Waw magazine

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Jeudi soir, le magnifique spectacle "Inferno" ouvrait le bicentenaire de la bataille de Waterloo. La performance est saluée unanimement pour sa splendeur et son exécution. Sons, lumières, effets pyrotechniques, feux d'artifices, tous les éléments étaient présents pour faire de cette soirée un instant magique, une plongée féerique et poignante dans l'univers de la bataille. Un spectacle haut en couleurs qui a ravi plus de 12.000 spectateurs.

Vendredi et samedi auront lieu les reconstitutions des différentes phases la bataille. C'est la plus grande jamais réalisée en Europe, avec plus de 5000 reconstituants et 300 cavaliers venant des quatre coins du monde.

Découvrez ici notre portfolio !

WAW avait déjà consacré deux dossiers à bataille de Waterloo dans ses n°9 et n°28, c'est l'occasion de les (re)découvrir !

 

 

La Fédération du Tourisme de la Province de Namur réitère cette année encore son projet: « Meuse et Sambre en fête ». A cette occasion, plus d’une centaine d’évènements pour tous publics seront organisés sur les rives des deux fleuves, mais un projet bien particulier voit le jour: la "Coq(s) Parade".

Le coq, fameux emblème de la Wallonie, s'en va parader le long des rivages de la Meuse et de la Sambre. Créé par Pierre Paulus en 1913, le "Coq hardi" n'avait jamais été réalisé en 3D. Ces statues se constituent d'une structure en métal entourée de matériaux composites, et ont été construits par la société Pi-R-System.

Ce sont 14 coqs géants, décorés par des artistes locaux, qui s’exposeront tout au long de l’été dans les 10 communes participantes : Hastière, Dinant, Yvoir, Anhée, Profondeville, Namur, Andenne, Floreffe, Jemeppe-sur-Sambre et Sambreville. A chaque commune son coq! Et pour les quatre autres? Deux sont dédiés aux partenariats médias et un sera décoré en fonction de votes récoltés sur la page Facebook de l’événement. Le dernier suit la thématique du vélo, mise à l’honneur en 2016. Une fois prêt, ils seront rassemblés et pourront démarrer leur tournée. Ces coqs, en dignes représentants de la Wallonie, seront aussi présents lors d’évènements majeurs tels que le Tour de France ou l’Expo Milan 2015 !

Leur taille - 2 mètres 20 de haut! - et leurs couleurs éclatantes ne manqueront pas d'attirer petits et grands. Plus que des oeuvres d'art, ces statues sont des symboles de la culture et de la richesse de la Wallonie. La Coq(s) Parade est un projet fédérateur pour toutes les communes impliquées dans son élaboration.

Cette exposition se déroule en plein air et est totalement gratuite.

 

Suivez les aventures des coqs sur Facebook !  

Plus d'infos sur la Meuse et la Sambre en fête ICI

Combattre les clichés est une oeuvre culturelle. Non, Charleroi n’est pas que souffrance sociale et désolation. Charleroi est une ville en voie de reconversion dont la dynamique culturelle n’a jamais souffert de la désindustrialisation. À Charleroi, la culture a même son palais.

La première pierre du Palais des Beaux-Arts (PBA) fut scellée en 1954, place du Manège, située dans la Ville-Haute de Charleroi, quartier historique jadis à vocation militaire. Un architecte, Joseph André (Marbaix 1885 - Charleroi 1969), est alors actif dans la ville. À Charleroi, le travail ne manque pas dans l’Entre-Deux-Guerres. Incendiée par l’armée allemande lors de la meurtrière bataille d’août 1914, la ville a subi de lourds dégâts. Dès 1919, Joseph André participe aux grands travaux publics et privés de reconstruction et de revalorisation de la ville. En 1936, il reprend et termine le chantier de l’Hôtel de Ville, chef d’oeuvre de sa carrière, bâtiment Art déco dont le beffroi est inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco. Entre 1954 et 1957, alors qu’il termine le Palais des Expositions, il entreprend la construction du Palais des Beaux-Arts et l’extension de la basilique Saint-Christophe. C’est peu dire que l’architecte, Joseph André, a profondément marqué de son empreinte le paysage urbain de Charleroi.

Le chant du cygne

La commande du PBA est à replacer dans son contexte : Charleroi est au faîte de sa gloire. « Ce sont cependant les dernières cartouches, les derniers pétards du feu d’artifice économique wallon. Une époque où la Wallonie payait plus d’impôts que la Flandre ! À partir de 1958, année de l’Exposition Universelle de Bruxelles et date charnière, tout a basculé. Les grands ensembles industriels deviennent obsolètes les uns après les autres, à commencer par les charbonnages, et l’économie wallonne s’effondre », précise l’historien André Lierneux. Profitant encore de la richesse industrielle de Charleroi, Joseph André imagine un bâtiment dont la taille seule est l’exaltation d’une culture carolorégienne vivace. « Charleroi est aujourd’hui perçue négativement en termes d’image de marque, de sécurité et de culture. Pourtant, le foisonnement culturel y est très perceptible et il l’a toujours été. » Le choix du site d’implantation du PBA est de bon augure car déjà « imprégné » : le Palais est, en effet, construit sur l’emplacement du vieux Théâtre des Variétés, démoli pour la bonne cause. Entre 1920 et 1940, deux courants architecturaux se développent à Charleroi : l’Art déco et le Modernisme. Joseph André, architecte libre et « adaptable », emprunte aux codes des deux mouvements pour ériger le PBA.

Entre 1920 et 1940, deux courants architecturaux se développent à Charleroi : l’Art déco et le Modernisme. Joseph André, architecte libre et « adaptable », emprunte aux codes des deux mouvements pour ériger le PBA.


Une architecture fonctionnelle et innovante

Dès l’extérieur, le PBA s’impose par sa sobriété, ses lignes claires et son volume parfait. Les discrètes muses en métal du sculpteur biélorusse Ossip Zadkine saluent la montée des marches avant de pénétrer dans le Hall d’Honneur, vaste surface sans utilité excepté celle de réjouir les visiteurs par ses dimensions qui donnent à respirer. Le bronze central de Marino Marini, enchevêtrement confus des corps d’un homme et d’un cheval, et les bas-reliefs sculptés d’André Hupet sont les uniques « décorations » du Hall. La Rotonde en marbre beige et noire lui succède ; une astuce architecturale pour gommer le décalage entre les axes du Hall et de la Salle de Spectacle. Il faut en effet accuser un léger virage à gauche pour gagner son siège de velours rouge. Un mouvement que le public opère avec fluidité grâce aux lignes courbes de la Rotonde. L’impressionnante Salle de Spectacle se dévoile alors. 1 800 places assises, deux balcons dont le premier d’une portée de 30 m de large. Joseph André s’est autorisé ici des prouesses techniques plus que des audaces architecturales. Reliftée en 1998, la salle profite toujours d’un système originel de prise de son périphérique qui libère les acteurs sur scène du port d’un micro, tandis que sa fosse d’orchestre et sa machinerie sophistiquée permettent d’accueillir des opéras aux mises en scène exubérantes et changements de décors multiples. « Nous jouons à fond l’éclectisme », raconte Pierre Bolle, directeur du PBA. « Nous avons la chance de pouvoir compter sur un outil complet auquel nous avons récemment ajouté Le Hangar, un espace dédié au théâtre contemporain. Concerts, variétés, cirque, danse classique et contemporaine, théâtre, opéras... tous les publics se croisent. Les ghettos culturels n’existent pas au PBA. » L’organisation du Focus flamand, rare en Wallonie, ainsi que du Festival Charleroi Bis- Arts, représentations de formes insolites en des lieux inhabituels (chaque année à la Toussaint) témoigne de l’originalité de la programmation du PBA.

L’impressionnante Salle de Spectacle se dévoile alors. 1 800 places assises, deux balcons dont le premier d’une portée de 30 m de large. Joseph André s’est autorisé ici des prouesses techniques plus que des audaces architecturales.


La Fée de Magritte

À l’étage, la Salle des Congrès, d’une capacité d’accueil moindre, permet l’organisation d’événements autres que culturels ou plus ciblés, tels que des concerts de musique de chambre. Lumière naturelle en provenance des verrières côté Place du Manège et parquet de bois exotique du Congo donnent un cachet contemporain à la pièce alors que son aménagement est d’époque. Si un trouble exquis vous enchante, levez les yeux : une « Fée ignorante » vous ensorcelle. Elle habite la fresque murale, dessinée en 1957 par René Magritte, hennuyer de naissance. Bien que Magritte ait toujours dit que ses oeuvres ne pouvaient être expliquées, certains exégètes voient dans le paysage de la fresque un coin de la vallée de la Sambre, peut-être du côté de Pironchamps. Les deux maisons seraient de Châtelet, celles-là mêmes où Magritte a vécu jeune et la boule fendue serait un grelot semblable à ceux accrochés aux chevaux des corbillards. Un souvenir sonore tragique pour Magritte dont la mère, Régina, s’est suicidée en se jetant du haut d’un pont. Un plongeon mortel dans la Sambre.

 

RENSEIGNEMENTS

Palais des Beaux-Arts
Place du Manège, 1
B-6000 Charleroi
+32 (0)71 31 12 12
www.pba.be

 

CAROLO BUS TOUR

Pour beaucoup, Charleroi est une ville sans passé. Juste une ville industrielle qui a tout perdu de sa superbe. La reconnaissance de l’existence d’un patrimoine s’est faite lentement et tardivement. Elle a cependant permis d’identifier des édifices exceptionnels dont certains sont aujourd’hui classés. Le « Carolo Bus Tour », une initiative de deux historiens amoureux de leur ville, André et Béatrice Lierneux- Garny, connaît un succès retentissant. Chaque voyage est sold out et les inscriptions sont en liste d’attente. Le « Carolo Bus Tour » est une immersion de neuf heures dans Charleroi, à la rencontre d’une ville imprévisible. « Une ville que certains ont élu ville la plus moche du monde et que d’aucun exhibe comme un agglomérat de quartiers sordides dont suintent la misère et la délinquance », écrit André Lierneux. Avec l’intelligence de la connaissance, Charleroi est aussi un « creuset de réflexion pour les urbanistes, paysagistes et sociologues, un lieu d’inspiration pour les artistes. Une ville dont l’usine a pénétré les entrailles, faite de parcs et de bois, de terrils et de fermes, de corons et de quartiers résidentiels, de châteaux fortifiés et de plaisance, de maisons bourgeoises, de bâtiments scolaires et publics remarquables, de lieux de culture classique et alternative, riche d’un patrimoine religieux millénaire, de vestiges industriels en péril ou réhabilités, de quartiers en profonde mutation ».


Carolo Bus Tour
+32 (0)71 86 14 14
maison.tourisme @charleroi.be

Le mécénat participatif en soutien du patrimoine wallon

Lorsqu’on évoque le financement participatif, ou crowdunfing, on pense immédiatement aux différentes plateformes présentes sur le Web telles que KissKissBankBank, Kickstarter ou encore Ulule qui permettent au plus grand nombre de soutenir un projet, souvent culturel, afin qu’il puisse voir le jour. Qu’il s’agisse de don simple, comparable au mécénat, ou de financement incluant une contrepartie, ces outils permettent souvent de tester une idée auprès d’une communauté d’internautes. L’initiateur pourra, très rapidement, constater si sa démarche s’annonce viable et s’appuyer sur un certain nombre de personnes pour la soutenir. À la différence de subsides classiques, de la part de l’État ou d’entreprises privées, le financement participatif s’inscrit dans une logique communautaire, où la somme de dons modestes permet de mener un projet à son terme en dehors des aléas, parfois chaotiques, du financement culturel. Certes, les sommes récoltées ne sont pas mirobolantes. Le don moyen oscille autour des 50 € et les montants financés dépassent rarement les 5.000. Cependant, ces coups de pouce bienvenus sont rentrés dans les moeurs et dépassent désormais le réflexe purement philanthropique (comme le site américain JustGiving) pour financer de nombreux secteurs en manque d’argent. En Wallonie, pour la première fois, un projet de rénovation patrimoniale a pu être concrétisé via cette méthode.

Dans le namurois, à un jet de pierre de l’abbaye de Maredsous, le Château de Thozée doit sa renommée à son plus illustre pensionnaire, le peintre et graveur Félicien Rops. Malgré de nombreux voyages, cette gentilhommière l’a profondément marqué, inspiré, et figure en bonne place dans sa très productive correspondance. « On peut dire qu’il y avait ses racines et que ce lieu représentait beaucoup pour lui. L’animer, le faire visiter, c’est une manière de perpétuer son oeuvre, son héritage. » Thierry Zéno, cinéaste et par ailleurs directeur de l’Académie de Dessin et des Arts visuels de Molenbeek-Saint-Jean, est un fervent admirateur de Félicien Rops auquel il a consacré deux films, mais surtout, beaucoup de temps. « Depuis l’adolescence, je reste fasciné par la richesse et la complexité de son oeuvre », ajoute-t-il. En 1994, sous l’impulsion d’Elisabeth Rops, petit fille du peintre, une ASBL, le Fonds Félicien Rops, voit le jour afin de veiller sur le patrimoine familial. « N’ayant pas de descendance, elle était très inquiète de l’avenir du domaine et souhaitait qu’il puisse servir de lieu de rencontre au monde de l’art. Très vite, nous avons envisagé qu’il puisse accueillir des artistes en résidence, de jeunes créateurs, des étudiants, dans un esprit de création et de liberté. »

Pour réussir ce pari et redonner au château ses lettres de noblesses, de nombreuses démarches ont été entreprises par l’ASBL, tant l’état du bâtiment était inquiétant. « Elisabeth Rops n’avait plus les moyens pour entretenir une telle demeure qui, il faut bien le dire, était proche de la ruine ! »

Le manque d’argent, mais surtout les ravages du temps ont même failli compromettre l’avenir du domaine, qui n’a dû son salut qu’à la motivation sans failles des membres de l’association qui obtiennent, à force d’acharnement, son classement par la Région wallonne, débloquant un certain nombre de subventions salvatrices. Les façades et les toitures ont ainsi pu être restaurées et le premier étage sobrement réaménagé en résidences pour artistes. « Depuis près de quinze ans, les travaux se sont succédés et ont permis de redonner vie à une partie importante du château, mais tout n’est pas classé et certaines ailes, certaines pièces, ne peuvent donc bénéficier des subsides de l’Institut du Patrimoine wallon. »

Lieu de rencontre

Petit à petit, Thozée reprend des couleurs et ses protecteurs peuvent y accueillir différentes manifestations et expositions, comme l’avait souhaité Elisabeth Rops. « Il reste encore beaucoup de travail », tempère cependant Thierry Zéno. « Dans cette optique, nous souhaitions réhabiliter les pièces du rez-de-chaussée pour en faire un atelier de gravure et y faire perdurer l’art de Rops. » Les pièces, dans un mauvais état, ont grandement souffert du délabrement et de l’humidité, qui ont tour à tour affecté les enduits à l’ancienne des murs et les menuiseries. Plusieurs pistes de financement sont explorées et c’est finalement sur la plateforme My Major Company qu’une opération inédite est lancée, en partenariat avec l’Institut du Patrimoine wallon. Démarrée à l’automne 2014, la campagne a permis de réunir les 3 000 € nécessaires à l’aménagement de l’atelier, non sans mal. Car se lancer dans l’aventure du financement participatif demande du temps et un suivi permanent. « La campagne a duré trois mois, ce qui est peu et beaucoup à la fois. Il faut s’assurer que le message passe bien et soit bien compris. »

La démarche doit en effet être basée sur un plan de communication efficace et surtout offrir des contreparties attirantes pour que les donateurs se sentent eux-mêmes investis par le projet. Car au-delà de l’aspect ponctuel de la campagne, le but est d’assoir une certaine reconnaissance du patrimoine à sauvegarder et faire en sorte, une fois les fonds réunis, que le projet global perdure et gagne en visibilité. « Derrière l’aspect financier, il s’agit aussi d’une manière de conscientiser le public aux problématiques du patrimoine. Disposer d’un bien classé, quel qu’il soit, implique un investissement humain important qui ne peut souvent se réaliser sans une grande dose de bénévolat. Il est essentiel de conserver, préserver, entretenir ces nombreux lieux et monuments qui ont fait notre histoire, notre culture, nos références historiques. Finalement, nous avons une certaine responsabilité vis-à-vis de ce patrimoine qui ne nous appartient pas, mais qui est bien la propriété des générations futures ! » Un patrimoine valorisé peut aussi et surtout drainer du public, animer la vie locale, participer à la création d’emploi ou au dynamisme économique d’une région. Le but premier de la sauvegarde permettant par ricochet d’entretenir une économie régionale.

 

RENSEIGNEMENTS

Fonds Félicien Rops ASBL
Rue de Thozée, 12
B-5640 Mettet
+32 (0)71 72 72 62
[email protected]
www.fondsrops.org

 

ROPS/FABRE - 14.03 › 30.08.2015

C’est la rencontre inédite de deux artistes de leur temps, de deux regards, de deux oeuvres. Une invitation posthume de Félicien Rops à Jan Fabre, qu’il accueille dans son musée namurois pour une exposition commune, inscrite dans la programmation offi cielle de Mons 2015.

Un parcours inédit dans les musées et en extérieur, à la découverte des univers audacieux et interpellants de ces deux artistes belges. À partir du 14 mars, au Musée Félicien Rops et à la Maison de la Culture, le public pourra tisser des liens entre les oeuvres qui lient viscéralement les deux artistes, entre énergie de vie et pulsion de mort. En plus de ces thématiques essentielles, la www.ropsfabre.be place et le rôle de l’artiste dans le monde qui les entoure, le rapport à l’écrit et au livre, la modernité de leur époque qu’ils interrogent sans relâche, seront au centre de l’exposition. La citadelle et la ville de Namur accueilleront des sculptures en plein air tandis que le Théâtre Royal accueillera Preparatio Mortis et Le Pouvoir des folies théâtrales, deux spectacles de Fabre.

Une invitation d’un lieu culturel à l’autre pour travailler sur un projet commun. Une invitation à découvrir les liens entre les deux artistes. L’univers de Rops et de Fabre, au-delà du temps, va déranger, secouer, interroger… Une invitation à aimer, à détester, à se sentir concerné ou indifférent.

Au XVIIIe siècle, Spa, ville aux eaux curatives, attire du « beau monde » en provenance de toute l’Europe. Empereurs, rois, nobles, gens de littérature, acteurs et aventuriers s’y pressent. La famille de Bourbon, en cure, a l’habitude de poser ses malles dans un hôtel

L’Hôtel Bourbon, bel édifice néoclassique, est bâti en 1774, premier âge d’or de la ville de Spa. Idéalement situé dans un quartier proche de la source d’eau, le Pouhon Pierre-le-Grand, l’Hôtel Bourbon s’emplit et se désemplit en fonction de l’arrivée des curistes. Rescapé d’un incendie qui s’est déclaré en 1807 et qui a ravagé de nombreux bâtiments du XVIIIe siècle, l’Hôtel Bourbon présente une façade sobre et symétrique en briques et calcaire. Trois niveaux de hauteur dégressive, un perron distingué, un balcon décoré d’un garde-corps en ferronnerie et de hautes ouvertures en façade avant. On imagine un intérieur baigné de lumière et d’une élégante fonctionnalité. On l’imagine car il ne reste rien de ce que cet intérieur fut à l’origine ; les cheminées disparues, l’escalier et les éléments mobiliers en chêne vendus par le précédent propriétaire.

Changement de locataires

Classé aux Monuments en 1985 (façade et toiture), l’Institut du Patrimoine wallon (IPW) achète l’Hôtel Bourbon en 2000, après une longue période d’inoccupation et de relatif abandon. Seules les caves de l’hôtel sont encore connues des Spadois pour y avoir abrité une boîte de nuit. « L’IPW monte alors un projet de réhabilitation en partenariat avec la société locale de logements sociaux, Logivesdre, et la Ville de Spa », précise Vanessa Krins, gestionnaire de projet à la Direction des missions immobilières de l’IPW. « Le bâtiment se prête à l’habitat : il est donc décidé de le revaloriser en six logements sociaux. Les travaux suivent une longue procédure de mise en route (désignation d’un auteur de projet : l’Atelier d’architecture Lejeune- Giovanelli, obtention du certificat de patrimoine et du permis d’urbanisme, octroi des subsides, attribution des marchés publics de travaux et cession du bien en emphytéose à Logisvesdre) avant de commencer en août 2009 et se terminer en juin 2012, date depuis laquelle l’hôtel, sauvé de la ruine, accueille ses nouveaux ‘voyageurs’. »

Voir et être vu

Des voyageurs certainement plus discrets que ne l’étaient les « Bobelins » du XVIIIe siècle, terme que les locaux avaient attribué aux curistes mondains étrangers et qui pourrait signifier « sots » ou « nigauds ». À moins que cela ne soit « bons buveurs » ? À la fin du XVIIIe siècle, Spa est, en effet, « le sein des plaisirs » comme l’écrit Casanova dans ses Mémoires. La ville, réputée pour les bienfaits de ses eaux tonifiantes, riches en fer et en sels minéraux, est aussi le « Café de l’Europe » où affluent les touristes. « (...) Les eaux ne sont qu’un prétexte pour la plupart. On n’y va que pour des affaires, des intrigues, jouer, faire l’amour et espionner (...) », raconte le libertin. La journée d’un curiste n’est, en effet, pas triste. Levé vers six heures du matin, il débute ses soins par boire, à jeun, l’eau minérale du Pouhon Pierre-le-Grand pour ensuite, en compagnie d’autres curistes, à pied ou à cheval, faire le tour des sources situées sur le haut de la ville, dans les bois. En fin de journée, imbibé d’eau ferrugineuse, il descend au Waux-Hall boire un chocolat avant de rendre visite à ses connaissances, logées comme lui dans les hôtels de la ville. Il est simple pour un curiste de les repérer puisqu’il existe, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, des « Listes des seigneurs et dames » qui enregistrent les noms, le jour d’arrivée et le lieu de résidence des visiteurs. Le soir, le curiste danse à la Redoute, casino du centreville ou va au concert. La vie culturelle est intense à Spa. Il faut amuser les têtes couronnées et les familles aristocratiques qui y séjournent un moment. Les affaires marchent bien : coiffeurs, marchands de tissus, tailleurs, chapeliers, aubergistes... Les commerces profitent de ce beau monde tout comme les malfrats, pour qui une telle concentration de richesses est une aubaine. « Spa est alors un point fort du développement en Principauté de Liège. La ville est d’ailleurs pavée tôt, les maisons sont numérotées et un relais de poste assure une bonne communication », précise Vanessa Krins.

La cité spadoise est le point de départ du thermalisme en Europe. Vers le milieu du XVIe siècle, la ville reçoit déjà des visiteurs étrangers, attirés par la renommée de ses « pouhons ». C’est à cette époque également que l’eau de Spa commence à être commercialisée et exportée en Europe.


Spa comme « spa »

La cité spadoise est le point de départ du thermalisme en Europe. Vers le milieu du XVIe siècle, la ville reçoit déjà des visiteurs étrangers, attirés par la renommée de ses « pouhons ». C’est à cette époque également que l’eau de Spa commence à être commercialisée et exportée en Europe. À l’origine, les curistes ingèrent essentiellement de grandes quantités d’eau des fontaines, la balnéo thérapie s’étant développée dans la seconde moitié du XIXe siècle (le nom de la ville Spa est devenu le nom générique du thermalisme dans plusieurs langues dont l’anglais). Dans cette seconde moitié du XIXe siècle, second âge d’or du thermalisme à Spa, la ville connaît un regain de succès mais n’a plus la même importance internationale. « Il s’agit principalement de bourgeois liégeois et verviétois qui viennent en villégiature. On boit encore les eaux mais on prend surtout des bains. La vie au grand air et les théories hygiénistes sont à la mode. Les infrastructures de villégiatures existent déjà ; on construit des thermes modernes sur le haut de Spa, un hippodrome, un aérodrome; des compétions sportives (et pas seulement de voitures) sont organisées ; le chemin de fer se développe… Spa revit. Le problème : Spa est dans une cuvette, elle est donc moins accessible et la météo n’y est pas exceptionnelle. Est-ce pour ces raisons qu’elle a été moins valorisée que des villes comme Vichy et Évian, en France ou Baden, en Allemagne ? » Spa reste cependant le berceau des villes d’eaux en Europe et, à ce titre (bien transnational en série), soumet sa candidature au titre de Patrimoine mondial de l’Unesco.

 

RENSEIGNEMENTS

Office du Tourisme de Spa
Rue du Marché, 1a
B-4900 Spa
+32 (0)87 79 53 53
[email protected]
www.spatourisme.be

 

LE LIVRE D’OR DE SPA

Il s’agit d’une oeuvre peinte par Antoine Fontaine, longue de 9 m et représentant dans un désordre chronologique 91 personnages venus aux eaux de Spa. Parmi les plus célèbres : Montaigne (1580), Henri III de France (1584), Descartes (1645), Charles II d’Angleterre (1664) ou Victor Hugo (1865).

Lovée au coeur du massif ardennais, dans la province de Luxembourg, la commune de Saint-Hubert est connue de tous les chasseurs. Si la nature environnante est particulièrement foisonnante, Saint-Hubert cultive un certain art de vivre qui ravira les gourmands comme les amateurs d’art et de patrimoine.

Saint-Hubert est la capitale européenne de la chasse et de la nature. Et l’on comprend un peu mieux pourquoi en traversant les milliers d’hectares de forêt qui entourent la petite commune de 5 000 habitants. En automne, ils accueillent de très nombreux chasseurs qui viennent y chasser sangliers, cerfs et autres chevreuils. La chasse fait partie intégrante de l’histoire de la commune. Selon la légende, Saint Hubert, fils de Bertrand, duc d’Aquitaine et évêque de Liège (665-727), se serait converti au christianisme suite à la rencontre d’un grand cerf blanc, au cours d’une partie de chasse, non loin de Saint-Hubert. Saint Hubert est le patron des chasseurs.

Nature et patrimoine

La nature et la chasse sont omniprésentes jusqu’au coeur de la cité. Elles prennent alors une forme nouvelle pour remplir les assiettes des restaurants et autres estaminets que compte Saint-Hubert. Les noms suffisent à faire saliver. Le Coin gourmand, Le Cor de Chasse, La Table des Champions… Si les chasseurs, et plus généralement encore les amoureux de la nature, sont en leur fief, Saint-Hubert n’est pas chasse gardée. Les fines gueules y sont les bienvenues, tout comme les touristes affichant un penchant pour l’histoire, le patrimoine et l’art, ce qui n’empêche d’ailleurs nullement d’être également sensible aux charmes de la spécialité locale qu’est le « borquin », un saucisson pur porc préparé selon une recette ancienne. Les amateurs de peinture pousseront la porte du musée Pierre-Joseph Redouté, aquarelliste né à Saint-Hubert en 1759. L’endroit cultive le souvenir de celui que l’on a surnommé le Raphaël des fleurs, connu mondialement pour ses roses. De nombreuses oeuvres originales de son époque (lithographies), estampes et objets y sont exposés. À découvrir aussi, l’Église Saint-Gillesau- Pré, considérée comme étant la plus ancienne église paroissiale de Belgique. Sur la grand-place de l’Abbaye, se dresse le Palais Abbatial (Le Quartier) qui se distingue par sa belle architecture et sa couleur rosée. Construit en 1729 sous l’abbatial de Célestin De Jong, il offrait autrefois un gîte digne de leur rang aux invités, visiteurs ou pèlerins de marque des prélats. Il abrite aujourd’hui des archives et des salles d’exposition. Juste à côté du Palais Abbatial, se dresse, celle qui, chaque année, attire des milliers de visiteurs et de pèlerins, la Basilique Saint-Hubert.

Une palette architecturale

« La Basilique a pour particularité d’afficher de multiples types architecturaux qui se sont accumulés au fil des siècles », souligne d’emblée l’une des guides de l’endroit. Plusieurs églises abbatiales successives, de plus en plus vastes, se sont en effet succédées pour accueillir à la fois la vie monastique et la dévotion des pèlerins. Si la première fondation remonte au VIIe siècle, l’édifice actuel a été bâti, pour l’essentiel, au XVIe siècle (1525-1564) avec de la pierre calcaire extraite des carrières environnantes.

Plusieurs églises abbatiales successives, de plus en plus vastes, se sont succédées pour accueillir à la fois la vie monastique et la dévotion des pèlerins. Si la première fondation remonte au VIIe siècle, l’édifice actuel a été bâti, pour l’essentiel, au XVIe siècle (1525- 1564) avec de la pierre calcaire extraite des carrières environnantes.


Véritable leçon d’histoire de l’évolution architecturale, la Basilique décline le Roman, le foisonnement du Gothique, la Renaissance, le Baroque de la façade du début XVIIIe... Au-delà de son intérêt sur le plan architectural, la basilique abrite différents objets. À l’entrée, trônent les statues des évangélistes Saint Jean, Saint Luc, Saint Mathieu et Saint Marc, chefs d’oeuvre de l’art baroque. Réalisés en bois de tilleul par les ateliers de Guillaume Evrard au XVIIIe siècle, elles ont fait l’objet d’une récente restauration. À voir aussi, deux grandes toiles consacrées à la vie de Saint Hubert. Sur l’une d’elles on voit Saint Hubert à la chasse, le jour où il croise le cerf crucifère qui, à jamais, va bouleverser le cours de sa vie et de la commune de Saint-Hubert, autrefois appelée Andage. On peut également y voir un mausolée offert par le Roi Léopold I, mais il ne contient pas le corps de Saint Hubert car, aujourd’hui encore, celui-ci demeure introuvable. Une sainte étole rappelle aussi la pratique de la « taille » que des pèlerins en grand nombre venaient demander dans l’espoir d’obtenir, du saint patron des chasseurs, la guérison de la rage. « La taille consistait à entailler le front de l’enragé. Puis un fil d’or provenant de l’étole du saint était inséré dans la plaie. Au début du XXe siècle, des personnes venaient encore demander à se faire ainsi soigner », explique la guide avant d’inviter les visiteurs à prendre de la hauteur. Au sens premier du terme puisqu’il est possible, sur réservation, de visiter les combles et le clocher de la basilique. Un parcours unique qui permet notamment de découvrir les 23 cloches qui composent le carillon inauguré en 2011 après 214 ans d’absence, les imposantes charpentes et l’énorme roue « écureuil » employée pour monter les pierres et autres pièces de bois, utilisées pour la construction.

Deux grandes fêtes populaires

Durant l’hiver, la Basilique de Saint-Hubert est comme endormie, transie par un froid qui fait parfois éclater ses pierres. Mais, dès les beaux jours, elle se réchauffe pour raisonner des voix des touristes et des pèlerins venus de France, d’Italie ou d’Allemagne, parfois à pied, pour honorer Saint Hubert. Une atmosphère qui monte encore en température à l’occasion de deux grands rendez-vous.

Chaque année, durant le premier week-end de septembre, Saint-Hubert fête les Journées Internationales de la Chasse et de la Nature. À 11 heures, les cors de chasse raisonnent dans une Basilique comble. Une Grand-messe est également organisée le 3 novembre à l’occasion de la Fête de la Saint-Hubert. Au cours de cette célébration a lieu la bénédiction des pains suivie, à la sortie de la basilique, par la bénédiction des animaux. Les petits pains bénis au nom du saint sont une des caractéristiques de son culte. « Ces rites sont destinés à manifester la protection accordée par Saint Hubert aux chasseurs ainsi qu’à leurs animaux. Pour l’occasion, un marché artisanal anime le centre-ville tout au long de la journée », précise la Maison du Tourisme de la commune. La convivialité. La nature. La tradition. Les plaisirs de la table. Finalement, on y revient toujours…

Chaque année, durant le premier week-end de septembre, Saint-Hubert fête les Journées Internationales de la Chasse et de la Nature. À 11 heures, les cors de chasse raisonnent dans une Basilique comble.


www.saint-hubert-tourisme.be

 

À VOIR ET À FAIRE À SAINT-HUBERT

Le Musée des Celtes
Unique en Belgique, ce musée situé à Libramont propose de découvrir la vie quotidienne des Gaulois et des Celtes, ainsi que l’héritage qu’ils ont laissé, au travers de maquettes, de reconstitutions, de dispositifs interactifs et, bien sûr, de remarquables pièces archéologiques : vaisselle, outils, parure, armement, etc.

Le Domaine du Fourneau Saint-Michel
C’est le musée de la vie rurale en Wallonie. Il se compose de plus de 50 habitats et ateliers d’époque qui ont été transplantés ou reconstitués dans un site naturel remarquable.

Le Parc à gibier
Situé à moins de deux kilomètres du centre de Saint-Hubert et traversé par divers circuits pédestres, le parc à gibier permet aux visiteurs de découvrir, dans un cadre forestier naturel, la diversité du gibier de l’Ardenne. Plus d’une centaine d’animaux en semi-liberté sont à découvrir.

Le Centre Marcassou
C’est à la Barrière de Champlon que les charcuteries Marcassou voient le jour, des salamis aux jambons salés, selon des recettes traditionnelles d’antan. L’ancien espace de production est devenu le « Centre Marcassou ». À visiter pour découvrir comment sont fabriqués les saucissons et autres jambons d’Ardenne. Et les goûter !

Les Dendronautes, les voyageurs de l’arbre
« Un voyage initiatique insolite à la découverte des mystères et des charmes de la forêt », voilà ce que promettent les Dendronautes, les Voyageurs de l’arbre. Plus concrètement, l’endroit propose des animations à la journée, axées sur l’initiation à la grimpe d’arbres, l’éveil des sens et les mythes et légendes dans le monde arboré. Il est également possible de passer une nuit dans les arbres.

Après plus de deux ans de travaux, le théâtre de la bataille de Waterloo est prêt à perpétuer la mémoire d’un événement qui a façonné le destin de l’Europe. Nouveau musée sous terre, pour laisser respirer la topographie et la vue sur la butte du Lion. Et dans la foulée du bicentenaire, la Wallonie met en valeur d’autres sites liés à la campagne napoléonienne.

Les premiers touristes anglais sont venus sur le site quelques années à peine après la bataille. Il n’y avait rien de plus à y voir qu’une plaine vallonnée de terribles souvenirs. Dès 1826, un lion s’est dressé sur la butte pour empêcher que le boulet ne tonne encore sur une Europe meurtrie. En 1912, le bâtiment du Panorama a été érigé pour abriter la toile circulaire de Louis Demoulin. En 2015, ces témoins du passé sont toujours là, mais on n’en verra pas plus en surface, car pour préserver le paysage du champ de bataille, le bâtiment du nouveau Mémorial a été complètement enterré. Le mur qui borde le léger plan incliné donnant accès au site sera recouvert d’un tapis végétal composé de 11 variétés, parmi lesquelles la vigne vierge, la clématite, l’hortensia grimpant ou le chèvrefeuille. Ce projet qui représente un des plus gros investissements touristiques en Région wallonne (40 000 000 €) a été mené à bien par La Belle Alliance, un consortium qui regroupe 7 sociétés et partenaires expérimentés. La supervision scientifique de l’ensemble du contenu de ce mémorial a été confiée à un comité composé de napoléonistes issus de cinq pays belligérants.

Avant d’entamer son parcours à travers les 1 700 m2 d’exposition, chaque visiteur se choisit un guide virtuel, parmi les 40 acteurs de la bataille. Des personnages inspirés par des combattants français, anglais, prussiens ou néerlandais, acteurs de la Bataille, dont les écrits et les notes sont parvenus jusqu’à nous. Pour se familiariser avec les différentes armées en présence, le visiteur remonte une galerie flanquée de soldats en uniforme en marche vers la bataille. Pour être comprise, cette bataille doit être décryptée au travers de son contexte historique et politique.

La supervision scientifique de l’ensemble du contenu de ce mémorial a été confiée à un comité composé de napoléonistes issus de cinq pays belligérants.


Un gouffre idéologique séparait toute l’Europe de Napoléon, perçu comme un hors-la-loi. Les enjeux militaires dépendaient souvent du type d’armes dont disposaient les soldats de chaque camp, et qui dictaient leurs stratégies. Des objets d’époque emblématiques ou des fac-similés jalonnent la visite. Une place de choix sera réservée aux plus belles pièces de la fameuse collection Brassine (plus d’informations dans le n° 25 de WAW). Les multiples bornes interactives quadrilingues apportent une information riche mais non-redondante. « Nous avons quatre niveaux de plus en plus détaillés qui laissent au visiteur le choix de picorer en fonction de ses intérêts plutôt que de devoir se gaver d’un contenu unique et parfois indigeste qui apparaît à l’écran », précise Philippe Chiwi de la société audiovisuelle De Pinxi. Chargée du développement des contenus interactifs et des films en 3D dans le domaine du divertissement ou de la muséographie, cette firme bruxelloise s’est forgé une solide expérience auprès de nombreux clients belges et internationnaux. Pour le Bagacum de Bavay en France, par exemple, ils ont conçu une fiction archéologique interactive ; pour le musée olympique de Lausanne, des modules interactifs autour des objets de la collection ou encore les environnements multimédia virtuels de l’expo Golden Sixties à Liège.

Vivre pendant 15 minutes l’expérience de la bataille constitue assurément un des climax de la visite. Pour gérer le flux des visiteurs, une zone d’attente est prévue et elle prend des airs de bivouac par une nuit d’orage. Dans l’espace de projection, un écran de 25 mètres de long et 4,5 de hauteur offre une expérience immersive inédite. Réalisé par Gérard Corbiau, avec une caméra panoramique 3D, le film plonge les 90 spectateurs directement au coeur de la bataille. Les armées chargent, les hommes et les chevaux tombent, la poudre parle, le sang coule. Après tout ce fracas, on peut tenter de reprendre ses esprits en contemplant le terrible bilan de ce qu’il faut bien appeler une boucherie. Une ligne du temps permet de se rendre compte de l’impact de Waterloo sur la destinée des différents pays belligérants. Tout au long de son parcours, grâce à l’audioguide personnalisé, le visiteur laissera derrière lui des petits cailloux numériques qui lui permettront d’assembler, à l’issue de sa visite, une mosaïque multimédia, témoin de « sa » bataille qu’il recevra quelques jours plus tard sur sa boîte mail.

Vivre pendant 15 minutes l’expérience de la bataille constitue assurément un des climax de la visite. Pour gérer le flux des visiteurs, une zone d’attente est prévue et elle prend des airs de bivouac par une nuit d’orage.


Le Mémorial 1815 a été conçu pour absorber un maximum de 7 à 800 000 visiteurs annuels. Avec un volume estimé à 500 000 pour une jauge normale, le musée caché de Waterloo ne restera pas longtemps dans l’ombre et n’aura aucune peine à mettre en lumière ce lieu de patrimoine devenu le premier site du tourisme de mémoire en Europe.

À quelques centaines de mètres, l’Hôtel du Musée a lui aussi fait l’objet d’une rénovation en profondeur. Les visiteurs affamés et assoiffés pourront s’attabler au restaurant le Wellington (90 couverts) ou à la brasserie Le Bivouac de l’Empereur (138 couverts), qui auront tous deux retrouvé tous leurs éléments de décor historiques.

La ferme de Hougoumont, dernier témoin authentique de la bataille, a également fait l’objet d’importants travaux de restauration. Le site, qui accueillera une scénographie évoquant les moments clé de la bataille, est appelé à devenir un lieu de réflexion et de réconciliation. Le corps de logis quant à lui, appelé la maison du jardinier, proposera à l’étage un gîte de deux chambres. Malgré l’effroyable carnage dont ces murs ont été témoins deux siècles plus tôt, les nuits y sont désormais paisibles.

www.waterloo1815.be

LA BELLE RETRAITE

Le 19 juin 1815, le maréchal Grouchy apprenait la défaite de l’empereur et quittait Wavre avec ses 35 000 hommes de la 3e et 4e armée. Il faisait chaud ce jour-là, les hommes étaient sales, harassés. Ils avaient soif et n’avaient pratiquement pas dormi depuis quatre jours alors qu’ils battaient en retraite, prenant la route de Namur, talonnés par l’armée de Blücher. Aujourd’hui, les conditions sont nettement plus agréables pour emprunter la Route de l’Armée Grouchy, l’itinéraire touristique qui traverse la Wallonie de Wavre à Givay, en passant par Namur. « Nous avons pris exemple sur la Route Napoléon développée par la Région wallonne », explique Josette Champt, directrice de la Maison du Tourisme des Ardennes brabançonnes. « Avec le même objectif, qui est de suivre le tracé napoléonien pour valoriser tous les éléments de patrimoine en lien avec la campagne de Belgique. » L’état du territoire et des voiries s’est bien évidemment radicalement transformé depuis 1815, sans pour autant être complètement méconnaissable. Les communes partenaires ont néanmoins tenu à élaborer un tracé le plus fidèle possible aux données historiques. La première partie de l’itinéraire reliant Wavre à Namur propose deux tracés correspondant aux deux colonnes qui ont, à l’époque, été déployées simultanément pour accélérer le retour. La première passant par Gembloux, l’autre par Grand-Leez. L’époque n’est plus aux attelages tirés par des chevaux faméliques cahotant sur des chemins de terre. La Route de l’Armée Grouchy s’est donc adaptée aux modes de déplacement modernes en proposant, sur toute sa longueur, un itinéraire voiture et un itinéraire « modes doux/voies lentes ». Il y a ceux qui préfèrent gagner plus rapidement les sites remarquables et ceux pour qui la promenade importe plus que la destination et préfèrent s’imprégner des paysages à vélo ou à pied. Le 15 avril marquera le début de la campagne 2015 avec des multiples manifestations ponctuelles à Wavre comme à Namur autour de lieux liés à la campagne napoléonnienne. Au-delà des commémorations du Bicentenaire, la Route sera pérennisée en proposant aux touristes baladeurs quelques heures de découvertes pour goûter au patrimoine et aux paysages, touchés mais pas figés par l’histoire.

À partir d’avril 2015 :
napoleon-grouchy-1815.com

 

AU PLUS PRÈS DE LA BATAILLE

« Quand je me balade à Ligny sur le terrain de la bataille, je sais où était positionné tel régiment, je sais d’où tiraient les batteries d’artillerie et quand je regarde vers le moulin Naveau, je peux presque voir Napoléon qui me regarde. » Enfant, Léon Bernard rêvait de devenir archéologue ou policier. Il est devenu policier et commissaire à la police judiciaire. À 35 ans, il a commencé une collection d’objets et souvenirs du passage de Napoléon en Belgique. Historien de terrain, comme il se revendique, il est devenu le spécialiste incontesté de la bataille de Ligny, dernière victoire de l’Empereur. Il connaît par coeur la topographie de ce champ de bataille, deux fois plus vaste que celui de Waterloo, qu’il a arpenté par tous les temps. Aujourd’hui, alors qu’il savoure une retraite bien méritée, il dispose de plus de temps pour se consacrer au petit musée privé où il expose une partie de ses trésors. Des boulets le long du mur, des caisses débordant de balles, d’éclats d’obus et de biscaïens exhumés du champ de bataille. Dans ses vitrines, les soldats de plomb côtoient les boutons, les épées, les pistolets, les fragments de pipe, les dés à coudre, ou cette lettre à l’écriture ampoulée adressée à Monsieur Février, notaire impérial à Sombreff e. « Ce qui m’intéresse, c’est comment les gens vivaient à l’époque et ce qui s’est passé dans ce petit coin de Belgique quand 160 000 soldats ont débarqué avec armes et canons. Comment voulezvous comprendre le présent si on ne connaît pas le passé ? »

Léon Bernard a édité à compte d’auteur une histoire de la bataille en cinq volumes et assure sur demande des visites sur les sites de Ligny et Fleurus.

Léon Bernard
+32 (0)476 73 67 12

À Fosses-la-Ville, on est fier de compter deux manifestations folkloriques traditionnelles : la Marche Saint-Feuillien qui se déroule tous les sept ans et le carnaval des Chinels qui anime la ville à la mi-carême.

Le personnage du Chinel (Polichinelle) est issu, comme le Gille, de la Comedia dell’Arte. Aujourd’hui, il est richement vêtu de tissus de satin aux couleurs rutilantes, rehaussés de dentelles. Il est chaussé de souliers vernis. Une fraise lui entoure le cou. De fines bosses recourbées et un chapeau bicorne orné de plumes de paon viennent encore enrichir la figure. Ce costume chatoyant a remplacé au XIXe siècle une tenue beaucoup plus modeste en toile et en laine de couleur blanche, rembourrée de paille, tout comme le Gille. Le figurant portait des sabots. Au même moment (1869), les anciens rigodons ont été remplacés par une danse plus élaborée. Lors de celle-ci, les Chinels croisent leurs Yatagans, des sabres de bois, qui servent aussi à frapper les mollets des femmes.

À côté des deux à trois cents Chinels, plusieurs groupes locaux contribuent au succès de la fête : des échasseurs, des clowns, des sorcières…Ils côtoient les sociétés extérieures invitées qui enrichissent la manifestation. La réputation des Chinels dépasse les frontières de la Wallonie. Le groupe coloré et animé est souvent invité dans des carnavals belges et étrangers. Ils se sont produits aux Etats-Unis et au Japon.

Mais d’où viennent les Chinels ?

Une belle légende locale explique l’origine merveilleuse des deux bosses des Chinels. « Au temps où l’on croyait encore aux fées, vivait à Fosses un gentil petit bossu qui s’occupait de colportage dans la région. S’étant attardé plus que de coutume auprès de ses clients, il rentra un soir très tard. Si tard qu’en passant au lieu-dit “Pont de l’Allou”, il assista, interloqué, au sabbat des sorcières de la forêt. Celles-ci voulant le récompenser pour sa serviabilité, le débarrassèrent de sa difformité. Quand le lendemain, un autre bossu de la région, méchant et haineux celui-là, eut vent de la chose, il se rendit dans la forêt à l’heure de minuit. Mal lui en prit… Il en revint affublé d’une seconde bosse, une devant et une derrière. Carnaval étant proche, les Fossois se moquèrent de lui. Ainsi serait né le Chinel, le roi du carnaval de Fosses. »

 

Renseignements:  

Carnaval des Chinels

Les 15 et 16 mars 2015

www.fosses-la-ville.be                  

 

Cité riche de son monastère fondé par Saint-Remacle en 650, le carnaval y est célébré depuis fort longtemps. Les premières attestations remontent aux interdictions du début du XVIIIe siècle.

Heureusement, le carnaval a largement survécu au mandement du prieuré de l’abbaye daté du 12 février 1706 qui interdisait les mascarades. Il est donc vraisemblablement antérieur à cette mesure.

La célébration du rituel se déroulait autrefois pendant les Jours Gras mais elle a été déplacée à la mi-carême (Laetare) au début du XX e siècle. Le dimanche, un cortège crée une animation exceptionnelle en ville, avec les fanfares locales costumées, des chars et des groupes colorés, venus de l’extérieur.

Les Blancs Moussis sont les principaux acteurs du cortège. Ils sont vêtus de blanc, à l’origine un drap de lit et un oreiller, et portent un masque avec un long nez rouge en forme de carotte. La vessie de porc gonflée est leur arme favorite mais ils manient aussi un balai et agitent des poissons saurs tendus au bout d’une perche. Ils promènent dans le cortège un char-soufflerie qui propulse des quantités de confettis. Avec leur balai, il maintiennent ouvertes les fenêtres des maisons pour y lancer leurs projectiles. Des géants, Alonso Cafébar et Mis au Ginn, contribuent aussi à enrichir le défilé. Leurs groupes parcourent le cortège en tous sens en taquinant les spectateurs. Ils affichent des placards satyriques à l’adresse de leurs concitoyens sur les façades des habitations.

Les Blancs Moussis ont constitué une confrérie en 1950 qui intronise chaque année des Chevaliers Blancs Moussis honoris causa. Sur la base d’une légende, ils ont célébré en 1952 leur 450e anniversaire.

La Légende des Blancs Moussis

« À la fin du Moyen Âge, la stricte discipline monacale subit un relâchement… Les religieux de Stavelot n’échappèrent pas à la pernicieuse contagion et l’on raconte que quantité de moines se mêlèrent fréquemment à la foule lors de certaines réjouissances païennes, comme le carnaval ou lors de certaines festivités ayant un caractère mi-sacré, mi-profane… Ayant eu connaissance des joyeux et sans doute trop spectaculaires exploits accomplis par ses moines, le prince-abbé Guillaume de Manderscheid se serait vu dans l’obligation en 1499 de prendre de sévères sanctions à leur égard. Celles-ci produisirent-elles les effets escomptés ? Ce n’est pas certain. Quoiqu’il en soit, de nouvelles interdictions sont édictées en 1502… Elles visent tous les Stavelotains dont l’esprit ingénieux semble avoir conçu un travesti rappelant, tant par la coupe que par la couleur, la bure monacale. À partir de 1502, ce travesti est délaissé…Les Stavelotains le remplacent par une autre tenue, blanche cette fois, mais encore assez semblable au costume monacal…On prétend que plusieurs moines continuèrent à se mêler à la foule, endossant le travesti et portant le masque… ». Mais tout est inventé pour donner plus d’ancienneté à la manifestation qui aurait plus d’un demi-millénaire*.

(*) Cette tradition est rapportée par Walter FOSTIER dans son Folklore Vivant paru en 1960 (Tome 1, pages 27-29).

 

Renseignements:

Carnaval des Blancs-Moussis

Du 14 au 16 mars 2015

www.laetare-stavelot.be 

Dix siècles sans courber l’échine ! La collégiale romane Saint-Vincent est l’attraction principale de Soignies, cité hennuyère réputée pour sa pierre bleue.

En découvrant de loin ses deux tours massives, le visiteur s’étonnera de la taille de la collégiale au regard de la petitesse de la cité hennuyère où la Senne prend sa source. Impression renforcée lorsqu’il commencera à s’emberlificoter dans le réseau en dentelles des ruelles du centre-ville. Est-ce l’imposant édifice qui veille sur ces chaumières aux façades millésimées ou celles-ci qui se sont blotties contre lui pour en faire un rempart de leurs vieilles pierres ?, se demandera-t-il. « C’est l’un et l’autre. L’histoire de notre collégiale est indissociable de celle de notre cité », répondront les Sonégiens, avant de révéler les trois bonnes raisons pour lesquelles ils s’agrippent à leur collégiale : c’est leur église paroissiale, c’est l’espace d’une importante communauté de chanoines qui a régi la ville pendant huit siècles et, surtout, c’est un lieu sacré qui ga rde ja lousement les rel iques de Saint-Vincent.

Saint-Vincent ? Le nom chatouille agréablement nos papilles… « Eh ! Non, ce n’est pas le patron des vignerons, bien connu dans toute la Bourgogne », lance en riant Jacques Deveseleer, le conservateur de la collégiale. « Mais notre Saint-Vincent à nous n’en a pas moins de la bouteille également. De son vrai nom Madelgaire, il a vécu au VII e siècle à l’époque du Roi Dagobert et a épousé une certaine Waudru – qui allait devenir la patronne de Mons – avant de se convertir à la vie religieuse et de fonder un monastère à Soignies. Bien que des fouilles aient révélé une présence humaine dès l’époque gallo-romaine, il est considéré comme le fondateur de notre ville ».

Si le sieur Madelgaire avait certes osé un geste fort en jetant la première pierre de ce qui deviendra vite une petite agglomération, c’est cependant aux chanoines que les Sonégiens doivent leur collégiale. Ayant succédé à la communauté monastique au début du Xe siècle, ce collège de religieux se lança dans l’édification – vraisemblablement sur le site du monastère – d’une église de style roman rhénan fortifié qui s’ouvrit au culte en 1082. Un édifice qui, fait rarissime, allait traverser les siècles, y compris la Révolution française, quasiment sans douleurs, comme en témoignent les charpentes romanes qui couvrent toujours la nef.

« Ce sont son ancienneté et son état de préservation qui ont valu à Saint-Vincent de Soignies d’être placé au rang du Patrimoine exceptionnel de Wallonie », souligne Jacques Deveseleer. Attaché en archéologie et histoire de l’art au Département du Patrimoine de la Région wallonne, le Sonégien est viscéralement lié à la collégiale comme à sa ville natale. Et il est forcément intarissable à son sujet. « Deux éléments attestent de son héritage culturel anglo-normand. Sa construction en trois niveaux, avec la présence de larges tribunes sur les bas-côtés, et l’accent mis à l’Est, avec la tour lanterne construite à la croisée du transept. Des caractéristiques qui inaugurent le courant architectural dit «scaldien» (ndlr : de la région de l’Escaut), lequel trouvera peu après son plein déploiement à la cathédrale de Tournai. »

Pour authentique qu’elle soit, la collégiale de Soignies n’en a pas moins été marquée par les époques. Si le visiteur s’étonnera de découvrir, côté ouest, la tour clocher de style gothique qui est venue englober le porche roman au XIIIe siècle, c’est du choeur, la partie la plus ancienne de la collégiale, que lui viendront ses plus fortes émotions. L’impression de force tranquille qui s’était doucement emparée de lui à la vue des formes simples et massives de la nef romane s’effondrera d’un coup lorsqu’il contournera le jubé. Là, dans cette partie réservée au chapitre de chanoines, faisant face à un ensemble de 64 stalles en chêne, tout n’est qu’éclats et flamboyance. « C’est l’effet de la Contre-Réforme, l’expression lumineuse de la théâtralité du culte », lance l’historien devant le somptueux décor baroque que constitue le monumental maître-autel en bois peint à imitation de marbres, garni de statues en ronde-bosse, de balustrades ajourées et d’un magnifique baldaquin suspendu. Encadré par deux immenses toiles du maître anversois Gérard Seghers, ce véritable « mur de gloire » est entouré de boiseries et de délicates sculptures blanches rehaussées à la feuille d’or. Joyau d’entre les joyaux, la châsse de Saint-Vincent sommeille derrière l’autel, lovée dans une étroite travée réservée au culte des reliques. « Elle attend son rendezvous annuel avec les pèlerins », chuchote Jacques Deveseleer qui, comme d’autres passionnés, a senti son coeur battre plus fort en 1999 quand, dans un noble souci d’ouverture d’esprit, on a soulevé le couvercle de la châsse afin de procéder à une datation au carbone 14 des reliques. « Elles étaient bien du VII e siècle », confirme-t-il. Ouf !

Si la collégiale renferme d’autres oeuvres incontournables, comme cette émouvante « Mise au Tombeau » datant au XVe siècle, l’essentiel du trésor religieux est exposé au musée du Chapitre. En bon conservateur, Jacques Deveseleer s’est en effet battu pour que soit aménagé, dans le bras occidental du cloître et les anciens bâtiments administratifs des chanoines, blotti contre la collégiale donc, un musée rassemblant des oeuvres précieuses du XIe au XVIIIe siècle. Parmi les nombreuses peintures, sculptures et pièces d’orfèvrerie, le visiteur y découvrira l’ancienne salle de réunion du chapitre, munie de lambris sculptés avec ses bancs.

 

Renseignements

Office du Tourisme de la Ville de Soignies
Rue du Lombard 2.
Tél. : +32 (0)67 34 73 76 ou 77
www.soignies.be

 

Le Grand Tour Saint-Vincent a 750 ans

« Il s’agit d’un événement incroyablement rassembleur. Ce jour-là, on sent battre le coeur de la ville… Aucun vrai Sonégien ne voudrait rater cela ! » Et surtout pas Jacques Deveseleer qui trépigne d’impatience à l’approche du prochain lundi de Pentecôte. Ce jour-là, cela fera 750 ans que Nicolas III, évêque de Cambrai, approuvait une résolution des chanoines de Soignies instituant la procession du Grand Tour Saint-Vincent. « Le plus extraordinaire est que cette tradition a perduré ! », s’exclame l’historien, qui prépare pour l’occasion une publication avec la collaboration, entre autres, du photographe Guy Focant. Concrètement, à 6 heures, la chasse de Saint-Vincent est descendue de son socle dans la collégiale, puis portée par huit pèlerins – elle fait 280 kilos ! – le long d’un circuit de 12 kilomètres autour de la ville qui voit ainsi sa protection renouvelée. Le Grand Tour est ensuite suivi, au départ du faubourg d’Enghien, de la procession historique qui remonte, quant à elle, à 1920. Plus de 500 figurants costumés, dont une centaine de cavaliers, interprètent alors des épisodes de la vie du saint. « C’est une grande fête, assure Jacques Deveseleer. Si vous n’avez rien de particulier à faire le 28 mai, venez donc faire un tour à Soignies ! »

« Simpélourd », de la parade des cocus à la bière

La gastronomie d’une région s’est toujours acoquinée à son histoire. Ainsi, si le fromage de Soignies a été baptisé « pavé », la bière Simpélourd, qui entre dans la préparation de certaines spécialités, comme le lapin à la simpélourd, doit son nom à un savetier sonégien qui a vécu au XVIIIe siècle et dont les malheurs conjugaux lui ont valu un ticket d’entrée dans le folklore local. « Soignies est la seule ville au monde où l’on fête les cocus », prétend ainsi l’échevin Jean-Michel Maes, en faisant allusion à la fête qui a eu lieu à la mi-octobre. Une kermesse qui voit défiler fanfares, majorettes et groupes folkloriques, tandis qu’un habitant prend les traits et les habits – c’est un honneur ! – du savetier, dont ses concitoyens disaient qu’il était « simple et lourd ».

 

À voir aussi à Soignies

• Le circuit des façades millésimées
• Le parc Paternoster
• L’ancienne pharmacie Bourdeaux (1900)
• Les carrières Gauthier-Wincqz (visite sur demande)
• Le château de Louvignies (XIXe)…

 

La pierre bleue voit l’avenir en rose

S’il est indiscutable que la collégiale est la curiosité de Soignies la plus visitée, surtout depuis sa récente restauration tant extérieure qu’intérieure, il est une seconde pépite qui fait la fierté des Sonégiens : la pierre bleue, aussi appelée « petit granit ». Exploitée également, mais dans une moindre mesure, dans le Condroz et l’Ardenne centrale, cette roche remarquable qui s’est formée en mer il y a environ 320 millions d’années s’est taillée une place enviable en Europe grâce à sa dureté, sa résistance au gel, à l’écrasement et aux agents chimiques. En Belgique, elle a été utilisée pour d’innombrables bâtiments publics et privés, ponts, digues, écluses et aménagements urbains parmi lesquels les arcades du Cinquantenaire à Bruxelles, l’Aula Magna à Louvain-la-Neuve et la nouvelle gare des Guillemins à Liège. À Soignies, on n’y échappe pas. Dans le centre-ville, la place Verte a été repeinte en bleu, de même que la place Van Zeeland (le premier ministre est né à Soignies en 1893) où l’espace culturel Victor Jara, inauguré en 2009, se profile comme un énorme caillou qui dépasse du sol. Recouvert d’une croûte de pierre bleue, évidemment.

« C’est incontestablement la richesse industrielle de notre ville », explique l’échevin du Tourisme Jean-Michel Maes, par ailleurs également président de l’Office de Tourisme de Soignies et directeur de la Fédération du Tourisme de la Province du Hainaut. « Son exploitation a véritablement été lancée au début du XVIII e siècle et on espère qu’elle se poursuivra jusqu’à la fin du XXI e. Deux sociétés poursuivent en effet son exploitation : les Carrières du Hainaut, le long de la ligne Tubize- Jurbise, et Les carrières de la pierre bleue belge, qui viennent d’ouvrir un troisième site à cheval sur Soignies, Ecaussines et Braine-le-Comte. »

Pour ceux que ce pan de l’histoire sonégienne intéresse, le Centre de documentation de la pierre bleue accueille les visiteurs au sein du Centre d’art de Soignies. Les plus nostalgiques opteront également pour la visite du Vieux Cimetière et de son parc où près de 150 monuments funéraires du XIVe au XIXe siècles sont répertoriés. Une magnifique et ultime carte de visite pour les nombreuses familles de tailleurs de pierre qui y sont enterrées !

Mais l’exploitation artistique de la pierre bleue à Soignies ne s’arrête pas là. Elle a continué à trotter dans l’esprit de ses habitants, artisans et décideurs politiques. Et, de ricochets en ricochets, elle a fini par se fendre et accoucher d’une idée originale. « La pierre bleue s’éclate », tel est en effet le nom de cet événement que la Ville, l’Office du Tourisme et le Centre culturel organisent désormais depuis 2006 sous forme de biennale. « Ce symposium international de sculpture monumentale est né de l’idée de mettre en valeur la spécificité de notre ville », explique Jean-Michel Maes. « De la mi-août au début septembre, soit jusqu’aux Journées du Patrimoine, nous accueillons et offrons le logement à des sculpteurs venus de différents horizons qui ont comme tâche de créer une oeuvre à partir d’un bloc de pierre brute d’un mètre cube offert par les Carriers ». Afin de susciter un engouement et des rencontres avec le public, ces sculpteurs travaillent au vu de tous, sur le parking jouxtant la salle Jara. Particularité : à la fin du symposium, les pierres sculptées restent exposées à Soignies pendant un an. Même si, entretemps, elles ont trouvé un acquéreur… « Après cette période, ces oeuvres doivent être retirées aux frais des sculpteurs ou des nouveaux propriétaires. Mais compte tenu de leur poids, certains préfèrent en faire cadeau à la Ville qui en achète d’office une à chaque édition. Notre collection, dont une partie est exposée dans le parc qui fait face à la gare, s’agrandit ainsi d’année en année », note avec satisfaction l’échevin.

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