Après avoir dirigé les parcs d’attractions de Bellewaerde et de Plopsaland, Paul van Havere a créé de toutes pièces « Loungeatitude » à Louvain-la-Neuve. Un lieu de convivialité et de restauration unique dans la cité universitaire, fruit d’une vie professionnelle mouvementée. Parcours.
Si vous lui aviez dit qu’un jour, il créerait à Louvain-la-Neuve un prestigieux lieu de restauration, « Loungeatude », il ne l’aurait pas cru. Pour lui, « LLN », c’était une ville d’étudiants, avec des rues sales et des guindailles bruyantes. Et pourtant, une petite visite dans la cité universitaire allait jaunir pour de bon cette image d’un autre âge. Paul van Havere est devenu aujourd’hui l’un des plus ardents promoteurs de la ville brabançonne, dont le développement commercial, résidentiel — les étudiants sont désormais minoritaires —, scientifique et économique s’affiche comme une splendide réussite.
C’est là, il y a sept ans, que Paul van Havere retroussait ses manches, une fois de plus. À 53 ans, il fallait du punch pour se lancer seul dans l’aventure. Et de la combativité. Mais aujourd’hui, « Loungeatude » — prononcez « Longitude » — est un lieu où l’on se pose avec plaisir, à quelques mètres de la Ferme du Biéreau. « Je ne voulais pas un restaurant de plus, confie-t-il. Je désirais une ambiance, un endroit où l’on n’avale pas un plat en vitesse, mais où l’on profite d’un moment de convivialité. » Un concept, né d’une trajectoire atypique. Que l’on en juge…
Ce francophone de Flandre, né à Waaesmunster dans une famille d’industriels du textile, a toujours eu le goût de l’entreprise. Au début des années 70, après trois années d’études en design industriel à Saint-Luc Liège, il se lance dans la vie professionnelle. Après un an chez Kleber, il passe chez Philip Morris. Époque dorée : le cigarettier américain, qui a racheté Weltab, propriétaire des marques belges Visa et Armada, veut lancer sur le marché belge ses Marlboro. Paul van Havere prend en charge la promotion du paquet rouge et blanc. « Ce furent des années incroyables, se souvient-il. Nous avions des moyens considérables. De plus, j’avais un patron exceptionnel, Jean Célis. »
Les rois du bac à sable
Lorsque ce dernier quittera la multinationale, Paul van Havere n’attend pas de faire partie de la charrette qui accompagne toujours le départ du boss. Il rejoint, comme associé, le groupe City7, véritable phénomène des années 80 dans la publicité et la communication évènementielle. « Belle époque aussi que celle-là. Nous étions les rois du bac à sable ! », s’exclame-t-il. Et pour cause. Le groupe, qui a racheté le Sportpaleis d’Anvers, organise l’ECC de tennis (avec sa fameuse raquette en or sertie de diamants), le Hard Cross Motocross indoor, le Ladies European Masters (golf féminin) au Bercuit… Mais la roue tourne. Après avoir échoué dans le rachat des raquettes Donnay, qu’emporte un certain Tapie, le groupe City 7 jette son dévolu sur l’autre grand de la raquette belge, Snauwaert. Le virage industriel va hélas ! se terminer par un sacré revers : relancer Snauwaert exige de gros moyens et, in fine, une entrée en Bourse pour City7, qui s’était alors toujours financée sur fonds propres. Ce sera l’échec.
Ce francophone de Flandre né à Waaesmunster, dans une famille d’industriels du textile, a toujours eu le goût de l’entreprise. Au début des années 70, après trois années d’études en design industriel à Saint- Luc Liège, il se lance dans la vie professionnelle.
De Bellewaerde à Plopsaland…
Pour redémarrer, Paul van Havere change son fusil d’épaule. Le voilà à la tête de Bellewaerde Park. Une mission que lui confie Gérard Constant, directeur général du groupe Walibi. « J’ai pris la place de Luc Florizoone, fondateur de Bellewaerde. Ma mission ? Changer les mentalités et élaborer une stratégie à 5 ans. Passer d’une gestion familiale à une gestion de société cotée en Bourse n’était pas une mince affaire, évoque-til non sans fierté. Cela m’a pris 5 ans, de 1995 à 2000. Et puis, je suis parti… Parce qu’un homme doit rester en accord avec ses principes. Il arrive un moment où l’on ne peut plus vendre son âme au diable. » Le diable ? Il va prendre les traits du groupe américain Six Flags, qui a racheté Walibi et Bellewaerde.
Objectif ? « L’argent, rien d’autre, martèle l‘ancien directeur. Il fallait à tout prix faire plaisir aux actionnaires. » Paul van Havere démissionne et va poser ses valises ailleurs… À la tête de l’ex-Meli Park, rebaptisé Plopsaland. Les personnages sortent de Studio 100, et cartonnent tant en Flandre qu’en Hollande. Ils ont pour nom Plop et Pipolette, Wizzy et Wooppy, Big et Betsy… En deux ans et demi, le nouveau directeur redessine tout le parc, met en place une équipe à qui il transmet son expérience, et relance la dynamique. Mission terminée. Et ensuite ?
… et de Groenendael à Louvain-la-Neuve
« J’ai longuement mûri un projet, mais qui n’a pas abouti. La SNC B avait mis en vente certains sites de gares désaffectées. Celle de Groenendael et son hectare de terrain m’intéressaient. Je souhaitais y créer un grand parc indoor sur le thème de la forêt. J’étais en bonne position parmi les 27 candidats repreneurs, mais les délais que j’exigeais, ainsi que mes investisseurs, ne pouvaient être garantis par la SNC B, toujours aux prises avec son chantier RER. Mon projet a été refusé. Quand je vois les retards du RER, je ne me plains pas ! » L’aventure aura pourtant une suite… à Louvain-la-Neuve. Nous y voilà ! « L’un de mes contacts lors du projet Groenendael, la Brasserie Moortgat, qui produit la Duvel et la Vedett, m’a suggéré de relancer un espace abandonné qu’il avait à Louvain-la-Neuve. Je suis allé voir, sans y croire. » On connaît la suite.
Trois espaces, une ambiance
En ce milieu d’après-midi baigné de soleil, il se dégage du salon de « Loungeatitude » une impression de calme, de sérénité. Moment hors du temps. « Il a fallu tout créer, explique le maître des lieux. Tout penser. Cet endroit, qui avait accueilli le restaurant de Nino, la toute première pizzeria de Louvain-la-Neuve, avait connu un parcours chaotique, avant d’être abandonné. Le défi m’a plu. Lorsque je dirigeais un parc d’attractions, je voulais offrir du bonheur au public. C’est le même état d’esprit qui m’a animé ici. »
Tout a été conçu avec le même souci d’apaisement et de sérénité : le feu ouvert et le piano sont des indispensables du salon, tandis que la disposition astucieuse des tables du restaurant garantit aux convives liberté et discrétion.
Et ici, c’est bien vrai, si l’on vient pour manger — ou pour un rendez-vous professionnel —, c’est aussi pour savourer un moment, dans un cadre contemporain, mais reposant : sol en béton lissé, équilibre des couleurs, mobilier confortable — le patron a dessiné lui-même certains meubles. Tout a été conçu avec le même souci d’apaisement et de sérénité : le feu ouvert et le piano sont des indispensables du salon, tandis que la disposition astucieuse des tables du restaurant garantit aux convives liberté et discrétion. Là aussi, un grand feu ouvert convivial. Et si la terrasse offre un accueil chaleureux en été, le sous-sol, lui, se moque des saisons : Paul van Havere y a aménagé l’espace BAB’L, le Business After Business Lounge, avec bar et piste de danse, dédié aux évènements d’entreprises et aux soirées privées. Les murs servent de cimaises aux artistes contemporains. Session de travail ou soirée privée, au rez-de-chaussée ou au sous-sol, toujours cette volonté de joindre l’utile à l’agréable. Avec un maître de cérémonie dont la devise se passe de commentaires : « Vous êtes ici chez vous ! »
Côté cuisine
« J’attache une grande importance à une cuisine saine et peu grasse, à la stabilité et à la constance des préparations. En fait, résume Paul van Havere, j’aime une cuisine intelligente limitant au maximum les pertes. » Ce qui explique pourquoi on croisera ici des préparations traditionnelles et incontournables, mais revisitées avec originalité.
La carte permanente : jambonnette de volaille aux scampi, crème de coco et risotto exotique, carpaccio de filet pur au foie gras, coquilles Saint- Jacques à la Tartufata…
Les suggestions : elles changent toutes les 3 semaines. À choisir individuellement ou en formule menu 3 services.
Espace BAB’L : en principe libre de service traiteur. Accueille une formule de restauration qui allie convivialité, flexibilité, qualité, créativité et détente. À expérimenter.
Renseignements
« Espace Loungeatude »
Place Polyvalente (derrière La Ferme du Biéreau)
1348 Louvain-la-Neuve.
+32 (0)10 45 64 62
Fermé le samedi midi et le dimanche.
www.loungeatude.be
Limelette est le joli petit village traditionnel où s’est établi Lhoist, le plus grand producteur mondial de chaux et de dolomie. Cette entreprise familiale, qui emploie plus de 5 500 travailleurs à travers le monde, affiche un chiffre d’affaires de 1,9 milliard. Un véritable colosse, pourtant trop méconnu du grand public.
«Celui qui est né pour un petit pain n’en aura jamais un gros. » Les plus belles histoires n’apportent-elles pas les plus beaux démentis au proverbe ? Des contes de fées bien réels qui prouvent qu’on ne doit pas être né avec une cuillère en argent dans la bouche. Qu’à force de labeur, d’engagement et de persévérance, on peut soulever des montagnes ! De «rags to riches», des guenilles à l’opulence, comme disent les Américains. C’est précisément de cette manière qu’a débuté l’histoire de Lhoist.
Hyppolyte, de son surnom Léon
Les racines du groupe remontent à la fin du XIXe siècle. En 1861, Hippolyte Dumont, de son surnom Léon, naît dans une famille de sept enfants. Après seulement deux années passées sur les bancs de l’école primaire, il commence à travailler dans les carrières de Chainaye et Lhoist. À l’âge de vingt ans, il est déjà passé contremaître et, en 1886, il reprend l’exploitation de la carrière communale d’Ampsin, la bourgade dont il deviendra plus tard bourgmestre. En 1889, il épouse une jeune chapelière du nom de Caroline Wautier. La même année, il crée la carrière qui porte leurs deux noms : Carrières et Fours à Chaux Dumont-Wautier.
Clairette, l’une des filles du couple, épouse en 1920 un descendant de la lignée des Lhoist. Et oui, les carriers qui possédaient aussi la carrière où Dumont s’était forgé sa première expérience professionnelle. Lorsque Dumont commença à y travailler, la famille Lhoist dut probablement le regarder de haut, lui, le jeune bougre issu d’un milieu modeste et comptant seulement deux ans d’école primaire. Mais à présent, sa fille épouse un Lhoist ! C’est peut-être difficile à imaginer aujourd’hui, mais dans la société d’avant-guerre, cela fait impression. Et la progression dans les rangs de la société déjà entamée par Dumont ne fait que commencer.
Avec 90 sites de production dans 24 pays et un chiffre d’affaires de 1,9 milliard €. L’entreprise du petit village de Limelette est un acteur international du marché de la chaux et de la dolomie.
Ce beau-fils, Léon Lhoist, fonde en 1924 une carrière à laquelle il donne son nom et qui est le précurseur direct de l’actuel groupe éponyme. Deux ans plus tard, il étend son activité à la France. À la dépression des années ‘30 succède la Seconde Guerre mondiale et l’expansion subit un coup d’arrêt temporaire. Le changement arrive sous la houlette du jeune Lhoist, baptisé, tout comme son père et son grand-père, Léon. En 1981, la croissance internationale est en marche avec la reprise du groupe américain Chemical Lime du Texas. Les extensions s’enchaînent alors à un rythme élevé : Europe de l’Est, Allemagne, Mexique, Angleterre, Brésil, Malaisie, Russie et Oman. Aujourd’hui , Lhoist emploie des personnes de 30 nationalités différentes. Avec 90 sites de production dans 24 pays et un chiffre d’affaires de 1,9 milliard €, l’entreprise du petit village de Limelette est un acteur international du marché de la chaux et de la dolomie. On dénombre dans le monde entier autant de travailleurs que d’habitants de Limelette : un peu plus de 5 500. Ainsi, le conte de fées réel entamé en 1861 avec la naissance d’Hyppolite Dumont a atteint son apogée… pourtant provisoire.
L’art d’unir
Le Groupe Lhoist est réputé pour sa discrétion : Lhoist ne communique jamais avec l’extérieur. C’est ainsi que l’une des plus grandes multinationales privées belges est pratiquement inconnue du public. Ce que nous savons par contre du Groupe Lhoist, c’est qu’il est un grand sponsor d’activités culturelles et sociales. Dans les années ‘90, le jeune Lhoist se lance dans la création d’une importante collection de photos et de sculptures. La collection d’art, qui n’est malheureusement pas accessible au public, a pour but d’unir les travailleurs de Lhoist. Le site web spécial de la collection le mentionne : « L’art est un formidable moyen de poser un regard différent sur le monde qui nous entoure. À travers notre collection, les expositions et les visites culturelles que nous organisons pour nos collègues et leurs enfants, Lhoist tend vers une organisation plus ouverte d’esprit et plus sensible à la culture. »
Les oeuvres d’art sont non seulement exposées au siège à Limelette, mais aussi dans différents bureaux régionaux. Chaque travailleur peut égayer son bureau avec une oeuvre de la collection et choisir une nouvelle pièce aussi souvent qu’il le souhaite. Chaque année, une personnalité connue du monde artistique organise une exposition basée sur la collection. Des évènements culturels sont en outre organisés régulièrement pour tous les collaborateurs de l’entreprise, de l’ouvrier au membre de la direction, et leur famille. Dans ce cadre, des collaborateurs issus de différents pays et de différentes couches de l’entreprise se côtoient le temps d’une journée informelle et apprennent à se connaître dans un contexte culturel.
Un écran de veille ingénieux
Amusant et original aussi, l’écran de veille installé sur l’ordinateur de chaque collaborateur. Il affiche des photos de la collection d’art dès que l’ordinateur n’est plus utilisé pendant cinq minutes. Chaque photo s’accompagne d’un commentaire écrit. Les images sont diffusées simultanément sur les ordinateurs du monde entier, pour autant bien sûr qu’un collaborateur ne soit pas occupé à ce moment-là. Les collaborateurs disséminés sur des continents différents et exerçant des fonctions totalement différentes sont ainsi unis par ces photos qui apparaissent au même moment sur leur écran.
Outre la collection d’art, Lhoist sponsorise une palette d’évènements culturels. Un bel exemple est son soutien à l’association Entr’ Ages, coordinatrice de la deuxième édition du Festival du film intergénérationnel (FFI) à Louvain-la-Neuve (voir page 8). Ce géant de la chaux et de la dolomie mérite donc bien son nom de sympathique colosse.
Lhoist, en quelques mots
Que produit le Groupe Lhoist ?
Le Groupe Lhoist possède des mines dans 24 pays où sont extraites la chaux et la dolomie. Les 90 sites de production de l’entreprise transforment ces matières premières en différents produits. La matière brute est broyée en poudre ou en fragments de diverses tailles. Portés à des températures supérieures à 900 °C, ces fragments sont transformés en chaux vive. Celle-ci est utilisée, par exemple, dans la fabrication de l’acier pour ôter les impuretés du minerai. En ajoutant de l’eau à la chaux vive, on obtient une poudre appelée chaux éteinte. Il s’agit d’un ingrédient du ciment, mais aussi de produits de lessive et d’aliments. L’ajout d’encore plus d’eau forme du lait de chaux, qui régule le taux d’acidité et la dureté de l’eau potable.
Chaux et dolomie, quel intérêt ?
Au quotidien, nous nous soucions peu de ces matières premières qui ont bâti le monde moderne. Eh bien, vous serez surpris de n° 18 Économie leurs nombreuses applications. La dolomie, ou spath amer, est une forme de chaux qui apparaît dans le calcaire avec une certaine teneur en magnésium. Elle est notamment utilisée comme pierre naturelle et matière première pour le ciment. La chaux est utilisée dans la fabrication de l’acier, du papier et d’une kyrielle de produits chimiques. Elle est à la base d’un mélange appelé ciment Portland, qui est utilisé pour le béton préfabriqué et le béton immergé. Autant dire que la chaux et la dolomie sont des éléments essentiels dans presque chaque construction.
En mélangeant l’argile et la glaise à la chaux, on solidifie le sol, le rendant apte à supporter des chantiers et à servir de fondation aux terrains urbanisés et aux routes. Les boues de dragage des voies d’eau et les boues des stations d’épuration des eaux peuvent également être ainsi réutilisées dans le respect de l’environnement. Hormis la construction, la chaux intervient également dans l’agriculture. Elle neutralise les méfaits des acides du sol et prévient de la sorte l’intoxication des végétaux. Elle permet par ailleurs aux plantes de mieux assimiler les substances nutritives. La chaux est aussi utilisée dans les cheminées d’installations industrielles pour assainir les fumées.
Essentiel pour l’eau potable
Comme en témoignent les exemples ci-dessus, la chaux et la dolomie ont des applications très importantes dans l’industrie et l’agriculture. Mais leur principale application est peut-être l’eau potable. La quantité de calcaire contenue dans l’eau potable, qu’on appelle la dureté de l’eau, est fixée par voie légale. Une dureté trop élevée, trop de chaux dans l’eau potable, est nocive pour les équipements et pour l’environnement. Quant à une dureté trop faible, elle ouvre la porte aux substances toxiques qui peuvent se dissoudre plus facilement dans l’eau. Pour éviter ces conséquences fâcheuses, l’eau potable trop dure est adoucie et l’eau potable trop douce est au contraire enrichie en calcaire.
Son premier cyclotron a été construit en 1986 à Louvain-la-Neuve. Aujourd’hui, Ion Beam Applications (IBA) emploie 1 300 personnes dans quinze pays et est leader mondial en protonthérapie.
«Savoir que l’on contribue à sauver des vies humaines, cela fait chaud au coeur. Surtout s’il s’agit d’enfants… » Yves Jongen sait de quoi il parle. Il est le Chief Research Of f icer de IBA (Ion Beam Applications), une société qu’il a fondée en 1986 et qui rassemble aujourd’hui 1 300 collaborateurs dans quinze pays et une soixantaine d’implantations dans le monde, dont 500 en Belgique. À Louvain-la-Neuve principalement. Si le groupe produit des traceurs radiopharmaceutiques permettant la détection précoce de tumeurs, ce sont surtout ses cyclotrons spécialement conçus pour la radiothérapie, et plus particulièrement pour le diagnostic et le traitement du cancer, qui ont contribué à sa renommée. Mieux ! IBA est leader mondial en protonthérapie. Une technique qui consiste à détruire les cellules cancéreuses en les irradiant avec un faisceau de protons et non plus de photons. L’avantage ? Elle permet de mieux cibler les tumeurs et donc de limiter les effets secondaires de cette thérapie qui sont particulièrement dangereux chez les enfants.
Malgré les avancées des chercheurs américains et japonais, la société néolouvaniste détient à elle seule 50 % des parts du marché dans ce domaine. « Nous avons une longueur d’avance, certes, mais la course continue tous les jours, explique l’ingénieur, dans le soussol de l’un des quatre sites néolouvanistes de la société où se concentrent les activités de recherche et de développement. Jusqu’il y a peu, l’hôpital qui désirait s’équiper de salles pour la protonthérapie devait investir entre 100 et 120 millions €. Aujourd’hui, grâce à une nouvelle génération de cyclotrons de plus petite taille que nous avons mis au point et qui utilisent le principe de la supraconductivité, le coût est descendu à une vingtaine de millions €. Ce qui est déjà plus accessible », souligne- t-il, en montrant, d’un côté, le modèle traditionnel de 200 tonnes et 4,70 m de diamètres qui est en partance pour Dresde et, de l’autre, le « petit dernier », un cyclotron de 50 tonnes et 2,50 m qui, lorsqu’il sera complètement monté et réglé avec une précision extrême, mettra le cap sur le centre de protonthérapie de Nice.
À l’heure actuelle, 22 hôpitaux ou centres de thérapie répartis dans le monde ont choisi de s’adresser à la société belge afin de s’équiper en protonthérapie (voir encadré). Il est loin le temps du premier cyclotron conçu dans un parc à conteneurs de Louvain-la- Neuve, en 1986. Yves Jongen était alors directeur du Centre de recherche du cyclotron pour le compte de l’UCL (Université catholique de Louvain), lorsqu’il eut l’idée de concevoir et de construire des accélérateurs de particules de plus petite taille, non plus pour des applications nucléaires, mais médicales. « On sait, par exemple, que le sucre se concentre de préférence sur des tumeurs ou des métastases. En le marquant à l’aide de traceurs radioactifs, on parvient à le suivre et à détecter les cellules cancéreuses. Nous avons réfléchi aux caractéristiques que devrait avoir le cyclotron idéal pour la production de radioisotopes et la radiothérapie, puis nous l’avons dessiné. Mais aucune firme n’a voulu s’engager dans la construction, estimant ce système trop révolutionnaire. Finalement, c’est la Région wallonne qui nous a aidés. Elle nous a suggéré de créer une société pour mener ce projet à bien et a accepté d’avancer 75 % de l’argent nécessaire à sa mise en route. Née dans le giron de l’UC L, notre spin-off connut un départ rapide puisque nous avons eu quatre commandes dès la première année. »
Très vite, Yves Jongen, le « chercheur », sentit la nécessité de s’adjoindre du soutien d’un « commercial ». Ce fut Pierre Mottet, ingénieur en gestion (UCL) et futur directeur (CEO) de la société – il quitta ce poste en mai dernier pour être nommé vice-président du conseil d’administration –, avec lequel il allait entamer une longue et fructueuse collaboration et être nommé « Manager de l’année » en 1997. « IBA effectua un tournant majeur en 1989 lorsque le chef du service de radiothérapie des Cliniques universitaires de Saint-Luc m’appela pour me lancer sur la piste de la protonthérapie, poursuit Yves Jongen. Nous avons dû patienter jusque 1994 pour décrocher notre première commande, venue du centre de thérapie de Boston, mais quatre ans plus tard, notre croissance était telle que nous avons décidé d’entrer en bourse… »
« On sait, par exemple, que le sucre se concentre de préférence sur des tumeurs ou des métastases. En le marquant à l’aide de traceurs radioactifs, on parvient à le suivre et à détecter les cellules cancéreuses. Nous avons réfléchi aux caractéristiques que devrait avoir le cyclotron idéal, puis nous l’avons dessiné. Mais aucune firme n’a voulu s’engager dans la construction, estimant ce système trop révolutionnaire. »
La suite ne fut pas toujours facile. Au début des années 2000, le groupe doit composer avec les retombées de l’affaire Lernout & Hauspie et la méfiance des banquiers. Mais ses cyclotrons eurent le mérite de ne pas s’affoler et, aujourd’hui, IBA engage à nouveau : 120 nouvelles têtes en 2011, 150 (prévues) en 2012… « Principalement pour nos départements Recherche et Développement à Louvain-la-Neuve », explique Didier Cloquet, le directeur du personnel, qui souligne que si la société recherche surtout des physiciens, physiciens d’hôpitaux, chimistes, électroniciens, électromécaniciens et commerciaux, ce sont surtout des ingénieurs qui constituent la denrée rare. « Nous avons pourtant un projet passionnant pour des jeunes prêts à voyager : partir un ou deux ans à l’étranger en équipe afin de monter un hôpital clé sur porte. Un projet qui demande esprit d’autonomie et de décision, car les patients ne peuvent pas attendre ! »
Un centre de protonthérapie en Wallonie ?
« IBA n’est pas une bombe à dividendes, car nous investissons sans cesse dans de nouveaux produits et de nouveaux services. C’est pourquoi l’action monte et descend régulièrement », annonce Yves Jongen. Le responsable de la recherche ne cache pas qu’une nouvelle idée, un nouveau défi, n’a cessé de tourner de plus en plus vite dans sa tête avant d’aller marteler récemment sa matière grise : la construction d’un centre de recherche en protonthérapie en Belgique ! « C’est notre grand espoir. Pareil centre se justifie pour une population de 10 millions d’habitants. Le projet existe depuis dix ans dans notre pays, mais comme bien d’autres aujourd’hui, il a des difficultés à recueillir l’adhésion au niveau fédéral. Avec la collaboration de l’UC L, des Cliniques universitaires Saint-Luc, de la Région wallonne et d’IBA, il pourrait voir le jour en Wallonie. »
Le premier habitant de Louvain-la-Neuve
Venu de Nivelles où il a passé sa jeunesse, diplômé de l’Université catholique de Louvain, Yves Jongen a connu la cité universitaire alors qu’elle n’était encore qu’un champ de boue gisant entre une poignée de fermes brabançonnes et quelques vieilles bâtisses. « J’ai conclu mes études d’ingénieur électronicien par une spécialisation en physique nucléaire et c’est ce qui m’a valu d’être engagé par l’UC L pour diriger le Centre de recherche du cyclotron, explique-t-il. On m’a trouvé un logement dans une maison rue Basse, près du futur centre de la nouvelle ville, et j’y ai émigré en août 1970. J’étais ainsi devenu le premier habitant de Louvain-la- Neuve que j’ai vu sortir de terre peu à peu. Au sens propre du mot, car je me rappelle que je devais mettre des bottes pour traverser les chantiers en ligne droite depuis mon habitation jusqu’au cyclotron. »
Dans le monde
Vingt-deux hôpitaux ont déjà choisi Ion Beam Applications pour s’équiper d’un centre de protonthérapie. Douze sont opérationnels et dix en phase de construction ou d’installation :
• Sites opérationnels : Boston, Chicago, Princeton, Hampton, Philadelphia, Bloomington, Jacksonville et Oklahoma (USA), Kashiwa (Japon), Zibo (Chine), Iisan (Corée du Sud) et Paris.
• Sites en cours d’installation : Prague (Tchéquie), Essen (Allemagne), Trente (Italie) et Seattle (USA).
• Sites en construction : Dresde (Allemagne), Dimitrovgrad (Russie), Uppsala (Suède), Cracovie (Pologne), Shreveport et Knoxville (USA).
Bâtir des ponts entre les générations, c’est l’objectif du Festival du Film Intergénérationnel de Louvain-la-Neuve. La plus jeune des villes se veut le foyer de l’interaction entre tous les âges de la vie.
En avril 2010, l’ASBL Atoutage, en partenariat avec l’UCL (Université catholique de Louvain) et le kot à projet Cinéforum, lance le projet ambitieux d’un festival de films qui veut offrir au grand public l’opportunité de s’unir autour d’une même thématique, l’intergénérationnel. L’objectif fondamental réside dans la prise de conscience et la lutte contre l’isolement de certaines générations. Forts du succès de ce « coup d’essai », les organisateurs programment naturellement une deuxième édit ion du Fest ival du Fi lm Intergénérationnel (FFI). Une édition qui cadre particulièrement bien avec l’optique de la Commission européenne qui a décrété 2012 « Année européenne du vieillissement actif et de la solidarité entre les générations ». Les fondateurs y voient là une occasion rêvée de poursuivre l’aventure solidaire et de donner de l’amplitude à leurs horizons. Appréhender les enjeux relatifs au vieillissement, promouvoir le rapprochement entre les générations, dépasser les stéréotypes liés à l’âge… Le cinéma représente un moyen comme un autre de transmettre le message et permet de sensibiliser un large public à la thématique intergénérationnelle. À terme, les initiateurs du projet désirent que le FFI jouisse du statut de « carte de visite de la solidarité entre les générations ».
Pour cette édition, les amphithéâtres universitaires cèdent leur place au Cinéscope, un vrai cinéma. Le FFI change également de saison et espère profiter de la météo maussade de l’automne pour drainer les foules. Les organisateurs s’entourent de nouveaux collaborateurs, les ASBL bruxelloises Entr’âges et Courants d’Âges, et toujours le Cinéforum, véritable passerelle vers le monde estudiantin néolouvaniste. Au total, une quarantaine de volontaires se partage les tâches : programmation, communication, logistique, financement, animations…
Tricot urbain
« Organiser le FFI sans activités externes serait impensable, explique Jérôme Poloczek, en charge de la communication du Festival. L’événement phare se prépare par la mise en place de diverses actions destinées à tisser des liens entre les générations. Tisser au sens propre d’ailleurs, notamment à coups d’aiguilles à tricoter et de pelotes de laine. »
Depuis le mois de juin, jeunes et moins jeunes se rencontrent régulièrement lors de séances de tricot collectives. Mi-novembre, des bandes de 30 centimètres de large ainsi récoltées couvriront arbres, bancs, statues à travers Louvain-la-Neuve. « Le tricot urbain, une sorte de “graffiti de laine”, un moyen d’expression alternatif aux graffs classiques pour égayer l’espace public. L’idée du maillage reflète la symbolique de la toile créée sur base de bandes textiles confectionnées par des personnes, toutes générations confondues, aux styles divers, et laissant à terme transparaître une certaine unité inattendue. »
Le tricot urbain et autres activités ne sont finalement que des prétextes pour prendre conscience de cette dimension intergénérationnelle. Bonne idée ? Certainement. Gaspillage ? Certainement pas. Après l’événement, les arbres seront déshabillés, les tricots seront nettoyés et transformés par une association de jeunes en couvertures patchwork qui aideront des sans-abri à passer l’hiver plus au chaud. Et les irrécupérables deviendront des panneaux d’isolation sonore.
À l’affiche
En guise d’ouverture officielle, une soirée de gala offre une projection inédite et permet également aux ASBL de récolter des fonds, majeure partie du financement de l’événement. L’ultra-accessibilité est l’essence même du Festival, moyennant bon nombre d’efforts quant au prix, à la mobilité et à la programmation. Les promoteurs du projet insistent sur la mobilité des festivaliers confrontés à des difficultés de déplacement. Des moyens de transport alternatifs, créatifs et respectueux de l’environnement amènent les participants à se rencontrer autrement et à susciter la réflexion sur cette problématique quotidienne qui conditionne les rapports sociaux. Le prix d’entrée se veut résolument démocratique (3 € la séance et 10 € le Pass). Durant les quatre jours de festivités, les organisateurs ne veulent pas récolter des bénéfices à tout crin. Le but, c’est qu’on en parle et qu’on y vienne.
Le programme doit donc être cohérent et surtout attractif. La cellule programmation a sélectionné une douzaine de films « remarquables par le regard qu’ils portent sur divers aspects intergénérationnels ». À nouveau, les organisateurs posent une attention particulière à ce que la totalité des séances soit accessible de 7 à 77 ans… et plus ! Lors de certaines d’entre elles, réalisateurs, acteurs et professionnels des sujets abordés animent le débat en fin de projections, notamment, en journée, avec les écoles primaires et secondaires.
À l’affiche
2e Festival du Film intergénérationnel
Cinéscope de Louvain-la-Neuve
14 → 17.11.2012
Couleur de peau Miel, Jung et Laurent Boileau
La tête en friche, Jean Becker
Le Havre, Aki Kaurismaki
Dans la forge de l’âge, Juliette Senik
De leur vivant, Géraldine Doignon
Io Sono Li, Andrea Serge
Le Cahier, Hana Makhamalbaf
La guerre est déclarée, Valérie Donzelli
Le premier jour du reste de ta vie, Rémy Bezançon
Mia et le Migou, Jacques-Rémy Girerd
Benda Bilili, Renaud Barret & Florent de La Tullaye
Renseignements
Festival du Film Intergénérationnel
Du 14 au 17 novembre
Avenue de l’Espinette, 15
B-1348 Louvain-la-Neuve
+32 (0)10 45 20 61
[email protected]
www.ffi2012.be
Le Festival du Film Intergénérationnel est coorganisé par les trois ASBL Atoutage, Courants d’Âges, Entr’âges et le kot à projet Cinéforum.
Coup de coeur et histoire. Deux moteurs qui animent André et Viviane Vossen qui viennent d’inaugurer le splendide Château de l’Ardoisière à Jodoigne. Business, mariage et traditions au rendez-vous !
« Quand j’étais gamin, je venais en vacances chez mon oncle à Jodoigne. Plutôt que de me faire étudier, car il savait que je n’étais pas doué, il me faisait visiter les belles maisons. » Depuis lors, André Vossen cultive une véritable passion pour les vieux bâtiments et leur histoire. À chaque coup de coeur, il ne peut s’empêcher de rénover en prenant soin de retracer l’histoire. « Je ne supporte pas voir des ruines. Quand elles sont belles, je me sens obligé de m’y intéresser. »
Comme pour leur habitation personnelle, leurs bureaux et leur château en France (voir par ailleurs), l’Ardoisière n’a pas échappé à la règle. André Vossen et sa femme l’ont visité pour la première fois, il y a 25 ans. « En quittant, j’ai dit à ma femme qu’un jour, ce château serait pour nous ! », relate André Vossen dans un sourire. Un quart de siècle plus tard, lors d’une réception à la maison communale de Jodoigne, le couple apprend que le bâtiment est à vendre. Ils l’achètent en juin 2010 lors d’une vente publique.
Une histoire à préserver
Le domaine de l’Ardoisière doit son nom à un certain Mathias Albert Vleminks, ancien greffier de Jodoigne comme le rappelle une pierre héraldique disposée à l’entrée de la salle de la métairie. Elle est le blason de cet homme qui a reçu, en 1715, un octroi pour exploiter des ardoises sur la propriété.
Pour André Vossen, il est impensable d’entamer une rénovation sans s’intéresser au contexte historique. C’est ainsi qu’il s’est mis en quête de documents sur le château, projetant même d’en faire un livre. Ainsi, il s’est notamment porté acquéreur des archives rachetées en son temps au dernier notaire Charlot qui a vécu dans le château. Il en a même encadré quelques-unes pour décorer les murs de l’habitation principale. Entre autres, un ancien plan de la propriété sur lequel on voit encore les deux moulins qui existaient de part et d’autre de la Jette et un portrait de Xénon Charlot, à l’origine des travaux de rénovation entrepris en 1870, et son fils, devenu bourgmestre de Jodoigne, qui en a fait une seconde résidence. André a même tenu à rencontrer le successeur de cet ancien bourgmestre de Jodoigne afin de lui soutirer un maximum d’informations. Et il a bien fait puisque c’est ce dernier qui lui a fait cadeau de cette toile.
Une histoire à (re)faire
Quand les Vossen ont racheté le château, alors propriété de la Province du Brabant wallon depuis une trentaine d’années, il était à l’abandon. La métairie avait cependant conservé un état général plutôt acceptable. Autrefois utilisée comme abris pour les chevaux et leurs charrettes, elle était, il y a peu encore, occupée par des ouvriers du C.E.P.E.S. (Centre provincial d’enseignement secondaire), situé quelques mètres plus haut dans le chemin qui mène au château. Ils en avaient fait leur atelier et leur dépôt.
Beaucoup d’accès étaient néanmoins bouchés. Il fut nécessaire d’ouvrir à certains endroits pour faire surgir à nouveau la lumière par de grandes baies vitrées voutées. Totalement absents de cette aile du château, des sanitaires ont dû être ajoutés.
L’habitation principale, quant à elle, était complètement délabrée. À tel point que lorsque le couple est venu visiter les lieux pour la première fois, elle était entourée de barrières « Attention, danger ! » La toiture était remplie de trous, les arbres commençaient à gagner du terrain… même à l’intérieur ! Des planches durent être posées sur toute la surface de la maison afin de pouvoir circuler. « Fort heureusement il n’y a pas eu d’accident car à chaque pas, on risquait de se retrouver dans les caves », explique Corinne Vossen.
Dans le château, quelque soit l’endroit où l’on circule, les lumières s’allument et s’éteignent automatiquement. Une question d’économie mais aussi de qualité d’accueil. À l’intérieur, l’ancien est mélangé au moderne. Au rez-dechaussée se trouvent quatre salles de séminaires et une grande cuisine, sur le point d’être achevée. Deux escaliers en bois massif, installés de part et d’autre du bâtiment, donnent accès à l’étage. L’un, d’origine, a simplement été rénové avec soin. L’autre, complètement mangé par le temps, a dû être remplacé, à l’identique.
À l’étage, 17 chambres doubles avec sanitaires dont une, plus prestigieuse, construite dans la tour du château, est réservée aux mariés.
La métairie du château a été transformée en salle des fêtes, louée pour des séminaires, des mariages… Elle est opérationnelle depuis septembre, suite à une longue période de travaux de plus de deux ans. Maîtres des travaux, André Vossen, bien sûr, et son beau-fils, Stéphane Lebrun, architecte. Le locataire des lieux est libre d’utiliser l’espace à sa bonne convenance mais, tandis que le rez-de- chaussée, disposant de nombreux mange-debout originaux, dessinés par Stéphane Lebrun, se prête plutôt à des réceptions en tous genres, l’étage est, de préférence utilisé comme restaurant.
À côté de la grande salle où les gens se restaurent, une plus petite pièce, retirée, peut servir de loge si un spectacle est organisé par exemple. Prochain projet ? Une terrasse en béton à l’arrière de la métairie avec, pour seul aménagement, une belle table en bois massif, dessinée par Stéphane.
Quant au jardin, il était plutôt mal loti, avec notamment son étang à sec et recouvert d’arbres, qu’il a fallu recreuser pour lui faire retrouver son état originel. Le remplissage, un travail de longue haleine, entrepris depuis le début des vacances d’été, touche tant bien que mal à sa fin. André et Viviane ont également eu l’excellente idée d’aménager une petite île « de robinson » au centre de l’étang, accessible par une petite passerelle de fortune, faite de planches de bois, que les enfants prennent un malin plaisir à franchir. La barque, pourpre, n’attend plus, sur le rivage, que ses passagers.
Les vins
À l’occasion du grand nettoyage de la cour, André et Viviane découvrent l’entrée de la cave. Après avoir aperçu un départ de pierre, ils dégagent l’endroit des gravats. Un escalier, un sous-sol, des caveaux. C’est décidé, ils y stockeront leur vin. Et quel vin ! Celui de leurs propres vignobles qu’ils possèdent dans le Sud-Ouest, au château Ad Francos, dans le bordelais, d’où le vin du même nom. Pour la petite histoire, il y a 12 ans, le couple tombe par hasard sur une petite annonce à propos d’un château à vendre dans le Sud- Ouest de la France, au milieu des vignes, à 10 minutes de Saint-Émilion. Coup de coeur ! Depuis, chaque année, on leur proposait de racheter des vignes, sans succès. Jusqu’au jour où on leur propose un superbe coteau plein sud à l’entrée du village, à 150 mètres du château. « Tous les vieux du village racontaient que c’était les plus belles terres du coin », explique André Vossen. L’achat est concrétisé en 2008. En retraçant l’histoire du château, les heureux propriétaires découvrent que la famille du célèbre oenologue, Michel Roland, y a vécu pendant 150 ans. Son ancêtre avait acheté le château à la révolution et la famille ne l’a quitté qu’il y a une trentaine d’années. Quand André apprend cela, il s’empresse de rencontrer Michel Roland afin de lui demander d’être leur conseiller. Ce dernier lui aurait répondu, les yeux rougis et la voix tremblante : « André, si tu ne me l’avais pas demandé c’est moi qui te l’aurais demandé. » ■
Zéro émission ou mobilité ? Il ne faudra bientôt plus choisir. Ces pionniers développent un réseau de stations de recharge pour véhicules électriques et proposent des locations de voitures ou de vélos partagés. Le changement est en route…
La situation de départ ? Un business center juste un peu trop loin du centre de Louvain-la-Neuve pour y aller à pied ou en vélo. Surtout quand on travaille en complet trois pièces et qu’on ne peut pas commencer l’après-midi en sueur. L’idée première ? Mettre à disposition des vélos électriques partagés pour que le public « Corporate » descende rapidement au centre-ville et remonte, sans effort, sur l’Axis Parc de Mont-Saint-Guibert. Le concept ? Etendre l’offre des vélos électriques aux voitures partagées et développer un réseau de stations-services électriques. « L’idée a fait son chemin en écoutant et en regardant les employés du Parc dont j’assure par ailleurs le développement commercial, signale Charles Caprasse, co-fondateur de Ze-Mo. Il y a une demande croissante de déplacements courts, rapides, faciles, peu coûteux et peu polluants. Mais il faut admettre que même si les constructeurs (1) pensent de plus en plus aux développements des alternatives au moteur thermique, le réseau de « pompistes électriques » est encore très peu fourni. Ce n’est qu’une question de temps, poursuit Charles Caprasse. Nous avons remporté le marché pour l’équipement des communes d’Andenne, Rumes, Viroinval, Oheye et Mettet. On a rencontré un engouement certain à l’Ideta (2) qui rentre dans l’actionnariat de Ze-Mo. À terme, il devrait y avoir d’autres intercommunales autour de la table. » « Actuellement, ajoute Pierre Vanderdonck, co-fondateur de Ze-Mo, nous avons donc un plan d’installation d’environ 60 bornes pour une quarantaine de communes. Les signatures devraient tomber en ce début d’année… lorsque les nouveaux conseils communaux seront installés. Elections obligent. Par ailleurs, notre business model tient à cinq ans. Mais seule la réalité des chiffres nous dira si on avait rêvé juste. »
(1) La plupart des constructeurs se sont mis à l’électrique comme Renault, Peugeot, Citroën, BMW, Nissan, Smart, Hyundai, Honda, Ford… D’autres moins connus aussi comme Venturi, Tesla, Lumeneo.
(2) I deta : l’agence intercommunale de développement pour la Wallonie picarde.
Son impact environnemental étant l’un des plus faibles, la voiture électrique et son taux d’émission « zéro » est sans doute une solution à prendre en compte pour l’avenir.
Pour atteindre cet objectif de maillage complet du réseau automobile électrique, Ze-Mo a conclu un partenariat avec BlueCorner qui, subsidié à 90 % par la Région flamande, ambitionne de développer un réseau homogène de quelque 200 bornes. « Plutôt que de rester comme un village d’Astérix, nous avons mis en place, avec BlueCorner, un projet plus global pour ne pas nous faire souffler le marché des bornes interopérables. Comme le marché ne va pas penser la Belgique coupée en deux, nous devions voir plus large. Nous avons donc repensé le modèle et proposé également à l’AIE G de s’impliquer dans le développement des bornes avec des connexions plus larges. Le but étant de structurer notre maillage par commune via la place communale, les centres sportifs et culturels, les zones d’activités économiques, etc. »
Comment ca marche ?
« Pour les vélos ou pour les voitures, la procédure est simple. Comme une location de voiture partagée chez Cambio (voir par ailleurs) ou en partenariat avec Avis, chez qui on peut louer nos voitures Zéro Emission, précise Charles Caprasse, l’utilisation est tarifée en fonction de capacité de rechargement. »
Par ailleurs, si les voitures électriques offrent des performances qui se rapprochent de plus en plus de leurs devancières aux hydrocarbures — avec des couples et des reprises supérieurs — le problème de l’autonomie demeure crucial. « Actuellement, une voiture électrique ‘standard’ permet des étapes de maximum 150 km. Il faut donc adapter nos comportements et nos structures à cette contrainte, travailler au développement de bornes sur l’ensemble du territoire. Mais nous devons voir plus loin encore en créant des connexions avec nos voisins, comme Les Pays- Bas ou l’Allemagne. En sachant que l’idée est, à terme, de développer un maillage complet de distribution européen qui fonctionnera à l’instar du roaming en téléphonie mobile. D’ailleurs, la formule ‘Business’ des abonnements permet déjà un accès au réseau E-Laad aux Pays-Bas et Ladenetz en Allemagne. »
Et du cote des villes?
Le principe est simple. La commune met à disposition un espace pour l’installation des bornes par l’opérateur. Elles restent la propriété de celui-ci pour des raisons évidentes de maintenance et de mise à jour technologique. Ces bornes interchangeables peuvent donc être autant à la disposition de son personnel que du public, via une simple carte RSID.
Multiprise
Ze-Mo veut offrir un panel de services cohérent. La location de voitures et de vélos électriques et la recharge par des bornes à maximum 63 ampères (le « 16 ampères » domestique ne permet pas une recharge suffisamment rapide). « Nous voulons aussi proposer des espaces sécurisés pour que les véhicules soient préservés. Pour les potentiels acheteurs, qu’ils puissent choisir en connaissance de cause, nous développons un système de location temporaire de véhicules ». Dans le cas d’une flotte, l’acheteur, doit être bien en phase avec le modèle adopté. »
Et demain ?
Il est clair qu’avec la hausse des carburants pétroliers et la congestion croissante, la demande de mobilité est en mutation. L’offre devra donc s’adapter. Mais quid de l’oeuf et de la poule ? Une chose est sûre, la voiture ne va pas disparaître mais changer, tant dans sa forme que dans son utilisation. Son impact environnemental étant l’un des plus faibles, la voiture électrique et son taux d’émission « zéro » est sans doute une solution à prendre en compte pour l’avenir. Seule, pour les petits déplacements, dans un concept intermodal pour les longues distances… On vous tiendra au courant… ■
Ze-Mo scrl, en bref
Ze-Mo scrl est composée de quatre administrateurs originels :
• Pierre Vanderdonck
Administrateur délégué de Steel SA;
• Charles Caprasse
Représentant de Wimesh, une société active dans les réseaux sans fil;
• Jean-Paul Gaspard
Actif dans les installations électriques industrielles;
• Guy Geleuze
Directeur général d’AIE G, l’Association Intercommunale d’Étude et d’Exploitation d’Électricité et de Gaz pour la province de Namur.
Son capital de base était de 20 000 €. En juillet, il passait à 160 000 €. Aujourd’hui, avec les nouveaux actionnaires, ce capital
avoisine les 800 000 €.
Cambio, premier opérateur du changement
« Cambio est un service de véhicules partagés qui a été lancé en Belgique par Optimobil Belgium en 2000, signale Frédéric Van Malleghem, son directeur. Les premières inscriptions et locations ont été lancées en Wallonie durant la Semaine de la Mobilité en septembre 2002. En 2003, c’était à Bruxelles, et, en 2004, en Flandres.»
Cambio est principalement installé dans les grands et moyens centres urbains et moins à destination des parcs d’activité. Le concept est également basé sur la variabilisation des coûts c’est-à-dire qu’on réserve une voiture quand on en a besoin et qu’on n’en paie que son utilisation. Pas besoin d’acheter la voiture. Et quand on sait que 70 % de l’empreinte écologique d’une voiture réside dans sa fabrication (entre autres par l’utilisation de 150 000 litres d’eau par unité !) et qu’une Cambio remplace en moyenne 10 autos, l’avantage environnemental des véhicules partagés est donc énorme.
Dans les faits, on voit que beaucoup d’utilisateurs encore dans la vie active abandonnent leur seconde voiture pour un abonnement Cambio. On voit aussi que certains troquent leur unique voiture contre un abonnement Cambio. Une mutation en termes de mobilité. Mais quid en termes de mobilité électrique ? Cambio avait entamé il y a quelques années une vaste étude pour sonder son public quant aux véhicules alternatifs. LPG, hydrogène, électrique. Aujourd’hui, une station pilote lance un test grandeur nature à Gand avec des véhicules électriques. Aux dires de Frédéric Van Malleghem, on constate que l’électrique n’a pas encore fait son chemin dans les mentalités. « C’est pour cette raison que des initiatives comme Ze-Mo sont intéressantes, poursuit le directeur de Cambio. Ces investisseurs sont des entrepreneurs sérieux et ils arrivent avec des idées fraîches et une vision nouvelle. Comme ils se concentrent essentiellement sur les zonings, ils proposent une offre qui est davantage complémentaire que concurrentielle à notre concept éprouvé. Bien sûr, dans un marché mature comme le nôtre on imagine bien qu’ils chasseront un jour sur les mêmes terres mais « ce serait stupide de jouer la simple confrontation, signale Pierre Vanderdonck. Notre territoire est trop petit et la demande trop faible pour être ennemis ». En revanche, si Cambio et Ze-Mo ont leurs spécificités, les moyens et gros centres urbains pour le carsharing principalement « pétrolier » et les zones d’activités économiques pour les voitures et vélos électriques, le consommateur pourra faire un mixte des deux réseaux d’offre. D’autant que ces deux sociétés ont le même concurrent : le désir persistant du citoyen de posséder son véhicule en propre. On parlait du changement de mentalités…
www.cambio.be
Rencontre avec Alterface, une entreprise wallonne qui a des briques technologiques dans le ventre.
Après une dizaine d’années d’existence, Alterface s’amuse d’amuser le monde entier. Leader dans le marché de la conception de systèmes multimédias interactifs pour les parcs d’attraction et scientifiques, cette société issue d’un département « Recherche » de l’Université de Louvain (UCL) est passée maître dans l’art technologique du cinéma interactif ou cinemaction. Un outil de divertissement grâce auquel réalité et virtualité s’interpellent et se jouent l’une de l’autre. Derrière cette performance, le moteur logiciel breveté Salto, un maître de cérémonie interactif qui, au cours d’une at traction, orchestre l’allumage des lumières, la projection des images, le son ou les effets spéciaux. Un système intelligent et capable d’évoluer en fonction des actions des utilisateurs. « Le principe est sophistiqué mais simple d’utilisation, précise Benoît Cornet (CEO). Pour exemple, nous avons un système où un dinosaure est enfermé dans une cage virtuelle et regarde les visiteurs passer. S’ils font des mouvements amples, ça l’énerve. Le dinosaure devient agressif et veut sortir de sa cage en cassant la vitre. Au contraire, lorsque les visiteurs bougent peu ou lentement, et les enfants le comprennent très vite, le dinosaure est en mode repos. » Si la technologie à la base de cette animation est relativement limitée, l’effet est magique et surprenant. « Nous travaillons sur la perception des gens et nous passons très vite le relais à l’imagination humaine. » Qui, elle, n’a pas les limites d’un logiciel, aussi perfectionné soit-il.
Train fantôme et maison hantée
Le logiciel Salto est une des « briques technologiques » d’Alterface. Il a permis la conquête des parcs d’attractions des États-Unis jusqu’en Chine en passant par le Moyen- Orient. Les maisons hantées les plus dingues et les trains fantômes les plus affreux sont pensés et conçus par les ingénieurs-informaticiens et designers d’Alterface. Une entreprise qui se recentre sur les parcs d’attractions après avoir travaillé également avec des centres d’interprétation scientifiques. Un secteur moins porteur et un environnement nettement plus contrôlé dans lequel la créativité d’Alterface se heurtait au travail cadré des développeurs de musées. Dans les parcs d’attractions, le grain de folie d’Alterface est recherché. « Nous avons alors développé des produits comme le train fantôme (Dark ride) dans lequel les gens réagissent avec le décor et des écrans installés sur le parcours. Le succès est énorme et tous les parcs en veulent. La maison hantée interactive est aussi une spécialité de la maison. Nous cherchons en permanence. Nous avons à notre disposition toute une série de briques technologiques et le travail consiste à trouver une idée fédératrice pour mettre ces briques ensemble. Aujourd’hui, nous maîtrisons suffisamment la technologie pour faire des attractions non plus pour la technologie mais pour l’émotion qu’elles suscitent. »
Avant l’heure, c’est pas l’heure
Le succès d’une entreprise, c’est aussi une affaire de timing et Alterface a toujours su attendre son heure. Des idées, c’est bien. Mais des idées au bon moment, c’est mieux. Comme l’explique Benoît Cornet, dans le domaine de la création, il faut avoir une certaine résilience pour tenir et ceux qui réussissent sont ceux qui ont été assez résistants pour attendre que le succès arrive. Ce fut le cas pour le train fantôme et ce sera demain le cas pour d’autres projets qui, après avoir été imaginés dans les bureaux de Louvain-la- attendront sagement dans leurs cartons que leur temps arrive. Pragmatique, pour cette raison, Benoît Cornet hésite à remettre le site Web de l’entreprise à jour. Alors que les animations ludo-éducatives étaient un peu rangées au placard, le département créatif d’un groupe international spécialisé dans le divertissement vient de solliciter Alterface pour « un truc » susceptible d’attirer les visiteurs dans des Sea Life (aquariums) d’un genre nouveau. « Dessine-moi un poisson ! », une animation pensée il y a déjà plusieurs années par l’équipe d’Alterface refait donc surface. « On aimerait parfois faire table rase du passé mais les choses reviennent parfois avec une telle force. Il faut toujours avoir une idée à l’avance. » Et ne jamais l’abandonner. Après l’heure, c’est encore l’heure.
Pour tenir sa place de leader, Alterface fait preuve, comme ses systèmes d’animation, d’une réactivité extrême. Il en va du goût des gens pour les divertissements comme il en va des modes. Hier, les fêtes foraines montées sans souci de cohérence, aujourd’hui les parcs à thème avec une orientation ciblée. Il faut s’adapter. Mais il est une chose qui ne change pas avec le temps : « Le public aime qu’on lui raconte des histoires. » Et Benoît Cornet de donner en exemple les jeux vidéo qui sont toujours « hyper scénographiés et storyboardés. Pensez à la Princesse Zelda ! » Cet attrait pour les histoires se retrouve dans les parcs à thème. C’est le cas de Phantasialand en Allemagne pour lequel Alterface a conçu le train fantôme « Maus au chocolat ». Une histoire pourtant à dormir debout dans laquelle des souris envahissent une boulangerie dans le Berlin de 1900. Le visiteur a une seule mission : tirer à l’aide de poches à crème fraîche des boulettes de chocolat sur les petites bêtes qui ont « foutu le boxon » dans la boulangerie. C’est une histoire simplissime car il est important que le visiteur comprenne rapidement ce qu’on attend de lui. Il n’a effectivement que quelques secondes pour réagir aux stimulations multimédias qui lui sont proposées. Action-réaction en temps réel.
Equilibre entre virtuosité et efficacité
Rien ne sert de développer une technologie sophistiquée si elle ne s’avère pas efficace. Alterface l’a bien compris et construit ses projets en tenant compte de trois fondamentaux auxquels il est impossible de déroger. Première règle, le visiteur doit comprendre rapidement le principe du jeu. L’interaction doit être naturelle et facile (comme tenir un revolver et tirer). Seconde règle, une action est suivie d’un résultat immédiat et visible. Troisième règle, un travail doit toujours être valorisé et récompensé (une photo souvenir par exemple). Une récompense individuelle car, précise Benoît Cornet, quand on joue, on joue pour soi et on apprécie un retour personnel. « C’est le cas pour le cinemaction Desperados, une histoire de cow-boys dans le grand Ouest américain. Le but du jeu ? Nettoyer une ville aux mains de bandits. Pendant l’attraction, des photos sont prises et quand le “Doc” énonce les résultats des tirs, un projecteur éclaire la tête du meilleur joueur. Tous les regards se portent alors sur lui ; les gens adorent, ça les galvanise. »
L’observation, une quatrième règle qu’aurait pu mettre en avant le CEO d’Alterface. Pour concevoir des jeux qui répondent aux attentes des visiteurs, il faut s’intéresser à leur comportement et l’analyser. Parmi les observations réalisées, certaines sont assez anecdotiques mais ont toujours un sens et une influence sur la stratégie commerciale de l’entreprise. Dans un parc d’attractions, quel est le rôle de la femme dans une famille archétype européenne avec deux enfants ? La constatation est que Monsieur fait office de troisième enfant tandis que Madame se tient souvent en arrière, chargée des manteaux et des sacs. Devant une attraction, si Madame fait une vilaine moue, Monsieur renoncera. « C’est donc Madame que nous devons convaincre », précise Benoît Cornet. Une bonne raison pour engager des femmes, trop rares dans le métier. Aujourd’hui, Alterface, c’est une équipe de vingt-quatre personnes en basse saison dont une directrice artistique, la seule femme, six personnes aux États-Unis et une petite équipe commerciale autonome en Chine. Tous sont passionnés de séries télévisées, de cinéma, d’univers fantastiques et d’électronique. Aucun ne déprime. La demande est forte et le travail ne manque pas. « Nous revenons du Salon de Berlin et le business n’a jamais été aussi bon malgré une concurrence agressive et des imitateurs. » Cependant, les choses ne sont pas aussi lisses qu’il y paraît. « Il faut parfois quatre ans pour qu’un projet voie le jour. » Pouvoir attendre est vital. D’où la nécessité de s’appuyer sur des produits en nombre, qui évoluent et ne se démodent pas avant que le projet aboutisse.
Alterface s’exporte bien
Chez nous, les parcs régionaux d’attractions « marchent » très fort et, notamment, dans les zones économiquement défavorisées « parce que les gens n’ont pas les moyens de partir ailleurs », précise Benoît Cornet. Dans les Émirats arabes, les installations dans les centres commerciaux poussent comme des champignons. Les familles aisées les plébiscitent car elles y envoient leurs enfants jouer en compagnie de la nounou tandis qu’elles dévalisent les boutiques de luxe. Un marché s’est également ouvert dans des pays « pas tout à fait démocratiques ». C’est le cas de la Corée du Nord où le nouveau leader, pour se donner une image plus douce, s’est fait photographier en galante compagnie dans un parc d’attractions. « Il ne peut pas être un mauvais gars s’il peut s’amuser ! », ironise Benoît Cornet. Ou encore la Chine dont le gouvernement tente de faire émerger une classe moyenne à qui il faut donner les moyens de se divertir. En Europe, les pays qui sont en reconstruction après avoir vécu des périodes politiques difficiles et d’appauvrissement collectif (comme la Pologne ou la Biélorussie) sont également un marché important. Les nouveaux dirigeants souhaitent améliorer la qualité de vie de leurs citoyens en créant des infrastructures de bien-être dont des parcs d’attractions. L’avenir d’Alterface ? Poursuivre sur sa lancée et se positionner comme le spécialiste mondial du cinemaction, un cinéma 5Di pour image en relief, son, mouvement et interactivité. ■
Depuis quelques années, le mobilier urbain de Lucile Soufflet, tout en rigueur et simplicité, se pose dans nos villes et dans nos parcs. Des formes nouvelles qui répondent à des besoins fondamentaux.
Ils apparaissent un beau jour sur les places, dans les parcs. On les regarde d’abord avec indifférence ou curiosité, parfois avec méfiance pour leurs formes innovantes, incongrues. Puis, on les essaie. Et on se dit que, finalement, on s’y sent bien. Le mobilier public doit s’apprivoiser. Patiné par le temps et les intempéries, il doit se fondre dans le paysage et dans les habitudes des citadins, des villageois. Depuis 2006, la Grand-Place de Mons accueille un groupe de bancs en fines tiges d’acier laqué qui ondulent avec la souplesse d’un végétal. Ils sont l’oeuvre de la designer Lucile Soufflet. S’adaptant à chacune de ses implantations, ce modèle est né quelques années plus tôt pour répondre à une commande de la Ville de Bruxelles pour une petite place du centreville. « Au départ, la commune voulait une oeuvre d’art alors que les habitants entendaient surtout placer un arbre. Dans la discussion est apparue l’idée d’une grille autour d’un arbre qui est devenu un banc circulaire qui épouse la forme de l’arbre. »
La designer, qui s’est installée dans la commune de Sart-Dames-Avelines, dans le Brabant wallon, occupe une ancienne maison de briques vertes qu’elle a complètement réaménagée. Elle a posé son bureau sur une mezzanine, juste sous le toit. C’est là qu’elle travaille face à son écran à défaut d’occuper son atelier encore en chantier. « C’est vrai que je travaille de plus en plus avec l’ordinateur », reconnaît-elle. « Même si la plupart de mes projets naissent toujours d’un croquis au crayon. » La création d’un projet passe par des aller-retour permanents entre le crayon et la visualisation en 3D, et parfois par des maquettes. Lorsque son mobilier est édité, la créatrice peut s’appuyer sur les développeurs de l’éditeur qui disposent de vrais spécialistes de la 3D. Une part importante de son mobilier est éditée par la firme tournaisienne Urbastyle. « Avec ce type de partenaires, je ne réalise plus tout moi-même de A à Z, ce qui permet d’être plus précis dans chaque phase du travail. » Une gamme comme cel le des bancs circulaires, aujourd’hui éditée par TF en France, a mis dix ans entre la conception et l’édition. Grâce à l’édition, elle dispose désormais d’un alphabet de profils qu’elle adapte à chaque commande en fonction des contraintes à la fois budgétaires et topographiques. « Je n’ai pas toujours les délais ni les moyens de faire un nouveau projet, d’autant plus que souvent on me commande quelque chose en se référant à un mobilier existant qu’on a vu ailleurs. »
Diplômée en design industriel de La Cambre, Lucile Soufflet fait remonter ses premières envies de design à son enfance. « Cela correspond d’abord à une pulsion d’autonomie et à l’envie de faire les choses moi-même. Je couds, je fais la cuisine, le potager. J’étais naturellement attirée vers les objets qu’on utilise vraiment. Pour moi, le design, c’est d’abord la fonction. » Le goût pour le mobilier urbain est né à Londres. En exil temporaire dans le cadre des échanges Erasmus, elle y a suivi des cours à la Middlesex University avant d’être assistante technique au Royal College. « Plongée dans une ville étrangère, j’avais le nez dans les cartes et les plans, j’ai sillonné la ville de long en large, regardant autour de moi et observant comment les gens utilisent la ville et ce qui est à leur disposition. » Ses premiers travaux sont nés de sa réflexion sur la ville et les espaces publics. Ils ont débouché sur les premières commandes et d’autres projets. « En m’engageant dans cette voie, j’étais confortée par le fait que c’est un domaine où le design est encore peu présent et où beaucoup reste à faire. »
Dans son choix de matières, elle privilégie le bois, le béton ou l’inox, des matériaux adaptés à l’extérieur et permettant de petites séries. C’est une approche plus artisanale qui lui permet plus de flexibilité et de personnalisation. « Je suis attentive à suivre toutes les étapes de la production. Chaque matériau a ses spécificités techniques qu’il faut prendre en compte dès la conception. Ainsi, le béton a son sens de coulée. Si on l’ignore, on a des bulles qui peuvent remonter à la surface et y créer des irrégularités. » Si elle admire le travail de créateurs tels que Charles Eames ou les frères Bourrelec, elle préfère ne pas trop analyser le travail d’autres designers pour ne pas se sentir écrasée. « Je me fie plus à l’observation des gens, à la manière dont ils se comportent dans l’espace public. De manière plus indirecte, je suis aussi très sensible aux formes d’objets anciens que je repère lors d’une balade aux Puces. En général, travailler sur l’histoire donne une épaisseur narrative au projet qui me plaît bien. »
Porcelaine et céramique
Au début de sa carrière, Lucile Soufflet a réalisé plusieurs séries d’objets en porcelaine et en céramique. Parmi ceux-ci, une commande du Musée de Mariemont qui lui a demandé de réinterpréter quelques pièces de leur collection. Dans une autre série avec Royal Boch, elle s’est amusée à associer à une même tasse différentes anses issues du patrimoine décoratif de la faïencerie. Depuis quelques années, elle a délaissé la céramique et les petits objets au profit du mobilier urbain. « Une fois qu’un domaine suscite de l’intérêt, les demandes suivent et on poursuit dans la même direction. Mais il suffit de peu de choses, une rencontre ou une commande, pour prendre une tangente. »
Le « Projet 105 » est l’exemple parfait de commande qui invitait la designer à explorer de nouveaux territoires créatifs. Dans le cadre d’une revitalisation d’un ensemble de logements sociaux bruxellois, la société de logements SLRB lui a demandé de rhabiller les couloirs qui séparent les appartements de l’extérieur. « Ça sortait de ce que je faisais habituellement, c’était aussi un des premiers projets où je travaillais en collaboration. C’était un sacré défi de satisfaire tant les habitants que les commanditaires et soi-même. Il y a un travail pédagogique et, en même temps, il faut être tout le temps à l’écoute. En montrant d’où viennent les choses, on peut expliquer qu’on ne peut pas faire ce que chacun exige, mais en travaillant ensemble on peut arriver à personnaliser chaque lieu de vie et permettre à chacun de s’y sentir bien. » Dans le cadre de ce projet, et de celui qui a suivi, le projet 48, Lucile Soufflet a eu l’occasion de renouer avec le plaisir de la céramique, couvrant le mur des corridors de carreaux qui délimitent par leurs couleurs et leurs structures l’espace qu’occupe chaque appartement.
L’année 2013 sera riche en projets, du mobilier bien sûr comme celui pour le parc des 4 vents et des étangs noirs à Molenbeek, ainsi que pour la commune de Schaerbeek. Changeant d’échelle, il lui arrive régulièrement de réaliser des interventions ponctuelles chez des privés qui souhaitent un banc ou un autre accessoire d’extérieur. Décidément, pour Lucile Soufflet, ce ne sera pas encore le moment de s’asseoir.
Renseignements
Lucile Soufflet
Rue de la Hutte, 7
B-1495 Sart-Dames-Avelines
+32 (0)71 95 45 53
[email protected]
www.lucile.be
Destin brisé
Dans le centre de La Louvière, les passants n’ont pu ignorer l’assiette cassée géante qui étale ses morceaux sur les trottoirs. Cette sculpture en acier laqué, baptisée The Plate, a été réalisée par Lucile Soufflet en collaboration avec l’artiste Bernard Gigounon et produite par l’entreprise liégeoise Ortmans. Hommage au passé industriel louviérois, l’oeuvre ne laisse personne indifférent.
Cette oeuvre un peu à part dans votre parcours est un hommage au destin brisé de Royal Boch avec qui vous avez eu l’occasion de travailler ?
L.S. — Boch possède un patrimoine extraordinaire. La plupart des familles belges ont eu des pièces d’un de leurs services. Quand j’ai visité la Manufacture, on sentait déjà la fin de quelque chose. L’outil était désuet, mais ça aurait valu la peine de le remettre à flot. J’ai eu envie de partir d’un sentiment pour laisser un témoignage d’une époque.
Quelles ont été les réactions ?
L.S. — Dans les médias artistiques, l’oeuvre fait son chemin et a été commentée et appréciée un peu partout dans le monde via internet. En ville, les réactions étaient très contrastées. Ça suscite la discussion… Et c’est très bien. Certains comprennent la démarche, d’autres sont choqués par une pièce qui dégage une certaine violence. Quand on parle avec les gens, ils arrivent à faire la part des choses. Après une fin, même brutale, il y a toujours quelque chose qui s’ouvre. Quand on implante une oeuvre dans le tissu urbain, au début, il faut l’accompagner et il convient d’être vigilant dans la communication.
Comment ?
L.S. — Être là physiquement et discuter avec les gens. J’ai y ai passé deux ou trois week-ends. C’était très enrichissant. Certains m’ont dit : « Moi aussi je suis maladroit, je voudrais avoir la même dans mon jardin. » Un autre m’a demandé si je l’avais cassée là en la déchargeant. Quand j’ai répondu : « Oui, c’est bête hein ! » Il s’est mis à rire. L’oeuvre doit encore faire sa mue. Elle appartient à la ville et à ses habitants. Elle va faire son chemin. Comme tout mobilier urbain, elle va se patiner avec son lot de tags, de griffes ou d’empreintes de pas. D’une manière ou d’une autre, les gens ont besoin de s’approprier les objets.
Ces 4, 6, 7, et 8 février 2015 aura lieu le cinquième festival international de musique de chambre « Est-Ouest » à la Ferme du Biéreau. Ce festival, créé à l'initiative d'Alex De Jenlis et Alexis Thibaut, réunit au cours d'un évènement phare plusieurs jeunes espoirs de la musique. Durant quatre jours, de jeunes musiciens issus de prestigieux conservatoires dans le monde se réuniront sur la scène de la ferme pour jouer les grandes œuvres du répertoire de la musique de chambre : Vivaldi, Schubert, Rachmaninov, Brahms, et bien d'autres. Le festival accueillera en outre des invités prestigieux tels que le chef d'orchestre Arthur Hoinic, la pianiste Galina Christiakova ou encore le comédien Alex Vizorek.
À chaque jour son concert. Mercredi 4 février, premier rendez-vous à 20h pour renouer avec les musiques de chambre qui ont marqué l'histoire du cinéma. Ce concert intitulé : Les plus belles musiques de film, reprendra en particulier les œuvres de Chopin, Vivaldi, Schubert et d'autres. Vendredi 6 février à 13h dans le cadre des « MIDZIK », au tour des plus petits d'être ravis à l'occasion de Pierre et le loup. Ce concert accessible dès l'âge de 4 ans a la particularité de représenter chaque personnage par un groupe d'instrument qui lui est propre (corde, cuivre, bois, etc.). Le conte sera raconté par le comédien Alex Vizorek, mais également illustré en direct par la dessinatrice Karo Pauwels. Le samedi 7 février à partir de 20h, prenez le temps de redécouvrir deux musiciens phares du romantisme allemand : Ludwig van Beethoven et Johannes Brahms au concert Les profondeurs du romantisme allemand. Et pour finir, Pierre et le loup reviendra enchanter les spectateurs une dernière fois le dimanche 8 février à 17h. À nouveau raconté par Alex Virozek et illustré par Karo Pauwels, le spectacle proposera cette fois-ci, après l'entracte, d'écouter le 1er concerto pour piano de Chostakovitch.

Pour plus d'informations, consultez le site : www.fermedubiereau.be
En collaboration avec :