Waw magazine

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Lionel Plaquette, un savoir-faire ancestral transmis depuis six générations et toujours la passion du produit.

Paysages boisés, champs à perte de vue, Mesnil-Saint-Blaise est un village près de Houyet, en province de Namur. Lionel Plaquette s’attelle à la fabrication du beurre. Les poulets se promènent dans la cour et le coq chante. L’atelier de production fait face à la maison de sa maman où flotte une douce odeur de beurre. C’est à dix-huit ans, après des études de technicien agricole qu’il décide de reprendre le flambeau. Son envie ? Perdurer la tradition tout en y ajoutant de nouvelles idées, plus modernes.

Les meilleurs ingrédients

À la truffe, au citron et poivre vert, aux oignons et gingembres, ou encore aux trois algues, les recettes de beurre ne manquent pas de fantaisie. Lionel Plaquette produit un beurre « haut de gamme », caractérisé » par « un respect de la tradition et une attention toute particulière à l’alimentation des cheptels ». Son idéal serait que son beurre de luxe se substitue au fromage et qu’il se suffise à lui-même.

Le travail de ce producteur éleveur peut être comparé à celui d’un couturier qui choisirait les meilleures étoffes. Ce qui le différencie ? « Les vaches pâturent le plus longtemps possible, selon les conditions climatiques. Elles se nourrissent également d’un foin de prairie d’une énorme diversité. Nous privilégions la qualité à la quantité. » Et le produit fini s’en ressent.

Après analyses, il apparaît que ce beurre présente un excellent profil d’acides gras. Vingt-huit différents ! Jusqu’à se targuer d’être dépourvu de mauvais cholestérol, aujourd’hui ennemi public numéro un. Garantie sans conservateurs, la plaquette de beurre peut se garder jusqu’à trente jours au frigo et un an au surgélateur. « La meilleure température de conservation se situe entre 4 et 6° et la consommation autour des 10°. Il se conserve mieux fermé pour ne pas prendre toutes les odeurs du frigo. »

Export

Son envie d’investir le marché français s’est concrétisée lors d’une rencontre au Salon International de l’Alimentation. Est alors née une deuxième société, Mimat’Milk. Elle prend ses racines en France, dans la Lozère au nord de la région Languedoc-Roussillon. Lionel Plaquette y a trouvé son bonheur : du lait de montagne d’une qualité exceptionnelle. Avec le fromager Jean- Pierre Julien, il produit du beurre pour le marché français et l’exportation, et ce depuis près d’un an. « On s’est rendu compte que le beurre belge n’intéresse pas les Français. C’est difficile d’accéder au marché pour vendre notre beurre. Je pense que les Français sont un peu chauvins, ils aiment acheter ce qui vient de leur pays. »

Emballé dans du papier parchemin, comme à l’ancienne, le beurre L&L Plaquette bénéficie d’une demande toujours plus grande. Ambitieux, la tête sur les épaules, Lionel Plaquette désire continuer à développer l’entreprise familiale. Font également partie de son offre, les fromages maigres comme la maquée de babeurre et la boulette, mais aussi les yaourts qu’il désire développer de façon plus professionnelle. Il souhaite également s’étendre en Belgique et à l’étranger, ses produits étant notamment déjà présents à Dubaï et au Japon.

DES PRODUITS DISTINGUÉS

L’International Taste and Quality Insitute a distingué Lionel Plaquette avec deux étoiles en 2011 et 2014 pour son beurre de baratte doux et celui au lait cru et à la fl eur de sel. En 2011 également, il a reçu le Coq de Cristal, de l’APAQ-W et l’ACW, pour son beurre non salé. Son projet français Mimat’Milk a été récompensé par le concours Coup de Pousse et Lionel Plaquette a été désigné comme « Graine d’entrepreneur ».

Un duo d’autodidactes monte au firmament. L’Éveil des Sens porte bien son nom.

Étoilé Michelin depuis 2002 et gratifié de la cote 17 sur 20 chez Gault&Millau, le chef Laury Zioui en son restaurant L’Éveil des Sens à Montigny-le-Tilleul (dans la banlieue « chic » de Charleroi) parle de sa démarche culinaire en termes de créativité et de terroir avec la nostalgie de son Maghreb natal. Il est né en 1959 dans la cité minière de Khouribga à une centaine de kilomètres de Casablanca. À seize ans, il découvre l’Europe sous la neige, sandales aux pieds, vêtu d’un simple tee-shirt. Après des passages remarqués dans quelques établissements de la région, il ouvre son propre établissement en 2000 qui connaît immédiatement un succès jamais démenti par la suite. Autodidacte, il sait, dès ses premières expériences culinaires, mettre en valeur les épices de son pays magnifiées par la cuisine familiale dont il se souvient avec tendresse et émotion.

Papilles et pupilles

Laury revient, avec audace et instinct, vers ce qu’il sait combiner, aux produits du terroir : une démarche rare qui trouve ici tout le bon sens de la créativité de ce chef qui ne finira jamais de nous surprendre, à l’image d’un homme ouvert de coeur, à l’esprit curieux, heureux des échanges. Mais ce ne sont pas uniquement les sources de ses recherches, il cherche aussi l’inspiration dans les cuisines du monde mêlant les notes d’Italie à celles de France ou du Japon. De nouvelles sensations naissent. Des notes qui sonnent juste et sensible, qui savent insuffler aux plats la ferveur du chef. Titillant nos papilles, Laury n’hésite pas à surprendre aussi nos pupilles : formes, sensations et couleurs éclatent avec ravissement. De sa culture marocaine, le chef a gardé le goût des légumes et de la fraîcheur. Un faible avoué pour les salades et les herbes et cette manière si particulière de déployer son inventivité en créant les assaisonnements dont il entoure les produits de saison, maîtrisant avec virtuosité une science sensible des épices.

Épuré sans froideur, luxueux sans la moindre ostentation, le décor de la salle de restaurant mêle le noir, le blanc et l’anthracite sous des petites et chaleureuses voussettes en briques. Salle qui va se compléter d’une lumineuse et sereine terrasse arrière pour quelques moments de plaisir et de convivialité souriante.

Nadia Diva

Entourée d’une jeune et dynamique équipe, Nadia joue un rôle parfaitement complémentaire à celui de son mari. À elle de comprendre le souhait du client, de le guider pour une rencontre gastronomique entre mets et vins. Récompensée par le Trophée du Sommelier de l’Année décerné par Gault&Millau 2011, elle exprime avec bonheur et détermination sa passion des vins qu’elle aime partager à travers une sélection de près de 800 références. La plus belle cave de Wallonie ! Autodidacte elle aussi, Nadia Zioui persuade par l’ampleur de ses compétences tout autant qu’elle séduit par son audace et ce sens quasi inné sachant idéalement associer les vins aux plats du chef. Cet exercice d’osmose privilégiant la découverte renouvelée est le fruit de dégustations régulières de crus et d’une sélection pratiquée de concert avec le chef à chaque changement de carte.

En cuisine, à côté de Laury, son jeune chef pâtissier, Vincent Denis, a obtenu, l’année passée, le titre envié de Premier Cuisinier de Belgique 2014 lors du renommé Prix Prosper Montagné, une fameuse référence ! Laury a su, au fil du temps, s’entourer d’actifs collaborateurs minutieusement choisis, auxquels il a insufflé son enthousiasme et son désir de bien faire.

LES SPÉCIALITÉS DU CHEF

Une simple mais goûteuse variété de tomates anciennes accompagnée de thon, fenouil et vinaigrette orientale. Le coeur de cabillaud se complète de chermoula, supions et noix de cajou. La surprenante et savoureuse canette des Dombes est cuite en basse température, elle s’escorte d’une mousseline de pommes de terre et de légumes.

Le coeur de noix de ris de veau est présenté à la japonaise avec dashi et shimeji (champignons blancs). Les desserts sont une suite de douceurs vous permettant de terminer votre repas en délicatesse : fraises du pays en deux préparations, les gourmandises de Vincent ou le soufflé chaud selon votre goût (limoncello, Grand Marnier, vanille, chocolat ou Chartreuse verte).

Outre une jolie carte, on vous propose trois menus aussi attrayants que généreux :

« Éveil du goût » (cinq services à 68 €),
« Fête des sens » (six services à 98 €),
« Découverte » (menu-surprise en cinq services avec vins, eaux, apéritif et café pour 125 €).

Sans oublier, les midis en semaine, un lunch en trois services pour 42 €.

Patience, passion, respect de la nature et amour du métier, des ingrédients indispensables ! Ludovic Vanackere l’a très bien compris. Il faut profiter de ce très beau savoir-faire, le sien et celui de ses fournisseurs au travers de son restaurant, l’Atelier de Bossimé, à Loyers. 

Fils d’agriculteur, Ludovic Vanackere est depuis sa tendre enfance plongé dans l’univers de la ferme. Entouré de personnes pour qui le terroir représente une véritable richesse, il a pu observer et s’imprégner des valeurs essentielles, voire incontournables, qui permettent de réaliser des produits d’exception.

Ainsi, l’Atelier de Bossimé a établi ses quartiers dans les dépendances de la ferme, là où jadis on vendait les produits locaux. Le lieu est bucolique et la déco cohérente avec l’esprit général, empreinte de simplicité et d’authenticité. La nature environnante, particulièrement généreuse, offre entre autres de nombreuses herbes sauvages, que Ludovic récolte et incorpore dans ses plats. Afin de parfaire ses connaissances dans ce domaine, il collabore avec Lionel Raway, membre de l’ASBL « Cuisine Sauvage ». Cette ASBL, qui valorise l’introduction de plantes sauvages dans la cuisine, tente également de sensibiliser le public au respect et à la protection de la nature et travaille au développement d’un centre de compétences en plantes sauvages comestibles.

« La Cuvée Neel »

Ici, la collaboration est un véritable concept, elle permet aux producteurs et aux éleveurs de se dépasser et d’offrir des produits d’excellence pour les convives de Ludovic.

Le résultat de cette belle collaboration avec les autres professions commence dès l’apéritif, avec le vin effervescent du domaine du Riz d’Argent, à Bovesse. Cet exquis breuvage aux notes de fruits blancs et à la pétulance fine et élégante a été réalisé tout spécialement pour l’Atelier. Le vigneron Jean-François Baele et le Chef ont élaboré ensemble cette cuvée faite d’un cépage 100 % solaris, réalisée selon la méthode champenoise : « La Cuvée Neel » (qui fait référence au prénom de la fille de Jean-François Baele).

Bien que Ludovic Vanackere soit très jeune, il a un discours très mature sur sa profession et sur la philosophie de gestion de son activité. Il y a beaucoup d’intelligence dans son approche du métier au quotidien, y compris dans la gérance du personnel. Côté horaires par exemple, il tient à ce que les heures de prestation soient raisonnables, pas plus de 40 heures semaines. De cette façon, travailler reste un plaisir et chaque convive profite pleinement de la fraîcheur et de l’enthousiasme des gens de salle. La réussite de son entreprise réside aussi dans ce savant mélange entre modernité et méthodes traditionnelles. Ludovic a l’art de prendre ce qu’il y a de meilleur dans chacune des approches. L’autre richesse tient dans le fait d’être issu d’une très grande famille d’agriculteurs. Les onze enfants de la famille de sa maman sont tous du métier, c’est dire le nombre de rencontres potentielles parmi les producteurs et éleveurs… Mais pour l’instant, c’est avec une quinzaine d’entre eux qu’il collabore quotidiennement.

Le lieu est bucolique et la déco cohérente avec l’esprit général, empreinte de simplicité et d’authenticité.

 

La viande de porc provient de l’élevage Magerotte, à Nassogne. Un élevage de porcs en plein air qui octroie un espace de 400 m2 à chaque animal. Cela associé à la qualité de leur nourriture (même les compléments alimentaires sont issus de produits du terroir), contribue à obtenir une viande d’exception dont la saveur s’apparente à celle des porcs ibériques.

Le canard, produit que Ludovic affectionne tout particulièrement, provient de la Ferme Floumont. C’est une collaboration intense entre l’éleveur et le Chef qui a permis d’obtenir un canard offrant une chair idéalement goûteuse, pour le plus grand plaisir des papilles des clients.

Les légumes, quant à eux, proviennent de chez Daniel Leblond, maraîcher bio en traction animale. Il produit ses légumes dans la région qui se situe entre Redu et Maissin, sur une surface de deux hectares et demi. Sa production est écoulée sur certains marchés, dans des magasins bio et chez quelques restaurateurs.

Pour le beurre, les oeufs et la crème, Ludovic s’adresse à la ferme Eloy. Il retravaille la savoureuse crème de ferme en lui faisant subir les dif-férentes étapes d’affinage du beurre, mais arrête le processus plus tôt… De cette façon, il obtient une crème qui a un goût plus spécial et qui servira de base pour réaliser les exquises sauces dont il a le secret.

Dernière nouveauté en date, les oeufs d’escargots, un produit de chez nous, prestigieux comme le caviar, dont le goût s’apparente à celui de la capucine. Ils accompagneront parfaitement la dégustation des petits gris de Warnant.

Dès l’année prochaine, le pain au levain (qui est déjà fait maison) sera fabriqué avec la farine produite à la ferme. Difficile de mettre plus en évidence le concept du circuit court !

ET POUR VOUS METTRE L’EAU À LA BOUCHE

Quelques mises en bouche…

Chips, grisini maison, spiring de chez Monsieur Magerotte à Nassogne, asperges blanches de Malines grillées, queue de boeuf, livèche, émulsion d’asperges.
Tombée de courgettes, velouté de courgettes cuites au BBQ, émulsion de fromage de chèvre.

Petits gris, épinards, oeufs d’escargots maigres, haricots, fumet de poissons.
Croustillant de ris de veau, asperges vert cru, jus d’herbes.
Magret de canard de Floumont, caviar d’aubergine, poivrons, fond de veau.

Pré dessert

Glace au lait, émulsion de chocolat Caramélia, crumble de noisettes.
Écrasé de fraises comme à la maison, herbes du moment.

Dessert

Rhubarbe, fraises et sorbet de basilic, émulsion de chocolat blanc, crumble de chocolat blanc.

Quelques mignardises

Praline maison, coque de chocolat noir Manjari, praliné noisette et chocolat au lait.
Sucette à la cannelle et chocolat.

À côté de vestiges préhistoriques et miniers, la cité des Iguanodons recèle bien d’autres curiosités. La preuve, depuis 2010, avec le projet Terhistoire. 

Qu’il soit historique, bâti ou naturel, l’entité de Bernissart abrite un patrimoine d’une grande diversité qui couvre une période allant du Crétacé à nos jours. Pour le faire connaître et le valoriser auprès d’un large public, l’ancienne cité minière s’est associée, en 2010, à la ville française de Condé-sur-Escaut – distante d’à peine 10 km et méritant le détour pour ses fortifications médiévales – pour initier un projet touristique européen baptisé Terhistoire (Interreg IV).
En plus d’une tablette numérique lancée voici quelques mois (voir encadré), cet ambitieux concept de territoire unique à remonter le temps vient d’accoucher de nouveaux circuits de randonnée. Long d’une quarantaine de kilomètres, chacun de ces parcours balisés et thématiques s’adresse aux adeptes de la marche et du VTT. Un guide topographique a été édité pour leur permettre d’explorer cette jolie contrée et en localiser les principales curiosités au départ du musée de l’Iguanodon. Ce dinosaure est devenu l’emblème de la cité depuis 1878, de même que la mise au jour par des mineurs de 29 spécimens fossilisés désormais visibles au musée d’Histoire naturelle de Bruxelles. Voici 12 ans, un des squelettes provenant de cette découverte qui fera date dans les annales de la paléontologie, a été rapatrié à Bernissart où un espace d’exposition lui est dédié.

De son passé minier, Bernissart a conservé quelques vestiges qui font la fierté de ses habitants. Au bout de la rue des Iguanodons, l’ancienne machine à feu en constitue le témoignage le plus précieux. Construit en 1782, le bâtiment abritait, à l’origine, une machine à vapeur conçue pour actionner les pompes d’exhaure.
Par la suite, les gardes-chasse du Duc de Croÿ l’occuperont, avant que le site ne tombe en ruine jusqu’à son rachat en 2005 par la Commune et la rénovation de ce témoin unique de l’ère préindustrielle. À l’intérieur, le mécanisme a été fidèlement reconstitué et permet aux visiteurs de mieux comprendre son fonctionnement. « Il ne subsiste qu’un autre ouvrage de ce type et c’est en Angleterre, à Tipton, près de Birmingham », indique Lucille Savignat, coordinatrice du Terhistoire.

Un guide topographique a été édité pour leur permettre d’explorer cette jolie contrée et en localiser les principales curiosités au départ du musée de l’Iguanodon.

 

Musée de la Mine

Ancien mineur, Jeannot Duquesnoy y perpétue depuis 1992 la mémoire de la grande épopée des « gueules noires ». Son mérite est d’avoir pu récupérer des entrailles de la Terre du matériel et des machines vouées à la casse. À l’image de ce monstrueux ventilateur de galerie aux palettes en bronze, d’un treuil à vapeur ou encore d’une cage de descente de chevaux.
Cet ancien village minier peut également se prévaloir d’un exceptionnel patrimoine écologique. Comme la plupart des zones humides de la vallée de la Haine, les marais d’Harchies proviennent d’affaissements miniers survenus au début du XXe siècle. Les dépressions ainsi formées se remplirent d’eau pour donner naissance aux étangs actuels qui abritent de nombreuses espèces d’oiseaux – le grand cormoran y niche depuis 1994 – ainsi qu’une flore inestimable.
Ce milieu aquatique contraste avec les paysages lunaires de la sablière de la Grande Bruyère, à Blaton. Les insectes et les hirondelles ont fait de cette vaste étendue de sable nu, colonisée par des plantes sèches, un véritable sanctuaire. Blaton recèle, en outre, un patrimoine architectural insolite : les crêtes à cayaux. Il s’agit de murs en grès reposant sur un savoir-faire empirique remontant au néolithique.

Toujours au rayon des curiosités, l’église Notre- Dame de Pommeroeul arbore son clocher penché défiant les lois de l’équilibre. Si les causes de cette anomalie visible à des kilomètres à la ronde continuent à diviser les experts, celle-ci captive le regard des touristes médusés.

DU CRÉTACÉ À L’ÈRE NUMÉRIQUE

Une tablette tactile permet désormais aux touristes d’explorer cette jolie région de façon ludique et interactive.

Depuis le printemps dernier, une application numérique permet de découvrir autrement la région frontalière de Bernissart et de Condésur- Escaut. Dans le cadre du projet Terhistoire, ses concepteurs ont accouché d’un produit touristique résolument novateur qui offre un mode de visite ludique et pédagogique.

Cet outil est le fruit d’un partenariat avec le studio Lucky Pencil (Valenciennes), spécialisé dans la production de jeux vidéo et de films.
« La tablette tactile s’est imposée au détriment du Smartphone qui n’offre pas un aussi grand confort d’utilisation », explique son directeur Ludovic Leleu. Ces orfèvres de l’image ont scénarisé l’information touristique en portant un regard cinématographique sur les beautés patrimoniales, architecturales et naturelles de cette contrée.
Le musée de l’Iguanodon et la médiathèque de Condé-sur-Escaut (F) mettent gratuitement à la disposition du public une quinzaine de tablettes. Baptisée Fragment, celle-ci convie à une chasse au trésor en compagnie d’un personnage historique qui leur sert de guide interactif : le Duc Emmanuel de Croÿ. Fragment invite l’utilisateur à reconstituer, tel un puzzle, des morceaux d’histoire spécifiques à ce territoire.
« À chaque étape (42 au total) correspond un code qui, une fois rentré, déclenche une animation thématique en lien avec le site jalonnant le parcours sous la forme d’un petit film, d’une reconstitution en 3D ou encore d’un mini-jeu », indique Lucile Savignat, coordinatrice du Terhistoire.

Outre les escales incontournables, Fragment s’attache aussi à mettre en valeur, au travers d’interviews et de témoignages, des curiosités et des savoir-faire typiques de cette région : la perche couverte d’Harchies, les murs à cailloux, etc.

À six kilomètres de Soignies se dresse le château de Louvignies. Franchir ses portes, c’est replonger dans l’ambiance de la Belle Époque.

Quand elle traverse l’entité sonégienne, pays de la pierre de granit, la chaussée Brunehault, qui relie Bavay à Utrecht, traverse un bref instant un petit village appelé Chaussée-Notre-Dame-Louvignies. Elle a beau passer là chaque jour, cette voie romaine, elle ne fera jamais le moindre crochet pour aller admirer le château du village dont la tour, flanquée de ses tourelles, monte depuis le XIe siècle, à l’assaut de ce bout de ciel hainuyer. « Quel pauvre esprit que celui qui galope avec des oeillères », nous sommes-nous dit en découvrant, cachée dans son paradis de verdure, cette majestueuse demeure répondant à l’appellation, somme toute logique, de château de Louvignies. Cette demeure de style néo-renaissance reconnaissable à sa tour sarrasine et son vaste parc à l’anglaise du XIXe s’ouvre chaque année aux visiteurs. « Cette propriété est devenue le fief de notre famille par mariage en 1716, explique l’actuelle propriétaire, Florence de Moreau de Villegas de Saint- Pierre. Le château fut aménagé peu après. En 1870, mon aïeul, Léon de Villegas de Saint-Pierre, qui embrassa une carrière diplomatique avant de devenir bourgmestre de la commune, se lança dans une vaste et longue campagne de transformation et de rénovation qui s’étendit jusque 1885. Les travaux ne concernèrent pas seulement le château lui-même, qui fut joliment reconstruit autour de l’ancienne tour de défense, mais également le parc et les jardins qui sont l’oeuvre de Louis Fuchs, l’un des architectes paysagistes les plus en vogue du moment, qui y a fait planter 600 arbres de futaie ainsi que des arbres de position. C’est de cette époque que datent également les constructions de la chapelle, de l’aile servant d’écuries à boxes doubles pour recevoir les chevaux des hôtes, ainsi que de la glacière. En hiver, on découpait la glace qui s’était formée sur l’étang et on l’entreposait dans un puits en vue des rafraîchissements en été. Une couche de glace, une couche de paille, une couche de glace… Cette glacière, bien sûr, n’a plus de raison d’être depuis longtemps ! » On ne sait ce qu’il faut admirer le plus une fois franchie l’enceinte de cette magnifique propriété, sise, comme il se doit, rue de Villegas : la façade de la demeure typiquement XIXe siècle qui a conservé certains témoignages des constructions antérieures, ou le parc à l’anglaise ? D’une superficie de quinze hectares, celui-ci est une invitation à la promenade. Les sentiers sont bordés de nombreux arbres remarquables, comme ce tulipier de Virginie ou ce tilleul argenté pleureur. L’ancien potager (1 ha) est divisé en quatre carrés et riche de très nombreuses variétés de poiriers. Il est bordé par l’orangerie, qui a été convertie en habitation, celle de Florence de Moreau. Une oie veille discrètement sur l’entrée, ainsi qu’un superbe lévrier russe au pelage blanc tacheté de noir. « C’est une race spécialement dressée pour chasser les loups, signale la maîtresse des lieux, nous rappelant ainsi que le nom de Louvignies trouve son origine dans le mot latin Lupus signifiant Loup. Mais il est vrai que s’il pouvait s’occuper des renards, cela nous arrangerait encore mieux ! »

Une châtelaine dans les tranchées

L’intérieur du château témoigne, lui, du grand train de vie de l’époque. Depuis le salon blanc, lieu de conversations apprécié des dames, ou la salle à manger, avec son imposante cheminée, jusqu’aux halls et chambres à l’étage en passant par les cuisines du sous-sol avec leur batterie d’ustensiles et leur large fourneau, la découverte du château s’apparente à une véritable visite de musée. La décoration intérieure, le mobilier et les objets domestiques sont restés en place depuis des lustres et en font un spécimen complet de la Belle Époque. Une somptueuse caverne d’Ali Baba que Florence de Moreau vient d’enrichir encore grâce à des prêts émanant de collectionneurs privés. Depuis le début de l’été, en effet, le château sert d’écrin à une exposition intitulée « La châtelaine dans les tranchées » et consacrée à son aïeule, la comtesse Maria de Villegas de Saint-Pierre (voir notre article page 92). Grâce à la rigoureuse mise en scène de Florence, qui s’est basée sur des carnets et albums de photos retrouvés récemment dans de vieux coffres, les quelque trente pièces du château sont autant de vitrines de ce que fut la vie de son aïeule durant la guerre. Un retour enchanteur à l’une des périodes les plus dures de notre histoire sur laquelle une femme volontaire et courageuse – celle que la Reine Élisabeth appelait familièrement « le major de Poperinghe » – n’a cessé de poser un baume.

UNE CUISINE CONVOITÉE PAR LES CINÉASTES

Ceux et celles qui ont regardé le feuilleton britannique Upstairs, Downstairs dans les années 1970 ou, plus près de nous, la superbe série Downton Abbey, n’auront qu’à fermer les yeux pour se représenter la cuisine où les serviteurs s’affairaient, comme les abeilles dans une ruche, dans les somptueuses demeures anglaises du début du XXe siècle. La cuisine du château de Louvignies, au sous-sol, à l’extrémité d’un long couloir froid, est dans un état à ce point remarquable, avec ses multiples ustensiles rappelant l’atmosphère typique de l’époque, que plusieurs cinéastes l’ont choisie comme lieu de tournage. Parmi ceux-ci, Claude Berri, pour Germinal, et François Ozon, pour Angel. Quant à François-Xavier Vives, il y est venu en 2012 avec Marie Gillain pour le tournage de Landes, dont de nombreuses scènes ont également pour cadre les salles du château.

Maintes fois annoncée, longtemps reportée, la rénovation de la ferme Omalius, remarquable bâtisse du XVIIe, sort enfin des cartons pour le plus grand bonheur de la commune, qui soutient le projet depuis près d’une quinzaine d’années !

Épilogue d’une histoire à rebondissements – les travaux devraient débuter fin 2014 – le chantier de réhabilitation de la ferme n’a pas manqué d’animer les débats du conseil communal du village. « On ne doit plus être très nombreux à avoir connu toutes les étapes de ce dossier », sourit Francis Hourant, échevin des travaux. Racheté en 1999 par l’Institut du Patrimoine wallon (IPW), ce bâtiment presque entièrement classé et datant du XVIIe accueillera, d’ici 2016, la nouvelle administration communale et les services communaux dans l’une de ses ailes, tandis que les trois autres seront occupées par des logements de standing. Le nouvel ensemble côtoiera ainsi une autre réhabilitation originale, la ferme Saint-Laurent, qui abrite déjà 19 logements sociaux.

« Cela fait plus de quinze ans qu’on pousse pour que la ferme Omalius retrouve une seconde jeunesse et si ce fut loin d’être un parcours de santé, on peut enfin apercevoir le bout du tunnel », se félicite l’échevin. Il faut dire que, devant l’ampleur des travaux, les investisseurs ne se bousculaient pas pour prendre à bras le corps un tel projet. Au début des années 2000, un premier projet y prévoyait la création de gîtes, d’un restaurant et de commerces, mais son promoteur ne put rassembler les fonds nécessaires pour le mener à bien. C’est donc un partenariat public-privé, appuyé par des subsides du service public de Wallonie, qui conduira la rénovation de l’ensemble, estimée à plus de dix millions €. « Nous travaillons avec le bureau d’architecture Garcia ainsi qu’avec l’entreprise Thomas & Piron pour la partie habitation qui, une fois achevée, pourra accueillir de nouveaux habitants et ainsi participer à la redynamisation du centre de la commune. Après le château de l’Avouerie et la ferme Saint-Laurent, la restauration d’Omalius s’inscrit clairement dans la valorisation de notre patrimoine. » Un dossier unique puisqu’il verra donc l’administration communale déménager de ses locaux devenus vétustes et où le manque d’espace se faisait ressentir, pour une destination plus authentique. L’opposition, de son côté, soutenait la construction d’un nouveau bâtiment pour abriter les employés communaux, arguant d’un coût moins élevé pour les finances du village. « La rénovation est certes plus coûteuse sur le papier, mais il faut parfois voir plus loin », temporise Francis Hourant. « Avec cette transformation d’un bâti existant, non seulement nous rénovons un lieu d’exception, qui sera un argument touristique supplémentaire, mais, en plus, nous dégagerons à terme des rentrées supplémentaires, tant en matière de précompte immobilier ou sur l’impôt des personnes physiques. Sans parler qu’en attirant de nouveaux habitants, on réorganisera l’activité économique autour de ce quartier. » De nouveaux commerces, une crèche ainsi qu’un vaste projet de réaménagement environnemental, axé sur la biodiversité, s’annoncent comme les conséquences directes de ce projet d’envergure.

«Cela fait plus de quinze ans qu’on pousse pour que la ferme Omalius retrouve une seconde jeunesse et si ce fut loin d’être un parcours de santé, on peut enfin apercevoir le bout du tunnel.»

 

Lovée sur les versants de la vallée de l’Ourthe, en plein Condroz, Anthisnes doit sa renommée à l’industrie de la pierre et du petit granit, exploités depuis le moyen-âge pour atteindre son apogée au début du XXe siècle. Les colonnes du pont de Fragnée, la Grand Poste à Liège et même le Cinquantenaire à Bruxelles ont été construits en pierre d’Anthisnes. Si l’activité a périclité pour ne plus occuper que trois carrières actuellement, la commune, qui compte plus de 4 000 habitants, ne souhaite pas devenir une cité dortoir, coincée dans son passé, et entend bien attirer de nouveaux occupants, en mettant en avant son patrimoine, mais surtout sa vie associative, ses écoles, son identité. « Il ne faut pas voir ce projet uniquement comme une énième rénovation d’un riche patrimoine. La réflexion globale qui sous-tend le projet s’inscrit plutôt dans une démarche de développement durable et social, où nous pourrons promouvoir la mixité générationnelle, réinjecter du lien social et ainsi revitaliser le point névralgique de la commune », conclut Francis Hourant.

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