Waw magazine

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Par Biéreau

Grand Tremplin & Faon Faon

Depuis 2008, le Grand Tremplin du Brabant wallon offre aux musiciens émergents l’opportunité de passer la vitesse supérieure. Quatre groupes auront la chance de suivre un coaching personnalisé, une journée de formation théorique (contrat, statut d’artiste, Sabam, etc.) et une résidence de 4 jours où ils travailleront ensemble les aspects scéniques d’une représentation. Le tout sera couronné par un festival à la Ferme du Biéreau en présence de professionnels, captation vidéo live à la clef.


Initialement, les jeunes groupes devaient partager l'affiche avec Robbing Millions, mais le groupe nous a annoncé le 10 janvier ne pas pouvoir honorer cet engagement... Too bad! Qu'à celà ne tienne, Faon Faon relève le gant. On aime bien ces 2 demoiselles, dont l'électropop plâne autant qu'il délire. Avec elles, la soirée garde tout son intérêt, et sera à vrai dire un poil plus rafraichissante et légère. 

Line up :

Thomas Frank Hopper
Mango Moon
From Kissing
Bob Doug

Villa Hobo (FR)

Plus d’infos sur www.operationtremplin.be

Informations : 

Ferme du Biéreau
Avenue du Jardin Botanique, Place Polyvalente
1348 Louvain-la-Neuve
Tel. : 070/22 15 00
[email protected]

Experte en gemmologie, historienne de l’art de formation, Isabelle Leblans partage son amour du bijou et des pierres précieuses depuis plus de 25 ans. Rencontre avec cette perle rare.

 

Située au centre de La Hulpe, la boutique d’Isabelle Leblans est une véritable référence en matière de joaillerie et bijou. Depuis plus de 25 ans, l’accueil sans nul autre pareil, l’écoute mais aussi le service, l’expérience et l’expertise d’Isabelle séduisent une clientèle fidèle. « Ma formation de gemmologue alliée à ma licence en histoire de l’art constitue un atout pour exercer mon métier avec professionnalisme et passion. Il est plus aisé pour moi de guider mes clients dans leur achat mais aussi dans la création de leur bijou personnalisé. » La priorité de cette commerçante attachée au Brabant wallon est la satisfaction absolue de ses clients. « Mes connaissances, je les ai acquises aussi auprès d’autres bijoutiers chez qui j’ai débuté il y a plus de vingt ans et lors de ma formation en gemmologie. Être attentive aux souhaits de mes clients, cela me paraît essentiel. Je mets un point d’honneur à écouter les souhaits de chacun, les guider vers un bijou ou en concevoir un qui corresponde parfaitement à la personne qui aura le plaisir et la chance de le porter. Un bijou, c’est souvent un achat qui a été murement réfléchi. On y pense avant de l’acheter ou de l’offrir, on se questionne, on l’imagine porté... Finalement, c’est un bonheur partagé. »

Nous sommes nombreuses et nombreux à apprécier les bijoux : alliance, bague, collier, bracelet, montre… Nous aimons en offrir ou en recevoir. Un bijou n’est pas un cadeau comme les autres et il est souvent associé aux plus beaux moments d’une vie. Il se transmet parfois de génération en génération… « L’achat d’une alliance par exemple est un moment accompagné d’une charge émotionnelle très forte. D’autres cadeaux demandent également une attention particulière. Ils soulignent un moment inoubliable ou un événement en particulier. »

Si la joaillerie a évolué au cours des dernières années, les intemporels sont toujours prisés. Les classiques coexistent aujourd’hui avec des bijoux beaucoup plus modernes, les lignes sont plus actuelles. Isabelle Leblans propose des marques qu’elle sélectionne minutieusement, toujours en recherche de créativité, d’un travail artisanal et d’une qualité irréprochable. Elle est sans concession sur la manufacture. Isabelle a également choisi quelques grands noms réputés de la joaillerie (dont certains en exclusivité). Parmi ceux-ci, on peut citer Nanis et Annamaria Cammili, aux inspirations florales et végétales qui dévoile un vrai travail de recherche au niveau du dessin. Davice et son concept de « Moving Diamond », un système de petites pierres qui bougent, donnant ainsi vie au bijou. Ce fabricant utilise une technique d’or ciselé en-dessous de chaque brillant, de manière à réfléchir la lumière et optimiser les feux. Pesavento, également une marque italienne, spécialisée dans les bijoux en argent. C’est d’ailleurs la seule de ce genre qu’Isabelle accepte dans ses vitrines parce que Pesavento propose quelque chose de vraiment différent. Le niveau d’imagination est créatif et pointu, les matières sont inédites et travaillées. De la poudre de céramique est associée à de l’argent plongé dans un bain d’or rose ou du cuir entre par exemple dans certaines créations. Cascia est une marque spécialisée dans les perles depuis 1929. Les perles, entre autres en boucles d’oreilles, illuminent délicatement le visage. Elles sont intemporelles.

Pour les montres, parmi tous les noms qui existent sur le marché, Isabelle a choisi une superbe gamme de chez Michel Herbelin, horloger français depuis 1947. De la montre chic, il y en a pour tous les goûts, pour madame et monsieur, dans une exigence du design, de l’élégance, des détails et bien évidemment du mécanisme. La force de la marque, c’est la parfaite connaissance de l’horlogerie associée à une créativité innovante.

Créations personnalisées

Parce qu’un beau bijou a un prix, parce qu’il est souvent porteur d’un message, depuis quelques années, Isabelle Leblans a développé le travail en atelier. En supprimant un intermédiaire, elle permet ainsi à sa clientèle de bénéficier d’un tarif très intéressant comparativement à certaines autres enseignes. Cette démarche captivante pour elle sur le plan créatif s’accompagne d’un impact financier en faveur du client. « Après avoir entendu les souhaits et les idées de la personne qui veut un bijou personnalisé, je la guide pas à pas dès la naissance du projet. Mon expertise en gemmologie me permet de sélectionner les pierres les plus adaptées. Le client peut ensuite visualiser un croquis en 3D avant le lancement de la fabrication. De cette manière, il participe lui-même à la création depuis le début : un bijou unique, à son image et ses goûts personnels. C’est parfois très émouvant de voir la réaction des clients lorsqu’ils découvrent le résultat. »

L’avantage de travailler dans son propre atelier, c’est également de faire des transformations à partir d’autres bijoux ou de créer un bijou similaire à un autre, en adaptant quelques détails. De plus, les pierres précieuses et diamants sont identifiés et accompagnés d’un certificat émanant d’un laboratoire international, gage de qualité. Grâce à son expérience et à la personnalisation de son travail, Isabelle Leblans insuffle une véritable âme à sa joaillerie. À découvrir absolument.

www.leblans.be

 

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La voix rauque et soul d’une chanteuse de gospel américaine, Typh Barrow s’apprête à présenter à son public l’album ‘Raw’ qu’elle a voulu organique, sincère et authentique. Enregistré entre Londres et Bruxelles, l’album, qui sort le 18 janvier, est entièrement fait de compositions de sa main. Rencontre.


Née à Bruxelles en 1987 d’une mère belge et d’un père polonais, Tiffany Cieply-Baworowski, dite Typh Barrow, étonne depuis son plus jeune âge par son timbre de voix grave et atypique. Musicienne dans l’âme, elle commence le piano à cinq ans et s’inscrit au solfège à huit. La chanteuse en herbe a déjà de la suite dans les idées, puisqu’elle écrit ses premières chansons à douze ans et entame des cours de chant à 14. Elle se forge son identité vocale et découvre son goût de la scène dans les pianos bar. « J’ai toujours su que chanter était ce que je voulais faire. On l’a dans la peau je pense », explique Typh Barrow. Parmi ses influences musicales, on retrouve des légendes commeStevie Wonder, Marvin Gaye ou Otis Redding, mais aussi des artistes contemporains comme John Legend, Jessie Ware, Rhy ou encore Jacob Banks. « Un livre, un film, une phrase, ce que je vis… Tout m’inspire. Ecouter d’autres chanteurs me transporte souvent vers quelque chose d’inattendu. Je me laisse guider ».

Accélération en ligne

Un tournant dans sa jeune carrière a été sa rencontre avec François Leboutte en 2003, son actuel manager et producteur à la tête du label Doo Wap Records, qui lui fait enregistrer ses premières démos. Fin 2012, elle sort « You Turn », son premier single qui tourne bien sur nos radios, suivi du CD trois titres « Ton ombre qui court ». Elle explose ensuite dans plusieurs reprises diffusées sur Youtube comme « Gangsta Paradise » de Coolio qui dépasse aujourd’hui le million de vues et « Hotel California » des Eagles qui atteint les 280 000. « Cet engouement international a été une immense surprise. Coolio, dont je suis fan depuis toute petite, a même partagé ma vidéo aux Etats-Unis. C’était fou ! Internet et les réseaux sociaux permettent vraiment de démultiplier son audience ». Son entourage l’aide à gérer la déferlante de critiques positives, comme négatives. « Je suis très bien entourée, j’ai beaucoup de chance. Le positif, on le reçoit avec beaucoup de plaisir et d’humilité. Le négatif, on apprend à le tenir à distance pour ne pas se laisser toucher ».

Vient ensuite le double EP « Times » et « Visions » en 2014, mix de 12 compositions  personnelles et de reprises. On y retrouve notamment ses titres « You turn » ou « I die », mais aussi « Back to black » d’Amy Winehouse, « No Diggidy » de Blackstreet et « Too close » d’Alex Clare. « Cet EP m’a fait vivre une aventure formidable. Il a eu une belle distribution et d’excellents retours. On a notamment eu un super été avec des concerts aux Francofolies ou aux Solidarités. Il a bien voyagé. Je dois dire qu’il a vécu plus longtemps que je ne pensais. J’étais prête pour la suite ».

Voyage dans le temps

« Raw », son nouveau projet réalisé avec la même équipe est un savant mix de pop et de soul, d’old school et de sons actuels. « J’ai vécu cet album comme un voyage dans le temps. Certains titres ont été enregistrés à Londres dans les studios d’Abbey Road dans les conditions des années 1960, explique la chanteuse. Je voulais des sonorités « roots » comme sur les vinyles de l’époque. La plupart des morceaux ont été enregistrés en une prise. Il fallait que ça sorte de mes tripes, que ça soit organique. Les jours où ma voix était fatiguée, on l’a utilisé. Cela donne un supplément d’âme ».

Le restant de l’album a été enregistré à l’ICP à Ixelles, un des plus grands studios d’Europe. « Raw est le produit des deux. Il mélange des sons Motown à la Nina Simone avec des touches de modernité à la Janelle Monáe. (accent sur le a ok – Marc) Son parcours de création a été à la fois génial et intense. J’ai pu collaborer avec des gens incroyables et issus d’univers très différents. Cela m’a poussé à sortir de ma zone de confiance. J’adore ça ».

En cours de finalisation, l’album sera sorti pour le 18 janvier. « Le projet a pris beaucoup d’ampleur. C’est une vraie naissance pour moi. J’en ai rêvé toute ma vie. J’ai vraiment hâte qu’il sorte et d’aller le présenter au public. On y apporte la touche finale en ce moment ». Tourné à Lisbonne début novembre, le premier clip qui accompagne la chanson « Tabou » sera un chassé-croisé ente plusieurs histoires d’amours. « Le titre parle de toute sorte de relations taboues, qu’il s’agisse d’homosexualité, de différences d’âge, de culture ou de religion. J’avais envie de quelque chose de joyeux, de positif et de coloré. Les rues de Lisbonne s’y prêtaient bien ». Plusieurs dates de concert suivront la sortie. Elles seront bientôt dévoilées.


Interview d’Harry Fayt

Créations aquatiques
Après des études de photographie à Namur, Harry Fayt débute sa carrière en couvrant des performances musicales live. Il monte son studio à Liège en 2006 et fait ses premières photos sous l’eau trois ans plus tard.

Quels souvenirs gardez-vous de ce shooting avec Typh Barrow en 2015 ?

« Je me rappelle bien de ce shooting ! Nous l’avions organisé sur deux jours un weekend de Pentecôte. Typh s’était très bien débrouillée. Elle n’a pas froid aux yeux et aime les challenges. C’est ce qu’il me fallait.  Le premier jour, on a surtout fait des photos avec un piano. On pouvait faire des breaks réguliers. Il faut s’imaginer que sous l’eau, il faut tout contrôler : sa respiration, la position de son corps, ses yeux… C’est très compliqué et ça peut être physique. Le deuxième jour, nous avions reconstitué tout un salon sous l’eau. Typh a du être lestée avec des poids et respirer uniquement grâce à des bouteilles portées par un plongeur. Elle n’aurait pas pu remonter toute seule. Elle a du faire confiance à l’équipe et se laisser porter ».

Comment préparez-vous une telle séance ?

« C’est généralement beaucoup de travail en amont pour trouver le lieu, le décor, les objets… Je travaille souvent sur des recompositions de tableaux. Cela prend plus ou moins de temps selon l’inspiration. Pour cette séance-ci, nous étions une dizaine : une maquilleuse, deux stylistes, un scénographe, deux plongeurs, Typh, son producteur et moi. Pour la conception de la séance, le modus operandi est souvent le même : j’ai une vision et j’en discute avec l’artiste. Avec Typh, c’est ce qui s’est passé. J’avais une photo en tête et je cherchais une chanteuse. Je l’ai contactée et elle a directement accepté. Cela m’a donné envie de réaliser une série sur les artistes belges et m’a notamment mené à photographier Jean-Luc Fonck dans le cadre de son « Grabataire tour ».

Qu’est ce qui vous plait dans cet univers sous-marin ?

« Je me perçois comme un photographe de studio sous l’eau. Je fais très attention aux détails, à l’ambiance, aux décors et aux objets. J’aime l’aspect surréaliste qui se dégage de ces photos. Chaque shooting sous l’eau est un défi pour moi comme pour le modèle. Il faut innover sous contraintes. Par exemple, pour diriger et orienter la personne, les rapports sont complètement différents. Il faut se comprendre en quelques gestes. Pour choisir le lieu, tout dépend de la profondeur dont j’ai besoin. J’utilise souvent des piscines publiques, notamment à Saint-Gilles ou à Liège, en dehors de leurs heures d’ouverture ».

Quels sont vos prochains projets ?

« Chaque projet nourrit les autres. Je poursuis notamment mes deux séries « Modern Icons » et « Heart Made in Belgium ». J’expose toujours au Passage Molenpoort à Nijmegen aux Pays-Bas. Je rêve d’une grande exposition dans un lieu insolite comme une église dans deux ans. Elle serait composée de très grands tirages et jouerait sur les cinq sens. C’est mon côté mégalo ! »


Renseignements :
 
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Depuis 10 ans, nous voyons fleurir partout en Belgique comme en Europe une myriade de microbrasseries plus créatives les unes que les autres. Parmi celles-ci, à Thorembais-SaintTrond, non loin de Gembloux, la brasserie Valduc-Thor a réalisé son premier brassin en avril dernier. 


Antoine Limbourg, 34 ans, et Peter Gerard, 27 ans, bioingénieurs, diplômés de l’UcL en master en génie brassicole se sont lancés dans la grande aventure de la compétition microbrassicole. Mais y a-t-il encore une place dans l’immense offre déjà installée ? Tout dépend si chacun accepte de rester juste en dessous de son niveau d’endettement et de gérer sa production de manière « responsable ». Après 2 ans de recherche et 200 recettes plus loin, le 6 avril 2017, les deux partenaires réalisent enfin leur premier brassin « grandeur nature ». Bien sûr, il a fallu régler quelques petits soucis techniques. Peter s’est donc mis à l’italien en 24 h pour consulter les techniciens de chez Meccanica Spadoni, leur fournisseur situé aux portes d’Orvieto… 

Une vision durable

Première étape pour la brasserie coopérative Valduc : viser le marché local en priorité et assurer une production maitrisant chaque étape. Avec une capacité de production de 3 000 hl par an, le choix a été fait de gérer les ressources avec un sens des responsabilités très pointu. Installée à 500m de l’ancienne brasserie Meurice qui disposait d’un captage d’eau, la microbrasserie espère récupérer ce privilège. Car une brasserie consomme des quantités énormes d’eau, six litres d’eau sont en effet nécessaires pour produire un litre de bière : eau de préparation, lavage des bouteilles, nettoyage divers… En travaillant avec du matériel moderne sur mesure, il est possible de limiter cette consommation d’eau. Deux citernes de 15 000 litres ont en outre déjà été prévues pour traiter l’eau de la manière la plus précise, sans dilution et produits polluants. Cette eau peut être réutilisée pour le nettoyage. Les drêches sont offertes à l’éleveur local qui produit un orge brassicole.

Le bâtiment a été conçu pour limiter les consommations. Une isolation par des panneaux sandwich permet de diminuer grandement les impétrants. Au-dessus de la chambre chaude, le laboratoire et la salle de réunion profitent de la chaleur ascendante. Au-dessus de la chaudière se trouvent les bureaux. Ces astucieuses configurations dispensent l’entreprise de faire l'acquisition d’un système de chauffage supplémentaire. L’énergie utilisée par le circuit froid est récupérée pour chauffer la salle de fermentation… C’est donc principalement pour limiter son empreinte écologique que les coopérateurs interviennent (investissements panneaux, éolienne, eau). Par ailleurs, la brasserie propose des visites et des formations : bière à façon et événements divers sont les arguments marketing que l’on retrouve dans toutes les brasseries de cette taille.

Brasserie Valduc-Thor
rue du Ponceau 38
B-1360 Thorembais-Saint-Trond
+32 483 01 08 99
www.brasserievalduc.be

 

Lorsqu’en 1981, Pierre De Muelenaere et Jean Didier Legat, fraîchement diplômés ingénieurs civils à l’UcL, conçoivent des circuits électroniques destinés à la reconnaissance de caractères, ils ne pouvaient imaginer que leur entreprise ferait un jour partie du groupe japonais Canon.


Pour ces jeunes chercheurs ambitieux, c’est d’abord une thèse de doctorat. À l’époque, la mode est à la création de spin off. Pierre franchit le pas en 1987 et crée la société IRIS. Une des plus belles success-stories de l’industrie wallonne. Au départ, une PME avec un projet auquel peu croient et aujourd’hui, un fleuron de l’un des plus grands groupes internationaux, Canon.

Tout repose sur un constat. Toute entreprise détient une masse d’information dont elle peut avoir besoin à n’importe quel moment. Une grande partie de ces données était, jusqu'au milieu des années ’90, consignées sur papier. Avec la généralisation de l’informatique, il faut trouver un moyen de numériser ces données et les rendre accessibles par traitement de texte. C’était précisément l’objet des recherches des deux ingénieurs. Avec l’aide de l’UcL et d’un investisseur privé, ils développent un prototype de carte électronique permettant de lire des textes imprimés. Encore fallait-il convaincre que c’était bien la bonne solution. La difficulté, c’est que sur les traitements de texte apparaissent différents types de caractères. Ce qui rend la reconnaissance optique compliquée.

Par ailleurs, il y a de nombreux concurrents dans ce domaine. Enfin, le marché n’est pas encore mûr, Jean Didier Legat et un investisseur privé décident alors de quitter le navire. Mais Pierre Demuelenaere s’obstine. 

« Beaucoup de gens m’ont dit ‘votre technologie sera dépassée dans pas longtemps parce que la nouvelle vague, c’est le bureau sans papiers’. On en parlait déjà à cette époque. Des gens me disaient ‘vous êtes trop tard, votre technologie ne sert à rien, etc. Et ce qu’il s’est passé, c’est tout le contraire, on a connu un très beau développement sur base de besoins qui n’ont fait que croître’. »

Une histoire mouvementée

Et la bonne solution s’appelle le système OCR (Optical Character Recognition). Une idée simple en apparence : on scanne ou on prend une photographie numérique d’un texte sur papier et, grâce à un logiciel particulier, on le transforme en fichier texte sous différents formats. Pas besoin de retaper les textes ou de refaire les tableaux par exemple. Un gain de temps et d’énergie énorme. Un partenaire wallon se présente, la société Prodata, dirigée par Pierre Rion (cf. WAW 37).

Ensemble, ils vont conquérir lentement mais sûrement le marché. Après 30 ans d’existence, IRIS s’impose désormais comme un des meilleurs spécialistes sur le marché en pleine expansion de la reconnaissance de texte. La société propose une large gamme de scanners portables disposant de résolutions de balayage élevées et une grande vitesse de numérisation. De plus, leur taille est assez compacte que pour se glisser dans un sac à main. La société décroche alors de gros contrats à la gendarmerie belge et pour les centres de contrôle technique automobile, pour la Chambre des députés du Grand-Duché de Luxembourg ou encore pour des banques belges. IRIS met au point aussi des logiciels de gestion de données aussi diverses que les questionnaires de recensement en Belgique et en Tchéquie, ceux de l’administration de la TVA, mais aussi des lettres au moyen d’un scanner pour PC.

Coup de maître, en 1994, la PME lance l’IRISPen, un stylo qui scanne les textes et les numérise en temps réel. On peut ainsi importer des documents, des notes de travail, des comptes rendus de réunion et les importer directement sur son ordinateur. Le succès est au rendez-vous et la société entame un développement international. Elle ouvre ainsi des filiales en France et aux Etats-Unis. En mai 1999, IRIS rentre à la bourse de Bruxelles, la société est alors valorisée à 2 milliards de francs belges.

Diversification

À côté de la branche technologique, s’est créée IRIS Professional Solutions qui offre aux entreprises et aux administrations un seul interlocuteur offrant à la fois des solutions de haute technologie pour gérer efficacement les flux d’informations et des services. Ce qu’on appelle l’ECM (Enterprise Content Management) regroupe des services aussi divers que la création de fichiers, leur distribution, leur publication et leur archivage. Bref, tout ce qui touche à la gestion au quotidien. Cette activité représente aujourd’hui les trois quarts du chiffre d’affaire d’IRIS qui se monte aujourd’hui à près de 100 millions d’euros avec des sièges à Louvain-laNeuve, à Bruxelles, Vilvoorde et Anvers mais aussi en France, au Luxembourg, en Allemagne, aux Pays-Bas, aux USA et à Hong Kong. IRIS emploie 600 personnes. « Le marché est demandeur. Plus que les technologies, ce sont les solutions qui attirent. Les solutions opérationnelles, s’entend. C’est précisément notre force. Au bout de trente ans, nous ne comptons plus nos références, que toutes nous pouvons présenter2 », affirme Christophe Sintubin, Corporate Marketing Director du groupe.

Une OPA amicale

Et ce sont ces atouts qui ont convaincu le groupe Canon de lancer en 2013, une OPA amicale sur IRIS. Le groupe japonais possédait déjà 17% des actions de la société et a finalement décidé d’en prendre totalement le contrôle, offrant au passage, une belle plus-value aux actionnaires historiques.

Le but des Japonais était clairement de s’inspirer des clés de la réussite de cette spin off qui ne comptait au départ que deux personnes pour en faire aujourd’hui LE centre de compétences et de référence pour tout le groupe Canon en matière de gestion de l’information. Canon compte bien utiliser ce savoir-faire pour mieux développer ses autres filiales en Europe.

Un accord à l’amiable a permis à Pierre de Muelenaere de rester à la direction trois années de plus avant de céder la barre à un cadre du groupe Canon. Le temps d’assurer la transition et réussir l’intégration de la société au groupe sans pour autant qu’elle perde son autonomie et ce qui a fait la clé de son succès. Il ne regrette d’ailleurs rien, au contraire. « Sous le pavillon d’une société japonaise, les résultats seront bien meilleurs que si IRIS était restée autonome. Évidemment, ce n’est plus une histoire belgo-belge, mais je dirais que cela ne l’a jamais vraiment été puisque, déjà lorsque qu’IRIS était cotée en bourse, il y avait des actionnaires qui venaient d’un peu partout. Et forcément, nous sommes sur un marché mondial avec des clients mondiaux. » Quoi qu’il en soit, IRIS demeure un fleuron de l’économie wallonne et un exemple de réussite qui a de quoi inspirer bien d’autres PME.

http://iriscorporate.com


1 Extrait d’une interview de JC Verset – RTBF)
2 Digital Energy Solutions Alain de Fooz | Déc 17, 2016)

 

Des investisseurs chinois implantent un centre d’innovation technologique dans le parc scientifique de Louvain-la-Neuve. Les entreprises belges et chinoises pourront y partager des informations ou des projets de recherche et préparer l’accès aux deux marchés dès 2020.


Avec son marché au potentiel de développement immense, la Chine fait office de nouvel Eldorado pour de nombreuses entreprises belges. Il en va de même pour les firmes chinoises alléchées par le Grand marché européen, mais il n’en reste pas moins que l’accès reste difficile de part et d’autre, pour des raisons tant administratives que culturelles. Un point de passage, de discussion et d’échange pourrait s’avérer bien utile. C’est ce que propose le futur China Belgium Technological Center qui devrait entamer ses activités en 2020 et dont les premiers travaux de terrassement viennent de débuter sur le site du parc scientifique Einstein de Louvain-la-Neuve. 

Attentes immenses

Ce sera un centre d’entreprises ‘all-in’ destiné aux sociétés chinoises high tech ainsi qu’aux sociétés européennes intéressées par le marché chinois. À terme, il pourrait accueillir environ 200 entreprises et 1 500 emplois. Dans sa première phase, le complexe immobilier offrira un centre de conférence, un espace de coworking un business center, des bureaux sur mesure, ainsi qu’un hôtel. L’idée de ce projet remonte à la visite du Président Xi Jinping en Belgique en mars 2014 et à un premier accord signé avec le premier ministre de l’époque Elio Di Rupo. Côté chinois, les attentes sont immenses, notamment dans le sillage de l’initiative One Belt, One Road, aussi appelée la « Nouvelle Route de la soie » qu’a lancée le Président chinois en 2013 avec l’objectif de promouvoir une économie ouverte et d’accroitre les échanges économiques et commerciaux entre son pays et le reste du monde.

Des contacts existaient entre la Wallonie et la province de Hubei et sa capitale Wuhan, où un projet d’incubateur pour start-ups des secteurs High-Tech a été lancé avec une université. D’où la proposition faite à l’UcL de reproduire cette structure sur les terrains disponibles dans le parc scientifique.

Ecosystème complet

Les promoteurs du projet ont choisi les secteurs d’activité les plus porteurs, à savoir les sciences du vivant, les technologies de la communication, les technologies vertes et enfin l’industrie intelligente (ou smart manufacturing), secteur prioritaire pour les Chinois qui veulent par là développer des procédés de fabrication plus automatisés, intuitifs et durables. Le CBTC sera le plus important incubateur chinois en Europe, car si d’autres existent en Grande Bretagne, en Allemagne ou en France, ils sont limités à un seul secteur d’activité. « Notre objectif premier » précise le Dr Zhiwei Song, business director de UI International qui pilote le projet, « est de faciliter concrètement les rencontres et collaborations entre des entrepreneurs belges, ou européens, et leurs homologues chinois ». Pour les entreprises chinoises, l’intérêt est stratégique. Ils pourront d’une part développer des accords technologiques avec des entreprises belges pour améliorer leurs produits grâce à la « qualité européenne » et répondre à une demande croissante du marché chinois. Ils pourront aussi adapter leurs produits au marché européen où les attentes des consommateurs sont spécifiques et le niveau de normes et régulations généralement plus sévère.

De leur côté, les entreprises belges qui souhaitent s’implanter sur le marché chinois y trouveront des interlocuteurs pour leur faciliter l’accès par un accompagnement en matière de droit, de financement, de propriété intellectuelle et de brevets, et plus généralement, sur la manière de faire du business en Chine. C’est aussi un accès direct à un réseau d’interlocuteurs chinois, ce qui peut se révéler précieux quand on sait que là-bas commerce et business sont encore très dépendants du relationnel. Comme le souligne la présence dans le parc scientifique, l’incubateur sera ciblé sur les technologies de pointe. « Les entreprises seront sélectionnées suivant des critères très stricts et un vrai potentiel de recherche et développement. Toutes les candidatures devront être acceptées tant par le parc scientifique que par le CBTC. De notre côté, nous fournissons des services et nous ferons en sorte que les entreprises aient suffisamment d’occasions pour se rencontrer, quelle que soit leur stratégie et le degré de partenariat qu’elles souhaitent développer. » Grâce à la proximité de l’université, le centre souhaite créer un écosystème complet où l’éducation et la recherche, l’innovation et le commerce participent ensemble à une coopération technologique entre les deux continents.

Projet technologique

À deux ans du début d’activité, aucune compagnie n’a encore marqué son accord définitif. En Chine, un groupe de cinq personnes fait jouer les réseaux officiels ou professionnels pour vanter les avantages de l’incubateur. Plusieurs grands noms ont déjà été approchés, mais le Dr Song préfère ne pas encore dévoiler leurs noms. Côté UcL, différentes séances d’information ont déjà été organisées sur le parc scientifique et dans les cercles d’entreprises. « Il y a encore des questions et des appréhensions » précise Philippe Barras, DG de l’UcL et responsable de la promotion et la gestion des Parcs scientifiques. « Mais les gens ont bien compris que ce n’est pas du B to C mais bien un projet technologique. » Philippe Barras veut cibler en priorité les entreprises qui ont une expérience à l’export et qui ont l’intention de prendre pied sur le marché chinois.

« Pour les start-ups, on s’est rendu compte que ce n’est pas le meilleur service à leur rendre que de les lancer dans ce bain-là, quand elles sont encore commercialement ‘trop tendres’. Les entreprises chinoises, par contre ont plusieurs fois manifesté leur intérêt d’investir dans des start-ups européennes. »

Pour l’UcL, le CBTC offre aussi des retombées indirectes au niveau académique. Des collaborations existent avec des laboratoires universitaires chinois pour des programmes de recherche, mais ce ne sont pas des initiatives coordonnées. Consciente du retard, notamment par rapport aux universités flamandes, l’université en a fait une priorité stratégique en ouvrant un « China Desk » « Notre objectif est d’augmenter les collaborations académiques, faciliter les échanges de professeurs et augmenter les présences d’étudiants chinois sur le campus. Le CBTC pourra agir à cet effet comme un levier. »

Volet culturel

L’investissement de UI Europe à Louvain-la Neuve comprend aussi un volet immobilier. Pour répondre à l’arrivée sur le site de nombreux expats chinois, les gestionnaires du CBTC prévoient la construction de 300 appartements répartis sur trois sites de la ville universitaire. Soucieux d’intégrer au mieux leurs compatriotes à la population de Louvain-la-Neuve, ils ont souhaité y intégrer un volet culturel qui s’est concrétisé par une contribution d'un million d'euros à la rénovation du Musée de Louvain-la-Neuve. À charge pour le musée, d’organiser chaque année, une édition du « China L Festival » qui contribuera à l’intégration des deux communautés par la culture.

Mais au fond, pourquoi Louvain-la-Neuve et la Belgique ? Aux arguments déjà relevés d’un positionnement stratégique au cœur de l’Europe, le Dr Song ajoute l’excellente collaboration au plus haut niveau entre les autorités des deux pays, et un dernier argument plus inattendu et sentimental. « Il y a très longtemps, les Belges ont soutenu les Chinois pour la construction du chemin de fer reliant Pékin à Wuhan, or le directeur de WuHan EastLake Hi-Tech Innovation Center, partie prenant du projet, est originaire de Wuhan. » Pour lui, il ne fait pas de doute que si nous voulons étendre nos réseaux, il faut d’abord faire appel à ceux qui nous ont déjà aidés. Et enfin, ajoute le Dr Song. « Les Belges sont un peuple très pragmatique. Vous parlez peu, mais vous agissez. Ce qui est très similaire au mode de de pensée des Chinois. »

www.baev.be


UNE RÉFÉRENCE POUR LE PARC
Les futurs bâtiments du China Belgium Technological Center s’implanteront dans le Parc scientifique Einstein à proximité immédiate de Louvain-la-Neuve. Le projet financé par United Investment Europe, à hauteur de 200 millions d’euros s’étendra sur 28 000 m2. L’ensemble des bâtiments comprendra bureaux, des laboratoires, un hôtel de 160 lits, un centre de services et de conférences, de la logistique et des parkings. La mise en œuvre chantier a été confiée à une association momentanée formée des constructeurs belges Franki, CIT Blaton, et BPC, sous la supervision du bureau d’architecture baev/archipelago. Le site, qui s’étend sur huit hectares entre la N4 et l’E411, occupe un vallon coupé en son centre par une route. Pour créer une unité fonctionnelle, le centre s’élèvera sur un socle formé d’un double plateau posé par-dessus la voirie. Les cinq bâtiments qui composent la première phase du projet reprennent le matériau caractéristique à Louvain-la Neuve, la brique et le béton. Autre particularité remarquable du site, les eaux de pluie seront totalement récupérées, stockées et recyclés dans des jardins de pluie ou pousseront roseaux et iris. Comme c’est le cas avec les incubateurs similaires en Chine, tout le site s’organise autour d’une place publique. « La volonté du maître d’œuvre est de favoriser l’échange entre les Belges et les Chinois, les Chinois et les Belges », explique Jean-Sébastien Mouthuy, coordinateur du projet chez archipelago, « ce sera un lieu de rencontre ouvert à tous, qui créera, on l’espère une référence pour le parc scientifique. »

La rénovation du bâtiment iconique de Jacqmain offre à l’UcL un écrin somptueux pour mettre en valeur une partie de ses immenses collections et mener une politique d’ouverture à tous les publics.


C’était « le » bâtiment emblématique d’une ville nouvelle née dans le sillage de la nouvelle université. Reproduite sur des cartes postales, visible depuis l’autoroute, l’audacieuse construction d’André Jacqmain était une icône de la modernité. C’était aussi la bibliothèque des sciences et des technologies de l’UcL où les innombrables rayonnages de livres assombrissaient le majestueux espace intérieur semblable à une cathédrale du savoir scientifique. Au fil des années, le lieu s’est effacé derrière sa fonction studieuse, fréquenté seulement par une fraction des étudiants. 2017 sera l’année de la renaissance. Il sera désormais le Musée L. Depuis des années, le musée universitaire, à l’étroit dans ses locaux, cherchait un autre espace pour faire voir toutes les œuvres qui s’accumulaient en réserve au fil des donations.

Après avoir dû abandonner, pour raisons financières, l’ambitieux projet d’un nouveau bâtiment en bordure du lac, les responsables du musée eurent l’intuition que le bâtiment de Jacqmain était fait pour accueillir leurs collections. Après 5 ans de projet et 1,5 an de travaux, un nouveau musée est prêt à ouvrir ses portes et accueillir de nouveaux publics. Avec 5 000 m², le Musée L offre trois fois plus de surface d’exposition que dans ses premiers murs.

Universitaire et public

« Je vois ce musée comme une maison d’hôtes », affirme d’emblée la directrice Anne Querinjean. Un des premiers gestes des architectes chargés de la rénovation fut de remplacer la petite entrée confidentielle par un large accès ouvert sur la place et sur le monde. L’espace d’accueil, généreusement éclairé par la lumière du jour, confirme ce changement d’optique avec une boutique cafétéria, un salon de thé et un espace de pique-nique. « Plus qu’un musée, c’est aussi un espace de rencontre où l’on peut entrer même si on n’a que 20 minutes. On a accès à des revues, on peut dessiner, manipuler des documents, échanger et se sentir bien. »

Universitaire et public, le nouveau musée affirme sa différence par l’intégration du patrimoine scientifique avec le patrimoine artistique. « Les universités ont été les premières institutions à rassembler des objets et à les organiser en collections pour l’étude, la transmission et la connaissance. Nous sommes les héritiers de ces premiers collectionneurs », rappelle le recteur Vincent Blondel.

Le parcours d’exposition s’ouvre par un cabinet de curiosités du XXIe siècle, mappemonde ancienne en bois, oiseaux naturalisés, minéraux ou reproduction anatomique d’un cheval écorché font écho à l’activité pédagogique de l’université, tout en témoignant de l’étrange et du merveilleux du monde qui nous entoure. Dans une atmosphère de laboratoire où domine le blanc, le parcours de six chercheurs emblématiques de l’université, du chanoine Lemaître à Christian de Duve témoigne de l’étonnement et des questionnements qui les habitent. « On peut faire beaucoup de parallèles entre la démarche d’un artiste, d’un artisan et celle d’un chercheur. Ils ont la même capacité d’intuition et d’attrait pour l’inconnu. » note Élisa de Jacquier, historienne d’art et collaboratrice d’expositions et d’éditions.

Grand-œuvre de Jacqmain

En accédant à l’espace suivant, consacré aux collections artistiques, on découvre la beauté et l’originalité du grand-œuvre de Jacqmain comme jamais auparavant. Organisé en mezzanines qui s’emboîtent et s’accrochent sur la hauteur de trois étages, l’espace, complètement ouvert, se partage en différents modules. Les œuvres de grande taille ont été placées au centre, tandis que les mezzanines, avec deux mètres vingt de plafond accueillent des espaces thématiques. Le parti pris de Michel le Paige et Caroline Deferière, les architectes de l’UcL en charge de la rénovation, a été de faire vivre la monumentalité de l’architecture sans écraser les œuvres et d’accroître les points de fuite tout en gardant l’impression d’ensemble sur le plateau. Le béton brut avec ses courbes et ses découpes a été mis particulièrement en valeur de même que les gaines de cuivre, semblables à des carapaces d’insectes, que Jules Wabbes a imaginées pour dissimuler les conduits de chauffage.

À la perméabilité de l’espace, correspond un dialogue des cultures, des époques et des styles. Une Pietà française du XVIe peut côtoyer une statuette égyptienne du Moyen Empire ou une estampe allemande du XIXe. Très vite, les scénographes, les Néerlandais de Kinkorn, ont pris conscience que le bâtiment était l’œuvre majeure du musée. « C’était comme un rêve de travailler dans un tel bâtiment. On a donc décidé de ne pas imposer de parcours au visiteur et de le laisser se promener comme il l’entendait en éveillant sa curiosité par une série de questions qui se rapportent aux différentes sections », précise Maarten Meevis. Autre originalité du Musée L, la présence de trois laboratoires d’expérimentation où le visiteur pourra passer de l’autre côté du miroir en se familiarisant par la manipulation aux techniques de la gravure, de la sculpture ou aux couleurs. « On remarque que le simple fait de contempler une œuvre ne satisfait plus le visiteur. Une approche plus pratique comme on en trouve dans les muséums d’histoire naturelle peut combler ce manque. En démystifiant certaines techniques, on permet au spectateur de comprendre des choses et de regarder autrement les œuvres », confie Emmanuelle Druart, responsable des collections.

La culture n’est pas un vernis

Si ce projet mobilisateur a pu être mené à terme, c’est grâce à un financement mixte où les pouvoirs publics, comme la Province du Brabant wallon, la Fédération Wallonie Bruxelles, et la Région wallonne se sont impliqués au même titre que des mécènes privés, des entreprises comme UI Europe ou des fondations.

Le premier défi de ce musée, ouvert à tous, sera celui de la fréquentation, les expositions temporaires comme celle du Camerounais Barthélémy Toguo qui ouvrira le musée, contribueront à renouveler le public. La communauté scientifique qui aura, elle, accès aux immenses réserves (les œuvres montrées ne représentent que 10% des collections) et des colloques scientifiques devraient asseoir l’aura internationale du site.

Grand artisan d’une politique culturelle transversale à l’université, Gabriel Ringlet, vice-recteur honoraire de l’UcL ne peut que se réjouir de ce nouvel outil. « La culture à l’université, ce n’est pas un vernis, elle doit être au cœur de la formation. J’ai toujours rêvé d’une université dans la ville et très proche de ses concitoyens. Il est indispensable que dans nos sociétés, on soit moins clivés. Ce serait magnifique que des gens qui n’ont rien à faire avec l’université se sentent tout à fait à l’aise ici. » Le musée L ouvrira ses portes les 18-19 novembre par un grand week-end festif avec visites et animations pour tous les publics.

www.museel.be

Faciliter la gestion administrative d’un chantier, d’une école ou d’une crèche, telle est la volonté d’ApKiosk qui commercialise des bornes interactives, et surtout leur contenu.


Au départ, une idée simple et un créneau : les chantiers de construction. Depuis quelque temps, la législation impose en effet aux chantiers de plus de 500.000 € (800.000 même à l’époque) d’installer une pointeuse permettant d’enregistrer en direct tout mouvement de personnel. « Nous avons ainsi créé, explique Alain Préat, le patron de la société nivelloise, une valisette connectée qui permet d’envoyer directement à l’ONSS l’identité de chaque travailleur, en temps réel, grâce à une connexion 3G. Une photo est également faite pour renforcer ce contrôle. Cette machine coûte environ 2 000 €, mais est réutilisable et entièrement reprogrammable s’il le faut ».

Dès la première année, ApKiosk vend une centaine de machines, mais seulement la moitié les années suivantes alors qu’il y a, selon la Fédération de la Construction, 700 à 800 chantiers concernés. “On ne vend pas cette machine tous les jours, bien sûr, elle ne correspond en fait à aucun besoin, mais bien à une obligation, poursuit notre entrepreneur, et nombreux sont ceux qui cherchent à contourner cette obligation.”

Solution globale

Riche de cette première expérience, la jeune société décide de miser sur un produit à plus large potentiel dans le domaine scolaire. Fin 2013, elle propose à un établissement scolaire de Ciney d’installer une borne interactive permettant la gestion complète de sa cantine. Un programme informatique permet aux parents d’effectuer un prépaiement des repas et aux enfants de commander les repas en temps réel, puis de les retirer au comptoir de la cantine. Le succès est également au rendez-vous.

Peu de temps après, ApKiosk remporte un marché public permettant d’offrir une solution globale pour plusieurs écoles. Ici aussi, la législation donne un coup de pouce, car les décrets de la Communauté française demandent, notamment, de limiter au maximum les mouvements d’argent dans les écoles, de fournir un justificatif de toutes les dépenses en temps réel ainsi qu’un relevé trimestriel. Le logiciel de base a été étendu cette année et permet désormais aussi à l’école de gérer un large volet administratif : gestion des données de l’enfant, inscription à la garderie, frais de photocopies, journal de classe, bulletins… Toutes données également accessibles aux parents ! Un outil multiforme mais sérieusement efficace. 

Crèches et accueil

« Nous nous sommes rapidement rendus compte que ce n’était pas des bornes que nous devions vendre, mais un service complet, adapté aux demandes du client, explique Alain Préat, un projet interactif et complet qui apporte vraiment une plus-value. Nous avons testé notre système avec tous les types d’établissements scolaires existant, dans tous les réseaux. Aujourd’hui, nous sommes confiants, nous avons une équipe de quatre commerciaux qui parcourent les routes pour vendre notre solution. Il y a aussi une équipe de 12 personnes à la programmation ici à Nivelles et une trentaine d’autres dans notre atelier à Tubize. Nous allons à présent approcher le milieu des «grosses» crèches, en milieu hospitalier ou universitaire, confrontées à la gestion d’allers et venues permanentes. Le système, appelé ici ApKids, permet ici de payer ses journées à l’avance, d’en suivre l’évolution, de suivre l’avancement du dossier de demande, les vaccins, etc. »

www.apkiosk.com


@ Stéphane de Ribaucourt

Grâce à une approche innovante misant sur la défense immunitaire propre au patient, une PME développe un vaccin contre un cancer du cerveau jusqu’ici incurable.


Le glioblastome multiforme est une très, très, méchante tumeur. Elle est à l’origine de 60% des cancers du cerveau. Les traitements curatifs par chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie se révèlent largement inefficaces, puisque 75% des patients décèdent dans les 18 mois qui suivent le diagnostic. En l’absence complète de traitement, l’échéance fatale est généralement ramenée à trois mois.

Stimuler les défenses

Cela pourrait changer. Une PME, ERC Belgium, développe un traitement par immunothérapie qui vise à encourager la réponse immunitaire propre à chaque patient. Tout a commencé avec la brillante intuition d’Apostolos Stathopoulos, alors jeune étudiant en neurochirurgie à l’université de Liège. Au cours d’une opération à laquelle il assistait, un jet de cellules cancéreuses atteint le coin de son œil. Après une première réaction de panique, il réfléchit et repousse rapidement l’idée de contracter la maladie grâce à la capacité de son système immunitaire à faire barrière aux cellules cancéreuses. Il en sera bien sûr ainsi, et c’est l’idée qui fera son chemin. Quelques années plus tard, le tout jeune médecin réunit à Paris quelques-uns des plus grands spécialistes des réactions immunitaires et du cancer pour réfléchir aux voies possibles pour stimuler les défenses propres de l’organisme. Deux principes guident cette réflexion. D’une part, le système immunitaire complexe et performant est le fruit de millions d’années d’évolution et il est apte à nous guérir du cancer. D’autre part, le corps reconnait et rejette les corps étrangers. En 2008, le Dr Stathopoulos fonde l’« Epitopoietic Research Corporation » - ERC. Les intuitions sont devenues des convictions étayées par les premiers essais animaux. Il est possible de lutter contre le glioblastome multiforme en injectant un vaccin, le Gliovac, qui associe des cellules cancéreuses du malade avec celles prélevées chez au moins trois autres patients. Le recours à différentes tumeurs allogènes permet de prendre largement en compte la variabilité du cancer et de stimuler une réaction immunitaire forte, correctement ciblée par la présence de cellules tumorales du patient. Le traitement complet s’étend sur deux années avec 12 cycles d’injections de trois semaines, rapprochées au début pour devenir plus espacées dès le sixième mois. Limité à une seule injection à la fois, le traitement n’est ni lourd ni invasif. 

Traitement compassionnel

Actuellement, le produit est en étude clinique à l’Université de Californie à Irvine. On y recrute 84 patients traités en double aveugle. « Si les résultats correspondent à nos attentes, on pourra demander une commercialisation sous condition », annonce Paul Petit Jean, directeur de la communication d’ERC. Ce type de cancer relève des maladies orphelines. Comme il ne touche que 3 à 5 pour cent mille de la population, le secteur pharma hésite à investir dans les recherches pour un traitement. Le taux de létalité très important du glioblastome et l’absence de solutions thérapeutiques satisfaisantes permettent, moyennant autorisation des autorités locales compétentes, un usage du Gliovac à titre compassionnel. Des premiers résultats très encourageants sont ainsi rassemblés avec des patients aux quatre coins de la planète. « Pour l’instant, on ne note pas d’effet secondaire, hormis des poussées de migraine liées aux effets de la tumeur, et des érythèmes localisés. Des gens qui ne pouvaient plus parler ont retrouvé la parole. On a vu aussi chez d’autres patients une amélioration spectaculaire de la mobilité. » Une des missions de Paul Petit Jean est de parcourir le monde pour rencontrer les différentes autorités médicales locales et leur expliquer le fonctionnement de ce traitement innovant. Lorsque les circonstances le permettent, il trouve un accord pour entamer un traitement compassionnel. « En Colombie, j’ai rencontré un neurochirurgien extraordinaire qui travaille dans un hôpital à Carthagène. Il m’a proposé de traiter un jeune homme, propriétaire d’un garage de mobylettes. » Au moment où il a commencé le traitement, il était déjà en récidive et son épouse lui annonçait qu’elle était enceinte. Grâce au Gliovac, il a vu naître son enfant et a pu assister à ses premiers pas. « On soigne un nombre de patients encore très limité, mais si on peut donner une chance à quelqu’un qui fait face à une maladie non guérissable, on le fait. » Cette ouverture suscite énormément d’espoirs, mais le traitement n’est pas toujours possible pour des raisons bien plus souvent administratives et légales que médicales. Aujourd’hui, à l’issue de la phase 1, il est d’ores et déjà admis par tout le monde que le Gliovac ne présente aucun danger pour la santé publique. Le peu de recul sur le traitement ne permet pas encore de garantir qu’une fois que toutes les cellules cancéreuses auront été détruites par le système macrophage, l’organisme pourra, à long terme, maintenir la résilience sur la maladie.

Banque de tumeurs

ERC Belgium a mené ses premiers tests pré-recherche dans le parc scientifique Crealys à Gembloux et y poursuit ses recherches contre d’autres cancers qui touchent pancréas, poumons ou ovaires. C’est à plus de 200 km plus au nord, à Schaijk aux Pays-Bas, que se concentrent aujourd’hui les activités liées à la fabrication du traitement. ERC Nederland y accueille la banque de tumeurs et l’unité de production du vaccin. Les tumeurs prélevées sur les patients y sont envoyées pour la préparation du vaccin personnalisé. L’ensemble du processus, entre le prélèvement et le renvoi du traitement, prend environ deux semaines largement consacrées au contrôle qualité. « C’est une solution provisoire et notre but est d’implanter, à l’issue de la phase d’essai, le site de production en Wallonie », précise Paul Petit Jean. ERC ne comporte encore aujourd’hui que huit personnes salariées – 5 en Belgique et 3 aux Pays-Bas – les collaborateurs scientifiques et exécutifs travaillant en salaire différé. « Ce n’était pas possible autrement. C’est parce que ces gens sont convaincus par l’avenir de ce traitement qu’ils sont prêts à donner de leur temps pour faire bénéficier l’entreprise de leur expérience. Tout le monde veut que ça marche. » Même si elle peut compter sur un soutien continu de la Région wallonne, ERC poursuit ses contacts pour rassembler les fonds nécessaires à la conclusion de l’étude clinique. « Une fois que cet argent est sur la table, nous pourrons conclure l’étude clinique dans les 18 mois, et ensuite lever les barrières administratives pour la commercialisation partielle du vaccin, à commencer par les États-Unis. » La PME a déjà des filiales aux U.S.A., au Canada, en Italie, et en Australie et assure également une présence dans différents pays d’Europe et d’Amérique latine.

Le vent a tourné

ERC aborde l’avenir avec confiance, peu inquiète face à la concurrence. « Notre technologie est très spécifique, elle est encadrée d’un brevet de 30 ans. Aucun concurrent ne maîtrise notre approche globale qui s’est forgée en intégrant d’autres solutions partiellement satisfaisantes. » Quand le Dr Stathopoulos a commencé ses recherches, peu de gens dans le milieu médical croyaient à l’immunothérapie. « Si ça marchait, ça se saurait » était la réponse la plus fréquente, même si, au XIXe siècle les travaux d’un médecin anglais, passés complètement inaperçus, avaient conclu prémonitoirement à l’intérêt de cette méthode pour traiter les cancers. Aujourd’hui, le vent a tourné. L’immunothérapie est considérée comme une technique d’avenir, mais beaucoup reste à faire. D’autres entreprises wallonnes comme Iteos ou Celyad développent des traitements immunitaires contre le cancer. Quant à ERC, l’entreprise poursuit ses recherches pour lutter contre différents types de tumeurs tout en préparant la commercialisation de son vaccin contre le Glioblastome. L’avenir du combat contre la maladie s’écrit de petites et de grandes victoires, mais activées de l’intérieur.

www.erc-immunotherapy.com

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