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descendre pour prendre de la hauteur

Il a été champion du monde en 2016 en Bosnie-Herzégovine, il s’est classé 13e au JO de Londres en 2012 et a été champion de Belgique à de multiples reprises. Le Dinantais Maxime Richard est le meilleur kayakiste belge de descente de rivières en eaux vives, tout en étant très à l’aise en eaux plates.

La Lesse, la Semois, la Vierre… Maxime Richard voit dans son sport une façon de mieux profiter de la beauté des paysages wallons. Et de vivre au rythme des sensations fortes, lui qui pratique également le parachutisme et le base-jump. Rencontre avec un sportif avide d’aventures, qui aime se retrouver seul face à lui-même et qui n’a pas peur d’adopter une vie de moine si cela peut l’amener à réaliser ses ambitions.

Maxime, à 34 ans, quel regard portez-vous sur votre carrière ?

Un regard teinté d’une certaine fierté. Je suis sous contrat Adeps depuis douze saisons en tant que sportif de haut niveau. C’est un record que je dois à mon palmarès. J’ai été champion du monde en eaux vives, athlète olympique en eaux plates. Je ne gagne pas des millions d’euros mais je paie mes factures, je vis confortablement et je peux continuer à pratiquer mon sport. C’est le plus important. Je suis également très satisfait d’avoir été choisi pour accompagner de jeunes athlètes, de préparer la future génération. Ce sport doit continuer à vivre en Belgique même lorsque j’aurai mis fin à ma carrière. La transmission, c’est important.

Le kayak et vous cela a commencé très tôt. Et c’est une histoire de famille…

Effectivement. Mon grand-père, Jacques Richard, a été président de club. Je n’ai malheureusement pas eu la chance de le connaître car il est décédé quand j’avais un an. C’est un regret qu’il ne m’ait jamais vu faire du kayak. Mon père en a fait, il a été membre de l’équipe nationale et est affilié à la fédération depuis 40 ans. Oui, c’est donc un sport de famille lié au RC Anseremme et à la Ville de Dinant. J’ai un frère et une sœur plus âgés. Le sport a toujours fait partie de notre quotidien. Enfants, nous allions courir. Nous étions toujours en compétition.

Vous auriez pu vous contenter de faire un sport de loisir, mais vous avez choisi la vie exigeante de sportif de haut niveau. Et dans une discipline peu médiatisée. Pourquoi ?

C’est sans doute dans mes gênes. J’ai toujours été intéressé par les aspects physiques du sport. D’abord par le foot puis par le kayak. Très tôt, vers mes sept ans, j’ai opté pour cette dernière discipline. Là, j’étais tout seul dans mon embarcation. Seul face à moi-même. C’était comme une évidence. Très tôt aussi, je me suis entraîné plus dur que d’autres. J’avais peut-être plus d’ambition. J’étais très demandeur de l’adrénaline du sport. Cet enchaînement a fait que, dès mes 14-15 ans, j’ai eu comme objectif de participer aux Championnats d’Europe et du Monde. Avec toujours une volonté de résultats. Participer pour le simple fait de prendre le départ d’une course, ça n’a jamais été mon truc. Je me suis toujours fixé des objectifs assez hauts. Les résultats ont rapidement suivi, depuis la catégorie juniors jusqu’aux élites. D’où mon statut de sportif de haut niveau à l’Adeps. Monter sur les podiums, j’étais attiré par cela.

Malgré un mode de vie qui doit tout de même être assez contraignant ?

Oui, ce mode de vie est particulier et cela n’a pas toujours été évident, mais je m’en suis toujours bien accommodé. C’est une question de tempérament, j’imagine.

Quel est le quotidien d’un kayakiste de votre niveau ?

Certaines semaines, on monte jusqu’à vingt-cinq, voire trente heures d’entraînements. Cela signifie jusqu’à 150 kilomètres sur l’eau et quinze heures en salle de musculation. Sans compter la course à pied, le gainage et le VTT. Mais l’entraînement n’est pas le seul facteur de réussite. Il faut penser à la prévention des blessures, au repos, à la récupération, à une alimentation saine. C’est un quotidien très prenant qui ne passe pas uniquement par cinq heures d’entraînement journalier, mais aussi par des séances chez le kiné et l’ostéopathe pour vérifier que tout va bien. La journée commence vers 7h et se termine parfois à 20h et, à 21h30, on est au lit pour recommencer le lendemain. C’est une vie de moine, extrêmement répétitive. Mais je le répète : j’adore ce que je fais et cela ne me pèse pas !

Des efforts énormes pour peu de retombées médiatiques et des revenus sans doute modestes. Ce n’est pas parfois frustrant ou décourageant ?

Je le répète : je ne roule pas sur l’or. Mais, grâce à l’Adeps, je peux continuer à pratiquer mon sport en tant que professionnel. Et je peux aussi compter sur le soutien de la marque Red Bull. Je ne les ai pas démarchés. Ce sont eux qui sont venus me chercher avec un vrai et beau projet. C’est plus qu’un sponsor, c’est un vrai partenaire qui me permet d’avoir de la visibilité via des photos et vidéos sur les réseaux qui mettent en évidence les sports extrêmes. Faire partie de ce que l’on appelle la galaxie Red Bull, c’est très gratifiant. Et c’est souvent un gage de réussite comme on l’a vu avec Max Verstappen en Formule Un ou les clubs de football de Leipzig et de Salzbourg. Red Bull sponsorise environ cinq cents sportifs dans le monde et soutient ou organise près de six cents compétitions. Pour un athlète, c’est un gage de sécurité, de crédibilité et la garantie de renvoyer l’image d’un sportif de l’extrême.

Vous considérez le kayak en rivière comme un sport extrême ?

N’exagérons rien. Mais c’est vrai que certaines rivières peuvent se révéler dangereuses. On est parfois à la limite, à la recherche de vitesse, de trajectoires parfois risquées. Cela va vite. Un kayak atteint les 30 kilomètres/heure sur les cours d’eau avec beaucoup de courant. Il faut donc faire très attention. Mais, heureusement, je n’ai jamais eu de grosses blessures. En outre, il ne faut pas confondre le kayak d’eaux vives ou d’eaux plates avec le slalom. Ma discipline se déroule en milieu naturel. Il s’agit de relier le plus vite possible un point A à un point B. Le slalom, lui, se déroule le plus souvent en bassin artificiel et l’itinéraire n’est pas libre mais imposé, puisqu’il s’agit de passer des portiques. Je n’ai jamais pratiqué le slalom.

Pour quelle raison ?

Parce que dans la descente de rivières en eaux vives, il y a bien plus qu’un aspect sportif. Je suis très sensible au côté nature et aventure de ma discipline. On est vraiment lié à l’environnement sauvage. C’est particulier et souvent fascinant de traverser ces paysages. Chaque rivière est différente. Et, sur celle-ci, même le niveau d’eau peut changer. Il faut donc adapter sa navigation.

Antoine Sedran

 

Spectateur attentif de nos rivières

Le niveau d’eau des rivières wallonnes est-il suffisant pour la pratique optimale de votre sport ?

Sur les sites d’entraînement que je fréquente, en général, oui. Sur les cours d’eau wallons, il faut un niveau d’eau minimum. Sur la Lesse, par exemple, il faut un débit minimum de 5 mètres cubes par seconde afin de ne pas perturber les poissons. Et puis, si le niveau est trop bas, on touche le fond avec l’embarcation. Avec le réchauffement climatique, il y a beaucoup de variations au niveau des hauteurs d’eau. Elle peut monter très vite comme elle peut redescendre très rapidement. Ce n’était pas le cas il y a quelques années. C’est clairement, selon moi, une conséquence du changement climatique. Faire de la descente, c’est finalement un moyen de prendre de la hauteur par rapport au monde qui nous entoure.

Vous avez remarqué d’autres changements au niveau de la faune et de la flore ?

Pas vraiment, à l’exception notable de l’augmentation de la population de castors. On ne les voit pas, car ce sont des animaux plutôt nocturnes et discrets. Mais ils créent des barrages. Il y a des sections de rivière où les arbres sont couchés, cela change forcément le relief de la descente. Mais, de mon point de vue, ce n’est pas un problème. C’est même plutôt cool. Je fais un sport nature. C’est à moi de la respecter et certainement pas à vouloir m’imposer.

Quels sont vos sites d’entraînement fétiches ?

La Lesse et la Semois, c’est très beau. La Vierre aussi. La plus belle rivière est sans doute la Haute Lesse au départ de Maissin. C’est très sauvage, magnifique même. C’est aussi très technique car c’est une rivière étroite avec beaucoup de cailloux. Il faut être lucide pour éviter les arbres et les pierres afin de ne pas abîmer le matériel. En eaux vives, je m’entraîne aussi en Basse Lesse. On embarque à Houyet jusqu’à l’endroit où la Lesse se jette dans la Meuse. Cette Meuse qui est mon site d’entraînement pour la discipline du kayak en eaux plates. Mais c’est moins fun.

Vous vous entraînez aussi régulièrement à l’étranger ?

C’est inévitable. Les rivières belges, c’est très bien quand il y a de l’eau mais s’il n’y a pas suffisamment de volume, s’il ne pleut pas, elles ne sont pas assez techniques. Il faut donc multiplier les stages à l’étranger. J’aime beaucoup Banja Luka en Bosnie où j’ai gagné la Coupe du monde. J’apprécie aussi énormément la Vézère à Treignac, en France. C’est la nature à l’état pur, tout comme les gorges de l’Ardèche où certains tronçons sont très intéressants.

Eaux vives, eaux plates… Pourquoi pratiquer ces deux disciplines ?

Les rivières, je l’ai dit, c’est pour le contact avec la nature. Les eaux plates, c’était la seule façon de pratiquer une discipline olympique.

Antoine Sedran

A 34 ans, pensez-vous déjà à votre reconversion ?

Oui, j’ai commencé à penser à d’autres projets en 2020, lorsque toutes les compétitions ont été annulées en raison du Covid. Ce fut mieux en 2021 avec, notamment, mon titre de Champion d’Europe de descente en sprint à Sabero, en Espagne. En 2022, je ne suis pas encore inscrit sur des compétitions internationales car j’ai d’autres projets, de type traversée, par exemple. Mais je préfère ne pas trop en dire pour l’instant. Et puis, la compétition à 40 ans, non merci ! Donc, il y a une transition qui va s’opérer à un moment. Je me sens comme un pilote de Formule Un en fin de carrière qui va continuer à piloter d’autres bolides, mais toujours avec l’objectif de ressentir l’adrénaline. J’adore l’eau, mais aussi l’air. J’en suis déjà à 250 sauts en parachute depuis 2016. Plus récemment, je me suis aussi mis au base-jump (sport extrême qui consiste à sauter en parachute à partir d’immeubles, de ponts ou de falaises, ndlr). Et le motocross, que je pratique régulièrement, me permet aussi de me changer les idées. J’ai un vrai besoin de sensations, cela fait partie de mon identité. C’est important pour ma motivation. C’est mon oxygène.

« On est vraiment lié à l’environnement sauvage. C’est particulier et souvent fascinant de traverser ces paysages. Chaque rivière est différente ».

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