Waw magazine

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Spécialisée dans les effets spéciaux et le motion design, la société Benuts commence à se faire un nom dans le secteur.

 

À de rares exceptions près, les effets spéciaux ont toujours intrinsèquement fait partie du cinéma. Des films de George Méliès au dernier Star Wars, le travail hors plateau mobilise talents et ressources pour enrichir et parfaire une oeuvre cinématographique. Depuis une vingtaine d’années et l’avènement des technologies numériques, il est devenu rare qu’un projet audiovisuel ne passe pas par la case effets visuels, même pour des projets au budget limité.

 

Du tapis volant aux toits de Paris

Dans ce domaine, la société Benuts, basée à La Hulpe, s’est forgée une solide réputation en l’espace de cinq ans à peine. Dans ses locaux, où fourmille une armée de graphistes, de spécialistes de l’animation 3D et du motion design, on retravaille, on efface, on implémente différents éléments pour rendre plus vrais que nature les plans et séquences de films et séries télévisées. « Finalement, le meilleur effet visuel est celui qu’on ne voit pas, avertit d’emblée Michel Denis, son directeur. Toute la difficulté – et la beauté – de notre métier est d’obtenir un rendu suffisamment réaliste afin qu’il devienne invisible aux yeux du spectateur. » Quoi de mieux en effet que de tourner un film d’époque au sein de décors naturels ? Mais si ce genre de lieux est relativement aisé à trouver en Europe par exemple, rares sont ceux qui demeurent tels qu’ils furent il y a des dizaines d’années ou plus. « Sur ce genre de projets, une grande partie du travail consiste alors à gommer et effacer toute une série d’anachronismes qui viendraient gâcher l’effet immersif du film. Il faut donc enlever les antennes sur les toits, les velux, les panneaux photovoltaïques sur chaque plan. En bref, tous ces éléments qui peuvent attirer le regard du spectateur et le sortir du film. » Un travail de bénédictin qui peut paraitre fastidieux mais qui présente l’avantage d’être beaucoup plus économique et pratique qu’une intervention directe sur le décor proprement dit. « Nous pouvons intervenir sur de nombreux paramètres qui vont donc de la correction d’éléments du décor à la création d’objet, leur articulation dans une séquence, ou une intégration d’acteurs sur fond vert. Ce que l’on fait beaucoup sur les plans dits intérieur voiture par exemple. On peut également animer de toute pièce un objet avec lequel interagit un acteur.» Sur Les Nouvelles Aventures d’Aladin, l’équipe de Michel Denis s’est attelée, entre autres, à entièrement animer le tapis volant.

Et si, d’aventure, le film doit se tourner en studio, Benuts peut sans problème assurer l’extension du décor afin de « sortir » l’action de son environnement artificiel. « Nous sommes récemment intervenus sur un film où la majeure partie de l’histoire avait lieu sur les toits de Paris. Vu les contingences techniques et logistiques, il était bien plus évident pour l’équipe du film de tourner les séquences en studio, dans des décors réalisés par une équipe spécialisée. Une fois que les plans sont dans la boîte, nous intervenons pour les intégrer à des prises de vues réelles de la ville, conformément aux souhaits du réalisateur. » Et l’équipe de Benuts de recréer les toits et l’architecture caractéristiques de Paris afin de rendre l’histoire plausible et réaliste. Dans un autre projet, c’est à la multiplication de foule que la société wallonne s’est attelée. « Pour filmer une salle pleine, il suffit de quelques dizaines de figurants que l’on place à différents endroits de la salle avant de les dupliquer pour donner l’impression que l’endroit est comble. » Simple et efficace !

 

Dialogue permanent

Une telle prise en charge des effets visuels ne peut se faire sans une parfaite coordination avec les équipes de tournage. « Il est évident qu’un travail de cette envergure ne peut s’envisager sans une totale coopération avec les différentes équipes sur place et nous-mêmes. Même si nous intervenons principalement en aval dans le processus de création, lorsque le montage est presque bouclé, nous sommes partie prenante de l’organisation dès les premiers jours de tournage. » Le rôle de Benuts consiste surtout à accompagner et expliquer au réalisateur les possibilités offertes par les effets spéciaux, tout en privilégiant la liberté artistique de celui-ci. « On essaye, autant que faire se peut, d’être souple et léger au niveau des contraintes afin de ne pas contrecarrer la marge de manoeuvre de l’équipe du film, qu’il s’agisse de mouvement de caméra, d’incrustation d’éléments, de rendu, etc. »

Mais pour une fois dans ce domaine, les limites ne sont pas imposées par la machine, mais par l’homme. En l’occurrence, on parlera ici de limite budgétaire. « Comme souvent, tout est une question de coût. Une partie de notre travail consiste aussi à rendre un cahier des charges précis sur ce qu’il est possible de réaliser, et dans une fourchette de prix acceptable par la production. Même si, grâce au tax shelter et à différents partenaires institutionnels, le secteur se porte relativement bien, le cinéma franco- belge ne peut pas vraiment rivaliser sur ces questions- là avec les machines de guerre anglaises ou américaines. » Il faut donc pouvoir proposer la bonne formule. La force de Benuts réside dans sa souplesse, qui lui permet de mener plusieurs projets de front en collaborant avec de nombreux graphistes freelance qui viennent renforcer l’équipe quand le besoin se fait sentir. « Sur certains films, on peut monter jusqu’à 30 graphistes ; sur d’autres, l’équipe sera plus réduite. Cette flexibilité nous permet de nous adapter sans contrainte aux demandes de la réalisation. » En 2015, ce sont près d’une quinzaine de films qui ont ainsi eu recours aux talents des petites mains expertes de Benuts. Enfin, si le cinéma et la télévision représentent 95 % de ses activités, une petite incursion dans le domaine de la musique, fort remarquée, a permis à l’entreprise de toucher un public beaucoup plus large. « Notre collaboration avec Stromae est vraiment particulière et enthousiasmante, sourit Michel Denis. Au départ, nous devions juste réaliser une leçon de Stromae. Puis, devant le succès rencontré, on nous a demandé d’assurer l’entièreté des effets visuels sur sa tournée Racine Carrée. » Une prestation qui a permis au chanteur belge de remporter une victoire de la musique pour le meilleur spectacle ! « On a ensuite entièrement réalisé un autre clip, Quand c’est, qui a rapidement dépassé les six millions de vues en trois jours ! » Une petite incursion donc, mais aux grandes retombées qui pourraient, qui sait, donner des idées à Benuts pour de futurs projets.

 

www.benuts.be

 


 

LE TAX SHELTER, UN OUTIL INDISPENSABLE

Aucun professionnel du cinéma belge n’ignore son existence. Il faut dire que, depuis sa création en 2004, cet incitant fiscal a directement profite au secteur dans son ensemble. Benuts, comme d’autres, a su saisir l’opportunité pour développer ses activités et participer à placer l’industrie du cinéma belge sur la carte. En pratique, toute société qui investit dans la production d’œuvres audiovisuelles bénéficie d’une exonération fiscale à hauteur de 150 % du montant investi. Une aubaine pour de nombreux investisseurs qui ont ainsi injecte près de 200 000 000 € l’an dernier ! Une manne financière indispensable pour la bonne santé du cinéma belge, mais qui ne peut s’organiser sans quelques conditions évidentes :

1. la société de production doit être résidente en Belgique ou y disposer d’une succursale ;

2. l’investisseur doit être résident belge ou disposer d’une succursale dans le pays ;

3. le total des sommes investies ne peut excéder plus de 50 % du budget total de la production ;

4. l’œuvre audiovisuelle doit être agréée par les services compétents (à savoir, les différentes Communautés du pays) ;

5. la société de production doit dépenser en Belgique au moins 150 % des investissements en matière de droits pour la production de l’œuvre audiovisuelle, dans un délai de 18 mois.

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Une jeune entreprise carolo mise sur la réalité augmentée pour mieux appréhender le réel. Avec un brio certain !

 

Visiter, comme si on y était, une future maison à bâtir. Réaliser des simulations plus vraies que nature dans des domaines aussi variés que la médecine ou l’ingénierie. Ou encore, éteindre un feu virtuel étonnement réaliste. En quelques années, le monde de la 3D a radicalement évolué et offre désormais un nombre élevé d’applications en tous genres, dans des domaines parfois insoupçonnés. « On pense souvent aux jeux vidéo quand on parle de 3D et de réalité augmentée. En fait, les mondes de la culture, de l’éducation, du médical misent énormément sur cette technologie pour améliorer leurs enseignements ou la manière dont ils peuvent toucher leurs différents publics. » Boris Baghdikian et Alexandre Duforest, co-fondateurs de la start-up Kraken Realtime, croient dur comme fer à l’énorme potentiel de la réalité augmentée et à son implication dans la vie de tous les jours. Une intuition qui les suit depuis leurs études.

 

Plus vrai que nature

Après un cursus à la Haute École Albert Jacquard de Namur, les deux amis empruntent des chemins différents avant de se retrouver à l’initiative de Boris Baghdikian, alors en poste en Angleterre. « Je me sentais un peu frustré et à l’étroit dans l’entreprise dans laquelle je travaillais. D’autant plus que j’estimais qu’on pouvait réaliser tellement plus de choses avec cette technologie. J’ai vite recontacté Alexandre, qui a un profil complémentaire au mien, et Kraken Realtime a ainsi vu le jour. » Le projet est rapidement soutenu par le centre Héraclès, l’Agence du Numérique et Sambrinvest, qui accorde un crédit d’impulsion. Devenus leurs propres patrons, les deux jeunes entrepreneurs entendent s’aventurer dans différents secteurs, tels que l’architecture et l’urbanisme, tout en privilégiant l’e-learning et la simulation interactive. « Grâce à la démocratisation des outils, on a pu développer toute une série de solutions qui permettent un meilleur apprentissage grâce à des mises en situation virtuelle », explique Alexandre Duforest. Ainsi, des apprentis pompiers peuvent, en toute sécurité, appréhender les réalités du terrain en empruntant le chemin du virtuel. « De nombreuses études prouvent que l’apprentissage en direct, qui mobilise toute une série de stimuli, permet une meilleure rétention de l’information et accroît l’efficacité de l’enseignement théorique. On permet à l’apprenant d’être véritablement l’acteur de son apprentissage et non plus le spectateur, comme dans la 3D classique ou via un tutoriel vidéo », complète Boris Baghdikian. Convaincus que les cours de demain feront de plus en plus appel à cette méthode, ils entendent bien y prendre part et accroître encore leur compétence en la matière, en proposant une approche plus complète et intuitive. « L’avantage de la réalité virtuelle, c’est qu’on peut y ajouter une surcouche d’informations qui sera utile pour l’apprenant. À la différence d’une simple vidéo qui explique comment fonctionne une machine complexe. Nous pouvons la dématérialiser, « L’avantage de la réalité virtuelle, c’est qu’on peut y ajouter une surcouche d’informations qui sera utile pour l’apprenant. À la différence d’une simple vidéo qui explique comment fonctionne une machine complexe. Nous pouvons la dématérialiser, voir au travers et attirer l’attention sur certains éléments. » voir au travers et attirer l’attention sur certains éléments. » Le tout via des actions menées physiquement (avec une reconnaissance des mouvements) et directement par l’utilisateur. « Il est évident que l’aspect ludique et participatif permet une meilleure implication, une plus grande interaction. Et donc un meilleur apprentissage. En outre, nous pouvons enregistrer et comprendre le comportement de l’usager, indiquer différents points d’accroche qui peuvent être révélateurs d’une mauvaise compréhension ou d’un manque dans un cours théorique. » Une démarche qui séduit et qui place Kraken Realtime en pointe dans le domaine de l’e-learning participatif.

 

 
Du virtuel presque tactile

Dans la même logique, Kraken Realtime a fait forte impression lors des WorldSkills, le dernier salon des métiers qui se tenait en août à Sao Paulo. Sur une table, une carte traditionnelle de la ville de Charleroi, alors en lice pour accueillir la compétition en 2019. Armé d’une tablette, il suffit ensuite à l’utilisateur de la diriger vers le plan pour voir apparaitre la cité telle qu’elle pourrait être si elle venait à être nommée ville organisatrice. « On a laissé les curieux faire ce qu’ils voulaient et ça a très bien marché ! » Munis de l’appareil, la ville se dresse en trois dimensions sous nos yeux et réagit fidèlement à nos moindres mouvements. Si l’on souhaite zoomer, on s’approche. Si on veut tourner autour d’un bâtiment, on pivote autour de la carte et l’image reproduit fidèlement la modélisation créée, sans aucun temps de chargement. Bref, une vision du futur en temps réel !

Le monde de l’architecture, à l’évidence, ne peut que s’engouffrer dans une technologie aussi immersive. Ainsi, un futur client peut désormais se balader directement dans les plans de sa nouvelle maison, s’attarder sur un détail, mesurer pleinement l’espace disponible et envisager, éventuellement, des changements ou améliorations, en direct avec son architecte. À la manière d’un jeu vidéo, du type GTA ou Second Life, l’utilisateur peut presque « sentir » les lieux avant que la première pierre ne soit posée, imaginer une décoration détaillée et s’y égarer dans les plus infimes recoins. « C’est clairement l’avenir de la modélisation architecturale. On va beaucoup plus loin que ce qui se fait actuellement, via de simples images. Ici, on peut tout voir, tout bouger, tout envisager. On peut même mettre en avant un éventuel défaut de construction avant le début des travaux. De plus, la qualité des rendus ne fait que s’améliorer, ce qui accentue encore l’impression d’immersion. » Le futur à portée de main !

 

www.krakenrealtime.com 


 

C’EST QUOI, LA RÉALITÉ AUGMENTÉE ?

Souvent évoquée, parfois à tort et à travers, la réalité augmentée ajoute une couche virtuelle à la réalité visible. Terminologie un peu trompeuse cependant, puisque ce n’est pas la réalité qui est augmentée, mais précisément la perception que l’on s’en fait. La réalité augmentée peut donc être considérée comme une interface, un filtre informatif entre le monde brut et des données virtuelles qui viennent l’enrichir, la compléter, voire l’extrapoler. Elle s’intègre dans notre environnement grâce à des outils communs, comme les tablettes et Smartphones, même si, lorsqu’on évoque la réalité augmentée, on pense fatalement aux fameuses Google Glass, qui devraient bientôt débarquer sous une autre forme. Moins passepartout qu’une paire de lunettes, l’Oculus Rift nous entraîne lui dans une immersion presque totale. Ce casque aux allures futuristes offre une expérience sensorielle virtuelle incomparable à son utilisateur. Et si l’industrie du jeu vidéo se positionne en première ligne et développe déjà de nombreux projets, elle n’est pas la seule à s’y intéresser puisque différents secteurs comme la médecine, l’aéronautique ou le cinéma cherchent à exploiter toutes les potentialités permises par cette technologie. L’industrie du X est également sur le coup, tant les retombées financières s’annoncent importantes…


 

WORLDSKILLS

En août dernier, la Ville de Charleroi défendait, à Sao Paulo, aux cotes de Paris et de Kazan (Russie), sa candidature pour l’organisation de WorldSkills, la « coupe du monde des métiers manuels ». Pour les mêmes raisons que les Jeux olympiques d’hiver (2014) et la Coupe du monde de football (2018) – pour ne citer que ces deux exemples –, la candidature de Charleroi, tout comme celle de Paris, a été balayée par le compresseur russe. Toutefois, nos jeunes belges ont bien défendu nos couleurs lors de l’édition brésilienne de WorldSkills. 

 

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Géolocalisation, géomatique, cartographie, silos, GIP… ça ne vous parle qu’à moitié ? C’est pourtant le dada d’Olivier Dubois, CEO d’OSCARS.

Entrepreneur passionné, il a récemment transféré ses activités à Andenne, la ville qui l’a vu grandir. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter là !

 

Pas la peine d’essayer de le cacher, Olivier Dubois a des goûts de geek. Durant ses études en informatique, il s’intéresse de près au Système d’Information Géographique (SIG) – comprenez, la cartographie – et à la géomatique – en d’autres termes, de l’informatique liée à la géographie. Ses stages lui donnent l’occasion de se familiariser avec les bases de données du géant Oracle, et plus particulièrement avec une composante Oracle Spatial. Diplômé en l’an 2000, il est engagé dans la maison bruxelloise du même nom. Quelques années d’expérience plus tard, l’informaticien se rend compte de lacunes à combler dans le domaine. Entrepreneur dans l’âme avec un solide réseau de contacts, il décide de fonder sa propre boîte, visant à améliorer l’usage de la cartographie dans l’informatique moderne. Il lui donne le nom alambiqué d’Oracle Spatial Consulting and Resourcing Services… ou plutôt OSCARS.

 
Olivier Dubois, CEO d'OSCARS, au siège d'Oracle en Californie
 
OSCARS 1.0

En 2007, la société version 1.0 voit le jour au Luxembourg, avec des projets essentiellement basés en France. « Au départ, je donnais des formations sur des composants Oracle Spatial, je proposais du service. Je travaillais beaucoup avec des organismes français, tels que des grandes villes (Lille Métropole, Mairie de Bordeaux), des Conseils généraux (chef lieux de département) et ensuite sur un nouveau projet pour un aéroport. » Parmi ses clients, les aéroports de Paris lui valent le 2012 Oracle Spatial Excellence Award dans la catégorie Meilleur Partenariat. Il est invité à aller récupérer son prix à Washington. « Cette première concrétisation a validé toute l’image de la société. J’avais créé OSCARS pour être le meilleur dans mon domaine. J’avais atteint mon premier objectif. Mais comment faire pour évoluer et faire grandir la société ? »

Avec l’expérience des aéroports de Paris, l’idée lui est venue de créer un produit spécifique. « Pour faire simple, la plupart des applications existantes liées à la géolocalisation (c’est-à-dire au suivi d’objets) fournissent un écran sur lequel bougent des points. Ces applications stockent les informations pour n’analyser les données que le lendemain ou le surlendemain. Mais il n’y a pas de décision en temps réel en fonction de la position d’un objet. C’est ainsi que j’ai eu l’idée de créer le produit GIP (Geo Intelligent Platform) qui utilise la géolocalisation pour avertir et prendre des décisions en temps réel. »

 
Aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle

 

Un exemple plutôt qu’un long discours

Retour en arrière : hiver 2010 et son épisode hivernal très rigoureux accompagné de fortes chutes de neige. Coincé dans l’un des aéroports parisiens, Olivier Dubois ne se doutait pas alors que cet événement servirait de point de départ à sa réflexion. « Les conditions météorologiques ont eu un impact considérable. Bien que disposant d’infrastructures pour faire face à ce genre de situation, il y a eu un concours de circonstances qui a fait que l’aéroport tout entier a fonctionné en mode (trop) dégradé pendant un bon bout de temps. Les raisons principales résident dans le fait que les différents acteurs qui interviennent dans la gestion de la crise lorsqu’il y a un gros épisode neigeux comme celui-là n’échangent pas suffisamment d’informations entre eux. Alors oui, il y a eu des discussions, des réunions… mais des petites choses n’ont pas été envisagées. Par exemple, un avion vient d’atterrir. Il se trouve en bout de piste et ne peut pas en bouger car la place de parking qui lui était attribuée n’a pas été déneigée, par manque de communication. Ce genre de petits détails n’a pas été détecté par les responsables opérationnels des différents compartiments. Bref, un avion à lui tout seul a quasiment paralysé l’aéroport et ce, pour un certain temps, car sur cette même piste, d’autres avions continuaient d’atterrir, formant une longue file. »

Le fait est que les aéroports sont excessivement compartimentés, et ce, même au sein de leurs infrastructures. En d’autres mots, ceux qui s’occupent des bagages ne s’occupent que des bagages ; idem pour le catering, le ticketing, le refuelling, etc. Et il y a très peu de coordination en amont. La plateforme GIP a la prétention d’établir une collaboration entre tous ces compartiments (appelés silos dans le jargon), de « déssiloter » l’organisation.

« À cause des silos, il existe 36 applications vues par 36 personnes. Et ça devient très compliqué de prendre des décisions pendant des moments de pression quand ces gens ont quatre écrans à regarder, qu’ils doivent humainement corréler le fait que l’avion doit se rendre à tel parking, que le parking en question n’est pas déneigé et qu’ils n’arrivent pas à le voir de manière simple. Nous, notre produit consiste à montrer cela aux responsables, en levant des alertes, du type ‘’Attention, vous avez affecté un avion à une place de parking non déneigée’’, les prévenant avant qu’il ne soit trop tard. » Donc le produit GIP va agréger les informations et enrichir les canaux actuels de l’aéroport. Il va rajouter de l’information à toutes les applications existantes. Il ne va pas remplacer le système, mais l’enrichir. La méthode consiste à recouper plusieurs sources d’informations qui ne sont, en général, pas recoupées, pas utilisées ensemble. Plus qu’une action en temps réel, il s’agit bien de proactivité. Olivier Dubois insiste : « Recouper des informations, beaucoup de sociétés savent le faire. Mais notre plus-value à nous, c’est de le faire en sachant, en plus, où les choses se déroulent au moment même et comment elles doivent se passer d’après leur position ».

 

Un petit café en attendant ?

Concrètement, à quoi ça sert ? L’espace géographique autour des aéroports n’est pas extensible à l’infini. Le seul moyen pour qu’une infrastructure gagne plus d’argent, c’est d’augmenter le nombre de passagers, donc le nombre de vols et, par conséquent, le nombre de rotations des avions (de l’atterrissage de l’appareil charge, son déchargement, son rechargement, jusqu’au décollage suivant). En bref, il s’agit d’améliorer les processus. La plateforme GIP aide l’établissement à mieux se gérer, à s’optimiser, à pouvoir prendre des décisions en simultané, notamment grâce à une meilleure communication entre les silos.

La passenger experience est également un facteur décisif sur lequel peut intervenir GIP. « Chaque aéroport a deux ou trois concurrents dans les 150 km à la ronde. Pour se différencier les uns des autres, les patrons doivent s’orienter vers des améliorations des services afin de fidéliser leurs clients. Il faut que les vols soient à l’heure, que l’organisation interne soit efficace, qu’on s’y sente bien, que les gens soient guidés correctement dans les parkings, qu’on ne passe pas des heures dans les files. GIP est capable d’intégrer des informations en temps réel pour, par exemple, envoyer des notifications sur les files d’attente en proposant un petit plus, afin d’augmenter la qualité du service. » Et Olivier Dubois de poursuivre avec un trait d’humour : « ‘’Votre avion aura 30 minutes de retard. Notre ami Georges Clooney vous invite personnellement à venir goûter son nouveau café à prix réduit… et vous avez le temps de le faire.’’ Il faut que les passagers sachent qu’il y a, à l’intérieur de l’aéroport, des gens soucieux de leur confort et qui aimeraient peut-être exploiter l’information d’un retard sur un vol en proposant une occupation ou un service. Le tout est de réunir ces acteurs soucieux du bien-être du passager. » Exploiter l’information qu’on a reçue de l’un pour permettre à l’autre de placer son message marketing, voilà un exemple amusant de déssilotage, une manière de lever la barrière entre deux personnes qui travaillent dans le même aéroport mais qui ne se parlent pas ou trop peu. La finalité de GIP est d’orchestrer cette manoeuvre très complexe dans le temps, pour arriver à devenir un smart airport où tout le monde est content, où les vols sont à l’heure et dans lequel on a envie de revenir.

On pourrait imaginer repousser encore les limites de la technologie. Par exemple, allumer les pistes non plus en permanence, mais au moment du passage d’un avion, dans le but de le guider et de réduire la complexité et le danger inhérent. « Si on sait où l’avion se trouve, à quelle place de parking il doit se rendre, on peut allumer le chemin à parcourir au fur et à mesure de son avancement. Techniquement, nous pouvons arriver à gérer un tronçon après l’autre. Une sorte de GPS au sol, si l’on veut. »

 
© design by Agence Expansion
 
OSCARS 2.0

Olivier Dubois fourmille d’idées. Mais sans les finances, son produit innovant n’existe pas. L’entrepreneur a besoin d’investisseurs, publics et privés, et, surtout, de conseils. Il commence par s’adresser à Erik Maes, fondateur avec son épouse de la société andennaise Père Olive. « Je lui ai présenté mon idée, je lui ai expliqué que ma société avait déjà atteint certains objectifs, mais que je cherchais des conseils et cela a abouti à un investissement de sa part. Pour quand même valider mon dossier, j’ai tenu à passer par Namur Invest. Ce dossier a été accepté, avec l’aide du WSL pour l’accompagnement de start-up, ainsi que celle de la Région wallonne et de l’AWEX pour mener à bien l’évolution de la société. »

Fin 2013, le dossier est accepté par l’incubateur ESA BIC à Redu, moyennant le fait que la plateforme soit développée en Belgique. « Dans un premier temps, on m’a demandé de m’installer à Redu. Je leur ai dit clairement : si je reviens du Luxembourg, ce n’est plus pour faire des kilomètres, je m’installe près de chez moi ! » Pour des raisons personnelles, après toutes ces heures perdues en voiture, ce père de deux petits garçons a décidé de se poser près de chez lui, histoire de retrouver un équilibre avec sa vie de famille. « La Cité des Oursons, finalement, c’est assez central en région wallonne : entre les aéroports de Liège, de Charleroi et de Bruxelles, proche de tous les clients de la Région wallonne et des autres organismes locaux et, également, près de la capitale wallonne. On m’a déjà posé la question : pourquoi pas à côté de l’aéroport de Liège ? Mais on peut très bien proposer au bourgmestre d’Andenne d’installer un aéroport près de sa ville (rires) ! Mes sept collaborateurs et moi-même l’avons d’ailleurs rencontré récemment. À titre de démonstration, nous avons construit un aéroport virtuel à la sortie d’autoroute d’Andenne. Nous sommes une start-up pleine d’idées et d’humour, on a bien le droit de s’amuser un peu ! »

Olivier Dubois (2e à gauche) et quelques membres de son équipe

 

Depuis 2010, le jeune CEO part régulièrement aux États- Unis pour faire la promotion d’OSCARS. Mais de plus en plus, cela se transforme en partenariat avec Oracle pour qu’il prenne connaissance des nouvelles fonctionnalités de la maison mère afin de les intégrer dans le produit GIP. Depuis deux ans, lors de ses déplacements à Washington, San Francisco et Nashua, Olivier propose des évolutions intéressantes. Le but consiste à augmenter le réseautage afin qu’Oracle lui accorde sa confiance et puisse à son tour promouvoir cette innovation technologique. Grâce à ses nombreux partenaires internationaux, l’exportation de GIP est en bonne voie. Les premiers pays privilégiés par la solution sont la Belgique et la France. D’autres pays sont eux aussi visés : les Pays-Bas (Schiphol), l’Allemagne (Munich Airport), le Royaume- Uni (Birmingham Airport), ainsi que l’Irlande et le Danemark. Pour OSCARS 2.0, la nouvelle branche de développement de la société, il fallait un business plan dédié à un marché spécifique. L’Andennais a sagement pris le parti de cibler son activité sur la gestion du champ aéronautique. « On y travaille pour l’instant, mais les principes de la plateforme (à savoir l’exploitation des données, le recoupage avec la position de ces données) peuvent tout aussi bien s’appliquer à d’autres domaines, que ce soit la logistique, les voies navigables, les chemins de fer, etc. Il n’existe aucune limite. En outre, nous continuons le service chez nos différents clients actuels en gardant notre expertise que nous pouvons également appliquer pour les aéroports. Cette branche de la société permet de continuer d’investir dans le produit, tout en augmentant la réputation d’OSCARS dans les différents domaines (urbanisme / cadastre, gestion d’impétrants, transports, etc.). »

Les choses vont bon train. La reconversion de la société s’est déroulée sans encombre pour atteindre, en quelques mois, un effectif de huit personnes. L’intérêt du marché est bien là pour la solution GIP. Il est fort probable que de nouveaux recrutements suivront. Depuis le début de l’aventure, Olivier Dubois parvient à tisser des liens solides avec des partenaires de premier choix. Il marque les esprits, notamment en offrant à ses clients des bandes dessinées 100 % belge – l’une de ses passions – et en envoyant des cartes de voeux réalisées par ces mêmes dessinateurs, une « belgattitude » qu’il revendique haut et fort à l’étranger. « L’esprit d’entrepreneuriat en Wallonie évolue clairement dans le bon sens. C’est aussi une des raisons pour lesquelles cela me tenait à coeur de revenir sur mes terres. Notre réputation et notre sérieux sont reconnus parce qu’on a l’habitude de travailler dans plusieurs langues, on sait écouter et retranscrire les besoins du client, on est pragmatique et précis, tout en alliant un aspect humain dans le travail et on ne se prend pas toujours au sérieux. » Un large sourire aux lèvres, Olivier Dubois conclut : « Nul doute, l’évolution d’aujourd’hui correspond mieux à mes critères personnels pour la société. Et le fait d’avoir installé mes bureaux à Andenne, c’est juste le bonheur ! » Un entrepreneur heureux en vaut deux, non ?

 

www.oscars-sa.eu

 


 

SUR LES TRACES DE PÈRE OLIVE

Erik Maes et son épouse Christine ont fondé la société andennaise Père Olive il y a plus de 25 ans. Un jour, un jeune homme du même village, Strud dans la commune de Gesves, sonne à leur porte. Il vient – naïvement – demander conseil à ces entrepreneurs aguerris dont il a lui-même pu constater l’évolution. « Touchés par sa franchise innocente, nous décidons de l’écouter et de lui donner sa chance. Il avait besoin de conseils, nous avons partagé avec lui notre expérience. Mais c’est un fait, sans les fonds, on ne peut pas avancer. Alors, nous avons investi. Nous ne l’avons pas fait pour rendre service, mais bien parce nous croyions en son projet, en lui. Olivier est un entrepreneur avec un réel projet, beaucoup d’idées et du potentiel. Il sait déléguer, s’entourer des bonnes personnes, être à l’écoute des critiques. Et le fait qu’il ait choisi d’installer sa société à Andenne est une sage décision, à la fois pour sa vie de famille et le développement de notre ville. » À la bonne heure !

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Monsieur Emile-Louis Bertrand, Directeur général du Port autonome de Liège, 1er port intérieur belge et 3ème port intérieur européen, s'est vu remettre, le 23 avril dernier, le « Prix Notger » par l’Association Allemagne-Belgique de Liège.

 

 

Crée en 2002, le « Prix Notger» est traditionnellement décerné à une personnalité, une société ou une institution ayant contribué aux bonnes relations et à l’amélioration des échanges commerciaux entre la Belgique et l’Allemagne.

En terme de tonnages en provenance ou à destination de l’Allemagne, le trafic fluvial de marchandises transitant par Liège s’est élevé à plus d’1 million de tonnes en 2014. Ces trafics fluviaux sont majoritairement constitués de houilles (Terval) et de marchandises diverses telles les biocarburants (Biowanze), les produits métalliques (AUSA, Renory, Segal, Somef), le bois (Euroports) et les produits minéraux (Euroquartz, Knauf, Mategro, SPE, Construbat, Victor Meyer).

Dans la stratégie développée par le Port autonome de Liège de se positionner en tant que port situé dans l’hinterland naturel des ports de la Mer du Nord, le Port autonome de Liège souhaite cibler davantage le marché allemand situé à proximité de la région liégeoise.

La construction actuelle de la 4ème écluse de Lanaye permettra d’augmenter considérablement le trafic fluvial depuis l’Allemagne (via les Pays-Bas) vers la Belgique et vice-versa. Ces travaux consistent à ajouter aux trois écluses actuelles, qui peuvent accueillir au maximum des bateaux d’un gabarit de 2.000 tonnes, une 4ème écluse longue de 225 m et large de 25 m qui permettra le passage de bateaux d’un gabarit de 9.000 tonnes.

C’est au coeur de la Thudinie que bouillonnent les alambics de la dernière distillerie de fruits frais en Belgique. Des recettes jalousement gardées, un savoir-faire généreusement transmis, et surtout beaucoup de fruits.

« Tu veux une petite goutte ? » Il fut un temps pas très éloigné où chaque foyer belge avait quelques bouteilles de liqueur que l’on sortait à la moindre occasion. Les distilleries locales vivotaient en servant une clientèle de proximité avec des installations approximatives. Le vent de la modernité a soufflé, le temps des réglementations est venu et on a laissé la liqueur dans le buffet de grand-mère. Faute de clients et d’investissements, les distilleries ont arrêté leurs activités l’une après l’autre. Sauf une, la distillerie de Biercée. Fondée en 1946 par Jules Cleempoel, pharmacien de son état, elle s’est implantée au coeur de la Thudinie. Dans ses premières années, la distillerie a exploité les deux fruits les plus abondants dans la région, la pomme et la cerise, en produisant un calva et une liqueur de cerises fort appréciés. Avec l’arrachage progressif des vergers, elle a compris la nécessité d’une diversification, sans jamais déroger à sa règle d’or : des fruits frais uniquement. En 96, d’importants investissements lui ont permis de renouveler complètement l’outil, désormais prêt à entrer dans le XXIe siècle. Aujourd’hui, dans un marché des spiritueux assez stable, la Distillerie de Biercée affiche une insolente croissance à deux chiffres, grâce à son produit phare, L’Eau de Villée, et à plus d’une vingtaine d’autres produits parfois très étonnants comme cette Eau de vie de Cèleri vert ou encore Noir d’Ivoire, une liqueur à base de cacao. À Biercée, on ne se contente pas de ses propres produits, on distille aussi pour des tiers, des grandes marques comme des petits producteurs et on envoie des distillats jusqu’au Japon.

Un outil exceptionnel pour des produits authentiques

Conscients de leur spécificité, les distillateurs ont décidé d’ouvrir leur savoir-faire à la curiosité du public. Bien leur en a pris puisqu’ils comptent aujourd’hui 30 000 visiteurs par an.

Installée depuis 2004 entre les murs d’une ferme du XVIIe siècle, ancienne dépendance de l’abbaye de Lobbes, la distillerie dispose d’un magnifique écrin en pierre bleue du pays. Dans la « Grange des Belges » sont disposées des longues tables en bois où l’on sert des repas et bien entendu des boissons. Les murs sont couverts d’une impressionnante collection de plaques émaillées vantant les qualités de boissons alcoolisées aujourd’hui disparues telle la Krak pils, l’original Imperial Stout ou la Speciale Baf. « C’est un peu le coeur public de la distillerie. On y sert à manger et on fête les événements saisonniers avec quelques-uns de nos nombreux amis Facebook », glisse Marc Tillon, administrateur délégué. L’arrivée, il y a un an et demi, de cet ancien cadre de Rémy Martin, chargé des régions Asie-Pacifique, a donné un coup de pouce à une marque et des produits dotés d’un potentiel énorme. « Nous disposons ici d’un outil exceptionnel où l’on travaille un produit authentique, mais dont la notoriété se limite aux connaisseurs et aux circuits gastronomiques. » Lancée dans les années 80, l’Eau de Villée, liqueur à base de citron, a connu un succès très rapide. En 5 ans, tout Charleroi ne parlait que de ça. Dégustée givrée, tout droit sortie du congélateur, elle exhale son cocktail d’arômes frais.

Le développement de la distillerie se joue sur le terrain de la diversification avec la création de nouveaux produits, des eaux de vie, mais aussi une bière à base d’Eau de Villée, brassée par la Brasserie de Silly.


Dans les années ’90, la liqueur a explosé, adoptée par des chefs au nez fin pour relever les plats ou le sorbet au citron. Mais Marc Tillon ne pouvait s’en satisfaire, convaincu qu’avec un tel produit, il pouvait séduire un public plus large. Ainsi, il demande à de jeunes barmans en vue de concocter un cocktail inédit. En 2011, il invite également le jeune artiste gantois Manor Grunewald, finaliste du prix de la jeune peinture belge, à visiter la distillerie. Emballé, celui-ci a réalisé une eau forte pour couvrir la bouteille de la subtile liqueur au citron. « À l’avenir, nous voulons continuer à personnaliser nos bouteilles en donnant carte blanche à de jeunes artistes. » Le développement de la distillerie se joue sur le terrain de la diversification avec la création de nouveaux produits, des eaux de vie, mais aussi une bière à base d’Eau de Villée, brassée par la Brasserie de Silly. Parfois aussi, il faut pouvoir saisir une occasion lorsqu’elle se présente. L’année passée, ils se voient proposer quelques tonnes de prunelles sauvages cueillies en Thiérache juste après les premières gelées. Sans hésiter, ils font chauffer les alambics pour produire une eau de vie de prunelle en édition limitée. Une expérience appréciée du public et certainement appelée à se renouveler.

Rien que des fruits

Lorsqu’il était enfant, Christophe Mulatin a souvent accompagné ses parents à la Distillerie de Biercée pour y acheter le précieux breuvage. Par un de ces détours dont le destin a le secret, il s’est retrouvé quelques décennies plus tard, après des études d’agronomie et de pharmacie, à travailler avec le maître distillateur, Georges Pire, celui-là même à qui l’on doit la recette de l’eau de Villée. Aujourd’hui, 4e maître distillateur, c’est lui qui couve de son regard attentif et de ses gestes amoureux tout le processus de distillation. En franchissant les portes de l’ancienne grange, on aperçoit les grandes cuves en inox où, en février, on déverse les 250 à 300 tonnes de citrons frais non traités arrivés en droite ligne de Murcie. « Ils sont coupés le jour même, parce qu’ici il n’y a pas de frigo. On les met alors en cuve pour trois semaines pour en extraire l’alcool. » À chaque saison ses fruits ! Deux distillations ne se chevauchent jamais. Après les citrons, c’est au tour des cerises en juin, des framboises en juillet, des poires William fin août et des prunes, mirabelles et pommes en septembre- octobre. Après trois à quatre semaines de macération et de fermentation pour les fruits sucrés, ce qui s’apparente à une purée de fruits est transféré dans les alambics en cuivre de 1 000 kg pour la distillation. Chauffés au bain-marie, les fruits exhalent leur vapeur d’alcool qui passe alors dans une colonne de rectification jusqu’à atteindre les 70°. Il ne leur reste plus qu’à sagement vieillir dans leurs cuves en inox. Le calva et la vieille poire vieilliront, pour leur part, dans des fûts en chêne pendant deux ans.

La dernière phase est celle de l’assemblage et de la coloration des liqueurs, toujours avec des produits exclusivement naturels. Un peu à l’écart, derrière une épaisse grille fermée d’un gros cadenas, on aperçoit sous la voûte de vieilles pierres l’alignement des fûts en chêne. Dès que l’on s’en approche, de discrets effluves d’alcool viennent chatouiller le nez. C’est la part des anges, comme on a baptisé dans le métier les 3% d’évaporation lors d’une mise en tonneau. Ils en ont de la chance, les anges !

À découvrir aussi

La distillerie occupe aujourd’hui une des quatre anciennes et imposantes fermes de Ragnies. Ce paisible hameau de 450 âmes compte parmi les plus beaux villages de Wallonie. Une distinction amplement méritée par son cadre champêtre et par l’harmonie qui se dégage de ses habitations d’un autre siècle parfaitement restaurées. À noter que son église romane classée contient des stalles baroques provenant de l’Abbaye d’Oignies. Riche en patrimoine, la Thudinie a bien d’autres centres d’intérêts à offrir. À commencer par son centre naturel, la ville de Thuin, rassemblée autour de son beffroi du XVIIe siècle. Du haut de ses 60 mètres, on peut profiter d’une vue splendide sur les deux vallées de la Sambre et de la Biesmelle. Tout récemment restaurés, les jardins suspendus qui occupent le coteau en amont de la Biesmelle ont retrouvé leur charme d’antan. Dans ce magnifique ensemble de jardins en terrasses, orné entre autres de vignes et encadré de ruelles médiévales, le temps semble suspendu. En empruntant le tramway historique, on peut rejoindre Lobbes et sa collégiale de Saint-Ursmer. Tour à tour église funéraire pour les moines de l’abbaye, église paroissiale et enfin collégiale, elle est la doyenne des églises du royaume.

Juchée sur une colline, se profile une imposante silhouette ponctuée de 7 tours, le château du Fosteau. Ce château classé des XIVe et XVe abrite, avec la prestigieuse salle des Chevaliers, une des plus belles salles gothiques de Belgique. Ses jardins français, dessinés en terrasses successives jusqu’à un étang, achèvent de lui conférer un discret charme romantique. Les amateurs d’antiquités trouveront dans les salons du château un large choix de mobilier régional belge et français des XVIIIe et XIXe siècles en exposition- vente.

 

Renseignements

Distillerie de Biercée
Ferme de la Cour
Rue de la Roquette 36
B-6532 Ragnies (Thuin)
Tél. : +32 (0)71 59 11 06
[email protected]
www.distilleriedebiercee.be

 

L’Eau de Villée

Lancée dans les années 80 sous l’initiative du Maître Distillateur Georges Pire, l’Eau de Villée a connu un succès fulgurant. Cette liqueur doit son nom au petit ruisseau qui coule derrière la Distillerie de Biercée.

Véritable cascade de fraîcheur pour le palais, l’Eau de Villée est le résultat de l’assemblage de différents distillats de citrons jaunes de Murcie et de quatre autres eaux-de-vie de fruits frais macérés et fermentés.

Jusqu’ici secrète (et cela ne risque pas de changer de sitôt), la recette est bien gardée par les Maîtres Distillateurs. La meilleure façon de la consommer pure est givrée, sortie tout droit du congélateur car c’est à -20°C que la richesse aromatique de l’Eau de Villée prend toute son ampleur. Mêlant naturellement les saveurs sucrées et salées, elle peut également rehausser les plats et desserts.

Le Coco Villée

Créé par Olivier Jacobs, jeune barman gantois surdoué, ce cocktail pur et élégant est celui qui exprime le mieux le caractère vif de l’Eau de Villée avec ses ingrédients et ses épices asiatiques.

— 4,50 cl d’Eau de Villée
— 2,00 cl de lait de coco
— 1,50 cl de sirop d’ananas
— 1,00 cl de jus de kaffir
— 1 dose de «Chocolate mole bitters» (The Bitters Truth)
— 1 feuille de kaffir

Mettre tous les ingrédients dans un shaker avec beaucoup de glace (privilégier les gros cubes de glace).
Secouer énergiquement et servir dans un verre évasé - préalablement refroidi au congélateur - au travers d’une passoire. Garnir avec des zestes de citron jaune.

Black Villée

— 4,00 cl d’Eau de Villée
— Citron vert
— Menthe fraîche
— Coca-Cola

Dans un verre à fond épais, presser menthe, citron vert et Eau de Villée.

Remplir le verre de glace et ajouter le Coca-Cola, terminer par une feuille de menthe en décoration. Vous pouvez aussi remplacer le Coca-Cola par du jus de cranberry pour obtenir le cocktail « Red Villée ».

Il y a chocolat et… chocolat ! Loin des grandes industries et de leurs techniques formatées, il existe en Wallonie quelques puristes, artisans de la fève et maîtres du goût, tels Benoît Nihant et Francine Beaufort.

Le Belge a toujours été considéré comme un des plus gros mangeurs de chocolat au monde. Il n’y a guère que les Suisses et les Norvégiens pour nous battre. On considère qu’un Belge sur cinq mange du chocolat chaque jour et que plus de 40 % affirment que c’est bon pour le moral.

À l’origine, ce mets était consommé comme médicament par les Mayas et les Aztèques et était pris comme monnaie d’échange ou même symbole religieux. Il y a un peu plus de 150 ans, le chocolat était utilisé comme boisson. La mode des bâtons et autres tablettes est donc relativement récente.

WAW a rencontré deux passionnés du cacaoyer et de ses dérivés.

La réussite de Benoît Nihant, qui a su trouver sa place dans le peloton de tête des artisans mondiaux, est remarquable aux points de vue économique… et artisanal ! Le parcours atypique de Francine Beaufort, « la Femme Chocolat », la place également dans ce sillage.

 

Bean to bar

Ce qui, au départ, était une passion est devenu pour Benoît Nihant une réalité en 2005. Cela fait maintenant 7 ans que Benoît affirme ses spécificités, sa personnalité et est devenu une des quinze personnes au monde (!) parmi les plus proches de l’artisanat, de cette façon unique de travailler. Au départ, Benoît était ingénieur et avait, devant lui, une belle carrière. Son épouse, Anne, travaillait « dans la finance ». Un jour, ils ont décidé de quitter ces horizons pour se lancer dans la grande aventure chocolatée.

En 2005, les Nihant ouvraient leur premier magasin à Embourg, guidés par leur passion et leur enthousiasme. Peu après, c’est à Maastricht, au coeur de la vieille ville, qu’ils inauguraient une deuxième enseigne. En 2010, ils s’installent dans le Passage Lemonnier à Liège. Un endroit de choix dans un lieu en pleine mutation. À Bruxelles, ils sont les invités privilégiés des très courus établissements Rob qui sélectionnent l’élite des produits à proposer à sa clientèle.

Benoît Nihant travaille avec un chocolat de couverture haut de gamme et pratiquement unique. Il sillonne le monde en quête des meilleures fèves en privilégiant les petits producteurs aux Caraïbes, en Papouasie, en Nouvelle-Guinée, en Équateur, à Bali ou au Venezuela, entre autres. L’exigence de l’artisan est grande, garantissant une démarche avec des produits 100 % naturels. Il travaille le chocolat à partir des fèves de cacao, recherche la perfection et la rareté, en totale indépendance du chocolat produit par les multinationales.

Grâce à ses connaissances acquises au cours de ses études d’ingénieur et de sérieuses notions de mécanique et de physique adaptées à des petites quantités, il a mis au point un matériel unique, tout à fait innovant. Dans son nouvel atelier établi à Trooz, après avoir sélectionné les meilleurs et les plus rares lots de fèves, Benoît, grâce à un appareillage unique - dont il est légitimement fier et jaloux - torréfie en douceur, broie avec méthode, décortique patiemment, concasse et conche. Toutes des opérations dont la méticulosité et le respect parfait des techniques conduisent à ce résultat à nul autre pareil.

Il sillonne le monde en quête des meilleures fèves en privilégiant les petits producteurs aux Caraïbes, en Papouasie, en Nouvelle-Guinée, en Équateur, à Bali ou au Venezuela, entre autres. L’exigence de l’artisan est grande, garantissant une démarche avec des produits 100 % naturels.

Sa nouvelle collection « Bean to Bar » (de la fève à la tablette) s’appuie sur des fèves certifiées bio de Bali et de Madagascar, sans lécithine, ni vanille. Chaque origine se décline en trois versions mettant parfaitement en valeur élégance, complexité, intensité et raffinement.

La gamme Nihant se compose également de coffrets rassemblant les goûts les plus insolites des saveurs naturelles dans la gamme Haute Couture des pralines. Les tablettes sont proposées sous onze compositions de saveurs uniques invitant au voyage. Les délicubes sont des spécialités fruitées colorées et amusantes. En outre, il existe aussi les Célestes (petits chocolats aux explosions de saveurs), les truffes intenses et légères ainsi que les onctueux caramels salés.

 

Renseignements

Atelier
Rue de la Métal
B-4870 Trooz
Tél. : +32 (0)4 365 72 57
[email protected]
www.benoitnihant.be

Boutiques
Liège : Passage Lemonnier, 30 - B-4000
Maastricht : Havenstraat, 8 - NL-6211
Bruxelles : ROB, Bld de la Woluwe, 28 - B-1150
Embourg : Voie de l’Ardennes, 45 - B-4053

 

Bio Express

2005 → ouverture de l’atelier et du magasin à Embourg
2009 → installation d’un point de vente à Maastricht
2010 → magasin à Liège
2011 → installation de l’atelier à Trooz
2012 → proclamé manager liégeois de l’année 2011

 

La Femme Chocolat

Quand on aime les gens, on leur fait la cuisine. Quand on veut briser la glace, on leur fait du chocolat. Francine Beaufort, c’est le goût pour les autres.

Quand on fait des études d’infirmière (métier exigeant s’il en est) et qu’après dix ans de soins à domicile en tant qu’indépendante, on décide d’ouvrir successivement deux maisons de repos avec une centaine de pensionnaires et une équipe d’une trentaine de personnes, on peut se demander pourquoi Francine Beaufort a décidé de relancer sa carrière dans la pâtisserie. Ce fut sûrement le besoin d’une vie familiale plus calme et surtout d’avoir plus de disponibilités. Les trois filles de la famille ont vite accaparé Francine. Elle a toujours gardé, dans sa vie de tous les jours, un sens profond de l’organisation et, quelque part dans son coeur, l’impérieux besoin d’aider et d’avoir un perpétuel contact humain.

Déjà, à ce moment, Francine était passionnée pour la cuisine. Non seulement pour les repas de tous les jours, mais bien plus, aussi par le besoin de créer, de se lancer dans des préparations nouvelles, de découvrir le sens profond des produits, d’oser des alliances nouvelles, de se rendre compte du bonheur que l’on peut donner aux autres en créant des plats inédits. Et, même si à certains moments, la réussite n’était pas au rendezvous, cela permettait de repartir dans des nouvelles recherches. L’expérience n’est-elle pas souvent une accumulation d’échecs et d’incertitudes que l’on a su dompter ? Son beau-fils étant pâtissier, Francine eut, un jour, le déclic de se dire qu’elle ressentait le besoin de l’aider, de découvrir ses secrets de fabrication. Elle eut rapidement la sensation qu’elle n’en savait pas assez, qu’elle devait se perfectionner, mieux connaître tous les arcanes du métier. Les cours donnés chez Epicuris (réputé centre de compétence des métiers de bouche) à Villers-le-Bouillet lui allaient comme un gant. Ce fut Dominique Docquier et Salvatrice Piazza qui guidèrent ses premiers pas dans la découverte du chocolat et de la glace. Elle apprit, auprès de ses mentors, le goût du travail bien fait, l’honnêteté et le respect constant des produits ainsi que du matériel. Ce n’est pas toujours évident quand on a atteint la bonne quarantaine d’ainsi se lancer dans une aventure nouvelle.

En 2007, un peu par hasard et beaucoup par chance, elle découvre un bâtiment vide et inoccupé qui avait successivement servi comme magasin de fleurs et salle de remise en forme à Ayeneux (Soumagne, près de Liège), pas loin de Wégimont. Elle en fait donc l’acquisition. Ce qui servait de vestiaire et de garage devient l’atelier. La véranda et la terrasse se muent en salons de dégustation (avec un espace pour les fêtes de famille). On crée une plaine de jeux. L’espace tea-room est rapidement rénové pour plus d’accueil et de convivialité. L’enthousiasme est bien là et les idées foisonnent.

Patience

Dans les ateliers de Francine qui, au fil des années et des investissements, s’agrandissent et s’enrichissent de nouvelles machines aux performances de haut rendement, on perçoit immédiatement deux préoccupations majeures : l’ordre et la propreté, un modèle du genre. Deux turbines à glace, un cuiseur, deux chambres froides (une positive et une négative) et un surgélateur « choc » (pour amener très rapidement à bonne température) sont complétés par un local de plonge, un espace de préparation (pour gaufres et crêpes) dans le « module glace ». Quant à l’atelier-chocolat, il se compose de trois « tempéreuses » automatiques ainsi que d’un matériel hypersophistiqué servant à l’impression sur les chocolats et gâteaux. Tous ces appareils sont parfaitement entretenus et maintenus en bonne condition pour servir facilement et rapidement. La passion est toujours à l’ordre du jour. Mais aussi la patience. Francine précise. « Le chocolat me l’a apprise. Le chocolat, c’est la technique avec des étapes très importantes à respecter impérativement pour éviter les cruelles déconvenues du débutant ». Elle ajoute, en évoquant les préparations glacées « qu’il faut que les arômes restent un certain temps dans le mix pour diffuser pleinement et complètement leurs saveurs. Un certain temps, c’est un période comprise entre quatre et vingt-quatre heures. Plus long sera le temps, plus le produit final sera au sommet de son goût ». Intarissable, elle enchérit en parlant de la passion de son métier. « Dès le moment où l’on se rend compte que lorsque l’on connaît l’équilibre des glaces, on peut alors devenir créatif. C’est seulement alors que la passion arrive ! ».

Mais Francine, en toute modestie, s’aperçoit vite que son bagage technique manque encore de professionnalisme, qu’elle a besoin de savoir plus et mieux. Elle va donc chez Valhrona, à Tain l’Hermitage, suivre une formation spécifique auprès d’un « meilleur ouvrier de France », Alain Chartier, qui lui permettra de mieux connaître les arcanes du cacao, du chocolat et de leurs mises en oeuvre. Cette année, elle va suivre une nouvelle session de formation bien nécessaire et bien utile pour encore progresser dans son développement personnel, dans le respect technique des marchandises.

Douze douces crêpes

Les formations en matière de glaces sont également très spécifiques. Son professeur fut Gérard Taurin, champion du monde de glacerie. Il donne cours chez le célèbre Lenôtre, à Paris. Elle a aussi fréquenté l’atelier de Gérard Cabiron (chez Valhrona). Très récemment, à Bologne en Italie, elle a rencontré Alice Vignoli, une jeune passionnée qui transmet merveilleusement son savoir en matière de glaces et sorbets à l’alcool. Cette spécificité, très pointue, engendre un respect total du sucre, des alcools et surtout de leurs dosages. La moindre erreur, le plus petit débordement entrainent un échec irrémédiable. Les cartes proposées aux heureux clients de La Femme Chocolat changent au rythme des saisons et de l’humeur du chef. La petite restauration d’été fait la part belle aux salades, pâtes, gaufres, crêpes, croquemonsieur dans une chouette diversité de goûts et de saveurs : plus de douze sortes de crêpes sont à disposition. Les fruits frais garnissent les glaces dans des préparations originales. Celles à base de bananes remportent un beau succès. Hors carte, les sorbets (à la bière ou à l’alcool), la fameuse et inimitable crème aux framboises, la délicate mousse au chocolat et, bien sûr, les glaces au chocolat (grands crus d’origine) recueillent les bravos des petits et des grands qui n’hésitent pas à lâcher leurs cuillères pour applaudir !

 

Renseignements

La Femme Chocolat
Chaussée de Wégimont, 283
B-4630 Ayeneux (Soumagne)
Tél. :+32 (0)4 358 53 40
[email protected]
www.lafemmechocolat.com

 

Bio Express

Infirmière (soins à domicile)
Gérante de maisons de repos
2007 → ouverture du magasin à Ayeneux
2008-2011 → stages et formations professionnelles (glaces et chocolats) en Belgique, France et Italie
2009 → agrandissement et aménagement du magasin
2008-2012 → mise au point de créations personnelles, vente aux traiteurs

Un concept. Des tapas… gastronomiques. En trois ans, un hôtel, un restaurant à Liège et un autre à Maastricht, une récente boutique avec cours de cuisine et séminaire. Autant d’invitations au voyage.

Le lieu est en tous points le mariage des contraires. C’est d’abord cette associat ion entre Sebastian Cassart, la rigueur aux fourneaux, et Ramon Rodriguez, pour un service énergique et allègre. C’est aussi la fusion entre la modernité des décors, de type loft, et la douceur conférée par les couleurs chaudes des lieux. Enfin –last but not least– c’est une cuisine tout à fait à part. Des tapas revus et corrigés façon gastronomique, associant ainsi convivialité et plaisir du palais. Le Gault Millau ne s’est pas trompé en attribuant un 14/20 à l’établissement dès sa première année !

Hollandais de mère, espagnol de père et liégeois avant tout, Ramon Rodriguez s’était lancé dans la restauration en 1997 en ouvrant dans le même quartier l’Olé olé, un bar à tapas proche de ceux que l’on trouve dans toute l’Espagne. Mais onze ans et des milliers de tapas plus tard, le trentenaire a eu envie de se lancer un nouveau défi, de monter d’un cran. Sa route a croisé celle de Sebastian Cassart, qui s’était fait une belle carte de visite depuis sa sortie de l’école hôtelière de Libramont en 1997 et dont le CV ressemble à un guide de gastronomie : il a officié comme chef saucier chez Yves Matagne au Sea Grill à Bruxelles (2 étoiles), au Couvert-Couvert à Louvain, à l’Héliport à Liège (1 étoile), à l’Eau Vive à Namur (1 étoile) ou encore au One-0-One, un des meilleurs restaurant de poisson à Londres…

San Sebastian comme source d’inspiration

Il y avait le local, il y avait le chef cuistot, restait à conférer aux lieux son ambiance unique. C’est aux architectes d’intérieur liégeois Sabino Rodriguez – ami, et non parent, du Ramon éponyme - et Eva Wuidar que l’habillage du restaurant a été confié. Le couple a misé, comme Sebastian le fait en cuisine, sur la qualité des fournitures et leur mise en valeur. « Quand Ramon m’a parlé du concept, il voulait aller vite », se souvient Sabino Rodriguez. « Alors, je l’ai amené illico du côté de San Sebastian, une ville magnifique dans la communauté autonome basque. Après deux jours, nous sommes revenus abreuvés d’idées… ».

À l’El Pica Pica, le choix est donné entre trois formules selon l’appétit des convives et le temps dont on dispose.


L’espace est divisé en trois : l’entrée, la comedor (salle à manger), puis la cuisine dans le prolongement, visible au travers d’une large baie vitrée. Les murs en moellons, mis en valeur par un éclairage halogène sur toute la longueur de la salle, sont en trompe-l’oeil, comme l’équipe l’avait vu faire dans le Nord de l’Espagne.

Les tables ont été coupées dans du bois resté brut, et flanquées d’une longue banquette qui accueille une partie des invités. L’effet épuré, presque géométrique, de l’ensemble a été tamisé par le choix des couleurs : sable, rouge orangé, brun wengé. Toujours, le Pica Pica joue avec les opposés…

L’aménagement de ces quelques dizaines de mètres carrés compte également une originalité, clin d’oeil aux origines des patrons, puisque l’entrée abrite un long bar rempli de bouteilles aux noms chantants. Ici se côtoient le Dominio de Berzal, le Veraton de Alto Noncayo, le Campo de Borja… Tous ces cépages, des plus fleuris aux plus puissants, proviennent de vignobles ibériques. À Liège, dans les toutes prochaines semaines, il sera possible de se les procurer en quantité puisque Ramon et Sebastian doteront leur restaurant en Cité ardente d’une boutique, mélange de cave à vin et d’épicerie fine, où les clients pourront s’approvisionner et apprendre à cuisiner. Pour prolonger, jusqu’à leur demeure, le dépaysement…

Grands et petits appétits

À l’El Pica Pica, le choix est donné entre trois formules selon l’appétit des convives et le temps dont on dispose. Les habitants et visiteurs de Liège-la-chaleureuse ont l’habitude des repas d’affaires à midi mais pas toujours le temps d’y consacrer une bonne partie de la journée. Les plus pressés opteront donc uniquement pour le lunch en 3 services (28 € pour l’entrée, plat, dessert). Les moins pressés mais petits appétits choisiront quant à eux, le midi ou le soir en semaine, le « menu du marché » en 6 services (35 €) durant lesquels la noix de Saint- Jacques – servie très fine, en tartare - côtoie le taboulé, les cacahuètes et le choux rouge. On y voit également le topinambour ressurgir, associé au porc et au foie gras disposé en poudre, tel une épice. Le goût du sandre est quant à lui rehaussé d’un jus de cresson très frais. L’ensemble ferait presque oublier la douceur du velouté du butternut, courge plus suave encore que le potiron et servie en deuxième service, agrémentée de cappuccino de lait et de noix…

Cela fait beaucoup mais on ne quitte pas la table lesté de quelques kilos supplémentaires. Et pour cause. Si les assiettes s’enchaînent, elles ne sont pas extrêmement copieuses. Ce n’est pas pour rien que l’enseigne du Pica Pica annonce « Tapas y mas »… Tapas et plus, ou plutôt plus que des tapas ! Tenter de faire l’impasse sur les deux petits desserts serait vain. Tout comme il est impossible de se priver des petites sucreries qui accompagnent le café. Quitter l’établissement sans avoir savouré le gâteau au chocolat au lait, dont la saveur crémeuse tapisse le palais, serait une gabegie !

Le gourmand n’hésitera donc pas une seconde à opter pour le menu « Signature » (49 €) de neuf tapas en 7 services. C’est d’ailleurs le seul proposé aux convives les vendredis et samedis… Aux plats précités sont ajoutés du homard agrémenté de moules et cuisiné au safran, des petits-gris au tapioca et à l’ail, ou encore du pigeonneau accompagné de chicon à l’orange et de radis noir. C’est aussi une particularité de la cuisine inventive de l’endroit : ici, on redonne ses lettres de noblesse à des légumes presqu’oubliés. Sur la carte, se côtoient – au grand plaisir de nos papilles qui ne s’en sont pourtant pas toujours délecté - le céleri rave, le topinambour, le chou rouge, le radis noir ou le carde…

Tels sont les secrets de réussite de l’El Pica Pica, unique restaurant gastronomique espagnol de l’Eurégio, dans lequel Ramon Rodriguez et Sebastian Cassart s’investissent presque jour et nuit depuis maintenant deux ans. Le duo s’est enrichi récemment d’un troisième homme, Laurent Demeyer, féru de rhum et de vins, qui veille plus particulièrement au pôle liégeois depuis l’ouverture hollandaise.

La réussite du trio montre que, même en temps de crise, la qualité fait recette. Et qu’il n’y a rien de tel que la chaleur liégeoise mêlée au sens méditerranéen de l’accueil…

Pour prolonger le plaisir

Ramon Rodriguez et son épouse avaient déjà ouvert leur premier restaurant à tapas, l’Olé Olé, lorsqu’il leur a été proposé de racheter l’entièreté du bâtiment du 62, rue Hors- Château, en 2000. « Au-dessus du restaurant, l’immeuble était divisé en neuf grands studios », se souvient Ramon. « Nous les avons gardé en l’état jusqu’à ce que nous tombions sur un article de quotidien dans lequel on démontrait qu’il manquait de chambres d’hôtel à Liège… On s’est dit «pourquoi pas ? », et on s’est lancé dans les travaux ! ». C’est déjà le duo Sabino Rodriguez-Eva Wuidar qui a été appelé à décorer les lieux. Les murs ont été délestés des grosses couches de plâtre pour laisser apparaître de magnifiques colombages, et les neuf chambres (six doubles, deux simples, une suite) ont été habillées de mobilier épuré, revêtu de gris anthracite, dessiné par les architectes d’intérieur.

Pas de fioritures dans cet établissement. Ce sont les traces du passé qui font le charme des lieux, mis en valeur par le choix des couleurs. En juillet 2004, l’Hôtel Hors-Château a donc ouvert ses portes. La sympathie des hôtes, le niveau du service et la situation – entre le symbolique Perron de la place du Marché et le musée Curtius – font son succès…

Pica Pica in Maastricht

Même si, de prime abord, son côté hollandais ressort bien moins que son côté ibérique, il n’en reste pas moins que Ramon Rodriguez est hollandais de mère et qu’une partie de sa famille vit à Maastricht. C’est cette dernière qui a suggéré à Ramon de venir installer un restaurant similaire à celui de Liège dans la plus ancienne ville fortifiée des Pays-Bas… C’est chose faite depuis l’été dernier et l’effet est saisissant pour ceux qui ont l’habitude de fréquenter le restaurant liégeois. Tout y est exactement pareil ! Si ce n’est le délicieux accent des personnes qui assurent le service lorsqu’ils récitent le contenu des plats proposés…

 

Renseignements

El Pica Pica
Hors-Château, 62
B-4000 Liège
Tel. : +32 (0)4 221 39 74
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L’hymne du Standard, c’est lui aussi

Si vous êtes Liégeois, il n’y a sans doute pas besoin de vous présenter l’hymne du Standard, le We are the best qui vibre dans tout le stade, en particulier les jours de matchs remportés… Derrière ce single qui fut numéro un de l’Ultratop (classement des ventes de singles en Wallonie et à Bruxelles) en novembre 2009, à peine cinq jours après sa sortie, se cache une fois encore… Ramon Rodriguez. « J’avais emmené mon cousin au stade. C’était sa première fois, mais quelle première ! On remportait le championnat de Belgique face à Anderlecht ! Il y avait une ambiance de dingue mais on sentait qu’il manquait vraiment un hymne digne de ce nom ». Son cousin est DJ sous le pseudo Patrick Clubcarter, et fut notamment le producteur de Technotronic (le Pump up the jam des années 90…) et de Paradisio pour Bailando. « À peine avait-il quitté le stade qu’il avait déjà une idée en tête ! », se souvient Ramon. « Il chantait po po po popoleeeo ! Ça sonnait bien. » Sur le coup, le restaurateur-supporter s’est mué en producteur et a sorti le disque, non sans l’avoir fait adopter par le club des rouges et blancs. Depuis, les supporters se sont accaparé le We are the best du restaurateur déjanté. Le single est double disque d’or…

Digital Graphics remporte le Prix AWEX 2011 : une récompense 3D amplement méritée !

La révolution industrielle a commencé tôt en Wallonie. Alors que les Pays-Bas, par exemple, ont pris le train en marche dans la seconde moit ié du XIXe siècle , les Wa l lons s’affairaient déjà dès 1800. Et de la même manière, la révolution numérique n’a pas oublié la Wallonie. WAW avait déjà pris plus tôt la plume pour présenter des pionniers du high- tech tels qu’EVS et NeuroTV. Nous pouvons aujourd’hui ajouter à cette liste la société Digital Graphics. Ce studio de cinéma, petit mais combien innovant, de la région liégeoise – dans la bourgade d’Alleur plus précisément – vient d’être distingué par l ’AWEX, l ’organi sat ion wa l lonne à l’exportation, pour sa technologie 3D révolutionnaire.

Le prix a été décerné lors de la troisième édition du 3D Stereo Media à Liège. Ce festival du film en relief, qui englobe tous les aspects du film en trois dimensions, se veut une plate forme, tant pour les réalisateurs que pour les investisseurs et les scientifiques. Outre une conférence assortie d’ateliers pour les professionnels et un festival international du film en 3D, un marché du film permettait également aux financiers et aux réalisateurs de se rencontrer et une conférence scientifique était organisée. À peine trois ans après sa première édition, le festival, unique en Europe, fait autorité dans le monde entier.

Au milieu de cette compagnie internationale de professionnels, d’investisseurs et de scientifiques de l’industrie du divertissement high-tech, Digital Graphics a reçu le Prix AWEX 2011 des mains de Philippe Suinen, son administrateur général. À travers ce prix, l’Agence wallonne à l’Exportation et aux Investissements étrangers veut récompenser le travail d’une entreprise locale qui a su démontrer une ambition et un talent dans le domaine des technologies 3D innovantes. Le prix encourage ainsi les entreprises qui sont actives dans les produits créatifs et inventifs pour le marché étranger et exportent activement leur savoir-faire. Il s’agit là d’une formidable récompense pour une entreprise qui, dès 1994, avant même la vague déferlante de l’internet, s’est lancée dans des techniques d’imagerie numérique.

Il s’agit là d’une formidable récompense pour une entreprise qui, dès 1994, avant même la vague déferlante de l’internet, s’est lancée dans des techniques d’imagerie numérique.


Digital Graphics est spécialisée dans la création d’animations 2D et 3D et d’effets spéciaux numériques pour le cinéma et la télévision. Elle développe également un logiciel sur mesure et des outils de gestion de production. « Nous sommes naturellement très honorés par cette distinction », se réjouit Marc Umé, cofondateur et directeur général de Digital Graphics. « Nous avons pu observer en 2011 une forte hausse des exportations, combinée avec le maintien de la croissance technologique des années précédentes. Malgré notre vaste expérience de l’exportation vers des pays voisins comme la France, le Luxembourg, l’Allemagne, l’Angleterre et l’Irlande, l’accès au marché chinois représentait un défi à la fois culturel, technologique et professionnel que nous avons relevé avec succès. Le jury y a certainement été sensible. »

Stéréoscopie

Les films en 3D existent déjà depuis le début du siècle dernier, bien avant le développement des premières techniques cinématographiques numériques. En combinant deux simples images bidimensionnelles légèrement décalées l’une par rapport à l’autre, on crée dans le cerveau une illusion de profondeur. Cela peut sembler étrange mais on imite ainsi précisément ce que nos yeux voient : deux images distinctes à partir de deux perspectives qui diffèrent à peine. Le cerveau fusionne ensuite les deux images pour n’en former qu’une seule en profondeur.

Les films les plus modernes comprennent une forme d’animation numérique, qui est ajoutée à l’image après le tournage.


Ce processus est appelé la stéréoscopie, du mot grec ancien signifiant « voir » (par exemple, « télescope » signifie littéralement « voir loin »). On pourrait s’attendre à ce que stéréo signifie « deux » ou « double », à l’image des prises de son mono et stéréo. Mais non, le terme signifie « fort » ou « solide ». L’image tridimensionnelle semble plus forte, plus solide, qu’une reproduction plane en deux dimensions. La technique a été appliquée pour la première fois en 1838 par le physicien britannique Sir Charles Wheatstone. Avec des dessins, car la photographie n’était alors pas suffisamment développée.

La technique de la 3D

Il est relativement simple de réaliser deux photos ou dessins dont la perspective ne diffère que très légèrement, de sorte que le cerveau les interprète comme une seule image en profondeur. L’opération se complique avec des images de film. On a alors besoin de deux écrans de cinéma, l’un pour l’oeil gauche et l’autre pour l’oeil droit. Il faut en outre empêcher que l’oeil gauche puisse voir l’écran destiné à l’oeil droit, et inversement. La solution imaginée à cette fin est aussi simple que brillante. À l’aide d’une caméra spéciale, dont les objectifs sont placés côte à côte tout comme nos yeux, deux films sont tournés simultanément. Les deux films sont ensuite projetés l’un sur l’autre. Le spectateur regarde les films ainsi projetés à l’aide de lunettes spéciales dont les verres sont colorés en rouge et en cyan. Le verre de couleur rouge ne laisse passer que le rouge, tandis que le verre cyan laisse au contraire filtrer tout sauf le rouge. Dans le cerveau, les deux flux de couleurs sont combinés pour former une image mobile en profondeur.

On utilise également actuellement, à la place du rouge et du cyan, du bleu et du jaune ou de l’ambre. Aujourd’hui, entre 7 et 10 % d’hommes souffrent d’une forme de daltonisme qui ne leur permet pas d’observer l’illusion de profondeur dans ces images. Une technique comparable utilise dès lors la lumière polarisée, tout comme pour les lunettes de soleil. Ici, la couleur n’est pas filtrée mais certains rayons de lumière sont bloqués par le verre gauche des lunettes, que laisse au contraire filtrer le verre droit, et inversement. Aux deux verres de lunettes correspondent deux nouvelles images de film qui sont fusionnées par le cerveau.

De la 2D à la 3D

Les films les plus modernes comprennent une forme d’animation numérique, qui est ajoutée à l’image après le tournage. Pour les films en 3D, l’opération est double. Il faut créer pour chaque flux d’images une variante dans une autre perspective. Par exemple, les célèbres superproductions ‘Avatar’ en ‘Transformers: Dark of the Moon’ ont été filmées à l’aide de caméras 3D spéciales, puis dotées d’une animation informatisée en 3D. Vu l’énorme succès de ces films, nul ne sera étonné d’apprendre que l’animation informatisée est également utilisée pour convertir des images de film 2D en film 3D. C’est a insi que le méga succès ‘Alice in Wonderland’ a également été diffusé en 3D. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la conversion n’est pas bon marché : environ 100 000 $ (presque 80 000 €) par minute de film.

On entend ici et là des critiques sur la conversion de films 2D en 3D. Dans une interview accordée au blog de cinéma Deadline.com, Michael Bay, le réalisateur de Transformers 3 : La Face cachée de la lune, déclarait : « Je filme des choses complexes, j’utilise des éléments authentiques dans mes scènes d’action et, pour ma part, je ne suis franchement pas fan de la conversion de films. » Dans cette même interview, le réalisateur d’Avatar, James Cameron, exprimait également ses réserves. « Après Toy Story, il y a eu dix très mauvais films d’animation informatisée, car tout le monde pensait que le succès du film était dû à l’animation numérique et pas à ses personnages magnifiquement conçus et irrésistibles. Maintenant, on voit que tout le monde s’empresse de convertir des films 2D en 3D, mais ce n’est pas ce que nous avons fait. Ils espèrent le même résultat, mais en réalité, c’est le succès même de la 3D qu’ils mettent en danger en diffusant un produit inférieur. » Ces propos datent de 2010. Entre-temps, James Cameron a décidé, lui aussi, de convertir son mégasuccès Titanic en 3D.

Comment évolue Digital Graphics dans ce bel univers ? Les techniques innovantes de la société wallonne ont contribué à la réalisation du tout premier film d’animation en 3D. Rappelez-vous, il s’agissait du long métrage Little Big Panda du réalisateur Greg Manwaring, explique Marc Umé. « Ce film d’animation a été à l’affiche de plus de 3 000 cinémas 3D en Chine. C’est le premier long métrage animé en 3D stéréoscopique au monde. À cette occasion, nous avions spécialement développé une nouvelle technologie en régie. Quelque 35 dessinateurs et graphistes ont travaillé pendant huit mois sous notre supervision à la conversion de la 2D en 3D. »

Deux frères

Les deux frères, Marc et Serge Umé, ont créé Digital Graphics en 1994. L’un était ingénieur aérospatial, l’autre architecte. C’est peut-être difficile à imaginer mais, à l’époque, peu de bureaux d’architectes étaient bien rodés au travail informatique. Les frères ont saisi leur chance et réalisé des dessins informatisés et autres visualisations tridimensionnelles des plans de bureaux d’architectes. Très vite se sont ajoutées des missions pour des courts métrages et des documentaires télévisés. En 1999, ils produisent Magic Nightmare, leur premier court métrage, qui leur vaut différents prix. À dater de ce jour, les deux frères vont quasi exclusivement se consacrer au cinéma.

La soif d’innover ne s’est cependant pas limitée aux productions auxquelles Marc et Serge ont collaboré. Lorsqu’il est apparu que les outils logiciels courants ne suffisaient plus, ils ont développé leur propre logiciel, qu’ils peuvent adapter aux exigences du projet qui les occupe. « Chaque film utilise de nouvelles applications logicielles graphiques, nous innovons donc pour pouvoir les anticiper. Par exemple, le coloriage d’images d’archives en noir et blanc a été rendu possible par un ajustement de notre précédent algorithme utilisé pour mettre en couleur des dessins animés. » Marc fait ici référence au film 14-18, le bruit et la fureur, de Jean-François Delassus. Ce documentaire historique sur la Première Guerre mondiale a attiré un nombre record de visiteurs en France. « Nous étions chargés de restaurer des documents de guerre en noir et blanc et les avons coloriés sur la base de données historiques », explique Marc. « Pour un autre film d’animation, les images devaient créer l’illusion d’une aquarelle qui prend vie. Pour ce projet, nous avons réécrit nos programmes logiciels afin de mieux exploiter la puissance de calcul des processeurs graphiques, avec pour conséquence une vélocité multipliée par plus de 500. »

Nomination aux Oscars

Autre temps fort selon Marc, le film Brendan et le secret de Kells du réalisateur Tomm Moore. « Ce film a été nominé aux Oscars en 2010 dans la catégorie du meilleur film d’animation. Nous avions développé pour ce projet des techniques graphiques très spécifiques et largement contribué au coloriage et à la composition des images. Nous avions également réalisé le clip du film pour les Oscars. »

Le Prix AWEX est une belle récompense de plus, mais certainement pas le point final. Les frères s’attellent d’arrache-pied aux défis suivants : « En plus de conserver notre position dans le domaine des effets spéciaux, où notre réputation n’est plus à faire, nous voulons nous profiler davantage sur le marché asiatique, où il existe une forte demande de contenu, ainsi que sur le marché américain, où les exigences de qualité sont très élevées. Nous sommes actuellement en discussion avec un grand studio de cinéma hollywoodien. » C’est clair, la Wallonie n’a pas manqué le train de la révolution numérique !

 
Renseignements

[email protected]
www.digitalgraphics.be

 

Little Big Panda

Long métrage d’animation, de Greg Manwaring

Dans la majestueuse région montagneuse chinoise, la survie des pandas est mise en danger car le bambou devient rare et les hommes étendent de plus en plus leur habitat. La paresse étant une des caractéristiques des pandas, quelqu’un est nécessaire pour réveiller la communauté. Manchu, avec l’aide de ses amis, résistera à tous les assauts.

 

Flash-Back sur les productions 2011

• Ernest & Célestine
• Bona Nox
• Tot Altijd
• The Incident
• Un spectacle interrompu
• Mort d’une Ombre
• La Garde-Barrière

Deux films pour lesquels Digital Graphics a travaillé ont eu un prix aux derniers Magritte du Cinéma :
• Meilleur film étranger :
Les Émotifs Anonymes, de Jean-Pierre Améris
• Meilleur décors :
Quartier Lointain, de Sam Garbarski

« OUFTI ! » peut être considéré comme la traduction liégeoise du « Mince alors ! » français. Il doit être prononcé impérativement avec cet accent chantant et savoureux que cultivent ardemment les fans de « boulets sauce lapin » ou de « lacquemants » ! Un artisan l’a déjà transformé en mini glace chocolatée à la banane mais des étudiants de l’ULg vont donner à ce drôle de petit mot une notoriété mondiale en l’attribuant à un concept aérospatial représentant le premier nanosatellite créé en Belgique.

L’Orbital Utility For Telecommunications/ technology Innovations – O.U.F.T.I.– sera en effet bientôt le premier nanosatellite (ou Cubesat) belge à évoluer dans l’espace. Sa mission ? Relier tous les radioamateurs du monde entier par l’application spatiale de la technologie D-STAR ! Une première mondiale qui en appellera d’autres.

Il est des secteurs économiques qui interpellent peu le grand public au quotidien parce qu’ils font peu la « Une » des journaux, parce que les scientifiques cultivent parfois une discrétion rendue nécessaire par le caractère hyperconcurrentiel de leur secteur ou encore parce que leurs travaux sont, ou paraissent, a priori, peu spectaculaires. C’est probablement le cas du secteur aérospatial qui, pour autant, fait rêver puisqu’on y envisage l’exploration de l’infini ou encore la « gestion » de l’espace qui entoure notre planète. Ce rêve, toutefois, ne prend forme spectaculaire que lorsqu’une fusée s’élance vers l’azur depuis Kourou, Cap Kennedy ou Baïkonour, ou qu’on nous (re)montre les traits concentrés de Frank De Winne ou de Dirk Frimout.

L’aérospatiale, tradition liégeoise

Derrière ces images fortes se profilent des chercheurs, des scientifiques et des ingénieurs. Des années durant, ils conçoivent des technologies qui ont l’obligation de la perfection car le moindre nano-défaut dans une fusée ou un satellite signifie la destruction quasi instantanée ! Ce que l’on peut comprendre aisément si on sait que tout objet dans l’espace évolue à une vitesse de 28 000 km/h !

Et des chercheurs qui trouvent dans l’aérospatiale et sortant de l’ULg (seule université francophone qui propose un Master en Ingénierie aérospatiale), de l’Institut Gramme ou de Montefiore, il y en a à Liège bien entendu mais aussi à la NASA, à l’ESA ou dans les entreprises wallonnes du secteur. « C’est même un ingénieur en aérospatiale sorti de l’ULG qui, il y a quelques années, a dirigé les opérat ions de lancement d’Ariane 5, à Kourou, commente le professeur Gaëtan Kerschen, l’un des fondateurs et maître d’oeuvre du projet OUFTI. Étant les seuls à proposer cette spécialisation en Communauté française, nous accueillons cette année plus de 30 étudiants. Ce qui est beaucoup ! » Le fruit de l’expérience, certes, puisque la spécialisation existe à l’ULg depuis 1961. Au niveau industriel, l’aérospatiale est aussi devenue une spécialité liégeoise – sinon wallonne – avec des sociétés telles que Techspace Aero, Sonaca, Sabca, Thales Alenia Space Etca, Spacebel ou encore le Centre Spatial de Liège qui est en relation directe avec l’Agence Spatiale Européenne (ESA).

On pourrait dire du projet OUFTI qu’il relève de la « pédagogie appliquée ». Autour de leurs professeurs, ce sont avant tout les étudiants qui, depuis 2007, travaillent sur ce projet dont l’origine est collégiale.


Ces acteurs majeurs de l’aérospatiale européenne suivent de près ou de loin le projet OUFTI dans la mesure où le succès de ce petit satellite pourrait permettre de multiples applications nouvelles et ouvrir de nouveaux marchés ! Le professeur Kerschen, en tous cas, croit dur comme fer au bienfondé du pari qu’il a lancé avec ses étudiants. « Souvenez-vous il y a 20 ans, rappelle-t-il, la taille des ordinateurs de bureau. Et regardez aujourd’hui celle des notebooks… Votre Smartphone actuel, d’autre part, est presqu’un bureau et un ordinateur de poche, et il est deux fois plus petit que votre « vieux » GSM… Il en ira de même dans le secteur spatial. La voie est désormais ouverte à la miniaturisation des satellites. On ne remplacera bien sûr jamais tout par des microsatellites. James Webb Space Telescope, le successeur de Hubble, par exemple, ne pourrait pas relever de cette miniaturisation. Mais tant d’autres applications pourront être étudiées d’ici 10 à 20 ans grâce à cette nouvelle technologie ! ». Celle-ci est née aux États-Unis en 1999 mais elle est encore peu utilisée en Europe. Ce qui confère encore davantage d’intérêt à ce projet.

« Pédagogie appliquée »

Si l’on parle souvent de recherches appliquées dès le moment où une découverte scientifique mène à une application commerciale ou industrielle, on pourrait dire du projet OUFTI qu’il relève de la « pédagogie appliquée ». Autour de leurs professeurs, ce sont avant tout les étudiants qui, depuis 2007, travaillent sur ce projet dont l’origine est collégiale. «Un de nos collègues ingénieurs, Luc Halbach, est aussi radioamateur, explique Gaëtan Kerschen. Il nous a parlé de sa passion et surtout, s’est interrogé sur une application spatiale du nouveau système D-STAR (Digital Smart Technology for Amateur Radio) qui permet par des relais terrestres la transmission simultanée des sons et des données (GPS , par exemple) en numérique. Dans le même temps, permet la transmission du signal par internet. L’intérêt peut être majeur en cas de catastrophe naturelle. Par exemple, les Américains, en 2005 avec l’ouragan Katrina, ont connu d’énormes difficultés de communication car les relais terrestres étaient soit détruits, soit trop peu puissants. Avec un relais comme OUFTI en orbite, ce problème n’existe plus ! ».

Un quatuor s’est alors formé autour de cette idée d’implanter le protocole D-STAR dans un satellite. Car, comme les 3 mousquetaires, ils étaient 4 (les lignes suivantes en témoignent). Il était composé de Luc Halbach (alors à Spacebel), le professeur Jacques Verly (Institut Montefiore), Amandine Denis, assistante dans le Département d’aérospatiale et mécanique de l’ULg, et Gaëtan Kerschen. « Pour être très précis, insiste le professeur, notre but est scientifique ET pédagogique. Donc, nous dirigeons les travaux qui sont le fruit du travail des étudiants : ceux-ci étudient à la fois toutes les données, puis conçoivent et réalisent OUFTI ! » Et avec quel allant car, dès le début du projet – l’année académique 2007-2008 – les étudiants vont remporter un premier succès au plus haut niveau en convainquant l’ESA d’accepter gratuitement le CubeSat OUFTI-1 (alors à l’état de projet !) pour le lancement inaugural de VEGA, le successeur d’Ariane. « Il y avait 30 candidats, se rappelle Gaëtan Kerschen, dont neuf devaient être sélectionnés. C’est dire si nous étions heureux du succès de cette première étape, très bien menée, essentiellement par trois de nos étudiants, Stefania Galli, Jonathan Pisane et Philippe Ledent ! »

L’année académique suivante, 13 étudiants prendront la relève. L’un d’entre eux, Jérôme Wertz, réalise notamment un mémoire sur l’un des multiples aspects de ce projet : la conception et la réalisation du système de déploiement des antennes du nanosatellite. « Tout l’intérêt pédagogique du projet réside dans la conception d’OUFTI , car dans l’espace il n’y a pas de « garage » en cas de panne. Tout doit être éprouvé. Les batteries, par exemple, doivent être mises en condition spatiale, c’est-à-dire à l’épreuve du froid, des radiations ou de l’absence d’air ! Tous les circuits doivent être doublés, un système prévoyant un transfert d’un circuit à l’autre en cas de défaillance, etc. »

Première belge … et mondiale !

Dans quelques mois, le premier satellite immatriculé en Belgique sera donc envoyé sur orbite, à 500 km de la terre, afin de retransmettre dans le monde entier les conversations des radioamateurs, entre autres. La Belgique peut certes déjà s’enorgueillir de la présence d’un autre satellite, Proba, lancé en 2001 et conçu par une société anversoise (Verhaert-Qinetiq) et Spacebel, mais celui-ci a été immatriculé par l’ESA. On assistera donc à une « première » belge, autant qu’une « première » mondiale avec la première application de la technologie D-SAT en mode spatial ! Ces réalisations témoignent à tout le moins de l’intérêt manifesté par la Belgique pour la recherche spatiale, et les succès que ses ingénieurs et techniciens remportent.

Et ce n’est probablement qu’un début. « Deux autres projets sont en cours. Un Oufti-2 a déjà fait l’objet d’une étude de faisabilité en 2009-2010. Il permettra une collaboration avec l’Institut Royal de Météorologie (I.R.M.) dans la mesure où son objectif sera de dresser un bilan radiatif en orbite terrestre. Nous avons également un projet plus ambitieux qui s’appelle techniquement QB50 et qui est piloté par l’Institut Von Karman, à Rhode- Saint-Genèse. Il nous permettra d’étudier la thermosphère grâce à une constellation de 50 Cubesats doubles, soit deux fois la taille d’OUFTI . Et nous réfléchissons déjà au successeur de QB50, autour d’un concept qui nous permettrait de participer à cette magnifique recherche de toute possibilité de vie ailleurs dans l’espace ! ». La technologie développée n’en est donc aujourd’hui qu’à ses balbutiements, surtout dans ses applications. Mais les grands acteurs du secteur, comme la NASA, commencent aujourd’hui à financer le développement des nanosatellites.

« L’enjeu est aussi financier, bien entendu, rappelle Gaëtan Kerschen, puisque si un satellite comme Hubble coûte 8 milliards de dollars, un nanosatellite comme OUFTI coûte environ 100 0000 € en matériel ! En ce qui nous concerne, ce coût a été pris en charge par l’ULg et le Département fédéral de la recherche scientifique. »

Sous-marin russe…

Le premier OUFTI avait donc conquis sa place sur le premier lanceur Vega. Toutefois, différents retards dans la réalisation du projet ainsi que le timing européen du successeur d’Ariane ne permettront pas au satellite liégeois de partir cette année. Heureusement, il a trouvé sans grand souci une place sur un lanceur russe qui allumera ses réacteurs début 2013. « Ce lancement sera assez original, puisque OUFTI partira dans l’espace depuis un sous-marin russe, en Mer de Mourmansk. Il sera logé dans un missile désarmé, les ogives nucléaires étant remplacées par des satellites ! » Les yeux de Gaëtan Kerschen brillent à cette perspective. « Nous avons déjà les autorisations nécessaires de l’International Telecommunications Union (I.T.U.) pour utiliser deux des fréquences réservées aux radioamateurs : 145 MHz et 435 MHz. De plus, nous avons aussi installé au Sart Tilman une station-relais terrestre qui nous permettra de suivre de près le satellite et son activité. »

Le temps de communication possible entre la station au sol de Liège et OUFTI-1 est estimé à environ 14 minutes par passage, le nombre moyen de passages étant de trois par jour. Le satellite pourrait en principe demeurer presque 5 ans dans l’espace avant de se désintégrer dans l’atmosphère mais l’utilisation de composants non-qualifiés spatiaux pourrait réduire cette durée de vie utile à 1 ou 2 ans – nous sommes, rappelonsle, dans le contexte d’une première mondiale avec encore quelques paramètres aléatoires ! Quoiqu’il en soit, cette donnée laisse la porte ouverte, en cas de succès, à OUFTI-2 et famille.

De ce succès, des étudiants liégeois en seront assurés, début 2013, en entendant dans leur station terrestre du Sart-Tilman le signal émis par OUFTI-1, 500 km plus haut ! Un autre Liégeois, Ben Stassen, avait envoyé quelques « Flies on the moon » il y a quelques années. C’était en 3D et c’était du (bon !) cinéma animé… Aujourd’hui, une réalité scientifique !

www.leodium.ulg.ac.be/cmsms

 

De Liège à Kourou, excellence et compétitivité

Plus de soixante entreprises wallonnes sont aujourd’hui identifiées par Wallonie-Bruxelles- International (W.B.I.) dans les secteurs aéronautique et spatial. Elles participent peu ou prou à quasi tous les grands programmes internationaux. Il n’est pas une fusée Ariane qui ne contienne des composants wallons, pas un Airbus dont certains éléments n’aient été conçus par Techspace Aero (1 200 personnes) ou Sonaca (plus de 1 200). Et les centres de recherche ne sont pas en reste avec, en pointe, les universités comme on le voit ici, qui forment des techniciens et ingénieurs de pointe et de renommée européenne. Ainsi, en 2002, Philippe Gilson (ULg) a dirigé à Kourou le lancement d’Ariane 5 qui a placé sur orbite le plus gros satellite scientifique jamais construit en Europe : 8 tonnes pour 10 m de hauteur et 4 m tant en hauteur qu’en profondeur !

Rien d’étonnant, donc, à ce que les autorités régionales aient mis en place un Pôle de Compétitivité aéronautique et spatial, baptisé « SKYWIN Wallonie », avec deux clusters : Wallonie Espace et E.W.A. (Entreprises Wallonnes Aéronautiques) dont les entreprises emploient près de 6 000 personnes et génèrent un chiffre d’affaires d’1,37 milliard €.

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