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Nichée à quelques pas du coeur de la cité du « Nuts », Euro-Locks travaille chaque jour, sans que l’on s’en rendre compte, à la sécurité de tout un chacun. Histoire d’une réussite discrète.

Voici une usine étonnante à plus d’un titre. D’abord, parce qu’elle est située à quelques centaines de mètres tout au plus du coeur historique de Bastogne, et non sur un zoning périphérique quelconque et sans âme. Ensuite, parce qu’elle est de haute sécurité, mais nullement sous haute surveillance. Enfin, parce qu’il suffit d’y cheminer pour y découvrir une ambiance très souriante, loin des inquiétudes quotidiennes que la crise économique peut amener dans toute entreprise. De haute sécurité, Euro-Locks l’est en effet, mais pas par son lien avec l’industrie militaire ou autre du genre. Elle l’est simplement parce que, de ses ateliers, sortent chaque jour rien moins que 80 000 serrures que nous utilisons tous les jours sans savoir qu’elles sont « made in Bastogne ». Euro- Locks a développé, par exemple, la serrure UGL (UpGraded Lock), qui a fait sa réputation aux quatre coins du monde. À propos de monde, Euro-Locks exporte 95 % de sa production qui, joints aux 5 % destinés au marché belge, permettent un chiffre d’affaires de 22,5 millions (chiffres de 2011) et 220 emplois.

Si nous utilisons chaque jour un de ces produits sans le savoir, c’est parce que cette entreprise met son savoir-faire au service de clients multiples, dont nous achetons les produits finis. Des ateliers bastognards sortent en effet chaque jour des serrures « à paillettes » (fines petites lamelles intégrées) destinées à tous les accessoires automobiles (porte-vélos, galerie de toit, attacheremorque, etc.), au mobilier, aux coffresforts, à l’informatique, aux armoires électriques, aux caravanes (deux tiers de celles-ci sont équipées de ces serrures), aux châssis de fenêtre, aux boîtes aux lettres… Sans oublier les serrures antivol pour vélos. « C’est un nouveau marché qui s’est ouvert à nous et pour lequel nous avons répondu à une demande très particulière de nos clients, explique Daniel Ceron, Deputy Group Managing Director. Car s’il y a bien sûr l’antivol traditionnel, la percée du vélo électrique nous a amené un nouveau marché. Les batteries de ces vélos coûtent cher et les fabricants de vélos ont donc voulu les protéger. Nous avons conçu pour eux la serrure intégrée au cache de protection et qui peut d’ailleurs être la même que celle de l’antivol, pour réduire le nombre de clés nécessaires. Ce type de serrure unique, nous l’avons aussi développé pour tous les dispositifs adaptables sur des barres de toit pour voiture, comme les porte-skis, porte-vélos, coffres de toit, etc. »

Chez Euro-Locks, on a conscience qu’il est nécessaire de se diversifier pour contrer la crise. « La récession nous affecte puisque nos produits sont au départ liés de près ou de loin aux accessoires automobiles, indique Stephan Wilmotte, directeur commercial. La diversification vers la plus large gamme qui soit d’autres produits pour de multiples secteurs d’activités nous permet de compenser. »

Un savoir-faire unique en Europe

La force d’Euro-Locks, ce n’est pas seulement la qualité et la réputation de ses produits. C’est aussi la volonté d’innover en étant à l’écoute des besoins des clients. « Chacun de nos clients est d’abord considéré comme un partenaire avec qui nous travaillons en étroite concertation pour répondre à ses attentes, mais également les anticiper en proposant des solutions adaptées et innovantes, continue Daniel Ceron. Notre serrure UG L est l’exemple parfait. Nous l’avons développée pour répondre en anticipant à la demande plus élevée de sécurité émanant de nos clients. Ce nouveau produit, unique, nous a permis d’aussi conquérir des parts de marché plus élevées dans les pays scandinaves, plus exigeants en matière de sécurité. Cette serrure est en outre un exemple de notre démarche commerciale qui ne cherche pas à vendre au plus bas coût. Notre qualité nous permet au contraire de cibler les clients qui ne recherchent pas le plus vil prix, mais qui, au contraire, sont prêts à mettre un montant correct pour un produit qui est le mieux adapté à leurs besoins. Car chaque client est unique. »

Innover, anticiper et écouter sont les maîtres mots chez Euro-Locks. Ce qui passe par une politique très volontariste en recherche et développement, avec une plusvalue on ne peut plus conséquente pour le site belge du groupe, qui dispose d’un savoirfaire unique en Europe. « Au sein du groupe, Bastogne est l’entité la plus importante et la plus complète pour la recherche de nouveaux produits, souligne Stephan Wilmotte. Des entités comme celles de France et de Pologne, qui sont deux filiales d’Euro-Locks Bastogne, ne disposent d’ailleurs pas d’un département R&D. Ici, nous disposons de quatre ingénieurs spécialisés et d’un atelier d’outillage et de prototypage. » De plus, Euro-Locks conçoit ses propres machines, très spécifiques et dignes du meilleur matériel d’horlogerie, destinées à la production de ses serrures, ce qui ne peut que renforcer son indépendance et sa force.

Familiale… Et visionnaire

Rendons au pays de sa Très Gracieuse Majesté ce qui lui appartient : Euro-Locks appartient au groupe familial britannique Lowe and Fletcher, né très modestement en 1889 lorsque M. Lowe et son gendre, M. Fletcher, ouvrent un petit atelier de serrurerie à Willenhall, non loin de Birmingham.

« Dans les années soixante, la quatrième génération aux commandes a été parfaitement visionnaire, sourit Daniel Ceron. Elle a compris que 30 km d’eau à traverser pour se développer et vendre sur le continent, cela mange beaucoup de temps. » À l’époque, la force de la livre sterling donne aussi un avantage concurrentiel à notre main d’oeuvre. Autres temps… Des contacts sont pris en divers lieux, dont Bastogne. Lorsqu’une usine de jouets en bois, Fabelty, met la clé sous le paillasson, l’intercommunale de développement économique, Idelux, est chargée de lui retrouver un avenir industriel. « Les liens entre les diverses personnes concernées – les responsables de la Ville, le gouverneur de l’époque et le groupe britannique – se sont tissés de manière cordiale et efficace », continue Daniel Ceron. Ces atomes crochus ont produit leur effet et, le 1er janvier 1972, l’enseigne Lowe and Fletcher donnait à Bastogne des échos, oh combien plus pacifiques, de la langue de Shakespeare.

Un bureau de vente est implanté à Wiltz (GDL), en 1974, sous le nom d’Euro-Locks. Il sera fermé en 1981, alors que l’usine connaît de sérieuses difficultés dues aux circonstances économiques de l’époque. De 150 personnes, l’emploi chute alors à 56. « La chance est que l’entreprise était britannique. Si les patrons avaient été Américains, ils se seraient sans doute bornés à signer les préavis », souligne Daniel Ceron. Britanniques et, à nouveau, visionnaires, « car ils ont compris qu’ici, à l’inverse peut-être de grandes villes industrielles, il y a une véritable culture du travail et de l’engagement pour l’entreprise ». D’où la volonté de continuer, cette fois sous le nom d’Euro-Locks. Et d’investir aussi puisque l’usine bastognarde a progressivement créé une filiale en France, en Allemagne et en Pologne. Euro-Locks dispose aussi d’une petite implantation au Michigan (USA). L’emploi, lui, a suivi.

Concurrence chinoise ?

Inévitable question. La réponse est à la fois oui et non, selon le regard que l’on y porte. « Certains de nos produits sont très copiés en Chine et il nous est impossible de résister au prix de ces produits, pointe Daniel Ceron. Mais notre force, c’est la qualité, le développement de produits en partenariat avec le client, le service et la concordance des livraisons. L’écrasante majorité des clients qui nous avaient quittés pour des fournisseurs chinois nous sont revenus. Ces derniers ne peuvent pas répondre à leurs exigences. Au bilan, ici, nous avons bien moins peur de la Chine qu’il y a cinq ou dix ans. »

Notre serrure UGL est l’exemple parfait. Nous l’avons développée pour répondre en anticipant à la demande plus élevée de sécurité émanant de nos clients.


Tandis que Stephan Wilmotte, regardant le problème sous un autre angle, constate que les droits d’entrée en Chine pour les produits exportés là-bas sont de 14 % à 16 %, alors que les droits appliqués ici aux produits venus de Chine ne sont que de 2,5 %. « Ce qui, in fine, coûte à nos pays en termes d’emplois et de sécurité sociale. Nos dirigeants en sont-ils conscients ? »

La serrure du coeur…

Ce 21 septembre, Euro-Locks fête son 40eanniversaire en recevant des représentants de toutes ses entités, du monde politique et des « forces vives », suivi le lendemain d’une journée portes ouvertes marquée du sceau de la solidarité. En effet, tout le personnel a décidé que son salaire du jour serait versé à une oeuvre, l’entreprise doublant la mise. La serrure du coeur, en quelque sorte…

 

Renseignements

Euro-Locks S.A.
Rue de la Fontaine, 8
B-6600 Bastogne
+ 32 (0)61 21 22 61
www.euro-locks.be

Limelette est le joli petit village traditionnel où s’est établi Lhoist, le plus grand producteur mondial de chaux et de dolomie. Cette entreprise familiale, qui emploie plus de 5 500 travailleurs à travers le monde, affiche un chiffre d’affaires de 1,9 milliard. Un véritable colosse, pourtant trop méconnu du grand public.

«Celui qui est né pour un petit pain n’en aura jamais un gros. » Les plus belles histoires n’apportent-elles pas les plus beaux démentis au proverbe ? Des contes de fées bien réels qui prouvent qu’on ne doit pas être né avec une cuillère en argent dans la bouche. Qu’à force de labeur, d’engagement et de persévérance, on peut soulever des montagnes ! De «rags to riches», des guenilles à l’opulence, comme disent les Américains. C’est précisément de cette manière qu’a débuté l’histoire de Lhoist.

Hyppolyte, de son surnom Léon

Les racines du groupe remontent à la fin du XIXe siècle. En 1861, Hippolyte Dumont, de son surnom Léon, naît dans une famille de sept enfants. Après seulement deux années passées sur les bancs de l’école primaire, il commence à travailler dans les carrières de Chainaye et Lhoist. À l’âge de vingt ans, il est déjà passé contremaître et, en 1886, il reprend l’exploitation de la carrière communale d’Ampsin, la bourgade dont il deviendra plus tard bourgmestre. En 1889, il épouse une jeune chapelière du nom de Caroline Wautier. La même année, il crée la carrière qui porte leurs deux noms : Carrières et Fours à Chaux Dumont-Wautier.

Clairette, l’une des filles du couple, épouse en 1920 un descendant de la lignée des Lhoist. Et oui, les carriers qui possédaient aussi la carrière où Dumont s’était forgé sa première expérience professionnelle. Lorsque Dumont commença à y travailler, la famille Lhoist dut probablement le regarder de haut, lui, le jeune bougre issu d’un milieu modeste et comptant seulement deux ans d’école primaire. Mais à présent, sa fille épouse un Lhoist ! C’est peut-être difficile à imaginer aujourd’hui, mais dans la société d’avant-guerre, cela fait impression. Et la progression dans les rangs de la société déjà entamée par Dumont ne fait que commencer.

Avec 90 sites de production dans 24 pays et un chiffre d’affaires de 1,9 milliard €. L’entreprise du petit village de Limelette est un acteur international du marché de la chaux et de la dolomie.


Ce beau-fils, Léon Lhoist, fonde en 1924 une carrière à laquelle il donne son nom et qui est le précurseur direct de l’actuel groupe éponyme. Deux ans plus tard, il étend son activité à la France. À la dépression des années ‘30 succède la Seconde Guerre mondiale et l’expansion subit un coup d’arrêt temporaire. Le changement arrive sous la houlette du jeune Lhoist, baptisé, tout comme son père et son grand-père, Léon. En 1981, la croissance internationale est en marche avec la reprise du groupe américain Chemical Lime du Texas. Les extensions s’enchaînent alors à un rythme élevé : Europe de l’Est, Allemagne, Mexique, Angleterre, Brésil, Malaisie, Russie et Oman. Aujourd’hui , Lhoist emploie des personnes de 30 nationalités différentes. Avec 90 sites de production dans 24 pays et un chiffre d’affaires de 1,9 milliard €, l’entreprise du petit village de Limelette est un acteur international du marché de la chaux et de la dolomie. On dénombre dans le monde entier autant de travailleurs que d’habitants de Limelette : un peu plus de 5 500. Ainsi, le conte de fées réel entamé en 1861 avec la naissance d’Hyppolite Dumont a atteint son apogée… pourtant provisoire.

L’art d’unir

Le Groupe Lhoist est réputé pour sa discrétion : Lhoist ne communique jamais avec l’extérieur. C’est ainsi que l’une des plus grandes multinationales privées belges est pratiquement inconnue du public. Ce que nous savons par contre du Groupe Lhoist, c’est qu’il est un grand sponsor d’activités culturelles et sociales. Dans les années ‘90, le jeune Lhoist se lance dans la création d’une importante collection de photos et de sculptures. La collection d’art, qui n’est malheureusement pas accessible au public, a pour but d’unir les travailleurs de Lhoist. Le site web spécial de la collection le mentionne : « L’art est un formidable moyen de poser un regard différent sur le monde qui nous entoure. À travers notre collection, les expositions et les visites culturelles que nous organisons pour nos collègues et leurs enfants, Lhoist tend vers une organisation plus ouverte d’esprit et plus sensible à la culture. »

Les oeuvres d’art sont non seulement exposées au siège à Limelette, mais aussi dans différents bureaux régionaux. Chaque travailleur peut égayer son bureau avec une oeuvre de la collection et choisir une nouvelle pièce aussi souvent qu’il le souhaite. Chaque année, une personnalité connue du monde artistique organise une exposition basée sur la collection. Des évènements culturels sont en outre organisés régulièrement pour tous les collaborateurs de l’entreprise, de l’ouvrier au membre de la direction, et leur famille. Dans ce cadre, des collaborateurs issus de différents pays et de différentes couches de l’entreprise se côtoient le temps d’une journée informelle et apprennent à se connaître dans un contexte culturel.

Un écran de veille ingénieux

Amusant et original aussi, l’écran de veille installé sur l’ordinateur de chaque collaborateur. Il affiche des photos de la collection d’art dès que l’ordinateur n’est plus utilisé pendant cinq minutes. Chaque photo s’accompagne d’un commentaire écrit. Les images sont diffusées simultanément sur les ordinateurs du monde entier, pour autant bien sûr qu’un collaborateur ne soit pas occupé à ce moment-là. Les collaborateurs disséminés sur des continents différents et exerçant des fonctions totalement différentes sont ainsi unis par ces photos qui apparaissent au même moment sur leur écran.

Outre la collection d’art, Lhoist sponsorise une palette d’évènements culturels. Un bel exemple est son soutien à l’association Entr’ Ages, coordinatrice de la deuxième édition du Festival du film intergénérationnel (FFI) à Louvain-la-Neuve (voir page 8). Ce géant de la chaux et de la dolomie mérite donc bien son nom de sympathique colosse.

www.lhoist.com

 

Lhoist, en quelques mots

Que produit le Groupe Lhoist ?

Le Groupe Lhoist possède des mines dans 24 pays où sont extraites la chaux et la dolomie. Les 90 sites de production de l’entreprise transforment ces matières premières en différents produits. La matière brute est broyée en poudre ou en fragments de diverses tailles. Portés à des températures supérieures à 900 °C, ces fragments sont transformés en chaux vive. Celle-ci est utilisée, par exemple, dans la fabrication de l’acier pour ôter les impuretés du minerai. En ajoutant de l’eau à la chaux vive, on obtient une poudre appelée chaux éteinte. Il s’agit d’un ingrédient du ciment, mais aussi de produits de lessive et d’aliments. L’ajout d’encore plus d’eau forme du lait de chaux, qui régule le taux d’acidité et la dureté de l’eau potable.

Chaux et dolomie, quel intérêt ?

Au quotidien, nous nous soucions peu de ces matières premières qui ont bâti le monde moderne. Eh bien, vous serez surpris de n° 18 Économie leurs nombreuses applications. La dolomie, ou spath amer, est une forme de chaux qui apparaît dans le calcaire avec une certaine teneur en magnésium. Elle est notamment utilisée comme pierre naturelle et matière première pour le ciment. La chaux est utilisée dans la fabrication de l’acier, du papier et d’une kyrielle de produits chimiques. Elle est à la base d’un mélange appelé ciment Portland, qui est utilisé pour le béton préfabriqué et le béton immergé. Autant dire que la chaux et la dolomie sont des éléments essentiels dans presque chaque construction.

En mélangeant l’argile et la glaise à la chaux, on solidifie le sol, le rendant apte à supporter des chantiers et à servir de fondation aux terrains urbanisés et aux routes. Les boues de dragage des voies d’eau et les boues des stations d’épuration des eaux peuvent également être ainsi réutilisées dans le respect de l’environnement. Hormis la construction, la chaux intervient également dans l’agriculture. Elle neutralise les méfaits des acides du sol et prévient de la sorte l’intoxication des végétaux. Elle permet par ailleurs aux plantes de mieux assimiler les substances nutritives. La chaux est aussi utilisée dans les cheminées d’installations industrielles pour assainir les fumées.

Essentiel pour l’eau potable

Comme en témoignent les exemples ci-dessus, la chaux et la dolomie ont des applications très importantes dans l’industrie et l’agriculture. Mais leur principale application est peut-être l’eau potable. La quantité de calcaire contenue dans l’eau potable, qu’on appelle la dureté de l’eau, est fixée par voie légale. Une dureté trop élevée, trop de chaux dans l’eau potable, est nocive pour les équipements et pour l’environnement. Quant à une dureté trop faible, elle ouvre la porte aux substances toxiques qui peuvent se dissoudre plus facilement dans l’eau. Pour éviter ces conséquences fâcheuses, l’eau potable trop dure est adoucie et l’eau potable trop douce est au contraire enrichie en calcaire.

Son premier cyclotron a été construit en 1986 à Louvain-la-Neuve. Aujourd’hui, Ion Beam Applications (IBA) emploie 1 300 personnes dans quinze pays et est leader mondial en protonthérapie.

«Savoir que l’on contribue à sauver des vies humaines, cela fait chaud au coeur. Surtout s’il s’agit d’enfants… » Yves Jongen sait de quoi il parle. Il est le Chief Research Of f icer de IBA (Ion Beam Applications), une société qu’il a fondée en 1986 et qui rassemble aujourd’hui 1 300 collaborateurs dans quinze pays et une soixantaine d’implantations dans le monde, dont 500 en Belgique. À Louvain-la-Neuve principalement. Si le groupe produit des traceurs radiopharmaceutiques permettant la détection précoce de tumeurs, ce sont surtout ses cyclotrons spécialement conçus pour la radiothérapie, et plus particulièrement pour le diagnostic et le traitement du cancer, qui ont contribué à sa renommée. Mieux ! IBA est leader mondial en protonthérapie. Une technique qui consiste à détruire les cellules cancéreuses en les irradiant avec un faisceau de protons et non plus de photons. L’avantage ? Elle permet de mieux cibler les tumeurs et donc de limiter les effets secondaires de cette thérapie qui sont particulièrement dangereux chez les enfants.

Malgré les avancées des chercheurs américains et japonais, la société néolouvaniste détient à elle seule 50 % des parts du marché dans ce domaine. « Nous avons une longueur d’avance, certes, mais la course continue tous les jours, explique l’ingénieur, dans le soussol de l’un des quatre sites néolouvanistes de la société où se concentrent les activités de recherche et de développement. Jusqu’il y a peu, l’hôpital qui désirait s’équiper de salles pour la protonthérapie devait investir entre 100 et 120 millions €. Aujourd’hui, grâce à une nouvelle génération de cyclotrons de plus petite taille que nous avons mis au point et qui utilisent le principe de la supraconductivité, le coût est descendu à une vingtaine de millions €. Ce qui est déjà plus accessible », souligne- t-il, en montrant, d’un côté, le modèle traditionnel de 200 tonnes et 4,70 m de diamètres qui est en partance pour Dresde et, de l’autre, le « petit dernier », un cyclotron de 50 tonnes et 2,50 m qui, lorsqu’il sera complètement monté et réglé avec une précision extrême, mettra le cap sur le centre de protonthérapie de Nice.

À l’heure actuelle, 22 hôpitaux ou centres de thérapie répartis dans le monde ont choisi de s’adresser à la société belge afin de s’équiper en protonthérapie (voir encadré). Il est loin le temps du premier cyclotron conçu dans un parc à conteneurs de Louvain-la- Neuve, en 1986. Yves Jongen était alors directeur du Centre de recherche du cyclotron pour le compte de l’UCL (Université catholique de Louvain), lorsqu’il eut l’idée de concevoir et de construire des accélérateurs de particules de plus petite taille, non plus pour des applications nucléaires, mais médicales. « On sait, par exemple, que le sucre se concentre de préférence sur des tumeurs ou des métastases. En le marquant à l’aide de traceurs radioactifs, on parvient à le suivre et à détecter les cellules cancéreuses. Nous avons réfléchi aux caractéristiques que devrait avoir le cyclotron idéal pour la production de radioisotopes et la radiothérapie, puis nous l’avons dessiné. Mais aucune firme n’a voulu s’engager dans la construction, estimant ce système trop révolutionnaire. Finalement, c’est la Région wallonne qui nous a aidés. Elle nous a suggéré de créer une société pour mener ce projet à bien et a accepté d’avancer 75 % de l’argent nécessaire à sa mise en route. Née dans le giron de l’UC L, notre spin-off connut un départ rapide puisque nous avons eu quatre commandes dès la première année. »

Très vite, Yves Jongen, le « chercheur », sentit la nécessité de s’adjoindre du soutien d’un « commercial ». Ce fut Pierre Mottet, ingénieur en gestion (UCL) et futur directeur (CEO) de la société – il quitta ce poste en mai dernier pour être nommé vice-président du conseil d’administration –, avec lequel il allait entamer une longue et fructueuse collaboration et être nommé « Manager de l’année » en 1997. « IBA effectua un tournant majeur en 1989 lorsque le chef du service de radiothérapie des Cliniques universitaires de Saint-Luc m’appela pour me lancer sur la piste de la protonthérapie, poursuit Yves Jongen. Nous avons dû patienter jusque 1994 pour décrocher notre première commande, venue du centre de thérapie de Boston, mais quatre ans plus tard, notre croissance était telle que nous avons décidé d’entrer en bourse… »

« On sait, par exemple, que le sucre se concentre de préférence sur des tumeurs ou des métastases. En le marquant à l’aide de traceurs radioactifs, on parvient à le suivre et à détecter les cellules cancéreuses. Nous avons réfléchi aux caractéristiques que devrait avoir le cyclotron idéal, puis nous l’avons dessiné. Mais aucune firme n’a voulu s’engager dans la construction, estimant ce système trop révolutionnaire. »


La suite ne fut pas toujours facile. Au début des années 2000, le groupe doit composer avec les retombées de l’affaire Lernout & Hauspie et la méfiance des banquiers. Mais ses cyclotrons eurent le mérite de ne pas s’affoler et, aujourd’hui, IBA engage à nouveau : 120 nouvelles têtes en 2011, 150 (prévues) en 2012… « Principalement pour nos départements Recherche et Développement à Louvain-la-Neuve », explique Didier Cloquet, le directeur du personnel, qui souligne que si la société recherche surtout des physiciens, physiciens d’hôpitaux, chimistes, électroniciens, électromécaniciens et commerciaux, ce sont surtout des ingénieurs qui constituent la denrée rare. « Nous avons pourtant un projet passionnant pour des jeunes prêts à voyager : partir un ou deux ans à l’étranger en équipe afin de monter un hôpital clé sur porte. Un projet qui demande esprit d’autonomie et de décision, car les patients ne peuvent pas attendre ! »

Un centre de protonthérapie en Wallonie ?

« IBA n’est pas une bombe à dividendes, car nous investissons sans cesse dans de nouveaux produits et de nouveaux services. C’est pourquoi l’action monte et descend régulièrement », annonce Yves Jongen. Le responsable de la recherche ne cache pas qu’une nouvelle idée, un nouveau défi, n’a cessé de tourner de plus en plus vite dans sa tête avant d’aller marteler récemment sa matière grise : la construction d’un centre de recherche en protonthérapie en Belgique ! « C’est notre grand espoir. Pareil centre se justifie pour une population de 10 millions d’habitants. Le projet existe depuis dix ans dans notre pays, mais comme bien d’autres aujourd’hui, il a des difficultés à recueillir l’adhésion au niveau fédéral. Avec la collaboration de l’UC L, des Cliniques universitaires Saint-Luc, de la Région wallonne et d’IBA, il pourrait voir le jour en Wallonie. »

Le premier habitant de Louvain-la-Neuve

Venu de Nivelles où il a passé sa jeunesse, diplômé de l’Université catholique de Louvain, Yves Jongen a connu la cité universitaire alors qu’elle n’était encore qu’un champ de boue gisant entre une poignée de fermes brabançonnes et quelques vieilles bâtisses. « J’ai conclu mes études d’ingénieur électronicien par une spécialisation en physique nucléaire et c’est ce qui m’a valu d’être engagé par l’UC L pour diriger le Centre de recherche du cyclotron, explique-t-il. On m’a trouvé un logement dans une maison rue Basse, près du futur centre de la nouvelle ville, et j’y ai émigré en août 1970. J’étais ainsi devenu le premier habitant de Louvain-la- Neuve que j’ai vu sortir de terre peu à peu. Au sens propre du mot, car je me rappelle que je devais mettre des bottes pour traverser les chantiers en ligne droite depuis mon habitation jusqu’au cyclotron. »

www.iba.be

 

Dans le monde

Vingt-deux hôpitaux ont déjà choisi Ion Beam Applications pour s’équiper d’un centre de protonthérapie. Douze sont opérationnels et dix en phase de construction ou d’installation :

Sites opérationnels : Boston, Chicago, Princeton, Hampton, Philadelphia, Bloomington, Jacksonville et Oklahoma (USA), Kashiwa (Japon), Zibo (Chine), Iisan (Corée du Sud) et Paris.

Sites en cours d’installation : Prague (Tchéquie), Essen (Allemagne), Trente (Italie) et Seattle (USA).

Sites en construction : Dresde (Allemagne), Dimitrovgrad (Russie), Uppsala (Suède), Cracovie (Pologne), Shreveport et Knoxville (USA).

Le recyclage à grande échelle, soutenu par les innovations technologiques, est devenu un enjeu industriel majeur. En Wallonie, Comet s’est imposée comme un incontournable du secteur.

À l’ombre des châssis à molette centenaires et des terrils du pays noir, d’autres montagnes artificielles poussent aux alentours du ring de Charleroi. Ici, au milieu d’un noeud routier et fluvial, on pulvérise, on concasse, on broie. De la ferraille principalement, et en quantité. Dans un secteur dopé par la flambée des cours des métaux, le groupe Comet, installé à Châtelet, figure de proue du savoir-faire belge en la matière, peut se targuer d’un chiffre d’affaires avoisinant les 300 000 000 €. Actif dans le milieu du recyclage industriel depuis près de quinze ans, l’entreprise s’est spécialisée dans les domaines des métaux ferreux et non-ferreux. Un métier de ferrailleur poussé au bout de sa logique, à l’extrême du triage. Plus d’un million de tonnes de métaux sont ainsi déjà passé par l’expertise reconnue de Comet.

Voitures, électroménagers, pneus, plastiques, moteurs, métaux de toutes sortes. Du fer, du cuivre, de l’aluminium, du plomb, du zinc… Rien ne se perd, rien ne se jette, encore faut-il pouvoir traiter ces matériaux et leurs rebuts avec la plus grande précision possible. La matière qui arrive sur les sites de traitement n’est généralement pas suffisamment propre pour être réexpédiée directement en fonderie. Il faut la nettoyer et la séparer le plus finement possible afin que les sidérurgistes, principaux clients, disposent du métal le plus pur pour l’intégrer dans leurs chaînes de production.

Acheté en gros, en Belgique ou à l’étranger, débarqué par bateau ou par camion, le métal arrive ici sous toutes ses formes et l’on peine à imaginer qu’il ne faut que quelques heures pour qu’il ressorte en petits morceaux, triés, épurés, prêts à retourner sur le circuit. Pour y parvenir, différents protocoles et machines se succèdent, comme le broyeur géant Metso Lindeman, d’une puissance de 7 000 CV. Son insatiable appétit digère tous les métaux à une vitesse folle. En bout de course, le métal est compartimenté selon ses propriétés et envoyé en fonderie où il sera reconditionné et retravaillé pour finir un jour, sans doute, à nouveau sous les dents du monstre d’acier et recommencer ainsi son cycle. Le métal pouvant être refondu encore et encore, sans perte de ses propriétés, son usage est virtuellement infini. Outre son évidente nécessité écologique, le recyclage du métal comporte un autre avantage indéniable : il permet de substantielles économies d’énergie, car le traitement du minerai brut appelle l’utilisation de puissants courants électriques afin de séparer le métal de l’oxygène qu’il contient naturellement.

Déchet ultime

« Le but de Comet, c’est d’envoyer, après traitement, la plus petite quantité possible en décharge », explique Frédéric Peigneux, membre du comité directeur du groupe. « Nous travaillons à réduire considérablement la part de ce déchet dit ultime et nos efforts nous placent dans le top européen en la matière. » Avec un taux de valorisation proche de 90 %, tous pôles confondus, Comet fait bien mieux que la moyenne européenne (82 %), mais voit plus loin. « De futures normes vont nous pousser à augmenter encore ce taux, même si nous ne les avons pas attendues pour améliorer nos méthodes et affiner encore nos performances. »

Retour vers le Futur ? Des déchets qui produisent du carburant, c’est désormais possible !


Lorsqu’on envoie une voiture à la « casse », on pense encore qu’elle sera broyée et réduite à l’état de petit cube, telle une sculpture de César. Or, dans une voiture, entre 80 et 85 % de ses composants sont actuellement recyclés. Dès 2015, le seuil obligatoire passera même à 95 %. Pour atteindre cet objectif ambitieux, les techniques traditionnelles ne suffisent plus. Trop grossières, elles ne permettent pas un taux de récupération suffisamment élevé. Pour pallier ce manque, le projet Phoenix a vu le jour dans le cadre du plan Marshall. Il associe, entre autres, la société Comet à plusieurs acteurs technologiques wallons, dont le laboratoire GeMMe de l’Université de Liège. Au sein de celui-ci, un tout nouveau procédé de traitement par biométallurgie des résidus fins de broyage (moins de 1 mm d’épaisseur) a été mis au point dans le cadre de ce programme de développement durable. « Grâce à cette nouvelle technique, on va pouvoir aller rechercher des poussières de métaux jusqu’aux plus fines granulométries. Qu’il s’agisse de cuivre, de zinc, d’étain ou de métaux précieux, nous atteindrons un taux de valorisation encore inégalé », assure Frédéric Peigneux. En plus des métaux, le procédé, qui opère à basse température, permet également de séparer les matières organiques contenues, entre autres, dans les résidus des carcasses de voiture. Déchets qui, jusque-là, finissaient en décharge, faute de pouvoir les extraire. L’ambition affichée du programme est d’atteindre un taux de 97 % d’ici trois ans, audelà des exigences européennes. Si ce rendement est déjà une victoire en soi, il permet surtout d’envisager l’avenir sous de nouveaux horizons.

On estime à 5 millions de tonnes les résidus générés par an en Europe qui, faute d’une technologie adaptée, échappent au circuit du recyclage et finissent leur vie en centre d’enfouissement. Et ce chiffre va croissant. Rien que pour les véhicules hors d’usage, on estime que leur nombre continuera de progresser de 2,25 % par an pour atteindre 77 millions d’unités en 2030. Le traitement de ces « gisements » s’impose donc comme un enjeu à moyen terme pour une entreprise qui souhaite encore accroître son positionnement sur cette filière prometteuse, mais aussi aider, en bout de course, à diminuer fortement l’empreinte écologique des industries issues du secteur métallique. Concrètement, Phoenix participera à une réduction substantielle des déchets stockés en décharge tout en valorisant ces fractions organiques nouvellement récupérées. Enfouis en pure perte, ces restes organiques disposent pourtant d’un pouvoir calorifique important, soit l’équivalent à la tonne de plus de trois barils de pétrole. En démantelant totalement une voiture par exemple, on peut donc produire de l’énergie avec ses restes, voire en faire rouler d’autres !

Tout se transforme

Difficile d’imaginer que sa voiture, gourmande en carburant, puisse également en produire. Et pourtant ! Après une vie à avaler les kilomètres sur le bitume, un véhicule en fin de cycle, démantelé et concassé, peut produire des hydrocarbures. Comment ? Par craquage catalytique. Dit comme çà, cela peut paraître un peu barbare, mais le procédé, mis au point par un génial inventeur du Tournaisis, Marcello Fieni, récupère le précieux liquide contenu dans les mousses, textiles, caoutchouc et polymères qui composent nos bolides. Grâce à l’impulsion du projet Phoenix, Comet et ses partenaires ont poussé à l’extrême la logique de l’invention pour une utilisation industrielle.

À l’arrivée, des hydrocarbures assimilables à de l’essence et du diesel, et dont la conversion en électricité dans des moteurs de cogénération est en cours de validation au campus automobile de Spa-Francorchamps. En plus des hydrocarbures, le procédé de craquage catalytique produit un résidu solide carboné sec et friable, dans lequel les cendres et notamment les métaux, comme le zinc ou le plomb, n’ont pas été piégés. Cette particularité permet d’envisager leur séparation en vue de produire un carbone valorisable en sidérurgie.

Si le procédé de craquage a fait ses preuves, Comet entend pour autant ne pas vendre son carburant à la pompe dans les prochaines années : « Son utilisation a pour but de couvrir nos besoins en énergie en produisant de l’électricité sur nos sites, voire en alimentant notre flotte de camions. L’idée est d’atteindre rapidement notre indépendance énergétique, ce qui démontre aussi notre vision globale du traitement pour tendre vers un bilan énergétique neutre ou positif », conclut Frédéric Peigneux.

Dès 2013, grâce à un financement européen au travers du projet Ecoinnovation Biolix, une première unité industrielle de traitement des résidus de broyage sera installée sur le nouveau site industriel de Comet Traitements à Obourg et sera capable de traiter annuellement plus de 70 000 tonnes de résidus de broyage. Elle produira plus de 22 millions de litres de carburant liquide et 8 millions de mètres cubes de gaz. Leur conversion en électricité par cogénération dans des moteurs d’une puissance électrique totale d’environ onze mégawatts couvrira largement les besoins énergétiques de l’ensemble de la filière de recyclage des résidus de broyage. Cet investissement, qui assure un leadership belge et européen à l’entreprise, se traduira aussi par la création d’une cinquantaine d’emplois.

 

Comet en chiffres

www.cometsambre.be

Zéro émission ou mobilité ? Il ne faudra bientôt plus choisir. Ces pionniers développent un réseau de stations de recharge pour véhicules électriques et proposent des locations de voitures ou de vélos partagés. Le changement est en route…

La situation de départ ? Un business center juste un peu trop loin du centre de Louvain-la-Neuve pour y aller à pied ou en vélo. Surtout quand on travaille en complet trois pièces et qu’on ne peut pas commencer l’après-midi en sueur. L’idée première ? Mettre à disposition des vélos électriques partagés pour que le public « Corporate » descende rapidement au centre-ville et remonte, sans effort, sur l’Axis Parc de Mont-Saint-Guibert. Le concept ? Etendre l’offre des vélos électriques aux voitures partagées et développer un réseau de stations-services électriques. « L’idée a fait son chemin en écoutant et en regardant les employés du Parc dont j’assure par ailleurs le développement commercial, signale Charles Caprasse, co-fondateur de Ze-Mo. Il y a une demande croissante de déplacements courts, rapides, faciles, peu coûteux et peu polluants. Mais il faut admettre que même si les constructeurs (1) pensent de plus en plus aux développements des alternatives au moteur thermique, le réseau de « pompistes électriques » est encore très peu fourni. Ce n’est qu’une question de temps, poursuit Charles Caprasse. Nous avons remporté le marché pour l’équipement des communes d’Andenne, Rumes, Viroinval, Oheye et Mettet. On a rencontré un engouement certain à l’Ideta (2) qui rentre dans l’actionnariat de Ze-Mo. À terme, il devrait y avoir d’autres intercommunales autour de la table. » « Actuellement, ajoute Pierre Vanderdonck, co-fondateur de Ze-Mo, nous avons donc un plan d’installation d’environ 60 bornes pour une quarantaine de communes. Les signatures devraient tomber en ce début d’année… lorsque les nouveaux conseils communaux seront installés. Elections obligent. Par ailleurs, notre business model tient à cinq ans. Mais seule la réalité des chiffres nous dira si on avait rêvé juste. »

(1) La plupart des constructeurs se sont mis à l’électrique comme Renault, Peugeot, Citroën, BMW, Nissan, Smart, Hyundai, Honda, Ford… D’autres moins connus aussi comme Venturi, Tesla, Lumeneo.
(2) I deta : l’agence intercommunale de développement pour la Wallonie picarde.

 

Son impact environnemental étant l’un des plus faibles, la voiture électrique et son taux d’émission « zéro » est sans doute une solution à prendre en compte pour l’avenir.

 

Pour atteindre cet objectif de maillage complet du réseau automobile électrique, Ze-Mo a conclu un partenariat avec BlueCorner qui, subsidié à 90 % par la Région flamande, ambitionne de développer un réseau homogène de quelque 200 bornes. « Plutôt que de rester comme un village d’Astérix, nous avons mis en place, avec BlueCorner, un projet plus global pour ne pas nous faire souffler le marché des bornes interopérables. Comme le marché ne va pas penser la Belgique coupée en deux, nous devions voir plus large. Nous avons donc repensé le modèle et proposé également à l’AIE G de s’impliquer dans le développement des bornes avec des connexions plus larges. Le but étant de structurer notre maillage par commune via la place communale, les centres sportifs et culturels, les zones d’activités économiques, etc. »

Comment ca marche ?

« Pour les vélos ou pour les voitures, la procédure est simple. Comme une location de voiture partagée chez Cambio (voir par ailleurs) ou en partenariat avec Avis, chez qui on peut louer nos voitures Zéro Emission, précise Charles Caprasse, l’utilisation est tarifée en fonction de capacité de rechargement. »

Par ailleurs, si les voitures électriques offrent des performances qui se rapprochent de plus en plus de leurs devancières aux hydrocarbures — avec des couples et des reprises supérieurs — le problème de l’autonomie demeure crucial. « Actuellement, une voiture électrique ‘standard’ permet des étapes de maximum 150 km. Il faut donc adapter nos comportements et nos structures à cette contrainte, travailler au développement de bornes sur l’ensemble du territoire. Mais nous devons voir plus loin encore en créant des connexions avec nos voisins, comme Les Pays- Bas ou l’Allemagne. En sachant que l’idée est, à terme, de développer un maillage complet de distribution européen qui fonctionnera à l’instar du roaming en téléphonie mobile. D’ailleurs, la formule ‘Business’ des abonnements permet déjà un accès au réseau E-Laad aux Pays-Bas et Ladenetz en Allemagne. »

Et du cote des villes?

Le principe est simple. La commune met à disposition un espace pour l’installation des bornes par l’opérateur. Elles restent la propriété de celui-ci pour des raisons évidentes de maintenance et de mise à jour technologique. Ces bornes interchangeables peuvent donc être autant à la disposition de son personnel que du public, via une simple carte RSID.

Multiprise

Ze-Mo veut offrir un panel de services cohérent. La location de voitures et de vélos électriques et la recharge par des bornes à maximum 63 ampères (le « 16 ampères » domestique ne permet pas une recharge suffisamment rapide). « Nous voulons aussi proposer des espaces sécurisés pour que les véhicules soient préservés. Pour les potentiels acheteurs, qu’ils puissent choisir en connaissance de cause, nous développons un système de location temporaire de véhicules ». Dans le cas d’une flotte, l’acheteur, doit être bien en phase avec le modèle adopté. »

Et demain ?

Il est clair qu’avec la hausse des carburants pétroliers et la congestion croissante, la demande de mobilité est en mutation. L’offre devra donc s’adapter. Mais quid de l’oeuf et de la poule ? Une chose est sûre, la voiture ne va pas disparaître mais changer, tant dans sa forme que dans son utilisation. Son impact environnemental étant l’un des plus faibles, la voiture électrique et son taux d’émission « zéro » est sans doute une solution à prendre en compte pour l’avenir. Seule, pour les petits déplacements, dans un concept intermodal pour les longues distances… On vous tiendra au courant… ■   

 

Ze-Mo scrl, en bref

Ze-Mo scrl est composée de quatre administrateurs originels :

• Pierre Vanderdonck

Administrateur délégué de Steel SA;

• Charles Caprasse

Représentant de Wimesh, une société active dans les réseaux sans fil;

• Jean-Paul Gaspard

Actif dans les installations électriques industrielles;

• Guy Geleuze

Directeur général d’AIE G, l’Association Intercommunale d’Étude et d’Exploitation d’Électricité et de Gaz pour la province de Namur.

 

Son capital de base était de 20 000 €. En juillet, il passait à 160 000 €. Aujourd’hui, avec les nouveaux actionnaires, ce capital
avoisine les 800 000 €.

 

Cambio, premier opérateur du changement

« Cambio est un service de véhicules partagés qui a été lancé en Belgique par Optimobil Belgium en 2000, signale Frédéric Van Malleghem, son directeur. Les premières inscriptions et locations ont été lancées en Wallonie durant la Semaine de la Mobilité en septembre 2002. En 2003, c’était à Bruxelles, et, en 2004, en Flandres.»

Cambio est principalement installé dans les grands et moyens centres urbains et moins à destination des parcs d’activité. Le concept est également basé sur la variabilisation des coûts c’est-à-dire qu’on réserve une voiture quand on en a besoin et qu’on n’en paie que son utilisation. Pas besoin d’acheter la voiture. Et quand on sait que 70 % de l’empreinte écologique d’une voiture réside dans sa fabrication (entre autres par l’utilisation de 150 000 litres d’eau par unité !) et qu’une Cambio remplace en moyenne 10 autos, l’avantage environnemental des véhicules partagés est donc énorme.

Dans les faits, on voit que beaucoup d’utilisateurs encore dans la vie active abandonnent leur seconde voiture pour un abonnement Cambio. On voit aussi que certains troquent leur unique voiture contre un abonnement Cambio. Une mutation en termes de mobilité. Mais quid en termes de mobilité électrique ? Cambio avait entamé il y a quelques années une vaste étude pour sonder son public quant aux véhicules alternatifs. LPG, hydrogène, électrique. Aujourd’hui, une station pilote lance un test grandeur nature à Gand avec des véhicules électriques. Aux dires de Frédéric Van Malleghem, on constate que l’électrique n’a pas encore fait son chemin dans les mentalités. « C’est pour cette raison que des initiatives comme Ze-Mo sont intéressantes, poursuit le directeur de Cambio. Ces investisseurs sont des entrepreneurs sérieux et ils arrivent avec des idées fraîches et une vision nouvelle. Comme ils se concentrent essentiellement sur les zonings, ils proposent une offre qui est davantage complémentaire que concurrentielle à notre concept éprouvé. Bien sûr, dans un marché mature comme le nôtre on imagine bien qu’ils chasseront un jour sur les mêmes terres mais « ce serait stupide de jouer la simple confrontation, signale Pierre Vanderdonck. Notre territoire est trop petit et la demande trop faible pour être ennemis ». En revanche, si Cambio et Ze-Mo ont leurs spécificités, les moyens et gros centres urbains pour le carsharing principalement « pétrolier » et les zones d’activités économiques pour les voitures et vélos électriques, le consommateur pourra faire un mixte des deux réseaux d’offre. D’autant que ces deux sociétés ont le même concurrent : le désir persistant du citoyen de posséder son véhicule en propre. On parlait du changement de mentalités…

 www.cambio.be

Gembloux Agro-Bio Tech lance un projet multidisciplinaire d’envergure dont l’objectif ambitionne de réinventer l’agriculture. Rien de moins !

Au coeur de nos sociétés depuis des millénaires, l’agriculture n’a jamais connu autant de bouleversements depuis l’après-guerre. Motorisation accrue, usage intensif des engrais, pesticides, monoculture, surproduction, déforestation… Parallèlement à l’éradication de la famine sur notre continent, l’environnement et nos habitudes ont été profondément bouleversés. En cinquante ans, le nombre de personnes travaillant dans le secteur agricole est passé de 539 000 à 95 000 alors que la production connaissait un essor sans précédent. Rares sont les domaines d’activités à avoir autant évolué en si peu de temps, sans qu’une réflexion d’envergure n’accompagne toujours ces changements majeurs.

Face à ce constat, la faculté de Gembloux Agro-Bio Tech (ULg) vient de lancer un projet ambitieux. À l’initiative d’Éric Haubruge, son vice-recteur, « Terra » va s’atteler à repenser l’agriculture dans une approche globale. « Depuis toujours, nous travaillons à améliorer et comprendre le monde de l’agriculture au sens large, mais nos spécificités propres n’avaient encore jamais été mises en commun à ce point. L’originalité de Terra est de proposer une approche interdisciplinaire et multiple qui entend aborder les problématiques liées au monde agraire dans leur globalité. » Concrètement, plus de 200 chercheurs et professeurs vont travailler de concert autour de trois Centres d’Appui à la Recherche et l’Enseignement (CARE) : dans le domaine de l’environnement (Environment is life), de l’agriculture (Agriculture is life) et de la valorisation des agroressources (Food is life). Un budget de 20 millions € a été bouclé et les premiers bâtiments seront opérationnels dès 2014. « Mais on n’attendra pas encore deux ans pour démarrer nos travaux puisque le pôle agriculture est déjà à la manoeuvre, » avertit Éric Haubruge.

Anticiper le changement

Véritable moteur du programme Terra, Agriculture is life s’interroge sur les modes de production actuels et, surtout, en propose de nouveaux. En passant à un système de culture différenciée, en augmentant leur diversité, en modifiant l’environnement tout en prenant en compte la préservation et l’amélioration de la biodiversité… Les angles d’attaque ne manquent pas et sont toujours envisagés sous l’optique multidisciplinaire. « Concrètement, cela passera par l’expérimentation, sur nos terrains, de toute une série de nouveaux systèmes agricoles, explique Sarah Garré, Premier assistant et coordinatrice du projet. Qu’il s’agisse de réintroduire des barrières d’arbre dans les cultures pour lutter contre l’appauvrissement et l’érosion des sols, de réintégrer certains types d’animaux, de valoriser les déchets ou d’utiliser les nouvelles technologies de manière efficace. Toute une série de protocoles seront ainsi mis en place et testés sur le terrain, en grandeur nature. » Pas question en effet de rester dans un modèle purement théorique — reproche souvent fait aux études universitaires — l’objectif est bien d’apporter des solutions qui répondent directement aux besoins des agriculteurs ou des sociétés actives dans le domaine. La cinquantaine d’hectares qui borde la faculté sera donc mise à contribution pour mettre au point les modèles agricoles de demain qui penseront l’écosystème dans sa globalité, en proposant des alternatives. « En hiver, le sol de nos campagnes reste vide. Il n’y a que de la terre. Pourquoi ne pas faire en sorte qu’il y ait toujours une culture présente ? Pourquoi pas une culture d’engrais verts, une culture qui servirait à autre chose que du purement alimentaire ? Ce principe d’occupation des sols permettrait surtout à la terre de se régénérer progressivement, » complète Eric Haubruge. Le sol de nos contrées s’appauvrit dangereusement et l’usage massif d’engrais ou de compléments minéraux arrive doucement au bout de sa logique. Une diversité d’occupation permet en outre une préservation de la biodiversité, casse le paysage et stabilise le sol.

« En hiver, le sol de nos campagnes reste vide. Il n’y a que de la terre. Pourquoi ne pas faire en sorte qu’il y ait toujours une culture présente ? Pourquoi pas une culture d’engrais verts, une culture qui servirait à autre chose que du purement alimentaire ? Ce principe d’occupation des sols permettrait surtout à la terre de se régénérer progressivement. » 

 

Ce laboratoire en plein air permettra en outre aux agriculteurs intéressés de venir voir in situ l’évolution de ces expérimentations. « On ne peut pas rester enfermé entre nos quatre murs et imaginer de nouvelles méthodes sans y associer les premiers concernés ! De plus, à l’image de ce qui se fait déjà au GIGA (1) au Sart-Tilman, nous construisons des plateformes ou tous les doctorants sont dans la même pièce, peu importe leur discipline. Ils échangent ainsi leur point de vue, apportent d’autres éclairages sur les travaux de leurs collègues, apprennent les uns des autres, » poursuit le Vice-Recteur. Qu’il s’agisse de botanistes, de climatologues, de chimistes, de spécialistes en agronomie, tous tenteront, ensemble, d’apporter des solutions aux défis à venir : changement climatique, réforme de la politique européenne agricole, respect de l’environnement, collaboration avec les entreprises régionales… Un rôle que seule une institution comme celle-ci peut mener à bien : « nous, à l’université, nous pouvons tester et élaborer de nouveaux modèles car nous avons ce droit à l’expérimentation que l’agriculteur ne peut pas se permettre. »

Système alternatif

La situation actuelle de l’agriculture belge et européenne est caractérisée par des services de production peu diversifiés. On produit principalement de l’alimentaire alors que le monde pharmaceutique, par exemple, peut s’avérer un secteur de débouché alternatif. De nombreuses sociétés recherchent des produits de qualité à haute valeur ajoutée qu’il est possible de fournir à l’échelle locale. Tout en proposant des échappatoires face au diktat du marché (NDLR : rappelons-nous les dernières manifestations « laitières »). « Si j’achète du soja en Chine, je suis dépendant de leur production et soumis à l’extrême volatilité de ses prix. N’existe-t-il pas d’autres solutions à trouver ici en Europe ? » D’autant plus que le « produire local » devient un argument commercial de poids. La société wallonne attend naturellement de l’agriculture qu’elle réponde à la demande d’aliments en quantité et qualité, tout en participant à l’amélioration de l’environnement régional. De plus en plus de filières courtes et de productions labellisées se mettent en place en vue de satisfaire prioritairement cette demande locale. D’autres rôles, comme une participation accrue à la production énergétique, ainsi que de matières premières pour l’industrie sont pressentis. L’objectif du programme Agriculture is life vise donc à valider la pertinence de techniques alternatives de production agricole à l’échelle de la région. Tout en préservant et améliorant les ressources en eau et la biodiversité, en réduisant la dépendance énergétique des exploitations, en évitant la dissémination de substances toxiques dans l’environnement ou les aliments.

Mais si une partie importante des recherches sera conduite en plein air et dans des situations réelles, le côté laboratoire au sens strict n’est évidemment pas écarté pour autant. Ainsi, pour le projet Environment is life, les plantes seront étudiées à la loupe dans d’énormes caissons qui reproduisent parfaitement les conditions vécues sur le terrain. « Concrètement, les végétaux seront élevés dans des phytotrons de dernière génération, très sophistiqués, où nous pouvons contrôler tous les paramètres physicochimiques et biologiques. Des végétaux seront cultivés dans des cellules abritant un mètre cube de terre extraite sur des terrains précis. Des sondes et appareillages multiples feront varier et contrôleront la température, l’hygrométrie, la sécheresse du sol, l’ensoleillement… » explique Éric Haubruge. D’ici à 2014, huit stations expérimentales seront ainsi construites et capables de reproduire les climats extrêmes ou changeants et prédire comment une plante réagira aux changements à venir. Un outil précieux et onéreux, chaque cabine coûtant 400 000 €, mais totalement unique en Europe.

Enfin, le pôle Food is life, interrogera le secteur agroalimentaire sur la question de la valorisation des agroressources. De façon plus précise, il s’agira de réaliser les étapes de fractionnement des agroressources, de purification, de transformation, de fermentation qui constituent une étape clé pour le développement de biomolécules, à la fois dans une optique de recherche et dans une optique de soutien au développement des entreprises. Que ce soit en testant de nouveaux produits, de nouvelles techniques d’emballage, de conservation ou de production d’énergie. « Produire des céréales à but énergétique pose un vrai problème éthique en regard des milliers de personnes qui, chaque jour, meurent de faim. L’agriculteur produit de la nourriture, il n’est pas un pétrolier ! Cependant, certains sous-produits peuvent avoir une destination énergétique qu’il convient de creuser et tester », conclut le Vice-recteur.

Un projet d’envergure donc, qui doit générer une nouvelle dynamique de recherche au service de la société dans son ensemble. En substance toute la philosophie prônée à Gembloux. ■

Depuis un peu plus de 10 ans, a Vise, une structure innovante se développe avec succès. Djm, née dans un garage, conçue par un cuistot, compte désormais parmi les grands du marche web et mobile en Belgique.

L’entrée…

Dynamique et jovial, Dominique Maes, qui préfère de loin se faire appeler tout simplement Domi, est un entrepreneur épanoui. Rien a priori ne le prédestinait au métier qui l’occupe aujourd’hui. Domi a, à la base, une formation de cuisinier. Comment un futur chef (de cuisine) devient-il donc un jeune entrepreneur dans le monde du développement web ? C’est simple – ou pas ! Pour avoir suivi une formation de cuistot à l’École d’Hôtellerie et de Tourisme de la ville de Liège, des cours de gestion hôtelière au CERIA à Bruxelles et à la Haute-École de la ville de Liège pour terminer par un cursus en économie et gestion à l’ULg. De prime abord, on sent l’homme motivé et curieux. Toujours pas question d’informatique à l’horizon. Et pourtant, c’est bien par le biais de la cuisine que Domi tombe dans la marmite du web. En 1997, lors d’un stage à la célèbre Maison Troisgros (!), en France, que Domi – déjà innovateur – effectuait dans l’objectif d’élaborer un laboratoire de cuisson sous vide, il prend peu à peu conscience qu’Internet est le canal de distribution privilégié. C’est à partir de cette constatation qu’il s’informe et apprend en autodidacte, aidé par son frère Luc, informaticien. Malheureusement, son ambitieux projet de laboratoire tombe à l’eau suite à de nouvelles réglementations qui remettent en cause tout le business plan. Mais tout n’est pas perdu ! Entre-temps, Domi est entré de plain-pied dans l’univers du web et du graphisme. Tenace et passionné, il ne lâchera pas un si beau morceau.

Le plat de résistance

 Domi fonde djm en 1999, en tant que personne physique pour commencer. Dans la forme, il achète simplement un garage à Visé, près de la maison familiale. « Toutes les entreprises technologiques à succès aux USA ont débuté dans un garage », se plaît-il à souligner avec humour et une pointe d’autodérision. Et depuis, sa petite agence, devenue une sprl en 2007, ne cesse de se développer tout en gardant taille humaine. Elle occupe désormais 11 personnes dans un bâtiment moderne récemment construit tout autour et au-dessus du garage originel. Au niveau du contenu, sa petite entreprise offre des conseils et des services à haute valeur ajoutée dans les différents domaines du web et du mobile. La mission de cette petite équipe est simple : simplifier le web pour ses clients ! La formule est bien jolie mais que recouvre-telle concrètement ? En pratique, djm offre ses services pour la création de sites web classiques et de sites e-commerce efficaces, la gestion de campagne AdWords, l’élaboration de stratégies webmarketing et le développement d’applications mobiles, le nouveau marché porteur et dans lequel djm se développe de plus en plus. « On fait des sites web mobiles qui fonctionnent comme de véritables sites. C’est un métier très spécifique et pour lequel nous consacrons actuellement la majorité de nos forces et compétences. Ce nouveau média est très intéressant dans le sens où désormais, il se situe carrément dans la poche des gens ! »

 

Cette petite entreprise offre des conseils et des services à haute valeur ajoutée dans les différents domaines du web et du web mobile. 

La philosophie de djm est simple explique Domi. « On part de la problématique du client et on trouve la solution technologique adéquate et la plus simple possible en fonction de ses besoins. La technologie n’est qu’un moyen, elle est au service du contenu et pas l’inverse. Nous nous adaptons au client. Ce n’est pas à lui de s’adapter à une technologie que nous lui vendrions clé sur porte. » Et d’ajouter. « Nous n’avons pas de commerciaux professionnels. Tous les membres de l’équipe sont des professionnels du web, du développement et du graphisme. Tout ça pour dire que la personne qui expliquera le projet au client saura parfaitement de quoi elle parle puisqu’elle sera directement impliquée dans le développement de celui-ci. »

L’accompagnement  

L’autre atout de djm, en plus de son équipe interdisciplinaire et de sa philosophie de travail, c’est sa grande flexibilité. Totalement dédiée au digital, la petite société, si besoin est, n’hésite pas à s’allier avec des partenaires spécialisés dans d’autres domaines afin d’offrir le service et le produit le plus complet possible. « Nous sommes le contraire de l’entreprise rigide. On aime s’entourer de compétences diverses », explique Domi.

Prenons notamment l’exemple du partenaire principal The Ring Ring Company, cette société spécialisée dans l’intégration d’applications de téléphonie interactives et sms. C’est avec elle que djm a conçu et développé la très apprécié apps bpost Mobile Postcard (voir encadré). Djm a créé le concept, l’a développé et assure le suivi tandis que Ring Ring se charge plutôt de la gestion des projets et des contrats. Pareillement avec l’application Belfius Travel (voir encadré), mais aussi beaucoup d’autres, telles que Pizza-Hut, l’Otan, etc.

Le dessert

Un autre projet important en cours chez djm, c’est le fameux projet Pivot initié par le CGT (Commissariat général au Tourisme de la Région wallonne). « Ce projet me tient particulièrement à cœur, je l’avoue. Il allie l’application mobile et le tourisme, c’est très intéressant pour nous de créer des produits mobiles et web pour ce domaine. C’est un investissement dans l’avenir. » Pour résumer rapidement, Pivot est une base de données et un agenda créé afin de rassembler de manière cohérente et structurée les informations touristiques (hébergement, attractions, itinéraires…) de chaque région de Wallonie. « Sont en cours de développement les sites et applications pour l’Office du Tourisme de Spa, du Pays de Herve, de Namur, de la Basse-Meuse, de Outhe- Emblève et de plusieurs villes dans le Brabant wallon. Cela progresse pas mal », confirme Domi, confiant.

Et il peut l’être, car le marché du mobile dans lequel il investit tant d’énergie et de savoir-faire est en constante évolution et se généralise de plus en plus. « Je suis content, car contrairement à ce qu’on pourrait penser, il n’y a pas que les grosses boîtes qui font appel à nos services. Les petites et moyennes PME se rendent compte de l’importance de ce média et s’ouvrent à la nouvelle technologie. Et comme nous nous adaptons à l’entreprise, quelle que soit sa taille et son importance, nous restons toujours accessibles », rassure le « chef » de djm. Ce qui est certain en tous cas, c’est que pour cette petite structure innovante, flexible et humaine, le parcours vers le succès est bien entamé. ■

 

Belfius Travel

Djm travaille également sur cette application pour Smartphone et tablette. Belfius Travel possède neuf fonctions spécialement destinées à vous faciliter la vie lors de vos voyages telles que la gestion de cartes de crédits, un coffre-fort électronique pour vos documents importants, un système de recherche de distributeurs de billets, un convertisseur de monnaies, la consultation de votre compte bancaire, une check-list de voyage (surtout, n’oubliez rien !), etc. www.belfius.be

bPost Mobile Postcard

Vous avez déjà du voir les pubs a la telle. La nouvelle application mobile de bPost est un véritable phénomène à succès, et c’est notre agence liégeoise qui en est à la source. Le concept est on ne peut plus simple : vous êtes en voyage, face a un superbe paysage ou dans un lieu insolite et vous voulez partager ce moment unique ? L’application bPost Mobile Postcard vous permet de photographier cet instant avec votre Smartphone. Celle-ci se retrouvera des le lendemain sous la forme d’une véritable carte postale dans la boite aux lettres de votre destinataire. Un clin d’œil hautement plus personnel que la carte postale bon marche, rarement esthétique vendue au coin de la rue. www.bpost.be

Rencontre avec Alterface, une entreprise wallonne qui a des briques technologiques dans le ventre.

Après une dizaine d’années d’existence, Alterface s’amuse d’amuser le monde entier. Leader dans le marché de la conception de systèmes multimédias interactifs pour les parcs d’attraction et scientifiques, cette société issue d’un département « Recherche » de l’Université de Louvain (UCL) est passée maître dans l’art technologique du cinéma interactif ou cinemaction. Un outil de divertissement grâce auquel réalité et virtualité s’interpellent et se jouent l’une de l’autre. Derrière cette performance, le moteur logiciel breveté Salto, un maître de cérémonie interactif qui, au cours d’une at traction, orchestre l’allumage des lumières, la projection des images, le son ou les effets spéciaux. Un système intelligent et capable d’évoluer en fonction des actions des utilisateurs. « Le principe est sophistiqué mais simple d’utilisation, précise Benoît Cornet (CEO). Pour exemple, nous avons un système où un dinosaure est enfermé dans une cage virtuelle et regarde les visiteurs passer. S’ils font des mouvements amples, ça l’énerve. Le dinosaure devient agressif et veut sortir de sa cage en cassant la vitre. Au contraire, lorsque les visiteurs bougent peu ou lentement, et les enfants le comprennent très vite, le dinosaure est en mode repos. » Si la technologie à la base de cette animation est relativement limitée, l’effet est magique et surprenant. « Nous travaillons sur la perception des gens et nous passons très vite le relais à l’imagination humaine. » Qui, elle, n’a pas les limites d’un logiciel, aussi perfectionné soit-il.

Train fantôme et maison hantée

 Le logiciel Salto est une des « briques technologiques » d’Alterface. Il a permis la conquête des parcs d’attractions des États-Unis jusqu’en Chine en passant par le Moyen- Orient. Les maisons hantées les plus dingues et les trains fantômes les plus affreux sont pensés et conçus par les ingénieurs-informaticiens et designers d’Alterface. Une entreprise qui se recentre sur les parcs d’attractions après avoir travaillé également avec des centres d’interprétation scientifiques. Un secteur moins porteur et un environnement nettement plus contrôlé dans lequel la créativité d’Alterface se heurtait au travail cadré des développeurs de musées. Dans les parcs d’attractions, le grain de folie d’Alterface est recherché. « Nous avons alors développé des produits comme le train fantôme (Dark ride) dans lequel les gens réagissent avec le décor et des écrans installés sur le parcours. Le succès est énorme et tous les parcs en veulent. La maison hantée interactive est aussi une spécialité de la maison. Nous cherchons en permanence. Nous avons à notre disposition toute une série de briques technologiques et le travail consiste à trouver une idée fédératrice pour mettre ces briques ensemble. Aujourd’hui, nous maîtrisons suffisamment la technologie pour faire des attractions non plus pour la technologie mais pour l’émotion qu’elles suscitent. »

Avant l’heure, c’est pas l’heure

 Le succès d’une entreprise, c’est aussi une affaire de timing et Alterface a toujours su attendre son heure. Des idées, c’est bien. Mais des idées au bon moment, c’est mieux. Comme l’explique Benoît Cornet, dans le domaine de la création, il faut avoir une certaine résilience pour tenir et ceux qui réussissent sont ceux qui ont été assez résistants pour attendre que le succès arrive. Ce fut le cas pour le train fantôme et ce sera demain le cas pour d’autres projets qui, après avoir été imaginés dans les bureaux de Louvain-la- attendront sagement dans leurs cartons que leur temps arrive. Pragmatique, pour cette raison, Benoît Cornet hésite à remettre le site Web de l’entreprise à jour. Alors que les animations ludo-éducatives étaient un peu rangées au placard, le département créatif d’un groupe international spécialisé dans le divertissement vient de solliciter Alterface pour « un truc » susceptible d’attirer les visiteurs dans des Sea Life (aquariums) d’un genre nouveau. « Dessine-moi un poisson ! », une animation pensée il y a déjà plusieurs années par l’équipe d’Alterface refait donc surface. « On aimerait parfois faire table rase du passé mais les choses reviennent parfois avec une telle force. Il faut toujours avoir une idée à l’avance. » Et ne jamais l’abandonner. Après l’heure, c’est encore l’heure.

Pour tenir sa place de leader, Alterface fait preuve, comme ses systèmes d’animation, d’une réactivité extrême. Il en va du goût des gens pour les divertissements comme il en va des modes. Hier, les fêtes foraines montées sans souci de cohérence, aujourd’hui les parcs à thème avec une orientation ciblée. Il faut s’adapter. Mais il est une chose qui ne change pas avec le temps : « Le public aime qu’on lui raconte des histoires. » Et Benoît Cornet de donner en exemple les jeux vidéo qui sont toujours « hyper scénographiés et storyboardés. Pensez à la Princesse Zelda ! » Cet attrait pour les histoires se retrouve dans les parcs à thème. C’est le cas de Phantasialand en Allemagne pour lequel Alterface a conçu le train fantôme « Maus au chocolat ». Une histoire pourtant à dormir debout dans laquelle des souris envahissent une boulangerie dans le Berlin de 1900. Le visiteur a une seule mission : tirer à l’aide de poches à crème fraîche des boulettes de chocolat sur les petites bêtes qui ont « foutu le boxon » dans la boulangerie. C’est une histoire simplissime car il est important que le visiteur comprenne rapidement ce qu’on attend de lui. Il n’a effectivement que quelques secondes pour réagir aux stimulations multimédias qui lui sont proposées. Action-réaction en temps réel.

Equilibre entre virtuosité et efficacité

 Rien ne sert de développer une technologie sophistiquée si elle ne s’avère pas efficace. Alterface l’a bien compris et construit ses projets en tenant compte de trois fondamentaux auxquels il est impossible de déroger. Première règle, le visiteur doit comprendre rapidement le principe du jeu. L’interaction doit être naturelle et facile (comme tenir un revolver et tirer). Seconde règle, une action est suivie d’un résultat immédiat et visible. Troisième règle, un travail doit toujours être valorisé et récompensé (une photo souvenir par exemple). Une récompense individuelle car, précise Benoît Cornet, quand on joue, on joue pour soi et on apprécie un retour personnel. « C’est le cas pour le cinemaction Desperados, une histoire de cow-boys dans le grand Ouest américain. Le but du jeu ? Nettoyer une ville aux mains de bandits. Pendant l’attraction, des photos sont prises et quand le “Doc” énonce les résultats des tirs, un projecteur éclaire la tête du meilleur joueur. Tous les regards se portent alors sur lui ; les gens adorent, ça les galvanise. »

L’observation, une quatrième règle qu’aurait pu mettre en avant le CEO d’Alterface. Pour concevoir des jeux qui répondent aux attentes des visiteurs, il faut s’intéresser à leur comportement et l’analyser. Parmi les observations réalisées, certaines sont assez anecdotiques mais ont toujours un sens et une influence sur la stratégie commerciale de l’entreprise. Dans un parc d’attractions, quel est le rôle de la femme dans une famille archétype européenne avec deux enfants ? La constatation est que Monsieur fait office de troisième enfant tandis que Madame se tient souvent en arrière, chargée des manteaux et des sacs. Devant une attraction, si Madame fait une vilaine moue, Monsieur renoncera. « C’est donc Madame que nous devons convaincre », précise Benoît Cornet. Une bonne raison pour engager des femmes, trop rares dans le métier. Aujourd’hui, Alterface, c’est une équipe de vingt-quatre personnes en basse saison dont une directrice artistique, la seule femme, six personnes aux États-Unis et une petite équipe commerciale autonome en Chine. Tous sont passionnés de séries télévisées, de cinéma, d’univers fantastiques et d’électronique. Aucun ne déprime. La demande est forte et le travail ne manque pas. « Nous revenons du Salon de Berlin et le business n’a jamais été aussi bon malgré une concurrence agressive et des imitateurs. » Cependant, les choses ne sont pas aussi lisses qu’il y paraît. « Il faut parfois quatre ans pour qu’un projet voie le jour. » Pouvoir attendre est vital. D’où la nécessité de s’appuyer sur des produits en nombre, qui évoluent et ne se démodent pas avant que le projet aboutisse.

Alterface s’exporte bien

Chez nous, les parcs régionaux d’attractions « marchent » très fort et, notamment, dans les zones économiquement défavorisées « parce que les gens n’ont pas les moyens de partir ailleurs », précise Benoît Cornet. Dans les Émirats arabes, les installations dans les centres commerciaux poussent comme des champignons. Les familles aisées les plébiscitent car elles y envoient leurs enfants jouer en compagnie de la nounou tandis qu’elles dévalisent les boutiques de luxe. Un marché s’est également ouvert dans des pays « pas tout à fait démocratiques ». C’est le cas de la Corée du Nord où le nouveau leader, pour se donner une image plus douce, s’est fait photographier en galante compagnie dans un parc d’attractions. « Il ne peut pas être un mauvais gars s’il peut s’amuser ! », ironise Benoît Cornet. Ou encore la Chine dont le gouvernement tente de faire émerger une classe moyenne à qui il faut donner les moyens de se divertir. En Europe, les pays qui sont en reconstruction après avoir vécu des périodes politiques difficiles et d’appauvrissement collectif (comme la Pologne ou la Biélorussie) sont également un marché important. Les nouveaux dirigeants souhaitent améliorer la qualité de vie de leurs citoyens en créant des infrastructures de bien-être dont des parcs d’attractions. L’avenir d’Alterface ? Poursuivre sur sa lancée et se positionner comme le spécialiste mondial du cinemaction, un cinéma 5Di pour image en relief, son, mouvement et interactivité. ■  

Derrière un grand homme se cache toujours une femme. À L’Air du Temps, pas de préséance. Carine n’est ni derrière ni devant mais bien aux côtés du culinairement inénarrable Sanghoon Degeimbre. Histoire d’amour et de gastronomie à reculons.

Épilogue : La fin n’est que le début

Carine Degeimbre, la « patronne », laisse sans regret la brillance aux deux étoiles Michelin du restaurant. Le succès de San, son Chef de mari, elle le partage sans qu’il en soit fait état. Elle sait ce qu’il en est. Dans la restauration, la réussite n’est jamais solitaire. De deux en 1997, l’équipe est passée à quinze en 2013. Aujourd’hui, Carine est responsable de la gestion administrative et comptable de ce qui tend à devenir une entreprise où excellence gastronomique, terroir, hospitalité et apprentissage feront un tout explosif de plaisir. Abandonner le service en salle : « un mal pour un bien » pour celle, spontanée, qui aime le contact humain. La montée en puissance du restaurant méritait le sacrifice. En cuisine, San invente tranquille, la maison est bien gardée et les factures payées à temps. Quant aux instants privilégiés passés avec la clientèle, les retrouvailles sont planifiées pour ce printemps lorsque Carine s’assurera, au petit déjeuner, que les hôtes des cinq chambres récemment ouvertes à l’étage sont heureux comme des carottes dans le potager.

Épisode 2013 : Le rêve, Liernu

Une ferme d’architecture rurale traditionnelle, des terres à la campagne, des annexes de charme pour s’étirer à l’envi… San et Carine en ont rêvé en s’épongeant le front pendant quinze années. Combien de kilomètres parcourus entre les tables d’un premier et modeste (en taille) restaurant pour franchir la ligne séparant la fiction de la réalité ? Chez les Degeimbre, on ne compte pas, on bosse. « Je pense être un excellent commis ». Dans la grammaire technique et humble de Carine, « commis » signifie « exécutant sans responsabilité », un poste utile en cuisine. Retrousser ses manches n’est pas déshonorant. En déplacement à Melbourne, Carine a souhaité accompagner San. « Si tu viens », lui avait dit son mari, « tu remplaces un homme ». Ainsi, Carine a vu Melbourne et ses cuisines dans lesquelles elle a travaillé comme un homme. Qui pourrait croire que, pour arriver jusque Liernu, le chemin n’a pas été à paver ? Le restaurant rêvé de Liernu est-il un aboutissement ? Carine le souhaite à défaut d’y croire. San aura le dernier mot de toute façon. Car, comme le dit son épouse : « San, c’est l’accélérateur et moi, je suis le frein. Mais ce n’est pas pour autant que je n’aime pas foncer et quand on a l’a fait, sans toujours savoir au départ vers quoi on allait, on était deux. »

Épisode 1997-2013 : La Voie lactée, Noville-sur-Mehaigne

Une déclaration lucide pour cette femme sans chichis qui avoue d’autre part que, sans sa rencontre avec San, elle aurait probable ment quitté le métier pour se réorienter, pourquoi pas, vers l’enseignement. Il en a été autrement. Quand, en 1997, San a senti les murs se rétrécir, il fut temps de partir. Charleroi, bye, bye. Carine, confiante, quitte aussi son emploi. Le jeune couple achète, à Noville, une maison sur la chaussée dans laquelle ils ouvrent leur premier restaurant. « Nous n’avions pas investi des masses, nous n’avions pas peur. » Carine est le maître d’hôtel et, en avant-poste, le « goûteur » officiel le plus objectif. Trois ans plus tard, au téléphone, un journaliste les avertit que San décroche sa première étoile au Guide Michelin. « On entrait dans le guide et déjà avec une étoile. À l’époque, j’étais enceinte d’Émilie et, du jour au lendemain, plein de monde. Nous n’étions que deux en salle. J’étais crevée. La nouvelle a fait le buzz : un petit restaurant qui ne paye pas de mine, vingt couverts seulement, sans salon, récompensé pour l’assiette. » Suivie d’une seconde consécration huit ans plus tard. L’Air du Temps acquiert une notoriété méritée. La clientèle se diversifie, se « luxifie » aussi. Carine garde la tête froide et ses « sourires restent les mêmes pour tout le monde. » Liernu est en germe.

Épisode 1987-1997 : Le Berceau, Charleroi

Le 7 septembre 1987, Carine fête ses vingt ans et, diplômée de l’École hôtelière de Fleurus, signe, le jour même, son premier contrat d’embauche à La Bruxelloise, un restaurant de Charleroi. À l’époque, San travaille pour le même patron, dans la même ville mais dans un autre restaurant. La rencontre est inévitable. San est bouillonnant et place la barre très haut. Il a de l’ambition pour deux et une vocation pour la perfection. Carine l’encourage et se dit prête à lui emboîter le pas. Ce qu’ils font bien pour les autres, pourquoi ne le feraient-ils pas pour eux-mêmes ? San est reconnu comme sommelier, il ne cuisine pas encore mais, en observant patiemment, il s’est forgé une idée précise de ce que pourrait être « sa » cuisine. Ensemble, ils partent à la recherche d’un bâtiment qui pourrait accueillir leur restaurant, accessoirement leur foyer. Estelle a six ans, Manon – en hommage aux pralines dont sa maman raffole — va naître. Ils recherchent une maison, bien visible, en bord de route, facile d’accès. Ne pas prendre trop de risque. Leur choix se porte sur Noville. Ce n’est pas le coup de foudre mais juste pratique et stratégique. La suite est inespérée. L’histoire d’amour et de gastronomie est en marche.

 

Bio-express

Septembre 1987 : premier job, Carine a 20 ans exactement.
Mars 1991 : naissance d’Estelle.
Septembre 1993 : rencontre de San à Charleroi.
Mai 1997 : naissance de Manon.
Juillet 1997 : ouverture du premier restaurant à Noville-sur-Mehaigne.
Janvier 2000 : 1ère étoile Michelin.
Juin 2000 : naissance d’Émilie.
Novembre 2008 : 2e étoile Michelin.
Janvier 2013 : ouverture de L’Air du Temps, à Liernu.

 

Renseignements

L’Air du temps
Rue de la Croix Monet 2
B-5130 Liernu (Éghezée)
+32 (0)81 81 30 48
[email protected]
www.airdutemps.be

 

Pluie de Star-lettes

San les a repérées dans son ciel étoilé. Elles scintillaient plus que les autres. « Elles », ce sont les artisans et productrices qui gravitent autour de L’Air du Temps. Moment avec deux d’entre elles.

Ben l’hyper douée

Une sacrée nana aux mimiques attachantes. D’emblée, elle vous lâche que « tourner » lui a sauvé la vie. Nous n’en saurons pas plus mais c’est suffisant pour comprendre que Ben, la potière, voue un amour viscéral à la terre qu’elle façonne en objets utilitaires. Son mari, élève à la San’ School, avait confié au Chef que « Ben faisait des choses extraordinaires ». Curieux, San se déplace jusqu’à son atelier. Le courant passe entre les deux artistes. Bols, assiettes plates et profondes, formes d’inspiration coréenne ou classique, la vaisselle naît entre les mains de Ben et se remarque sur la table de San. Comme la boîte à café, rebaptisée « la boîte de L’Air du Temps » qui surprend le convive en fin de repas. Une idée de San sur une interprétation de Ben à partir de grès « chamottés » en provenance des Argilières Hins à Saint-Aubain (Florennes). De la céramique possédée par la sensibilité de Ben.

Véronique la reconvertie

Elle eut une autre vie professionnelle. Elle l’a oubliée. À ce jour, elle pense tout le temps à L’Air du Temps. Lors de chaque salon du design, chaque foire de l’ameublement et de la décoration, Véronique cherche des meubles, des objets ou des accessoires contemporains que l’« on ne voit pas ailleurs ». Pour sa boutique improbable mais aussi pour le restaurant de ses amis. Plus que n’importe qui, elle connaît sur le bout des doigts les goûts de San et Carine. Le mobilier de Liernu, c’est elle en grande partie qui l’a suggéré et trouvé. Son inclination pour les tendances scandinaves est aussi naturelle que le bois clair de la longue table d’hôte installée dans une des salles à manger. Il arrive même qu’un accessoire original trouvé par cette dénicheuse invétérée soit l’occasion de créer un plat assorti. L’Air du Temps : un compromis entre épure asiatique et design de la nature.

 

Renseignements

Ateliers Bibenbou
Rue de la Cure, 13 - B - 1350 Jauche
+32 (0)19 63 72 96
[email protected]
www.bibenbou.be

Au détour du chemin
Véronique Lemage
Ferme de Ghlin - Rue du Village, 147
B - Noville-sur-Mehaigne
+32 (0)81 74 70 36
www.addc.be

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Jamboise, wallonne, mère de famille, femme d’idées, journaliste, chef d’entreprise, défendeuse des PME et de l’industrie alimentaire dans le sud du pays… Il y a en autant d’étiquettes qui collent à la peau de Fabienne Bister que sur ses pots de moutarde. Attention, propos épicés !

Si elle est sortie des Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix, à Namur, avec une licence et un maîtrise en sciences économiques et sociales en poche, le parcours en bord de Meuse de Fabienne Bister est loin d’être un long fleuve tranquille. Au début de sa carrière, elle quitte même assez souvent ses pénates pour Paris et l’Algérie. Elle travaille alors comme journaliste spécialisée dans le franchising, mais aussi comme consultante. En janvier 1991, elle effectue une courbe rentrante et rejoint la moutarderie familiale à la direction de laquelle elle s’installe quatre ans plus tard. Depuis, elle est sur tous les fronts. Tout en veillant matin et soir sur les petits pots épicés, elle échafaude de nouveaux plans de campagne, bataille en faveur des PME wallonnes, défend l’industrie alimentaire dans le sud du pays et regarde comment le monde évolue. Chemin faisant, elle trouve encore l’énergie – et surtout la volonté – de repousser les offres de reprise des concurrents qui l’assaillent continuellement. Car ce n’est pas demain que l’entreprise fondée par son grand-père vendra son âme, foi de Jamboise !

À la fin de ses humanités, pourtant, c’est à un avenir plus serein que songeait Fabienne Bister. L’architecture et la décoration d’intérieur tapissaient alors ses rêves encore flous de jeune fille. Mais son père, qui avait le nez fin – normal, direz-vous, quand on dirige une moutarderie –, lui tint à peu près ce langage : « Essaie d’abord sciences éco. Si tu rates, tu pourras faire l’architecture d’intérieur ». À ces mots, la jeune fille ouvre la porte de la première candi et laisse… la spirale du succès la happer. « Réussir ses études, dans la famille, ce n’était pas un choix, mais une évidence », note celle dont le parcours professionnel est aujourd’hui cité en exemple dans la « cellule des anciens » des Facultés Universitaires.

« Peu après mes études, j’ai été repérée par Michel Hansenne, alors ministre de l’Emploi et du Travail, qui m’a fait entrer dans son cabinet, mais la politique ce n’est pas mon truc. C’est pourquoi j’ai accepté l’offre du journal L’Echo, qui trouvait intéressant d’utiliser des économistes pour alimenter ses rubriques plutôt que des journalistes. J’ai toujours eu une bonne orthographe », précise Fabienne Bister, qui s’arrête un bref moment – sans doute a-telle une pensée pour sa mère qui la soumettait au régime d’une dictée par jour –, avant de reprendre : « Parallèlement à cette activité de journaliste, j’ai également travaillé comme consultante, notamment pour la Banque mondiale pour laquelle je suis allée en Algérie. J’avais une de ces trouilles ! À un point tel que je me suis forcée à suivre une formation complémentaire en gestion de la timidité. »

Fin des années 80, cependant, elle fait une rencontre qui s’avérera décisive pour la suite de sa carrière. On connaît la citation du romancier et critique Jules Janin : « Le journalisme mène à tout à condition d’en sortir. » Henri Mestdagh, le patron du groupe de distribution qui était client de la moutarderie Bister la connaissait également. « Pourquoi ne reprenez-vous pas l’entreprise familiale à la suite de votre père ? », lui suggéra-t-il. « Cet encouragement me stimula. Il faut dire qu’à ce moment-là, les affaires allaient moins bien. Je me suis dit que si j’attendais, il serait trop tard. Je me suis donc attelée à l’élaboration d’un plan de redressement de l’entreprise que j’ai présenté à mon père et à mon oncle, les deux principaux actionnaires, qui l’acceptèrent. J’ai poursuivi mes activités de journaliste en free-lance à mi-temps, puis, début 1995, j’ai succédé à mon père à la tête de l’entreprise. »

Home sweet home ?

L’expression n’est pas la plus appropriée pour qualifier le quotidien de Fabienne Bister au sein de l’entreprise jamboise. « Je consacre bien sûr beaucoup de temps à la bonne marche et au développement de la moutarderie, mais la gestion professionnelle des liens émotionnels n’est pas le moindre des challenges quand on est à la tête d’une PME familiale d’une quinzaine de travailleurs, souligne-t-elle. Heureusement, je ne vis pas que dans et pour mon usine. Quand les problèmes quotidiens m’en laissent le temps, je me bats pour aider les PME . C’est ma passion, mon bénévolat social à moi. Comme d’autres femmes font du tricot… » Parmi ses nombreux mandats, ceux dont elle a eu la charge au sein de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB). Pendant quatre ans, la Namuroise a ainsi présidé la commission des PME. Mais, surtout, elle fut la première femme belge à avoir été vice-présidente de la FEB. « Il fallait une femme, une Wallonne et une responsable de PME . Je répondais aux trois critères », explique celle qui s’est notamment battue pour que les travailleurs soient représentés dans les PME. « Mais pas forcément par le biais d’un syndicat, au contraire ! », nuance-t-elle.

En 2010, Fabienne Bister est nommée présidente de Fevia Wallonie, l’aile wallonne de la Fédération de l’industrie alimentaire belge, à laquelle elle essaie d’insuffler une nouvelle dynamique. « Un secteur qui est de plus en plus important dans notre pays et qui résiste bien à la crise, car constitué de nombreuses petites entreprises dont la souplesse permet mieux de s’adapter au marché. »

À l’Union Wallonne des Entreprises, où elle exerce également plusieurs mandats, son franc-parler touche les esprits. Son combat ? Il a pour échéance 2020 : « Que la Wallonie ne dépende plus de la Flandre, qu’elle retrouve son indépendance financière ! Comment ? Non pas en s’obstinant à aider le secteur de la sidérurgie, mais en misant sur les PME . Nos entreprises ont un atout majeur : leur savoir-faire. Il faut les encourager à croître. Il y a dans le sud du pays une très forte concentration d’universités, donc un gros potentiel de développement économique, notamment via les spins off », lance celle qui réfute l’idée préconçue selon laquelle l’herbe serait plus verte ailleurs. « Au contraire de la Flandre, la Wallonie a encore de nombreux terrains accessibles à bas prix. À Achêne, petit village de l’entité de Ciney où notre moutarderie va déménager cet été, le terrain est à 16 €/m². Près d’un noeud autoroutier ! »

Le sujet monte de plus en plus au nez de Fabienne Bister. Impossible de la tenir par la bride, le terrain socio-économique est trop propice au galop. « Le problème de la Wallonie, c’est le piège à l’emploi, martèle-telle. Comment voulez-vous encourager un chômeur à trouver du travail quand il touche 900 € sans rien faire alors que certains travailleurs en gagnent à peine 1 200, somme à laquelle ils doivent retirer les frais de voiture ou de déplacement ? J’estime qu’un débutant doit gagner au minimum 1 500 € ! » Comment y arriver ? Sur ce sujet, la responsable d’entreprise rejoint les partisans d’une réforme énergique dans le nord du pays. « En diminuant les charges sociales ! Le chômage est un droit essentiel, mais il doit retrouver sa fonction de filet de sécurité. Il faut le limiter dans le temps et l’économie réalisée doit servir à mieux payer ceux qui travaillent. Moi-même, en tant qu’administratrice déléguée de la moutarderie Bister – L’Impériale, j’aimerais que mes employés et ouvriers gagnent davantage ! Aujourd’hui, les gens ne commencent à travailler pour eux-mêmes qu’à partir d’octobre. Jusque fin septembre, ils nourrissent l’état et la sécurité sociale… »

Un peu d’histoire

L’histoire de la moutarderie Bister – L’impériale débute officiellement en 1926 à Jambes, avec François, le grand-père de Fabienne. Un homme d’entreprise qui, dans l’entre-deux-guerres, décida de se lancer dans la torréfaction de la chicorée. Las ! La soudaine montée des eaux de la Meuse en décida autrement. Qu’à cela ne tienne, Franz, lui, débordait d’idées. Le hasard l’amenant devant une moutarderie et la recette – soigneusement protégée – de L’Impériale, il décide de racheter stock, machines et camions et de se lancer dans une nouvelle aventure. Tirée d’abord à la louche, par l’épicière, d’un gros pot en grès, la moutarde trouve ensuite refuge, avec l’arrivée des selfservices, dans les fameux pots en forme de grenade Mills – qui n’ont aucun lien de connivence avec le gaz moutarde ! – inventés par François et qui trônent encore aujourd’hui sur de nombreuses tables belges. La route de l’épice est ouverte et, après Jean, le fils de François, c’est donc Fabienne qui fait tourner l’entreprise. Au fil des ans, son activité s’est bien sûr élargie puisque le nom de Bister est désormais lié à une quarantaine de sortes de moutarde, dont les plus connues sont L’Impériale, bien sûr, et la moutarde de Dijon – qui n’est pas une appellation d’origine mais une recette obtenue à partir d’une seule variété de graine. L’usine de Jambes produit également des sauces froides (Piccalilli…), des oignons, des cornichons, des câpres, etc.

« En 2002, afin de bénéficier d’une image de marque française, nous avons construit une deuxième usine en Champagne, près de Troyes », explique Fabienne, qui essaie toujours de se démarquer en développant de nouveaux produits. « Nous y produisons surtout des moutardes bios, un concept sur lequel nous travaillons depuis 1997. Soit deux ans avant la crise de la dioxine et donc la concurrence ! »

Cet été, cependant, les bons vieux bâtiments de la rue de Francquen, qui ont vu défiler des millions de pots durant trois générations, vont être abandonnés. L’entreprise, en effet, prépare son déménagement à Achêne (Ciney), dans un ancien bâtiment industriel réaménagé. Une séparation douloureuse mais inévitable. « Depuis le rachat, en 2007, des activités condiments de la vinaigrerie wavrienne L’Etoile, nous sommes vraiment à l’étroit. En plus, les locaux sont peu pratiques, obsolètes et nos camions sont source de nuisance pour le voisinage. Nous serons bien mieux dans ce zoning où nous disposerons des 1 700 m² existants ainsi que d’une extension de 1 100 m². »

Alors, en route pour une nouvelle aventure ? « On n’est pas nécessairement conditionné pour diriger une entreprise familiale toute sa vie », répond la patronne, qui ne cache pas qu’elle reçoit régulièrement des propositions pour aller exercer ses talents dans d’autres sociétés. « On m’a proposé jusqu’à 10 fois mon salaire… » Une dernière question s’impose donc. Y aurait-il un autre pilote dans la famille Bister pour reprendre les commandes ? Fabienne secoue régulièrement son arbre généalogique comme un prunier dans l’espoir qu’un moutard ou l’autre en tombe et prenne à son tour de la graine au sein de l’entreprise. En vain, jusqu’à présent. « Ma fille aînée semble être tentée. Elle est en rhéto… »

 

La Moutarderie Bister en chiffres :

- Nombre d'emploi : 15

- Chiffre d'affaires : 4 millions d'euros, principalement sur le marché belge

- Pays d'exportation : France, Angleterre, Pays scandinaves, Pays-Bas et Suisse

 

TOURISME ET TRADITION

Dans le giron de l’entreprise familiale, l’asbl Tourisme et tradition, qui est soutenue par le Commissariat général au Tourisme de la Région wallonne et dont le siège est situé à la moutarderie Bister, propose aux groupes des visites d’un jour afin de découvrir une trentaine d’entreprises et petits producteurs régionaux. Le catalogue des partenaires touche des domaines variés puisque l’on y trouve l’abbaye de Malonne, les cafés Delahaut, la cristallerie du Val-Saint-Lambert, le Moulin Defrenne à Gembloux, les escargots Petits Gris de Namur, etc.

Allez, hop ! on pêche un circuit au hasard, intitulé « De l’eau à la bouche ». Le programme comprend la visite de la brasserie Caracole à Falmignoul ou Purnode à Yvoir, suivie de la découverte de la moutarderie Bister – l’entreprise n’est cependant pas dans tous les circuits –, avant de se terminer par une croisière sur la Sambre et la Meuse. « Ces circuits promotionnels attirent 7 500 visiteurs par an, souligne Fabienne Bister. Dont 6 500 choisissent de découvrir notre entreprise et son petit musée. »

 
Renseignements

Bister sprl
Rue de Francquen, 1-3
B-5100 Jambes
+32 (0)81 300 306
[email protected]
www.bister.com

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