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Entrepreneur et collectionneur passionné

CEO-fondateur de la société Vésale Pharma, à Noville-sur-Mehaigne, Jehan Liénart se passionne pour la recherche et le développement de solutions innovantes pour la santé à base de probiotiques et de biophages. Et pour l’art, asiatique en particulier.

 


©Fred Guerdin

« Si j’ai installé mon entreprise dans ce château, c’est aussi pour assurer la qualité de vie des personnes qui y travaillent. »


Dans la salle à manger du château de Noville-sur-Mehaigne, à deux pas d’Eghezée, un Bouddha du VI
e siècle (dynastie Sui) attire le regard fasciné d’un disciple, sculpture façonnée dans le nord de la Chine à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles. A l’extérieur, deux lions de pierre veillent sur un étang ourlé de grands arbres à la parure automnale.
C’est dans ce cadre atypique et ce décor étonnant que Jehan Liénart a installé le siège social de Vésale Pharma. « Ce château, je l’ai découvert un peu par hasard avant de l’acheter en 2001, explique-t-il. Il y avait du travail : des arbres avaient poussé dans la véranda. Nous l’avons remis à neuf. » Ce Bruxellois d’origine qui se dit wallon dans l’âme aurait-il eu la nostalgie des séjours d’enfance dans une propriété familiale bordant le fleuve à Lives-sur-Meuse ? Sans doute, mais il était aussi animé par le désir de faire vivre un patrimoine. C’est que le site fut le théâtre, en 1194, d’une lutte épique opposant Baudouin le Courageux, comte de Hainaut, et Henri l’Aveugle, comte de Namur. Le manoir médiéval, démoli, fit place au château actuel en 1860. Et, durant la dernière guerre, les occupants furent déportés, suite à une délation, pour y avoir hébergé et sauvé des Juifs.
« Si j’ai installé mon entreprise dans ce château, c’est aussi pour assurer la qualité de vie des personnes qui y travaillent, ajoute Jehan LiénartCe n’est pas un environnement confiné ; ils peuvent se promener dans le parc. Et puis, c’est aussi un bon outil de marketing. Les clients chinois, japonais, indiens, américains se font photographier devant le château ; ils se souviennent plus facilement de l’entreprise que s’ils avaient visité un labo. » 


©Fred Guerdin

Vésale, ce précurseur

Sa formation d’économiste à l’Ichec (Bruxelles) n’était pas un choix rationnel. « C’est ce qui se faisait à cette époque. Mais, à refaire, j’aurais opté pour des études scientifiques. » C’est qu’après une dizaine d’années au gouvernail de LLHS, qui devint la première agence belgo-belge du pays et qui géra quelques beaux budgets comme ceux de Spadel, Côte d’Or, Mobistar, Nintendo…, Jehan Liénart l’a revendue pour racheter, en 1998, une entreprise de délégation pharmaceutique. « La pub, c’était très rentable, certes, mais très bling bling et non pérenne, ce que je déteste. »
En même temps, il crée une entreprise qu’il baptise Vésale Pharma. « Pour mettre à l’honneur un Brabançon, médecin de Charles Quint, qui fut un précurseur. Son ouvrage De humani corporis fabrica, révolutionnaire, a donné des nouvelles représentations de l’homme et du vivant. Il a posé les jalons de la médecine moderne. »

« Les clients chinois, japonais, indiens, américains se font photographier devant le château. »


Des bactéries bénéfiques, des virus tueurs

Le goût pour des domaines de découverte, prometteurs et nouveaux, Jehan Liénart l’illustre vite en concentrant le quart des activités de Vésale Pharma sur la recherche et le développement de solutions innovantes pour la santé. Plus précisément des probiotiques, bactéries qui colonisent la plupart de nos organes. Ingérés en quantités suffisantes, ces probiotiques apportent un effet bénéfique pour la santé dans divers domaines : dermatologie, gastroentérologie, santé féminine, immunité… Plus récemment, la recherche s’est orientée vers les bactériophages, virus tueurs qui pourraient venir à bout de certaines bactéries de plus en plus résistantes aux antibiotiques.
La fibre entrepreneuriale, Jehan Liénart l’a transmise à ses cinq enfants. « Tous des bosseurs, brillants, dans des domaines différents. »
Mais l’homme a bien d’autres passions. Les multiples pièces du château hesbignon s’ornent de peintures, sculptures, objets d’art… souvent asiatiques. « Mon père était un grand collectionneur et mon frère possède une extraordinaire collection d’art contemporain. J’ai donc baigné dans ces eaux-là depuis toujours. » Il a mis le focus, en particulier, sur les snuff bottles, d’anciens flacons à tabac chinois.


©Fred Guerdin

« Je cultive la qualité tant dans le décor qui m’entoure que dans mes objectifs professionnels. »


Passionné de Bach

Une autre passion ? La musique, qu’il savoure dans son salon, grâce à une installation performante dont la modernité tranche évidemment avec des meubles et œuvres d’art bien plus anciens. « Elle me ressource quand je suis stressé, explique ce passionné de Jean-Sébastien Bach. Il y a une fibre artistique dans la famille. Ma grand-mère maternelle a reçu deux Prix de Rome de composition et de violon ».
Et Jehan Liénart de conclure : « Mon idéal c’est me sentir en équilibre, c’est-à-dire de faire vivre quelques passions qui offrent des moments d’émerveillement. Je cultive la qualité tant dans le décor qui m’entoure que dans mes objectifs professionnels. Mon rêve absolu ce serait d’arriver à sauver des vies. Réussir cet objectif personnel, c’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur ! »

Sur une île déserte avec…
Quels œuvres Jehan Liénart aimerait-il emporter dans ses bagages s’il devait embarquer pour une île déserte ?

« Deux œuvres de Bach, les Sonates pour violoncelle seul et les Variations Goldberg, ainsi que les Quatuors à cordes de Beethoven », répond-il. Côté lecture, il se replongerait avec délice dans la lecture de Sapiens, une brève histoire de l’humanité, de Yuval Noah Harari, « un récit phénoménal qui fait comprendre comment fonctionne notre espèce animale parmi d’autres»


Un plaisir en trois temps

En céramique, en porcelaine, en ivoire, en verre, en jade, en agathe, en corail, en ambre, en améthyste, voire même en bec de faucon… Elles offrent une large gamme de matières, mais aussi de formes et une palette infinie de couleurs et de motifs. Elles, ce sont les snuff bottles, ces anciens flacons à tabac qui peuplent des vitrines dans le bureau de Jehan Liénart. Ces petites fioles permettaient de conserver et de préserver de l’humidité le tabac à priser apparu en Chine dans les années 1600. Le climat humide ne favorisait pas une conservation correcte du tabac dans des boîtes à large ouverture comme celles que l’on utilisait en Europe. Nées durant la dynastie Qing (1644) qui s’est installée après l’arrivée au pouvoir des conquérants Mandchous, elles étaient réalisées pour l’Empereur, la Cour, les hauts fonctionnaires, les militaires et les lettrés dans les manufactures impériales au cœur de la Cité Interdite et dans des centres de fabrication privés. Puis, elles se sont démocratisées et sont devenues des objets utilitaires destinés à une classe sociale moyenne de bourgeois et de commerçants. Leur fabrication s’est arrêtée au début du siècle dernier.
« Chaque pièce, qui devait pouvoir tenir facilement dans une main, avait son destinataire et devait donc être représentative de la personne qui le possédait et l’utilisait; chacune est un véritable objet d’art », explique Jehan Liénart.
Depuis bien des années, il enrichit une collection héritée de son père en sillonnant salles de vente et magasins d’antiquités en Belgique, en Europe, aux Etats-Unis…. « Je recherche les plus belles pièces, de toutes les époques, réalisées par les meilleurs artisans. En ressentant chaque fois un plaisir triple. D’abord, il y a celui de découvrir l’objet dans un catalogue, puis l’excitation de chercher à l’acheter. Et, enfin celle qui accompagne le moment de l’acquisition et de l’intégration dans la collection. »

Bio express
1957: Naissance à Uccle
1986: Patron de Belgique n°1 (groupe Vlan)
1989: Reprise de l’agence de pub Publiart, créée par Hergé et Raymond Leblanc pour promouvoir les héros du journal Tintin. Sous le nom de LHHS, elle deviendra la meilleure agence belgo belge. Jehan Liénart la revend en 1997
1998: Rachète Pharmadeal, société mettant des délégués médicaux à la disposition de l’industrie pharmaceutique
1998: Fonde Vésale Pharma et introduit le premier probiotique sur le marché belge (Bacilac)
2007: Revend Pharmadeal
2011: Dépose le brevet mondial Intelicaps®, procédé de micro-encapsulation des bactéries
2018: Création aux Etats-Unis d’une filiale de Recherche, Vésale Pharma Probiotics R&D
2019: Lancement du projet de recherche collaborative Inteliphages labellisé par le gouvernement wallon
2020: Lancement du probiotique Bactimun

 

Deux projets phareS pour Vésale Pharma

Vésale Pharma a toujours le vent en poupe. Vous avez, paraît-il, encore introduit un nouveau probiotique sur le marché cette année…
Jehan Liénart. Depuis le 15 novembre, on peut acheter en pharmacie le Bactimun, un nouveau probiotique avec des propriétés anti inflammatoires. C’est un premier produit basé sur une souche probiotique, Lactobacillus Johnsoni456, découverte par une université de Los Angeles et dont Vésale Pharma a acquis les droits de commercialisation en exclusivité mondiale. Cette bactérie, c’est un vrai superman ! Des recherches ont montré que sa présence est toujours détectable, en même quantité et avec la même concentration initiale, chez tous les patients un mois après sa consommation et chez la moitié d’entre eux après 60 jours. Contrairement aux autres probiotiques qui ne subsistent en général que 24 à 48 h dans le corps. Cela change énormément la donne en matière de prescription, de consommation et de prix.

Du neuf aussi du côté des bactériophages, ces tueurs de bactéries ?
Depuis l’an dernier, un projet de recherche appelé Inteliphages réunit des universités (Université Libre de Bruxelles et ULiège), des centres de recherche (Académie royale militaire et Hôpital militaire Reine Astrid) et Vésale Bioscience, la société sœur de Vésale Pharma. Il s’agit de développer et de fabriquer des phages pour traiter les infections bactériennes résistantes aux antibiotiques ou pour lesquelles les antibiotiques sont contre-indiqués. Ce projet a été retenu par le gouvernement wallon, pour un montant global de 5,4 millions d’euros, dans le cadre d’un appel à projets de BioWin, le pôle de compétitivité des Sciences du vivant. Nous travaillons notamment avec la Défense qui utilise la phagothérapie pour le traitement des grands brûlés et s’y intéresse aussi dans le cadre de la lutte contre les armes bactériologiques et le bioterrorisme.

Un fameux enjeu…
Colossal ! Certaines bactéries, comme le staphylocoque doré ou les pseudonomas, de plus en plus résistantes aux antibiotiques, feraient quelque 25.000 morts par an. Selon l’OMS, en 2050, elles surpasseront le cancer, les maladies cardiovasculaires et les accidents de la route dans les causes de mortalité. Or, les bactériophages sont des missiles spécialisés. Contrairement à certains antibiotiques « à large spectre », ils s’attaquent à une famille précise de bactéries sans dommages collatéraux. C’est un espoir immense !

Où en êtes vous ?
Nous avons développé des brevets pour un phagogramme permettant des thérapies personnalisées pour chaque patient en fonction de l’infection dont il souffre. Parallèlement, nous travaillons aussi à la mise au point d’une forme sèche de phages, par exemple par le biais d’une crème dont le temps de conservation serait bien plus important. La Belgique étant pionnière dans ce domaine, puisqu’une réglementation spéciale permet d’utiliser les bactériophages dans le cadre d’une préparation pharmaceutique magistrale, nous cherchons aussi à contribuer au développement d’un cadre législatif européen.

Voir WAW n °33, été 2016 . 

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