Waw magazine

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la mode en maille

En début d’année, la maille labellisée « Valentine Witmeur Lab » a remporté l’un des deux prix du Fashion Programme 2020 de WallonieBruxelles Design Mode. Une récompense bienvenue pour un parcours exemplaire !

 


© Victoria Nossen

Fabriquée à partir de fil italien de haute qualité, dans un atelier familial au Portugal, le vestiaire en maille de la Bruxelloise Valentine Witmeur est à son image, remuant et volubile ! Des pièces taille unique, basiques, souples, confortables, gaies et féminines. A accessoiriser à l’envi !

Tempo prestissimo

Valentine Witmeur est une jeune femme qu’il faut suivre. A commencer par son débit de paroles dont la cadence doit atteindre les 300 mots/minute, ce qui est un exploit ! Sa carrière est aussi une performance. Après des études à l’IHECS (Bruxelles), un master en Italie dans le management du luxe et de la mode, un stage dans les concept stores de l’enseigne Smets, un passage par le supplément

Lifestyle du journal « Le Soir » pour lequel elle a organisé les Victoires de la beauté, Valentine a eu envie « de faire son truc de son côté », comme elle le dit simplement. Et son truc était de lancer sa propre marque. Première collection en 2016. « Je ne voulais pas lancer une collection complète, trop compliqué, trop de frais et trop de risques. J’ai commencé avec six pulls en maille produits en Italie en petites quantités. Un test ! Cette première collection a localement bien marché, d’où une deuxième, puis une troisième et, maintenant, j’en suis à ma onzième collection ! ». Un succès qui semble amuser Valentine. Son défi ? Se réinventer de saison en saison pour ne jamais lasser une clientèle qui pourrait alors se tourner vers la fast-fashion et les achats impulsifs.


© Micha Margo

La taille unique, ça marche !

La collection Été 2020 innove avec l’introduction de chemises « oversize » en satin (variante accessible de la soie) parfaitement combinables avec des pulls ou des pantalons en maille.

« J’ai étoffé la collection Été en pensant à moi qui aime jouer avec les vêtements de textures différentes. La taille unique reste un basique car, franchement, ça marche ! Nos clientes aiment le principe et nos boutiques ne prennent pas de risques car nos modèles s’adaptent à toutes les morphologies. Nous n’avons que 3 % de retour sur les ventes via notre site web ».

Une reconnaissance internationale

Valentine vise une extension et une reconnaissance de la marque à l’international. Aujourd’hui, si sa marque est présente dans huit pays étrangers dont les Pays-Bas, la France, l’Allemagne, les Etats-Unis et la Corée du Sud, 70 % de son chiffre d’affaires est généré par le marché belge où elle est distribuée à travers quatorze points de vente. « Nous n’en voulons pas plus ! Que ce soit ici ou ailleurs, nous visons le très haut de gamme où nous représentons l’entrée de gamme. Notre envie est d’amener la marque loin. C’est vital ».


© Elodie Gérard

« Pourquoi le premier Prix Wallonie Bruxelles Design Mode ? En seulement quatre ans, soutenue par mon associé Arthur Spaez, je pense avoir réussi un beau travail, à la fois d’image et de positionnement à l’international. C’est ce qui a été apprécié et récompensé ».


S’habiller « bio »

Pour Valentine Witmeur, la pandémie du Covid-19, c’est une alarme. « Le secteur de la mode est le second secteur le plus polluant au monde. Cela doit changer. Comme pour la nourriture, les gens veulent de plus en plus de transparence quant aux modes de fabrication de leurs vêtements. Vendre un pull à 39€, cela signifie forcément que quelqu’un a été exploité dans la chaîne de production. En comparaison à cette qualité médiocre, on est considéré comme chers (à partir de 215€ le pull). C’est un investissement auquel on réfléchit. Je veux pousser à acheter moins mais mieux. Mes vêtements sont Made in Europe et sont issus de circuits courts. La collection Été 2021 marquera un tournant dans mon travail. Je vais utiliser 80 % de fils de laine labellisés bio, des fils recyclés et organiques. Ce sera un grand bond en avant. Etre plus écoresponsable. Je n’ai plus le choix et ça fait partie de mes valeurs ».

Le Covid-19, un frein à la surconsommation

Le rythme saisonnier de l’industrie de la mode est infernal. « Nous travaillons et dépensons actuellement pour le développement de la collection Été 2021, tandis que la collection Hiver 2020 sort dans quelques mois en magasin. Je clôture ce qui verra le jour dans un an et qui aurait dû être présenté à la Fashion Week de Paris en septembre prochain ». Avec le Covid-19, le temps s’est suspendu et Valentine ne le regrette pas vraiment même si cela va l’obliger à se réinventer. « Tout le secteur de la mode était sous les projecteurs car pas assez écologique. On pousse à la surconsommation, des marques font jusqu’à huit saisons par an… Ce n’est plus possible, c’est ridicule, tout doit ralentir. La pandémie va agir dans le bon sens. Nous devons prendre du recul et moins produire ».

« Être plus écoresponsable. Je n’ai plus le choix et ça fait partie de mes valeurs ».


www.valentinewitmeurlab.com

la distinction du nœud papillon

Dans la nature, nous les aimons pour leur vol maladroit et leurs couleurs printanières. Posés sur notre encolure, les papillons « en nœud » et en soie nous métamorphosent.

 

Le nœud papillon est un artifice stylistique de petite taille mais, assurément, celui ou celle qui l’adopte voit son pouvoir d’attraction s’accroître. À tel enseigne que des personnalités politiques ou publiques en vue ont fait du port du nœud papillon une identité visuelle, si pas une marque de fabrique !

Un Manneken-Pis en chocolat !

Stéphanie Dewitte, 40 ans, originaire de Roubaix et habitant Estaimpuis, appartient à une famille de modistes et de couturières depuis cinq générations. Cependant, c’est en empruntant un chemin détourné, la réalisation d’une sculpture en chocolat de deux mètres de hauteur, qu’elle est entrée dans le métier. Cet exubérant Manneken-Pis fut sa révélation, son buzz ! « Ce challenge m’a donné confiance en moi », raconte-t-elle. « J’avais envie de créer mon activité et je l’ai fait. J’ai choisi un accessoire de mode particulier : le nœud papillon.»

Un battement d’ailes qui fait la différence

« Le nœud papillon n’était pas une obsession mais j’y pensais depuis un moment. Quand je sculptais mon Manneken-Pis en chocolat, je portais des tabliers de ma fabrication sur lesquels j’avais déjà “accroché” des papillons. » Une touche de poésie, la mise en œuvre d’une douce folie créatrice. « J’ai ensuite déposé ma marque et décliné cet accessoire en version homme et femme. La version féminine est de plus petite taille, avec un brin de fantaisie, parfois un strass mais, je dois l’admettre, la femme n’ose pas encore porter le nœud papillon. Il est peut-être trop connoté comme exclusivement masculin. C’est dommage car c’est chic, ça vous habille une tenue basique avec peu. »

« La soie est une matière exceptionnelle, aux qualités trop peu connues. Je décline également cette matière en foulard Ascot pour homme. Un “bout de tissu” qui confère chaleur et sentiment de protection. »

 

Trois gammes de nœud

Trois gammes de nœuds papillon, en soie essentiellement, pièces uniques ou en édition limitée, sont proposées à la clientèle dans plusieurs points de vente en Belgique et en France : le nœud basique uni, le moderne imprimé et le décalé qui répond à des demandes plus folkloriques, par exemple avec des têtes de mort, en papier, de couleur argentée ou dorée. Tous les goûts sont dans la nature…

Trois gammes de nœuds papillon sont proposées à la clientèle : le nœud basique uni, le moderne imprimé et le décalé.


www.stephaniedewitte.com

Une exposition à découvrir jusqu’au 20 septembre

René Magritte

Les images révélées

La découverte des photographies de René Magritte dans les années 1970, dix ans après la mort du peintre, a jeté un nouvel éclairage sur son processus de création et les liens étroits qu’il entretient avec « l’image mécanique », qu’elle soit photographique ou cinématographique. D’autres images sont apparues depuis, issues des albums de ses proches, qui viennent compléter l’étude des relations peinture-photographie dans l’œuvre de René Magritte, mais aussi l’influence du cinéma, un art dont Magritte était, autant que de la littérature populaire, des plus friands.


René Magritte peignant La clairvoyance, Jacqueline Nonkels (photographe), Bruxelles, 4 octobre 1936

Composée de 131 photographies originales, la plupart créées par René Magritte, et d’un chapitre reprenant ses films d’amateur se mettant en scène avec ses complices, l’exposition « René Magritte. Les images révélées » – qui était initialement prévue jusqu’au 10 mai mais qui est donc prolongée jusqu’à l’automne – interroge le rapport de Magritte à l’image mécanique en traçant des liens avec son œuvre, révélant en outre un Magritte intime.


L’Ombre et son ombre, Georgette et René Magritte, Bruxelles, 1932

Conçue à partir de trois grandes collections privées constituées par des passionnés ayant acquis des photos au fil des années, de la collection du Musée de la Photographie et du Fonds Jacqueline Nonkels, l’exposition raconte le peintre autant que l’usager de la photographie. On y retrouve l’album de famille de Magritte avec ses photos d’enfance, ses parents, son épouse. On y voit ensuite la famille intellectuelle du peintre, celle qui l’a nourri, le groupe des surréalistes bruxellois qui, dès 1925, accompagnèrent le développement de son œuvre. L’exposition présente également un René Magritte facétieux, jouant et s’amusant avec ses complices. On y retrouve enfin les photos qui ont servi de modèles pour ses peintures et celles qu’il n’a jamais utilisées - Magritte ne se considérant pas plus photographe qu’il ne se voulait « peintre » -, peut-être les plus créatives…

Le Bouquet, Georgette et René Magritte, Bruxelles - Rue Esseghem, 1937

L’exposition lève aussi le voile sur sur l’influence du cinéma sur l’artiste, les surréalistes ayant grandi avec le Septième Art.

www.museephoto.be

Chanel Kapitanj

Poste à souder, pince de masse, meuleuse, disqueuse, scie à ruban… Bienvenue dans l’univers créatif de Chanel Kapitanj, jeune designer de mobilier déco en métal. Honorée par le titre « Talent de Wallonie 2019 » dans la catégorie artisanat, cette Liégeoise de 27 ans aurait dû être en première ligne, fin avril, au Salon du meuble de Milan.


A Sambreville où elle vient de s’installer, Chanel Kapitanj vit au milieu de ses derniers meubles d’auteur. Adepte du « less is more », elle veut faire de sa maison un atelier show-room, une expérience pour ses visiteurs qu’elle confronte directement à ses créations d’inspiration minimaliste. Pas de tape à l’œil, des lignes pures et sobres que l’on aime à caresser du regard, comme celles de la bibliothèque étagère du salon qui s’articule sur des piétements tubulaires. Fixées au mur de la salle à manger, quatre tablettes métalliques aux formes arrondies, délicieusement design, étincellent de leurs reflets poudrés. Il y a aussi un guéridon aux nuances cuivrées dans le coin opposé.

Chevelure blond vénitien et yeux légèrement maquillés, la jeune femme se partage entre son atelier qui occupe une partie du garage et de la cave, ses chantiers comme celui qu’elle termine pour un bureau d’architecture et, enfin, son travail à temps partiel de formatrice en soudure pour l’IFAPME de Namur et de Dinant.

Elue talent wallon 2019 dans la catégorie artisanat, la créatrice d’origine liégeoise a déjà remporté plusieurs prix. Aux Pays-Bas, lors du concours 2017 de la marque Pastoe, elle s’est imposée en présentant le croquis de « la commode du futur » qu’elle avait imaginé. Aux Blue Stone Awards des carrières du Hainaut, elle s’est adjugé la victoire avec son projet de cloisons démontables et de bancs en acier dans lesquels elle intègre de la pierre bleue.

Un père tourneur-fraiseur, une mère passionnée par la mode

C’est dès son plus jeune âge que Chanel s’intéresse aux objets de déco et aux meubles. Après des études artistiques secondaires où elle apprend à dessiner, la jeune fille entame un master en design industriel à l’ESA de Saint-Luc, à Liège, qu’elle complètera par une formation de métallier soudeur. Son papa étant tourneur-fraiseur dans le secteur de l’armement à l’arsenal de Rocourt, c’est là qu’elle découvre l’univers masculin des métiers de la transformation de l’acier. Passionnée par la mode, sa maman travaille dans le prêt-à-porter. Quelle plus belle synthèse de ces deux modèles que le design d’objets ? « Le mobilier, ça a été tout de suite une évidence, dit-elle. Je ne me voyais pas concevoir des voitures ou des GSM. »

La jeune femme ne veut pas s’enfermer dans l’aménagement intérieur, le mobilier urbain l’intéresse tout autant. Elle se verrait ainsi volontiers réinventer des bancs ou des brises-vue pour l’espace public. Ces objets, Chanel ne veut pas se contenter de les concevoir sur papier. Elle veut passer à la troisième dimension. « Parce que j’aime les volumes », dit-elle. Sous ses mains, les modèles prennent forme : coiffeuse, tabouret, rangement. Elle s’amuse.

Chanel Kapitanj se partage entre son atelier qui occupe une partie du garage et de la cave, ses chantiers comme celui qu’elle termine pour un bureau d’architecture et, enfin, son travail à temps partiel de formatrice en soudure pour l’IFAPME de Namur et de Dinant.


Fascinée par la soudure

Pour ses créations, elle utilise différentes techniques. La gravure d’eaux fortes, par exemple, lui a inspiré un projet de traitement des tôles à l’acide, ce qui rend chaque pièce unique. Il y a aussi le bichromatage, exécuté à l’extérieur ; les éléments de ses installations sont trempés dans un bain qui les protège de la corrosion tout en leur donnant un aspect doré, avec une irisation bleu-vert. Rouiller, peindre, vernir, assembler : elle se pique au jeu de l’envie, sans déroger à la règle de la sobriété. Dès que les plans sont établis, les feuilles de métal, les tôles et tubulures sont envoyées à la découpe à Liège, avant traitement. Elles sont ensuite assemblées à l’atelier. Elle aime mélanger les matières, comme l’acier, l’inox poli et le laiton, mais n’a pas encore testé l’alu. Si elle s’est essayée à la forge, elle le revendique. La soudure la fascine, lui ouvre d’infinis horizons.

Comme tout artiste qui se respecte, Chanel a des (p)références. Philippe Starck, très peu pour elle. La Liégeoise se nourrit plutôt de l’exemple de Dieter Rams, un créateur contemporain allemand qui a énoncé les dix principes de ce qu’il a appelé « le bon design » : innovation, utilité, esthétique, sobriété, honnêteté, écologie, durabilité, minimalisme, exigence, intuitivité. « Moins, mais avec la meilleure exécution » : c’est la signature de Chanel Kapitanj, qui arrive déjà à vivre de sa passion.

Son rêve : se faire éditer

Sélectionnée, avec six autres artistes, pour animer le stand « Belgium is design » au prochain Salon du meuble de Milan, Chanel est consciente de la chance extraordinaire qui lui est donnée de participer à ce mondial de l’ameublement d’auteur. Tout le gratin de la profession y est attendu, à commencer par les éditeurs à la recherche de nouveaux talents pour alimenter leurs collections. Pour ce « Salone del mobile », elle a conçu une étagère, un fauteuil et une lampe. Ils seront exposés… si l’événement est maintenu (1). « Mon rêve, ce serait de me faire éditer », dit-elle. Non par un blockbuster comme le géant suédois de l’ameublement en kit, mais par l’un des grands noms du design haut de gamme.»



(1) A l’heure de boucler ce magazine, le Salon du meuble, initialement prévu du 21 au 26 avril, était repoussé de deux mois (du 16 au 21 juin).

architecturale

Projet de bibliothèque publique dans le cadre d’une étude pour la revalorisation de la ville de Borlänge (Suède) - Réinterprétation du style classique mêlé au style local dit « Swedish Grace »

Nadia Everard, diplômée en architecture, sillonne l’Europe pour y trouver les ferments d’une renaissance esthétique. La jeune femme tient un discours ferme à l’égard de l’architecture contemporaine et propose de renouer avec une architecture durable, traditionnelle et populaire.

 

Nadia, vingt-quatre ans et du tempérament, a grandi à Ambly (Ardennes) où le domaine familial lui laisse le souvenir d’un havre champêtre et tendre. Est-ce en escaladant les vieilles poutres de la maison qu’elle devint sensible au métier d’architecte ? Pas exactement. La passion des bâtiments lui vint, nous assure-t-elle, par le dessin et la peinture. « Le dessin à main levée est essentiel à mon travail car il ne connaît de limites que l’espace d’une feuille et ma propre imagination. Quand un bâtiment naît à partir du dessin, il est nécessairement plus touchant, plus idéal et plus libre que lorsqu’il naît sur ordinateur ».

L’architecte ? Un philosophe-roi !

Certaines décisions nous font découvrir des dimensions nouvelles de la vie. Pour Nadia, ce fut la décision de terminer son Master d’architecture en Angleterre. Outre-Manche, elle découvre que l’architecture n’est pas qu’une discipline technique mais une science de l’esprit, une authentique conception du monde. « L’architecte est un philosophe-roi ! Il possède la possibilité de concevoir le monde et d’y faire régner ses conceptions. Et, de ce grand pouvoir, lui vient une grande responsabilité : celle de prolonger la beauté du monde ». Il y a cependant des écueils à éviter comme Nadia l’a développé dans un article publié par le Monde Diplomatique. « Les architectes peuvent commettre deux péchés. Péché d’orgueil, d’abord, s’ils sont obsédés par l’idée de laisser leur empreinte sur la ville, s’ils construisent en niant ce qui a précédé. Dans ce cas, leur contribution à l’architecture générale ne sublime pas les villes comme elle devrait. Péché contre l’esprit créatif, ensuite, s’ils se laissent dominer par les outils qu’ils utilisent, les logiciels d’architecture, qui suffisent désormais à dessiner les plans d’un bâtiment standard en deux temps trois mouvements ».

« C’est la preuve qu’en construisant des villes harmonieuses, respectueuses des styles locaux et qui ne brutalisent pas leurs habitants, ni par la taille, ni par le nombre, on atteint une chose qui dépasse de très loin la beauté formelle : le bien-être ».


La Table Ronde

Installée en Belgique, Nadia Everard travaille à la création d’une activité de conseil en urbanisme dont elle tient déjà le nom, La Table Ronde, en référence à l’unité dont l’architecture doit se faire l’étendard. « Les pouvoirs publics et les promoteurs immobiliers sont la clef pour provoquer une rupture décisive des projets d’urbanisme. Souvent, dans nos échanges, ils me confient leur difficulté à poursuivre une vision d’ensemble, à gorger leurs projets de cette humanité qui emplit les villes d’architecture éternelle. La Table Ronde a vocation à les conseiller dans la voie d’une action vigoureuse, populaire et durable au service de la renaissance de l’urbanisme ».

Respecter l’habitat des gens

Fraichement diplômée, Nadia est impatiente de se lancer dans le métier. « J’ai beaucoup travaillé pour éviter que ma main tremble lorsque je signerai mes premiers plans. » Jusqu’à présent, ses projets témoignent d’une évidente finesse, de sa conscience aiguë des aspects populaires et historiques de l’architecture et du lien qui traverse un style, un endroit, une époque.

La jeune femme a par ailleurs complété ses études en s’initiant à l’architecture classique et traditionnelle. « La découverte des règles de l’architecture classique, au lieu de brider mon travail, m’a donné une formidable aisance. Le classicisme structure ma façon de construire, il me donne des repères esthétiques et de proportion tout en me laissant libre de construire comme il me plaît ou, plutôt, comme il plaît aux habitants ! »

Faire de l’architecture populaire, c’est tout d’abord respecter l’habitat des gens, affirme-t-elle. « Je ne veux pas dire qu’il faut le tenir pour sacré, bien sûr, les villes peuvent – doivent – changer, mais à condition de préserver leur unité esthétique. Qu’on le veuille ou non, voir pousser des tours là où se tenaient autrefois des maisons de maître, c’est un traumatisme ». Et Nadia de citer en exemple Poundbury (Grande-Bretagne), une villle qui sort de terre sous l’impulsion du Prince Charles dans un style traditionnel anglais. « Poundbury jouit d’une popularité sans pareille auprès de ses habitants et les taux de satisfaction y atteignent des records. Je veux croire que l’architecture y est pour quelque chose. »

[email protected]
Instagram: @natyganeve

Une architecte complétée
d’une photographe


Sousse, Tunisie, 2017

La liberté guide l’action de la jeune femme. « Lorsque je suis entrée à l’université, j’ai vite compris que le dogmatisme y avait cours : certaines idées ne pouvaient être remises en cause, certains auteurs étaient des gourous… On nous pressait d’être plus innovant, plus moderne, plus audacieux ! Et que faisait-on du millénaire d’architecture qui nous précède ? Rien. L’histoire, les traditions, les techniques éprouvées par le temps… au diable ! ».

Elle se tourne, en parallèle de ses études, vers la photographie. Munie d’un modeste appareil, elle parcourt les chantiers de Bruxelles et d’ailleurs. « Les photographies de chantiers ont été mes premières protestations, une manière de dire : tenez, voyez ce qu’ils font de nos villes ! » Ses clichés nous montrent des formes brutes, couleur grise béton, d’immenses toiles derrière lesquelles les grues incisent le tissu urbain, des échafaudages, des façades à vif et des trous béants.

Progressivement, la jeune femme se forge un nom dans le monde de la photographie artistique et architecturale. Son compte Instagram, suivi par quelques quatorze mille personnes, devient le lieu d’une discussion vivifiante mêlant architectes, artisans, promoteurs, étudiants ou simples curieux. On commente, aime, critique et donne son avis sur l’évolution des villes. « C’est là que j’ai compris que le débat architectural ne devait pas se cantonner aux murs de l’université mais qu’il devait inclure tout le monde car il concerne tout le monde », dit-elle. Bientôt, son succès attire l’œil des entreprises de construction. « Je dois dire que j’ai été surprise lorsqu’une entreprise est venue me proposer un premier contrat photos sur ses chantiers ». Très vite, les contrats s’enchaînent ainsi que les propositions d’expositions (InsideOut Gent, Londres).

Actuellement, Nadia travaille sur un essai photographique de l’architecture traditionnelle contemporaine russe.

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Deux expositions à découvrir jusqu’au 10 mai 2020.

Diana Matar

My America

À la fin de l’année 2015, la photographe Diana Matar entreprend de rechercher aux USA les endroits où la police a tué des civils. Elle réalise des cartes détaillées dans son studio et compile des informations sur chaque cas mortel de violence policière survenu les deux années précédentes. Diana Matar consacre alors deux ans à sillonner les routes et photographier la plupart des 2.200 sites où ces meurtres ont eu lieu.

Bien que ses photographies soient d’un style plutôt classique, elle n’utilise pourtant qu’un iPhone. Elle l’explique : « Nous ne saurions rien des meurtres policiers sans les smartphones. Les gens ont commencé à les utiliser pour documenter les injustices et les partager sur le web. J’ai pensé qu’il était important d’user de la même technologie en réalisant ces images immobiles. »

Pour le Musée de la Photographie, Diana Matar a opéré une sélection de 99 photographies sur un ensemble de 300 images. L’échelle du projet témoigne de celle du problème, mais nécessite que l’on se remémore chaque personne ayant été tuée. Le titre de chaque photographie reprend seulement le nom, les dates de naissance et de décès, ainsi que la ville où la personne a été tuée.

« Pour moi, chaque image de « My America » représente non seulement un acte de violence mais aussi la perte d’un individu – un individu avec famille. C’est pourquoi je n’ai pas peur d’user d’une certaine beauté en ces descriptions, un concept qui tend à la controverse dans la représentation de la violence.»


Laurence Bibot

Studio Madame

Depuis quelques années, au départ d’archives télévisées, Laurence Bibot a réalisé une série de petites capsules s’emparant d’archétypes féminins, shampouineuse, directrice d’école, nymphette, ménagère de plus de 50 ans, femme dépressive ou exaltée, mais aussi des personnages connus, Barbara, Juliette Gréco, Sœur Sourire ou plus récemment Amélie Nothomb dont la confection du chapeau haut aura nécessité des trésors d’imagination.

Il ne s’agit plus ici d’imitations mais de playbacks, Laurence Bibot reproduisant le mouvement des lèvres des interviewées dont elle a adopté le costume et les éléments du décor.

Livrées jusqu’ici aux réseaux sociaux, ces capsules seront pour la première fois présentées au Musée de la Photographie. Perruques, foulards, lunettes anachroniques, sur chemisiers fleuris ou tailleurs Chanel seront au rendez-vous de ces parodies où l’on aura parfois quelque peine à reconnaître la comédienne.

Musée de la photographie
Avenue Paul Pastur, 11
6032 Charleroi

www.museephoto.be

en un clin d’œil ! 

Le design est aujourd’hui une discipline reconnue pour ses vertus de services. N’est pas designer celui qui n’est pas un innovateur dont l’objectif créatif est de servir une cause. Conversation avec la Brainoise Céline Poncelet, designer-architecte d’intérieur à Atelier Blink (Anderlecht) et professeure à l’École de la Cambre.

 

Céline Poncelet

Êtes-vous la nouvelle « sorcière bien-aimée » qui, d’un mouvement de nez, transforme l’intérieur de sa maison ?

Je suppose que vous faites allusion au mot « blink »... Non, malheureusement, il me faut plus d’un battement de cils pour mener à bien mes projets ! L’appellation Atelier Blink, cela signifie que sous une certaine forme de simplicité dans mon travail, il y a toujours un « twist », une torsion qui peut s’afficher comme un trait d’humour ou de poésie, ou une histoire en rapport avec un usage ou un lieu. Le travail de l’Atelier Blink est interdépendant et collaboratif, il se situe à la frontière des domaines du design industriel, de l’architecture, de la scénographie, de l’art, etc. Pour créer un lieu unique, il faut raconter une histoire ; celle-ci découle de l’espace, de l’architecture, du quartier et de l’usage. Le concept doit pouvoir s’inscrire dans un contexte bien précis. C’est aussi la raison pour laquelle j’aime développer des projets en collaboration avec les habitants d’un quartier, des écoles, etc. Comme les projets à Jette, Saint Josse, ou encore « La Condition Publique » à Roubaix.

« J’aime les défis, cela me pousse à aborder des projets très variés. Pour les scénographies d’exposition, je retrouve ce croisement intéressant entre les différentes disciplines, entre la notion d’espace, de scénario et la mise en valeur des œuvres. Malheureusement, en Belgique, ce n’est pas toujours évident de trouver des opportunités. »

 

Votre métier est-il le résultat d’une vocation ?

J’ai toujours senti l’envie d’exprimer des choses par le biais de l’art, du dessin, de la vidéo. Dès l’âge de 15 ans, j’ai été moi-même m’inscrire aux cours du soir de dessin. On peut donc parler de vocation ! Atelier Blink est un aboutissement mais pas une fin. Mon travail est en constante évolution. J’ai commencé en dessinant des objets destinés à l’édition. Il s’agissait de créations « hors contexte », comme du mobilier ou du papier peint conçu pour être édité et être importé dans n’importe quel espace. Petit à petit, ce type de recherches a de moins en moins fait sens pour moi. Dessiner une chaise pour trouver encore une chaise dans un magasin, cela n’avait plus d’intérêt pour moi. Aujourd’hui, quand je conçois du mobilier, c’est dans un contexte contraignant et précis – qui peut être un lieu, un public ou une technicité spécifique –, et plus uniquement dans l’idée de trouver un éditeur pour que cela soit vendu en boutique.

Céline Poncelet

C’est ce que l’on appelle le design de fonction ou d’usage ?

Mes réponses sont fonctionnelles autant pour le design d’objet que d’espace. Je cherche des solutions globales adaptées aux besoins des usagers. Le designer doit être dans le service, mais les aspects connexes d’esthétique, d’écologie, etc, sont également fondamentaux.

Un exemple ?

Le Préhistomuseum de Ramioul, un projet hyper intéressant pour lequel Atelier Blink a été mobilisé et associé à un bureau d’architecture (AIUD) afin de réaliser l’aménagement intérieur et la signalétique des espaces de visite, dont l’accueil, la boutique, la cafétéria et le restaurant. Un projet passionnant pour lequel nous avons beaucoup échangé avec l’ensemble des intervenants, nos réflexions abordant parfois des problématiques pratico-pratiques. Comment les visiteurs vont-ils se déplacer dans l’espace ? Où placer la billetterie ? Ces questions nous ont fait réfléchir à la manière dont les visiteurs allaient occuper l’espace et les réponses ont influencé autant la signalétique à développer que le design du mobilier et son placement en fonction des contraintes du lieu et de l’atmosphère qui doit s’en dégager.


Dans le cadre du réaménagement du Préhistomuséum de Ramioul, Atelier Blink s’est chargé de l’aménagement des zones d’accueil, ainsi que du développement d’un mobilier spécifique répondant aux  contraintes et à l’identité du lieu. 

Vous avez mené une réflexion similaire pour l’entreprise Délitraiteur?

Exactement, bien que chaque projet ait ses spécificités propres. Delitraiteur a décidé d’élargir son horizon pour s’ouvrir à la restauration en entreprise. Atelier Blink a créé pour ce projet un concept de restaurant Deli basé sur les nouvelles tendances de travail. Un lieu où, non seulement, on se restaure, mais aussi où on travaille, où on rencontre des clients et où on se détend. Un lieu qui véhicule les valeurs et l’identité de la société. Ce concept sera adapté à chaque entreprise et chaque espace en fonction des besoins et possibilités de celle-ci. Pourriez-vous nous parler d’un projet d’aménagement d’espace urbain ? Dans le cadre du Festival des cultures digitales, le KIKK, à Namur, Atelier Blink a été chargé en 2018 de la conception et de la réalisation de la signalétique et du marquage du parcours à travers la ville. C’était la première année où ce festival proposait un parcours à travers Namur dans des lieux parfois insolites. Il fallait un élément modulable, simple à placer à l’extérieur et temporaire pour marquer les différents lieux du parcours. L’installation a été réalisée en détournant les bandes de PVC pour chambre frigorifique.

Céline Poncelet
Pour Delitraiteur, Atelier Blink a développé un espace fictif afin qu’il soit transposable au sein de sociétés intéressées par le concept.

 

Pourriez-vous nous parler d’un projet d’aménagement d’espace urbain ?

Dans le cadre du Festival des cultures digitales, le KIKK, à Namur, Atelier Blink a été chargé en 2018 de la conception et de la réalisation de la signalétique et du marquage du parcours à travers la ville. C’était la première année où ce festival proposait un parcours à travers Namur dans des lieux parfois insolites. Il fallait un élément modulable, simple à placer à l’extérieur et temporaire pour marquer les différents lieux du parcours. L’installation a été réalisée en détournant les bandes de PVC pour chambre frigorifique.

 

www.atelierblink.com

Un rêve devenu réalité

arc majeur

On la distingue d’abord de loin, confusément, en se frottant les yeux, en refusant de penser qu’il s’agit peut-être du reste du thorax d’un monstre préhistorique soudain mis à jour. Puis le phénoménal objet se dévoile progressivement au fur et à mesure que la route s’élève et que l’on approche de son lieu d’ancrage, la borne kilométrique 99, à hauteur de Lavaux-Sainte- Anne.
 C’est une sculpture en acier Corten de 200 tonnes qui enserre gracieusement le paysage et dont les deux arcs plantés de chaque côté de l’E411 se rejoignent virtuellement sous celle-ci. Il y avait donc bien matière à se frotter les yeux, car s’il s’agit d’une œuvre d’art, c’est un rêve quand même, celui du Français Bernar Venet, et il est devenu réalité en Belgique, à la frontière entre les provinces de Namur et du Luxembourg, sur l’une des autoroutes les plus fréquentées d’Europe.

Inutile de dire que l’artiste a dû en avaler des kilomètres de béton avant de trouver dans notre pays un tronçon vierge de toute construction et, surtout, dépourvu de tout éclairage axial qui aurait nui à son image.

Si l’Arc Majeur, qui fut inauguré le 23 octobre, est l’histoire d’un homme et de sa passion, il est aussi l’aboutissement d’une réflexion entamée 35 années plus tôt, en France, à la demande de Jack Lang, alors ministre de la Culture. Des projets non aboutis lui avaient donné pour écrin des abords d’autoroutes verdoyants en Bourgogne et en Moselle, mais c’est la rencontre entre Bernar Venet et Bernard Serin, le président du Groupe Cockerill, qui s’avéra décisive, celui-ci lui offrant de financer l’œuvre par le biais de sa fondation et l’aide de mécènes, et de la réaliser dans ses ateliers à Seraing avant de l’offrir à la Région wallonne, en tant que symbole de son savoir-faire séculaire. 

Œuvre d’art, défi technique et aventure humaine : l’Arc Majeur s’est découvert plusieurs cordes !

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Une exposition à découvrir jusqu’au 19 janvier 2020

SANDRINE LOPEZ.
ARKHÊ

SANDRINE LOPEZ

Que trouve-t-on à la source des photographies de Sandrine Lopez ? Quel est leur point de départ et de convergence ? Une fascination pour une silhouette, une posture, un visage ? Une envie de s’en approcher au plus près, d’en saisir l’essence même ? Arkhê présente en une trentaine de photographies le résultat de traques, de rencontres obsédantes, palpitantes, angoissantes, mais toutes fascinantes et devant aboutir à un portrait, une image, avec comme point commun la nuit. Arkhê, une confrontation au corps, à la fois sublime et terrifiante, la persistance d’un regard sur les abîmes de l’être.

Photographe et vidéaste française née en 1982, Sandrine Lopez vit et travaille à Bruxelles. Après un master en sociologie à Bordeaux, elle se consacre à la photographie et part étudier à l’Ecole Supérieure des Arts de l’image « Le 75 », à Bruxelles. Diplômée en 2011, elle poursuit une exploration empruntant diverses formes et traversant des espaces au sein desquels la figure humaine demeure centrale. Entre photographie, vidéo et écriture, elle partage régulièrement l’avancée de son travail au cours de conférences données dans le cadre des différents postes qu’elle occupe dans l’enseignement depuis 2012. Elle achève actuellement la réalisation d’un film documentaire intitulé « Demain c’était Dimanche », dans lequel elle dresse le portrait d’un homme sans mémoire dont elle a partagé le quotidien. 

Sandrine Lopez
De la série Arkhê
© Sandrine Lopez

RENÉ MAGRITTE. LES IMAGES RÉVÉLÉES
Une exposition à voir du 25 janvier au 10 mai 2020.

Magritte

Après Melbourne, Hong Kong, Taïwan, Séoul, le Musée de la Photographie a le plaisir d’accueillir, en Belgique, l’exposition René Magritte, Les images Révélées, sous le commissariat de Xavier Canonne.

Composée de 131 photographies originales, la plupart créées par René Magritte, et d’un chapitre reprenant ses films d’amateur se mettant en scène avec ses complices, l’exposition « René Magritte. Les images révélées » interroge le rapport de Magritte à l’image mécanique en traçant des liens avec son œuvre et révélant un Magritte intime.

La marchande d’oubli
©2019-2020,
Charly Herscovici c/o SABAM.

Avec ou sans bulles, l’eau de Bru est aujourd’hui reconnue comme « eau de toutes les tables ». Ses qualités sont proches de celles des grands vins. Et elle a des partenariats avec la plupart des associations culinaires de Belgique.

Savez-vous d’où vient le nom de Bru? Il s’agit du nom d’un hameau situé au cœur des forêts ardennaises entre le village de Lorcé (où l’on retrouverait des ancêtres « de Pardieu », mais c’est une autre histoire) et celui de Chevron à quelques kilomètres de là. Le nom évoquerait le bruissement produit par le gaz s’échappant de la source carbo-gazeuse.

Connues depuis l’Antiquité, les sources de Chevron sont données en l’an 814 par un des nombreux fils de Charlemagne, Louis Ier le Pieux, à l’Abbaye de Stavelot, qui les exploitera jusqu’au XVIIe siècle. En 1718, un certain M. de Presseux de Hautregard obtient le droit d’exploiter les eaux de la source qui, au fil des ans, vont commencer à concurrencer les eaux de Spa. Du moins jusqu’à la Révolution française qui a anéanti le marché des eaux.

Quelques années plus tard, la commune de Chevron devient propriétaire des sources de Bru mais les laisse s’endormir gentiment. Fin du XIXe siècle, la municipalité tente de les vendre, mais leur situation au milieu des bois décourage plus d’un amateur, elle décide dès lors de les mettre en concession. C’est toujours le cas aujourd’hui, même si le bail est à très long terme.

En 1903, la première exploitation industrielle de captage et de mise en bouteille est créée par trois Anversois. Elle devient en 1925 la Compagnie générale de Chevron qui décrochera en 1994 un des premiers périmètres de protection de Belgique afin de protéger la source de tout risque de pollution et de contamination. Ce périmètre de 3.865 hectares s’est élargi avec le temps à 4.250 ha mais est toujours en vigueur. Ce qui fait qu’il est, par exemple, interdit dans cette zone de saler les routes en cas de gel afin de ne pas contaminer les nappes phréatiques. Les routes sont dès lors sablées, ce qui est certainement meilleur pour la planète !

Spadel reprend Chevron et lance la Bru, l’eau perlée

Une nouvelle page se tourne en 1924 avec Ernest du Bois, grand-père de l’actuel CEO de Spadel, qui entre dans le capital de Spa-Monopole créée deux ans auparavant. Sa société Finance et Industrie rachète la Cie Générale de Chevron en 1946. Sous l’impulsion de Guy Jacques du Bois, la société se transforme en groupe européen Spadel en 1980 qui reprend la gestion des sources de Chevron et, un an plus tard, achète les sources de Bru et lance dans la foulée le concept « d’eau perlée », synonyme de richesse et de pureté.

Le succès en revient à Marc du Bois qui, après avoir introduit avec succès Spa dans le réseau hospitalier, embraie avec le marketing de Bru dont la campagne publicitaire remporte le prestigieux Grand Effie Award en 1996. La renommée de Bru fut alors assurée par des grands chefs de renommée mondiale, comme Pierre Romeyer ou Pierre Résimont.

Une nouvelle usine à Lorcé

En 2000, après le décès accidentel de son frère, Marc du Bois reprend la direction de Spadel, d’abord avec Jean-Philippe Despontin, puis seul à partir de 2012. Les années 2000 sont des années de changement. Désormais dotée des plus hautes certifications (ISO 9002 et ISO 14001 pour son management environnemental), Bru-Chevron se développe rapidement et installe une nouvelle usine à Lorcé en 2001. Un vaste programme de démantèlement de l’ancienne usine est entamé avec, notamment, la plantation de 400 arbustes afin d’y restaurer la biodiversité originale, le développement durable étant l’une des préoccupations majeures de l’entreprise. D’autres mesures environnementales ont également été prises : électricité verte, bouteilles en plastique de plus en plus légères, traitement des eaux usées, etc.

Premier sommelier de Belgique 2000, Xavier Faber entre chez Spadel en 2009 où il devient « Ambassadeur Bru ». « Lorsque je suis arrivé, se souvient-il, avec les équipes de vente “Top Gastronomie”et “Horeca”, notre ambition était de placer Bru dans toutes les belles maisons étoilées, ainsi que dans les enseignes bien notées par Gault&Millau. Aujourd’hui, nous avons des partenariats avec la plupart des associations culinaires de Belgique. »

Un équilibre minéral stable

Et celui qui est aujourd’hui Field Sales Manager Bruxelles et Sud de poursuivre : « L’eau de Bru est naturellement pétillante, elle est parfaitement destinée à la gastronomie pour plusieurs raisons. Tout d’abord, elle est pauvre en sel, elle n’efface ni n’altère le goût des aliments. Calcium et magnésium sont en équilibre parfait, sa teneur naturelle en CO2 est de 4,4 g/litre, avec une minéralisation de 160 mg/litre de résidu sec. » Cela peut sembler un peu abstrait, mais son équilibre minéral est comparable à celui des vins de qualité ! Le tout demeure stable dans le temps et a permis la reconnaissance de cette eau unique en « eau minérale naturelle » par le Ministère de la Santé publique, aujourd’hui SPF Santé.

« Pendant plusieurs années, pour prouver que Bru se dégustait partout, nous avons lancé les « Tables perlées », souligne Xavier Faber. Il s’agissait d’événements gastronomiques qui se déroulaient dans les endroits les plus improbables : dans un musée, dans les bois, dans une gare… »

Une Bru sans bulles

La quasi totalité de la production s’achète et se boit en Belgique : « Nous nous plaçons comme un acteur local avant tout. Parler d’export est probablement un grand mot, car nous n’exportons que 0,15% de la production, soit moins de 60.000 litres ! Un peu dans le nord de la France et aux Pays-Bas, avec quelques ventes aussi au Brunei, en Grèce ou en Chine. »

En 2006, Spadel a lancé la Bru plate, c’est-à-dire non gazeuse mais avec la même qualité. Plusieurs formats existent désormais et sont diffusés tant dans l’Horeca (en verre) que dans les magasins st supermarchés (en PET). « Les deux eaux se complètent parfaitement et sont devenues inséparables de la table, conclut le manager. Je ne bois plus que cela, mais cela doit être une déformation professionnelle… »

 

www.bru.be

Pierre le Grand, un grand… buveur d’eau !

Selon l’ouvrage « Chevron dans le passé » de Walter Jamar, cité par la Société verviétoise d’Archéologie et d’Histoire sur son site, le tsar Pierre le Grand, en cure à Spa en 1710, serait venu plusieurs fois à Bru où « il buvait 21 verres d’eau, mangeait 12 figues et six livres de cerises, après quoi il s’en retournait souvent à pied à Spa en se promenant ».

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