Waw magazine

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Facteur d’instruments mondialement connu, Adolphe Sax était un génie dans son domaine. Outre son talent pour créer des familles d’instruments homogènes et ergonomiques, il possédait un flair extraordinaire en matière de marketing. Deux cents ans après sa naissance dans la jolie ville de Dinant, son nom est toujours très populaire et associé à ses inventions originales.

RENSEIGNEMENTS

Sax200

Jusqu’au 11 janvier 2015

Musée des instruments de musique - mim

Montagne de la Cour 2,

B-1000 Bruxelles

[email protected]

www.mim.be

Jusqu’en janvier 2015, le musée des instruments de musique de Bruxelles met à l’honneur quelque 200 instruments portant la signature de Sax ou lui étant associés d’une manière ou d’une autre. L’exposition – articulée autour de sept thématiques : Sax inventeur, Sax entrepreneur, Sax intime, etc. – comporte quelques pièces maitresses, comme le plus vieux saxophone conservé (un baryton de 1846), un ténor reçu par Bill Clinton en 1994 ou encore les Selmer avec lesquels Coleman Hawkins ou Dexter Gordon ont fait jazzer le monde. À côté de ces instruments prestigieux, des documents d’époque et des archives multimédia. Découvrez en images quelques passages-clés de l’exposition !

C’est dans le quartier du Vieux Namur que trône l’église Saint- Loup. Actuellement en restauration, le monument a conservé sa splendeur passée. Les Amis de Saint-Loup se dévouent pour faire revivre le monument, classé patrimoine exceptionnel de Wallonie.

L’histoire de l’église Saint-Loup doit être racontée en évoquant le lien la liant à l’actuel Athénée royal François Bovesse. Autrefois appelé École du Faucon, celui-ci est repris en 1611 par les frères jésuites qui en font un collège d’humanités. Ils agrandissent les bâtiments et y construisent un réfectoire, un lavoir, et même une brasserie. Sur base des plans de l’architecte jésuite Père Huyssens, les premières pierres de la chapelle jouxtant le collège sont posées en 1621. L’église est baptisée Saint-Ignace en l’honneur du fondateur de la Compagnie de Jésus. L’argent vient à manquer et la construction de l’église s’éternise. Elle est seulement achevée en 1641. Quatre ans plus tard, Englebert Dubois, l’évêque de Namur, l’inaugure.

Après la suppression de la Compagnie de Jésus par le Pape Clément XIV en 1773, les Jésuites doivent quitter les lieux. À quelques rues de là, l’église Saint-Loup est en ruine. La ville confie alors à son curé et ses paroissiens l’ancienne chapelle jésuite. L’église devient donc paroissiale en 1777 sous le patronyme de Saint-Loup. La statue de Saint-Ignace qui trône dans le maître-autel est légèrement transformée, se parant d’une mitre et d’une crosse. En janvier 1936, l’église Saint-Loup et le collège, devenu Athénée, deviennent patrimoines immobiliers classés de la Région wallonne. C’est récemment, en 2013, que l’église Saint-Loup est classée patrimoine immobilier exceptionnel.

L’élégance extérieure

À deux pas de la Cathédrale Saint-Aubain de Namur, Saint-Loup n’a rien à lui envier. Inspirée de celle du Gesù à Rome, la façade en met plein la vue au visiteur. Le monogramme IHS est gravé dans la pierre : Iesus Hominum Salvator (« Jésus, sauveur des hommes »). Il représente le blason traditionnel d’un monument jésuite. Une autre phrase est inscrite au-dessus des deux portes en bois, Namurci Decus Ac Gloria Resurgo. Il s’agit d’un chronogramme : « Honneur et Gloire de Namur, je resurgis ». Certaines lettres sont en majuscules et en les assemblant, elles donnent une date ; 1865, année de restauration quasi à l’identique de la façade. Celle-ci n’étant plus en marbre noir, très fragile, mais en pierre de taille de la région. Son architecture est d’inspiration baroque avec ses colonnes et pilastres annelés ou ses murs-boutants. Plus petit que prévu, le clocher a été repoussé au bout de l’église.

Depuis 2012, les Amis de Saint-Loup rassemblent près de trente personnes, passionnées par cette église qui n’a pas encore rendu son dernier souffle. Architecte, professeur, historien ou jeune retraité, tous contribuent à la rénovation du patrimoine wallon.


C’est par un sas de verre que le visiteur s’aventure au coeur de la chapelle. Celle-ci est étonnement lumineuse. Les rayons du soleil traversent les fenêtres dépourvues de vitraux. Le sol est en pierre bleue polie. Complètement noire à l’origine, la voute sculptée est en pierre de sable depuis 1976. Les colonnes annelées en marbre rouge ressortent dans la lumière. Une seule toile est accrochée au mur, les autres attendent dans la réserve un petit coup de fraîcheur. Dix confessionnaux sont encastrés dans les murs. Sont sculptés dans le bois, guirlandes, feuillages, raisins, pommes, poires, fleurs, tantôt des têtes d’anges, tantôt des têtes grotesques. En 1866, Charles Baudelaire, de passage à Namur, écrit : « Saint-Loup. Merveille sinistre et galante. Saint-Loup diffère de tout ce que j’ai vu des jésuites. L’intérieur d’un catafalque brodé de noir, de rosé et d’argent. » C’est d’ailleurs lors de cette visite que l’écrivain des Fleurs du mal perd connaissance.

Un nouveau souffle grâce aux bénévoles

La décision de restaurer l’église Saint-Loup a été prise en 1979. Depuis cette date, d’importants travaux ont été réalisés. Les dix confessionnaux ont été retirés de leur niche, puis replacés. La chaire de vérité, ainsi que les marbres, ont été remis à neuf. Cependant, la liste des travaux à effectuer est longue. Les statues, les peintures, le maître-autel, les autels latéraux et les orgues à relever. Depuis 2012, les Amis de Saint-Loup rassemblent près de trente personnes, passionnées par cette église qui n’a pas encore rendu son dernier souff le. Architecte, professeur, historien ou jeune retraité, tous contribuent à la rénovation du patrimoine wallon. Les cloches ne sonnent plus et la messe n’est plus donnée à Saint-Loup. Mais ce n’est pas pour autant que l’église est désacralisée. Concerts, expositions ou visites, l’église namuroise a déjà attiré plus de 15 000 curieux.

Renseignements

Le sas vitré est accessible du mardi au dimanche, de 10h à 16h, d’octobre à mars, et de 10h à 18h, d’avril à septembre.
L’église est ouverte tous les samedis de l’année de 11h à 16h les mois d’hiver, à 18h les mois d’été.
Visite guidée à 15h.

 

On peut être et avoir été. Présente dans de nombreux et prestigieux édifices anciens, la pierre belge fait toujours bel et bien partie des plans des entrepreneurs et architectes. En raison de sa force expressive, de ses alternatives esthétiques, de ses qualités techniques et de sa forte connotation historico-culturelle, elle reste un des matériaux de prédilection de la création architecturale dans nos régions, comme en attestent les récentes constructions et rénovations signées Charles Vandenhove (Cour Saint-Antoine à Liège, Opéra royal de la Monnaie à Bruxelles…), Claude Strebelle (Sart-Tilman) et Daniel Dethier, dont le bureau d’architecture peut s’enorgueillir de nombreuses réalisations, tant dans les domaines de l’habitat et de la valorisation du patrimoine, que dans celui de l’aménagement d’espaces publics.

Daniel Dethier, quelle place avez-vous donnée à la pierre dans vos projets ?
D.D. — Au cours de la première partie de ma carrière, je l’ai beaucoup utilisée sous forme de moellons pour la construction de maisons dans les Fagnes, ma région natale. En raison de la proximité des carrières de Waimes et de Malmedy, c’est souvent l’arkose qui était utilisé alors. Ensuite, de 1996 à 2013, j’ai abandonné le moellon rustique pour me pencher sur la pierre de taille. Je me suis attelé à l’étude de bâtiments plus importants, faisant l’objet de marchés européens et situés en milieu urbain, principalement à Liège. S’il fallait n’en retenir que trois mettant en évidence l’usage du petit granit, je citerais la réhabilitation des résidences Curtius et Brahy dans l’ensemble muséal du Grand Curtius, les nouveaux bâtiments d’EVS et les amphithéâtres de l’Europe au Sart-Tilman. Mais les défis étaient tout autres ; par exemple, comment tailler les angles ou les baies pour que l’ensemble paraisse massif ?

Et aujourd’hui ?
D.D.
— Aujourd’hui, le système est devenu sclérosé, très technocrate. Les cahiers des charges sont souvent des « copier-coller ». Les nombreuses contraintes et références exigées n’accordent plus beaucoup de place à la qualité du projet. Elles sont devenues telles que pour remporter un marché, il faut être spécialisé dans le type de construction demandé. En outre, cela nous a coûté très cher de défendre de gros projets pendant un an ou deux avant d’échouer au stade ultime. Nous avons donc cherché de nouvelles opportunités dans des marchés de niche, telle l’intégration d’écosystèmes locaux dans des contextes urbains. Nous essayons de rendre les bâtiments plus vivants avec du végétal, comme sur les quais de Liège où nous sommes en train de concevoir une forêt verticale sur un immeuble à appartements. Mais la pierre étant un matériau durable, elle reste l’une de nos priorités.

Quel rôle la voyez-vous jouer dans les constructions modernes ?
D.D.
— Si l’on ne veut pas qu’elle soit bientôt remplacée par des matériaux ersatz moins coûteux, il conviendrait de lui redonner un rôle structurel, de la reconsidérer davantage comme un matériau porteur. La question technique de la pierre m’a toujours intéressé, mais en la réduisant à sa fonction de revêtement, en l’utilisant pour son aspect décoratif et non pour ses caractéristiques propres, on la conduit à sa perte.

BIO-EXPRESS

1956 — Naissance à Waimes. Jeunesse à Ovifat.

1979 — Obtention du diplôme d’ingénieur civil architecte à l’Université de Liège suivi d’une licence en urbanisme. Il est pendant 6 ans l’assistant du professeur Jean Englebert et travaille en tant qu’architecte indépendant.

1992 — Il fonde le bureau Dethier Architectures.

1993 — Le bureau est lauréat du concours portant sur la construction des amphithéâtres « Europe » pour l’Université de Liège, au Sart-Tilman.

2003 — Lauréat de l’appel d’offre européen pour l’aménagement de la nouvelle place des Guillemins à Liège, il sera ensuite chargé par la Ville de réaliser le projet d’aménagement du quartier de la gare jusqu’à la Médiacité.

2010 — Grand Prix d’architecture de Wallonie.

2013 — Premier Prix des « Urban Intervention Awards Berlin » pour le recyclage du complexe cinématographique Opéra en amphithéâtres pour l’Université de Liège.

Le site classé de la Grande Carrière Wincqz, à Soignies, va être réhabilité pour accueillir un Centre de formation aux métiers de la pierre et du patrimoine. Ce projet heureux était indispensable pour l’avenir de la profession.

Tout est parti d’un constat qu’une étude menée en 2010 à l ’ initiative du Cefomepi (Centre de formation aux métiers de la pierre) a élevé au rang de grande menace. Alors que le secteur doit faire face à une recrudescence de demandes en matière de restaurations et de nouvelles constructions, il souffre d’un manque de visibilité et d’attractivité croissant. Les métiers de tailleur de pierre, marbrier, foreur, débiteur, meuleur, conducteur d’engins lourds, chef mineur… remorquent un train d’images peu attrayantes, voire négatives. Ils n’attirent plus les jeunes et se recouvrent peu à peu de la poussière de l’oubli. Conséquence : les entreprises éprouvent de plus en plus de difficultés à lutter contre le vieillissement du personnel et les départs naturels. Face à l’incapacité de renouveler leur main d’oeuvre et de perpétuer l’emploi, plusieurs d’entre elles seront forcées de disparaître dans les prochaines années.

« Aux yeux du grand public, ces métiers sont considérés comme pénibles, salissants, pas glamour, mal payés, trop sélectifs. Autant d’idées préconçues, comme celle qui assimile l’enseignement professionnel à une filière de relégation. »


Pourtant, l’offre de formation, même si elle est moins riche aujourd’hui, est encore bien présente via plusieurs filières. Les principales ? La formation de tailleur de pierre-marbrier est dispensée en alternance par l’IFAPME, au centre de Mons-Borinage-Centre, à Braine-le-Comte, selon les formules d’apprentissage et de formation de chef d’entreprise. Le Forem propose des formations de base de six mois pour les tailleurs de pierre à Grâce- Hollogne, en région liégeoise, et à Brainele- Comte, en Hainaut. Le centre de compétence ConstruForm met sur pied depuis peu des formations pour tous types de publics à Braine-le-Comte, tandis que le CEFOMEPI organise des formations spécifiques pour les ouvriers carriers en fonction des besoins. Quant aux formations spécifiques au patrimoine et liées à la pierre, elles sont organisées par l’Institut du Patrimoine wallon, à la Paix-Dieu, à Amay. « L’ancienne abbaye cistercienne, en cours de restauration, constitue le support pédagogique idéal pour les nombreuses activités de sensibilisation, de formation et d’information que nous organisons également à l’attention d’un très large public, explique Anne-Françoise Cannella, la directrice du Centre de la Paix-Dieu dédié aux métiers du patrimoine. En dix ans, nos 25 stages autour de la pierre y ont rassemblé 184 participants et ont fait naître d’heureuses vocations. Le problème, c’est le long terme. Aux yeux du grand public, ces métiers sont considérés comme pénibles, salissants, pas glamour, mal payés, trop sélectifs. Autant d’idées préconçues, comme celle qui assimile l’enseignement professionnel à une filière de relégation. » « À Braine-le-Comte, nos deux formules de formation ne rassemblent qu’une grosse vingtaine de personnes, il faut parfois réunir deux classes afin de réaliser des économies d’échelle », renchérit Éric Bergeret, le responsable du centre hennuyer de l’IFAPME. « Chaque année, ils sont une quinzaine de tailleurs de pierre, maximum, à se présenter sur le marché de l’emploi, alors qu’il en faudrait dix fois plus afin de compenser les départs ! »

En créant un centre des métiers sur un site à sauver, l’IPW a fait d’une vieille pierre deux coups

Sur base de tous ces constats, une large réflexion portant sur les filières de formation et la nécessité de mettre en place une structure plus harmonieuse et plus performante a été entamée voici six à sept ans. C’est ainsi qu’est née l’idée de créer un centre des métiers de la pierre par le biais d’une synergie entre les différents partenaires. Parallèlement, dans le cadre de sa mission d’assistance aux propriétaires, l’Institut du Patrimoine Wallon cherchait à donner une nouvelle vie aux bâtiments industriels de la Grande Carrière Wincqz, à Soignies, bâtiments désaffectés qui furent classés en 1992. La solution était donc à portée de pelles. L’accord sur la création du centre fut d’ailleurs scellé sur le site même, le 20 mars 2013, entre les responsables des différents centres de formation : l’IFAPME, le Forem, le CEFOMEPI et le Centre de la Paix-Dieu. « La rencontre des deux projets constitue une belle opportunité de mettre en évidence la complémentarité des différents aspects du patrimoine, explique Anne- Françoise Cannella. La réaffectation envisagée s’intègre parfaitement dans l’histoire du site où elle témoignera de la place prise par le travail de la pierre dans la région au fil du temps. Quant à l’implantation d’un centre de formation aux métiers de la pierre à Soignies, elle répond à une logique évidente compte tenu de l’importance du bassin carrier de la province de Hainaut. En outre, en matière d’emplois, la région disposera d’une meilleure adéquation entre l’offre et la demande, puisque les formations répondront aux besoins des entreprises et à la réalité du terrain. »

Du côté des Carrières de la Pierre Bleue Belge, société anonyme qui a cédé les bâtiments classés de la Grande Carrière Wincqz à la Région wallonne sous forme de bail emphytéotique, le projet s’inscrit on ne peut plus harmonieusement dans la philosophie de la famille Abraham. « Jean-Franz, mon père, s’est toujours battu pour que les métiers techniques soient remis en valeur, explique Émilie Abraham, qui gère aujourd’hui l’entreprise de 240 personnes en compagnie de sa soeur Julie et de son frère Anthime. C’est lui qui fut à l’origine de la création de Skills Belgium* et c’est déjà lui qui tira la sonnette d’alarme, en 2007, pour insister sur l’avenir des métiers de la pierre et l’importance de la formation des jeunes. »

Première phase : les bureaux et la grande scierie

Les bureaux, la grande scierie, le pavillon du treuil, la forge, la menuiserie et le magasin à huile et à clous. Si la zone concernée par la réaffectation comprend plusieurs édifices abandonnés depuis la fin des années soixante – l’exploitation de la Grande Carrière Wincqz s’arrêta, quant à elle, dans les années trente –, l’auteur de projet, c’est-à-dire l’Institut du Patrimoine Wallon, prit la sage décision, devant l’ampleur des travaux, d’échelonner la création du centre en trois phases. « La première portera sur les édifices les plus dégradés, les bureaux et la grande scierie, qui deviendront, respectivement, un pôle administratif et un vaste atelier de taille de pierre dans lequel sera intégré un local de cours, explique Sébastien Mainil (IPW), l’ingénieur architecte qui a conçu le cahier de charges. C’est l’association momentanée de l’Atelier Bribosia de Huy et de la société turinoise TRA qui a remporté le marché. L’appel d’offre a été lancé cet hiver et nous espérons que les formations pourront débuter à l’automne 2016. »

La deuxième phase, elle, concernera la forge et la menuiserie, où des ateliers et des salles de cours supplémentaires seront sans doute aménagés ; puis viendra le tour du magasin et des abords, où l’IPW parle d’installer un centre de documentation et une lithothèque. « Mais les plans ne sont pas figés, note le responsable. Nous verrons les nécessités en cours de route… »

« L’idée est de faire un lieu de référence où pourront se rassembler tous les acteurs du secteur de la pierre en Wallonie. Ce centre proposera les formations actuelles mais aussi de nouvelles, de façon à englober tous les métiers. Il devra aller bien au-delà de la seule pierre bleue locale et porter sur l’ensemble des ressources lithologiques du territoire », conclut Anne-Françoise Cannella.

PIERRE-JOSEPH WINCQZ, LE SÉNATEUR VISIONNAIRE

Des Galeries Royales à Bruxelles, en passant par les digues et les escaliers à Ostende, la place Saint-Lambert à Liège ou les palais de justice d’Anvers et d’Arlon, on ne compte plus – rien que dans notre pays – les sites magnifiés par la présence du petit granit depuis plus de 300 ans. Non loin des célèbres Carrières du Hainaut, les Carrières de la Pierre Bleue Belge assurent la production et la commercialisation des sites du Clypot (Neufvilles), du Tellier des Prés et des carrières Gauthier & Wincqz à Soignies. Ces dernières sont situées à quelques encablures de la Grande Carrière Wincqz et arriveront en fin d’exploitation dans quelques années. Ces sites doivent leur nom à Pierre-Joseph Wincqz (1811-1887), ancien bourgmestre de Soignies et sénateur visionnaire, qui se battit pour le développement du réseau ferroviaire belge. On comprendra aisément que le passage de celui-ci à Soignies, sur la ligne Mons-Bruxelles, fut l’élément moteur de la fulgurante expansion des entreprises dans la région.

* Voir dossier spécial de WAW n°18 (automne 2012) [retourner à lecture du texte]

En opposition à la pierre bleue, plus sombre, la pierre blanche calcaire est présente sur deux sites : à Jodoigne, autour du hameau de Gobertange, et dans la région frontalière de Florenville, à Fontenoille. On peut la tailler et la scier – en ce sens, elle est donc proche de la pierre bleue –, mais elle use les outils en raison de la présence de silices (sable). En outre, parce qu’elle est extraite de petits bancs dans les carrières de sable dont les gisements sont souvent très entamés, les blocs sont de petite taille et, donc, les usages plus limités.

Comme pour les pierres du Condroz, où la plupart des entreprises n’emploient qu’une poignée de personnes et où la production est réduite, la pierre blanche est un matériau local qui fait la spécificité du terroir. En Gaume, on la trouve sous forme de moellons pour la construction, dans les pavements extérieurs et les contours de fenêtres. En Hesbaye, son application s’étend du moellon à la pierre de taille, mais elle s’est également forgé une réputation dans le domaine artistique.

La pierre blanche a une longue et belle histoire en ce sens qu’elle a servi de matériau de base dans la construction de nombreux édifices prestigieux depuis le Moyen Âge (voir plus loin). « Dans le paysage bruxellois, si la pierre bleue se retrouve dans les soubassements, les contours des fenêtres, les angles, les balcons, les corniches…, les parties principales sont constituées de pierres blanches qui sont plus résistantes », note Francis Tourneur.

« La pierre a presque disparu de nos outillages. Aujourd’hui, seuls les artisans peuvent rencontrer l’homme préhistorique sur le terrain de la maîtrise, de l’intelligence du geste, de la vision technique, des savoirs sensoriels. »
— Fernand Collin, préhistorien. Dans Vies de pierres


PIERROT BERNARD EST NÉ SOUS UNE BONNE VEINE

Il y a 48 millions d’années – on vous passe les décimales – , à l’âge du bruxellien, une couche de roche blanche composée majoritairement de calcite se forma dans les profondeurs de notre sous-sol où elle se fraya patiemment une voie à l’abri des regards des envieux et autres spéculateurs. La suite alla très vite : le 13 décembre 1947, dans le hameau de Gobertange, à Mélin, un petit bout donna de tels coups de maillet et de burin dans le ventre de sa maman que celle-ci n’eut pas le coeur à le tenir enfermé plus longtemps. À l’heure de graver son nom dans les registres paroissiaux, ses parents l’appelèrent Pierrot, car il était si petit qu’il pouvait tenir dans un sabot. Son destin, cependant, allait être d’une autre pointure, car l’enfant était né précisément là où le gisement de calcaire gréseux, originaire de Bruxelles, était venu mourir d’épuisement. Là, surtout, où les qualités de la pierre blanche avaient éclaté au grand jour permettant, au fil des siècles, la construction d’édifices majestueux, tels l’Hôtel de Ville et la cathédrale saints Michel et Gudule à Bruxelles, la cathédrale de Malines, les halles d’Ypres, l’église Saint-Pierre à Louvain... Mais si, pour les habitants de Gobertange, ce gisement était une veine, puisqu’il fut la terre nourricière de nombreuses générations de tailleurs de pierre – au XVIIIe siècle, on dénombrait une cinquantaine de puits dans le village –, pour le cadet de la famille Bernard, cette veine à ciel ouvert était l’espoir d’une grande carrière !

Apprenti tailleur en culottes courtes

L’aventure commença à l’aurore, peu après la mort de son père. Pierrot n’avait pas encore 14 ans, en 1961, quand il s’en alla par les chemins se faire la main dans une entreprise bruxelloise, avec pour seul bagage les rudiments du métier que son grand-père maternel lui avait enseignés alors qu’il était encore trop petit pour qu’on lui taille un pantalon. Son premier argent, le jeune apprenti le gagna à la Bourse, lorsqu’il fit ses griffes sur les lions devant l’entrée du temple en rénovation. Après dix années de labeur tuant, il entra dans une entreprise funéraire installée à Linsmeau (Hélécine) où il apprit à travailler la pierre bleue. En même temps, un « ancien » lui montra comment dégrossir un bloc pour sculpter une pièce. « J’ai vite appris à rentrer dans la matière en taille directe pour obtenir ce que je veux ! », lance-t-il aujourd’hui, des perles de lumière dans les yeux et les habits maculés de poussière blanche.

Salut l’artiste !

Ce qu’il voulait ? Attaquer la matière, la transformer, la ciseler, lui donner une autre vie. Les pierres grossières destinées aux bâtiments, aux cheminées ou aux contours de fenêtre ressortaient polies de ses mains expertes. Se rendant compte qu’il était très demandé, car il travaillait vite et bien, Pierrot Bernard se mit à son compte à l’âge de 32 ans. Les commandes se multiplièrent alors tout en se diversifiant, l’artisan tailleur de pierre cédant de plus en plus souvent la place à l’artiste. Il remplaça des pinacles sur la cathédrale saints Michel et Gudule, planta – à sa mode – des choux frisés sur ceux de l’Hôtel de Ville de Bruxelles, sculpta des baldaquins pour l’église Notre- Dame de Tirlemont, enfanta vierges et saintes pour les chapelles et potales de sa région natale et, même, fit sauter ses anciens camarades de classe du banc d’école au banc de pierre en sculptant leur visage dans la Gobertange…. « Ce qui me passionne dans ce métier, confiet- il, c’est que je réalise chaque jour quelque chose de différent ! Tenez, lorsqu’Albert II a abdiqué, un représentant du Sénat est venu me demander une oeuvre en guise de cadeau. C’est ainsi que j’ai offert au Roi un disque de pierre gravé d’inscriptions renvoyant à ses discours… »

Pas encore la fin de carrière

Aujourd’hui, Pierrot Bernard travaille avec ses enfants, Patrick (46 ans) et Gaëtan (31 ans), au sein de la S.A. Bernard Pierrot et Fils, une entreprise qu’il a fondée en 1997, lors du rachat des chantiers Dewart. La société familiale est la dernière à encore exploiter la Gobertange qu’elle extrait durant les mois d’été, le reste de l’année étant consacré à la taille en fonction des demandes. Parmi celles-ci, nombreuses concernent des restaurations de patrimoine, comme la cathédrale Saint-Bavon à Gand, pour laquelle 131 m3 de pierres devront être remplacés prochainement. Mais qu’en est-il de son exploitation ? Le destin d’une carrière n’est-il pas de se vider, comme le déclarait l’historien Gérard Bavais ? « Le site que nous avons racheté s’étend sur douze hectares, dont cinq seulement sont exploités. Nous sommes donc loin d’en être venus à bout », lance Pierrot. Et la sienne, de carrière, en voit-il la fin ? « J’ai 66 ans mais je n’éprouve nullement l’envie de raccrocher mes outils. Ce n’est pas le travail qui manque… Je n’ai pas encore eu le temps de réclamer ma pension ! », lâchet- il d’un bloc.

En 1947, au retour de la Seconde Guerre mondiale, Norbert Brassine, à la recherche d’une activité professionnelle, parcourt le champ de bataille de Waterloo. Le tourisme est en plein essor. À cette époque et à cet endroit, il n’y a à visiter que le Panorama et la Butte du Lion.

Originaire de la région, bouillonnant d’idées, Norbert Brassine, aidé de son fils Édouard, imagine alors de créer une nouvelle attraction : un Musée de cire dédié à Napoléon Bonaparte. Au pied de la butte, place du Lion, Norbert Brassine retrouve l’Hôtel du Musée* dans lequel son grand-père, Henri, entre 1880 et 1904, exerça le métier de cuisinier. Le coup de cœur est immédiat pour ce bâtiment dont la partie gauche, à l’abandon, est à vendre. Père et fils achètent l’aile gauche avec l’espoir de reconstituer un jour l’ensemble et y installent leur musée imaginaire.

Le petit Grévin

Pour meubler son musée, Norbert Brassine fait appel à des artistes du Musée Grévin qui, à titre personnel, façonnent des mannequins en cire représentant tous des personnages présents sur le champ de bataille de Waterloo en juin 1815. Le Musée de cire accueille, dès son ouverture, en 1948, la Scène des maréchaux, représentant la dernière réunion de bataille de Napoléon et, regroupés dans une loge, les trois vainqueurs de Waterloo : le Prince d’Orange, Wellington et Blücher. Une scène supplémentaire, la Scène de nuit, dont on ignore toujours les auteurs, est entrée postérieurement au Musée. Elle représente Napoléon qui, dans la nuit du 17 au 18 juin 1815, visite les bivouacs des soldats français éreintés par une longue marche. Trois soldats, dont un appuyé sur une roue de charrette, sont couchés sur le sol. Un quatrième soldat, grenadier en grande tenue, se redresse à la vue de son empereur en redingote. Au loin, peints sur les murs (à présent démolis), les feux des bivouacs anglais. De l’inauguration jusqu’au rachat du bâtiment par la Région wallonne, le Musée de cire connût un succès populaire jamais démenti.

Mannequins en boîte

« Le 23 septembre 2013, je fus priée de déménager le contenu du Musée de cire et du Bivouac de l’Empereur », raconte, amère, Madame Brassine. C’est le grand chambardement dû à la mise en place du futur Mémorial de Waterloo à l’occasion du Bicentenaire de la bataille. Racheté, l’immeuble est en cours de restauration. Des travaux jugés peu respectueux par la dernière propriétaire : « On fait ce qu’on a fait à Bruxelles, du “façadisme”.» Une situation difficile pour ce professeur d’histoire, née au pied de la Butte du Lion, passionnée par l’épopée napoléonienne comme le fût sa belle-famille. Les événements conduisent Madame Brassine à caser en hâte le contenu du Musée de cire dans un garde-meuble. Il est probable que, sans la ténacité de Josette Champt, directrice de la Maison du Tourisme des Ardennes brabançonnes, à Wavre, Napoléon, ses maréchaux, ses soldats et ses pires ennemis seraient toujours en train de moisir dans leurs caissons poussiéreux. Informée du sort lamentable réservé aux mannequins de cire, la proposition de les exposer, en juillet prochain, à la Maison du Tourisme des Ardennes brabançonnes, à Wavre, enchante Madame Brassine. Parce que Wavre a eu sa bataille aussi ! Une bataille** passée sous silence et que Josette Champt compte réhabiliter dans la mémoire collective à l’occasion du Bicentenaire de Waterloo. C’est une opportunité de remettre les mannequins en scène et, par la même occasion, de les restaurer. Si leur dernier logement n’a pas amélioré leur état de conservation, certains présentaient déjà des signes d’usure et de fatigue, notamment au niveau des mains, des uniformes et des armes.

Sœur Marie-Joie, carmélite et cirière

Opération délicate : la restauration des parties en cire. Ce fin travail artisanal a été confié à une religieuse du Carmel d’Argenteuil. Âgée de plus de quatre fois vingt printemps, Sœur Marie-Joie est une artiste. Avant de prononcer ses vœux, elle a suivi pendant douze ans des études à l’Académie des Beaux-Arts de Leuven. Durant son noviciat, son regard artistique regrette que la crèche en plâtre du couvent soit disproportionnée par rapport à son support. Elle crée alors, à la main et en cire, les personnages, humains et animaux, d’une crèche toute en harmonie et beauté. C’est le début d’une « carrière » de sœur cirière ! À tel point qu’elle est appelée en renfort lorsqu’il fut question de restaurer les personnages de la crèche de Bruxelles. Madame Brassine connaît les talents de Sœur Marie-Joie depuis de longues années pour l’avoir déjà sollicitée. Ainsi, par les hasards de l’actualité touristique de Wavre, les mains abîmées de cinq de ses mannequins de cire se retrouvent une nouvelle fois entre d’autres mains, celles expertes de Sœur Marie-Joie pour une habile chirurgie des doigts.

Un rôle à tenir au Mémorial de Waterloo ?

Les mains réparées, les têtes bien vissées sur les corps, les coiffures dépoussiérées, les uniformes et les cuirs restaurés sous la supervision et les conseils de Chantal Carpentier, restauratrice textile, les mannequins de cire vont bientôt pouvoir rejouer, à Wavre, la fameuse Scène des maréchaux selon une scénographie mise au point par Isabelle Dubois. Une scène mythique, le dernier QG de Napoléon, à la Ferme du Caillou, avant l’assaut final du 18 juin 1815. Une scène admirablement représentée par le tableau de Patrice Courcelle, artiste historien, peintre de batailles, spécialisé dans l’époque napoléonienne. Il reste cependant une question en suspens : après leur représentation à Wavre, que vont devenir tous ces figurants ? Est-ce la dernière veillée d’armes pour l’empereur de cire ? Personne ne le souhaite. En particulier Napoléon Bonaparte qui a toujours mal vécu l’exil et l’isolement.

Maison du Tourisme

des Ardennes brabançonnes Rue de Nivelles, 1

BE–1300 Wavre

+32 (0) 10 23 03 23

www.wavre1815.be

L’HÔTEL DU MUSÉE

L’Hôtel du Musée ouvre ses portes le 20 janvier 1856, au pied de la Butte du Lion, à l’initiative d’une « parente » d’un officier anglais, le sergent-major Cotton, qui avait, de son vivant, rassemblé une impressionnante collection de reliques en provenance du champ de bataille de Waterloo (costumes, coiffures, armes, éléments d’équipements, boulets de canon). Immédiatement, l’hôtel et sa collection attirent de nombreux Britanniques à tel point qu’il s’avère rapidement trop exigu. Une annexe, le futur restaurant du Bivouac de l’Empereur, est construite en 1868 et une aile droite est ajoutée en 1881, de manière à doubler la superficie de l’hôtel. De cet hôtel emblématique, il ne reste plus aujourd’hui que les façades du bâtiment préservées dans le cadre du futur Mémorial de Waterloo.

LA BATAILLE OUBLIÉE DE WAVRE 

Selon les propos de l’historien Joseph Tordoir

Le dimanche 18 juin 1815, vers 16 heures, alors que la bataille de Waterloo est engagée, les premières unités françaises, placées sous le commandement du maréchal Grouchy, arrivent aux abords de Wavre. Les ponts sur la Dyle sont barricadés par l’armée prussienne qui a pris position sur la rive gauche, de Limal à Basse-Wavre. L’artillerie française, installée sur les hauteurs d’Aisemont, bombarde la ville et lance un bataillon d’infanterie à l’assaut du Pont du Christ, le pont principal de Wavre. Treize assauts successifs, particulièrement meurtriers, ne permettent pas aux troupes françaises de prendre pied sur la rive gauche. Ce n’est qu’en début de soirée que l’armée française arrive à traverser la Dyle au niveau du pont de Limal. Le lendemain matin, lundi 19 juin, l’armée prussienne tente de bouter les Français hors de Limal. La tentative échoue. Cependant, avertis plus vite que les Français du résultat de la bataille de Waterloo, les Prussiens abandonnent le champ de bataille et laissent les troupes françaises occuper les quartiers de Wavre situés sur la rive gauche de la Dyle. Le lundi 19 juin en fin de matinée, le maréchal français Grouchy est officiellement informé du revers essuyé par Napoléon et est chargé de protéger la retraite de l’armée impériale. Les dernières troupes françaises se replient sur Namur et quittent Wavre.

Les pierres en grès et calcaires dans la vallée de la Meuse, la pierre de Tournai aux bords de l’Escaut, le petit granit dans la région de l’Ourthe et de l’Amblève, le schiste dans la vallée de la Semois… Si les carrières bordent souvent nos cours d’eau, c’est parce qu’elles y sont plus faciles d’accès et que les outils d’extraction et de sciage nécessitaient, avant l’apparition de la machine à vapeur au début du XIXe siècle, la proximité d’une force motrice hydraulique. En outre, les cours d’eau constituaient des voies privilégiées pour l’acheminement des matériaux et, donc, leur exportation. C’est ainsi que la Flandre et les Pays-Bas, qui ne possèdent pas de matériaux durs dans leurs sols, ont été « irrigués » par l’Escaut et la Meuse. À Maastricht, les exemples de constructions sont légion. Comme le note l’ingénieur architecte Jos Delbroek dans Vies de pierres, « en parcourant la Stockstraat, où se fondent avec bonheur des styles architecturaux historiques et modernes, on peut tirer des leçons quant à l’usage des matériaux dans notre pays. Toutes les façades y sont traitées dans trois matériaux uniquement : calcaire mosan, briques et menuiseries de bois peint ». La Gobertange, le tuffeau de Lincent et les pavés de Quenast-Lessines prirent le même chemin. Cette exportation de pierres wallonnes fut telle qu’au XVIIIe siècle, c’était le seul poste en boni de notre commerce avec les Pays-Bas du Nord.

La pierre bleue, championne de l’exportation

Mais le matériau phare de la Wallonie, tant en termes de réputation que d’exportation (25-30 % de sa production), c’est évidemment la pierre bleue à usage ornemental. Parce qu’elle s’étend sur une large palette de textures, de structures et de couleurs, elle est très intéressante en architecture et en décoration intérieure. Elle était déjà présente au XIIe siècle dans les cathédrales danoises, notamment sur les fonts baptismaux et les pierres tombales, on la retrouve resplendissante de santé à Paris, au Panthéon (1790), dont une grande partie du dallage est composé de pierres bleues de Ligny, et elle est encore aujourd’hui la vitrine de notre savoir-faire un peu partout dans le monde, comme, par exemple, dans les nouvelles ambassades de Belgique à Berlin et Tokyo.

Séduit par la pierre bleue lors de sa visite des Galeries Royales à Bruxelles, l’architecte Calatrava a choisi cette pierre extraite à Soignies pour la Gare des Guillemins, avant de la prescrire à nouveau pour l’Agora de Valence.


Un marbre souvent copié, jamais égalé

Mais si la Wallonie peut se targuer d’un luxe, c’est celui d’avoir dans ses sous-sols un marbre que le monde nous envie. « Souvent copié, jamais égalé », pourrait-on dire en faisant référence à certains produits asiatiques. C’est la société de Merbes-Sprimont, la plus ancienne marbrerie de Belgique encore en activité (voir plus loin), qui exploite ce joyau. Elle extrait le noir belge à Golzinne, tandis qu’elle tire le rouge royal, le rouge griotte (plus foncé) et le gris des Ardennes d’une carrière située à cheval sur Doische et Philippeville. « À Golzinne, nous extrayons 200 mètres cubes par an, volume dont nous tirons environ 600 tonnes de marbre pouvant être commercialisé, explique Jean-Christophe Vassart, le directeur de la société. Nous le livrons en bloc ou après avoir été traité dans notre usine de Merbes-le-Château, à Labuissière. Le marbre rouge, lui, nous l’extrayons à la demande. Quand notre stock diminue, nous entreprenons une nouvelle campagne d’extraction. Cela dépend donc des commandes… »

LE SAVIEZ-VOUS ?
LE FIL À COUPER LA PIERRE

Nous savons tous que beaucoup de personnes n’ont pas inventé le fil à couper le beurre, mais qui peut dire qui eut l’idée du fil à couper la pierre ? Si c’est un ingénieur français, Eugène Chevalier, qui fit breveter, en 1854, l’emploi d’une corde sans fin pour le sciage de la pierre, c’est un industriel belge de la région de Jambes, Michel Thonar, qui l’a perfectionné. Le fil hélicoïdal a en outre été mis en oeuvre en Belgique, en 1874, dans la carrière de Beauchâteau, à Senzeille (Cerfontaine, p.51), laquelle était alors la plus belle carrière de marbre rouge de Belgique. Le système sera utilisé jusqu’en 1980, quand il a été détrôné par le fil diamanté.

Le marché, précisément, est vaste pour ce produit. En Belgique, on le trouve dans de nombreux hôtels de luxe, dans des lieux bruxellois bien connus comme les Galeries Saint-Hubert et les Jardins de la Couronne, ainsi que dans la nouvelle gare de Louvain. En dehors de nos frontières, il prend souvent la direction de l’Inde, du Moyen- Orient et des États-Unis, où il s’incruste magnifiquement dans de luxueuses rénovations ou constructions. « De nombreux châteaux français utilisent notre marbre rouge pour les colonnes, les dallages, les cheminées, les escaliers… En 2008, nous avons ainsi livré deux colonnes massives pour le château de Versailles. Le marbre gris, lui, est fort demandé en Angleterre. Mais c’est le noir belge que nous exportons le plus et ce, même si les gisements souterrains ne permettent pas l’extraction de gros volumes. Ce marbre sert d’ailleurs également à créer des oeuvres d’art. Un artiste américain réputé, Barry X. Ball, a ainsi sculpté «une hermaphrodite endormie» dans ce matériau. »

Et le directeur de conclure : « La crise a certes eu une répercussion sur nos exportations, mais pas autant que la concurrence effrénée de certains pays comme l’Inde, la Chine et l’Espagne qui n’hésitent pas à casser les prix… Notre chance, c’est d’avoir un matériau unique et d’être le producteur exclusif des marbres Noir fin et Rouge royal de Belgique. »

UN PEU D’HISTOIRE

Merbes-Sprimont since 1779
Si elle est aujourd’hui ancrée au groupe français Marbrek, qui a également dans son giron les sociétés Solubema (gisement de « Vigaria ») et Etma (usine de transformation et de façonnage), établies au Portugal, l’origine de la société de Merbes-Sprimont remonte en effet à l’autorisation, accordée par l’impératrice Marie-Thérèse, le 19 juin 1779, à un habitant de Labuissière, d’ériger « un moulin à eau à scier le marbre sur l’écoulement des eaux de la Sambre », et ce en vue « d’encourager l’exploitation des carrières de marbre qui se trouvent dans cet endroit ». La scierie fut rapidement rachetée par un exploitant de carrière, Albert-Joseph Puissant, avant d’être développée au XIXe siècle par les descendants de cette illustre famille, lesquels contribuèrent à son rayonnement tant en Belgique qu’en Europe (usine à Hambourg, magasin à Saint-Pétersbourg…). En 1922, elle s’unit aux Carrières de Sprimont, société anonyme fondée en 1911 par les van Roggen – une famille hollandaise venue de Nimègue – et exploitant de nombreuses carrières de petit granit à Sprimont et alentours. De cette union ambitieuse naquit la société Merbes-Sprimont qui, forte de ses 5000 ouvriers et 400 agents et employés, étendit son empire marbrier à près de 120 carrières en Belgique, France, Italie, Portugal, Algérie et Maroc. Comme on l’a évoqué plus haut, la crise économique des années 1930 et la Seconde Guerre mondiale vont contraindre de nombreuses usines wallonnes à mettre la clé sous le paillasson. En 1979, l’entreprise Merbes-Sprimont va se restructurer, conservant les seules carrières de Golzinne et de Philippeville, ainsi, bien sûr, que son usine à Labuissière, devenue aujourd’hui le témoin valeureux de 235 années d’histoire de la marbrerie dans notre pays.

Quant aux Carrières de Sprimont, elles ont été rachetées en 1984 par Victor Brancaleoni, lequel est toujours très actif dans cette société qui exploite le petit granit à Sprimont, Chanxhe et Anthisnes.

Source : Le patrimoine industriel de Wallonie, Francis Tourneur

Depuis 2012, l’établissement étoilé « Le Cor de Chasse » occupe une ancienne ferme-château du XVIIe siècle, confortablement blottie au cœur du petit village de Wéris. Mario Elias, Chef et propriétaire, a su convertir l’ancienne bâtisse en un prestigieux hôtel-restaurant mariant tradition et modernité.

Dans la région de Durbuy se niche l’un des plus beaux villages de Wallonie, Wéris. Auréolé d’une nature chatoyante, son patrimoine rural mêle dolmens et autres menhirs à de belles maisons à colombages, de pierre ou de grès. L’ancienne ferme-château qui borde la rue des Combattants en est probablement l’un des plus beaux exemples. Construite dans les années 1680, cette ancienne bâtisse abrite désormais l’établissement étoilé « Le Cor de Chasse ». Ouvert à Barvaux en 2001, le restaurant a ensuite déménagé pour s’installer dans ses nouveaux quartiers de Wéris en 2012, au terme d’importants travaux. « L’extérieur de la ferme-château n’a pas beaucoup changé, confie Mario Elias, propriétaire et Chef de l’hôtel-restaurant. Mais l’intérieur était totalement abandonné. » Le corps de logis et l’ancienne grange ont été convertis en suites, tandis que la bergerie a été réaménagée pour accueillir trois chambres au gabarit plus modeste. « Nous avons voulu miser sur l’originalité, tout en préservant l’esprit du bâtiment. » Si la grange a fait l’objet d’une refonte totale, les pièces du corps de logis ont, quant à elles, conservé leur configuration initiale. Le mobilier contemporain à l’esthétique épurée produit un contraste harmonieux avec les éléments architecturaux les plus typiques. De large baies vitrées séparent la salle de bain du reste de la chambre. La baignoire se glisse sous l’arcade du feu ouvert, l’eau remplaçant alors les flammes. Le visiteur peu ainsi contempler la cheminée dans toute son antique majesté depuis le lit placé contre le mur opposé. « Ce sont de belles pièces et je voulais y faire entrer la lumière, sans pour autant dénaturer leur cachet », explique le propriétaire. S’inscrivant dans un registre plus moderne, les suites aménagées dans les greniers de l’ancienne grange s’ouvrent sur de vastes terrasses en mélèze, offrant une vue imprenable sur le jardin, sa piscine, les bois et les champs qui bordent la propriété. Dans la bergerie, les chambres dites « standard » observent un sens de l’esthétique tout aussi poussé, mêlant matériaux bruts et mobiliers contemporains. « Nous avons encore de nombreux projets, surtout en ce qui concerne l’hébergement. C’est un moteur essentiel pour continuer à avancer. Nous ne sommes pas du genre à nous reposer sur nos lauriers. Mon épouse et moi-même avons beaucoup d’idées en matière de décoration. Cela nous permet d’imprégner les lieux de notre personnalité, avec l’aide de notre homme à tout faire, Jean- Pierre Lambert, et de l’ébéniste, Philippe Moréal. »

Le mobilier contemporain à l’esthétique épurée produit un contraste harmonieux avec les éléments architecturaux les plus typiques.

 

Ce souci d’authenticité se retrouve jusque dans la cuisine du Chef et son restaurant, aménagé dans une extension connexe adjacente à l’ancienne grange, dont le rez-de-chaussée abrite les cuisines. Les convives y savoureront par exemple une langoustine au citron confit ou un poisson à la poudre de collonata. De larges vitres séparant la salle des cuisines permettent aux visiteurs de se délecter en observant le Chef et ses cuisiniers s’affairer aux fourneaux. « Je ne supporte pas être en salle, confie Mario Elias. Aller récolter des compliments à la table des clients, s’immiscer dans leur univers, ce n’est décidément pas pour moi. Si, par contre, ils souhaitent m’adresser leurs impressions, ils peuvent passer la tête par la porte de la cuisine pour me dire ce qu’ils ont pensé du repas. » L’humilité chevillée au corps, Mario Elias n’aime pas palabrer à propos de sa cuisine. « C’est plutôt un mélange de saveurs insolites, lâche-t-il néanmoins. Ma cuisine est assez moderne, structurée, accordant beaucoup d’importance à la finesse des plats et au respect des produits. » Mario Elias a acquis son étoile en 2008. Elle résulte d’une longue expérience. Le Chef a en effet œuvré aux fourneaux du « Sanglier des Ardennes » à Durbuy, du « Capucin Gourmand » à Baillonville, ou encore du « Château d’Hassonville » à Marche. Aujourd’hui, ce Durbuysien d’origine flamande est membre du collectif Génération W, qui regroupe de grands chefs engagés dans la promotion de la gastronomie wallonne. « Si on les compare aux Français ou aux Flamands, les Wallons ne sont pas assez chauvins. Pourtant, il ne faut pas avoir honte de la qualité de notre cuisine. En Wallonie, nous avons la chance d’avoir un terroir d’exception, avec des produits de très grande qualité. » Avec ses quatre formules combinant nuitées et repas, le « Cor de Chasse » table sur une offre à la fois prestigieuse et abordable. Entouré d’une équipe de cinq personnes, dont son épouse, le Chef exprime en effet un certain attachement à la dimension familiale de son établissement. « Nous mettons tout en œuvre pour que les visiteurs se sentent à l’aise, explique-t-il. Pour nous, tous les clients sont privilégiés. Entre l’accueil, la cuisine, les chambres et la décoration, nous veillons à proposer quelque chose de personnel et cohérent. » Et cela se ressent, pour le plus grand bonheur des yeux et des papilles.

« Nous mettons tout en œuvre pour que les visiteurs se sentent à l’aise, explique-t-il. Pour nous, tous les clients sont privilégiés. Entre l’accueil, la cuisine, les chambres et la décoration, nous veillons à proposer quelque chose de personnel et cohérent. » Mario Elias

 

Le Cor de Chasse

Rue des Combattants, 16-18 B-6940 Wéris

+32 (0)86 21 14 98 [email protected]

www.lecordechasse.be

 

LE BONHEUR EST DANS L’ASSIETTE !

Amoureux des vins et de la gastronomie authentique, Fabrice Rimez aime les choses simples. Hommage à notre chant traditionnel wallon ou hymne à la cuisine, « La Petite Gayolle » a tout pour séduire. Découverte.

Plus vieux que la Belgique 

Dans un cadre champêtre, excentré du brouhaha citadin, Fabrice Rimez voit le jour il y a de cela 46 ans. Trente ans plus tard, il se voit reprendre les rênes de « La Petite Gayolle », un restaurant implanté dans son village d’enfance, à Oisquercq. À l’époque déjà, du haut de ses quatorze ans, il parvient à séduire le chef de cet établissement, Stéphane Voogt, qui s’est empressé de le prendre sous son aile. Aujourd’hui encore, Fabrice Rimez se plaît à faire remarquer que le nom de son « maître » renferme les cinq sens : VOOGT (Vue, ouïe, odorat, goût et touché). Depuis, les deux hommes sont inséparables. Passionnés par les vins, ils ont établi une synergie fonctionnelle et une cave presque commune avec d’un côté de la rue, la sommellerie et de l’autre, le restaurant. Une originalité qui leur permet de sortir des sentiers battus. Alors que la Belgique n’est pas encore créée, la famille Rimez investit le village en 1790. Actuellement, le plus vieux descendant du village, Fabrice Rimez, reste très attaché à ses origines et vit à quelques pas de ses fourneaux, dans la maison familiale, avec ses deux enfants. 

L’assiette bonheur 

Fabrice Rimez passe le plus clair de son temps dans ses cuisines. Il y concocte des menus raffinés, semi- gastronomiques, et emplis d’humanité. À son image, les assiettes sont gourmandes et reflètent la bonhomie. La recette de son succès : « De la rigueur et de la constance dans la préparation des plats, de l’authenticité et de la qualité dans les produits, et de la chaleur dans le fonctionnement. » La convivialité s’est imposée par elle-même en 1986 avec l’instauration de la « formule vin » qui consiste en cette volonté de partager une bouteille de vin à toutes les tables. « Dans mon restaurant, je veux qu’on se sente bien, qu’on s’amuse et qu’on mange bien. Ma cuisine doit amener du bonheur ! », telle est sa philosophie. Filet de bar au parfum de truffe, pigeonneau rôti sur l’os, filet de cerf épicé, souris d’agneau diététique ou encore foie gras à toutes les sauces, les produits haut de gamme sont travaillés avec générosité. « J’aime faire réagir ma cuisine par rapport à un produit de saison et à un état d’âme. » 

Une formule diversifiée 

Outre une formule « minceur » qui garantit des plats équilibrés et pauvres en calories et un service traiteur, l’esprit passionnel de Fabrice Rimez l’a forcé à avoir une longueur d’avance sur ses homologues. Déjà adolescent, quand il servait au bar de « La Petite Gayolle », cet autodidacte se plaisait à entrer en scène. Aujourd’hui, il a gardé cette prédisposition à l’animation. Pour dynamiser et valoriser son établissement, ce chef coq a eu de la suite dans les idées en proposant non seulement des « gastro tapas » avec des dégustations de vins commentées mais aussi des show cooking à domicile. À tester !

La Petite Gayolle

Rue du Bon Voisin, 79 B-1480 Tubize

+32 (0)67 64 84 44

www.lapetitegayolle.be

La nature, on l’a dit, s’est montrée fort généreuse envers la Wallonie en dotant ses sous-sols de ressources minérales abondantes et variées. Qu’elles soient de type calcaire (pierres bleues, marbres et pierres blanches) ou de type siliceuse (grès, arkose, quartzite, schiste), ces pierres sont aptes à servir de matériaux à quasiment tous les usages de construction, aménagement et décoration. On peut cependant distinguer deux filières : celle des roches industrielles, domaine exploité par les producteurs de granulats, de sables, de ciments, de chaux et de dolomies, et les roches ornementales, qui sont des pierres de construction nobles (pierres de taille, marbres, pierres siliceuses…) à très haute valeur ajoutée et porteuses de main-d’oeuvre.

Les Carrières du Hainaut, à Soignies, fournissent la moitié de la production des pierres ornementales en Belgique.


En effet, même si elles ne constituent qu’un pour cent de l’industrie extractive, les pierres ornementales fournissent en Belgique près d’un millier d’emplois directs et sont destinées à trois domaines d’application : l’architecture, tant intérieure qu’extérieure, les aménagements des espaces publics (voiries et parcs) et ceux des espaces verts. Les deux filières se nourrissant tant dans des pierres calcaires que des pierres siliceuses, Francis Tourneur se propose, pour nous éclairer, d’établir un classement selon leur aptitude au façonnage. Trois catégories peuvent ainsi être définies : celles utilisées pour le pavage des voiries (pavés, bordures et dalles), les marbres et les pierres bleues ornementales.

Pierres de pavage

« On marche dans les rues de Bruxelles comme dans une chambre », écrivait, ébloui par les revêtements lisses de nos voiries, Léopold Mozart – le père de Wolfgang Amadeus – lors de son voyage en Belgique en 1763. Pendant longtemps, en effet, la production de porphyres belges était l’une des plus importantes au monde. Dès les années 1960, cependant, les carrières de Quenast et de Lessines n’ont plus extrait ces blocs pour en faire des pavés mais des granulats.

LA GARE DE LIÈGE-GUILLEMINS

« […] Les matériaux traditionnels de la construction wallonne ont cependant trouvé leur place dans cet ouvrage pour y exprimer la pérennité. […] Des dalles de pierre bleue adoucie originaire de Sprimont couvrent la grande galerie sous voies, le centre de voyage et les espaces commerciaux et de service. Les quais et les passerelles sont revêtus de pierre bleue bouchardée, originaire de Soignies. Des pièces en pierre bleue spécifiquement étudiées pour le projet ont été créées : dalles signalétiques avec incrustation de lettrages en marbre blanc ; dalles striées ou à protubérances destinées au guidage podotactile (orientation, éveil à la vigilance). Dessiné par l’architecte [Santiago Calatrava], le mobilier du centre de voyage (guichets, comptoir d’accueil, bancs) et de la grande galerie (bancs) a également été façonné dans de la pierre bleue originaire de Chanxhe. » (Stone, p.47)

 

Marbres

On en distingue deux sortes – destinées à un usage intérieur, car le marbre terni à l’extérieur : le noir belge de Golzinne, qui est extrait à 66 mètres de profondeur dans la carrière souterraine de Bossière (Gembloux), et le marbre rouge et gris, dont l’exploitation s’étendait jadis de Sivry-Rance à Rochefort en passant par Philippeville. Aujourd’hui, ce marbre jaspé (veiné) est exploité, comme le site de Golzinne, par la société de Merbes-Sprimont.

Pierres bleues ornementales

Historiquement, il en existe trois types : le calcaire de Meuse, la pierre de Tournai et le petit granit, lequel représente plus de 90 % de la production totale. Le premier est exploité sur deux sites à Wanze (carrières de Vinalmont et de Longpré). Composé essentiellement de carbonates de chaux, le calcaire mosan est également exploité pour un usage industriel (par Carmeuse, Lhoist…) dans différents sites situés au nord de la Meuse, entre Namur et Liège. Riche en silices, la pierre de Tournai constitue, quant à elle, un mélange idéal pour la fabrication du ciment. C’est ainsi que ces carrières, situées entre Tournai et Antoing, ont été reconverties en cimenteries. Quant au petit granit, dont l’exploitation s’étendait d’Ath à Ligny, on le trouve aujourd’hui dans trois bassins : celui de Soignies, qui fournit les troisquarts de la production de pierres ornementales en Belgique et qui est exploité par les Carrières du Hainaut et les Carrières de la pierre bleue belge, celui de l’Ourthe- Amblève (autour de Sprimont et Anthisnes principalement) et celui du Bocq (Yvoir).

LES PUBLICATIONS DE L’ASBL

Depuis sa création, Pierres et Marbres de Wallonie a adopté un rythme soutenu en matière de publication. L’asbl édite ainsi régulièrement des brochures thématiques à destination des professionnels, mais aussi du grand public, comme Pierres et jardins et Envie de pierres, qui présentent les caractéristiques techniques des pierres ornementales. On lui doit également deux beaux livres : Vies de pierres, ouvrage qui donne la parole à de nombreuses personnalités proches du secteur de la pierre (géologues, architectes, historiens, conservateurs, plasticiens, entrepreneurs…), et Stone qui, par le biais de trente exemples de réalisations réussies, montre l’étendue des ressources de ce matériau. Édité par Prismes, ce dernier livre est toujours en vente en librairie.

Ce sont des chambres d’hôtes d’un autre type que proposent, sur les hauteurs de Ferrières, Dominique Megali et Alain Laby. Tandis qu’en cuisine, les produits du terroir s’attendrissent à feu doux, dans l’espace bien-être, sauna, hammam, jacuzzi et massages s’emploient à faire fondre votre stress. Et la chambre « Emmanuelle » n’est pas moins chaude.

Quand j’étais assistante sociale, je visitais mes clients. Quand je suis devenue déléguée commerciale, j’ai continué à aller vers les autres. Je me suis donc dit, pour « ma troisième vie, que c’était au tour des gens de venir à moi ! » Le raisonnement de Dominique, la maîtresse de maison, a ceci de commun avec l’eau du jacuzzi installé dans le jardin qu’il est limpide et pétille de fraîcheur. Le cas d’Alain, son mari, est en revanche plus complexe. La trajectoire de l’eau qui serpente d’une cascade à l’autre entre les plantes du jardin est de loin plus prévisible que le parcours emprunté par le Waremmiens au cours de sa vie professionnelle. En effet, s’il a étudié la kinésithérapie, il a gagné sa croûte en dirigeant un car-wash d’abord, une entreprise vendant des piscines et des saunas ensuite. Une chose est sûre, l’homme, qui a imaginé et réalisé tant l’espace intérieur que l’aménagement extérieur de « La Fiole Ambiance », n’a pas peur de se mouiller. « Au fur et à mesure que les années passaient, je sentais que ce qui me passionnait vraiment, c’était l’architecture », nous explique-t-il, en mettant la dernière main à la piscine « bien-être » qui sera accessible dès cet été. « Réfléchir à des projets, imaginer de nouveaux plans, créer des aménagements, sont peu à peu devenus mes passe-temps préférés. »

C’est de la volonté de de tenter « autre chose » qu’est né cet établissement chaleureux qui a réchauffé d’un seul coup le rugueux hiver 2012 - 2013. Dans le prolongement de l’habitation du couple, « La Fiole Ambiance » est un ancien relais postal transformé en chambres d’hôtes classées « 4 épis » par le Commissariat général au Tourisme et proposant également, à l’attention de ses clients, des tables d’hôtes. L’accouchement ne s’est cependant pas fait d’un coup de baguette magique, mais plutôt à coups de masse et d’huile de bras, comme en témoignent les cinq années de travaux menés avec des artisans locaux pour faire de cette bâtisse en moellons un joyau dédié au repos et au bien-être.

Après l’osier d’Emmanuelle, le fauteuil massant « Nous avons essayé de conserver au maximum les volumes et pierres d’origine, comme on peut le constater ici, dans le bar, qui a été aménagé autour de l’ancienne mangeoire pour chevaux », explique Dominique en servant cocktails et bières locales en guise d’apéritifs. « Nous avons percé des murs afin de faire une ouverture vers le jardin et, dans l’espace dégagé, nous avons aménagé trois chambres tout confort : la chambre “Matiti”, que nous avons décorée avec des objets ramenés d’Afrique, la chambre “Don Quichotte”, garnie d’accessoires et de peintures sorties de l’univers du héros de Cervantès, et la chambre “Emmanuelle”, avec le célèbre fauteuil en osier qui seyait si merveilleusement à Sylvia Kristel. » Et d’ajouter d’un ton coquin : « Nous avons déposé devant la télévision le DVD du film, histoire d’ajouter à l’ambiance. »

Pas de moulin à pourfendre ni de dulcinée à conquérir, en revanche, dans la chambre « Don Quichotte ». Le matin, c’est une armure plus légère – un kilt, un peignoir et des sandalettes – qui nous attend afin d’affronter les vapeurs du bien-être. « Nous avons voulu nous différencier des autres chambres d’hôtes en mettant, à l’attention des couples, un espace propice à la relaxation, avec sauna, hammam, cabine infrarouge, jacuzzi et table de massage », expliquent nos hôtes. Qui ont chacun leur façon de présenter leur arsenal chauffant. Dominique : « Le sauna, c’est une sorte de four préchauffé à 60 ou 80°, tandis que la cabine infrarouge, c’est le four à micro-ondes : vous réglez la température en entrant et c’est parti ! » Alain : « Dans le hammam, la vapeur vous donne l’impression d’être noyé dans le brouillard, alors que dans le sauna, vous êtes allongé dans une chaleur sèche, comme si vous étiez dans le désert. » Quelle que soit l’option choisie (mais vous pouvez bien sûr faire la totale, et même terminer par le bain d’eau glaciale qui vous tonifiera les tissus), la table de massage vous attend ensuite à l’intérieur de la maison, à côté d’un petit salon exotique. « Vous pouvez vous masser entre vous, car je ne masse pas moi-même, enfin pas encore », annonce Dominique. Les clients peuvent aussi s’abandonner dans l’imposant fauteuil électrique. Même s’il n’a rien en commun avec l’osier d’Emmanuelle, ils y seront en de bonnes mains. L’effet massant, plutôt surprenant au départ, provient des multiples vibrations obtenues par les mouvements des coussins d’air et d’airbags. Nulle partie du corps n’y échappe, d’ailleurs les bras et les pieds sont prisonniers dans des étuis. « Un géant couché, à l’attaque ! », aurait hurlé Don Quichotte. « Décontractez-vous, susurre au contraire Dominique. Si vous vous laissez aller, vous allez vous sentir étonnamment bien ! »

Une cuisine et des produits du terroir

Après le bien-être du corps, les plaisirs de la bouche. Les repas du soir se prennent dans la véranda couverte. Garnies d’une vaisselle élégante choisie par Dominique au hasard des brocantes, les tables sont proches l’une de l’autre tout en permettant aux couples d’entretenir une pincée d’intimité. Les plats filent et les produits du terroir défilent. Brouillade de saumon dans sa coquille d’œuf, poulet fermier aux mirabelles, trio de fromages, tarte au citron meringuée. À l’image de la passion de son mari pour l’architecture, celle de Dominique s’est révélée tardivement. On ne saura jamais si c’est elle qui est allée vers la cuisine ou la cuisine qui est venue vers elle, mais c’est délicieux. « Nous allons chercher nos jambons à Izier, nos fromages proviennent de la Fromagerie des Ardennes à Werbomont et de la Chèvrerie d’Ozo, les confitures que vous goûterez demain matin sont faites à Hamoir », énumère la maîtresse de maison en mettant un point final à la cérémonie en nous servant une Prunette de Harre, liqueur promue par la Confrérie Glorieux Saint-Hubert, à Manhay. « C’est peut - être cela, la fameuse fiole », pensons-nous en levant notre verre.

REPÈRE POUR GASTRONOMES

Le déplacement jusqu’à la Ferme de la Tour vaut la peine. Au bout du chemin se trouve une boutique gourmande, une véritable caverne d’Ali Baba, un lieu dédié aux épicuriens. 

C’est là qu’il y a 17 ans maintenant, Monsieur et Madame Schrevel ont eu un irrésistible coup de cœur pour cette ancienne ferme dont le corps de logis date du XIIe siècle et les granges, de 1809 exactement. Ardent défenseur des valeurs gustatives de qualité, le couple décide d’y installer un élevage et la production de canards gras et ses dérivés. L’aventure commence bien. Toutefois, au bout d’environ quatre ans, le couple se heurte à quelques contraintes d’ordre pratique et légal ; il n’existe pas en Belgique d’abattoirs consacrés à ce type de produit. Qu’à cela ne tienne, ils décident alors de rejoindre un groupement de coopérateurs dans le Périgord (Mont-de-Marsan), là où les canards bénéficient d’un bel espace et de l’alimentation indispensable à leur croissance. Là-bas, le personnel spécialisé dispose d’un équipement adéquat pour l’élevage et l’abattage de canards. Plusieurs fois par semaine, un camion livre les volailles entières à la Ferme de la Tour. Et c’est dans les ateliers de Glimes que commencent les différentes phases de traitement du canard : fumage, cuisson, emballage, étiquetage. Au menu, foies gras de mulard crus ou cuits au torchon, magrets frais ou farcis, fumés sur place, confits, gésiers, rillettes et pâté 100 % canard. 

La clientèle est composée de consommateurs avisés, mais aussi de restaurateurs dont « L’Air du Temps » qui affiche une fidélité de 17 ans à l’établissement, les deux maisons ayant débuté leurs activités à un mois d’intervalle. 

Dès l’entrée du magasin logé dans une ancienne étable jouxtant la maison, on est séduit par le choix des mets proposés. Parce que les beaux produits demandent à être bien accompagnés, des toasts, des biscuits fins, salés ou sucrés, des confitures (offertes à la dégustation) s’alignent sur des présentoirs et des petites commodes anciennes. Les produits de la mer ne sont pas oubliés : les homards en viviers, les soupes de poisson et une véritable rouille, font saliver le chaland qui résiste difficilement aux tentations gourmandes. Une belle place est réservée aux productions belges, à savoir des fromages de chèvre ou de vache frais ou affinés. Enfin, l’entreprise suggère quelques vins choisis, notamment une production viticole belge... et même wallonne !

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