Waw magazine

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Sophie Roscheck est une passionnée des chevaux et des nouvelles technologies. Venue du monde de la presse et du marketing, la Liégeoise a su être attentive aux opportunités rencontrées sur le chemin et capter les tendances du moment. Zoom sur un parcours qui a du cheval !

 


«Les chevaux, c’est une histoire de toujours. Malgré le fait que nous étions une famille modeste, mon papa m’a un jour offert un petit poney de manège. Ça été une formidable école de vie. Le cheval est un miroir, on apprend à communiquer avec lui, c’est un grand professeur. Avec les chevaux, j’ai appris la rigueur, le courage, l’empathie et le respect. »

Cet amour pour les chevaux ne quittera plus Sophie qui montera deux à trois heures par jour. Avec une autre passion qui grandit en parallèle : « le digital, c’est l’avenir ». À sa communion, Sophie demande à recevoir un ordinateur. Et c’est ainsi qu’elle crée son premier programme à 12 ans ! La voilà déterminée à être indépendante et à monter sa propre activité. Elle s’oriente vers la coiffure, sa première carrière. « A cette époque, j’étais déjà plus souvent le nez sur mon ordinateur dans l’arrière-boutique que dans le salon. Autodidacte, j’apprenais sur Internet comment faire un tableau Excel, gérer des stocks, digitaliser nos commandes, etc ».

Sophie se lance ensuite comme commerciale pour les Pages d’or. « J’accompagnais des indépendants à créer leur site et leur catalogue en ligne. C’est là que j’ai vraiment découvert la puissance du digital… »

« Avec Ekism ID, vous suivez au jour le jour les entraînements et les soins de votre équidé. La filière équestre wallonne, en plein renouveau, méritait bien cette solution digitale. »


Applications mobiles pour cavaliers branchés

De fil en aiguilles, après notamment un passage au cabinet de Didier Reynders, Sophie s’est créé un réseau qui lui a permis de faire les bonnes rencontres. « Ce fut ma plus belle période professionnelle en tant qu’employée. J’étais entourée de gens brillants et bienveillants. Comme quoi, même en étant coiffeuse au départ, c’est possible (rires) ! Cela m’a ouvert les yeux sur le pouvoir de la presse ».

Elle rejoint Apptree comme conseillère freelance en applications mobiles. C’est le tremplin qui lui permet de sauter le pas et créer la suite d’applications Ekism. Ce sont des applications gratuites qui aident les cavaliers à gérer les soins des chevaux, leur carte d’identité, les entraînements… « Avec Ekism ID, vous suivez au jour le jour les entraînements et les soins de votre équidé. La filière équestre wallonne, en plein renouveau, méritait bien cette solution digitale. »

L’idée lui vient de sa fille qui, comme le faisaient tous les manèges à l’époque, utilise un tableau blanc pour faire le programme de la semaine avec les soins et les entraînements. A la fin de la semaine, il faut effacer le tableau et toutes les données sont perdues. Ce problème est maintenant résolu grâce à Sophie !

Une nouvelle ère pour les cavaliers

La nouvelle version de l’application Ekism ID compte aujourd’hui 10.000 utilisateurs pour 15.000 profils de chevaux créés dans l’app ! L’application permet de créer le profil du cheval, de consigner ses entrainements et ses soins, de dresser un récapitulatif de ses activités, des relations avec lesquelles l’utilisateur choisit de partager ses données, mais aussi son temps d’activité, ses coûts pour en acquérir un autre ! Une sorte de profil Facebook privé mixé à une application similaire aux programmes mobiles d’entrainement de sportifs. « Je suis le “couteau suisse ” du cavalier branché », explique Sophie.

« Vous voulez un cas concret ? Imaginez que je tombe en panne sur l’autoroute avec deux chevaux alors que je me rends à un concours. Je vais dans Ekism Pro, je cherche, dans la catégorie « transport », la liste des transporteurs, je me géolocalise, je constate – ouf ! qu’il y a un transporteur tout près du lieu et je l’appelle ». C’est la version payante pour vendre les chevaux qui permet à Sophie d’en vivre.

Pour les cavaliers non-voyants

Mais Sophie ne compte pas en rester là, elle aimerait développer son application afin d’aider les cavaliers non-voyants. « Je fais partie du comité des ressources de l’asbl “La Lumière ”. J’ai partagé ma vie pendant 9 ans avec une personne qui élevait des chiens guides et je côtoie des cavaliers non-voyants. C’était donc logique de développer quelque chose d’utile pour améliorer leur quotidien. »

Le cavalier non-voyant ayant besoin d’indications sonores, il est assisté par un crieur qui lui donne des consignes pour son trajet. L’application permettrait de créer des balises sonores que le cavalier peut lui-même déposer sur le parcours pour être autonome.

« Dans les yeux d’Ophélie »

Ce projet a donné naissance à une autre idée. L’aventure humaine est une série de films documentaires que Sophie Roscheck tournera avec le réalisateur Ludovic Daxhelet. Le premier épisode racontera l’histoire d’Ophélie, cavalière non-voyante qui accompagnera les meilleurs cavaliers en raid de six jours en Jordanie. Une belle aventure à suivre…

EKISM sprl
Sophie Roscheck
+32 (0) 483 07 56 59
[email protected]

I presume ?

Savez-vous qu’à la gare des Guillemins vous pouvez prendre le bateau et remonter le Nil jusqu’à la Vallée des Rois, puis pénétrer dans le tombeau de Toutankhamon sans risquer d’être frappé par la malédiction ? Non ? Alors dépêchez-vous de prendre votre ticket, cette exposition exceptionnelle se clôture le 31 mai.


Une exposition sur le « pharaon oublié » à Liège ? Certains se sont demandé si les organisateurs ne prenaient pas un gros risque alors que trônait encore dans les mémoires l’exposition sur Toutankhamon qui avait illuminé les salles de Brussels Expo en 2011, mais aussi et surtout compte tenu des 1.420.000 visiteurs qui s’étaient déplacés à Paris, entre mars et septembre 2019, afin d’admirer le « Trésor du Pharaon » et ses nombreuses pièces issues des collections permanentes du musée du Caire. « Un risque ? Non ! D’ailleurs, nous avons déjà fait 30.000 entrées durant le premier mois », tranche, le sourire aux lèvres, Marie Kupper, qui n’était pas encore née en 1991 quand son grand-père, René Schyns, organisa la première exposition sur Hergé à Welkenraedt et qui se prépare aujourd’hui, à 25 ans, à prendre doucement sa succession à la tête d’Europa Expo.

Et la jeune directrice organisationnelle et financière d’expliquer : « Nous avons toujours cherché à présenter les grands événements d’une manière différente. Pour cette exposition, nous avons choisi d’entraîner les visiteurs sur les pas d’Howard Carter, de leur faire partager ses espoirs, ses doutes, puis son émerveillement lorsqu’il tomba soudain sur ce tombeau que tout le monde avait cherché en vain. Ensuite, après avoir découvert, comme l’archéologue, les trois principales salles du tombeau reconstituées à l’identique, ils pourront se faire une idée précise, en cheminant à travers une quinzaine de salles thématiques, de ce qu’était l’univers du jeune pharaon grâce à la multitude d’objets trouvés sur place et remis dans leur contexte historique. C’est sans doute cet ensemble de connaissances qui constitue le véritable trésor de Toutankhamon ! »

A 25 ans, Marie Kupper se prépare à prendre doucement la succession de son grand-père René Schyns à la tête d’Europa Expo.


Deux premières mondiales

Sur les centaines d’œuvres d’art emblématiques qui sont exposées à Liège, environ 200 sont des pièces originales issues de musées (le MET Museum de New York, Le Louvre, les musées de Mariemont, Manchester…) et de collections privées. Et 250 sont des copies certifiées provenant des ateliers du musée du Caire et prêtées par le ministère des antiquités égyptiennes. « Notre exposition présentera en outre deux « premières » mondiales : la reproduction d’une partie d’un palais royal et à la réplique de l’atelier de Touthmose, le sculpteur officiel de la royauté », explique Marie Kupper, qui souligne que les peintures murales du palais ont été réalisées par les artistes des ateliers d’Europa Expo qui ont utilisé des piments – comme à l’époque – et ont poussé le souci du détail en reproduisant les moisissures ! Que ceux qui craignent la malédiction se rassurent : elles sont bien imitées, mais elles sont fausses. Il n’y a donc aucun risque d’inhaler des poussières allergènes…

www.europaexpo.be

Repères
• 4 novembre 1922 : découverte de l’escalier conduisant au tombeau de Toutankhamon.
• 26 novembre 1922 : Howard Carter pénètre dans l’antichambre du tombeau en présence de Lord Carnavaron.
• 17 février 1923 : ouverture de la chambre mortuaire en présence de la Reine Elisabeth et du célèbre égyptologue belge Jean Capart.
• 28 octobre 1925 : ouverture du 3e cercueil abritant la momie.


Toutankhamon et l’Egypte antique

La civilisation de l’Égypte antique commence vers 3150 av. J-C. avec l’unification politique de la Haute-Egypte et de la Basse-Egypte, et se développe jusqu’au règne de Ptolémée XV (le fils de Cléopâtre VII), le dernier pharaon qui fut exécuté en -30 par Octave (le futur premier empereur romain). Ces trente-deux siècles ont été divisés en trente-trois dynasties. Toutankhamon (-1335 à -1327) appartient à la XVIIIe dynastie, durant laquelle l’Egypte connut la puissance et la gloire – alors que la XIXe dynastie sera marquée par le règne de Ramsès II. Il avait 8 ans quand il est monté sur le trône et est mort à 17 ou 18 ans, sans laisser de descendance.


La reproduction de la décoration d’un palais royal, une première mondiale. 

Akhénaton, le pharaon « impie »

Toutankhamon était le fils du pharaon Amenhotep IV, surtout connu pour avoir voulu balayer le polythéisme en imposant le culte monothéisme du dieu solaire Aton. Pour mieux honorer ce dieu, il s’est fait appeler Akhénaton (« celui qui est utile à Aton ») et a bâti une ville, Akhétaton (« horizon d’Aton »), entre Memphis (Le Caire) et Thèbes (Louxor), dont il a fait le nouveau cœur de l’Égypte. A sa mort, soit après un règne peu glorieux sur le plan militaire, l’ancien culte fut rétabli et la ville du pharaon « impie » fut laissée à l’abandon. Le site archéologique d’Akhétaton a été exploré sous le nom d’Amarna.

« Mister Carter est un garçon de bonne composition qui s’intéresse exclusivement à la peinture
et à l’histoire naturelle... Je ne vois pas l’utilité pour moi d’en faire un fouilleur ! » 
(l’archéologue Sir Flinders Petrie au service duquel Howard Carter travailla à 17 ans).


L’antichambre merveilleux

C’est en 1922, soit après cinq saisons de vaines recherches, que l’archéologue britannique Howard Carter qui travaillait pour le compte de Lord Carnavaron découvrit la tombe de Toutankhamon dans la vallée des Rois, près de Louxor. On comprend l’émotion de son équipe quand un ouvrier mit au jour une première marche, le 4 novembre de cette année là. Après avoir dégagé l’escalier et traversé un long couloir, l’archéologue risqua un œil dans l’antichambre du tombeau par une ouverture pratiquée dans la porte. « Pendant quelques secondes – qui durent sembler une éternité à mes compagnons –, je restais muet de stupeur. Lorsque Lord Carnarvon me demanda enfin : « Vous voyez quelque chose ? », je ne pus que répondre : « Oui, des merveilles ! »

Des cercueils gigognes

Après la découverte du tombeau, il fallut encore beaucoup de patience et d’huile de bras à l’équipe d’Howard Carter pour arriver à la momie, puisque celle-ci reposait dans un sarcophage de 110 kilos en or massif qui avait été enfermé dans deux autres cercueils à l’intérieur d’un grand sarcophage en quartzite, lui-même disposé sous quatre chapelles gigogne ou châsses dorées. « Nous étions le 28 octobre 1925. On retira doucement les longs clous d’or massif, puis on souleva le couvercle par ses poignées d’or. Sous nos yeux gisait une impressionnante momie, nette et soignée. Un magnifique masque d’or brillant représentait le visage du pharaon… »

Des en-cas pour la route

Carter a mis dix ans pour répertorier les 5.398 objets retrouvés dans le tombeau, dont quelque 200 glissés sous les bandelettes de la momie. Parmi ces objets, des chars, des armes (épées, haches, massues, cuirasse, boucliers…), des bijoux, des vêtements…, ainsi que de la nourriture en quantité (48 boîtes de viande de bœuf et de volaille, 28 jarres de vin…). Les Égyptiens, en effet, croyaient en la vie éternelle et à la rétribution des actes posés pendant notre passage sur terre. C’est donc un véritable voyage qu’ils entreprenaient après leur mort, pour comparaître devant un tribunal de quarante-deux dieux. Ces aliments, vêtements et richesses devaient permettre au jeune pharaon de supporter le voyage, mais aussi de faire des offrandes aux dieux.

Thoutmose, le sculpteur de l’idéal féminin

La reproduction de l’atelier de Thoutmose, le sculpteur officiel d’Akhénaton, constitue une première mondiale. Les fouilles effectuées à Amarna ont permis de le reconstituer avec les instruments de l’époque, les plâtres et les blocs à sculpter. Les visiteurs peuvent suivre, étape par étape, le travail de l’artiste toujours en quête d’une recherche de perfection formelle absolue comme l’atteste le fameux buste de Néfertiti sorti de son atelier. La reine était sans doute fort belle, mais quand on sait que pour les Égyptiens, la beauté du corps était le miroir de la beauté de l’esprit, on devine que le sculpteur se soit surpassé afin de reproduire des traits atteignant la perfection.

La malédiction : quand la légende tombe en poussières

Toutankhamon n’ayant pas eu le temps d’accomplir de grandes choses durant son court règne, le pharaon est surtout connu en raison de la malédiction liée à la violation de son tombeau. En effet, plusieurs membres de l’équipe d’Howard Carter ainsi que plusieurs proches décédèrent quelques années après la découverte de la momie, dont Lord Carnavaron, le commanditaire des fouilles, qui mourut seulement cinq mois après. En se rasant, il se blessa à l’endroit où il avait été piqué par un moustique et l’infection se mua en septicémie. Il avait
 56 ans.


Selon les scientifiques, les candidats les plus sérieux à l’origine de cette « malédiction » seraient des substances organiques (fruits ou légumes) présentes dans la tombe. Au cours des siècles, ces produits se sont décomposés et ont donné naissance à de la moisissure qui s’est transformée en particules de poussière allergène.


EUROPA EXPO

Europa Expo est à l’initiative d’une dizaine de grandes expositions qui ont attiré trois millions de visiteurs : Tout Hergé à Welkenraedt (1991), Tout Simenon à Liège (1993), J’avais 20 ans en 45 (1995), Made in Belgium (2005) et Léonardo Da Vinci à Bruxelles (2007-2008). Depuis la création de l’espace muséal Calatrava à la gare de Liège-Guillemins, Europa Expo en a fait le rendez-vous culturel de la ville de Liège. Se sont ainsi enchaînées, les expos SOS Planet (2010-2011), Golden Sixties (2012-2013), Liège Expo 14/18 (2014-2015), De Salvador à Dali (2016), L’Armée Terracotta (2017), J’aurai 20 ans en 2030 (2017-2018) et Génération 80 Experience (2018-2019).


La Reine Elisabeth, piètre prophétesse

« En mars 1923, lorsque la Reine Elisabeth apprit que Lord Carnarvon était malade, elle a dit à son fils, le futur Léopold III : « Tous ceux qui ont pénétré dans la tombe de Toutankhamon, moi compris, sont voués à une mort rapide. » Élisabeth a été une des premières à évoquer la malédiction. Dieu merci, elle était meilleure reine que prophétesse puisqu’elle a vécu jusqu’à 
89 ans. Moi-même, je suis mort d’un cancer à l’âge de 64 ans, en 1939. » (Howard Carter , audioguide)

Ne cherchez plus la mère : Néfertiti


Extrait de la biographie d’Akhénaton écrite par Dimitri Laboury et publiée chez Pygmalion / Flammarion en 2010 

Même si des doutes subsistent encore aujourd’hui, de nombreux scientifiques s’accordent à dire que la reine Néfertiti, l’épouse d’Akhénaton, était la mère de Toutankhamon. Dimitri Laboury, professeur adjoint d’histoire de l’art et archéologie de l’Égypte pharaonique à l’Université de Liège, qui est à la tête du comité scientifique de l’exposition, fait partie de ceux-là.

« Les données égyptologiques sont en réalité assez claires, explique-t-il. Tout d’abord, le fait que cet enfant d’environ 8 ou 9 ans soit couronné pharaon à un moment délicat de l’histoire égyptienne, où le pouvoir de fait est tenu par des personnages haut placés dans l’armée qui succèderont à l’enfant-roi, mais le laisse néanmoins passer devant eux, révèle, sans le moindre doute possible, que cet enfant a des origines royales, car son droit de préséance ne peut s’expliquer, à cet âge, que par son sang. Par ailleurs, la documentation épigraphique provenant du site d’Amarna révèle l’existence d’un « fils du roi de son corps, Toutankhaton », dont on sait parfaitement qu’il s’agit du nom original, de naissance, du futur Toutankhamon. En ce qui concerne la mère de l’enfant-roi (nécessairement intime avec le souverain Akhénaton), une scène de deuil de la tombe royale d’Amarna – soit un monument très officiel – montre le couple royal en train de pleurer la mort de leur seconde fille, la princesse Méket-Aton, avec une nourrice (elle porte la coiffure caractéristique des nourrices de l’époque) qui emporte un très jeune enfant. La titulature (panneau protocolaire, voir illustration) qui l’accompagne montre, sans le moindre doute possible, qu’il s’agit d’un enfant royal, dont le nom comporte l’élément Tout- et le déterminatif (le signe à la fin du nom des individus dans l’écriture hiéroglyphique) est clairement masculin ; elle se termine en outre par la précision « enfanté par » Néfertiti. Dans ce contexte, la parenté de Toutankhamon ne fait pas de doute (d’autant que le calcul de l’année de sa naissance correspond à quelque temps avant le décès de Méketaton).

D’un point de vue égyptologique, Néfertiti est donc la mère de Toutankhamon. L’étude de paléogénétique sur les momies suspectées faire partie de la famille de Toutankhamon révèle par ailleurs que la momie KV35 YL (young lady) est génétiquement la mère de Toutankhamon. L’équation est donc facile à établir : le cadavre de Néfertiti n’est autre que la momie KV35 YL.

Alors, certes, quelques collègues prétendent encore chercher la sépulture de la reine, mais je pense que l’entreprise est totalement vaine car si on a sa momie, comment expliquer que sa tombe serait encore à découvrir ? »

au pays d’Arabelle

Arabelle Meirlaen est l’une des quatre cheffes étoilées en Belgique (1). C’est à Marchin, dans son restaurant éponyme, qu’elle cultive élégance et harmonie à travers une cuisine naturelle et intuitive. S’y rendre, c’est entreprendre un voyage aux pays des sens.


Rencontrer Arabelle Meirlaen est un moment particulier. Comme une évasion de nos racines vers l’universel qui touche au voyage pluriel où la philosophie le dispute à l’art culinaire. Un voyage aux pays des saveurs d’une nature trop souvent dénaturée dans nos sociétés aseptisées. Un voyage au pays de l’harmonie entre l’humain, le corps et ce que cette nature lui offre si généreusement. Un voyage sensoriel qui touche à l’intemporel !

Ce voyage prend sa source dans les saveurs de la région natale d’Arabelle Meirlaen, la région hutoise, pour s’envoler et s’enrichir des condiments du monde que la cheffe cultive dans ce « jardin extraordinaire » qui jouxte son restaurant et qu’elle présente dans des plats qui lui ressemblent, goûteux, joyeux, sensuels, personnels et surprenants, tel ce « carpaccio surprise de ton sur ton » composé à partir de tranches de… pastèque ! Des plats qui sont le fruit tant de son intuition que d’une philosophie et d’une recherche permanente. « Pour Hippocrate, chaque aliment peut être votre médicament », explique la cheffe. Arabelle Meirlaen ne prétend cependant pas pratiquer quelque médecine que ce soit. Elle applique ce propos à une cuisine très personnelle dite intuitive, sa « marque de fabrique ».

Des condiments du monde que la cheffe cultive dans ce « jardin extraordinaire » qui jouxte son restaurant et qu’elle présente dans des plats qui lui ressemblent, goûteux, joyeux, sensuels, personnels et surprenants.


De l’art floral à l’art culinaire

Un voyage absolu, disions-nous, dont le point de départ est la ferme familiale. Arabelle Meirlaen est la « petite dernière » de la famille. Trois frères, une sœur, un papa agriculteur et inventeur de machines adaptées à son métier, et une Arabelle ancrée dans son terroir et curieuse de tout. « J’ai travaillé dans la décoration, dans le stylisme, l’art floral ; j’ai tâté de la musique aussi… » Jusqu’au déclic qui survient quand sa maman énonce cette vérité : « Tout le monde aura toujours besoin de manger ! »

Arabelle ira donc à l’école d’hôtellerie, passera par les loges du Standard, par le Val-Saint-Lambert, puis reprendra le restaurant « Li Cwerneu », à Huy. Elle rencontrera son mari, Pierre Thirifays, électromécanicien de son état, qui s’investira à ses côtés et deviendra, plus tard, meilleur sommelier de Belgique ! Ici, l’excellence est de rigueur, comme la complémentarité. Mais attention : la cheffe est une femme ! « La cuisine est une affaire de femmes, non ? L’homme est le chasseur qui rapporte la nourriture, tandis que la femme prépare et construit, sourit-elle. Je n’en fais pas un combat, il faut un équilibre entre les deux ! »

Au fil des saisons

Cette même notion d’équilibre et d’harmonie est aussi la signature d’Arabelle Meirlaen. « Ma cuisine se veut en harmonie entre les saisons et les besoins du corps. En automne, par exemple, on pourra aller vers des saveurs ou des ingrédients plus piquants ; en hiver, on ira vers des plats qui vont permettre de drainer les reins ; au printemps, un peu d’acidité sera bonne pour la rate et le pancréas ; la chlorophylle facilitera aussi la digestion ».

Adepte farouche du vrai produit local et d’une cuisine reliée tant au corps qu’à la terre, notre interlocutrice ne veut pas pour autant d’étiquette figée : « Le corps a besoin de tous les nutriments, y compris les protéines animales, et j’entends présenter des plats qui puissent donner du plaisir à tout le monde. » Car la finalité réelle est là : « Chaque plat, chaque bouchée doit d’abord et avant tout donner du plaisir. Et un plat me paraît abouti lorsque j’ai ressenti ce plaisir après l’avoir goûté. La cuisine, la gastronomie, c’est aussi sensuel et sensoriel ! »

Etoilé, coté « 18/20 » au Gault & Millau, le restaurant « Arabelle Meirlaen » a également été labellisé « Best Vegetables Restaurant » en 2019.


Une cuisine ayurvédique

Les techniques culinaires utilisées par Arabelle Meirlaen sont toutes marquées par le respect du produit. A cet égard, rien de tel que les techniques ancestrales trop souvent oubliées ou négligées, comme la fermentation qu’on retrouvera dans ce « chou rouge fermenté, feuilles de sakura et sésame grillé ». « Ce type de conservation et de traitement des produits qui était pratiqué par nos aïeux permet de préserver, sinon d’accentuer, les saveurs d’un aliment. Personnellement, j’en tire l’essence et le mets en relation avec l’effet bénéfique qu’il peut produire sur le corps. »

Cela donne une cuisine ayurvédique, du nom de cette science indienne proche du yoga, dont la cheffe se nourrit régulièrement en se rendant en Inde, parfois en compagnie du médecin franco-indien Nathalie Babouraj.

Une 2e étoile ?

Etoilé, coté « 18/20 » au Gault & Millau, le restaurant « Arabelle Meirlaen » a également été labellisé « Best Vegetables Restaurant » en 2019 (il s’est classé à la 8e place en Europe). Une large reconnaissance qui ne semble pas mettre trop de pression sur la cheffe : « Cela fait plaisir car cela signifie que les plats que je propose et qui sont dus à mon côté intuitif rencontrent l’adhésion tant de mes pairs que du public. Pour autant, je ne sacrifierai pas ma manière de travailler au désir d’une deuxième étoile. Si elle vient, ce sera bien, mais ce ne sera pas suite à un changement de cap de ma part ! »

Et c’est très bien ainsi puisque la maison d’Arabelle affiche complet toute l’année. Sa carte changeant chaque mois, elle sera peut-être enrichie au printemps des nouvelles saveurs intemporelles et sensorielles que la cheffe a ramenées d’Inde où elle a passé trois semaines en début d’année. Afin de se ressourcer, mais aussi de mettre ses sens en éveil.

C’est certain, le voyage d’Arabelle Meirlaen au pays de l’universel est loin d’être terminé. Pour le plus grand plaisir de nos yeux, de nos sens et de nos papilles.

Arabelle Meirlaen
Chemin de Bertrandfontaine 7
B-4570 Marchin
+32 (0) 85 25 55 55
[email protected]
www.arabelle.be

(1) Les autres cheffes étoilées en Belgique : Stéphanie Thunus (Au Gré du Vent, Seneffe), Ricarda Grommes (Quadras, Saint-Vith) et Lydia Glacé (Les Gourmands, Quévy).

 

bidouilleur d’images et de sons

Plusieurs fois récompensé et souvent épinglé par les medias pour sa prédisposition originale à nous bousculer, Ronald Dagonnier, artiste numérique, se reconnaît difficilement saisissable. Tentative d’accroche.

 

Ronald Dagonnier Crédit photographique Dominique Houcmant

Né en 1967 à Messancy, dans la province de Luxembourg, Ronald Dagonnier étudie la photographie et la vidéographie à Liège avant d’entrer à l’Institut Supérieur des Arts (INSAS), à Bruxelles. Les études l’ennuient, un paradoxe, reconnaît-il, alors qu’il est lui-même aujourd’hui enseignant à l’Ecole Supérieur des Arts de la Ville de Liège (ESAVL), en vidéographie et arts numériques. Son déplaisir de jeunesse, le goût fade d’une formation trop éthérée, pas question de les infliger à ses étudiants. « J’essaye de nourrir  mes cours pour qu’ils soient à la fois théoriques et pratiques et je joue des exemples. Un professeur, quelle que soit sa discipline, devrait être un exemple. Montrer que l’art n’est pas une chose abstraite, qu’il y a moyen d’exposer, de faire des performances, que les réalisations sont possibles, que l’art n’est pas un champ dans lequel il n’y a pas de futur ».

Là, Dagonnier a bien fait les choses. Un rapide coup d’œil sur sa muséographie et c’est le vertige ! Depuis 1999, pour se fixer une référence non aléatoire, c’est-à-dire correspondante à ses premières expérimentations numériques, Dagonnier n’a pas cessé d’exercer et de déployer son art : expositions personnelles et collectives, travaux vidéographiques et numériques, installations multimedia et nous passons sous silence ce qui est rangé sous la rubrique « Divers ». Une longue, longue liste muséographique. À 53 ans, Dagonnier a tenu sa promesse : bidouilleur d’images et de sons, il est un exemple reconnu, peut-être même un mentor pour une génération née connectée.

L’art des possibles
À n’en pas douter, l’intention première des œuvres de Dagonnier est artistique. Cela ne diminue en rien l’intention seconde, c’est-à-dire le concept ou l’idée qui sous-tend son travail. Un projet achevé, l’artiste le lâche dans la nature et abandonne à son public la responsabilité de l’interprétation de ses œuvres. « Je questionne mon public et je lui donne de petites clés de lecture pour que la communication s’établisse mais la fin reste ouverte ».Pas de sésame pour un déverrouillage automatique des portes si ce n’est votre trousseau d’émotions. Et d’avancer une comparaison cinématographique pour expliciter sa pensée : « Prenez un film de David Lynch. Après le visionnage, vous êtes dans une espèce d’expectative curieuse avec des sensations diverses. Je préfère de loin un art qui interroge et n’apporte pas de réponse, un art qui crée une interaction entre deux cerveaux, le mien et le vôtre, de manière à ouvrir le champ des interprétations », conclut-il.

Une démarche que Dagonnier refuserait certainement de qualifier de philosophique, encore moins de politique, tant il paraît détester toute tentative d’enfermement dans un costume trop cintré. Respire, Ronald !... « Mon enseignement est comme mes œuvres : une invitation à sortir des chemins balisés, à penser la complexité du monde par des images, des sons, des objets, qu’importe la manière, du moment que mes étudiants aient un point de vue et le communique ». Et, au passage, l’occasion est trop belle d’égratigner le modèle démodé des académies construites sur un processus de catégorisation rigoriste, alors que l’art contemporain « n’est plus du tout là-dedans, les artistes s’expriment de multiples façons ».

« Je travaille pour étonner le spectateur quand il découvre une pièce. Je ne suis pas un cas unique, vous rencontrerez une même démarche chez beaucoup d’artistes contemporains. »

 

L’humain creuse son trou

Vous voulez des émotions ? Vous allez être servis ! Dans l’installation Maelstrom(film numérique de 4min 40) (photos), Ronald Dagonnier nous abandonne pantois face à une masse liquide qui s’agite, bouillonne, écume, rugit, se teinte de bleu doré, vire au rouge mercurochrome avant de se creuser en une espèce de gouffre noir et menaçant. À moins qu’il s’agisse de l’œil du cyclone, le calme avant la tempête ? Ou une référence au tohu-bohu de la Genèse ? Ou une illustration  de la montée du niveau des océans ? Ou le néant de nos vies quotidiennes ? Qui sait au juste... Ronald Dagonnier le sait-il lui-même ? « Ce travail est parti d’une réflexion sur la mise en abîme. Et puis, il y a eu un cheminement complexe avec des idées évolutives, il faudrait que je m’analyse moi-même pour vous expliquer comment j’en suis arrivé là ! » La réponse n’a finalement aucune importance puisque seule la question compte.

Exposé en novembre dernier aux 54e Fêtes de la Saint-Martin de Tourinnes-la-Grosse, ainsi qu’à la Space Collection de Liège avec son installation sonore Maelstrom, Dagonnier y est présenté comme « un artiste engagé qui porte un regard critique sur les monstres sacrés de notre société et sur les dérives d’un système économique qui ignore l’Humanité ». L’affichette ajoute : « Projections lumineuses, impressions 3D, hologrammes, il explore les vanités de notre histoire ». Comprenez la vacuité des passions et des activités humaines qu’il met savamment et avec une pointe d’irrévérence en scène, surtout quand elle le scandalise.

Le monde pour terrain de jeux
Croyances, religion, politique, conflits, écologie, dérives de tout bord, il y a de la matière à travailler. Même la question du statut des œuvres d’art, de l’art tout court, fait partie de ses sujets de prédilection. Et Dagonnier est verni d’être dans un millénaire où l’avancée des technologies numériques lui donne un énorme pouvoir de fiction pour rendre compte du réel, une facilité d’exécution et la possibilité de réaliser, pour chacun de ses projets, de nouvelles expérimentations. « Je suis passé de la vidéo à l’art numérique et de l’art numérique à l’interactivité. Parfois, je rebrousse chemin et je reviens à la vidéo. Peut-être qu’un jour, je passerai au dessin ! », s’amuse t-il.

S’amuser ? Le jeu, ah ! oui, Dagonnier connaît. Son installation multimedia, Play it again Marcel (photos),a fait sensation, en 2005, lors de son montage à la Biennale de Venise (Festival Off). Une partie d’échecs virtuelle dans laquelle des figures politiques de carrure internationale (et déjà excellents démagogues) assènent des vérités formatées à un Marcel Duchamp pensif. Sur le plateau, comme pris au piège des discours, les visiteurs des pavillons de la Biennale.

Re-sacraliser l’image
Plus singulier encore. En 1999, avec l’exposition La faim de l’image (photos), Ronald Dagonnier exprime son trop-plein d’images. N’est-ce pas se tirer une balle dans le pied que de dénoncer l’overdose d’images quotidiennes pour un artiste qui en produit ? « Non, pas du tout ! Pour La faim de l’image, j’avais sélectionné 1.024 images en provenance de vidéos que j’avais tournées en voyageant et qu’une série de moniteurs faisait tourner en 40 secondes ». De quoi se sentir écœuré effectivement. « L’idée était, et est encore, de démontrer qu’il est impossible de voir les images car leur flux est devenu fou. Pensez que nous en sommes, je crois, à 3.000 vidéos téléchargées sur « You Tube » par seconde ! C’est pareil pour Instagram. Ces images du quotidien n’ont pas de sens. Il faut re-sacraliser l’image ». 

« Une installation numérique, c’est une espèce de non-objet. Du fait de la courte durée de vie de ses composants, le numérique bouleverse l’objet d’art en tant que valeur marchande. L’art a-t-il besoin de se vendre pour exister ?»


www.ronalddagonnier.be

le « château des femmes »

Demeure centenaire, le château de Balmoral se cache sur la colline de Jalhay, aux portes de Spa. Ouvert à la location, ce gîte original accueille les activités les plus diverses depuis sa rénovation en 2012, mais c’est aussi un lieu chargé d’histoire qui a été transmis au fil des générations, de femme en femme.

 

De forme plutôt cubique, construite de pierres et de briques et dotée de plusieurs tourelles, la demeure se cache au bout d’un petit chemin étroit donnant sur la principale artère du quartier Balmoral, mais sa terrasse arrière domine le lac de Warfaaz où la vue est plongeante. Une fois le seuil de la maison franchi, le visiteur est transporté dans un monde hors du temps, entre l’ancien et le moderne, d’humeurs et de cultures, avec une multitude de pièces sur plusieurs étages correspondant chacune à une tranche de vie de ce manoir rebaptisé “château” avec le temps.

Un mélange d’influences médiévales et anglo-normandes rend ce lieu surprenant à l’instar des magnifiques cheminées qui surgissent des toitures à complication. De la tour d’angle, le panorama s’ouvre à 180 degrés.

« La demeure ne doit pas seulement sa particularité à sa situation et son architecture, explique l’actuelle propriétaire Sandrine Derkenne, mais certainement aussi aux personnalités qui l’ont habitée. Ce site avait été choisi par le baron Jean de Crawhez, dont le frère Joseph fut bourgmestre de Spa dans les années 1920. Sa construction débuta en 1912, sous la conduite de l’architecte Charles Castermans et l’entrepreneur Viatour, au sommet d’un terrain abrupt d’une dizaine d’hectares. »

Quelques années plus tard, Diane, la fille du Baron de Crawhez, reçoit la demeure en héritage. Elle épouse, en 1934, le baron Ferdinand-Charles Poswick, mais elle vivra seule au château. C’est la première propriétaire féminine.

Des industriels et des « réfractaires »
En 1965, le château de Balmoral est mis en vente par Diane Poswick-Crawhez qui préférait se rapprocher de ses enfants à Bruxelles. Il est acheté l’année suivante par Eugène Deketelaere, un industriel bruxellois, qui a fait carrière dans les produits réfractaires servant à construire les fours de verrerie, fabriqués principalement en Europe par la société SEPR (Société européenne des produits réfractaires), qui fait aujourd’hui partie du groupe Saint-Gobain.

Dans les années 60-70, il commença à récupérer partout en Europe des blocs réfractaires destinés à la déchetterie. Durant des années, il entassa ces blocs tout autour du château, sur le parking, sur les pelouses, dans les bois, dans les caves, persuadé qu’il parviendrait à mettre au point un procédé permettant de recycler cette matière en la faisant refondre pour la recouler ensuite dans de nouveaux moules (en sable résineux) et, donc, de fabriquer ainsi de nouveaux blocs.

« Fin des années 70, poursuit Sandrine Derkenne, il légua le château à ma grand-mère Lucienne Hendrickxs. Son mari étant parti vivre avec sa maîtresse, ma grand-mère y vivra seule jusqu’à sa mort en 2005, chargeant sa fille Chantal de s’occuper de la demeure et du rangement des blocs réfractaires. Ma mère épousa Jean-Marie Derkenne, un ingénieur civil stavelotain qui, lui, mit enfin au point un système permettant de faire fondre tous ces blocs de Zircone-Alumine-Corindon ! »

Un gîte touristique de prestige
« Mes parents achetèrent un ancien charbonnage à Tertre, dans le Hainaut, pour faire prospérer leur affaire et fondèrent, en 1977, la société Zircor Electrofusion, qui connut la gloire économique dans les années 80-90 et plusieurs prix à l’exportation. Grâce à cette prospérité, de nombreux travaux purent être effectués au château de Balmoral (électricité, toiture, chauffage…). Mon frère cadet et moi sommes nés de leur union, nous avons grandi sur cette terre d’accueil du Borinage. Après son divorce, en 1998, ma mère retourna vivre auprès de ma grand-mère au château dont elle est devenue propriétaire. C’est la troisième propriétaire féminine. »

La suite de l’histoire est plus mouvementée, puisque le père de Sandrine meurt en 2005 dans un accident d’avion. Sa mère part alors dans le Borinage afin de reprendre la société qui périclite à vive allure. Et le château est loué à un entrepreneur spadois qui réaménage la demeure en gîte touristique de prestige.

« J’en ai repris la gestion en 2012, poursuit l’actuelle propriétaire. J’ai créé la société SD Events et entrepris de rénover le bâtiment. J’ai aménagé un appartement au sous-sol où j’ai vécu seule avec ma fille Margaux pendant six ans. En 2014, j’ai remis à neuf le second étage, où logeait le personnel de service à l’époque, pour avoir six chambres de plus. Enfin, j’ai déménagé cette année vers Spa, dans un endroit plus paisible pour nous, de sorte que six chambres supplémentaires modernes ont pu être aménagées en sous-sol ».

Bellavilla

Fêtes et événements
Le château de Balmoral compte aujourd’hui quatre suites avec salles de bain privatives et treize chambres avec cinq salles de bains communes, sans oublier la piscine externe chauffée.

L’endroit peut se louer directement ou via des plateformes d’intermédiaires. Le tarif varie selon la saison, le nombre d’étages loués et selon le type d’événements, soit de 2.000 à 7.000 euros par week-end.

Lieu très prisé pour les mariages, Balmoral a aussi accueilli des séminaires, des réunions familiales ou des groupes d’amis (10 à 34 personnes), des shooting photos, des vide-dressing, des tournages de films, émissions télé et clips vidéo (Suarez, Caballero & Jeanjass, Gladys, Antoine Chance, Delta…), des séances de relooking avec David Jeanmotte, des bals, des fêtes, des afterworks… Les idées ne manquent pas. Tous les éléments sont réunis pour passer un moment inoubliable dans une propriété peu courante, sans compter les balades, les thermes de Spa, le Casino, le circuit automobile, etc.

Prochaine héritière sur la liste, la jeune Margaux sera-t-elle la cinquième propriétaire féminine de Balmoral ? Rendez-vous dans quelques années...

Des « guerriers » au château Si le château de Balmoral, en Ecosse, reçoit régulièrement la visite de son propriétaire (la Reine Elisabeth II) et de sa famille, le château spadois du même nom a vu défiler, quant à lui, quelques hôtes à l’esprit plus belliqueux. Durant la Première Guerre mondiale, le Général Erich Ludendorff, bras droit de von Hindenburg (les célèbres zeppelins) à l’Etat-Major du Kaiser, y séjourna brièvement. En 1918, le domaine fut occupé par le Comte Georg von Hertling, chancelier de l’Empire et ministre-président de Prusse. En 1920, lors de la conférence diplomatique de Spa, on « changea » de camp : le château fut alors mis à disposition de David Lloyd George, premier ministre britannique de l’époque…

 

+32 (0) 478 27 76 00

[email protected]
www.lechateaudebalmoral.be

Une biere au pays de l'eau

En plein cœur de Spa, au pied du funiculaire qui mène aux Thermes, la place Royale est enfin rénovée après trois années de travaux. Sur celle-ci, l’ancien Pavillon des Petits-Jeux abrite désormais une micro-brasserie et un restaurant : la Brasserie des Bobelines.

 

La Bobeline


Dès le XVIIe siècle, la ville de Spa a commencé à vivre de ses thermes alors très fréquentés par celles et ceux que l’on surnommait les Bobelins, ces visiteurs étrangers, aristocrates et bourgeois, qui venaient boire l’eau de source ferrugineuse alors conseillée pour combattre des maladies comme l’anémie. Victor Hugo, Offenbach, Montaigne, Joseph II, Guillaume II, le tsar Pierre le Grand et bien d’autres séjournèrent dans cette station thermale où, disait-on, il était « interdit de s’ennuyer », le divertissement faisant partie de la prescription médicale.  

Le premier casino d’Europe, La Redoute, et le Waux-Hall, qui ouvrirent leurs portes respectivement en 1763 et en 1770, prospérèrent pendant une vingtaine d’années. Après une phase de déclin marquée par la Révolution liégeoise et, notamment, l’interdiction des jeux d’argent, un vaste programme, appuyé par le roi Léopold II, relança la station thermale.

De nouveaux bâtiments furent construits, comme, en 1878, dans le parc de Sept-Heures, la galerie couverte Léopold II. D’une longueur de 130 mètres, elle était dotée à ses extrémités de deux pavillons, celui carré dédié à l’épouse du roi, la reine Marie-Henriette, et celui ovale des Petits Jeux, pavillon qui nous occupe aujourd’hui et où l’on jouait des jeux de hasard « raisonnés », c’est-à-dire des jeux réputés inoffensifs tels que billard, backgammon, jeu de dames, échecs, etc.

Dans les années 1930 à ’50, le pavillon devint dans une espèce de luna-park et connut diverses affectations avant de devenir le siège de l’Office du Tourisme spadois. Classé en 1982, le bâtiment a été restauré à grands frais par la Ville et la Région wallonne mais restait vide depuis 2012. La Ville lança alors un appel à projets pour faire revivre ce magnifique bâtiment.

Après quelques péripéties, l’appel fut remporté par Didier Dumalin et son associée Carole Menga, et c’est ainsi que la Brasserie des Bobelines ouvrit ses portes en juin dernier. « Ce projet est intimement lié à mon histoire, explique le premier. Je suis originaire de Liège et mes parents sont venus de 1962 à 1992 en vacances à quelques kilomètres de Spa. J’ai appris à marcher et à faire du vélo dans cette ville, c’est devenu ma commune de cœur et j’y habite depuis 1993. »

La bière de Spa depuis 1991
Avant d’aller plus loin, faisons quelques pas en arrière. C’est la découverte de « La Vielsalm » dans un magasin de bières spéciales de Liège en 1991 qui donna l’idée à Didier Dumalin de créer une bière à Spa. Comme il travaillait dans le domaine du transport de personnes et ne disposait pas d’installations lui permettant de réaliser son projet, il fit réaliser sa Bobeline à Melle, près de Gand, à la brasserie Huyghe, célèbre pour sa Delirium Tremens.

Les débuts sont lents, mais la bière s’exporte plutôt bien. En 2006, une bière brune vient renforcer la marque et les ventes font un bond. En 2017, la sprl Bobeline & Cie émet l’idée de lancer une micro-brasserie-restaurant. L’objectif est d’enfin brasser la Bobeline à Spa, directement dans le Pavillon, de permettre au public de découvrir le travail du brassage, d’organiser des événements, mais aussi de développer une salle de restaurant.

Pour mener à bien son projet, Bobeline & Cie passe en société anonyme et s’entoure de nouveaux partenaires : Alain Felgenhauer et la société Expendo, spécialisée dans l’accompagnement de chefs d’entreprise PME et TPE, Noshaq (ex-Meusinvest) comme partenaire financier, et Belfius pour le financement du matériel de production.

La gestion de la micro-brasserie est, quant à elle, assurée par Bruno De Ghorain, maître-brasseur de la Brasserie La Binchoise (voir WAW n°45, été 2019) qui sera partenaire opérationnel pendant deux ans. C’est lui qui réalise les premiers brassins et formera le premier brasseur qui sera engagé en 2020 à Spa.

La Bobeline

A table
Côté gastronomie, le Bobelin est un fromage fermier au lait cru de vache, à pâte mi-cuite, affiné à la Bobeline Black et présenté en meule de 8 à 12 kg. A déguster à l’apéro, en repas, en fondue ou avant le dessert. Au restaurant, inauguré officiellement fin septembre, une dizaine de plats à la bière sont élaborés à l’aide des diverses Bobelines. Géré par le traiteur Les Cours (Joël Rademaker) et pouvant accueillir 70 personnes, l’établissement démarre très bien. A tel point qu’une équipe d’étudiants vient renforcer le service en pleine saison ou lors d’événements.

« Je ne suis pas trop surpris du succès, car il y avait une énorme attente des Spadois et des touristes, se réjouit Didier Dumalin. L’emplacement est idéal et la terrasse est ensoleillée la majeure partie de la journée. Nous organisons également divers événements (théâtre, concerts,…) et nous accueillons des groupes pour des séminaires avec 100 places assises à l’étage. » A terme, l’intention du promoteur est de créer 8 à 9 emplois. On y sera vite !

La Bobeline

La gamme Bobeline
Les anciennes recettes des trois premières bières ont été adaptées par La Binchoise et la gamme s’agrandit progressivement. La capacité de la micro-brasserie est de 2.000 hectolitres par an, sept brassins de 10hl ont déjà été réalisés sur place où la production est également vendue.
La Bobeline Triple
est la toute première bière de Didier Dumalin. Brassée à partir de malt d’orge blond, elle offre de belles notes fruitées et une légère amertume. Elle titre à 5,5° et se laisse boire très facilement.
Stout léger et agréablement épicé, la Bobeline Black est une nouvelle version de la brune lancée en 2006. A base de malt torréfié, c’est une bière de haute fermentation, refermentée en bouteille, aux saveurs légèrement caramélisées avec une pointe de cacao et de réglisse. Plus corsée que la blonde, elle titre à 8°.
Une troisième bière est commercialisée depuis 2009. Il s’agit d’une bière blanche à la fraise à base de froment agrémenté d’un mélange de jus et d’arôme naturel de fraise. Très légère et peu sucrée, la Bobeline Fraise titre à 3,6° et est parfaite à l’apéritif.
Enfin, la Bobeline Ambrée (7°) est l’une des nouveautés apportées par Bruno De Ghorain. Brassée à partir de malt d’orge cuit complété par un houblonnage à cru, elle est plus épicée que les autres, avec la fraîcheur du malt biscuité et rehaussée par des notes de réglisse et d’anis étoilé.
Ces bières sont actuellement disponibles en fûts pour les cafés et restaurants, ainsi qu’en bouteilles de 33cl que l’on retrouve un peu partout en Belgique, mais aussi à Taiwan, en Chine ou au Japon. Des bouteilles de 75cl vont bientôt apparaître sur les rayons des supermarchés. 

 

La Brasserie des Bobelines

Place Royale

B-4900 Spa

+32 (0) 87 70 88 37 ou +32 (0) 479 33 13 00

www.bobeline.be

L’ÉCO-RESPONSABILITÉ AU COEUR DU FESTIVAL

Impact Diffusion est l’agence qui organise les Francofolies de Spa. Tri des déchets, gobelets réutilisables, toilettes sèches, taxe carbone… Située dans le Parc naturel des Hautes Fagnes-Eifel, la société a ancré le respect de la nature dans ses valeurs.

 

Impact Diffusion est principalement une agence d’événementiel et de communication, les deux branches principales
de cette société anonyme qui existe depuis 30 ans. Evénements d’entreprise, culturels, de loisirs, touristiques, sportifs aussi (avec Francorchamps, notamment) d’un côté, activités de communication de l’autre, Impact Diffusion fonctionne avec une quinzaine de permanents et des dizaines de
personnes collaborent sur les différents projets.  Parmi ceux-ci, les Francofolies de Spa, l’événement qui a fait connaître l’agence et qu’elle organise depuis 25 ans. « Pendant 10 ans, nous nous sommes également occupés des Fêtes de Wallonie à Liège, du Printemps du Jazz à Stavelot, Spa, Malmedy et Vielsalm , explique Jean Steffens, son directeur. Nous sommes aussi à la base du Brussels Summer Festival… »

Une région adorée mais en danger

Jean Steffens est à Malmedy depuis toujours. C’est un enfant du pays. « C’est existentiel ! », nous souffle-t-il. Le matin, il ouvre la fenêtre de son bureau sur une vue dont il ne se lasse pas : la forêt. Des quatre côtés du QG de l’agence, c’est un même panorama sur des arbres, un ciel dégagé. « Mes associés sont d’ici. Nous sommes partagés entre Malmedy et Spa. Nous avons en commun cette envie de sortir des grandes villes. Nous cherchons l’air pur, l’eau limpide… c’est beau, simple et spontané. Nos amis habitent la région également. Et ma mère vit au milieu d’un parc, à 500 mètres d’ici. » Avec les Hautes Fagnes comme écrin : « Les Cascades de Coo, le Parc naturel, tout ça est au coeur de cette région tellement belle et sympa. C’est tous les jours les vacances ! Le Parc naturel des Hautes Fagnes-Eifel est un bijou à l’échelle européenne en matière de protection de la nature. C’est un atout pour la région qu’il convient de préserver. Car, tôt ou tard, il pourrait disparaître et toute la région s’effriter et ce serait catastrophique. On ne compte plus qu’une vingtaine de jours de neige annuellement alors qu’on en avait cinquante auparavant. Il y a de plus en plus de sécheresses et donc d’incendies dans les Fagnes. On voit concrètement les effets du réchauffement climatique. À Francorchamps, les épicéas sont touchés par des pluies acides qui viennent du bassin de la Ruhr. »


Un festival éco-responsable certifié par l’ULg

Le rapport à l’environnement fait forcément partie des valeurs de base de Jean Steffens et de son équipe. « Pour les Francos, comme pour la plupart de nos projets, nous sommes dans une région protégée, totalement ancrée dans la nature. Nous ne pouvons ignorer cela. Nous n’allons pas scier
la branche de l’arbre qui est en train de se développer. Nous menons une série de réflexions, à notre échelle, afin de protéger ce beau bijou. Nous faisons attention aux déchets et nous traitons les déchets plastiques. Depuis plusieurs années, nous avons opté pour des gobelets réutilisables. Nous pratiquons le tri : chaque année, des dizaines de tonnes partent en tri sélectif grâce à nos partenaires, bénévoles et techniciens. Nous choisissons
un papier spécifique pour nos supports de communications… » Les transports en commun sont un autre cheval de bataille : « Je crois que nous sommes des exemples en la matière. Chaque année, 65 à 70 000 personnes sont transportées avec le TEC. Et la SCNB est un soutien également. » Au sein du festival, il y a aussi une attention portée aux produits de nettoyage : « Nous nettoyons avec des produits naturels, pour l’entretien des toilettes sèches, notamment. Pour le mobilier, nous faisons attention aux pays de provenance. Pour d’autres produits, comme le café, nous nous fournissons via le commerce équitable. Mais de manière générale, nous travaillons avec des producteurs locaux. »


Et demain ?

Si vous êtes sceptique, Jean Steffens peut sortir l’évaluation annuelle réalisée par l’Université de Liège (ULg) qui lui a remis le Label Green & Responsible Event. « L’ULg va tout mesurer et calculer l’empreinte de notre festival. Pour la réduire, nous prélevons déjà une taxe carbone sur
le prix d’entrée. Cela nous a permis de faire planter 100 000 arbres à Madagascar. Un projet de poêles à pellets comme chauffage central pour les écoles de la région est en cours également. L’argent récolté sert donc concrètement. Tout est contrôlé à travers des bilans et des analyses. »
Comment aller plus loin ? Jean Steffens évoque les mesures fiscales qui pourraient être prises pour avantager ceux qui font des efforts et pénaliser ceux qui polluent. « Nous avons besoin de décisions au niveau européen. Les festivaliers y sont de plus en plus sensibles. En attendant,
nous, nous allons continuer. »

"Grâce à la taxe carbone prélevée sur le prix d’entrée du festival, 100 000 arbres ont pu être plantés à Madagascar. '

 

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Les Francofolies

L’an dernier, les Francofolies de Spa ont entamé une petite révolution en rassemblant artistes et festivaliers en un seul lieu. Un pari gagnant qui a relancé le festival. Cet été, la 26e édition sera notamment marquée par l’étoile filante Angèle et le grand retour de Dionysos.

 

« En 2018, nous étions à la croisée des chemins. Il nous fallait nous réinventer. Il y avait deux festivals dans le festival et c’était un problème car les publics ne se rencontraient pas. Maintenant, tout le monde a la possibilité de voir l’entièreté de la programmation, ce qui est très important pour nous. Pour 2019, on continue dans cette voie », résume Charles Gardier, le co-directeur et programmateur des Francos. Grâce à ce nouveau dispositif scénique, les Francos ont réussi à renforcer leur dynamique intergénérationnelle et mixte : « C’est quelque chose d’assez génial à Spa, on a un public de différentes générations, très inclusif, avec pas mal de personnes à mobilité réduite, beaucoup de jeunes qui viennent pour l’aspect plus urbain et électro. Et toujours avec ce dénominateur commun : la volonté de découvrir. Car, à Spa, on voit les têtes d’affiches de demain de la Fédération Wallonie- Bruxelles », se vante Charles Gardier, rappelant qu’Angèle et Roméo Elvis ont fait leurs premiers pas sur la scène des Francos, comme presque tous les groupes belges. « Ce qui est important pour nous, c’est de continuer à être précurseur dans les domaines qui nous sont chers. Nous avons été les premiers à lancer un programme pour les petits, à inclure de la musique électro dans un festival généraliste ou à développer un aspect écolo. Le festival est 100 % compensé carbone avec 10 000 arbres plantés à Madagascar. » Rester novateur et créatif sur les propositions artistiques également : « La programmation est faite de coup de coeurs et j’en ai eu un paquet cette année… » Citons pêle-mêle : le grand retour de Dionysos : « Ils ont choisi Spa, c’est fort ! » ; Orelsan : « On a une histoire avec cet artiste, quand d’autres n’étaient pas sûr de l’accueillir, nous lui avons ouvert les bras » ; Angèle : « C’est une famille. Marka, son papa, est sans doute l’artiste que l’on a le plus accueilli à Spa. Elle a fait ses premiers pas ici, aux côtés de ses parents et de son frère . Et elle a un talent incroyable ! »

Francofolies de Spa

du 18 au 21 juillet 2019

www.francofolies.be

LES AUTRES RENDEZ-VOUS

Les Ardentes
Du 4 au 7 juillet à Liège
Dour Festival
Du 10 au 14 juillet
Lasemo
Du 12 au 14 juillet à Enghien
Festival Esperanzah
Du 2 au 4 août à Floreffe
Le Gaume Jazz Festival
Du 8 au 10 août à Tintigny
La Fête des Solidarités
Du 23 au 25 août à Namur
Scène sur Sambre
Du 30 août au 1er septembre à Thuin
Meaksuma
Du 6 au 8 septembre à Eupen

 

 

Eloy Water

 Actif dans le génie civil et la construction depuis 1965, le groupe liégeois Eloy s’est doté depuis 2009 d’une seconde division, Eloy Water, qui propose de nombreuses solutions d’assainissement des eaux usées. Visite.

 

Située à Sprimont, au sud de Liège, l’entreprise Eloy est en pleine expansion depuis sa fondation en 1965. Elle se compose aujourd’hui de deux branches principales dirigées par les petits-fils du fondateur : le Pôle Construction, géré par David Eloy et son cousin Pierre-Etienne, et la branche “Water” créée en 2009 et dirigée par Olivier Eloy. 

Visible depuis l’autoroute, le grand bâtiment blanc frappé du logo d’Eloy n’est que la partie apparente de l’iceberg. L’implantation comporte en effet plusieurs hangars où sont fabriqués et assemblés les matériaux utilisés par Eloy. Près de 400 personnes y travaillent, dont 280 pour la construction et le terrassement et 110 dans la division Eloy Water.

« La société a été créée dans les années 1960, explique Sergio Napolitano en charge du département Marketing-Communication pour Eloy Water, et elle tire sa réussite d’avoir pu mettre en place une usine permettant de rassembler toutes les étapes de la chaîne et de tout maîtriser. Nous achetons les matériaux de base, pour fabriquer et assembler l’ensemble de nos produits afin d’en assurer la meilleure qualité. Nous avons par exemple monté en 2010 notre propre centrale à béton pour fabriquer, notamment, nos différents produits destinés à l’assainissement des eaux usées ou à la récupération des eaux de pluie. »

Deux produits de pointe

Selon la législation wallonne, « toute habitation située en zone d’assainissement autonome doit être équipée d’un système d’épuration » mais ceux qui vivent dans les villages le savent : le réseau d’égouttage n’est pas généralisé sur le territoire régional. Les foyers, tout comme les entreprises, doivent dès lors organiser eux-mêmes la collecte et l’épuration individuelle des eaux usées avant rejet afin qu’elles soient acceptées par la nature.

Eloy Water est l’un des leaders dans ce secteur et est reconnu aujourd’hui mondialement pour la qualité supérieure et sans compromis de ses installations. Les micro-stations Oxyfix® et les filtres compacts X-Perco® sont ses deux produits de pointe. Ces deux modèles sont dotés de plusieurs compartiments pour épurer les eaux et tous deux sont en béton autocompactants fibrés. Ils diffèrent par le système d’épuration. Oxyfix® est doté de billes en plastique de 7 à 8 cm de diamètre environ, constituées d’alvéoles permettant aux bactéries présentes dans les eaux usées de les coloniser afin de se reproduire et d’accélérer le processus d’épuration. Dans le second modèle X-Perco®, les eaux usées passent à travers un épais matelas de Xylit. Vieux de plusieurs millions d’années et composé de fibres naturelles de bois, le Xylit a un double rôle : il filtre les déchets comme un tamis mais permet également la colonisation par les bactéries afin de digérer la pollution. Il est 100% naturel et entièrement compostable après douze ou treize ans de mise en service. 

Préfabrication à Sprimont

Si le groupe a des agences de représentation dans plusieurs pays, tout est fabriqué et assemblé sur le site de Sprimont : cuves en béton, citernes à eau de pluie, billes, etc. « Pour l’assainissement des plus grosses sociétés, nos concurrents coulent le béton sur place, poursuit Sergio Napolitano. Nous avons choisi de tout préfabriquer ici, à Sprimont, afin de maîtriser la qualité sans être dépendant des conditions climatiques. Et puis, qui peut se permettre d’avoir un trou béant devant son entreprise pendant plusieurs semaines ? Cette préfabrication en usine permet une qualité inégalée des cuves et surtout une mise en service très rapide sur place afin de réduire les coûts de chantier. Nous allons même plus loin car nous avons une équipe qui gère l’entretien de plus de 3.000 stations en Belgique. Cela permet de nous assurer de la qualité de l’épuration même après installation. »

Plus de 45.000 stations exportées !

Le fait que la micro-station soit livrée entièrement montée et pré-équipée n’empêche pas Eloy Water d’exporter près de 70% de sa production, soit plus de 45.000 stations d’épuration. La France est en tête du marché (plus de 30.000 foyers), mais on retrouve également les stations wallonnes au Rwanda, en Suède, au Mexique ou même en Nouvelle-Zélande. « Nous nous développons surtout dans les pays où la législation sur l’eau est très forte. Nous nous démarquons également de nos concurrents en tâchant de satisfaire aux labels les plus contraignants. En France, par exemple, c’est nous qui avons le plus grand nombre de certifications. Et la qualité de notre béton est notre meilleur atout. »

Un esprit familial

Eloy est une entreprise qui attire les jeunes, la quasi totalité des ouvriers et employés est originaire des villages voisins à moins de 10 ou 15 kilomètres. Composé d’ingénieurs, de biologistes, de chimistes et d’automaticiens, le bureau d’études d’Eloy Water développe des gammes de produits complètes et adaptées aux spécificités de chaque marché et la créativité ou la motivation sont évidemment des qualités importantes. Lorsque l’on parcourt les hangars et les bureaux d’Eloy, on est agréablement frappé par l’ambiance générale de travail et le dynamisme qui s’en dégage naturellement. À la réception, un moniteur vidéo annonce les anniversaires du jour, chacun se salue avec chaleur et le patron connaît, paraît-il, le prénom de ses ouvriers et employés. Et si c’était aussi l’une des raisons du succès d’Eloy Water ?

 

Eloy Water

+32 (0)4 382 44 00

www.eloywater.be

[email protected]

 

Prime wallonne à l’épuration

Si la législation wallonne impose à toute habitation existante d’être équipée d’un système d’épuration individuelle, la Région a aussi prévu une prime pour cet équipement, du moins pour les habitations érigées « avant la date d’approbation ou de modification du plan communal général d’égouttage ou du plan d’assainissement du sous-bassin hydrographique qui les a classées ». Le montant de cette prime varie entre 2.500 et 5.000 euros selon différents régimes et selon que la démarche d’installation est volontaire ou imposée. Plus d’infos sur le site : environnement.wallonie.be (onglet « Eau »).

 

Mitral Technologies

Sur le site du Val Benoît, Mitral Technologies vient de souffler sa première bougie. L’entreprise, qui effectue des recherches sur une valve cardiaque – la valve mitrale – a choisi Liège pour développer une nouvelle technologie unique au monde. Et tout semble baigner…

 

L’aventure de cette start-up spécialisée en technologies médicales a commencé en décembre 2017 avec une levée de fonds de plus de 3,2 millions d’euros. Alors que les tests du futur dispositif  pourront commencer d’ici quelques mois, rencontre avec Jean-Paul Rasschaert, le serial entrepreneur qui, avec Mitral, fait son grand retour en terres wallonnes, après plus de vingt ans de success stories américaines.

« Nous sommes très bien installés au Val Benoît. Mes start-ups n’ont jamais été dans un site architectural aussi beau, lâche d’emblée le créateur de Mitral Technologies, qui semble surpris de n’avoir rencontré aucun problème jusqu’à présent. Après un an, les choses se passent très bien. Aucun retard, ni coût revu à la hausse… Dans une start-up, on sait où l’on va, mais on ne sait pas comment y arriver, nous sommes des défricheurs. Ici, notre procédure se déroule parfaitement. Ce n’est pas forcément grâce à moi, mais nous avons dépensé moins que prévu et nous sommes dans les temps. »

« Défricheurs », c’est peu dire. Mitral Technologies, comme son nom l’indique, effectue des recherches sur la valve mitrale, située dans le cœur. « Dans le monde, on doit être maximum 200 chercheurs dont trois en Belgique : deux de mes collaborateurs et moi ! »Ces recherches devraient aboutir à la mise sur le marché d’un nouveau dispositif médical destiné au traitement de la régurgitation mitrale par voie minimale invasive. « Nous inventons quelque chose qui peut aider potentiellement deux millions de personnes », explique Jean-Paul Rasschaert. En effet, dans le monde, quatre millions de patients souffrent de régurgitation de la valve mitrale. Deux millions d’entre eux peuvent être opérés par remplacement de la valve. Mais les deux autres millions ne sont pas « opérables » à cause de l’invasivité de l’opération chirurgicale « et ces gens-là ont des conditions de survie misérables. On ne peut rien pour eux actuellement. C’est à ces malades que l’on s’adresse ».

Med Tech : un secteur de bricoleurs 

Quatre personnes composent actuellement l’équipe située sur le site du Val Benoît. Ce sont des « bricoleurs », comme les décrit le patron. « Nous sommes à la fois des chercheurs et des faiseurs. C’est ce qui distingue les start-ups Med Tech des Bio Tech. Notre travail se fait de l’ordinateur à nos outils. Cela va plus vite (5-7 ans), ce qui signifie moins d’argent et des équipes plus réduites par rapport aux Bio Tech. A terme, nous serons une quinzaine pour s’occuper de la Recherche & Développement, de l’écriture des réglementations et des brevets ».

Il y aura des retombées indirectes aussi, même si elles sont difficiles à calculer. « Nous allons, par exemple, travailler avec des équipes de médecins et vétérinaires du CHU de Liège pour les essais et avec la société Sirris qui fait des travaux sur les fils de suture. D’ici 5-6 mois, nous aurons une idée à 85-90% de ce que sera le produit. C’est une étape importante. Après, nous ferons les tests chroniques afin de voir comment l’animal réagit au produit. Puis, nous pourrons passer aux tests précliniques et cliniques (c’est-à-dire sur les humains, ndlr). »

Dans 4 ou 5 ans, la fabrication du produit pourra commencer : « D’ici là, nous sommes, nous devons nous mettre ensemble pour imaginer les solutions, un peu comme l’a fait l’équipage d’Apollo 13 afin de revenir sain et sauf sur la Terre. Un de mes employés vient d’ailleurs du secteur aéronautique. Au final, c’est beaucoup de similarités, au niveau de la difficulté des tests notamment », décrypte l’explorateur en chef.

Entre les Etats-Unis et Liège, le parcours d’un défricheur

Si Jean-Paul Rasschaert sait si bien où il va, c’est parce qu’il n’en est pas à son coup d’essai. Durant ces vingt dernières années, ce Belge qui a acquis la nationalité américaine a lancé neuf start-ups, toutes dans les Med Tech, se concentrant plus particulièrement sur les innovations en cardiologie interventionnelle (c’est-à-dire, la cardiologie complémentaire ou en remplacement de la chirurgie lourde). 

« Je suis parti aux Etats-Unis en 1998. Je travaillais à l’époque pour la société leader mondiale de l’appareillage médical. Je m’occupais de stimulation cardiaque. En 1992, j’ai été approché par un groupe israélo-américain qui m’a proposé de lancer une start-up avec eux. Je ne savais pas alors ce que c’était mais j’ai trouvé ça excitant ! J’ai quitté mon employeur et je ne l’ai jamais regretté. »

Jean-Paul Rasschaert a ainsi acquis la mentalité du « défricheur », un rôle qui consiste aussi, à un moment donné, à passer la main. « En général, on n’a pas soi-même les moyens financiers de lancer le produit. Donc on passe des accords stratégiques avec un partenaire plus important ou on vend ». C’est ce qui s’appelle la recherche d’une exit (sortie, en français) et, en 1996, cela a bien fonctionné pour Jean-Paul Rasschaert quand il a revendu sa première start-up.

The come-back avec l’Awex

L’entrepreneur cherche alors à monter une société en Europe, mais à l’époque, le contexte n’est pas idéal. « Il n’y avait pas d’argent, pas d’investisseurs prêts à prendre de gros risques. Aux Etats-Unis, c’était différent… » Il faudra vingt ans pour que l’entrepreneur trouve des opportunités en Belgique. C’est via la consule honoraire au Minnesota qu’il entend parler de l’Awex. « J’avoue que je suis allé les voir avec des préjugés et, en fait, je me suis retrouvé face à une dizaine de collaborateurs parfaitement renseignés. C’était remarquable et, de fil en aiguille, j’ai levé de l’argent en Belgique, essentiellement sous forme de subsides. » Un contexte très différent de celui des Etats-Unis où les subsides n’existent pas.

« En Wallonie, il faut attirer, créer un environnement propice. Avec Miracor (une autre start-up dans la cardiologie interventionnelle installée à Liège, ndlr) et nous, cela commence à bouger. La Wallonie a bien réussi en Bio Tech, elle doit encore se faire une place en Med Tech. »

Pourquoi pas un cœur artificiel ?

Pour y contribuer, Jean-Paul Rasschaert a plus d’une idée dans sa manche. Après Mitral Technologies et les recherches sur la valve mitrale, il se pourrait bien que cet infatigable lanceur de start-up s’attaque à dans un défi plus important encore : celui du développement du cœur artificiel ! « Ce serait une première. Mais pourquoi pas, tant qu’on y est ? Si j’arrive à implanter le projet en Région wallonne, ce sera un gros truc », sourit-il, alors qu’il discute en ce moment avec les pouvoirs publics de la faisabilité du projet. Une chose est sûre : on a hâte de réentendre parler de Jean-Paul Rasschaert.

 De quoi parle-t-on ?

• Les Bio Tech regroupent toutes les entreprises engagées dans des recherches sur les molécules, la chimie et la biologie. Elles aboutissent généralement à la mise sur le marché de nouveaux médicaments via le secteur pharmaceutique.

• Les Med Tech se concentrent sur l’ingénierie et cherchent à inventer de nouveaux dispositifs médicaux pour opérer ou réparer le corps du patient. 

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