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© Keemotion

Filmer le sport sans caméraman, possible ?

  • Économie
  • / High Tech
Brabant wallon  / LLN

Par Benoît Noël

Filmer le sport sans cadreur, ni réalisateur ? Américains, Français et Allemands sont déjà séduits par la technologie. Ce dispositif destiné au web et aux tablettes pourrait bien révolutionner le monde de l’image sportive. Va y avoir du sport !

Fondée en mars 2012 après trois ans de recherches et de mise au point, Keemotion fait déjà la fierté de son CEO, Georges Caron. À 39 ans, cet ingénieur en télécoms également détenteur d'un MBA de la Solvay Business School sait qu'il tient là un produit à haut potentiel. Féru de sport et de vidéo, cet homme passé par Mobistar durant quatre ans, après avoir créé lui-même trois petites start-ups (notamment Citendo, une société d’outsourcing en télécoms), avoue même « vivre son rêve » depuis dix-huit mois. 

Procédé « breveté et unique au monde », selon l'administrateur délégué, Keemotion délivre de la vidéo enrichie en temps réel pour les matchs sportifs. Grâce à une technologie unique et seulement trois petites caméras HD, la société peut capturer les actions d’un jeu et les transformer en des outils spécifiques à destination des fans (Keecast) et des coaches sportifs (Keecoach). Le cadrage est dynamique et repère automatiquement les évènements et faits de jeu. Pour un rendu qui semble, à première vue, équivalent à l’ouvrage des techniciens professionnels. « Ce système breveté permet en effet la captation automatique de matchs en temps réel. Une intelligence artificielle est capable de détecter l’importance des actions jouées dans un match et de fournir des comptes-rendus personnalisés. »

Révolution ?

Keemotion est le fruit du travail de deux chercheurs de l’Université Catholique de Louvain. Professeur de mathématiques spécialisé en informatique, Christophe De Vleeschouwer a développé un algorithme pour la production automatisée d’images. Damien Delannay, ingénieur et chercheur à l’UCL, a réalisé de son côté, dans le cadre d’un projet de recherches, un prototype de cette application. Une petite structure d’environ 50 centimètres sur laquelle repose une caméra digitale tout ce qu’il y a de plus classique. Le caractère novateur du produit lancé par Keemotion ne saute pas immédiatement aux yeux. Pourtant, le dispositif technologique mis au point dans les laboratoires de Louvain-la-Neuve pourrait bien révolutionner, dans les prochaines années, le monde de l’image sportive et le coaching dans les sports collectifs, à commencer par le basket-ball, premier marché cible de cette spin-off.

Conscients que nombre de spin-off pourtant prometteuses se sont cassées la figure faute de stratégie marketing efficace, les deux scientifiques se sont tournés vers un spécialiste des affaires pour faire prospérer leur « bébé ». « J'ai rencontré Christophe De Vleeschouwer un peu par hasard lors d'une rencontre interuniversitaire. Il m'a présenté son projet qui n'en était qu'au stade du laboratoire mais j'ai été immédiatement convaincu par le potentiel du concept. Nous avons développé un business plan. Keemotion était né », raconte Georges Caron. 

Le passage du « laboratoire au marché » a aussi bénéficié du support des équipes du Louvain Technology Transfer Office (LTTO) et de parrains industriels. Pour tester son dispositif, Keemotion a jeté son dévolu sur le Spiroudôme, l’antre des Spirous de Charleroi, l’un des ténors du basket belge. Féru de ce sport, le Pr. De Vleeschouwer a préféré se centrer dans un premier temps sur une activité qu’il connaît très bien. Depuis plus d’un an, le Spiroudôme est doté de trois caméras fixes qui seront utilisées à plein temps à partir de septembre. Celles-ci sont reliées à un serveur qui permet de détecter des actions spécifiques sélectionnées préalablement (tirs à 3 points, fautes commises, jeu de position…) ou d’assurer un suivi spécifique de l’un ou l’autre joueur. La caméra est fixe. L’innovation, dûment protégée par un brevet, réside dans la recréation des différents mouvements par des algorithmes d’analyse et de traitement de l’image. Les images présélectionnées peuvent être visionnées en temps réel soit sur internet, soit sur une tablette. « Avec un tel système, l’entraîneur peut facilement montrer, entre deux quarts-temps, certaines phases aux joueurs pour corriger des erreurs ou développer des options tactiques », explique un Georges Caron comblé. « Keemotion est un atout indéniable pour le coaching. Dès cette saison, nos entraîneurs utiliseront ces images lors des matches. Charleroi fait figure de pionnier », se réjouit Jacques Stas, manager général des Spirous dont on se souvient le passé international. 

Très facile à installer, le dispositif de la société néolouvaniste est aussi et surtout relativement bon marché. Pour une production vidéo classique qui nécessite du matériel et des hommes (techniciens, cadreur, réalisateur), filmer un seul match de basket revient à 15 000 €. La technologie Keemotion réduit largement ce coût. Pour un investissement de départ de 8 000 € équipement compris, un entraîneur de basket peut s’offrir le dispositif Keecoach toute une saison.

Perspectives

L'objectif de départ était d'équiper une vingtaine de salles. Objectif dépassé! Les premiers clients (les Spirous, Antibes, Harvard, les Spurs de San Antonio) ont fait des petits… « Dès cette saison, tous les matches de la Ligue française de basket seront filmés par Keemotion. Cela représente près de 600 matches par an. Et nous venons de signer le même contrat avec le championnat allemand », s'enorgueillit Georges Caron. L'homme d'affaires négocie actuellement avec la NCAA, le célèbre championnat universitaire américain. « C'est en bonne voie avec plusieurs clubs », assure-t-il. Pas question par contre de la NBA. Le championnat majeur est déjà largement décortiqué par les caméras omniprésentes.

« Le but est de filmer des compétitions qui ne sont pas forcément systématiquement télévisées. Nous ajoutons du contenu. L'idée n'est donc pas de venir concurrencer la télévision », précise Georges Caron. Keemotion ne vise pas non plus à concurrencer d’autres acteurs comme le Belge EVS, spécialiste du broadcast. Son marché se situe plutôt dans la « longue traîne » des évènements sportifs de moindre envergure ainsi que chez les professionnels qui ont besoin de ces images pour des finalités multiples. « Le basket représente à lui seul un marché potentiel de 5 ou 6 milliards €. Mieux vaut donc se focaliser d’abord sur ce qui fonctionne », souligne le patron de Keemotion.

Dotée d’un capital de 1,5 million € apporté par le fonds Vives II (UCL), Nivelinvest et la Région wallonne (sous forme d’avance récupérable), Keemotion table, pour cette année, sur un chiffre d’affaires qui devrait atteindre 350 000 €. Largement au-dessus des objectifs de départ. Dix personnes sont employées par la société qui devrait croître de manière exponentielle, vu l'absence de concurrence (en raison principalement du brevet) et du nombre d'applications potentielles. D'ici fin 2014, Keemotion s'attaquera au football. Un accord existe déjà avec le FC Bruges. Le volley, le tennis, le handball sont d'autres cibles…

 

Renseignements

Keemotion s.a.
Rue Louis de Geer, 6
B-1348 Louvain-la-Neuve
www.keemotion.com

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