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BSCA, l'aéroport qui monte

  • Dossier
Hainaut  / Charleroi

Par Christian Sonon

Jean-Jacques Cloquet est, depuis fin 2010, le directeur général de Brussels South Charleroi Airport qui est entré cette année dans le top 3 des meilleurs aéroports low-cost au monde. Interview d’un Carolo qui ne s’est pas embarqué à la légère – son bagage en témoigne ! – dans cette aventure.

 

Vous travailliez chez Solvay en 1991, quand l’aéroport de Charleroi a été créé. Avez-vous suivi sa mise en route ?

Jean-Jacques Cloquet — J’ai effectivement suivi sa progression au fil des ans. J’ai trouvé que c’était une belle expérience et une valeur ajoutée pour la région. Bien sûr, je n’imaginais pas que j’en deviendrais le directeur. Bien que j’ai toujours rêvé de m’investir pour ma région. J’avais 11 ans quand mes parents sont venus s’établir à Charleroi et je me considère Carolo.

Vous débarquez chez BSCA en 2008 et, aussitôt, c’est le grand envol : le nombre de passagers enregistre une progression de 33 % en 2009 et encore de 32 % en 2010. Et cela alors que la crise vient d’éclater et que la récession frappe l’Europe ! Quel rôle avez-vous joué dans cette croissance ?

JJC — Je suis arrivé à un moment charnière. D’une part, le nouveau terminal d’une capacité de trois millions de passagers est devenu opérationnel début 2008 et, d’autre part, nous nous équipons l’année suivante d’un « Instrument landing system » plus sophistiqué qui permet aux avions d’atterrir et de décoller malgré des conditions météorologiques difficiles. À cela est venu s’ajouter le concept du low-cost qui, précisément en ces temps de crise, répondait davantage à l’attente des passagers. Nous avons développé un modèle de vols familiaux qui, nonobstant des commodités moindres, a permis aux gens de prendre des vacances à bon marché et de rendre visite à des membres de leur famille en deux heures.

Le développement de l’aéropole a-t-il contribué à ce succès ?

JJC — Nous offrons, il est vrai, de plus en plus de destinations « business », de sorte qu’aujourd’hui environ 17 % de nos passagers utilisent BSCA pour leurs affaires. Il y a sans doute un lien avec la présence de l’aéropole, mais on ne peut pas dire qu’il soit fort. Ce qui est sûr, c’est que la croissance de l’un a entraîné celle de l’autre et vice versa.

Vous avez été directeur des ressources humaines. Quel est l’impact de BSCA sur l’emploi dans la région ?

JJC — Selon les saisons, le nombre de travailleurs fluctue entre 500 et 600 personnes, dont 80 % habitent dans un rayon de 40 kilomètres. Si l’on ajoute le personnel des compagnies aériennes, ainsi que celui lié à la sécurité, à l’Horeca, aux transports, etc., cela fait environ 3 000 personnes qui travaillent sur le site. Sans compter les emplois indirects, comme l’hôtellerie, les fournisseurs… L’impact sur le bassin de Charleroi au niveausocial est donc considérable. N’en déplaise aux responsables du nord du pays qui nous ont attaqués à propos des avantages accordés par la Wallonie à Ryanair, c’est le plus beau return sur investissement réalisé par une région au profit de ses habitants. Il s’agit véritablement d’aides publiques à l’emploi !

La Région wallonne vous aide encore ?

JJC — Depuis 2008, son aide financière est limitée aux domaines de la sécurité pompiers et de la sûreté, c’est-à-dire du contrôle des passagers. La Région n’intervient plus dans nos projets d’investissements. Nous les finançons nous-mêmes, une partie sur fonds propres et une autre partie via des emprunts.

Venons-en précisément à vos projets…

JJC — Notre croissance annuelle est telle que nous sommes proches de la saturation. Pour maîtriser cette croissance, dix à quinze millions d’investissements par an seront nécessaires. Ainsi, cette année, nous avons aménagé quatre nouvelles portes d’embarquement. En 2013, nous allons développer la zone commerciale de l’aéroport : nouvelles boutiques, bar, Horeca... L’année prochaine, nous disposerons également de dix places de parking supplémentaires pour les avions, soit 29 au lieu de 19. Des places qui seront toujours en contact avec notre terminal. Cela nous permet de gagner du temps pour le transfert des passagers. Vous savez que nous traitons un avion en 25 minutes ? Nous sommes peut-être les seuls au monde à pouvoir réaliser cela grâce à notre organisation et à nos équipes qui sont super rodées. En quelques années, nous sommes passés d’un aéroport low-cost à un aéroport « cost-minded ». Tout est calculé pour un moindre coût.

Vous venez de franchir cette année le cap des six millions de passagers. Or, votre terminal a été conçu en 2008 pour en accueillir trois !

JJC — C’est ce que je voulais dire en parlant de saturation. Nous sommes en train d’étudier le marché afin de déterminer, en fonction de la croissance annoncée, quelle serait la taille la plus judicieuse pour notre nouveau terminal. Une capacité d’accueil de l’ordre de dix millions de passagers à l’horizon 2016 serait sans doute idéale. Pour ce faire, il faudra vraisemblablement agrandir l’espace actuel de 40 %. Dans l’axe de la longueur, de part et d’autre du terminal actuel, toujours dans le but d’éliminer les pertes de temps.

Et où en est le projet de l’aérogare ?

JJC — Nous sommes bien sûr preneurs, mais nous n’en sommes pas les maîtres. Tout dépendra du budget que la SNCB voudra bien consacrer à cette nouvelle ligne. Idéalement, il faudrait que l’aéroport soit en connexion directe avec la gare de Charleroi et celle de Bruxelles-Midi. Pour les liaisons vers l’extérieur… ■

 

JEAN-JACQUES CLOQUET, BIO EXPRESS

 

⇒ Louviérois d’origine, Thyrocastellopolitain d’adoption (il habite Thy-le-Château, à Walcourt) et Carolo dans l’âme.

⇒ 52 ans, 5 enfants.

⇒ Joue durant sa jeunesse au football au Sporting de Charleroi.

⇒ Diplôme d’ingénieur civil électricien à Mons.

⇒ De 1984 à 2003, il travaille chez Solvay où il est accède aux postes de directeur de l’unité opérationnelle du Benelux et de directeur européen pour la promotion du PVC.

⇒ Directeur du Sporting Club de Charleroi de 2003 à 2004.

⇒ Directeur technique de la Carolorégienne de 2005 à 2007.

⇒ En 2008, il entre chez BSCA en tant qu’indépendant pour créer un nouveau département et est nommé directeur commercial non-aviation. Il y devient directeur des ressources humaines, puis directeur général ff en 2009 et, enfin, administrateur délégué en décembre 2010.

⇒ Manager de l’année et Carolo de l’année en 2011.

 

BSCA, L’HISTORIQUE

 

1991 Création de Brussels South Charleroi Airport (BSCA).

1997 Première destination : Dublin / 200 000 passagers.

2001 Arrivée de Ryanair. BSCA devient la 1e base continentale de la compagnie irlandaise / 800 000 passagers.

2004 Arrivée de Wizzair (Hongrie) / 2 millions de passagers.

2006 Arrivée de Jet4you (Maroc).

2008 Nouveau terminal / 3 millions de passagers.

2010 Prix européen du meilleur développement dans la catégorie de 3 à 5 M passagers.

2011 Idem dans la catégorie de 5 à 10 M passagers.

2012 Jet4you intègre Jetairfly. BSCA dessert 96 destinations dans 25 pays et atteint le nombre record de 6,2 millions de passagers (estimation 2012).

Le saviez-vous ?

L’histoire de l’aéroport de Charleroi débute en 1919, quand le Roi Albert Ier inaugure la première école de pilotage belge au « Mont des Bergers », à Gosselies. L’année suivante, la SE GA (Société Générale d’Aéronautique) débute la maintenance d’appareils utilisés par les aéro-clubs de la région. Quatre cents pilotes militaires et civils destinés à l’aéronautique militaire furent ainsi formés à l’école d’aviation. À partir de 1931, grâce à la société Avions Fairey, Gosselies devient le centre de l’industrie aéronautique belge. En 1954, associée à Fairey, la S.A.B.C.A crée une usine à Gosselies. Progressivement, d’autres entreprises s’établissent sur le site. En 1978, la Sonaca est créée pour reprendre les activités de Fairey.

La première porte

Le tarmac carolo est désormais la principale porte d’entrée en Wallonie pour près de 7 millions de voyageurs. La Wallonie, à l’initiative de Paul Furlan, son Ministre du Tourisme, envisage un gros projet d’aménagement et de placement d’écrans d’information dans les installations de l’aéroport. Films, annonces d’événements, informations diverses à vocation touristique, tout ce qui peut valoriser les atouts et attraits de la Wallonie sera disponible en un clin d’oeil.

Un pôle spatial autour de l’aéroport.

Outre les bien connues S.A.B.C.A. (Société Anonyme Belge de Construction Aéronautique) et Sonaca (Société Nationale de Construction Aéronautique), qui sont implantées dans le parc d’activités économiques de Gosselies, d’autres entreprises actives dans le secteur de l’aéronautique et du spatial gravitent autour de l’aéroport de Charleroi. À commencer par le centre de formation technique en aéronautique WAN (Wallonia Aerotraining Network), qui s’adresse également aux demandeurs d’emploi, ainsi que le Belgian Flight Group, qui est spécialisé dans la formation de pilotes de ligne. Les deux sociétés sont établies à Gosselies également.

Dans le parc d’activités économiques de Jumet, le Service Centres Aero Belgique est spécialisé dans la distribution de demi-produits en aluminium destinés au marché de l’aéronautique et à la Sonaca en particulier. Quant au centre d’excellence en recherche aéronautique Cenaero, qui rassemble une cinquantaine d’ingénieurs, il a naturellement choisi l’aéropole pour démarrer ses activités en 2002. Enfin, Charleroi est aussi le terreau où s’est développée et ramifiée une société dont la renommée n’arrête pas de faire le tour de la planète, puisque plus de 150 satellites, actuellement en orbite, disposent d’équipements réalisés par Thales Alenia Space ETCA qui est basée à Mont-sur-Marchienne. Il s’agit d’une entreprise bien ancrée dans la région vu que ce sont les ACEC (Ateliers de Constructions Electriques de Charleroi) qui, désireux de s’ouvrir un secteur d’activité dans le domaine du spatial, sont à l’origine de la création de ETA (Études Techniques en Constructions Aérospatiales) en 1963.

On passe outre les péripéties politicocommerciales qui ont influencé la trajectoire de ETCA et ses changements de dénomination au fil des rachats, absorptions et fusions avec des compagnies étrangères – Thales est un groupe français et Alenia Spazio est le département espace de l’italien Finmeccanica –, pour retenir que la société, qui emploie plus de 600 collaborateurs à Charleroi, est leader européen du conditionnement et de la distribution d’énergie sur les satellites. C’est elle qui a livré la plupart des bancs de contrôle de la famille des lanceurs Ariane et elle est aujourd’hui le plus important fournisseur d’électronique de bord de la fusée Ariane 5.

À noter également qu’en 2008, Thales Alenia Space ETCA s’est vu attribuer par l’AWEX le Prix Wallonie pour son taux élevé d’exportation (80 % de ses activités). ■

Informations : 

Rue des Frères Wright, 8
6041 Charleroi
Tel. : +32 (0)78 152 722
www.charleroi-airport.com

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