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PROFESSION : CONCEPTRICE DE LUMIÈRE

Spécialiste de l’éclairage, urbaniste du jour et de la nuit, le bureau liégeois Radiance 35 pose sur les villes un regard à la fois technique et artistique. Rencontre avec Isabelle Corten, architecte et urbaniste, fondatrice et directrice. Lumineuse, naturellement.

 

Mise en lumière du tunnel de la Porte de Hal à Bruxelles (2019)
Le concept est une mise en valeur des séquences graphiques implantées le long du tunnel. Deux « strates » composent la mise en lumière : le « fond » avec un éclairage dans une tonalité cyan pour illuminer le graphisme et faire ressortir les séquences artistiques, et les « accents » représentés par des coups de projecteurs bleu et magenta pour donner vie aux dessins et au tunnel.

«Comme la plupart de mes collègues, je suis arrivée à ma spécialisation un peu par hasard, en travaillant dans un bureau d’architecture bruxellois qui comptait une section urbanisme. Mon premier plan lumière, j’ai eu la chance de le créer avec un maître en la matière : Roger Narboni, de l’agence française Concepto. Ce premier essai m’a profondément intéressée », se souvient Isabelle Corten.

Lorsqu’elle fonde sa propre agence, en 2001, l’architecte réfléchit encore l’espace public diurne et nocturne. Mais quand le bureau « Isabelle Corten urbaniste lumière » devient Radiance 35, en 2010, les projets concernent de plus en plus la nuit. « Un écosystème qui m’intéresse et me passionne, au même titre que la ville, dont j’aime la dimension plurielle. La nuit a beaucoup de significations, presque symboliques : l’interdit, la peur, l’émerveillement, la découverte des étoiles, la faune aussi… Dans les villes, la question qui revient le plus souvent est pourtant celle d’un sentiment d’insécurité. Les réponses sont complexes et la lumière n’est pas la seule. Mais nous nous efforçons d’en apporter une, d’écouter, de dialoguer, de rassurer et de répondre aux craintes d’une manière ou d’une autre. »

Un rôle économique, écologique et social

Réfléchir à la nuit, c’est aussi s’efforcer de la préserver. « Ce postulat guide également notre réflexion. Nous avons une responsabilité par rapport au monde futur et il ne s’agit plus, en 2021, de l’évacuer d’un revers de la main », estime Isabelle Corten. « Le développement durable repose sur trois piliers : l’économie, l’écologie et la vie sociale. Si le premier est encore très présent, nous devons être conscients de la balance entre les deux derniers, en fonction des lieux et des moments de la nuit. Ainsi, dans un espace public où il y a peu d’éléments à mettre en lumière, mais où il est important pour la cohésion sociale de pouvoir s’orienter, on pourra choisir d’illuminer un arbre, par exemple. Mais, par ailleurs, nous avons fait le choix de ne pas éclairer une partie du fort de Huy, parce qu’une colonie de chauves-souris y loge. »

Qui fréquente les lieux et comment sont-ils perçus ? Qui bouge et à quel moment ? Quels sont les couloirs écologiques et les espaces de biodiversité ? Autant d’informations recueillies lors de marches participatives et d’analyses d’éclairage. « C’est un schéma perpétuel qui nourrit notre réflexion et la construit. Depuis quatre ou cinq ans, à l’issue d’échanges avec les divisions nature et forêt, nous avons intégré la notion de couloirs écologiques et de trame noire. Notre travail repose sur un délicat équilibre entre économie, écologie et vie sociale. Il faut être conscients de nos choix et créer de l’harmonie.»

Balisage lumineux intelligent pour les piétons de la Citadelle de Namur.
La mise en lumière tient compte de son intégration dans un site naturel par une gestion intelligente : intensités dégressives vers les zones boisées, utilisation de tonalités ambres là où la présence de chauves-souris est plus importante, allumage 45 minutes après le coucher du soleil et extinctions partielles jusqu’au noir complet, avec priorité sur les zones sensibles.
Maitre d’ouvrage : Ville de Namur

Vivre la ville, la nuit

Mais, justement : comment vit une ville, la nuit ? « Il y a tant de choses qui font qu’une ville continue à vivre après le coucher du soleil ! Des activités économiques et culturelles, notamment, que nous nous efforçons d’accompagner du mieux que nous pouvons. Il s’agit de créer un environnement confortable pour tous, que chacun puisse garder ses repères. Nous accentuons la visibilité de certaines choses, la diminuons pour d’autres, de sorte que les personnes qui circulent en ville bénéficient d’un parcours identifiable, avec une carte mentale efficace de leur territoire. Il suffit parfois de toutes petites choses et de petits budgets pour que les gens se sentent mieux. Après, si nous pouvons apporter du beau et de l’émerveillement dans ce parcours, c’est encore mieux », sourit l’architecte.

Du beau et de l’émerveillement, Isabelle Corten et l’agence Radiance 35 en ont essaimé. De la Grand-Place de Bruxelles à la Suisse, en passant par le tunnel de la Porte de Hal, les Grottes de Goyet ou la Cité ardente, l’équipe multiplie les projets et les thématiques avec un enthousiasme toujours renouvelé. « On nous demande naturellement d’éclairer des églises et des hôtels de ville, et puis un tas d’autres missions absolument fascinantes, chacune nécessitant une analyse complète pour recevoir la réponse la plus juste. Chaque expérience nourrit les suivantes. Il y a tant d’espaces auxquels réfléchir, ajouter de la lumière ou en retirer ! »

« Savoir ce qui est juste, et pour qui. » Voilà le mantra d’Isabelle Corten. « Réfléchir au confort de l’être humain en balance avec celui des autres usagers de la planète, c’est aussi établir un axe de préservation, à notre petite échelle. Il n’y a pas de contradiction : de plus en plus d’utilisateurs demandent à être acteurs de la protection de l’environnement. Pour ne pas polluer du tout, il faudrait ne pas éclairer. Ce n’est pas possible partout et tout le temps, mais on constate l’émergence de solutions, de plus en plus nombreuses, qui permettent par exemple d’éteindre totalement les lumières à certains moments de la nuit et, ainsi, de passer le relais à d’autres usagers. »


Mise en lumière des Grottes de Goyet, à Gesves (2013-2020).
Des thèmes (clair-obscur, trompe-l’œil, traces, palettes naturelles…) ont été choisis de façon sensible pour accompagner au mieux la diversité et la richesse d’ambiances présentes tout au long du parcours, de façon pédagogique et ludique, mais également sobre et respectueuse de l’environnement naturel.
Maitre d’ouvrage : commune de Gesves.

Rêves et projets

« Le dernier projet à m’avoir marquée, en matière de réalisation, est celui des Grottes de Goyet. Non seulement c’était un challenge car nous n’avions jamais éclairé de grottes, mais il aborde les trois piliers : écologique par le respect de la faune, économique car le budget était assez restreint, et social parce qu’il permet de revaloriser le patrimoine wallon pour un public diversifié et familial. Et puis, il emporte sa part de mystère,
dans ses failles et anfractuosités… »

Et Isabelle de porter un regard vers l’avenir.
« En cette année où je vais fêter les 20 ans de la création de mon propre bureau, je rêve de remporter le projet de la gare d’Anvers. Il aborde également les trois piliers : écologique par un éclairage mesuré dans des températures de couleurs chaudes, économique parce que nous l’avons conçu avec un budget vraiment serré, et social parce qu’il permettrait à tous les voyageurs et les habitants de se sentir bien en arrivant là. Il s’agit ici d’une valorisation du patrimoine remarquable flamand de portée internationale.
Un peu le pendant de la Grand-Place de Bruxelles, projet que nous avons débuté il y a presque quinze ans ! »

«Il n’y a pas de lumière sans ombre »
Cette phrase d’Aragon, Isabelle Corten l’a faite sienne, en tant que membre de « Concepteurs lumière sans frontières », une association humanitaire qui donne la priorité à des solutions durables. « En Haïti, nous travaillons depuis dix ans à faire en sorte que le savoir perdure. Parce que pour ceux qui connaissent les privations quotidiennes ou les catastrophes naturelles, pour ceux qui vivent au cœur des ténèbres, l’éclairage est nécessaire ! »
Cette transmission, elle y œuvrera également, dès la rentrée académique de 2021, dans les amphithéâtres de la Faculté d’Architecture La Cambre Horta (ULB). « Le manque de formation à la conception de lumière est un sujet dont je discute depuis des années avec le doyen. Nous vivons la moitié de l’année dans l’obscurité et la Belgique ne compte que trois à quatre bureaux spécialisés, alors que le travail est énorme ! Plutôt que de poser juste une cerise sur le gâteau dans un cahier des charges, nous voulons offrir une vraie réflexion et une spécialisation solide. »
Le Certificat d’Executive Master en Génie Lumière s’obtiendra donc au bout de deux années d’études, sous la houlette d’Isabelle Corten et Georges Berne, mais également d’Elettra Bordonaro, d’Emmanuel Mélac, de Bénédicte Collard et d’Agnès Bovet-Pavy. Comme expliqué sur le site de la faculté : « Il vise à former des professionnels capables de suivre le processus de production d’éclairage dans des lieux intérieurs ou extérieurs, des environnements urbains et paysagers. Il s’attache particulièrement aux méthodes en tenant compte de l’innovation dans divers domaines également connexes à l’éclairagisme».

 


Plan lumière de la ville de Carouge, en Suisse (2014 - 2017)
Le plan lumière accompagne et recompose le territoire nocturne en mettant en valeur ses particularités. L’humain est au centre du projet, la lumière accompagne l’usager devant les écoles, le long des places, dans les passages couverts, au-travers de la ville… grâce à des interventions spécifiques.
Maitre d’ouvrage : Ville de Carouge.

À L’ASSAUT DU GLAUCOME

Installée sur le site du CHU de Liège, EyeD Pharma conçoit des implants intraoculaires pour traiter le glaucome, deuxième cause de cécité dans le monde. En cours d’étude préclinique, ils pourraient être mis sur les marchés européen et américain d’ici 2028.

 


Mélanie Mestdagt

Fondée en 2012 par Jean-Marie Rakic, à la tête du département d’ophtalmologie du CHU de Liège, et Jean-Michel Foidart, cofondateur de Mithra, EyeD Pharma a été créée pour répondre à un besoin de traitement continu pour les patients du glaucome, une maladie irréversible qui provoque une diminution du champ de vision pouvant mener à la cécité si elle n’est pas soignée à temps. « Le glaucome est généralement causé par l’élévation de la pression à l’intérieur de l’œil, introduit Mélanie Mestdagt, docteur en sciences biomédicales et CEO depuis octobre 2013. Aujourd’hui, il est souvent soigné par des gouttes oculaires à prendre à vie. L’implant que nous développons devrait permettre de libérer une quantité constante de médicaments dans l’œil, et ce tous les jours, pendant trois ans. Cela signifie que le patient gagnera en sérénité et qu’il sera moins confronté à sa maladie. L’administration de son traitement sera garantie et lui évitera les effets secondaires, dont l’irritation de l’œil et la dégradation de la vision. Quant à la pause de l’implant, elle sera non invasive et ne nécessitera qu’une incision de deux millimètres. L’intervention devrait durer environ quinze minutes et se faire en hôpital de jour. »

Depuis sa création, la PME pharmaceutique travaille étroitement avec le secteur médical pour ajuster en permanence le développement de ses prototypes. « Tous nos produits ont pour objectif d’améliorer le confort de vie des patients. Ils sont très longs à développer. Leur cycle de création s’étale sur 10 à 12 ans. Nous devons nous assurer qu’ils répondent toujours au mieux aux besoins des malades. Nous sommes en interaction permanente avec des ophtalmologues belges, mais aussi situés à l’étranger. »

« Nous nous adressons à de très petits endroits du corps humain. Notre technologie pourrait intéresser d’autres pathologies. »

 


Excellence scientifique

Grâce à plusieurs levées de fonds, l’équipe d’EyeD Pharma a pu se développer et s’adjoindre différentes compétences essentielles à la croissance de l’entreprise. « Nous étions quatre à mon arrivée. Le point d’inflexion a eu lieu en 2017. Nous formons aujourd’hui une équipe de soixante-cinq personnes et vingt collaborateurs sont en cours de recrutement. Toute l’expertise essentielle est là, poursuit la CEO. Dans nos métiers, certains profils sont rares et difficiles à trouver. C’est un secteur qui souffre d’une pénurie de talents, même si des choses se mettent en place pour y faire face, notamment au sein du Forem. »

Parmi les challenges managériaux, l’entretien d’un esprit d’équipe et d’une culture d’entreprise axée sur l’échange et le partage d’informations. « Pour répondre à nos objectifs ambitieux, nous devons former un groupe et être unis. Nous sommes dans le même bateau. On doit ne pas forcément être d’accord, mais tout doit se faire dans la bienveillance et le
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pect de l’autre. Il faut faire vivre ces valeurs, ce sentiment d’appartenance et cette cohésion au quotidien. »

Depuis 2018, EyeD Pharma a mis au point une activité commerciale de distribution de matériel de chirurgie ophtalmologique afin de s’assurer d’autres rentrées financières. En 2019, une nouvelle augmentation de capital a permis à l’entreprise de récolter vingt-huit millions d’euros afin d’accélérer le développement technologique de son implant. Innovant de par la technique d’administration du traitement, celui-ci pourrait, plus tard, permettre des applications dans le cas d’autres maladies oculaires. « Nous devons d’abord nous assurer que nos produits peuvent être reproductibles. Le glaucome touche une trentaine de millions de personnes dans le monde chaque année. Le potentiel est très important. »

Une usine de 6.500m2

Autre tournant dans son histoire, la biotech liégeoise travaille depuis plusieurs mois sur la conception d’une usine flambant neuve de 6.500 mètres carrés qui sera bâtie dans la ruche technologique du Sart-Tilman. En cours de chantier jusqu’en novembre 2021, cette usine permettra une production à grande échelle. Elle sera partagée avec UniD manufacturing, société sœur dotée du même actionnariat et destinée à produire des micro-implants pour d’autres usages. « L’ensemble de nos services, de la production aux RH en passant par la R&D, sera rassemblé au même endroit. C’est un réel avantage pour l’esprit d’équipe, mais aussi pour doper l’innovation qui est au cœur de nos métiers, explique Mélanie Mestdagt. Dans le secteur pharmaceutique, bien souvent, les équipes de production ne croisent jamais les autres. Nous souhaitons renverser ce constat et casser les codes. »

Ainsi, la direction d’EyeD Pharma a souhaité l’usine à la pointe au niveau technologique et répondant au cahier de charge très strict du secteur pharmaceutique, mais aussi comme un lieu convivial propice aux interactions. « Le bâtiment est conçu de telle manière que les collaborateurs seront obligés d’interagir. Tout le monde, directeurs, ouvriers ou collaborateurs administratifs, devra se croiser dans le patio central. Devant une machine à café, on apprend beaucoup de choses. Ce temps de partage est aussi utile aux projets. Mieux on se connaît, mieux on travaille ensemble. Cette vision s’incarne jusque dans les briques. »

2021, une année décisive

Conçue avec l’aide du bureau d’ingénierie Coceptio basé à Mons, la nouvelle usine, dont le budget de construction s’élève à trente millions d’euros, sera aussi un centre de production pour d’autres acteurs biomédicaux. « L’idée sera à terme de rentabiliser le know-how acquis. Nous nous adressons à de très petits endroits du corps humain. Notre technologie pourrait intéresser d’autres applications et pathologies, notamment dans le domaine ORL, dans l’oncologie ou les maladies mentales. La prise de médicament totale convient notamment parfaitement à des personnes âgées ou des patients en souffrance mentale. »

En novembre prochain, une étape décisive sera effectuée avec l’introduction des premiers implants chez l’homme. La préparation réglementaire, documentaire et médicale sera intensive. Les prochains mois seront complexes pour toutes les équipes. « 2021 sera en effet une année décisive et charnière pour EyeD Pharma, conclut Mélanie Mestdagt. J’ai pour ma part hâte de retrouver davantage de contact humain post Covid-19. La crise sanitaire a compliqué notre activité de distribution de matériel. En revanche, l’implication des équipes et leur solidarité ont été formidables. Chacun a donné tout ce qu’il pouvait. A ce niveau là, le bilan de l’année est très positif. »

« L’ensemble de nos services, de la production aux RH en passant par la R&D, sera rassemblé au même endroit. C’est un réel avantage pour l’esprit d’équipe, mais aussi pour doper l’innovation qui est au cœur de nos métiers. »


www.eyedpharma.com

 

un vignoble historique

Exploité durant plusieurs siècles, le vignoble de Huy fut l’un des plus florissants de l’histoire viticole de la région. Une ancienne parcelle a été replantée dans les années 1960 et est toujours en activité.

 

Lorsqu’il acquiert en 1963 un terrain à Huy pour y construire sa maison, l’architecte Charles Legot découvre que celui-ci est situé au lieu dit « Bois Marie » et qu’un vignoble, qui appartenait au XVIIe siècle à l’Hospice des Grands-Malades, y fut cultivé jusqu’en 1940. Il décide alors, avec l’aide d’un oncle, de faire revivre ce patrimoine historique.

Il achète en France et au Luxembourg des pieds de Pinot noir, qu’il complète en plusieurs vagues avec du Pinot gris, du Müller-Thurgau, du Chardonnay, ainsi qu’un peu de Léon-Millot et de Regent. Très actif, il va jouer un rôle central dans le redémarrage de la viticulture à Huy, mais aussi en Wallonie, et faire naître des vocations autour de lui.

A sa mort, en 2007, sa veuve confie les 1.600 pieds du vignoble à trois amis, Alain Dirick, Frédéric Lepage et Marcel Mestrez, qui vont l’entretenir jusqu’en 2018, date à laquelle la propriété est mise en vente. Acquise par le notaire Christophe Declerck, celle-ci est revendue deux ans plus tard à Didier Hanin, le plus grand producteur de saumon fumé en Wallonie (Salm Invest), mais surtout le numéro 2 de Gudule Winery, à Bruxelles, le “chai urbain” de Thierry Lejeune. Si celui-ci importe des raisins bio de l’étranger, il avait toujours dit vouloir planter des vignes en Belgique. L’opportunité est toute trouvée.


©Marc Vanel
Didier Hanin, le nouveau propriétaire du vignoble "Clos Bois Marie".

Un vignoble 100 % rouge

Didier Hanin racheta donc le Clos Bois Marie en septembre 2020, acheva l’aménagement du gîte entamé par Declerck et s’attela à la restructuration du vignoble qui passe par une phase de surgreffage des pieds de vigne, une technique qui permet de renouveler un vignoble sans repartir de zéro. Objectif : développer un vignoble 100 % rouge avec du Pinot noir et un cépage du sud de la France, gardé secret jusqu’à présent.

« Dans un premier temps, en juin, nous nous limiterons à surgreffer 2 x 50 pieds dans ces deux cépages, confie le nouveau propriétaire. Nous allons continuer à nettoyer le vignoble, enlever les pieds trop abîmés, mais nous ne planterons que des porte-greffes, le temps de vérifier que tout se passe bien. J’ai également entamé la conversion en bio du vignoble. »

A 57 ans, le Clos Bois Marie n’est donc pas près de s’éteindre, il porte haut son titre de doyen de Wallonie.

à l’heure des grands hommes

Grand voyageur épris de liberté, le Liégeois Sébastien Colen est cofondateur de Col&MacArthur, une marque de montres de collection dont il est désormais l’unique chef d’orchestre. Retour sur une saga hors-norme.

 


Sébastien Colen, cofondateur de Col&MacArthur

Une montre de collection, c’est quoi ? Un petit bijou technique à la mécanique bien huilée ? Un design d’exception lui permettant de passer les décennies sans prendre une ride ? Un peu des deux, probablement. Sans parler, évidemment, de la dimension émotionnelle de la montre en question. Celle qui ne s’explique pas vraiment et qui donne à chaque exemplaire un petit supplément d’âme. Si cette dernière définition s’applique assez bien aux modèles du label liégeois Col&MacArthur, elle va comme un gant à Sébastien Colen, son cofondateur. Car il fallait tout de même être un peu fou pour lancer une nouvelle marque de montre. Surtout quand on ne vient pas du secteur de l’horlogerie et qu’on n’est pas né en Suisse.

Pour cet ingénieur liégeois passionné de voyages, rien n’aurait été possible sans sa rencontre avec Iain Wood-McArthur, un horloger anglais installé en Belgique. Leur premier rêve commun : une montre dédiée aux Scots Guards de la garde royale britannique, l’ancien régiment de l’horloger. Si le chemin des deux hommes s’est séparé en 2018, avant d’avoir connu un premier succès commercial, Sébastien Colen n’avait pas choisi de quitter un poste enviable dans le secteur pétrolier pour abandonner son projet avant de l’avoir fait décoller. Contrairement aux goliaths de l’industrie horlogère, Col&MacArthur s’inscrit dans un marché de niche. Le public visé : les passionnés d’histoire, les férus de patrimoine et les amoureux de l’horlogerie de collection qui souhaitent s’offrir une montre au design étonnant. Mais avant que la sauce prenne vraiment et que les montres liégeoises s’écoulent en Belgique, en France et en Angleterre, Sébastien Colen a tout de même dû faire preuve d’audace et d’une sacrée dose de détermination.

Il fallait tout de même être un peu fou pour lancer une nouvelle marque de montre. Surtout quand on ne vient pas du secteur de l’horlogerie et qu’on n’est pas né en Suisse.


Au poignet du président

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le garçon a le sens du storytelling ; mais aussi un sacré penchant pour le buzz. « Quand on a de grands rêves, on n’a souvent pas d’autre choix que de se jeter à l’eau », précise-t-il. En 2018, alors que la marque ne convainc pas encore le public, le jeune entrepreneur imagine Armistice 1918, une montre commémorative de la première guerre mondiale. « Cette montre, c’était celle de la dernière chanceSi le succès n’avait pas été au rendez-vous, je n’aurais pas eu d’autre choix que de retourner à mon premier métier. » C’est lors d’un voyage en France que l’heureux déclic s’est produit. « Je savais qu’à l’occasion des commémorations qui devaient avoir lieu plus tard dans l’année, Emmanuel Macron allait passer par Compiègne. J’ai donc contacté la mairie pour obtenir un rendez-vous. Comme la montre leur a plu, je leur ai proposé de l’offrir au Président. » Un joli buzz qui vaut à la marque liégeoise un reportage à la télévision française en prime time. La machine Col&MacArthur était lancée.


La montre Armistice offerte au président Emmanuel Macron. Un joli buzz.

Un Liégeois sur la lune

Au travers des différentes collections lancées depuis 2018, Sébastien Colen a cherché à titiller l’esprit de collection, mais aussi la fibre patrimoniale des amateurs de belles montres. De la Lunar 1969 créée pour commémorer les 50 ans des premiers pas de Neil Amstrong sur la lune au très ludique modèle Schtroumpf Collector en passant par la Da Vinci 1519 qui célèbre les 500 ans de la mort de Léonard de Vinci, chaque création raconte un petit bout de notre grande Histoire.

« Pour chaque nouveau modèle, je commence par me documenter sur le fait historique, puis je confie mes idées à un designer. Les étapes plus techniques, je pense notamment aux complications, sont confiées à une manufacture suisse. Quant aux montres, elles sont assemblées à Liège par notre horloger. Si je suis seul à bord, je peux compter sur une équipe de collaborateurs indépendants qui m’épaulent quand j’en ai besoin. Cette gestion entièrement digitale, y compris pour la distribution des montres via notre e-shop, me permet de continuer à voyager. A l’heure actuelle, mon objectif est de pérenniser la marque. En décembre dernier, nous avons lancé une version White du modèle Lunar, mon préféré en termes de design pur. Les prochains mois seront riches en nouveautés (voir encadré), mais mon rêve ultime n’est pas lié à un produit en particulier. A terme, j’espère pouvoir générer assez de profits pour financer une ONG et soutenir des projets sociétaux et humanitaires », conclut-il.

Le Liégeois semble sur la bonne voie puisqu’en 2020, boosté par sa présence à la télévision belge et française, Col&MacArthur a enregistré une augmentation de son chiffre d’affaires de 300 % ! Une croissance de bon augure pour ce passionné qui, au travers de ses collections de montres conçues pour être transmises de génération en génération, entend bien satisfaire notre profond désir d’accéder, nous aussi, à une certaine forme de prospérité.


 
Montre Da-Vinci

De futurs collectors
Au printemps prochain, les amoureux de la conquête spatiale découvriront un modèle commémoratif des 60 ans du premier homme dans l’espace. En 2021, Col&MacArthur célèbrera aussi les 500 ans de la mort du grand voyageur qu’était Magellan. Un modèle sous le signe de l’aventure en mer, à découvrir en avril. L’an prochain, Sébastien Colen rêve d’inviter les collectionneurs dans les coulisses de la bataille de Stalingrad. Il a d’ailleurs déjà planifié ses recherches tant à Berlin qu’en Russie. Et s’il parvient à franchir les nombreux obstacles liés aux droits de propriétés intellectuelles, le Liégeois lancera également une montre célébrant le cinquième anniversaire de la disparition de Johnny Halliday.

 

colandmacarthur.com

DES TECHNOLOGIES DE POINTE

En mai 2020, Novadip, spin-off de l’UCLouvain, réussissait la transplantation d’un tibia en 3D sur un patient de 5 ans, une première mondiale retentissante. D’autres biotechs de la région active dans le domaine des greffes, à l’instar de Cerhum ou Texere Biotech, illustrent tout le dynamisme wallon du secteur des sciences de la vie.

 
Née dans les couloirs des Cliniques universitaires Saint Luc, Novadip a connu un important développement il y a quelques mois : la greffe réussie d’un implant tissulaire de 18 cm³ dans la jambe d’un jeune patient. Spin-off de l’UCLouvain et pensée par le médecin Denis Dufrane, l’entreprise a été soutenue à sa création par la Sopartec, la société de transfert de technologies et d’investissement de l’UCLouvain. « En ayant permis d’éviter des amputations à de jeunes patients, Novadip a un vrai impact sociétal, note Philippe Durieux, CEO de la Sopartec, qui a facilité la création de près de 80 spin-off à ce jour. C’est la seule qui réalise un transfert de cellules différenciantes issues du patient lui-même. » La spin-off espère un lancement commercial d’ici 2026.

Boom des biosciences

Egalement lancée par le médecin et serial entrepreneur Denis Dufrane, Texere Biotech, s’est spécialisée dans la robotisation du traitement des tissus humains. Elle a ainsi créé la première ligne robotisée au monde pouvant recycler des greffons osseux. Fondée par le médecin Grégory Nolens, Cerhum, révolutionne, quant à elle, la chirurgie réparatrice en reconstituant de l’os en céramique grâce à l’impression 3D. Ces deux jeunes pépites ont bénéficié à différents stades de coups de pouce de la Région wallonne. « Dans chaque secteur, l’enjeu est de créer un écosystème qui crée de l’emploi et réinjecte de la valeur dans l’économie, ajoute Philippe Durieux. Dans le cas des biotechs, il y a un terreau fertile avec des fonds d’investissements dédiés et du personnel bien formé. Les talents sont une des briques essentielles. »


Philippe Durieux, le CEO de la Sopartec

Du laboratoire au marché

Partant d’une découverte scientifique qui nécessite la création d’une société dédiée pour poursuivre encore davantage la recherche, les spin-off ont un impact direct sur leur écosystème. Philippe Durieux : « La création d’un spin off est un processus qui s’étale sur une dizaine d’années voir plus. Le transfert de connaissances part du laboratoire vers le marché qui, en retour, re-challenge les chercheurs. »

A chaque fois, le but est que la recherche académique puisse avoir un impact sociétal direct ou indirect. Parmi les success stories récentes de la Sopartec, iTeos a inventé un nouveau paradigme au niveau oncologique. « Après 8 ans d’existence, elle est entrée au Nasdaq, ce qui est une première belge. C’est aussi l’illustration d’une combinaison réussie entre de la top science et un financement adéquat. Dans le secteur médical, je pense aussi à Axinesis, active dans la rééducation, ou Syndesi Therapeutics qui s’intéresse à la maladie d’Alzheimer… Les bons exemples locaux sont légion. »

www.novadip.com
www.sopartec.com

CERHUM PRODUIT EN 3D DES IMPLANTS OSSEUX SUR MESURE

Lancée en 2015 par Grégory Nolens, docteur en sciences biomédicales, Cerhum a mis au point une technique révolutionnaire de production d’implants osseux biocompatibles en 3D. « Notre entreprise est née d’une demande accrue pour des greffons plus durables, notamment dans le domaine maxillo-facial. La plupart des implants médicaux ont une durée de vie de 15 à 20 ans. Il faut ensuite réopérer. J’étais à la recherche d’une solution moins invasive », introduit Grégory Nolens, fondateur et CEO de l’entreprise.. C’est là qu’intervient MyBone, un implant biocompatible et imprimé en 3D, développé avec l’aide de la société louvaniste 3D Side et un co-financement de la Région Wallonne. L’innovation réside ici dans le choix des matériaux. « Nous avons opté pour la céramique, dont la composition s’approche de celle de l’os humain, principalement constitué de calcaire et de phosphate. Il ne s’agit pas d’une prothèse, mais bien d’un implant qui stimule la régénération osseuse. »

 

« Nous avons opté pour la céramique, dont la composition s’approche de celle de l’os humain, principalement constitué de calcaire et de phosphate. Il ne s’agit pas d’une prothèse, mais bien d’un implant qui stimule la régénération osseuse. »


Cas cliniques validés

Cinq ans après sa création, l’entreprise liégeoise lance ses implants sur le marché et, en mai 2020, elle fait parler d’elle suite à la première greffe mondiale d’un morceau de mâchoire artificiel produit en 3D lors d’une intervention à Saint-Luc. Les chirurgiens ont pour la première fois greffé à une patiente un implant labellisé MyBone. Le greffon artificiel est venu combler l’espace occupé par une tumeur et l’os mandibulaire a pu être reconstitué tel qu’il était avant la maladie.

Depuis lors, d’autres opérations, principalement de la face, ont également été réussies. « Pour le moment, nous avons d’excellents résultats post-cliniques. Les premiers clients repassent commande, ce qui est un signal très positif. Le grand avantage par rapport à d’autres techniques, c’est l’aspect sur mesure de notre approche. L’implant correspond avec précision à la morphologie du patient. De part sa composition, il s’intègre également mieux à l’organisme. »

Les prochaines étapes pour Cerhum seront de boucler une nouvelle levée de fonds, de compléter l’effectif pour parvenir à une équipe de dix personnes en 2021 et d’accélérer l’expansion internationale, avec l’Europe, les Etats-Unis et l’Asie en ligne de mire.

Ancrée depuis plus de 45 ans dans le paysage wallon, la société liégeoise Klinkenberg est active dans le p, les solutions de stockage, les systèmes d’alarmes et de sécurité, et les techniques spéciales (électricité et chauffage).
Depuis 2010, elle se lance aussi, et surtout, dans l’accompagnement de la transition énergétique et les solutions décarbonées.

 


© Klinkenberg
Dans le Zoning des Hauts-Sarts, à Herstal, Klinkenberg et huit autres entreprises ont formé une communauté énergétique, 
c’est-à-dire qu’elles se partagent leurs productions d’énergie électrique.

« Klinkenberg est une société familiale qui emploie 200 personnes et développe depuis 10 ans son département Photovoltaïque & Transition énergétique. Nous avons commencé avec de petites installations résidentielles, puis d’autres, plus importantes, pour des entreprises. Aujourd’hui, il n’est pas rare que nous placions 600 à 1000 panneaux sur une seule installation », explique Michel Croes, en charge de plusieurs projets au sein de l’entreprise. Des chantiers qui permettent rapidement à Klinkenberg de conforter son expérience et d’envisager le développement des systèmes de stockage, le monitoring des installations et l’optimisation de l’autoconsommation.

« Ces projets de recherche sont pour nous essentiels. Grâce à eux, nous pouvons diriger nos clients vers les solution les plus adaptées, mais aussi élargir le champ des possibles, souligne l’ingénieur. Ainsi, alors que nous travaillions déjà sur un projet de batterie de stockage, il m’est apparu, en 2017, qu’il était incohérent en terme de pertes : pourquoi enregistrer 30 % de déperdition en alternant sans cesse courant continu et courant alternatif entre la production et la réémission d’électricité, quand la plupart des appareils fonctionnent aujourd’hui en courant continu ? Imaginez que, pour installer un éclairage de 5 watts dans une rue, la commune en consomme – et en paie –15 ! Nous avons donc réfléchi autrement… »

 
Michel Croes est en charge de plusieurs projets au sein de l’entreprise.

Un MIRaCCLE ne suffira pas

Ainsi naît, en juillet 2020, MIRaCCLE, le projet de Micro- réseau Industriel avec Raccordement en Courant Continu et Luminaires Extérieurs. «L’objectif est de mettre en place, pour la première fois en Wallonie, en Belgique et dans les régions proches, un réseau moyenne tension en courant continu. Ce réseau permet le par- tage, entre neuf entreprises du Zoning des Hauts-Sarts, à Herstal, des productions d’énergie électrique générée par panneaux photovoltaïques et stockée dans des batteries externes, dans une communauté énergé- tique dédiée. En maintenant le courant continu tout au long du pro- cessus, nous affichons un gain énergétique de l’ordre de 30 %. »

Si Klinkenberg opte pour plusieurs batteries externes (ou silos), plutôt qu’une seule, c’est pour pouvoir équilibrer les échanges et assurer le back up nécessaire à chaque entreprise : « Si une société affiche simplement un besoin d’autonomie de 24 heures pour le fonctionnement de ses frigos, une autre ne peut connaître aucune microcoupure d’énergie, sous peine de voir sa production s’arrêter. À l’inverse, si les silos ne sont pas toujours pleins, le gestionnaire du réseau de distribution RESA peut y réinjecter une partie de sa pro- duction excédentaire. Chaque silo répond donc à des paramètres spé- cifiques, en fonction des besoins et de la capacité de production de chaque entreprise... auxquels il faut ajouter la météo et les conditions variables d’ensoleillement à l’année ! »

À l’issue de l’étude, subventionnée par la Région wallonne à hauteur de 2,5 millions d’euros (sur 11 millions nécessaires), le réseau physiquement installé retournera dans le domaine public. Il sera mis à la disposition de RESA, tout comme l’installation d’éclairage public menée parallèlement pour le compte de la Ville d’Herstal associée au projet (60 poteaux alimentés en cou- rant continu, dotés d'une “intelligence” propre, ce qui génère un gain économique de l’ordre de 70 % pour l’éclairage public). « Un MIRaCCLE ne suffira pas : il en faudrait une dizaine pour pouvoir réguler le réseau », conclut Michel Croes.

CE+T, le partenaire spécifique
Spécialiste en électronique de puissance depuis les années 1960, CE+T est associée au projet MIRaCCLE dès ses prémices. Objectif : concevoir et fournir le bon convertisseur, et s’assurer qu’il s’intègre dans toute l’installation. Un défi que ce conglomérat multinational d’entreprises, qui fournit les solutions optimales d’alimentation de secours afin de garantir la continuité des activités et économiser l’énergie, devrait relever haut la main.
« Concevoir le bon convertisseur n’est pas le seul challenge de ce projet, relève Robert Eyben, CEO de la Holding CE+T. L’expertise de tous les acteurs impliqués sera utile pour identifier et définir d’autres aspects, tels que le niveau de tension optimal pour le micro-réseau, les dispositifs de protection appropriés, le bon système de contrôle et les gains d’efficacité grâce au courant continu. »


ARTHUR,

L’AUTRE « BÉBÉ » DE KLINKENBERG

Le projet ARTHUR (Approche de la Rénovation Techno-logique de l’Habitat Urbain) vise « à mettre en œuvre une approche holistique de la rénovation d’un bâti urbain à vocation sociale, datant des années 1960 et considéré comme énergivore, voire totalement déclassé au regard des performances énergétiques actuelles ».
« Klinkenberg entend ainsi, dans un espace démonstrateur situé à Vottem, associer des équipements avec une valeur ajoutée qui dépasse la somme de chaque produit : la production, le stockage et la distribution de l’énergie électrique en courant continu, la mise en œuvre d’une isolation renforcée, l’intégration de systèmes de ventilation double flux décentralisés, l’amélioration de la gestion du renouvellement d’air, explique Michel Croes. Si la rénovation est efficiente, elle fera de ces habitations des logements énergétiquement autonomes, ou presque, en autoproduction photovoltaïque optimisée à 98 %. »
Ce projet vise, en effet, à réaliser une réduction de 90 % des pertes thermiques, de 80 % des besoins de chaleur et de 20 % des pertes de distribution d’électricité, par la mise en place d’un réseau en courant continu à basse tension. « Nous imaginons un apport en courant alternatif pour le gros électroménager, notamment, lequel ne se mettra en route que lorsque l’électricité « propre » sera disponible. Nous parlons également d’intelligence embarquée pour l’éclairage et nous parions, comme pour MIRaCCLE, sur la mutualisation des échanges. A moindre échelle, évidemment, puisqu’il s’agira d’installer six silos pour douze habitations. »

55.000 logements sociaux wallons à rénover


Avant / Après

ARTHUR devrait permettre d’éprouver, puis de valider, la méthode, sous forme de « recherche action ». Un guide utilisateur sera rédigé pour sensibiliser gestionnaires et occupants à l’usage de tels bâtiments. En plus de la réalisation, une période de suivi des bâtiments (consommations, usage, durabilité des solutions, écolage des gestionnaires/locataires) permettra la communication et la diffusion des résultats. « Pour ce projet spécifique, nous travaillons exclusivement avec des entreprises wallonnes, à l’exception de Daikin, société internationale pour laquelle nous développons, en marge du projet en collaboration avec CE+T, une interface en courant continu dans le cadre d’un accord avec les dirigeants de son siège de production européen, implanté à Ostende », souligne Michel Croes.

En Wallonie, le gouvernement a l’intention de rénover 55.000 logements sociaux et d’en réaffecter 3.000 nouveaux d’ici trois ans, contre 15.500 logements (sur environ 40.000) à Bruxelles. Klinkenberg entend les aider à « répondre aux enjeux climatiques de demain ».

www.klinkenberg.be

sur une mer de fragilités

Depuis juin, Liège dispose d’un nouveau musée pour exposer les œuvres d’artistes porteurs d’un handicap mental. Situé au cœur du parc d’Avroy, le Trinkhall Museum développe un travail et une approche singuliers initiés par le Créahm il y a plus de 40 ans.

 


© Trinkhall Museum

C’est un bateau pirate qui vogue toutes voiles dehors. Il est fait de morceaux de carton, de bouchons, de bouts de ficelle. Les bouches de canon désarmées laissent voir des dessins. Dans cette arche fantastique, Alain Meert a rassemblé tout ce qu’il aime, les gens, la musique et les arts plastiques.

L’artiste, qui fréquente depuis longtemps les ateliers du Créahm, a travaillé tout au long de l’année 2019 avec son accompagnateur Patrick Marczewski pour répondre à la question Qu’est-ce qu’un musée ? Son musée idéal est une œuvre fragile, insolite, joyeuse, solidaire et ouverte, qui fait fi des frontières et des embruns. A l’image des collections abritées par le Trinkhall Museum dont il salue la mise à flots. Ouvert en juin dernier au cœur du parc Avroy, le nouveau musée se place dans la continuation directe du travail artistique mené par le Créahm avec les personnes atteintes d’un handicap mental. Cette structure – dont l’acronyme correspond à créativité et handicap mental – a été fondée en 1979 par Luc Boulangé, un jeune artiste visionnaire. Porté par un mouvement international de remise en cause de la psychiatrie et du regard sur le handicap mental dans la mouvance de l’après 68, il décide d’ouvrir un atelier de création à des personnes porteuses d’un handicap mental dans une perspective qui n’est plus ni occupationnelle, ni thérapeutique, comme c’était de coutume à cette époque dans les institutions d’hébergement et de soins, mais à vocation exclusivement artistique.

Aujourd’hui, le cœur battant du musée comme sa raison d’être reposent sur sa riche collection de plus de 3.000 dessins, gravures, peintures et sculptures.


Première exposition en 1981

En 1981, à l’occasion de l’Année internationale des personnes handicapées, il s’adresse aux institutions qui, dans d’autres pays, mènent des initiatives analogues à la sienne pour leur demander de lui envoyer des œuvres réalisées en atelier par des artistes porteurs d’un handicap mental. Ebloui par la qualité et la quantité de dessins, peintures et sculptures qu’il reçoit, il décide de monter une exposition pour la mise en place de laquelle il demande à la Ville de Liège de pouvoir occuper le bâtiment du Trinkhall dont elle est propriétaire et qui était abandonné. L’autorisation est accordée, l’exposition rencontre un succès d’estime et après une période chaotique d’occupation forcée, la Ville concède au Créahm un bail emphytéotique dont bénéficie toujours le musée aujourd’hui. « C’est important parce que cela signifie qu’entre le Créahm, le musée et la Ville les relations sont fortes. Notre musée est un service public qui reflète une politique de la ville soucieuse d’instituer la culture en tant qu’opérateur d’émancipation », pointe Carl Havelange, le directeur artistique du musée.


Carl Havelange, le directeur artistique du musée

Plus de 3.000 œuvres venues de Belgique et d’ailleurs

Après avoir brièvement hébergé les ateliers, le Trinkhall devient un centre d’art différencié qui prend le nom de MADmusée en 1982. En 2008, comme l’état et la disposition des lieux ne permettaient plus à l’équipe du musée de développer ses activités, la Ville lance un concours d’architecture pour un nouveau musée. Douze années de péripéties ont été nécessaires pour la réalisation du projet. Aujourd’hui, le cœur battant du musée comme sa raison d’être reposent sur sa riche collection de plus de 3.000 dessins, gravures, peintures et sculptures qui proviennent des ateliers du Créahm, mais aussi d’autres ateliers pour personnes handicapées, en Belgique ou ailleurs dans le monde.

Face à la richesse et à la diversité de la collection hébergée par le musée, il apparaît qu’il n’y a pas de définition unifiée possible, ni d’esthétique propre au handicap mental. « La première chose dont le visiteur peut se convaincre en visitant nos expositions, c’est de l’extrême qualité des œuvres. Il ne s’agit plus de les considérer avec le regard un peu compassionnel qui sous-entend que même l’handicapé peut faire de l’art. Le seul point de ralliement que je vois entre tous les artistes que nous hébergeons dans la collection est celui de la fragilité, dans la mesure où la plupart d’entre eux ont traversé de nombreuses difficultés, psychiques ou mentales, liées au handicap. Mais comme nous sommes avant tout devant des artistes, c’est une fragilité qui n’est pas signe de faiblesse, mais plutôt de puissance expressive. »

 
© Michel Petiniot (à gauche)  et 
© Pascal Duquenne (à droite)

Un tremplin pour le monde de l’art

Chaque saison, le Trinkhall explorera une thématique particulière qui mobilise des œuvres de la collection et celles de quelques artistes contemporains invités. Comme il ne s’agit pas de comparer les uns avec les autres, mais de ressentir des émotions et les affinités électives qui peuvent se dégager entre les œuvres, aucun cartel ne permet de les identifier. Pour plus d’information, il suffit de se référer au très complet guide du visiteur. Le système de cimaises mobiles permet de modifier l’espace et de créer de nouveaux angles de promenades en fonction de l’accrochage.

La première thématique mise en place jusqu’en septembre 2021 est Visages / Frontières. Plus de 80 œuvres qui explorent les vertiges de l’identité dans des visages qui se métamorphosent, se dédoublent, s’effacent et nous interrogent. Au rez de chaussée, une salle monographique met à l’honneur le travail d’un artiste d’atelier qui ne bénéficie pas encore de toute la notoriété qu’il mérite. C’est en quelque sorte un tremplin pour le monde de l’art. Le premier artiste invité dans cette salle est Jean-Michel Wuilbeaux, issu de La Pommeraie, un atelier situé à Ellignies-Sainte-Anne (Beloeil). C’est une œuvre gourmande de lignes, de couleurs et des mots, directement inspirée de son enfance dans un milieu ouvrier à la frontière entre la Belgique et la France. Plus qu’un musée, le Trinkhall veut devenir un lieu de recherche, de rencontres et d’échanges qui développe aussi d’autres activités en partenariat avec différents opérateurs. Ainsi, une transcription des textes de Jean-Michel Wuilbeaux est en cours et elle fera l’objet d’un spectacle où les mots de l’artiste seront dits par un comédien et accompagnés d’une musique live jouée notamment par Steve Houben.
Le Trinkhall a largué les amarres, porté par sa formidable cargaison artistique et il invite le public à monter à bord pour ses voyages de découvertes et d’échanges.

Un Trinkhalle dans les stations thermales en Allemagne

A l’origine, le Trinkhalle était le point de rendez-vous des stations thermales en Allemagne où les curistes se retrouvaient pour siroter de l’eau de source ou acheter des boissons. A Liège, lors de la création du parc d’Avroy en 1880, on installa en son cœur un lieu de réjouissances et de rencontres comprenant un café et une salle de billard qu’on baptisa Trink-Hall. C’était un bâtiment en verre et en acier de style mauresque surmonté de deux coupoles cuivrées. En 1885, il aurait notamment accueilli les premières projections cinématographiques dans la Cité ardente. Un incendie et deux guerres mondiales auront cependant raison de la construction qui avait perdu tout son lustre et dont les volutes architecturales orientalisantes n’intéressaient plus grand monde. Abandonné, il fut détruit et remplacé en 1963 par un bâtiment d’allure moderniste en béton et en pierre, un établissement de standing où s’organisaient mariages, soirées dansantes et réunions d’affaires. Le café du rez-de-chaussée et les terrasses librement accessibles aux promeneurs en faisaient toujours un lieu de rencontres et de sociabilité. A son tour miné par l’insalubrité puis voué à l’abandon, ce Trinkhall moderniste finit par croiser l’histoire du Créahm. Aujourd’hui, l’ancien bâtiment des années 60 a été mis sous cloche dans une structure imaginée par les architectes Aloys Beguin et Brigitte Massart et qui offre 600 m2 de surfaces d’exposition.

 

Trinkhall Museum
Parc d’Avroy
B-4000 Liège

www.trinkhall.museum

 

LE SAC SELON RACHEL CORNET

Elle aurait pu devenir styliste ou se détourner d’un métier qui laisse peu de place à la vie de famille et à la vie tout court. Sauf que Rachel Cornet semble plutôt douée pour le bonheur. En 2015, elle a lancé Kokko, une marque de sacs en cuir qui célèbre le savoir-faire traditionnel, mais aussi une joie de vivre communicative.

 

© Alessandro Volders

Quand vous entrez dans l’atelier de Rachel Cornet, un espace chaleureux, caché dans une rue discrète, un peu à l’écart du centre de la Cité Ardente, vous apercevez d’abord son établi, là où la jeune femme travaille le cuir.Cette table, c’est son frère, menuisier, qui l’a façonnée. Car chez les Cornet, la famille, c’est sacré. En témoigne le soutien dont Rachel bénéficie de la part de son mari, habile communicateur, qui l’épaule au quotidien, notamment dans la création de sa page Instagram. Sur les réseaux sociaux, Kokko affiche d’ailleurs clairement ses ambitions, mais aussi ses valeurs : l’artisanat, évidemment, puisque tous les sacs Kokko sont imaginés et fabriqués par Rachel elle-même, mais aussi l’approche humaine d’un label qui n’a jamais fait de compromis. « Mon métier, je l’ai construit petit à petit. D’abord en me formant à la couture dans le cadre de mon baccalauréat en styliste à HELMo Mode à Liège, puis en me perfectionnant sur le terrain. Ce qui m’importait, c’était de combiner la rigueur et le savoir-faire technique acquis pendant mes études à une approche plus pratique », précise Rachel.


© Alessandro Volders

« Quatre-vingt pour cent de mes sacs sont des pièces uniques que j’imagine et façonne après avoir rencontré la cliente ou échangé de longs messages avec elle par le biais des réseaux sociaux. »


Une formation en Finlande

A aucun moment, depuis sa formation en maroquinerie à Kokkola, en Finlande, là où elle a appris le travail du cuir lors d’un séjour Erasmus de quatre mois, la créatrice n’a cédé à la tentation de grandir trop vite ou de sacrifier ses moments en famille. Consciente de l’importance d’offrir aux femmes un produit façonné avec amour, la créatrice, maman de deux enfants, a toujours privilégié une approche totalement personnalisée du sac féminin. Centrée sur une poignée de modèles, tous baptisés en hommage à cette ville finlandaise, la créatrice offre à ses clientes le plaisir de tout choisir : le format, le cuir, les couleurs ou encore les finitions : longueur des anses, doublure intérieure, ajout de franges, chaînes, rivets, clous… « Il y a 5 ans, le métier d’artisan était peu valorisé. Aujourd’hui, le regard des gens a changé. Notre savoir-faire est reconnu. Je suis donc encore plus fière de ce que j’ai accompli. Dans ma vie privée, je privilégie le local. Dans le cadre de mon métier aussi. Si, pour le cuir, je ne peux évidemment pas me fournir en Belgique, je tente de faire appel, autant que possible, à des partenaires locaux. Pour ma dernière campagne, plutôt que de miser sur des mannequins professionnels, j’ai invité des amies entrepreneuses à poser avec mes sacs. L’occasion de les soutenir et de créer de jolies synergies entre femmes ».

Première collection au printemps

En mai dernier, juste après le confinement, comme pour célébrer la vie et sa passion du métier, Rachel a lancé sa première collection, complément évident de son service de sur-mesure. Si les clientes qui choisissent de s’offrir un accessoire entièrement personnalisé doivent patienter environ deux mois avant de pouvoir tenir leur précieux sac en main, celles qui misent sur les modèles proposés sur l’e-shop de la marque ont le plaisir d’en disposer tout de suite.

« Quatre-vingt pour cent de mes sacs sont des pièces uniques que j’imagine et façonne après avoir rencontré la cliente ou échangé de longs messages avec elle par le biais des réseaux sociaux. Généralement, elles sont parfaitement conscientes du temps qu’il faut pour imaginer et produire un tel accessoire : environ dix heures pour la fabrication, par exemple. Ce qu’elles recherchent, c’est un sac utilitaire avec une touche de fantaisie. Mon bestseller ? Le Mattoa, un modèle dont on peut facilement personnaliser les soufflets et qui, même lorsqu’on choisit des couleurs vives, reste classique », précise Rachel. Quant à sa collection propre, elle n’est pas née d’une envie de voir le label grandir exagérément. « C’est plutôt l’occasion, pour les femmes qui ont du mal à faire un choix face aux nombreuses possibilités qu’offre le sur-mesure, de trouver la combinaison qui va leur plaire » , ajoute-t-elle.


Sac Mattoa
© Alessandro Volders

Une réponse à la fast-fashion

Parmi les premiers modèles lancés cet automne, on peut notamment épingler Anola, un sac banane dont le côté pratique lui a été inspiré par sa vie de designer et de maman, mais aussi Halila, un cabas à franges aussi fonctionnel que ludique, et Parola, une pochette à porter au cou. Avec cette collection, l’artisane imprime plus que jamais son style : celui d’une marque qui privilégie les pièces uniques ou les toutes petites séries, mais aussi une approche éthique et durable. A une époque où de plus en plus de femmes se détournent de la mode jetable pour retrouver le plaisir de s’offrir des accessoires réalisés dans de belles matières, la marque de Rachel Cornet se révèle comme la plus belle des réponses à la fast-fashion. Une réponse qui, si elle s’apparente aujourd’hui à un petit business rentable, n’a pas la folie des grandeurs et qui, surtout, se passe de longs discours. Comme le sourire de Rachel.

 

Soppi, proche des femmes




Ce sac à dos, l’un des modèles phare de Rachel Cornet, est, comme tous les autres, ancré dans son quotidien de femme et de maman. Créé peu après le lancement de la marque comme sac de tennis, il a ensuite été retravaillé une première fois en vue d’un long périple en Australie. Lorsqu’elle est devenue maman, en plus du rabat et de la maxi-poche sur le devant, elle a imaginé une variante sous la forme d’un sac de maternité cool et pratique muni d’une grande tirette qu’on peut facilement attacher à une poussette. Aujourd’hui, Soppi l’accompagne partout, y compris pour transporter son ordinateur portable. Cet accessoire fun et pratique résume parfaitement les valeurs d’une marque proche des préoccupations des femmes.


kokkobags.com

À TOUT PRIX

Lauréats, en 2020, du prix presse décerné par Wallonie-Bruxelles Design Mode, Jérémy Perpète et Sarah Van Overstraeten, diplômés respectivement d’HELMo mode et de l’IFAPME, incarnent plusieurs visages d’un secteur en plein bouleversement. Portrait d’une double promotion pleine de promesses.


Fidèle à sa vocation première – celle de soutenir les talents dans les secteurs de la mode et du design actifs en Wallonie et à Bruxelles –, Wallonie-Bruxelles Design Mode s’est penchée sur les collections de fin d’année de la promotion 2020 des deux écoles de mode de la Cité Ardente : HELMo Mode, une école qui propose un bachelier en textile fortement centré sur le savoir-faire technique de ses étudiants, et IFAPME Château Massart, une formation programmée en horaire décalé à l’approche résolument artistique. Si les deux lauréats ont livré une collection très identitaire et donc résolument différente, les silhouettes primées tracent les contours d’une mode inclusive célébrant l’artisanat d’art, un travail sur les matières qui passe souvent par une réflexion écologique et des thématiques qui questionnent, entre autres, la notion de féminité et le genre.


Sarah Van Overstraeten

Pour ces deux jeunes designers, biberonnés aux grands enjeux écologiques de notre époque, pas question de « faire une collection de plus ou de trop. » Leurs préoccupations passent par une volonté de récupérer, de recycler et de transformer le vêtement. Cette génération qu’on associe souvent au virtuel accorde en outre une place centrale au concept de collaboration. Une collaboration qui passe, entre autres, par la notion de collectif. En effet, pour leurs collections, Sarah et Jéremy se sont tous deux associés à de jeunes graphistes. De ces dessins sont nés une peinture sur textile, mais aussi des broderies avec, dans les deux cas, une volonté farouche de remettre de l’humanité ainsi que de l’authenticité dans le propos mode.

Les préoccupations de ces deux jeunes designers passent par une volonté de récupérer, de recycler et de transformer le vêtement.

 


Jérémy Perpète

Deux écoles et beaucoup de talents

HELMo Mode et IFAPME. Si ces deux écoles liégeoises ne jouissent pas encore de la renommée que peuvent avoir des académies comme La Cambre et Anvers, elles ont toutes deux formé des stylistes et des créateurs pétris de talent et d’ambition. Le plus connu est sans nul doute Jean-Paul Lespagnard. Diplômé de l’IFAPME Château Massart, ce designer atypique et sans compromis a remporté le prestigieux festival de Hyères en 2008. Depuis, il a multiplié les projets dans le registre du vêtement, mais aussi du costume. Il a ainsi lancé, dans le centre de Bruxelles, la boutique Extra-Ordinaire, qui est l’expression pure et audacieuse de son univers. Et tout récemment, Silversquare lui a confié l’aménagement de son futur espace de co-working du quartier des Guillemins (ouverture prévue en 2022).

Quant à HELMo Mode, elle a formé des professeurs, modélistes, chasseurs de talents pour des agences de mannequins…, mais aussi des profils plus médiatisés comme Timour Desdemoustier, finaliste du festival de Hyères en 2020. Certains ont entamé des carrières en Belgique ou à l’étranger. C’est notamment le cas de Rachel Cornet, qui s’est lancée avec succès dans le secteur de la maroquinerie artisanale (voir p.77), et de Maxime Cordier, chef de produit pour la jeune marque parisienne Marine Serre connue pour son approche avant-gardiste et engagée du vêtement.


Jérémy Perpète et les métiers d’art

Avec sa collection Too Much is Never Enough, Jérémy Perpète (22 ans), étudiant d’HELMo Mode, a choisi de s’interroger sur l’essence de la famille traditionnelle en questionnant la place de la femme et la vision classique du genre. Si le discours mode du jeune designer est très engagé, la précision de son travail révèle la persévérance d’un garçon davantage centré, au début de son cursus, sur la création que sur la technique. « Depuis toujours, je rêvais d’intégrer une école de mode », raconte Jérémy. « Si l’approche très complète d’HELMo m’a séduit, j’avoue qu’en première année, l’un des professeurs ne croyait pas en ma capacité de dépasser mon manque de pratique. Pendant tout mon cursus, j’ai fait en sorte de lui prouver qu’il avait tort ».

Pour cette collection baroque et très aboutie, le designer a choisi de rendre hommage aux métiers d’art et de s’essayer à différentes techniques : broderie, tricot, perlage… « Cette démarche est partie de ma volonté personnelle d’explorer différentes facettes de l’artisanat d’art, un domaine qui m’a toujours fasciné. Par l’intermédiaire du Textlab de la Design Station de Liège (un lieu de recherche et d’expérimentation dans le registre du design textile, ndlr.), je suis entré en contact avec une étudiante de Saint Luc. C’est elle qui a imaginé les dessins sur lesquels j’ai basé mes deux broderies : les blasons colorés appliqués sur le manteau pour enrichir le brocard existant et ainsi récréer un nouveau tissu, et celui, d’inspiration religieuse, qui orne le devant d’une chemise. » Le résultat : une série de silhouettes entre masculin et féminin réalisées sur base de tissus issus d’anciens stocks qui soulignent le savoir-faire technique de Jérémy et la volonté de l’école liégeoise de former des créatifs, mais surtout de redoutables techniciens. « Cette collection m’a permis, d’une part, d’offrir un aperçu de mon savoir-faire technique et, d’autre part, de véhiculer certains messages. Pour moi qui suis de nature timide, le vêtement est un formidable outil d’expression, une manière de raconter la mode telle que je l’envisage. »

    

Une série de silhouettes entre masculin et féminin réalisées sur base de tissus issus d’anciens stocks qui soulignent le savoir-faire technique de Jérémy et la volonté de l’école liégeoise de former des créatifs, mais surtout de redoutables techniciens.


Le design textile selon Sarah van Overstraeten

Bien que très différente, ne serait-ce que par sa recherche sur les matières, l’autre collection primée cette année, celle de Sarah van Overstraeten (24 ans), n’en reste pas moins riche en questionnements et en messages subliminaux. La créatrice diplômée de l’IFAPME, qui entame aujourd’hui un bachelier en textile à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, a imaginé une série de pièces qui, elles aussi, transcendent l’idée du genre. « La mode, je suis tombée dedans un peu par hasard après avoir entamé des études en architecture d’intérieur que j’ai abandonnées au bout de quelques années. Ce qui m’a fascinée dans la mode, c’est la rencontre avec la matière. Mes professeurs m’ont poussée à expérimenter de nombreuses techniques de transformation du tissu ou de teinture. Entre peinture sur textile et essais dans le domaine du tricot, ces études me sont apparues comme un laboratoire permanent. »

« Ce qui m’a fascinée dans la mode, c’est la rencontre avec la matière. Mes professeurs m’ont poussée à expérimenter de nombreuses techniques de transformation du tissu ou de teinture. »

 


© Michael Briglio

Conformément aux exigences de l’école, Sarah s’est intéressée à la maille qu’elle a teinte selon la technique du shibori, mais ses recherches l’ont également guidée vers la déconstruction de plusieurs vêtements. « Dans le cadre de ces expérimentations, j’ai agrandi une veste en jeans et un bleu de travail. Ces volumes réinventés m’ont ensuite conduite à m’essayer à l’art du plissé ». Comme Jérémy, Sarah a joué la carte collaborative en s’associant à Keita, un plasticien liégeois. Le t-shirt en denim né de cette alliance est rehaussé d’un dessin original de l’artiste.

 

le chocolatier voyageur


© Pep's Studio
C’est au contact des plus grands noms de la gastronomie belge qu’il se forme et c’est avec la complicité souriante de son épouse, Anne, qu’il se lance.

Le Guide Gault&Millau vient d’attribuer à Benoît Nihant le titre de meilleur chocolatier de l’année 2021 pour la Wallonie. Une juste récompense pour ce Liégeois qui n’hésite pas à arpenter le globe afin de trouver les meilleures fèves.


On s’en doute : ce titre a évidemment fait très plaisir à Benoît et Anne Nihant, ainsi qu’à leur équipe qui s’active dans leur atelier de fabrication à Awans. Pour autant, cette récompense n’est pas une surprise dans la mesure où l’on connaît la qualité du travail de celui qui a maintenant plusieurs magasins en Wallonie et à Bruxelles.
 « Nous restons toujours fidèles aux principes de base de notre entreprise et nous n’utilisons pas de raccourcis dans les procédés de mise en œuvre, explique le chocolatier. Ici, tout est fabriqué sur place, sans ajout d’industrialisation, dans une chaîne de production parfaitement intégrée au caractère entièrement artisanal. »

Si Benoît Nihant se distingue de nombre de ses confrères, c’est parce qu’il est également cacaofévier.


Message bien reçu. Si Benoît Nihant se distingue de nombre de ses confrères, c’est parce qu’il est également cacaofévier. Poussé par son attrait pour les matières premières nobles, sans aucun mélange, il n’hésite jamais à parcourir le monde à la recherche de fèves de cacao de qualité. Il contacte les producteurs locaux avec lesquels il procède toujours en accord amical. Ses tablettes de chocolat traduisent l’essence de chaque fève, de chaque plantation. Brésil, Madagascar, Équateur, Venezuela, Guatemala, Nicaragua, Honduras, Cuba sont les étapes de ce périple gustatif.

Une nouvelle plantation au Pérou

A la recherche de spécificités et de nouveautés aidant également à la reforestation durable et les bienfaits d’une agriculture diversifiée, le globe-trotter a acheté, en 2015, un hectare de terres cultivables au Pérou. Afin de lutter contre le narcotrafic, le gouvernement péruvien aide en effet les paysans en leur permettant de remplacer la culture du coca par celle du cacao. « En créant ma propre plantation à San Jose de Sisa, j’ai repoussé les limites de la création gustative et réalisé mon rêve », sourit le chocolatier qui, en nommant cette plantation ‘Luis de Sisa’, a fait un affectueux clin d’œil à son fils Louis.

Assisté sur place par une ingénieure agronome, Benoît veut privilégier une démarche durable en plantant des variétés plus rares aux qualités exceptionnelles, malgré les difficultés rencontrées à cause des infrastructures et d’un réseau routier assez calamiteux. Outre qu’il s’agit là d’une remarquable expérience humaine, les paysans locaux trouvent, de cette façon, des sources de revenu pérennes. Et le label « commerce équitable » s’inscrit parfaitement dans cette façon de gérer la terre dans des conditions de vie assez spartiates.


© Pep's Studio

« En créant ma propre plantation à San Jose de Sisa, j’ai repoussé les limites de la création gustative et réalisé mon rêve. »


Les secrets de la fabrication dévoilés aux visiteurs

Vous voulez voir comment Benoît Nihant fabrique son chocolat ? Il suffit de participer aux visites guidées organisées dans son atelier à Awans. L’initiation débute par une immersion dans l’univers des cabosses. Aux visiteurs, qui devront laisser leurs sens les transporter au gré d’un voyage dans le monde gourmand qui a son point de départ sous les tropiques, les chocolatiers expliquent comment la torréfaction, le concassage et le conchage contribuent à la transformation du chocolat d’origine jusqu’à une gamme des produits qui se décline en tablettes, caramels, pralines, pâtisseries, pâtes, truffes et verrines… La visite s’achèvera bien sûr par une dégustation. Une des dernières créations de Benoît Nihant est le « cœur samba » : de l’intense chocolat noir astucieusement fourré d’un caramel coulant au fruit de la passion et d’une subtile infusion de thé samba. Sa version du filtre d’amour…



© Pep's Studio

Tombé dans le chocolat à 7 ans

« Passionné de gastronomie et grand gourmand, j’avais à peine sept ans lorsque je me suis exercé, pour la première fois, à la réalisation de diverses pâtisseries dans la cuisine familiale. »

Quand une passion dévore un homme et qu’il veut à tout prix réussir, cela peut donner un authentique talent dans un domaine pour lequel il n’est pas destiné. C’est la belle aventure de Benoît Nihant qui, à l’aube de ses 30 ans, a quitté une situation professionnelle bien acquise – il était ingénieur commercial et dirigeait divers projets pour des multinationales – afin de rejoindre l’univers envoûtant et glamour de la chocolaterie. Pour concrétiser son projet, le Liégeois entame une formation en chocolaterie qui le conforte rapidement dans l’idée de proposer un produit différent.
C’est au contact des plus grands noms de la gastronomie belge qu’il se forme et c’est avec la complicité souriante de son épouse, Anne, qu’il se lance. Le couple ayant compris que la niche « haut de gamme » n’était guère représentée dans le domaine des chocolatiers, la nouvelle aventure pouvait commencer…


Benoît Nihant
Atelier et magasin
Rue de l’Estampage 6
B-4340 Awans
+32 (0) 4 365 72 57
www.benoitnihant.be

Magasins
Chaussée de Waterloo 506 - 1050 Ixelles
Passage Lemonnier 42 - 4000 Liège
Voie de l’Ardenne 45 - 4053 Embourg

Bar à cacao
Passage Lemonnier 38-40 - 4000 Liège

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