales. Les données proviennent de dix-sept caméras qui calculent le temps de parcours sur différents tronçons. « On mesure, on établit des statistiques sur l’évolution du temps de parcours, mais on ne prédit pas », nuance Michaël Petit, responsable du service mobilité. Des informations comme la disponibilité de places PMR devraient y être intégrées.

Son objectif étant de permettre une vue complète de la mobilité, le système est loin d’être dédié au “tout voiture”. Les abribus les plus fréquentés informent en temps réel sur les temps d’attente pour les bus. Des informations sont aussi mises à la disposition des cyclistes sur les places de stationnement qui leur sont dédiées, ainsi que sur les aménagements vélo et les itinéraires cyclables. Pour le moment, les gestionnaires du système ont décidé de ne pas fournir d’application spécifique préférant renvoyer l’utilisateur au portail. « Le système évolue encore, mais il devrait se stabiliser d’ici six à douze mois avec davantage de données en temps réel. A plus long terme, nous devrions pouvoir travailler dans le prédictif. »

Bientôt un éclairage intelligent

Dans l’éclairage des voiries aussi, il y a de l’évolution dans l’air. Cependant, même si des capteurs ont été mis en place, il n’est pas encore question de faire varier l’éclairage en fonction du passage des voitures. La Ville a préféré opter pour une atténuation généralisée de l’éclairage entre 22 heures et 6 heures grâce aux nouveaux luminaires LED, ce qui permet déjà une économie de 50 %. A terme, des endroits plus circonscrits, comme les sites de la Confluence et de la Citadelle, devraient être dotés d’un éclairage dont l’intensité varierait en fonction du nombre de promeneurs.

 LIre la suite du dossier : la transition écologique

LE NID, PISTE D'ENVOL DES NOUVELLES IDÉES

 

Si la capitale de la Wallonie est connue pour son patrimoine remarquable, dont sa citadelle et son beffroi, ainsi que pour son folklore, ses richesses culturelles et son centre-ville piétonnier, la ville ne cesse de se métamorphoser et de faire preuve de créativité, afin d’ajouter une dimension innovante à son côté attrayant et chaleureux.

 

L’avenir de Namur ? Il passera par le NID. Que l’on arrive par une rive de la Meuse ou de la Sambre, que l’on surgisse par la passerelle de l’Enjambée ou que l’on tombe du ciel : impossible de passer à côté de ce bâtiment futuriste qui domine l’Espace Confluence, la nouvelle vitrine de la capitale de la Wallonie.

Le NID. Pris au pied de la lettre, le mot signifie « Namur intelligente et durable ». Plus symboliquement, cette nouvelle construction se veut un lieu de rencontre, de réflexion et d’échange d’idées dont l’objectif est de mettre les citoyens au coeur du débat autour de l’avenir de leur ville. Un nid d’où s’envoleront les “architectes” du renouveau namurois. Pour en savoir plus, nous avons rencontré Sophie Marischal, la jeune responsable du NID.

Quelle est la genese du NID ?

Dès 2008, lors des semaines de l’aménagement durable, nous nous sommes rendu compte que les citoyens étaient désireux de débattre de l’avenir de leur ville. En 2015, nous avons créé un pavillon de l’aménagement urbain qui était un lieu de rencontre au sein même de l’Hôtel de Ville. Cet outil était cependant de trop petite taille. Au même moment a été lancé le concours pour l’aménagement du site du Grognon, devenu l’Espace Confluence. Un lieu emblématique puisque c’est le berceau de Namur et qu’il accueille le parlement wallon. Il était donc tout indiqué d’y construire un espace de débat destiné cette fois au citoyen et de positionner le site comme la vitrine d’une ville intelligente et innovante.

Quelles sont les fonctions de ce bâtiment ?

Le NID se compose de deux niveaux. Le rez-de-chaussée, au niveau des quais de Sambre et de Meuse, est déjà occupé par une brasserie orientée circuits-courts, tandis que l’étage, situé au niveau de l’esplanade, accueillera bientôt un espace ouvert aux citoyens et dédié à l’innovation intelligente et durable. Il se compose de trois parties. Un espace d’accueil, « Namur en question », où seront expliquées au visiteur les différentes thématiques universelles, comme le changement climatique et les nouvelles technologies, le but étant de lui montrer que les villes sont responsables de beaucoup de dérèglements mais qu’il est possible de réagir. Cela le mènera à la deuxième partie, « Namur en transition », qui abordera une thématique qui changera tous les deux ans. Actuellement, celle-ci est consacrée au développement urbain au sens large. Le visiteur découvrira donc, via une scénographie interactive et ludique, les problématiques de la ville en matière de mobilité, de coût lié à l’étalement urbain, d’intelligence numérique et humaine ou encore de

résilience. A l’aide d’outils de réalité virtuelle, il sera amené à construire lui-même sa ville en faisant des choix. Enfin, « Namur demain » est un espace de débat qui permet aussi de voyager via la réalité virtuelle dans le Namur d’hier et celui de demain afin de comprendre pourquoi et comment la ville a évolué.

Quels sont les principaux defis de la ville qui demandent une prise de conscience de la population ?

La mobilité dans le centre de Namur et les artères pénétrantes, le changement climatique et l’autonomie alimentaire sont des problématiques bien réelles qui ont poussé les responsables de la ville à collaborer avec des panels de citoyens conscientisés. Des études ont été menées afin de trouver des solutions locales, par exemple sur la piétonisation des rues et sur les vulnérabilités du territoire namurois en matière de changement climatique. Et les habitants ont fait ou feront des propositions concrètes. D’une façon plus globale, on peut dire que notre plus grand défi est de voir comment Namur peut entrer en transition en impliquant les habitants et en faisant appel à la solidarité. A cet égard, le NID agit vraiment comme une interface entre le citoyen et le politique. Son aménagement devrait être terminé vers la mi-octobre.

LE PAVILLON ET LE KIKK

Autre lieu et autre bâtiment emblématique appelé à jouer demain un rôle de premier plan à Namur : l’ancien pavillon belge de l’Exposition universelle de Milan (2015). Conçu par l’architecte namurois Patrick Genard (voir page 10) dans des matériaux naturels et modulables, primé pour son éco-design, ce bâtiment d’une superficie de 2.500m2 a été racheté par la Ville de Namur et remonté sur l’esplanade de la Citadelle où il entame une deuxième vie puisqu’il est désormais entièrement dédié à la transition numérique. A travers une approche ludique, à la croisée entre l’art, la science et la technologie, le Pavillon proposera des expositions, des ateliers et des conférences. Inauguré ce printemps avec l’exposition Humans/Machines, il est à nouveau fermé afin de finaliser son aménagement et d’en optimiser les réglages dans l’optique de sa grande ouverture en 2022. Le centre permanent d’exposition est en de bonnes mains puisque sa gestion a été confiée à l’asbl Kikk qui, depuis dix ans déjà, secoue les idées reçues concernant la créativité et les technologies numériques à travers un espace de coworking doté d’un Fab Lab, une plateforme de production artistique et, bien sûr, le Kikk Festival dont la dixième édition est programmée du 4 au 7 novembre prochain.

 

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De la roulotte de Louvain-la-Neuve
à Barcelone

Pour Patrick Genard, l’architecture commence là où s’arrête la construction. Ce bâtisseur pluridimensionnel namurois insuffle humanisme et environnement à ses réalisations à travers le monde. Une rencontre hors normes.

 

Norman Foster, Louis Kahn, Renzo Piano, Glenn Murcutt, Niels Torp, Ricardo Bofill, Manuel Nunez, Peter  Zumthor… Nous parlons de ces grands architectes qui sculptent l’espace et dessinent notre cadre de vie, ces diffuseurs de bien-être qui, comme le disait l’architecte américain Louis Kahn (1901-1974), pratiquent l’art de la lumière et du silence. Parmi ceux-ci, Patrick Genard, un architecte que la Belgique a appris à connaître il y a quelques années lorsque ce Namurois d’origine a été appelé à concevoir le pavillon belge à l’Exposition Universelle de Milan en 2015. Une étape parmi d’autres depuis qu’il s’est installé à Barcelone.

Le parcours de Patrick Genard prend forme en 1978, une année-phare qui le voit non seulement terminer brillamment ses études d’ingénieur-architecte à l’UcL, mais également rejoindre l’atelier Taller de Architectura de Ricardo Bofill, l’un des plus grands noms de l’architecture. Il y restera quinze ans pour y apprendre le métier. « J’avais découvert Bofill en 1975, au cours de mes études à Louvain, se remémore le Namurois. Il m’avait passionné. Et j’ai eu cette chance de pouvoir le rejoindre à Barcelone. Je suis ainsi passé du jour au lendemain – ou presque – de ma roulotte de Louvain-la-Neuve à un atelier prestigieux et aux côtés d’un grand maître de l’architecture. Bofill est quelqu’un d’entier. Une fois qu’il vous accorde sa confiance, celle-ci est totale. Je venais à peine d’arriver dans son atelier qu’il m’a envoyé immédiatement sur un très gros projet en Algérie. J’avais 24 ans ! … »

Une mise au vert avec… les Touaregs

Ce n’était que le début ! Le jeune architecte poursuivra son apprentissage sur d’autres gros projets en Suède, au Maroc et au Japon. Avec, régulièrement, des mises au vert dont “le maître” avait le secret. « Bofill est un vrai team-manager. Un jour, il nous a tous invités dans sa villa, à Ibiza, pour y passer quelques jours afin de discuter des perspectives de l’atelier, des chantiers à venir, de la philosophie de ceux-ci… tout en soudant l’équipe autour de ces différents aspects du métier. Il nous a ensuite emmenés dans la région de Tamanrasset, au sud de l’Algérie, où nous avons vécu dix jours en plein désert aux côtés des Touaregs. Une expérience humaine inoubliable ! » Cette aventure humaine autant que professionnelle a permis à Patrick Genard de forger progressivement sa propre philosophie qu’il veut ancrée dans l’humain comme dans l’espace. « En réalité, l’architecte imagine puis aménage des espaces extérieurs pour que les occupants les envahissent le plus agréablement possible ; c’est l’art de la contradiction puisque ces espaces externes pourront avoir pour reflet-miroir le bonheur intérieur. Il s’agit donc de créer le vide pour qu’il puisse être comblé par l’humain… »

Léonard de Vinci, son professeur ?

Cette philosophie participe des enseignements de l’architecture autrichienne des années 80. Au cœur d’un land autrichien, le Vorarlberg, un groupe d’architectes avait invité les habitants à une vaste réflexion qui les a menés à concevoir un cadre de vie au développement durable et ancré tant dans la nature des sites que dans la vie des citoyens. « Cet acquit est le résultat de la mise en pratique de trois principes fondateurs autant que complémentaires : une architecture moderne doit être esthétiquement désirable, constructivement raisonnable et socialement justifiable. On pourrait dire par métaphore que cette philosophie est à l’architecture proprement dite ce que l’Homme de Vitruve – le célèbre dessin de Léonard de Vinci montrant un homme à l’intérieur d’un cercle et d’un carré, ndlr – est à l’architecture humaine. »

Voilà qui nous rappelle ce que Patrick Genard avait confié au site Architectura en 2014 : « J’aurais bien aimé naître en Italie à la Renaissance et avoir Léonard de Vinci comme professeur ! »

Le jeune architecte Patrick Genard (veste foncée), à Barcelone, aux côtés de Ricardo Bofill, l’architecte qui lui a appris le métier

« Une architecture moderne doit être esthétiquement désirable, constructivement raisonnable et socialement justifiable. »

 

Le pavillon belge de l’Exposition universelle de Milan
Après avoir été le directeur conceptuel de projets pour Riccardo Bofill, l’architecte namuro-catalan, sentant que le moment était venu de voler de ses propres ailes, décida de créer son propre studio d’architecture, en 1994. Le premier projet du jeune studio Patrick Genard & Asociados sera la construction d’un hôtel au Maroc, à Essaouira. Suivront des tours jumelles à Casablanca, d’autres tours à Abidjan et en Guinée, un hôtel pour la chaîne Mansour au Maroc…
Si le concept d’architecture environnementale durable est très en vogue aujourd’hui, Patrick Genard l’a poussé à son paroxysme en 2015 en concevant le pavillon belge pour l’Exposition universelle de Milan. Un pavillon “zéro déchet”. conçu selon le principe architectural de la lobe city, donc en forme de lobe, où le plan d’urbanisme devient architecture, les quartiers résidentiels étant les masses construites du pavillon. Entre elles circulent la lumière et la vue sur l’environnementextérieur… Six ans plus tard, ce pavillon très remarqué à Milan a été remonté tel quel sur l’esplanade de la Citadelle de Namur.« C’est magnifique pour moi qui ai vécu quasi toute mon enfance sur ce site », sourit l’architecte, fier de ce résultat.

Le pavillon belge de l'Exposition universelle de Milan

Patrick Genard, intra(Na)muros

« Namur ? Pour moi, c’est avant tout et surtout la Citadelle ! » Voilà le cri du coeur de Patrick Genard, l’architecte catalan, lorsqu’il revient sur les lieux de son enfance et sa jeunesse. Il est d’ailleurs intarissable à l’énoncé du mot magique. « La Citadelle ? C’est là que j’ai négocié mon premier rond-point, à l’âge de 5-6 ans, en voiture à pédales sur le circuit de la plaine Reine Fabiola. Quand j’étais éclaireur dans la troupe du Pic, notre local se trouvait dans une vieille fortification sur la Citadelle. C’est également là, en face du château de Namur, que j’allais jouer au tennis après m’être tapé cinq kilomètres en vélo depuis Flawinne ! Et, à 18 ans, c’est dans un local de la même plaine de jeux que j’ai animé mes premières soirées comme disc-jockey. Enfin, c’est encore là que j’ai connu, il y a … 50 ans, ma première “novia guapissima” (jolie petite amie, ndlr) Cécile Mertens, aujourd’hui l’épouse de Michel Leconte. Nous sommes restés d’excellents 
amis et je les vois chaque fois que je passe à Namur… » Inutile de préciser que les anecdotes inondent la conversation lorsque les amis se retrouvent.

Récompensé par la Ville de Barcelone
Au fait, de quoi Patrick Genard est-il le plus fier ? De son parcours ? De sa réussite ? … « Voici quinze ans, j’ai conçu une villa pour un particulier. Quand je l’ai revu récemment, il m’a dit : “Monsieur Genard, tous les matins je suis heureux de me lever dans cette maison ! ” Je crois que c’est ce dont je suis le plus fier. D’être arrivé à partager le rêve d’un propriétaire et d’avoir pu le rendre heureux dans un cadre qui lui procure du bonheur, ça, c’est beau ! … » Par ailleurs, l’architecte se dit aussi heureux que fier d’avoir obtenu, en 2009, le Prix d’architecture et d’urbanisme de la Ville de Barcelone pour la construction du siège de Mediapro, le centre audiovisuel de la ville et de son université. « Pour un architecte “immigré” en Catalogne, c’était magnifique ! »

C’est pour cet immeuble, qui abrite le centre audiovisuel de la ville et de son université, que Patrick Genard a reçu le Prix d’architecture et d’urbanisme de la Ville de Barcelone.

BIO EXPRESS

  • 1954 : Naissance à Namur
  • 1978 : Diplôme d’ingénieur civil architecte à l’Université catholique de Louvain. Après un stage de six mois dans l’atelier d’architecture de Ricardo Bofill à Barcelone, il apprend le métier à ses côtés pendant 15 ans. Il devient son associé
  • en tant que maître conceptuel de projets
  • 1989 : Réalisation des bureaux de Swift à La Hulpe, dans le cadre de l’atelier de Ricardo Bofill
  • 1994 : Il crée à Barcelone le studio d’architecture Patrick Genard & Asociados. Nombreux projets de logements, bâtiments publics et commerciaux dans le monde entier
  • 2009 : Il conçoit le siège du groupe télévisuel Mediapro, à Barcelone, qui lui vaut le Prix d’architecture et d’urbanisme de cette ville
  • 2014 : Il remporte le concours du pavillon belge de l’Exposition universelle de Milan 2015, en association avec l’architecte Marc Belderbos et l’entrepreneur Besix-Vanhout
  • 2020 : Ce pavillon est reconstruit sur l’esplanade de la Citadelle de Namur

 

Objectif Nature

Je suis né à Namur, j’ai 45 ans. J’ai obtenu mon diplôme en photographie (graduat) à Saint-Luc (Liège). J’ai démarré, en tant qu’indépendant, comme photographe de presse pour différentes gazettes, avant de travailler pour Isopress, l’agence de presse bruxelloise. J’y ai couvert principalement la politique et la famille royale. J’ai aussi fait beaucoup de portraits, notamment pour des magazines économiques.

Voici trois ans, je me suis dirigé vers la photographie touristique, ce qui m’a permis de faire des clichés de paysage, ma plus grande passion. J’ai également passé les différentes licences pour le pilotage de drones. J’adore trimballer mon sac photo à l’aube en pleine nature. Je me considère comme un créateur d’images, photos ou vidéos, au service de la communication d’entreprise, petite ou grande, privée ou publique.

Je ne travaille quasiment plus qu’en Wallonie, territoire que j’apprécie particulièrement pour sa beauté et sa diversité.



l’intelligence ferroviaire de pointe

Transurb Simulation développe des solutions de mobilité ferroviaire et urbaine. L’entreprise namuroise installe ses simulateurs de conduite ultra réalistes de la Colombie à l’Australie. Parmi ses clients, le métro de Buenos Aires ou Korail, la SNCB coréenne.

 

La société

En 1979, la SNCB et la STIB décident de créer Technirail, une entité séparée pour exporter le savoir-faire ferroviaire belge. « Le but de cette nouvelle filiale était d’internationaliser l’expertise et la connaissance belges », souligne Gauthier Van Damme, general manager de Transurb. Bien plus tard, en 2002, des ingénieurs de la SNCB créent leur propre simulateur de conduite pour leurs besoins de formation sur le site de Salzinnes, à Namur. L’outil ayant dépassé les attentes, Transurb Simulation est créé pour vendre l’approche à l’international. La structure fusionne avec ce qui est devenu Transurb Rail. « L’entreprise s’est ensuite privatisée progressivement. En 2017, la société John Cockerill a fait l’acquisition de 82 % des parts. Aujourd’hui, la STIB dispose encore de 8 % de celles-ci, mais la SNCB vient de céder ses 10 % à un autre acteur privé. »

Les produits

La société namuroise se spécialise dans tout type de transport sur rail, du tram au train de fret en passant par le métro et le train de passagers. Plusieurs modèles et tailles de simulateurs sont conçus avec les années. « Certains sont des répliques exactes des cabines, d’autres sont portables. Le client choisit ce qui lui convient en fonction de ses besoins et de son budget. » Chacun d’entre eux est livré avec un module de formation. « Nous reproduisons à chaque fois un ou plusieurs modèles de train et nous recréons fidèlement une partie de leur ligne en 3D pour pouvoir mettre leurs employés en situation de la manière la plus réaliste possible ». Un outil de création d’exercices permet aux clients de créer leurs propres cas de figure, qu’il s’agisse d’une panne ou de la présence de passagers sur les voix. « Nous assurons également la maintenance des machines. Un simulateur ayant une durée moyenne de 10 ans, nos relations commerciales s’inscrivent dans la durée. »

© Transurb

« Actuellement, nous planifions des projets en Norvège, en Angleterre, en République Tchèque, ainsi qu’en Australie pour le train de Sidney et un nouveau tram de la STIB. »


Les exportations

Si, initialement, l’entreprise est active en Belgique, en Angleterre et en France, aujourd’hui, les exportations représentent 90 % de son chiffre d’affaires. « Nous sommes présents sur tous les continents, sauf en Amérique du Nord, explique Gauthier Van Damme. Selon les années, nous sommes plus actifs en Asie ou en Afrique. Actuellement, nous planifions des projets en Norvège, en Angleterre, en République Tchèque, ainsi qu’en Australie pour le train de Sidney et un nouveau tram de la STIB. C’est un marché de niche très compétitif. Il faut se battre pour chaque client. » En Belgique, Transurb continue à collaborer avec la SNCB et la STIB. « Nous ne travaillons pas encore avec De Lijn et le TEC qui n’ont pas de simulateur. Ce serait des projets intéressants pour nous. »

Les atouts

Active dans un secteur très concurrentiel, Transurb mise sur des solutions toujours plus innovantes et une amélioration continue de ses outils. Chaque année, 20 % de son chiffre d’affaires est investi en R&D. « Au niveau technologique, nous devons absolument rester à jour. Nous investissons beaucoup pour améliorer nos produits et nous différencier de nos concurrents. Cela passe par de nouvelles gammes, de la réalité augmentée ou virtuelle… Le prix reste un facteur de choix primordial, mais l’innovation aussi . » L’entreprise namuroise puise également sa force dans la relation riche avec ses clients. « Notre approche se veut collaborative. Nous co-créons des solutions avec nos clients afin de répondre au mieux à leurs demandes. Pour un acteur relativement jeune comme nous, la qualité du contact est essentielle. » Autre atout, l’énergie déployée par sa centaine d’employés répartis entre Bruxelles, Namur et l’Algérie, où l’entreprise a historiquement mené des projets d’envergure. « Si nous avons bien grandi depuis trois ans, nous avons su maintenir un esprit familial et entrepreneurial », conclut Gauthier Van Damme.


© Transurb

En chiffres

62 employés à Namur et
2à Bruxelles (consultance)
40 collaborateurs dans la succursale algérienne
90 % du chiffre d’affaires en exportations
20 % du chiffre d’affaires investi en R&D


www.simulation.transurb.com

 

PREMIÈRE ÉCOLE DE PILOTAGE EN BELGIQUE


© EspaceDrone

Créée à Liernu, implantée aujourd’hui sur l’aérodrome de Namur, l’école EspaceDrone a déjà formé plus de 1.300 pilotes. Mais qui sont ces merveilleux fous volants avec leur... drone de machine ?


Photographier des endroits difficilement accessibles, surveiller des sites et des zones à risques, prendre des vues originales afin de réaliser des films et documentaires, se doter de nouveaux champs de vision… Voici une dizaine d’années, les possibilités qu’offraient les drones semblaient déjà évidentes dans de nombreux domaines. Mais si on en parlait beaucoup, leur bourdonnement se faisait très discret en raison d’une législation qui battait de l’aile. Depuis l’arrêté royal d’avril 2016, qui a éclairci la situation en règlementant leur usage, les drones ont pris leur envol à un rythme soutenu cadencé par l’octroi des licences. Car si n’importe qui peut faire joujou avec un engin de quelques centaines de grammes dans son jardin, pour des drones plus lourds et plus performants il faut un permis. Et les candidats affluent. Depuis qu’il a ouvert à Liernu, en 2014, la première école de pilotage en Belgique, Renaud Fraiture a ainsi formé avec ses instructeurs plus de 1.300 pilotes. Rencontre avec le patron d’EspaceDrone, école aujourd’hui implantée à Temploux au sein de l’aérodrome de Namur.

Un mot sur les drones pour commencer…

On peut les classer en deux grandes familles : les multirotors, de forme, taille et poids très variables, qui sont propulsés par plusieurs moteurs, et les ailes volantes, qui ressemblent à de petits avions. Il y en a de toutes les tailles et de tous les prix, depuis le jouet de 100 grammes à 50 euros jusqu’aux aéronefs coûtant plusieurs dizaines de milliers d’euros, le prix variant en fonction de leurs performances et leur équipement (l’étanchéité à la pluie, la résistance au vent, la possibilité de voler de nuit, etc). Pour un drone professionnel, équipé d’un GPS et d’un giroscope, il faut compter entre 1.500 et 15.000 euros. Pour certains usages, par exemple pour les drones équipés d’une caméra, il faut une deuxième commande spécifique.

Quelle licence faut-il et comment l’obtient-on ?

Pour un vol à usage récréatif, dans son jardin ou dans un espace privé avec l’autorisation du propriétaire, aucune licence n’est requise. Mais le drone doit peser moins d’un kilo et doit voler à moins de 10 mètres de haut. Pour piloter un drone dans un but commercial, il faut suivre une formation auprès d’une école reconnue et agréée qui débouche sur l’octroi d’une licence. En fonction des spécificités de l’appareil et de l’usage que l’on veut en faire, la licence nécessaire sera de classe 1 ou de classe 2. Aujourd’hui, il y a en Belgique entre 2.000 et 2.500 pilotes détenteurs d’une licence classe 1 – la plus complète – et la moitié environ qui possède la classe 2. Il existe aussi des formations de spécialisation qui ne sont toutefois pas obligatoires : pour la thermographie (mesurage des déperditions de chaleur dans les bâtiments), la photogrammétrie (mesurage 3D dans le cadre de projets urbanistiques), la vidéo, la maintenance, le secourisme…


© EspaceDrone

La réglementation fixée par l’Arrêté royal de 2016 détermine aussi les conditions de vol…

Cette règlementation a été élaborée avec la collaboration de la DGTA, la division du transport aérien, et de Skeyes, le contrôleur aérien. Pour voler, il faut se rendre sur une plateforme internet, actuellement droneguide.be. En fonction de la zone choisie, l’utilisateur verra si les conditions de vol inhérentes à celle-ci sont compatibles avec sa licence. Il devra bien sûr les respecter. Si la zone est compliquée, par exemple parce qu’elle est proche de sites interdits de survol, les détenteurs d’une licence de classe 1 pourront demander une dérogation laquelle sera examinée et accordée ou non. Par mesure de sécurité, les classes 1 doivent prévenir les contrôleurs quand ils prennent leur envol.

Et la nouvelle loi européenne ?

Elle est attendue pour janvier 2021. Le système va changer complètement. Une nouvelle carte aéronautique a été dessinée pour les drones et chaque état membre va devoir créer des zones open – à faibles risques au sol et dans l’air – et des zones spécifiques – risques accrus –, en collaboration avec les bourgmestres, la police, les militaires, les instances dirigeant l’espace aérien, les zones naturelles, les prisons, les centrales nucléaires… Les compétences exigées seront proportionnelles aux risques. Cette loi aura pour but d’uniformiser le cadre et de libéraliser le système afin de favoriser le business au sein de l’Union européenne. Si la classification sera très compliquée, une fois en possession du permis européen, l’utilisateur verra sa vie simplifiée. A EspaceDrone, tous les cours ont déjà été reconstruits en fonction de cette nouvelle loi.

Vous dites que vous avez déjà formé
1.300 élèves à EspaceDrone. Qui sont-ils ?

Environ 55 % de nos clients sont de toutes grosses sociétés comme Infrabel, RTL-TVI, RTBF, Greenpeace, ainsi que les services du cadastre ou encore Elia, qui utilise des drones pour vérifier l’état des pylônes électriques. Entre 40 et 45 % sont des petites PME et des indépendants qui se dotent d’un drone dans leur cadre de leur activité professionnelle. Par exemple des installateurs de panneaux photovoltaïques soucieux de vérifier l’état des cellules, des agriculteurs, des géomètres, des architectes, des agences immobilières qui utilisent un drone pour contrôler l’état des bâtiments… Certains s’en servent aussi pour organiser des événements à l’attention des entreprises ou des familles. Enfin, 2 % sont des particuliers pour lesquels les drones sont une passion. Ils pourraient se rendre dans des clubs de modélisme, mais leur espace serait alors plus cloisonné. Tous ces élèves apprennent avec nos drones à double commande, puis, quand ils ont obtenu leur licence, nous les aidons à choisir le produit qui conviendra le mieux à l’usage qu’ils veulent en faire. Un drone d’apprentissage ne sera évidemment pas le même qu’un drone servant à détecter des fissures…

« Environ 55% de nos clients sont de toutes grosses sociétés comme Infrabel, RTL-TVI, RTBF, Greenpeace, ainsi que les services du cadastre ou encore Elia qui utilise des drones pour vérifier l’état des pylônes électriques. »


Qu’en est-il du transport de marchandises ?

En Belgique, le fret est toujours interdit, sauf pour les détenteurs d’une licence de classe 1 moyennant une dérogation payante. L’utilisateur doit justifier sa demande et faire en sorte que les risques soient minimisés. C’est ainsi qu’il est déjà arrivé que des services de santé ou de secours transportent du matériel comme du sang, des médicaments, des défibrillateurs ou encore des bouées destinées à être larguées en mer. Dans ces cas, cela se justifie parce qu’il s’agit de sauver des vies. En revanche, compte tenu de la densité des aéroports civils et militaires en Belgique, il serait absurde de vouloir réorganiser le trafic aérien afin de faire passer des paires de chaussures ou des pizzas au dessus de la tête des gens. A cela s’ajoute le problème du largage. Avec un parachute, un filet ?…

Aux Etats-Unis, Wing, la filiale d’Alphabet (Google), a obtenu l’autorisation de déployer sa flotte de drones livreurs en Virginie en association avec FedEx. UPS, l’entreprise postale nord-américaine, a également reçu le feu vert, tandis qu’Amazon et Uber sont impatients d’utiliser leurs drones pour des livraisons très spécifiques. Un service qui aurait été le bienvenu pendant le confinement…

Ces annonces sont souvent des buzz, mais il est vrai que, dans de nombreux pays, les essais se multiplient et les demandes d’autorisation affluent. En Belgique, il est possible de créer des bulles pour faire ce genre d’essai. Je suis moi-même devenu « provider » chez Skeyes. J’ai obtenu l’autorisation de créer, à Liernu, une bulle privatisée de 4 kilomètres de diamètre et de 1.500 pieds de haut. Quand je reçois l’autorisation de l’activer, plus personne (avions, hélicos, ULM…) ne peut y entrer. Je peux ainsi utiliser cette zone pour faire voler des drones hors cadre légal, par exemple pour effectuer des vols de nuit ou à une altitude trois fois supérieure et sur des distances plus longues. Je peux également y faire des essais : pour le transport et le largage d’objets, la pulvérisation, le remorquage…


© EspaceDrone

Faux-bourdon
« Drone » vient d’un mot anglais signifiant faux-bourdon, surnom donné, dans les années 1930, par l’artillerie anglaise, à un avion cible utilisé pour l’entraînement ayant un vol lent et bruyant ressemblant à celui du bourdon.


Vous organisez également des Drone Days pour les professionnels ?

La sixième édition devrait avoir lieu le 22 octobre à Tour & Taxis. Elle aura pour thèmes la législation professionnelle et la sécurité, domaine en pleine évolution. Je suis moi-même en train de me focaliser dans la sécurité et l’inspection. J’ai signé un partenariat avec Engie et nous sommes en train de fabriquer un drone autonome doté de capteurs spécifiques de 60 millions de pixels qui peut faire l’inspection des palmes d’éoliennes afin d’y détecter d’éventuelles microfissures…

« Compte tenu de la densité des aéroports civils et militaires en Belgique, il serait absurde de vouloir réorganiser le trafic aérien afin de faire passer des paires de chaussures ou des pizzas au dessus de la tête des gens. »


www.espacedrone.be

 

NOUVEAU PÔLE ÉCONOMIQUE WALLON


© Aérodrome de Namur 

Nouvelle piste en dur, nouvel hall de 2300m2, nouvelles salles de restaurant et de réception... S’il est un aérodrome qui est en train de se métamorphoser complètement, c’est bien celui de Namur, à Temploux. Et cela grâce à un trio d’investisseurs qui en a pris les commandes en 2017.


L’ investisseur principal, c’est le vicomte Olivier de Spoelberch. Installé au château de Flawinne, membre de la famille d’actionnaires historiques d’AB-InBev, l’homme est passionné par les modèles réduits et l’immobilier. Il est aussi pilote. En 2017, c’est lui qui propose à Benjamin de Broqueville, ancien journaliste de RTL, de s’associer afin de donner un nouvel envol à l’aérodrome de Namur qui avait été créé par les Américains lors de la Seconde Guerre mondiale avant d’être privatisé en 1983. Le troisième partenaire a une belle réputation également : il s’agit de Vanina Ickx, pilote automobile et titulaire d’un master en marketing. Elle va s’atteler au développement immobilier des lieux.

« Nous avons racheté les installations en juillet 2017 et, coup de bol, un mois plus tard, nous apprenions que Sonaca Aircraft cherchait un site de construction pour son avion d’écolage et de loisirs, le Sonaca 200, explique Benjamin de Broqueville, l’administrateur-délégué et gérant de l’aérodrome. Après avoir accueilli l’école de drones et nous être dotés de la fibre optique, c’était une opportunité inespérée de grandir et de développer nos activités. Dès décembre 2017, nous étions en mesure de loger, dans des installations provisoires, ce leader belge de l’industrie aéronautique. »

Un hall de construction pour le Sonaca 200

Entre 2017 et 2018, le trio va investir 8 millions d’euros. Et les travaux vont s’enchaîner : nouvelle piste en dur de 690 mètres, nouvelles pompes à essence, nouveau parking, désamiantage des toitures des bâtiments, système de récupération de l’eau de pluie pour le « planewash », et surtout, préparation de la venue de la Sonaca pour laquelle un hall moderne de 2.300m2 sera construit en 2019 afin de permettre à la société de mener à bien les étapes de certification, d’assemblage et de livraison de 80 avions par an. Et, dans l’optique de développer des activités « green », non bruyantes, comme le vol à voile, l’équipe acquiert un treuil pour planeurs.

« Avions, hélicoptères, planeurs, parachutistes et drones : c’est un véritable petit pôle économique dédié à l’aviation générale qui est en train de se construire à Temploux, annonce, avec une satisfaction évidente, Benjamin de Broqueville. Et l’emploi suit le mouvement : depuis notre rachat, nous sommes passés de 9 à 85 personnes travaillant sur le site. Notre objectif est d’arriver à 200 personnes en 2023. »

Pour y arriver, les responsables misent beaucoup sur l’organisation d’événements d’entreprise de type « incentive » (autour de l’avion, de l’hélico, du planeur…). D’où la transformation du bâtiment principal qui, d’ici février 2021, accueillera trois nouvelles salles pour la restauration et les réceptions. Cerise sur le toit de l’aérodrome : une salle de 300 personnes nantie de la plus belle terrasse du monde !

« Avions, hélicoptères, planeurs, parachutistes et drones : c’est un véritable petit pôle économique dédié à l’aviation générale qui est en train de se construire à Temploux. » 

 


© Aérodrome de Namur 
Le nouvel hall de 2.300m2 de la Sonaca 

www.aerodromedenamur.be

Des drones dans la stratosphère ?

Olivier de Spoelberch, l’investisseur principal de l’aérodrome namurois, est un véritable passionné de motoplaneurs. C’est ainsi qu’il est actionnaire majoritaire de Stemme AG, qu’il pilote lui-même les motoplaneurs S10 et S12 de cette firme implantée en Allemagne et qu’il a créé, en mai 2018, la filiale Stemme Belgium à l’aérodrome de Namur. Son objectif d’ici 2021 ? Envoyer, depuis la Wallonie, un drone dans la stratosphère ! Un projet baptisé Sunrise et supporté par la Région wallonne. « Onze ingénieurs travaillent actuellement sur ce projet de vol stratosphérique mené en partenariat avec la Sonaca, confirme Benjamin de Broqueville, par ailleurs CEO de Stemme Belgium. Si ces vols réussissent, cela permettra de faire rayonner la Wallonie dans le monde. »

Précisons que la stratosphère est la couche de l’atmosphère située au-dessus de la troposphère – accessible aux avions et hélicoptères – et sous la mésosphère – placée sous la surveillance des satellites. Cette couche intermédiaire pourrait donc être utilisée par des drones afin d’effectuer des missions d’observation et de surveillance dans le cadre d’opérations militaires.


© Aérodrome de Namur 

le rock dans les tripes 


© JC Guillaume

Tel un cheval fougueux, Gaëlle Mievis est une rockeuse de talent qui galope en toute liberté. Au programme de son groupe, « The Banging Souls » : du rock, du houblon... avec un soupçon de révolution ! 


Même si elle est née à Bruxelles, Gaëlle Mievis se sent avant tout namuroise. Elle a vécu dans la région depuis la maternelle jusqu’à ses études secondaires. Danseuse avant d’être chanteuse, c’est pourtant le chant qui va s’imposer dans ses tripes. A l’âge de 16 ans, elle monte son premier projet, « Velvet Shine », avec « LUD Et PITT », groupe rock d’adolescents furieux avec lequel elle sillonne les cafés-concerts et les festivals de Belgique. Trois ans plus tard, elle intègre le groupe « La Teuf » dirigé par Alec Mansion et réalise ses premiers enregistrements studios, télés, radios.

 Elle gère ce trio avec Ludwig Pinchart et Pierre Abras, ses potes de 20 ans, avec lesquels elle a partagé ses premières scènes, ses premières compositions.


Avec Beverly Jo Scott

En 2002, alors qu’elle vient d’obtenir son diplôme en relations publiques, Beverly Jo Scott lui propose de la rejoindre pour intégrer les chœurs. « Je collabore toujours avec cette grande dame de la chanson qui m’a tout appris, de la pose de voix à l’intention artistique. Je n’ai jamais suivi de cours de solfège mais à force de battre le rythme, de taper sur mes cuisses, elle m’a guidée vers la batterie. Je l’ai accompagnée pour la tournée de l’album français Dix vagues . C’est vraiment grâce à elle que j’ai découvert cet instrument. Je suis également autodidacte au clavier comme à la guitare sur laquelle je compose mes morceaux. » Joe Cocker, Toto, Sinclair… Gaëlle partage autant de premières parties dans des lieux mythiques (Olympia, Bataclan…) que de rencontres artistiques et de magnifiques expériences.

En 2010, suite à un rendez-vous provoqué par son amie de toujours BJ Scott, un tournant s’opère dans la vie de Gaëlle : avec les deux artistes françaises Claire Joseph et Skye, elle forme le trio sauvage et raffiné « Sirius Plan ». Après trois albums, des tonnes de concerts en Belgique, en France et aux Etats-Unis, des collaborations avec Rick Hirsch, Sophie Tith, Aldebert, des premières parties de Laurent Voulzy, Emmanuel Moire, Bertignac ou encore Alex Lutz, « Sirius Plan » cesse en 2018 et Gaëlle continue seule son parcours.

Un album « Rock’n Roll Terroir »

En parallèle, Gaëlle participe aussi à de nombreux projets en tant que choriste pour la télévision (The Voice Belgique, Télévie) ; elle est aussi la voix de nombreux jingles sur nos radios et s’est même essayée en tant que chroniqueuse belge sur TV5 Monde pour l’émission « 300 millions de critiques ».

Aujourd’hui, c’est avec « The Banging Souls » que l’on peut l’entendre ou la croiser sur scène. Elle gère ce trio avec Ludwig Pinchart et Pierre Abras, ses potes de 20 ans, avec lesquels elle a partagé ses premières scènes, ses premières compositions. Leurs chansons parlent de lâcher prise, de combats qu’on se livre à nous même, du calme après la tempête, de révolution, de la beauté qu’il y a en chacun de nous. Leur premier album Rich to the bone , est un album « Rock’n Roll Terroir ».


© JC Guillaume

DU ROCK ET DU HOUBLON

Chaque titre évoque un moment, une anecdote saupoudrée de houblon, associé à une bière belge artisanale.

Amoureux de la bière, qui est présente à chaque instant dans leurs retrouvailles, c’est tout naturellement que le groupe a eu envie d’inclure Madame dans leur LP. Chaque titre évoque un moment, une anecdote saupoudrée de houblon, associé à une bière belge artisanale. « Les brasseurs sont des artisans comme nous, des rêveurs, des passionnés », souligne Gaëlle. Dix bières belges, dix chansons rock et autant d’anecdotes, en voici deux.

Premier groupe belge neutre en carbone

En plus d’être des défenseurs du local et du terroir, « The Banging Souls » a été proclamé premier groupe belge neutre en carbone. « En août 2019, avec l’aide de CO2 Strategy, qui propose aux entreprises et collectivités de mettre en place un plan d’action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, nous avons décidé de calculer notre empreinte carbone suite à la sortie de notre album. Nous avions émis près de 12 tonnes de CO2, ce qui équivaut à deux fois le tour de la terre en voiture, cinq vols AR Bruxelles–New York ou encore 17.700 bières de 25 centilitres ! Ce bilan carbone nous a permis de comprendre, ce qui est essentiel si on veut diminuer ses émissions. Mais nous voulions aller encore plus loin et rendre à la planète ce qu’on lui avait pris. Douze tonnes de CO2 c’est ce que peut absorber 1.400 arbres. Planter ceux-ci, via l’ONG « Graine de vie », compense nos émissions de CO2. »


• 
Seeds
La IV Saison

(Brasserie de Jandrain Jandrenouille)

« Ce morceau, on le partage avec Beverly Jo Scott qui est un peu la marraine du groupe ! Nous sommes toutes les deux très cash, sans artifice, tout comme cette bière naturelle blonde 100 % malt d’orge, non filtrée, non pasteurisée, brassée uniquement avec les quatre ingrédients de base (eau, malt, houblon, levure) et élue coup de cœur du label belge « La Bière des Femmes ». Alexandre, qui gère la brasserie à Jandrain, dans le Brabant wallon, est un artiste qui vaut le détour. Nous avons le souvenir d’un concert exceptionnel dans sa grange, juste à côté des fûts ! »

• Rage Racer
La Houppe

(Brasserie L’Echasse, à Namur)

« Nous ne pouvions pas faire cet album sans associer un de nos morceaux à une bière de notre patelin : la Houppe. C’est une bière blonde aux reflets cuivrés titrant 7,5° d’alcool. La Houppe envoie tout en finesse, elle était parfaite pour illustrer Rage Racer. François Collard, qui dirige la brasserie, est un passionné de musique, un fan de rock et de vinyles. Derrière cette bière, on a découvert un super gars prêt à défendre les talents locaux ; il est d’ailleurs devenu notre partenaire pour nos « Rock’n beers home sessions », des concerts que nous organisons à domicile et où on déguste des produits locaux et… de la bière. »

Infos : thebangingsouls.com


© Mitch

« Lors de la crise du coronavirus, j’ai vraiment senti la détresse du milieu culturel. Les contrats annulés, le manque de visibilité, les incertitudes sur notre avenir, la sensation d’abandon du gouvernement... » 


Solidarité entre artistes

Ecolo engagée, Gaëlle est aussi profondément solidaire d’un secteur en danger. « Lors de la crise du coronavirus, j’ai vraiment senti la détresse du milieu culturel. Les contrats annulés, le manque de visibilité, les incertitudes sur notre avenir, la sensation d’abandon du gouvernement… J’ai eu besoin d’agir. J’ai réalisé une vidéo sur Youtube appelant les artistes à être solidaires entre eux, à se découvrir, à s’abonner aux comptes les uns des autres. Karin Clercq était déjà dans le même style de démarche, elle partageait un artiste belge par jour sur sa page Facebook. De fil en aiguilles, nous avons décidé d’en créer une commune intitulée « Solidarité entre artistes. »

www.facebook.com/solidariteentreartistes

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