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Finies les années d’abandon. Trésor historique et architectural, le Château du Faing s’offre enfin une nouvelle vie.

Les interminables kilomètres parcourus le long des forêts luxembourgeoises en valent la chandelle. Sans crier gare, le colosse se dresse devant des yeux ébahis. Un spectacle à en rester coi. Même sous la drache nationale, le soleil semble se refléter sur la bâtisse recouverte de crépi ocre et ornée de pierre de taille grise. De style néogothique, la construction en forme de U est flanquée de quatre tours rondes aux angles dont une au sud-est, celle qui attire tous les regards, est couronnée d’un clocheton et d’un phare qui, la nuit, illumine le village.

Le château actuel, reconstruction à l’identique, date du XIXe siècle. Aux origines médiévales, la famille « du Faing », seigneurs de Jamoigne, y avait élu domici le. Étymologiquement, la seigneurie « du Faing » tire ses racines des terrains « fangeux » qui bordent la Semois et sur lesquels est bâti l’édifice. Le « Faing » est aussi devenu un hameau de Jamoigne. On comprendra pourquoi. Mis à mal par les vicissitudes de son histoire, le premier château n’a pas résisté au temps. En 1872, le comte Fernand de Loen d’Enschedé et l’architecte Pierre Van Kerkhoven reconstruisent le monument sur le même plan que son prédécesseur.

Fierté populaire

Le château résiste aux deux Guerres mondiales. Après avoir servi de foyer d’accueil pour enfants, les Soeurs de la Charité de Besançon le cèdent pour un franc symbolique à la commune de Chiny en 1976. La bâtisse et ses alentours deviennent alors propriété communale et hébergent une maison de repos gérée par le CPAS. Ce dernier érige également 15 maisonnettes de plain-pied dans le parc du château. On a vu endroit moins agréable. En février 1997, l’Institut du Patrimoine wallon (IPW) l’inscrit sur sa liste des bâtiments à préserver. Cependant, ce classement n’arrive pas à contrer le manque d’argent indispensable à la réhabilitation sanitaire du centre. En 2011, la fermeture est inéluctable. « Un tel dossier n’arrive qu’une fois dans une carrière », sourit le Député-Bourgmestre de Chiny. Lorsque Sébastian Pirlot prend ses fonctions en 2006, le château n’est plus que l’ombre de lui-même, un patrimoine exceptionnel à l’abandon depuis cinq ans. À l’arrivée d’une nouvelle majorité, la Ville de Chiny entreprend la rénovation complète de ce site avec le soutien de la Région. Les demandes de subventions se concrétisent en 2009. Un projet pilote est mis sur les rails : rassembler tous les services communaux dans ce même espace de plus de 800 m². En tout, 6 millions € sont nécessaires pour la réhabilitation. La Région wallonne accorde 3,5 millions de subsides. La commune de Chiny s’engage à fournir les 2,5 millions restant. Après deux ans de travaux de rénovation intérieure et extérieure, le château du Faing aura été fin prêt pour son inauguration, reconnue « activité exceptionnelle » par l’IPW, le dimanche 9 septembre dernier, à l’occasion des 24e Journées du Patrimoine. Chiniciens et Chiniciennes auront (re) découvert une nouvelle version de ce patrimoine trop longtemps oublié.

Après deux ans de rénovation, le château est fin prêt pour sa nouvelle affectation depuis sa récente inauguration à l’occasion des dernières Journées du Patrimoine.


Réhabilitation

Comme le précisait le projet pilote, le château accueille désormais l’administration communale dans l’aile droite et le CPAS dans l’aile gauche. Les autres services communaux ont élu résidence dans les trois annexes. La première dépendance, la « Grange du Faing », offre un espace dédié aux artistes locaux qui y exposent leurs oeuvres, à moindres frais. La deuxième accueille, d’une part, la bibliothèque et, d’autre part, une salle polyvalente. Les locaux de la dernière annexe sont répartis entre l’Agence Locale pour l’Emploi, les titres-services et la Police. Afin de trancher avec le style néogothique extérieur, l’intérieur s’est doté de mobilier moderne.

Destiné au départ aux enfants de militaires belges prisonniers, le foyer de Jamoigne héberge, entre autres, 87 enfants juifs belges inscrits sous des noms d’emprunt et intégrés dans des troupes de scouts.


Les façades, toitures, murs d’enceinte ainsi que plusieurs salles du rez-de-chaussée du château sont désormais « monuments classés ». Pour les citoyens ou touristes de passage, l’ASBL Territoires de la Mémoire invite au voyage par son parcours didactique afin de se souvenir de l’histoire du château et son influence au cours des époques. Dans un futur proche, les autorités prévoient d’autres activités. Des concerts, des haltes gourmandes, une plaine de jeux ou encore un festival de jardins dans le parc du château, en cours d’aménagement. Les visiteurs peuvent d’ores et déjà profiter de ce parc public de plus de six hectares, accessible 7 jours sur 7 à tous les flâneurs. De Chiny ou d’ailleurs.

 

Renseignements

Administration communale de Chiny
Rue du Faing
B-6810 Jamoigne (Chiny)
[email protected]
www.chiny.be

 

Référence

Aux origines, l’histoire de la lignée reste confuse. Au XVIe siècle, cela s’éclaircit. On sait que Jean de Tassigny, ancêtre de la famille du Faing, réside dans le hameau du même nom. Hugues, fils de Jean de Tassigny, prend le nom dudit fief et intègre la noblesse grâce à son union. Henry du Faing, fils d’Hugues du Faing, permet à la lignée familiale d’acquérir une importance certaine, grâce à son mariage avec Agnes de Tassigny, fille de Jean de Tassigny. Des dix enfants, seuls deux d’entre eux auront des descendants mâles pour prolonger la lignée. Selon la légende, Nostradamus aurait fait un voyage dans la région du temps d’Henry du Faing. Malheureusement, aucun document ne peut confirmer son passage.

Au XVIIe siècle, toutes branches confondues, Gilles du Faing est sans conteste le plus illustre personnage de la famille. Philippe IV, Roi d’Espagne, hisse la seigneurie de Jamoigne au rang de baronnie au profit de Gilles du Faing. Il a obtenu de nombreuses faveurs… héréditaires.

La forge du Faing

Avec la révolution industrielle, Jamoigne développe quelque peu son usine sidérurgique. Baptisée à l’origine « forge du Faing », elle devient par la suite le « fourneau de la Hailleule ». Le fourneau finira par s’éteindre en 1838 et être remplacé par un moulin et une huilerie. En 1872, le château du Faing, dont il ne reste que des ruines, change de mains. Le comte Fernand de Loen d’Enschedé et l’architecte Pierre Van Kerkhoven reconstruisent le monument sur le même plan que son prédécesseur. En 1885, Fernand de Loen cède le château toujours en travaux à la famille Louppe. En 1903, après un grave incendie, les Louppe cèdent la bâtisse, les annexes et le terrain aux Soeurs de la Charité de Besançon.

 

Le château des Justes

Siècle après siècle, les seigneuries s’y succèdent et marquent, au fil des générations, l’histoire et l’architecture du lieu. Le XXe siècle signe un tournant lorsqu’en 1903, les Soeurs de la Charité de Besançon, congrégation enseignante et hospitalière, achètent le château, les dépendances ainsi que le terrain. Les religieuses et leurs pensionnaires affectionnent particulièrement la tranquillité de la région. En 1933, l’ASBL Maison de Repos achète la propriété. Durant la Seconde Guerre mondiale, le château devient le « Home Reine Élisabeth ». Destiné au départ aux enfants de militaires belges prisonniers, le foyer de Jamoigne héberge, entre autres, 87 enfants juifs belges inscrits sous des noms d’emprunt et intégrés dans des troupes de scouts. Ce changement d’identité leur permet d’éviter la déportation. Cet éloignement forcé leur sert également de bouffée d’oxygène puisqu’ils peuvent partager en plein air les jeux, les rires et les secrets d’autres gamins de leur âge. En 1988, plusieurs éducateurs du home reçoivent la médaille de « Juste parmi les Nations » pour leur bravoure et leur ténacité. Parmi ces Justes, Jean-Marie Fox, instituteur et moniteur scout entre 1943 et 1945.

Dominique Zachary, journaliste gaumais, raconte l’histoire extraordinaire de Michel Goldberg, l’un des enfants cachés, dans un livre de 1994 intitulé La Patrouille des enfants juifs. En 2005, une pièce de théâtre, adaptation de ce récit par l’auteur Vincent Penelle, se joue à Bruxelles. C’est dans ce souvenir que la commune de Chiny a choisi d’ériger une statue contemporaine haute de 4 m, au centre de la cour du château, en mémoire des Justes et des enfants juifs cachés à Jamoigne.

 

Dates clés

• 1933 : l’ASBL Maison de Repos achète la propriété du Faing.
• 1940-1945 : le « Home Reine Élisabeth » accueille des enfants de militaires et cache 87 enfants juifs.
• 1976 : l’administration communale achète le château et ses alentours. Le bâtiment héberge une maison de repos gérée par le CPAS.
• 2001 : le site est laissé à l’abandon, faute de financement.
• 2006 : un projet de réhabilitation voit le jour : rassembler tous les services communaux dans un même espace

Si nous chantons tous que Charlemagne a inventé l’école, nous ignorons tous que sa trisaïeule, Begge, est à l’origine de la ville d’Andenne.

L’entrée principale de la collégiale Saint-Begge à Andenne est barrée par des grilles métalliques. Jean Sacré, historien et conservateur de l’édifice religieux et de son trésor, est désolé. Désolé que la campagne de restauration, conduite en 1984, ait été insuffisante. Désolé aussi que les mesures de sauvegarde et de rénovation qui s’imposeraient tardent alors que la collégiale est classée Patrimoine exceptionnel de Wallonie depuis 2009. Un tas de gravillons noirs comme un terril fondu encrasse les escaliers d’accès pour éviter que les pierres qui se détachent ne ricochent en touchant le sol. Pour des visites guidées passionnantes, un détour s’impose par le côté de la collégiale. Si les Andennais connaissaient mieux leur histoire, jamais ils n’accepteraient l’état de désolation de leur collégiale. Sur la place du Chapitre est née au VIIe siècle la ville d’Andenne par la volonté pieuse d’une femme au prénom celtique, Begge, fille de Pépin dit de Landen, premier de l’illustre lignée des Carolingiens.

Sur la place du Chapitre est née au VIIe siècle la ville d’Andenne par la volonté pieuse d’une femme au prénom celtique, Begge, fille de Pépin dit de Landen, premier de l’illustre lignée des Carolingiens.


Andenne-aux-sept-églises

Vers 692, Begge fonde sur la rive droite de la Meuse un monastère double à prééminence féminine, caractéristique qui se poursuivra dans le temps quand, au début du XIIe siècle, le chapitre se sécularisera. Les moniales deviendront chanoinesses et domineront toujours en nombre la dizaine de chanoines présents pour assurer le service liturgique, exécuter les travaux physiquement lourds ou protéger la communauté.

Si les fouilles archéologiques ne peuvent dater avec exactitude leur construction, une charte du XIIe siècle mentionne l’existence de sept églises autour du monastère initial. Fait unique dans l’histoire religieuse, ces sept édifices sont restés intacts jusqu’au XVIIIe siècle, moment où est donné l’ordre de les abattre pour construire à leur place la collégiale actuelle.

Mais pourquoi sept églises ? La Vie de Begge fut écrite trois siècles après sa mort par un clerc andennais qui créa la légende pour expliquer l’existence des sept sanctuaires. Le texte ancien rapporte ainsi que Dieu révéla à Begge l’emplacement où fonder son monastère par quelques signes dont certains numériques. Alors que le porcher de Begge cherche une truie en fuite, il entend une voix céleste, plusieurs fois et au même endroit, lui dire que c’est précisément là que le voeu de Begge doit s’accomplir. Le troisième jour, le porcher retrouve à cet emplacement la truie perdue accompagnée de sept gorets. Au même moment, Pépin, fils de Begge, chasse et ses chiens l’attirent au même endroit où il découvre une poule et sept poussins. Troublée par la voix du Seigneur et la répétition du chiffre sept, Begge accomplit la volonté du Seigneur et fonde son monastère sur le site exact indiqué. Une explication plus « scientifique » dit que Begge fit construire sept églises en souvenir des sept basiliques de Rome.

Un coin qui vaut le détour

Le Vieil Andenne, un peu à l’écart du quartier commerçant de la ville, est riche d’un patrimoine des XVIIe et XVIIIe siècles visible notamment sur la place du Chapitre enveloppée par les élégantes maisons des chanoinesses. Le « Grand Portail » (aujourd’hui, porte Saint-Étienne) constitue ce qui fut une des entrées des « encloîtres », le quartier aristocratique construit autour de la collégiale tandis que la fontaine « aux poussins » (aujourd’hui fontaine Sainte-Begge), construite en 1637 comme l’atteste un blason en forme de losange, laisse toujours échapper son eau de source. Comme autrefois quand les lavandières venaient frapper le linge sale sur les pierres de calcaire du second bassin ou se rafraîchir à la « gueule du lion » qui crache l’eau. Un patrimoine méconnu dans son ensemble. « Dinant ne possède pas un patrimoine comme le nôtre et nous sommes aussi “fille de Meuse” », confie Jean Sacré. La faute à qui ou à quoi ? Alors que son enthousiasme pour faire connaître la collégiale, son musée et son trésor est communicatif, il aimerait aussi que les écoles de la ville viennent davantage à sa rencontre. Car il en sait des choses Jean Sacré et il ne compte pas ses heures quand il commence à raconter… La passion ! Et pour les chanoinesses d’Andenne, il n’en manque pas !

Le chapitre de Sainte-Begge, un monde essentiellement de femmes qui ont bénéficié du droit régalien, dont le droit de justice, sur cinq kilomètres de Meuse et pendant mille ans. Ce reliquaire portatif est un des trésors de la collégiale Sainte-Begge.


« Au XVIII e, le chapitre comptait 30 chanoinesses, toutes de haut rang. Chacune des postulantes, écrit Jean Sacré dans une monographie encore à publier, devait attester de deux quartiers de noblesse au début du XIII e siècle et seize à partir de 1769 sans bâtardise ni mésalliances. Comme aucun voeu n’était prononcé, les chanoinesses pouvaient, quand elles le souhaitaient, retourner dans le monde pour, notamment, s’y marier. L’expérience religieuse constituant un atout appréciable pour trouver rapidement un excellent parti ! »

Femmes politiques et rentières

La sortie du chapitre entraînait automatiquement la perte de la prébende dont elles bénéficiaient. Une prébende est, en quelque sorte, une rente et qui n’était pas des moindres ! Pour comparaison, en 1760, une prébende est de l’ordre de 800 florins alors qu’un tailleur de pierre, ouvrier extrêmement qualifié, gagne pour une journée de travail, 1 florin. Pour exister, la communauté religieuse, depuis sa fondation, a toujours eu besoin de posséder un domaine foncier important duquel tirer des revenus. Begge céda sans doute à l’origine le Ban d’Andenne, un territoire situé sur la rive droite de la Meuse. Au fur et à mesure du temps, les sources de profit se sont diversifiées et multipliées (donations, contributions particulières, revenus agricoles, de l’exploitation du bois, des carrières de pierre, des gisements de terre plastique, taxes dues au transport sur la Meuse, redevances diverses…) et semblent ne jamais avoir manqué. Quant au vin nécessaire au culte, il provenait de propriétés viticoles situées bien au-delà d’Andenne, sur le Rhin. Jusqu’à la fin du chapitre, une prébende, la 1ère, sera toujours réservée pour « le corps saint et les reliques de Madame Sainte-Begge » sans savoir si elle était chaque année redistribuée correctement pour les honneurs de son culte ! Le chapitre de Sainte-Begge, un monde essentiellement de femmes qui ont bénéficié du droit régalien, dont le droit de justice, sur cinq kilomètres de Meuse et pendant mille ans.

Querelle de style

En 1762, les sept églises originelles étaient délabrées. Le chapitre Sainte-Begge reçut l’autorisation de l’impératrice Marie- Thérèse d’Autriche de les faire tomber et d’édifier à leur place une église unique. Une décision que regrette bien évidemment Jean Sacré car, si les églises primitives avaient été restaurées et non abattues, Andenne aurait été assurée d‘un classement au Patrimoine Mondial ! L’architecte en vogue de l’époque, Laurent-Benoît Dewez, au service du gouverneur Charles de Lorraine, fut choisi pour dessiner les plans d’une collégiale de style néoclassique. La première pierre fut posée le 23 juillet 1764. Cependant, l’architecte, au grand dam de la trésorerie, explose rapidement ses devis. Des différents apparaissent également entre l’architecte acquis au style néoclassique alors à la mode et les adeptes du style baroque, dont le chanoine et comte d’Argenteau. Ce dernier, pour affirmer ses goûts, fait construire deux autels bien baroques toujours en place dans la collégiale. Le chantier traîne, et en 1772, par décret impérial, il est donné l’ordre de finir les travaux selon les devis établis. Le 19 septembre 1778, l’édifice religieux est enfin consacré. La collégiale Sainte-Begge est vaste, claire grâce aux fenêtres construites au ras des voûtes et à la réflexion de la lumière sur les enduits blancs. Comme le dit Jean Sacré reprenant de mémoire une citation du roman d’Umberto Ecco, Le Nom de la Rose : « Ce que vous voyez ici, c’est l’héritage de la piété ». Le trésor de la collégiale, c’est aussi la richesse de la foi.

Le trésor de la collégiale, c’est aussi la force de la foi. « Ce que vous voyez ici, c’est l’héritage de la piété ». Umberto Eco, Le Nom de la Rose


Le travail d’une vie

Il est un autre trésor, plus palpable, conservé dans les pièces annexes de la collégiale. Des habits liturgiques brodés d’une grande beauté, des chandeliers d’une teneur exceptionnelle en métal et portant le poinçon « au cygne » de Michel-Paul Dewez, frère de l’architecte, des manuscrits, des incunables, des antiphonaires, des tableaux et des pièces d’orfèvrerie dont le joyau de la collection, la châsse de Sainte-Begge. Plus vous avancez au milieu des pièces du trésor, plus s’agite leur conservateur tant il y aurait encore des recherches et des études passionnantes à mener sur les différents objets préservés. Par exemple, ouvrir la châsse (ouverte la dernière fois en 1951 sans qu’il y eût de photographies prises, seulement 15 lignes de rapport rédigées) pour y découvrir les reliques restantes ou lire les documents peut-être enfermés dans le sarcophage du gisant ? Pourquoi ne pas nettoyer la statue en bois de la Vierge du XIVe siècle, vilainement peinturlurée en 2000 ? Ou continuer les fouilles qui ont permis de mettre au jour des pierres tombales finement sculptées, récupérées dans les murs de la collégiale comme matériau de construction ?

 

Renseignements

Collégiale Sainte-Begge
Place du Chapitre
B-5300 Andenne
Visites guidées thématiques sur réservation
+32 (0) 471 56 95 04
[email protected]
www.andennetourisme.be/collegiale-st-begge/

 

Le carnaval des Ours

Le Carnaval des Ours a lieu le dimanche de Laetare (4e dimanche de Carême). Il tient son origine de la légende figurée rue d’Horseilles, sur la fontaine de l’Ours. Une inscription prétend que Charles Martel, petit-fils de Begge et grand-père de Charlemagne, dans sa jeunesse, aurait tué un ours qui terrorisait le quartier. Depuis, la bête est l’emblème de la ville et chaque année, les Ours envahissent les rues de la cité, emmenés par les géants Fonzi et Martin. Le cortège, composé d’une trentaine de chars, inonde le public de confettis, bonbons, cotillons et gadgets. Les festivités se clôturent sur la place des Tilleuls par le rondeau final et le lancer d’oursons en peluche porte-bonheur.

Aux portes de Binche, dans un village aux sols marécageux, l’Abbaye de Bonne-Espérance impose son histoire et sa mémoire depuis le XIIe siècle. L’abbaye vivante offre à ses nombreux visiteurs un havre de paix. Parcours historique et patrimonial. 

À seulement quelques lieues de Mons, en pleine campagne, dans le village paisible de Vellereilleles- Brayeux, s’érige comme par magie une abbaye, plus connue sous le vocable de Notre-Dame de Bonne-Espérance. Vieux de neuf siècles, ce monument est perclus d’histoires du passé. Occupée dès ses débuts par des religieux vivant en totale autarcie, puis devenue progressivement un séminaire et une école normale au début du XIXe siècle, cette merveille architecturale, classée patrimoine exceptionnel de Wallonie — pour ses bâtiments antérieurs au XIXe — est, actuellement, un établissement d’enseignement primaire et secondaire et un centre diocésain d’accueil et de retraite pour familles, jeunes ou pèlerins. Elle constitue également un lieu incontournable pour les touristes et les familles qui se plaisent à découvrir l’histoire de cette abbaye. Certains s’y retrouvent les week-ends tantôt pour profiter des animations artisanales, tantôt pour y déguster, sous un marronnier, des produits de terroir, mais aussi pour jouir des infrastructures grâce auxquelles ce domaine abbatial de onze hectares subsiste encore.

Du moulin à la brasserie…

Irrésistibles pour qui s’aventure à Bonne- Espérance sont les tartes au sucre de Christian le boulanger, préparées avec de la farine fraîchement sortie du moulin à meules par Yves le meunier, et la palette de produits frais proposés et mis en vente au petit magasin de l’abbaye. « C’est une véritable chaîne de production, du moulin à la boulangerie, du magasin à la vente directe. L’idée d’acheter des terres pour y cultiver blé et céréales est même en train de germer dans nos esprits ! », explique Jean-Marc Garin, professeur de mathématiques et fidèle bénévole à l’abbaye.

En 1972, à la veille de l’Année des Abbayes, quelques anciens ont pris l’initiative de créer une association, Les Compagnons de l’Abbaye de Bonne- Espérance, dont le but était de promouvoir la restauration et la valorisation de l’abbaye, et ce, en l’ouvrant au public.


Mais la palme des produits revient à la bière de Bonne-Espérance. En brune ou en blonde, elle séduira bon nombre d’amateurs de bonnes bières. Ce breuvage artisanal, savant mélange de malt et de houblon, a vu le jour dans les années 1970 sous le label de Bonne-Espérance. Il est aussi utilisé dans la préparation du fromage – fabriqué à la ferme Le Bailli à Soignies –, du pâté et du cervelas. À l’origine, la fabrication de cette bière, brassée par la famille Lefebvre à Quenast, a été pensée par Les Compagnons de l’Abbaye de Bonne-Espérance dans le but d’un autofinancement pour l’entretien, la restauration et l’embellissement de ce site.

Les amis de l’abbaye

Plus d’une quarantaine de bénévoles se mobilisent et se relayent chaque semaine pour faire tourner l’abbaye. On les appelle les Compagnons. En 1972, à la veille de l’Année des Abbayes, quelques anciens ont pris l’initiative de créer une association, Les Compagnons de l’Abbaye de Bonne-Espérance, dont le but était de promouvoir la restauration et la valorisation de l’abbaye, et ce, en l’ouvrant au public. Cette initiative remporta un vif succès et, dès l’année suivante, les Compagnons entamèrent la première restauration, à savoir celle de la bibliothèque. Depuis 1986, ils se sont constitués en ASBL.

Des travaux de grande envergure sont donc réalisés au fil des ans : le renouvellement des verrières dans les cloîtres, la rénovation de la maçonnerie extérieure, et ceci, grâce, notamment, à l’important financement public. Et nombreux sont encore les projets de restauration envisagés comme celle de la façade et des toitures du corps principal. Mais outre les visites, la vente des produits de terroir et les plans de restauration, l’abbaye a un agenda culturel très rempli. Et c’est grâce à ces activités festives, comme la Fête de la Moisson à la fin du mois d’août, que l’Abbaye de Bonne-Espérance peut se targuer d’une aussi belle image.

Qué Brayou !

Depuis quarante ans, le travail accompli par les Compagnons ne cesse de prendre de l’ampleur. À ce jour, l’ancien moulin à eau — au style architectural du XVIIIe — tourne à l’électricité. Prochainement, il pourra retourner aux sources et puiser son énergie dans les eaux des étangs qui veillent sur le site. À l’époque, la fonction principale de ces étangs était d’assécher les terres marécageuses aux alentours de l’abbaye. Maurice Servais, licencié en histoire, mais avant tout amoureux de Bonne-Espérance, explique l’origine d’une expression bien wallonne, étroitement liée à ces plans d’eau. « Le terme “Brayeux” que l’on retrouve dans Vellereille-les- Brayeux signifie marécageux en vieux français. Il s’est transformé petit à petit en brayou pour désigner quelqu’un qui pleure ! » C’est une des anecdotes précieuses que se plaît à raconter aux visiteurs ce sportif de 69 ans.

Bien que l’abbaye soit aujourd’hui un joyau architectural du XVIIIe siècle, elle reste encore bien peu connue du grand public. Et pourtant, c’est le seul site abbatial en Hainaut qui n’a subi aucune destruction durant la Révolution française.


Les Chanoines de Prémontré

Bien que l’abbaye soit aujourd’hui un joyau architectural du XVIIIe siècle, elle reste encore bien peu connue du grand public. Et pourtant, c’est le seul site abbatial en Hainaut qui n’a subi aucune destruction durant la Révolution française. « Et pour cause, la population protégeait, sans doute, le site à l’arrivée des soldats. À l’instar de l’Abbaye de Floreffe, l’Abbaye de Bonne-Espérance a été épargnée et sauvée par les citoyens de la région », relate Maurice Servais.

L’histoire de l’abbaye, riche en évènements, gagne à être connue. Arrivés en 1130, les chanoines formés à Prémontré ont fondé le domaine de l’abbaye grâce à une donation seigneuriale. Cet ordre religieux s’est alors occupé d’une vingtaine de paroisses parmi lesquelles figure celle d’Erquelinnes. Comme toute abbaye, Bonne-Espérance a été vendue publiquement et, par la suite, rachetée par les religieux en 1829 pour être léguée au grand Séminaire épiscopal de Tournai qui créa, un an plus tard, le petit séminaire de Bonne-Espérance. Et c’est ici que les futurs prêtres passaient six années en internat, une vie rythmée par les études – avec deux ans de philosophie et quatre ans de théologie — et les prières. Aujourd’hui, l’école secondaire ne possède plus qu’un seul prêtre chargé de la messe, dans la très grande église au style néo-classique et aux vestiges gothiques.

De la cour d’honneur à la basilique…

En passant par les cloîtres et le réfectoire, les époques se succèdent et les styles se confondent. Mais avant de pénétrer au coeur du jardin botanique de la cour — anciennement utilisé pour la culture des légumes —, se trouve, comme suspendue devant le porche d’entrée du XVIIe, la chapelle Louis XI témoin du pèlerinage du roi de ce nom. Après avoir arpenté la longue cour, ceinte de chaque côté par deux ailes, la façade principale et son escalier d’honneur témoignent du XVIIIe. « On voit que c’est ancien, mais les bâtiments ont pu être conservés grâce aux écoles », ajoute Maurice. Et ce membre fondateur des Compagnons d’ajouter : « On y vit toujours, c’est ce qui permet à l’abbaye d’être toujours entretenue. »

L’ambiance froide, mais chaleureuse à la fois, qui règne dans les interminables couloirs du cloître est surprenante. Les ogives du XIIIe et les culs de lampe du XVIe indiquent que ce cloître a traversé les siècles et les tendances artistiques. Balayant le style gothique, plus austère et barbare pour l’époque, l’architecture du XVIIIe s’est imposée en reine à Bonne-Espérance avec ses formes gréco-romaines faites de triangles, de rectangles et d’arrondis. « Il n’était plus question d’arc ogival, comme on en retrouve dans l’église abbatiale et sa tour du XVe », commente Maurice. Totalement repensée par Laurent-Benoît Dewez, la basilique, chef-d’oeuvre de l’histoire, détruite puis reconstruite, possède encore en son sein le trésor de la statue de Notre-Dame de Bonne- Espérance, sculpture iconique par excellence. Malgré les aléas de l’histoire, les guerres de religions et la Révolution française, la statue est relativement bien conservée. « Cette icône, qui représente une maman heureuse et sereine allaitant son enfant nu, est rare et étonnante », explique avec émotion ce pensionné revenu aux sources.

Des projets plein la tête

Bien que la façade extérieure de la basilique ait été totalement rénovée et rejointoyée, les marques d’humidité sont v isibles de l’intérieur. Mais les Compagnons de l’Abbaye de Bonne-Espérance n’ont pas dit leur dernier mot et, avec l’aide de la Région, ils croient en leurs projets de restauration de la basilique et de sa sacristie. Ils envisagent même la création d’un musée d’art religieux dans l’espoir d’attirer un nombre plus important de visiteurs et de pouvoir transmettre plus largement la tradition intellectuelle, sociale et religieuse de l’Abbaye de Bonne-Espérance.

 

Renseignements

Abbaye de Bonne-Espérance
Rue Grégoire Jurion, 22
B-7120 Vellereille-les-Brayeux
+32(0) 64 31 08 08
www.bonne-espérance.be

 

Des pierres, des hommes… une abbaye

Le Ministre wallon du Patrimoine, Carlo Di Antonio, met à l’honneur la très belle Abbaye de Bonne- Espérance à l’occasion de l’inauguration de la 24e édition des Journées du Patrimoine, se déroulant du 7 au 9 septembre 2012. L’ancienne Abbaye de Bonne- Espérance, transformée petit à petit en un lieu débordant de vie, notamment, grâce à l’enseignement qu’elle y délivre encore, est chargée d’histoires. Ces histoires ont été vécues par un certain nombre d’hommes qui se sont battus pour construire, enrichir, restaurer, sauvegarder et valoriser un patrimoine aujourd’hui classé exceptionnel par la Région wallonne. C’est à travers Laurent-Benoît Dewez et Nicolas de Brissy, respectivement chargés de l’architecture de l’église abbatiale et de l’aile principale de la cour d’honneur, que l’Abbaye de Bonne-Espérance sera mise sous les feux des projecteurs lors des Journées du Patrimoine. En hommage à tous ces hommes qui ont lutté pour la préservation de ces merveilles monumentales et qui ont façonné ce patrimoine, les Journées du Patrimoine abordent, cette année, le thème « des pierres et des hommes ».

www.journeesdupatrimoine.be


À lire

Les Cahiers nouveaux, n°83. Grandes figures de Wallonie. Éditions MARDAGA, septembre 2012, 104 pages, 14 €

Ceinturée par des centaines d’hectares de forêts (environ 3500 ha), la Ville de Chiny offre aux randonneurs et touristes des centaines de kilomètres de promenades balisées. La propriété forestière des comtes de Chiny, dénommée « la grande forêt de Chiny », s’étend de la Semois, à l’ouest du château des Épioux, jusqu’à la Civanne à l’Est. La plaine alluviale de la Semois en constitue la limite sud tandis que vers le nord, la propriété s’arrête à l’actuelle limite du territoire communal de Chiny, soit un peu au nord de Suxy et du carrefour de la Notre-Dame. La Semois a profondément creusé le sol ardoise, créant des points de vue intéressants là où la forêt la rejoint. Nommons entre autres le Rocher de Hat où l’on jouit d’une vue magnifique sur la vallée et sa ceinture de collines largement boisées.

Type de route

En dehors des forêts, le promeneur marche sur bitume. Le trajet suit généralement des chemins et des sentiers forestiers de terre ou avec un revêtement de base et sans dénivelés importants. Les indications de route abondent le long du trajet. L’itinéraire en réfère quand elles sont utiles (principalement les losanges jaunes couchés et les rectangles jaunes au chiffre 8 en noir) pour vous guider à travers les bois. En dehors des bois, le randonneur est guidé par des plaques indicatrices de rue. Attention ! Le trajet est inaccessible aux poussettes et fauteuils roulants.

 

Stationnement

Il y a de la place pour un petit nombre de voitures entre la façade de l’église néoclassique de 1829 et l’office du tourisme (Touristinfo).

Renseignements

Maison du Tourisme du Pays de la Semois entre Ardenne et Gaume
Place Albert Ier
6820 Florenville
+32 (0)61 31 12 29
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La cuisine de Jean-Charles Derval est gastronomique et sans chichis. Aux allures de bouchon lyonnais, le restaurant reçoit millésimes et produits de qualité pour une table de caractère. Beau Séjour à Binche !

Pendant que Jean-Charles Derval fait danser les légumes et s’active aux fourneaux, son épouse valse en salle. Son frère, Pierre-Henri, s’amuse à conseiller les hôtes sur les quelque 250 références de la cave à vins. Son père Dany déniche, quant à lui, les véritables produits de terroir belges et distribue, fraîchement, les produits français et anglais en provenance du marché mondial de Rungis. Et c’est tous ensemble que tous les mois et demi, ils composent la carte des plats.

Véritable entreprise familiale, Le Beau Séjour était à l’origine – il y a dix ans – un bistro de village. Laissant peu à peu une place plus importante à la restauration, l’établissement est devenu en janvier 2010 ce qu’il est aujourd’hui, à savoir un restaurant de fine cuisine gastronomique. Mais les vestiges du passé sont toujours présents : une fois le pas de la porte franchi, on se retrouve plongé dans une brasserie parisienne au style Art déco.

Cuisine et vins à la française

« Mon père a dessiné la décoration intérieure et, avec mon grand-père, il a réalisé la plupart des gros travaux, explique Jean-Charles. Ce style parisien colle bien à notre cuisine d’inspiration française. » Du haut de ses vingt-neuf ans, ce cuisinier passionné a étudié à l’École hôtelière de Namur et est diplômé de l’École d’hôtellerie Saint-Joseph de La Louvière. Mais entre ces deux cursus, Jean-Charles a assisté l’un des meilleurs ouvriers pâtissiers de France et, de Lyon à Londres, a parfait sa formation lors de différents stages. Aujourd’hui, avec la complicité du sommelier, son cadet de deux ans, il essaie de « transmettre le travail des artisans producteurs directement dans l’assiette, sans dénaturer le produit ».

Soucieux de travailler avec des artisans passionnés et des produits de qualité, les frères Derval visitent régulièrement des petits élevages, abattoirs ou vignobles « pour se rendre compte au mieux de ce que font les producteurs ».


Soucieux de travailler avec des artisans passionnés et des produits de qualité, les frères Derval visitent régulièrement des petits élevages, abattoirs ou vignobles « pour se rendre compte au mieux de ce que font les producteurs ». Ils collaborent avec de grands noms français comme Hugo Desnoyer, « le boucher des stars », s’amuse à dire Jean- Charles ou encore Alex Croquet, boulanger reconnu dans la profession. Ce que regrettent les Derval, c’est de ne pas retrouver en Belgique la tradition des produits artisanaux ancrée dans la philosophie française. « Le problème chez nous, c’est qu’il y a énormément de normes obligeant les producteurs à dépenser beaucoup de leurs deniers pour être conformes. En France, les AOC protègent le travail artisanal, ce qui n’existe pas chez nous ! »

Automne-hiver marin

Pourtant, la grande carte du Beau Séjour affiche bien des productions belges. Aussi, le jambon d’Ardenne d’Oignies, les pigeons de Dunkerque, les asperges blanches de Malines, le beurre de ferme de Peissant, la Gueuze 100 % Lambic de la brasserie Cantillon et la méthode traditionnelle champenoise Ruffus s’inscrivent bel et bien au menu. Mais que l’on parle d’alcool, de vin, de nourriture ou de pain, les maîtres mots du Beau Séjour sont la fraîcheur et l’authenticité des produits. Et pour rester en harmonie avec les saisons, les Binchous proposent en automne aussi bien du gibier que des bancs d’écaillers, une fois par mois, et ce, de septembre à janvier, pour garantir la fraîcheur des crustacés tels le homard, le tourteau et la langoustine.

En quête du meilleur

Dans cette carte de menus en permanence renouvelée, le chef-coq garde une certaine constance avec les abats. Plats les plus réputés avec l’entrecôte marinée vingt jours. Du côté de la carte des vins, les nouveautés s’enchaînent. « Comme nous sommes jeunes, nous nous sommes dirigés vers des vins portés sur le fruit, sur la fraîcheur. Un vin vif qu’on peut boire entre amis ! » Et Pierre-Henri d’ajouter : « On est toujours à la recherche de nouvelles bouteilles, de canons sympas pour faire tourner la carte. Mais chaque année, on achète des bouteilles à la Grange des Pères ou au Trévallon pour en faire des millésimes. »

De la cuisine, où Jean-Charles prépare tout de A à Z, à la cave des vins, sélectionnés par Pierre-Henri, les frères Derval sont en permanence à la recherche de ce qu’il y a de mieux sur les marchés. Ils se concentrent sur le résultat pour offrir des produits frais et sains à n’importe quel moment de l’année et à un prix relativement raisonnable de 60 € le couvert. On comprend mieux à présent le Gault Millau et son 14/20 attribué, cette année, au Beau Séjour !

 

Ouverture
Tous les jours, sauf le dimanche, le lundi et le samedi midi

Renseignements

Le Beau Séjour
Route de Merbes, 408
B-7133 Binche
+32(0)64 22 32 42
[email protected]
www.beausejourrestaurant.be

De l’abreuvoir et du lavoir mérovingien, qui sont visibles dans le parc, à l’ancienne brasserie Saint-Joseph, dont les cuves furent confisquées par les Allemands pendant la Première Guerre mondiale, en passant par les ruines du château féodal, qui se dressent sur la colline, ce ne sont pas les fantômes du passé qui manquent dans ce magnifique site de la vallée du Samson, à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Namur.

Nous sommes au Manoir de Houte, le « petit château de Gesves », déjà cité en 1256 et reconstruit au XVIIe siècle. Avec ses dépendances et la ferme attenante appelée le Moulin de Houte, cette antique demeure forme un ensemble de bâtiments harmonieux au sein d’un parc de deux hectares entouré de vieux murs percés d’une grille majestueuse. Aménagé en gîte rural pouvant accueillir 14 personnes, le manoir dispose, aujourd’hui, d’un équipement et d’un confort modernes, tout en ayant conservé un ameublement à l’ancienne. À l’extérieur, le ruisseau qui traverse la propriété, la terrasse ensoleillée, le verger, voire le potager, contribuent à faire de cet endroit une oasis de calme. « Quand nous étions assis devant le feu ouvert crépitant ou nous promenions dans le parc remarquable, nous nous sentions comme dans un vieux manoir anglais, dans un film avec Miss Marple, l’héroïne d’Agatha Christie ! », confiait récemment un couple de locataires allemands.

« Les gens qui viennent loger ici avouent souvent ressentir des sensations particulières », confirme le propriétaire, Alain Verkindere, qui aime rappeler que les armoiries de la famille Houtardt – le baron habite aujourd’hui le « grand » château de Gesves – figurent sur la pierre bleue en façade, et que, pendant la guerre 40-45, une cache avait été aménagée dans la pointe en diamant du toit afin d’abriter deux enfants juifs.

Après le manoir viendra bientôt le tour du moulin qui abritait la brasserie. « J’ai en projet l’aménagement de la grange et de la tonnellerie en vue d’en faire un deuxième gîte », confie Alain Verkindere, qui espère également pouvoir proposer aux enfants des balades à dos d’âne à travers la commune.


Renseignements

Le Manoir de Houte
Rue de Houte
5340 Gesves
+32 (0) 473 308 217
[email protected]
www.manoirdehoute.be

 

À voir, à faire

Le village de Mozet

« Le site étant classé Natura 2000, les amateurs de promenade pédestre prendront un guide nature pour s’en aller explorer la faune et la flore », suggère Alain Verkindere, qui a, en outre, un petit coup de coeur pour le village voisin de Mozet, sur la route de Namur, qui fait partie des plus beaux villages de Wallonie. « Les maisons, en pierres du pays, sont jolies et soignées. Je conseille particulièrement à mes locataires d’aller jeter un oeil sur la Tour de Royer, monument classé du XVIIe siècle, qui est en réalité un petit gîte de charme fort bien aménagé. »

Autres curiosités et activités

Le Centre équestre provincial à Gesves, le musée Monopoli à Barsy-Flostoy, le Centre régional de l’artisanat à Natoye, le château de Haltinne, Namur et la citadelle, le musée de la Céramique à Andennne, le château de Spontin…

« Pourquoi cela s’appelle la Maraude ? Parce que j’y ai aménagé une mare basse et une mare haute… Plus sérieusement, parce que, lors de la réfection de la toiture, une chouette effrayée s’est faufilée à l’intérieur et y est morte, faute d’avoir pu en ressortir. Je l’ai fait empailler et je l’ai invitée à s’installer dans le salon. Mais j’en ai également fait un dessin qui a été reproduit dans la pierre bleue sur le pavement, à l’entrée du gîte. »

Charles Boucher pourrait passer des heures à vous parler de cette « Maraude » située un peu à l’écart du village de Daverdisse et à l’aménagement de laquelle il a consacré dix ans de sa vie avant de l’ouvrir aux voyageurs à la fin des années 90. Il pourrait ainsi vous raconter l’histoire de la cloche qu’il a achetée à Tellin ou celle de la grille de jardin qu’il a lui-même dessinée, avant de confier sa destinée à un forgeron.

« J’ai toujours aimé l’Ardenne », explique ce Bruxellois paysagiste et horticulteur de formation qui « avait envie de faire quelque chose de ses mains », et qui a trouvé matière à les abîmer lorsqu’il est tombé sur cette ancienne fermette, en réalité une maison de saisonnier ou de « manouvrier », qui tombait littéralement en ruine. « Je cherchais un endroit typique, fort. Daverdisse m’a tout de suite plu parce que c’est un véritable îlot entouré de forêts. J’ai acheté cette maison pour une bouchée de pain et j’ai tout refait moimême, pièce par pièce. J’ai traversé les champs et les bois avec ma brouette pour aller chercher des pierres, j’ai fait les plans de toutes les ferronneries, je me suis ensanglanté les mains à dessiner des enluminures sur le plâtre des murs… »

La fierté de Charles Boucher semble cependant être le magnifique jardin paysager, dont la vue donne sur la vallée de la Lesse, et qui lui a valu de recevoir le label Gîte au jardin. « J’y ai planté des espèces de la région, comme des hêtres, des charmes, des noisetiers, ainsi que de nombreux arbres fruitiers et des plantes (rosiers, églantiers…), dont j’ai retranscrit les noms sur des ardoises. Je l’appelle le “jardin du silence”. On s’y sent à ce point bien qu’un jour un locataire, à peine arrivé avec sa valise, s’est jeté sur une chaise de terrasse, en s’écriant : “Je reviendrai l’année prochaine !”, alors qu’il n’avait même pas franchi la porte du gîte. »

Pas encore persuadé que l’aménagement de La Maraude est le fruit du travail d’un véritable passionné ? Dans ce cas, écoutez- le expliquer l’origine de cette minuscule maison en pierres dans le fond du jardin. « Je cherchais quelque chose pour refermer l’espace. Je l’ai construite avec les mêmes matériaux que le gîte, de sorte que les gens pensent qu’elle a toujours existé. Sa petitesse fait que le jardin a l’air plus grand, mais on peut y loger, car j’y ai installé l’eau et l’électricité, et j’ai construit un feu ouvert que chapeaute une énorme cheminée. C’est ma cabane en pain d’épices, la maison de Hansel et Gretel… » Vous avez bien compris, les enfants ? Si un jour (ou une nuit), vous vous perdez dans la forêt autour de Daverdisse, vous savez où vous réfugier !

 

À voir, à faire

Promenade le long de la Lesse

« Il y a de nombreuses balades possibles autour de Daverdisse, explique Charles Boucher, mais je vous propose la promenade des deux rives qui longe la Lesse vers sa source et dont le départ peut se faire au pont des Barbouillons. Le circuit passe d’abord près d’une superbe cataracte, puis par le lieu-dit « La roche aux chevaux » – une crête d’où les gens jetaient leurs chevaux devenus vieux ! – avant de rejoindre l’autre rive via une passerelle et de retourner à son point de départ. C’est superbe ! »

Autres curiosités et activités

Le Village du livre à Redu, l’Euro Space Center à Transinne, la basilique ainsi que les musées du fer et de la vie rurale à Saint-Hubert, le musée de la cloche et du carillon à Tellin, les Grottes et la réserve naturelle de Han-sur-Lesse

 

Renseignements

La Maraude
Rue Ry de Dinnan 14
B-6929 Daverdisse
+32 (0) 2 411 14 65
[email protected]

Perdue au milieu des champs, une somptueuse maison d’époque se dresse fière et imposante à quelques pas de l’ancienne gare de Bonne Espérance, à Binche. À la découverte du Bed & Breakfast, façon Fleur de Lin !

Une odeur délicieuse et délicate traverse les murs. Elle se faufile par les escaliers jusqu’au deuxième étage pour, subtilement, s’insinuer sous la porte des hôtes afin de leur titiller les narines, pour un réveil savoureux. Mais d’où peut-elle bien émaner cette douce senteur ? De la cuisine, bien sûr ! En effet, préparés avec soin par Marie-Odile, de belles brioches et pains gourmands se laissent gentiment dorer dans le four. Car chaque jour de la semaine — ou presque —, la maîtresse de maison se plaît à concocter de somptueux petits déjeuners… toujours composés de produits frais, pour ses invités. Un dépaysement assuré pour les touristes qui parcourent parfois des milliers de kilomètres et trouvent refuge, au gré du hasard, dans cette charmante maison d’hôtes joliment nommée Fleur de Lin.

La fidèle

Marie-Odile est fière de proposer à ses hôtes ses recettes maison : du yaourt aux saveurs pistache et miel au chutney de poivrons, rien ne peut laisser indifférent. « Mais ce que les invités préfèrent, et ce qui les surprend toujours, ce sont mes crêpes salées », raconte cette maman de deux adolescentes. Du lit à la table d’hôte, et même après leur séjour, les invités sont chouchoutés : à chacun de leur anniversaire, ils reçoivent une petite attention signée Vincent et Marie-Odile. Ce qui vaut à ce couple de garder une clientèle fidèle et régulière.

La naturelle

Cette volonté chez les Cortembos de mettre tout en oeuvre pour susciter l’envie de revenir est prégnante. Dans cette bâtisse du XXe siècle, tout est resté d’époque, du sol au plafond, de façon à conserver l’âme de la maison. De la cheminée historique au meuble de notaire du XIXe, à l’opale de Binche — témoin de l’activité industrielle de la rue —, jusqu’à l’ancienne chapelle. Toutes ces vieilleries participent à l’ambiance de la maison, empreinte de plénitude. Bien que le rez-dechaussée n’ait subi aucune transformation, l’ancien grenier, transformé en deux chambres d’hôtes, a été, quant à lui, totalement rénové, toujours dans un souci de respect de l’esprit du lieu. « Nous avons gardé le cachet des boiseries et des poutres en les mariant à des peintures neutres et à une décoration sans fioritures qui n’agresse pas nos hôtes !, explique Vincent, négociant en produits pétroliers. Mes longs voyages m’ont appris que le plus important dans une chambre, c’est le confort de la literie, de la salle de bain et le calme. » Et ici, à Estinnes, dans ce village aux attraits touristiques inouïs, tout s’y retrouve pour un séjour de tout repos.

L’authentique

Dans un décor de brocante d’antiquités, où la plupart des objets ont été chinés, les fidèles hôtes découvrent avec fascination les vestiges du passé laissés par l’ancien propriétaire, marchand de lin. C’est en effet dans cet espace privé de trois hectares, où règne en roi un sapin du Caucase vieux de 108 ans, qu’étaient déposés des sacs de lin acheminés par wagons, de l’ancienne gare directement à l’entrepôt. La grande annexe est en cours de restauration et sera transformée en loft industriel de 600 m², totalement modulable.

Ce projet ambitieux aboutira en janvier 2014. Il pourra alors accueillir familles et couples lors de Mons 2015 !

 

Renseignements

Fleur de lin
Rue du Cheneau, 2
B-7120 Vellereille-les-Brayeux
+32 (0)64 44 19 42
[email protected]
www.fleurdelin.be

Édifié sous le règne de Philippe Le Bel au coeur de la campagne néchinoise, cet édifice fortifié, unique en Europe, nécessitait une restauration urgente. Son sauvetage s’est amorcé en octobre dernier.

A Néchin, non loin de la frontière française, subsistent les vestiges classés d’un très vieux château fortifié qui, jusqu’il y a peu, était voué à disparaître du paysage et à sombrer à jamais dans les oubliettes d’un glorieux et lointain passé. Il aura fallu que les propriétaires du domaine de la Royère remuent ciel et terre et sollicitent les pouvoirs publics pour réanimer ces vieilles pierres chargées d’une longue et riche histoire. Depuis l’été 2011 et les récents sondages archéologiques, on en sait beaucoup plus sur l’histoire de ce château qui, pour l’occasion, ne s’est pas fait prier pour livrer de nouveaux secrets.

Dirigée par Isabelle Deramaix (Service Public de Wallonie), cette campagne de fouilles estivale a d’abord permis d’apporter des réponses probantes par rapport aux problèmes d’instabilité qui mettent en péril ce qu’il reste de l’édifice médiéval. Elle a, en outre, fourni de précieux indices à même de dater sa construction avec plus de précisions. « L’exploration du sous-sol combinée à cette étude approfondie du bâti renouvelle toute la connaissance du site, explique l’archéologue. Plus aucun relevé n’avait été effectué ici depuis la fin du XIX e siècle, 1884 exactement. »

Il résulte des investigations fructueuses menées l’an dernier dans la campagne d’Estaimpuis, à mi-chemin entre Tournai et Mouscron, que l’enceinte actuelle — dont la forme décagonale lui confère une valeur architecturale unique en Europe — est bien plus récente que ce qu’imaginaient les historiens. « On a longtemps cru que son édification remontait vers le milieu du XIII e siècle tout en l’attribuant à Arnould IV d’Oudenaarde dont on sait avec certitude qu’il prit possession du château en 1227. À l’époque, le mari d’Alix de Rosoit, fondatrice de l’hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines (1), était au service des comtes de Flandre. Mais, comme il est mort en 1242, il est impossible qu’il en soit le bâtisseur », poursuit Isabelle Deramaix.

En revanche, des évènements politiques majeurs surviennent dans la région à la fin du XIIIe siècle et débouchent sur la conquête de la Flandre par un certain Philippe le Bel. Réquisitionné par les troupes françaises, le château de la Royère sera ensuite occupé par les garnisons flamandes après la bataille des Éperons d’Or. Au lendemain de celle de Mons-en-Pévèle (Département du Nord), il reviendra à la France. Tout indique que les remparts encore visibles de nos jours ont vu le jour aux alentours de 1305. Des preuves tangibles contribuent à accréditer cette hypothèse. « Les seuls documents qui attestent de travaux sur cette enceinte datent de 1311 et révèlent que leur exécution provient d’une commande de Pierre de Galare. Ce dernier était le maître-arbalétrier de Philippe le Bel et l’un des plus hauts dignitaires de l’armée sous son règne. »

 

Pour asseoir son pouvoir, celui que l’on surnommait le roi de fer ou de marbre avait l’habitude de faire construire de nouvelles citadelles tout en s’appropriant d’anciens châteaux en vue de les moderniser. À l’image de celui de la Royère qui devint un point stratégique et une zone de repli pour ses soldats sur ces territoires nouvellement conquis.

 

Pour asseoir son pouvoir, celui que l’on surnommait le roi de fer ou de marbre avait l’habitude de faire construire de nouvelles citadelles tout en s’appropriant d’anciens châteaux en vue de les moderniser. À l’image de celui de la Royère qui devint un point stratégique et une zone de repli pour ses soldats sur ces territoires nouvellement conquis. « L’enceinte existante marque la transition entre une architecture militaire très en vogue à la fin du XIII e et le style décoratif qui va se développer à l’entame du siècle suivant. Raffinée et élégante, celle-ci se caractérise entre autres par un jeu de moulures, de quatre tours et de cinq tourelles circulaires sur contrefort. Sa qualité majeure réside dans son plan décagonal. Il existe peu d’exemples comparables en Belgique et même à l’étranger. » Le château de la Royère est même, semble-t-il, le seul de ce type qui subsiste encore alors que le roi de France Philippe le Bel en avait érigé trois autres à Lille, à Bruges et à Courtrai.

Outre des tessons de céramique, Isabelle Deramaix et son équipe n’étaient pas au bout de leurs surprises. En remuant les terres de remblais, ils ont exhumé les ossements d’un cheval au crâne défoncé (peut-être par un boulet de canon), mais surtout un squelette humain n’ayant visiblement pas eu droit à une sépulture digne de ce nom. Âgé d’une trentaine d’années, cet homme avait les pieds joints et les mains ligotées dans le dos. Il s’agit manifestement d’un prisonnier que l’on a laissé mourir de faim ou tué avant de le jeter dans une fosse, non loin du donjon central qui, jadis, s’élevait à 30 m de hauteur et dont les murs de fondation présentent une épaisseur de 2,40 mètres ! « Les datations radiométriques réalisées sur ce squelette mis au jour dans les parties les plus anciennes du château permettent d’affirmer que l’ouvrage d’origine remonte à la fin du XII e siècle. »

Valeureux propriétaire

Jusqu’à la Révolution française, des nobles ont successivement occupé le château de la Royère avant que celui-ci ne soit racheté en 1880, à des fins agricoles, par les ancêtres d’Olivier Moulin, l’actuel propriétaire. « Lorsque mon grand-père paternel a pris possession de ce bien pour y cultiver des terres, il l’a négligé sans avoir conscience, hélas, de sa valeur historique. »

Se rendant compte qu’il n’aurait jamais la possibilité d’entreprendre sur fonds propres le vaste chantier de restauration qui s’impose, Olivier Moulin a néanmoins pu convaincre l’Institut du Patrimoine Wallon de se pencher sur le sort d’un château fort familial désormais répertorié sur sa liste prioritaire.

En octobre dernier, huit stagiaires, parmi lesquels un architecte, des ouvriers de la ville de Tournai ainsi que des étudiants, se sont rendus au chevet des ruines fragilisées. Sous la direction de Jacques de Pierpont, expert maçonnerie ancienne, ils ont procédé durant une semaine aux premiers travaux de consolidation dans le cadre d’une formation mise sur pied par le centre des métiers du patrimoine La Paix-Dieu basé à Amay. Pour mémoire, favorisant la transmission des savoir-faire, la maîtrise des techniques et la connaissance des matériaux spécifiques au petit patrimoine, l’IPW s’est aussi fixé pour mission d’épauler les détenteurs de biens classés dans des dossiers de rénovation et de réaffectation. « Avant de pouvoir intervenir correctement sur le site, le propriétaire et les participants au stage ont abattu un énorme travail de défrichage tant la végétation avait repris ses droits. Il a également fallu faire baisser d’un bon mètre le niveau des eaux coulant dans les douves afin de disposer les échafaudages au pied des parois à restaurer », précise Ingrid Boxus, coordinatrice de la cellule « stages » de la Paix-Dieu.

La tâche n’est pas mince en raison de l’ampleur des dommages causés par le temps et l’indifférence passés. « Des parements risquent de s’écrouler, d’autres manquent et justifieront dans les prochains mois un second stage portant, cette fois, sur la taille de pierre. Au total, deux tonnes de matériaux ont été acheminées sur place », ajoute encore Ingrid Boxus. Au travers de ces travaux de maintenance, Olivier Moulin se voit enfin récompensé, lui qui, depuis son adolescence, ne ménage pas ses efforts pour valoriser ce château à sa juste valeur architecturale et patrimoniale. « Si on parvient à le consolider et à le restaurer dans son apparence actuelle, ce serait déjà très bien. Nous pourrions entrevoir une forme de mécénat avec des entreprises dont les activités sont en lien direct avec ce matériau premier qu’est la pierre calcaire de Tournai et avec laquelle le château a été construit. »

Projet touristique vivant

Autour de celui-ci, le propriétaire entend promouvoir un projet touristique durable en s’inspirant du château de Guédelon (Bourgogne). « Ce site abrite un chantier d’archéologie vivant qui attire chaque année 300 000 visiteurs passionnés de culture médiévale. Voilà un concept et une thématique que l’on pourrait fort bien transposer à la Royère. » Olivier Moulin compte bien attiser la curiosité de professeurs d’université, de philosophes et de conférenciers afin de renforcer le pouvoir d’attraction du site ainsi que sa puissance évocatrice. « Mon ambition est d’ouvrir ces lieux à la collectivité et de faire en sorte que les visiteurs repartent instruits et dépaysés. » Dans l’attente que ses voeux soient pleinement exaucés, le propriétaire se fait un plaisir d’organiser des visites guidées à la demande des écoles et des amoureux de vieilles pierres… qui ont tant de choses à raconter. ■

(1)  Voir article paru dans notre numéro 10 (septembre 2010)


Tous en stage

Classées comme monument depuis le 17 mars 1944, les ruines du château de la Royère ont été inscrites sur la liste des biens de l’Institut du Patrimoine Wallon lors de la dernière révision de cette liste en date du 19 juillet 2012.

Dans ce cadre, la cellule de stages du Centre des métiers du patrimoine La Paix-Dieu a organisé en partenariat avec la Direction de l’Archéologie et le service de Maintenance de la Direction de la Restauration du Département du Patrimoine (SPW), l’Institut du Patrimoine wallon (IPW) un stage de consolidation de maçonneries anciennes en pierre.

Coup de coeur et histoire. Deux moteurs qui animent André et Viviane Vossen qui viennent d’inaugurer le splendide Château de l’Ardoisière à Jodoigne. Business, mariage et traditions au rendez-vous !

« Quand j’étais gamin, je venais en vacances chez mon oncle à Jodoigne. Plutôt que de me faire étudier, car il savait que je n’étais pas doué, il me faisait visiter les belles maisons. » Depuis lors, André Vossen cultive une véritable passion pour les vieux bâtiments et leur histoire. À chaque coup de coeur, il ne peut s’empêcher de rénover en prenant soin de retracer l’histoire. « Je ne supporte pas voir des ruines. Quand elles sont belles, je me sens obligé de m’y intéresser. »

Comme pour leur habitation personnelle, leurs bureaux et leur château en France (voir par ailleurs), l’Ardoisière n’a pas échappé à la règle. André Vossen et sa femme l’ont visité pour la première fois, il y a 25 ans. « En quittant, j’ai dit à ma femme qu’un jour, ce château serait pour nous ! », relate André Vossen dans un sourire. Un quart de siècle plus tard, lors d’une réception à la maison communale de Jodoigne, le couple apprend que le bâtiment est à vendre. Ils l’achètent en juin 2010 lors d’une vente publique.

Une histoire à préserver

Le domaine de l’Ardoisière doit son nom à un certain Mathias Albert Vleminks, ancien greffier de Jodoigne comme le rappelle une pierre héraldique disposée à l’entrée de la salle de la métairie. Elle est le blason de cet homme qui a reçu, en 1715, un octroi pour exploiter des ardoises sur la propriété.

Pour André Vossen, il est impensable d’entamer une rénovation sans s’intéresser au contexte historique. C’est ainsi qu’il s’est mis en quête de documents sur le château, projetant même d’en faire un livre. Ainsi, il s’est notamment porté acquéreur des archives rachetées en son temps au dernier notaire Charlot qui a vécu dans le château. Il en a même encadré quelques-unes pour décorer les murs de l’habitation principale. Entre autres, un ancien plan de la propriété sur lequel on voit encore les deux moulins qui existaient de part et d’autre de la Jette et un portrait de Xénon Charlot, à l’origine des travaux de rénovation entrepris en 1870, et son fils, devenu bourgmestre de Jodoigne, qui en a fait une seconde résidence. André a même tenu à rencontrer le successeur de cet ancien bourgmestre de Jodoigne afin de lui soutirer un maximum d’informations. Et il a bien fait puisque c’est ce dernier qui lui a fait cadeau de cette toile.

Une histoire à (re)faire

Quand les Vossen ont racheté le château, alors propriété de la Province du Brabant wallon depuis une trentaine d’années, il était à l’abandon. La métairie avait cependant conservé un état général plutôt acceptable. Autrefois utilisée comme abris pour les chevaux et leurs charrettes, elle était, il y a peu encore, occupée par des ouvriers du C.E.P.E.S. (Centre provincial d’enseignement secondaire), situé quelques mètres plus haut dans le chemin qui mène au château. Ils en avaient fait leur atelier et leur dépôt.

Beaucoup d’accès étaient néanmoins bouchés. Il fut nécessaire d’ouvrir à certains endroits pour faire surgir à nouveau la lumière par de grandes baies vitrées voutées. Totalement absents de cette aile du château, des sanitaires ont dû être ajoutés.

L’habitation principale, quant à elle, était complètement délabrée. À tel point que lorsque le couple est venu visiter les lieux pour la première fois, elle était entourée de barrières « Attention, danger ! » La toiture était remplie de trous, les arbres commençaient à gagner du terrain… même à l’intérieur ! Des planches durent être posées sur toute la surface de la maison afin de pouvoir circuler. « Fort heureusement il n’y a pas eu d’accident car à chaque pas, on risquait de se retrouver dans les caves », explique Corinne Vossen.

Dans le château, quelque soit l’endroit où l’on circule, les lumières s’allument et s’éteignent automatiquement. Une question d’économie mais aussi de qualité d’accueil. À l’intérieur, l’ancien est mélangé au moderne. Au rez-dechaussée se trouvent quatre salles de séminaires et une grande cuisine, sur le point d’être achevée. Deux escaliers en bois massif, installés de part et d’autre du bâtiment, donnent accès à l’étage. L’un, d’origine, a simplement été rénové avec soin. L’autre, complètement mangé par le temps, a dû être remplacé, à l’identique.

À l’étage, 17 chambres doubles avec sanitaires dont une, plus prestigieuse, construite dans la tour du château, est réservée aux mariés.

 

La métairie du château a été transformée en salle des fêtes, louée pour des séminaires, des mariages… Elle est opérationnelle depuis septembre, suite à une longue période de travaux de plus de deux ans. Maîtres des travaux, André Vossen, bien sûr, et son beau-fils, Stéphane Lebrun, architecte. Le locataire des lieux est libre d’utiliser l’espace à sa bonne convenance mais, tandis que le rez-de- chaussée, disposant de nombreux mange-debout originaux, dessinés par Stéphane Lebrun, se prête plutôt à des réceptions en tous genres, l’étage est, de préférence utilisé comme restaurant.

À côté de la grande salle où les gens se restaurent, une plus petite pièce, retirée, peut servir de loge si un spectacle est organisé par exemple. Prochain projet ? Une terrasse en béton à l’arrière de la métairie avec, pour seul aménagement, une belle table en bois massif, dessinée par Stéphane.

Quant au jardin, il était plutôt mal loti, avec notamment son étang à sec et recouvert d’arbres, qu’il a fallu recreuser pour lui faire retrouver son état originel. Le remplissage, un travail de longue haleine, entrepris depuis le début des vacances d’été, touche tant bien que mal à sa fin. André et Viviane ont également eu l’excellente idée d’aménager une petite île « de robinson » au centre de l’étang, accessible par une petite passerelle de fortune, faite de planches de bois, que les enfants prennent un malin plaisir à franchir. La barque, pourpre, n’attend plus, sur le rivage, que ses passagers.

Les vins

À l’occasion du grand nettoyage de la cour, André et Viviane découvrent l’entrée de la cave. Après avoir aperçu un départ de pierre, ils dégagent l’endroit des gravats. Un escalier, un sous-sol, des caveaux. C’est décidé, ils y stockeront leur vin. Et quel vin ! Celui de leurs propres vignobles qu’ils possèdent dans le Sud-Ouest, au château Ad Francos, dans le bordelais, d’où le vin du même nom. Pour la petite histoire, il y a 12 ans, le couple tombe par hasard sur une petite annonce à propos d’un château à vendre dans le Sud- Ouest de la France, au milieu des vignes, à 10 minutes de Saint-Émilion. Coup de coeur ! Depuis, chaque année, on leur proposait de racheter des vignes, sans succès. Jusqu’au jour où on leur propose un superbe coteau plein sud à l’entrée du village, à 150 mètres du château. « Tous les vieux du village racontaient que c’était les plus belles terres du coin », explique André Vossen. L’achat est concrétisé en 2008. En retraçant l’histoire du château, les heureux propriétaires découvrent que la famille du célèbre oenologue, Michel Roland, y a vécu pendant 150 ans. Son ancêtre avait acheté le château à la révolution et la famille ne l’a quitté qu’il y a une trentaine d’années. Quand André apprend cela, il s’empresse de rencontrer Michel Roland afin de lui demander d’être leur conseiller. Ce dernier lui aurait répondu, les yeux rougis et la voix tremblante : « André, si tu ne me l’avais pas demandé c’est moi qui te l’aurais demandé. » ■

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