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L’ESPRIT ET LES MAINS

Artisan ébéniste et designer, Adrien Moscato, Ittrois d’adoption, étudie et réalise sur mesure des projets d'aménagement d’espaces de vie, des meubles et des objets. Avec le souci de penser et de créer écologique et durable.

 


© Julien Hayard

Son atelier, dans le zoning artisanal d’Hennuyères, où il forme aussi deux apprentis, est un laboratoire. Des meubles, des objets en devenir, mais aussi de la matière première, comme ce pied de table qui, réduit sur un tour, pourrait devenir un barreau d’une rampe d’escaliers.

Le bois a un parfum d’enfance. Gamin, ce Bourguignon aimait observer le veinage de cette matière noble, dans l’atelier de son grand-père où il s’attardait volontiers. A un brevet de technicien supérieur en design industriel conquis en 2004, Adrien Moscato a ajouté un apprentissage pratique en ébénisterie et tournage sur bois. « J’avais besoin de davantage de pratique, de bien connaître la matière, d’apprendre des techniques ancestrales », explique-t-il.

A un brevet de technicien supérieur en design industriel conquis en 2004, Adrien Moscato a ajouté un apprentissage pratique en ébénisterie et tournage sur bois. « J’avais besoin de davantage de pratique, de bien connaître la matière, d’apprendre des techniques ancestrales ».


Les Compagnons du devoir

Ce besoin de gagner en expérience, il l’a prolongé encore pendant plusieurs années chez les Compagnons du Devoir, une association dont les origines remontent à la construction des cathédrales. Il y a découvert une école de vie conciliant voyage, vie communautaire et carrière professionnelle. Son Tour de France l’a mené d’Angers à Bruxelles en passant par Pezenas, Nice et Lille où il a engrangé une bonne expérience auprès d’employeurs variés. « A Pezenas, pour une entreprise de menuiserie en restauration de monuments historiques, j’ai pu refaire à l’identique des portes de château du XVIIe siècle et un plafond à la française », se souvient-il. L’artisan est devenu responsable de corporation et professeur à son tour. Avec ses élèves, à Lille, en 2012, il a décroché le Trophée des compagnons pour la Culture et celui de l’Innovation récompensant la réalisation d’un totem en bois et marqueterie, avec des tiroirs secrets, destiné à des enfants handicapés.

Adrien Moscato le confie : « J’ai puisé une belle expérience au contact de compagnons d’autres métiers et une capacité à m’adapter, bien utile quand j’ai décidé de travailler à mon compte. Même si on peut apprendre beaucoup dans les livres, rien ne vaut l’observation et la transmission directe. »


© Frédéric Riche

D’emblée, Adrien Moscato a choisi sa voie : la conception d’objets ou d ’aménagements designs beaux et fonctionnels.


De Bruxelles à Ittre

A Bruxelles, il a jeté l’ancre. « Cette ville m’a tapé dans l’œil. J’ai été conquis par l’ouverture d’esprit des gens. » La rencontre avec sa compagne ittroise l’a conduit ensuite à s’installer dans cette petite commune brabançonne. Et à créer sa propre entreprise, l’Atelier Moscato. Avec un coup de pouce de la coopérative de finance solidaire Credal : un prêt lancement du Fonds de Participation pour l’achat d’un véhicule utilitaire et de plusieurs outils pour son atelier. Et un accompagnement pour mettre en place son projet. « Très utile dans un métier qui demande beaucoup d’investissements », précise le jeune entrepreneur.

D’emblée, Adrien Moscato a choisi sa voie : la conception d’objets ou d’aménagements designs beaux et fonctionnels. Il étudie et réalise sur mesure des projets de design d’intérieur répondant à des demandes de rangement, de cloisonnement, d’habillage d’espaces de vie, de création de mobilier (bureaux, fauteuils, tables… en modèles uniques ou en séries limitées), ou d’objets (luminaires, porte photos, boîtes à bijoux…). En prenant soin de privilégier des matériaux durables et écologiques. « Le bas de gamme, usé au bout de quelques années, cela ne m’intéresse pas. Je préfère le bois plein et brut à l’aggloméré ou à d’autres pièces de bois contenant trop de formaldéhyde, un produit nocif présent dans les colles. »

Durable, éco-durable ou innovant

Dans son atelier, il propose trois concepts. Ses réalisations durables tiennent compte des contraintes des clients et utilisent des matériaux adaptés. Pour le concept éco-durable, l’artisan choisit des matériaux écologiques, recycle et valorise des objets anciens. Et pour l’innovation, il crée des pièces uniques et séries limitées pour collectionneurs privés et décorateurs, des prototypes pour les professionnels. Cela aboutit à des produits parfois insolites : une table confectionnée avec un volet, des chaises design à partir de chaises de grands-mères…

Ses clients ? La plupart du temps, des particuliers, de Bruxelles et du Brabant wallon. « Je me méfie un peu des architectes d’intérieur qui, souvent, ne sont pas du terrain, trop dans l’imaginaire. Je rencontre les clients, je prends la température, je vois quels sont les besoins et les contraintes avant de proposer des solutions. En général, j’ai plutôt l’esprit zen ; j’ai une préférence pour des petits espaces, avec un style élégant, sobre, intemporel. »

L’entrepreneur développe aussi des partenariats avec des entrepreneurs, architectes et décorateurs d’intérieur qui partageant sa philosophie de travail. Il a ainsi conçu et réalisé des présentoirs pour la société Lutea créée à Lathuy par Anne-Sylvie Godeau et spécialisée dans l’extraction de colorants et d’extraits pour la peinture et la teinture.


© Frédéric Riche

La rencontre avec sa compagne ittroise a ensuite conduit Adrien Moscato à s’installer dans cette petite commune brabançonne. Et à créer sa propre entreprise, l’Atelier Moscato.


Une future “matériothèque”

Adrien Moscato privilégie les matériaux d’origine locale et durable. Cela l’amène à se fournir auprès de scieries dans les Ardennes, mais aussi à privilégier la voie de la récupération. « Il y a une mine de ressources dans les meubles dont les gens se débarrassent, explique-t-il. Mais pour intégrer des matériaux de construction recyclés dans des projets d’écodesign, il faut en disposer en quantité suffisante pour assurer les commandes ». D’où l’idée de créer des collaborations ciblées et de travailler ensemble à identifier et valoriser des « filons » de matières premières.

C’est l’objet du projet RessourceLab, un projet pilote de la coopérative de finance solidaire Crédal. L’objectif : mettre en place une “matériothèque” de matériaux recyclés, un atelier collectif de production où seront conçus et produits les éléments de mobilier à partir des matériaux (des planches d’essences multiples, du bois moulurés, des portes, des tiroirs…) et un espace de vente. La Ressourcerie Restor (à Tubize et à Genappe) fournira les matières premières et l’espace de stockage et de vente, tandis qu’Adrien Moscato (et d’autres éco designers) réaliseront des prototypes et produiront des éléments de mobilier conçus à partir des ressources disponibles

Adrien Moscato vise encore un autre créneau. Papa de Samuel, 3 ans, il planche sur des meubles destinés à la petite enfance fabriqués avec du bois provenant de scieries locales et de la ressourcerie. Comme un lit cabane ou un meuble à caissons modulable pouvant se transformer en théâtre, en bibliothèque, en cuisinière, et que l’on peut facilement ranger ensuite. « A partir d’un prototype, j’en fabriquerai à la demande et je les vendrai en ligne, prévient-il. Pas question de me lancer dans une fabrication en grande série. Je veux rester un artisan. »

www.ateliermoscato.com

UN FIL SOLIDE ENTRE LA WALLONIE ET L’ORIENT

Bausol, c’est une entreprise familiale qui réalise des tapis de prestige, sur mesure et faits main par les meilleurs tisserands d’Inde, du Népal et de Chine. Située à Blégny, elle s’associe à des designers et artistes wallons afin de proposer des collections exclusives et originales.


Diplômé en administration des affaires et officier de réserve dans l’armée belge, Robert Schinckus a intégré, en 1974, l’entreprise familiale créée par son père une vingtaine d’années auparavant. Rencontre avec le CEO de Bausol qui, du tapis d’Orient au tapis d’exception, a su tisser des liens serrés entre l’Europe et l’Asie.

Pourquoi vous êtes-vous tourné vers l’Orient ?

Dès la fin de mes études universitaires, l’appel du voyage a résonné en moi et je suis parti en stop vers l’Orient, pour atterrir à Katmandu. Pendant trois mois, j’y ai découvert un peuple paisible, patient et chaleureux, doté d’une maîtrise incomparable du métier à tisser. Encore aujourd’hui, je rends visite à ces manufacturiers et aux villageois qu’ils emploient, deux à trois fois par an. L’Inde est bouillonnante, dynamique, et ses artisans réalisent des ouvrages d’une superbe qualité en un temps record. La Chine, quant à elle, a développé un niveau de qualité extrêmement élevé qui nous permet de fabriquer des tapis d’une complexité incroyable. Bien sûr, nous appliquons les normes environnementales et sociales éthiques, dans le respect du savoir-faire exceptionnel des tisserands.


Comment est née cette collaboration avec les artistes wallons ?

De retour de voyage, et après avoir réalisé mon service militaire, j’ai commencé à travailler aux côtés de mon père. Le concept du sur-mesure s’est imposé naturellement tandis que la clientèle se détournait peu à peu des tapis traditionnels. Et, sur le conseil avant-gardiste de Fernand Flausch, en 1993, j’ai fait appel au talent d’artistes liégeois pour redynamiser la collection. L’idée, bien que fortement saluée, ne connut hélas ! pas le succès entrepreneurial escompté. Nous avons donc continué le sur-mesure pour de grands noms de la mode, des hôtels 5 étoiles et des particuliers, tant en Belgique qu’à l’international. Ce n’est qu’en 2018 que cette envie de collaboration artistique a germé à nouveau et a fini par décoller. Amateur d’art, je me suis entouré d’une vaste communauté d’artistes dont les œuvres me touchaient. Lors de visites d’expositions, je n’ai pas hésité à m’adresser à ces créateurs pour établir des liens. Au fil des ans, cette liste de noms s’est agrandie. Et, généralement, lorsque je propose une collaboration, le retour est très positif.

Comment passe-t-on des artistes aux tisserands ?

C’est un exercice très enthousiasmant de transposer une œuvre existante sur un canevas ou de créer quelque chose de complètement inédit pour l’occasion. Tout le défi réside dans le fait qu’un tapis ne peut reproduire les nuances et les dégradés de couleurs de la peinture. Le tableau initial doit donc être adapté en tenant compte de cette dimension. Nous passons le dessin dans un programme informatique développé au Népal et utilisé par tous les manufacturiers pour obtenir un projet réalisable. Le serrage des nœuds y est défini, ainsi que les 10, 12 ou 15 teintes de fils qui seront utilisées. Les artistes sont souvent surpris du résultat. Vient ensuite l’étape de la texture : emploiera-t-on de la soie, de la laine, du lin ou de la viscose de bambou ? Enfin, notre logiciel permet de visualiser le tapis en situation dans un intérieur virtuel complet. Au terme de ces quatre étapes, nous confions la réalisation à l’un de nos ateliers en Inde, en Chine ou au Népal.

Quelles sont les étapes de la fabrication en Asie ?

Le dessin sorti de logiciels perfectionnés est ensuite fourni au manufacturier sélectionné afin de lancer la production sur une machine aussi ancestrale qu’impressionnante. Au Népal, ce sont parfois neuf personnes assises côte à côte qui nouent à la main fil après fil, avec une minutie et un savoir-faire transmis de génération en génération. Le maître teinturier, la clé de voûte de l’œuvre, compose des recettes mystérieuses à base de pigments dans le but d’obtenir des couleurs sur mesure. Avec une cuillère à thé pour tout équipement, il pratique sa magie dans un chaudron suspendu au-dessus d’un feu de bois. Une fois noué, tissé ou tufté, l’ouvrage est longuement lavé, brossé et séché au soleil et dans le vent. Nous prévoyons donc toujours des livraisons plus lentes pendant la saison des moussons ! Ces étapes apportent douceur, éclat et souplesse au tapis. Celui-ci est alors rasé, et parfois ciselé, pour révéler la netteté des dessins.

Peut-on connaître le prix de ces tapis ?

Pour la réalisation d’un tapis luxueux, unique et fait à la main, il faut compter plusieurs mois d’attente et un prix allant de 300 à 900 euros par mètre carré. Cela peut paraître excessif, mais il faut savoir qu’un tapis tibétain peut compter jusqu’à 230.000 nœuds par mètre carré ! Mais l’univers du sur-mesure est sans limites, et mon équipe aime relever de nouveaux défis…

Avec une cuillère à thé pour tout équipement, le maître teinturier, clé de voûte de l'œuvre, pratique sa magie dans un chaudron suspendu au-dessus d’un feu de bois.

 

Quatre artistes liégeois

Anne Truyers


Son univers est fait de tapis noués aux motifs végétaux, organiques, des lignes entrelacées, des empreintes, un chemin sinueux vers soi. Une infinité de sentiers, de fibres, de sillons creusés dans des tons naturels vibrants
et reposants.

Philippe Waxweiler

L’artiste refuse la banalité et se targue de n’en faire qu’à sa tête. Ses créations sautent à pieds joints dans l’univers de la féérie, de la rêverie, des jeux de lumière et de texture, de l’humour et de l’ironie.

Moshi Moshi

Philippe Knoops crée des tapis tuftés, noués ou tissés, à plat ou en relief, des pièces uniques ou en séries limitées, qui sortent totalement de l’ordinaire. Du dessin loufoque, aussi débordant que maîtrisé, dans un style plutôt urbain, bédéesque, libéré et délirant.

Françoise Gresse

A la fois peintre, plasticienne et décoratrice d’intérieur, cette artiste conçoit des designs profonds, texturés et captivants, et s’exprime à travers des motifs végétaux à la géométrie répétitive, avec un penchant pour les tons naturels, la calligraphie chinoise et les pigments bruts.

LES ANNÉES 80, LE RETOUR

Jusqu’au 2 juin 2019, la gare de Liège Guillemins accueille une expérience immersive dans une époque marquante de l’histoire. La nouvelle exposition d’Europa Expo plonge les nostalgiques et les curieux dans l’atmosphère « libérée » des années 80. Embarquement immédiat pour “Génération 80 Expérience” !

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"Je me suis créé mon univers, mes barricades afin de m'évadier dans mes créations. Ma maison, c'est mon laboratoire."

Un instinct découvert dès l’enfance. « J’aimais sentir et toucher les morceaux de satin que ma mère cousait sur mes oursons en peluche, confie-t-il. Vers l’âge de neuf ans, je me passionnais pour les châteaux, les femmes élégantes et je fouillais le grenier pour retrouver des vêtements et des photos de mon arrière grand-mère, Léonie, si distinguée. » Cette rêverie l’accompagne sur les bancs de l’école. « Bernard est dans la lune », lit-on régulièrement dans ses bulletins. Une formation de sept années en coupe-couture-habillement à l’Institut de la Providence, à Wavre, lui permettra heureusement de soigner le virus attrapé au seuil de l’adolescence et de concrétiser sa passion.

Sur ses carnets, il crée déjà alors des collections de haute couture. En dernière année, il organise un défi lé, se découvrant un style entre mysticisme et austérité, et une muse, l’Impératrice Élisabeth d’Autriche, « Sissi ». Ensuite ? Ne souhaitant pas se couler dans un moule d’académie, Bernard Depoorter s’embarque pour Paris, ses carnets de croquis sous le bras, bien décidé à aller frapper à toutes les portes. Et la chance lui sourit… à moins que ce soit le culot qui lui ouvre la voie. Après un séjour comme aide-assistant dans le studio de haute couture de Dominique Sirop, le voilà chez Stéphane Rolland, de la Maison Jean-Louis Scherrer. Puis, il suit des stages de broderie et de prêt-à-porter chez Stella Cadent.

Chemin faisant, le Wavrien croise la route de la Princesse Anne de Bourbon-Siciles,qui lui propose de parrainer son premier défi lé à Paris. Bernard Depoorter tisse un réseau important – et utile – de relations dans le monde des personnalités people et de l’aristocratie. Il engrange de l’expérience et un esprit critique. « Ce monde de la haute-couture a des côtés magiques avec ses énormes podiums, ses décors fabuleux… Pouvoi rentrer dans les ateliers Lesage, entendre les planchers qui craquent, voir les millions de stocks de perles et de paillettes qui dorment,
c’est très émouvant », confie-t-il. Mais c’est aussi un monde très fermé, d’individualisme, où les places au soleil coûtent cher. Une grande maison de couture reçoit entre trois cents et mille C.V. par jour !

Mes racines, c’est à Wavre

Riche de cette expérience-là, Bernard Depoorter rentre au bercail après avoir côtoyé durant quatre années le gratin de la mode parisienne. Ses racines, elles sont à Wavre, dans cette grande demeure habitée par sa famille depuis plusieurs générations. Elle fut successivement béguinage, ferme de ville appartenant aux religieuses du Couvent des Carmes, hôtel particulier avant d’abriter la société Charlier-Niset, sorte de caverne d’Ali Baba qui, à côté de cartes postales, proposaitbde la vaisselle, du linge de maison, des jouets en bois.

Les locaux désaffectés peuvent accueillir les lourds rouleaux de tissu, les machines à coudre traditionnelles d’une précision inégalable, les anciens moules à chapeaux que le jeune styliste déniche chez les antiquaires. Et toute la famille s’implique dans la petite société avec papa aux finances, maman aux relations publiques, la grande soeur à l’organisation des défilés, la plus jeune derrière l’objectif, et même de vieilles cousines qui viennent coudre les paillettes sur les robes… « J’aime Paris qui m’a donné le rêve, l’assurance,la volonté ; j’y ai découvert le monde très privé de la haute couture, l’univers extravagantdes clientes du luxe, résume Bernard Depoorter. À Wavre, je me suis créé mon univers, mes barricades, afin de m’évader dans mes créations. Ma maison de la rue du Béguinage, c’est mon laboratoire. » 

Mélange de cultures,d’époques, de civilisations

Dans ce « laboratoire », jamais à court d’idées, le jeune couturier crée un style classique aux coupes sobrement chic avec un zeste de sophistication, remettant mille  fois l’ouvrage sur l’établi. Ses modèles ? Des femmes au port royal, fragiles, austères, un peu mystiques, à la taille étranglée, avec des jambes interminables. Il choisit soigneusement sa palette de couleurs, anciennes, brumeuses, subtiles et riches : prune, vert-de-gris, vert olive, argent oxydé, miel, bronze, cognac, marron glacé… Et le noir, sa couleur favorite. Les tissus naturels – satin, velours de soie, mousseline, brocart, laine, dentelle de Bruges… – se parent de cristal, de galuchat, de cuir de Cordoue, de perles, de passementerie. Le jeune créateur mélange les cultures, les religions, les époques et les civilisations. Les uniformes l’inspirent – ceux des militaires, ceux des petites soubrettes – mais aussi les civilisations antiques, les robes charleston, l’Art nouveau, l’Art déco, le glamour des stars hollywoodiennes des années trente, les coupes sobres des actrices hitchcockiennes des années cinquante… Il cultive le mystère, parsemant ses créations de symboles : croix, roses, tulipes, amulettes… « Mon inspiration, elle est partout, confie-t-il. Elle vient à toute heure, le jour comme la nuit, suscitée par le passage d’une femme dans la rue, la ferronnerie d’un balcon, un carrelage, une moulure, la sensualité d’un tissu, le reflet dans un verre d’eau, un film (La Leçon de piano, La Banquière), la musique, les voyages, les papillons, les photos anciennes… Je compose mon cabinet de curiosités, je collectionne les livres d’art, je vois la beauté dans la laideur comme les couleurs subtiles d’une pomme pourrie. Tout cela peut faire démarrer une collection. » Mariage de haute couture, patrimoine et artisanat Ses collections, il les décline dans des défi lés organisés souvent dans des lieux prestigieux : au château de Chimay, avec le soutien de la Princesse Élisabeth de Riquet, sa « marraine belge », au château de La Hulpe… histoire de marier haute couture et patrimoine. Et, régulièrement, avec le souci de se faire accompagner d’artistes ou d’artisans. « La haute couture, c’est aussi du mécénat. Il faut revaloriser les métiers d’art et les artisans qui sont en train de disparaître. Impossible de trouver encore en Belgique des plumassiers et des artisans du cuir, par exemple. ». À l’étranger, Londres, Deauville, Monaco, Genève, Rome… sont des escales où Bernard Depoorter a posé ses valises pour présenter ses collections. À l’horizon, d’autres projets se pointent, un défi lé sous la coupole du domaine d’Hélécine dans le cadre du deuxième salon « Créations en Brabant wallon », le 25 octobre, où le jeune couturier wavrien présentera en avant-première huit robes de sa nouvelle collection haute couture. Puis, en 2009, un défilé haute couture et prêt-à-porter à Bruxelles – avec le soutien d’un membre de la famille royale –, un autre à Paris, avec celui de la Princesse Anne de Bourbon-Siciles, puis à Milan. Et des défilés privés dans le cadre de  grands événements. « Je pars en tournée, un peu comme les chanteurs », résume-t-il.

Carte de visite 

Parallèlement, le jeune créateur a lancé une collection de semi-couture « De Bruxelles à Paris » et une collection de prêt-à-porter fabriquée en Europe « Depoorter Prestige », qui sera distribuée à Paris, à Milan, à Wavre avant, peut-être, Anvers, Luxembourg, Monaco et Genève. « La haute couture sert de carte de visite, permet au créateur et à d’autres artisans (un antiquaire prêtant un élément du décor, par exemple) de se faire un nom, mais elle ne rapporte pas. Il faut dix ans avant d’arriver à couvrir les frais et à se faire une clientèle. Haute couture et prêt-à-porter sont donc complémentaires. Dans cette dernière collection, on retrouvera tous mes codes, mais à des prix accessibles et dans des variantes plus classiques. Mon objectif est de permettre à toute femme disposant de moyens fi nanciers limités de s’habiller élégamment. Je suis un marchand de rêve », explique-t-il. À 27 ans, Bernard Depoorter caresse un autre rêve. Rendre son lustre d’autrefois à l’ancienne demeure familiale où il a installé son atelier, son habitation et ses salons. Sous les dalles de béton de la cour sommeillent des pavés du XVIIIe siècle et la maison abrite la dernière cuisine carrelée de Wavre, datant de la fin du XIXe siècle. Le couturier aimerait y installer un « petit centre du luxe » avec un showroom de prêt-à-porter, une ligne de décoration et un atelier de haute couture. « Je rêve d’y faire venir des artisans qui recréeront les anciens plafonds en stuc. J’y organiserais régulièrement des portes ouvertes, des circuits associant des commerçants et d’autres artistes et artisans. Comme une sculptrice et la maison Cremers, la plus ancienne manufacture de cierges et de bougies en Belgique. L’occasion de réunir quelques talents pour organiser des événements visant à les faire connaître et leur permettre de se rencontrer. ».

 

Comment faire le tour d’un monument vivant salué par Jack Lang, Jean Edern-Hallier, Depardieu, Charles Dumont, Catherine Lara, Salvatore Adamo, David Copperfield, Michel Drucker, Christian Lacroix… un monument qui a travaillé, échangé avec César et Buffet ?


Ce monument, c’est José Chapellier. Artiste d’origine liégeoise, installé dans le Hainaut après une carrière internationale de trois décennies. Le style ? Mettez une louche de Chagall, saupoudrez légèrement avec du Léger, ajoutez une cuillère à café de Somville, une pincée de Picasso… Mélangez lentement et longtemps. Des traits vifs, décidés, puissants, apparaissent. Versez le tout dans un bleu roi profond et laissez remonter à la surface José Chapellier. La couleur allume les lumières et l’inverse évidemment.

Cité au « Bénézit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs » (Editions Gründ) et dans le Who’s Who in International Art, il transmet le feu sacré qu’il a reçu. Fasciné par l’œuvre du peintre expressionniste flamand Rik Slabbinck, José Chapellier puise ses sources dans le grand catalogue des arts et, comme tous les créateurs, invente son langage. Il commence dans le doute et la tristesse d’une vie faite d’expédients. Décorateur, peintre en bâtiment, pistoleur, manœuvre en usine ou directeur de pub, il ramasse des « brols » pour les revendre à la brocante de la place du Jeu de balle dans les Marolles, à Bruxelles. Il fait des petits boulots et l’imaginaire se construit dans la relation permanente du regard et de la main. À trente ans, il décide de se lancer et le hasard des rencontres fait le reste.

De la créativité

Mais pour lui, tout est simple et évident. Il décide seul de son œuvre sans attendre les sanctions de la critique « autorisée » des diplômés en ceci ou en cela et qui ne produisent rien, qui ignorent tout du processus de création. L’œuvre est un travail et non une éjaculation publique de faux artistes avides et empressés. Que vois-tu là ? – Un tas de pierres – Moi, je vois un mur, je vois une cathédrale, je vois une maison… Les sculptures de Chapellier gardent la marque de la « récup’ » géniale. Il salue l’art de la « récup’ » africaine. La vraie performance étant de voir l’objet fini à partir d’une bombe aérosol vide, d’une cannette vide, d’un bout de fil de fer… L’objet est détourné de sa fonction première. La surprise séduit, la symbolique emporte l’évidence et laisse le critique d’art dans la gêne. José Chapellier va plus loin et conjugue le foisonnement, on entre sur les terres de Kris Kuksi et de Stéphane Halleux, originaire lui aussi de Chênée près de Liège.

Consécration

Jean Edern-Hallier lui taille un profil appuyé dans un texte cousu d’aphorismes virevoltants : « Flahute et Belge, il est né dans la glèbe dont sont issus les plus grands artistes. Sorti de cette terre sacrée, il serait capable comme le Jésus des évangiles apocryphes de changer une motte de boue en petit oiseau. Son invention intarissable relaye la technique, la décoration et la nature d’une sorte d’accompagnement spontané. Avec lui, la nature n’imite pas l’art, pas plus que l’art n’imite la nature, c’est tout le travail de complémentarité en profondeur du créateur qui se joue et se déjoue. À l’écorce épaisse de l’arbre, il ajoute une seconde écorce. À la racine, une racine supplémentaire, et à la simple feuille le bruissement matériel de la feuille imaginaire qui est en chacun de nous, quand nous fermons les yeux, et imaginons la forêt du sens. José Chapellier est un grand au sens le plus simple du terme – c’est-à-dire un grand tout simplement ». Sa liberté a un prix. Il n’a de compte à rendre à personne. D’ailleurs, si les bâtisseurs de cathédrale avaient dû présenter des « budgets prévisionnels » et s’engager sous contrat sur des plans de rentabilité et des stratégies prévisibles, il n’y aurait aucune cathédrale en Occident…

Dans la Grande Galerie du Temps

Notre époque additionne plus de 4 000 ans d’œuvres d’art. La Grande Galerie du Temps du Louvre Lens permet à chacun de refaire, en synthèse, l’addition de la créativité des civilisations. Ce musée, unique au monde, permet de comprendre l’évolution de la grammaire artistique. Ce langage n’est pas figé dans la perfection d’une représentation de la réalité, de la seconde vivante, du geste, de l’instant, de la lumière, de l’impression. L’art nous propose une autre lecture… Notre époque cherche ailleurs… José Chapellier s’inscrit dans ce moment de l’Histoire de l’art. Peintre, sculpteur, figuratif moderne ? Contemporain ? Les étiquettes tombent et jaunissent, car l’œuvre de José Chapellier sera relue, revisitée dans 50 ou 100 ans et mise en perspective avec ce qui le nourrit et ce qu’il va inspirer à d’autres créateurs. C’est un fait, il s’impose à tous par l’évidence. Il est en phase avec le mouvement du temps. D’autres artistes l’ont reconnu comme l’un des leurs. José Van Dam chante pour ses 60 ans lors d’une soirée de gala en 2006 à l’Albert Hall de Bruxelles. Ces deux amis sont des complices (cf. encadré).

José Chapellier et José Van Dam complice et amis dans la vie et dans les arts

Les deux José

Il était une fois deux artistes belges qui se rencontrent lors d’une soirée dans le sud de la France. Plus de vingt ans après, le lien n’a jamais été rompu par la routine, la distance, ni dilué dans les réseaux sociaux… Rien n’a corrompu cette amitié qui, de gala de charité en vernissage, s’est intensifiée pour devenir une complicité artistique revendiquée par l’un comme par l’autre. Ces deux stars des arts de niveau international, José Van Dam et José Chapellier ont toujours un projet, une idée devant et voilà comment on donne de la consistance à une relation qui va dans les deux sens.

Ce 25 mars 2018, les deux complices organisent un gala de charité en faveur de deux associations de soutien à l’enfance défavorisée: « Les enfants de Calcutta » et l’association « Papillons » qui travaille pour l’enfance abandonnée dans la région de Charleroi. Ce déjeuner de gala aura lieu dans la salle des Acacias au château d’Enghien le 25 mars à 19h30. Pour 100€ par personne, le menu proposé inclut le champagne, deux services, le dessert, le café… et les vins. Mais le plat principal sera le spectacle présenté par Daniel Frostroy (Jackadi) et assuré par José Van Dam… oui, José van Dam en personne, accompagné au piano par Abdel Rahman El Bacha et Patrick D’heur. Rien de moins. Suzanne Vermeyen au violoncelle y ajoutera la touche céleste. Une exposition rétrospective des dernières œuvres de José Chapellier dynamisera le cadre de ce moment qui promet d’être intense, élégant et civilisé, ce qui devient trop rare à notre époque.

Réservation obligatoire au 0475 93 77 92.

Philosopher

La créativité ne s’apprend pas, elle naît de la nécessité. C’est une déformation de l’esprit induite par la nécessité. Ce serait peut-être même une infirmité qui gêne et dérange, que l’autre ressent comme une déviance comportementale, un désordre. L’ordre aime l’art qui lui ressemble. La technique s’apprend, mais elle est un outil qui permet de travailler avec l’outil. Si l’on n’est pas dans la nécessité, on ne crée rien, on reproduit. À la lecture de ses brochures d’exposition, José Chapellier jette des pavés dans la mare boueuse du business de l’art. Il faut préciser qu’il est Liégeois d’origine, ce qui explique le ton vif et direct. « Autrefois les galeries prenaient des risques. Désormais, à l’instar des musées, seul prime l’argent. Personne n’osera miser un kopeck sur un jeune créateur s’il n’a pas la cote… Aucune toile de maître ne justifie une telle spéculation, pas même Picasso qui s’arrache à 1,5 milliard. (…) La peinture comme la sculpture est un vrai métier qui demande du travail. Alors, je reste toujours sceptique lorsque j’entends de jeunes loups se gargariser en prétendant être arrivés. Le succès (chose éphémère parmi d’autres) dépend de tant de choses… et il n’est malheureusement pas toujours lié à la qualité d’une œuvre. Trop de galeries font du n’importe quoi avec n’importe qui. Le but : l’argent, nerf de la guerre. L’art contemporain est un adjectif idéal pour définir l’indéfinissable dans lequel seule une intelligentsia « jet-setteuse », snobinarde à outrance et qui détient le pouvoir de l’argent, peut trouver son compte en favorisant telle ou telle M… La cote est une chose tellement fragile et facile à trafiquer ». Salvator Dali est à l’origine de ce management de l’art « peep-show » vulgaire et provocant alors que l’artiste avait un vrai talent et du génie. Mais oser toucher la statue du commandeur et vous voilà poussé, renvoyé dans les abîmes de la masse, de l’anonymat définitif.

Le secret de la reconnaissance

Des hasards qui en suscitent d’autres, des périodes creuses suivent les feux des médias toujours assoiffés d’audience et de sensationnel. Plus la cote est haute, plus le temps média sera long et appuyé. Peu importe le temps médiatique, que ce soit du cristal, du bois, du bronze, du marbre, rien ne lui résiste. La performance n’est jamais gratuite ; il réalise des églomisés (Il est un des rares à utiliser cette technique qui consiste à peindre à l’envers sur du verre ou du plexiglas) sur des violoncelles en plexiglas et demande à onze violoncellistes célèbres (Justus Grimm, Jean Helling, Pieter Wispelwey, Heinrich Schiff, Yo-Yo Ma...) de concevoir un texte traduisant leurs émotions. Il ouvre alors la merveilleuse association entre la musique et la peinture. Son œuvre, de renommée internationale, a intégré de prestigieuses collections telles que celles de Savaltore Adamo, Mohamed Ali, François Mitterrand, Jean Marais, Grégory Peck, Jean Edern Hallier, Western Union International, Musée des Beaux-Arts de Tournai et de Liège, Banque Paribas… 

 

Experte en gemmologie, historienne de l’art de formation, Isabelle Leblans partage son amour du bijou et des pierres précieuses depuis plus de 25 ans. Rencontre avec cette perle rare.

 

Située au centre de La Hulpe, la boutique d’Isabelle Leblans est une véritable référence en matière de joaillerie et bijou. Depuis plus de 25 ans, l’accueil sans nul autre pareil, l’écoute mais aussi le service, l’expérience et l’expertise d’Isabelle séduisent une clientèle fidèle. « Ma formation de gemmologue alliée à ma licence en histoire de l’art constitue un atout pour exercer mon métier avec professionnalisme et passion. Il est plus aisé pour moi de guider mes clients dans leur achat mais aussi dans la création de leur bijou personnalisé. » La priorité de cette commerçante attachée au Brabant wallon est la satisfaction absolue de ses clients. « Mes connaissances, je les ai acquises aussi auprès d’autres bijoutiers chez qui j’ai débuté il y a plus de vingt ans et lors de ma formation en gemmologie. Être attentive aux souhaits de mes clients, cela me paraît essentiel. Je mets un point d’honneur à écouter les souhaits de chacun, les guider vers un bijou ou en concevoir un qui corresponde parfaitement à la personne qui aura le plaisir et la chance de le porter. Un bijou, c’est souvent un achat qui a été murement réfléchi. On y pense avant de l’acheter ou de l’offrir, on se questionne, on l’imagine porté... Finalement, c’est un bonheur partagé. »

Nous sommes nombreuses et nombreux à apprécier les bijoux : alliance, bague, collier, bracelet, montre… Nous aimons en offrir ou en recevoir. Un bijou n’est pas un cadeau comme les autres et il est souvent associé aux plus beaux moments d’une vie. Il se transmet parfois de génération en génération… « L’achat d’une alliance par exemple est un moment accompagné d’une charge émotionnelle très forte. D’autres cadeaux demandent également une attention particulière. Ils soulignent un moment inoubliable ou un événement en particulier. »

Si la joaillerie a évolué au cours des dernières années, les intemporels sont toujours prisés. Les classiques coexistent aujourd’hui avec des bijoux beaucoup plus modernes, les lignes sont plus actuelles. Isabelle Leblans propose des marques qu’elle sélectionne minutieusement, toujours en recherche de créativité, d’un travail artisanal et d’une qualité irréprochable. Elle est sans concession sur la manufacture. Isabelle a également choisi quelques grands noms réputés de la joaillerie (dont certains en exclusivité). Parmi ceux-ci, on peut citer Nanis et Annamaria Cammili, aux inspirations florales et végétales qui dévoile un vrai travail de recherche au niveau du dessin. Davice et son concept de « Moving Diamond », un système de petites pierres qui bougent, donnant ainsi vie au bijou. Ce fabricant utilise une technique d’or ciselé en-dessous de chaque brillant, de manière à réfléchir la lumière et optimiser les feux. Pesavento, également une marque italienne, spécialisée dans les bijoux en argent. C’est d’ailleurs la seule de ce genre qu’Isabelle accepte dans ses vitrines parce que Pesavento propose quelque chose de vraiment différent. Le niveau d’imagination est créatif et pointu, les matières sont inédites et travaillées. De la poudre de céramique est associée à de l’argent plongé dans un bain d’or rose ou du cuir entre par exemple dans certaines créations. Cascia est une marque spécialisée dans les perles depuis 1929. Les perles, entre autres en boucles d’oreilles, illuminent délicatement le visage. Elles sont intemporelles.

Pour les montres, parmi tous les noms qui existent sur le marché, Isabelle a choisi une superbe gamme de chez Michel Herbelin, horloger français depuis 1947. De la montre chic, il y en a pour tous les goûts, pour madame et monsieur, dans une exigence du design, de l’élégance, des détails et bien évidemment du mécanisme. La force de la marque, c’est la parfaite connaissance de l’horlogerie associée à une créativité innovante.

Créations personnalisées

Parce qu’un beau bijou a un prix, parce qu’il est souvent porteur d’un message, depuis quelques années, Isabelle Leblans a développé le travail en atelier. En supprimant un intermédiaire, elle permet ainsi à sa clientèle de bénéficier d’un tarif très intéressant comparativement à certaines autres enseignes. Cette démarche captivante pour elle sur le plan créatif s’accompagne d’un impact financier en faveur du client. « Après avoir entendu les souhaits et les idées de la personne qui veut un bijou personnalisé, je la guide pas à pas dès la naissance du projet. Mon expertise en gemmologie me permet de sélectionner les pierres les plus adaptées. Le client peut ensuite visualiser un croquis en 3D avant le lancement de la fabrication. De cette manière, il participe lui-même à la création depuis le début : un bijou unique, à son image et ses goûts personnels. C’est parfois très émouvant de voir la réaction des clients lorsqu’ils découvrent le résultat. »

L’avantage de travailler dans son propre atelier, c’est également de faire des transformations à partir d’autres bijoux ou de créer un bijou similaire à un autre, en adaptant quelques détails. De plus, les pierres précieuses et diamants sont identifiés et accompagnés d’un certificat émanant d’un laboratoire international, gage de qualité. Grâce à son expérience et à la personnalisation de son travail, Isabelle Leblans insuffle une véritable âme à sa joaillerie. À découvrir absolument.

www.leblans.be

 

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On la dirait sortie tout droit d’un film des années ’30. Derrière les vitrines à l’ancienne, il y a de la magie dans ce désordre apparent où la rigueur de l’artisan règne pourtant en maître.


Ou plutôt en maîtresse, car c’est bien une femme, Magali Hertsens, qui dirige avec doigté la chapellerie « La Modiste », une petite entreprise créée en 2005 qui ne connaît pas la crise. La silhouette svelte, le visage mobile et souriant, la parole volubile, Magali séduit immédiatement ses visiteurs par son énergie débordante. Rencontre avec qui en a sous la casquette.

WAW : D’où vous vient cette passion ?

Magali Hertsens : J’ai commencé par faire des costumes de théâtre. Je travaillais avec Sylvie Van Loo, la costumière de la troupe des Baladins du Miroir. Un jour, elle m’a dit « Il y a des chapeaux à faire, vas-y ! ». J’ai foncé. Je n’y connaissais rien du tout et, pourtant, cela a marché et je me suis dit « C’est vraiment ça que je veux faire ». J’ai suivi une formation et voilà… Mais au départ, je suis graduée en éducation physique. Rien à voir ! 

Et comment fait-on un chapeau ?

On part d’un cône de feutre, pour l’hiver en tout cas, un cône de feutre sur un moule en bois. Grâce à la vapeur, on lui donne une forme, on tire très fort, on l’épingle et on le laisse sécher pendant au moins une nuit, puis on va le découper et le garnir.

Cela a l’air simple, mais il y a tout de même un savoir-faire et une touche artistique !

Oui, bien sûr ! Mais je dis toujours que pour être un bon créateur faut d’abord être un bon technicien. Et il y a différentes techniques en fonction de la matière : le feutre pour l’hiver ou la paille pour l’été… Il faut maîtriser la découpe, la couture, réaliser un patron, assembler des pièces sans soutien par-dessous. Bref, il y a plusieurs techniques.

Et il faut savoir dessiner aussi ?

En effet. Quand le client arrive, je croque d’abord sa silhouette. Pour faire un chapeau qui ait un rapport complet avec lui, qui soit vraiment la bonne réponse à sa silhouette. C'est ce qui fera l'exclusivité et l'originalité de sa coiffe.

Qu’est-ce que vous inspire cette année ?

La nature toujours et, puis, certaines femmes intemporelles m’inspirent beaucoup. Audrey Hepburn, par exemple ! J’aime les femmes pleines de philosophie de vie, qui sont belles à l’intérieur comme à l’extérieur. J’ai envie de les coiffer même si elles ne sont plus de ce monde et, parfois, ça me donne des idées.

On voit souvent à la télévision des chapeaux parfois extravagants sur des têtes couronnées notamment !

– Oui oui oui. Lors des courses d’Ascot, notamment ! On voit des chapeaux dingues en Angleterre, ils sont fous de chapeaux extravagants. Mais c’est vrai que les choses extravagantes, ça fait rêver et ça pousse parfois le client lambda à pousser la porte en se disant « Allez, je vais essayer de porter un chapeau, je vais oser. »

Le chapeau est-il encore à la mode ?

Chez les princesses et les reines, c’est évident. Certaines faiseuses de mode aiment bien les chapeaux. Mais c’est vrai qu’on le porte beaucoup moins qu’il y a 40 ou 50 ans. Dans les années ‘50, tout le monde avait un chapeau, tout le monde. Aujourd’hui, beaucoup moins. Sauf dans des occasions spéciales comme les mariages. Souvent, la maman du marié ou de la mariée va porter un chapeau parce qu’elle marie son fils ou sa fille et elle veut se montrer aux autres. Et puis, il y a les artistes. Ceux qui font du Street-art. Ils ont un look particulier avec ce chapeau à petits bords que l’on appelle « Brixton ».

Un chapeau a quand même un prix même si cela s’est beaucoup démocratisé…

Si vous portez du « Made in China », là c’est clair que vous avez des chapeaux à moins de 50 €. Mais chez moi, on tourne aux alentours de 180 €. Donc c’est du chapeau prêt à porter. Le prix des chapeaux pour femmes, lorsqu'il s’agit de créations, cela peut monter à 350 €, voire au-delà.

Vous êtes aussi une spécialiste du chapeau folklorique ?

Pour enrichir notre collection, nous avons repris en 2014 les activités de la maison Boudart-Jurcek à Binche, qui était spécialisée dans la fabrication artisanale de képis pour marcheurs, de chapeaux historiques et de carnaval ainsi que des galons, plumets… Ce qui fait qu'aujourd'hui, j'ai tous les marcheurs de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Chez moi, le folklore, c’est 7 mois de travail sur l’année et, durant cette période, je ne peux plus être seule à l’atelier, j'ai toute une équipe.

Cela demande beaucoup de travail ou de recherches ?

Quand de nouveaux groupes se créent ou quand des groupes veulent modifier leurs costumes pour être encore plus authentiques, alors oui, je fais des recherches. Mais c’est surtout une question de tradition. Par exemple, pour la Royale Moncrabeau à Namur, probablement la plus ancienne société folklorique de Wallonie, je fais les chapeaux d’après un modèle qui existe depuis 1840. C’est le même modèle depuis toujours et on n’y touche pas.

Et c’est amusant de faire ce type de chapeaux ?

C’est génial ! Il me fallait un métier dans lequel je ne m’ennuie pas et j’adore l’histoire et l’histoire du costume. Cela me passionne énormément et donc je suis toujours à la recherche de vieux livres.

Vous avez beaucoup de concurrence ?

On est en Wallonie, les modistes se comptent peut-être sur les doigts de deux mains. À Liège, il y en a trois, je crois que du côté de Virton, il y a encore une modiste mais beaucoup plus âgée. Dans tout le Namurois, je suis la seule. Je pense qu’on a chacune notre style. Moi, je pars du principe que le soleil brille pour tout le monde et s'il y avait plus de modistes, cela signifierait plus de clients aussi. Je pourrais avoir une modiste dans ma rue que cela ne me poserait aucun problème. Alors, les gens viendraient spécialement à Spy en sachant qu’il y a au moins deux modistes…

Exportez-vous et êtes-vous connue à l’étranger ?

Je commence à avoir des clients en France, cela démarre doucement. Mais je suis un peu au four et au moulin et il n’est pas évident de se faire connaître. Je travaille avec des artisans de la haute-couture à Paris, notamment la maison Michel qui travaille pour Chanel, ainsi qu'avec deux ateliers parisiens qui travaillent avec Ungaro ou Dior. Je travaille aussi pour Thresie en Angleterre. Ma clientèle principale vient surtout de Wallonie, même si les Flamands viennent chez moi aussi.

Des projets ?

Mon premier dessein est de créer une collection de chapeaux de pluie cousus. Parce que je ne trouve rien qui me plaît pour la femme dans les autres marques. Et j’ai déjà le commercial avec qui je vais travailler, il faut juste que je me lance. À mon avis, d’ici un an, on part pour l’export vers la France ou les Pays-Bas. Un des pays pour lequel j’aimerais travailler, c’est le Japon, c’est un de mes rêves.

www.modiste.be

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La voix rauque et soul d’une chanteuse de gospel américaine, Typh Barrow s’apprête à présenter à son public l’album ‘Raw’ qu’elle a voulu organique, sincère et authentique. Enregistré entre Londres et Bruxelles, l’album, qui sort le 18 janvier, est entièrement fait de compositions de sa main. Rencontre.


Née à Bruxelles en 1987 d’une mère belge et d’un père polonais, Tiffany Cieply-Baworowski, dite Typh Barrow, étonne depuis son plus jeune âge par son timbre de voix grave et atypique. Musicienne dans l’âme, elle commence le piano à cinq ans et s’inscrit au solfège à huit. La chanteuse en herbe a déjà de la suite dans les idées, puisqu’elle écrit ses premières chansons à douze ans et entame des cours de chant à 14. Elle se forge son identité vocale et découvre son goût de la scène dans les pianos bar. « J’ai toujours su que chanter était ce que je voulais faire. On l’a dans la peau je pense », explique Typh Barrow. Parmi ses influences musicales, on retrouve des légendes commeStevie Wonder, Marvin Gaye ou Otis Redding, mais aussi des artistes contemporains comme John Legend, Jessie Ware, Rhy ou encore Jacob Banks. « Un livre, un film, une phrase, ce que je vis… Tout m’inspire. Ecouter d’autres chanteurs me transporte souvent vers quelque chose d’inattendu. Je me laisse guider ».

Accélération en ligne

Un tournant dans sa jeune carrière a été sa rencontre avec François Leboutte en 2003, son actuel manager et producteur à la tête du label Doo Wap Records, qui lui fait enregistrer ses premières démos. Fin 2012, elle sort « You Turn », son premier single qui tourne bien sur nos radios, suivi du CD trois titres « Ton ombre qui court ». Elle explose ensuite dans plusieurs reprises diffusées sur Youtube comme « Gangsta Paradise » de Coolio qui dépasse aujourd’hui le million de vues et « Hotel California » des Eagles qui atteint les 280 000. « Cet engouement international a été une immense surprise. Coolio, dont je suis fan depuis toute petite, a même partagé ma vidéo aux Etats-Unis. C’était fou ! Internet et les réseaux sociaux permettent vraiment de démultiplier son audience ». Son entourage l’aide à gérer la déferlante de critiques positives, comme négatives. « Je suis très bien entourée, j’ai beaucoup de chance. Le positif, on le reçoit avec beaucoup de plaisir et d’humilité. Le négatif, on apprend à le tenir à distance pour ne pas se laisser toucher ».

Vient ensuite le double EP « Times » et « Visions » en 2014, mix de 12 compositions  personnelles et de reprises. On y retrouve notamment ses titres « You turn » ou « I die », mais aussi « Back to black » d’Amy Winehouse, « No Diggidy » de Blackstreet et « Too close » d’Alex Clare. « Cet EP m’a fait vivre une aventure formidable. Il a eu une belle distribution et d’excellents retours. On a notamment eu un super été avec des concerts aux Francofolies ou aux Solidarités. Il a bien voyagé. Je dois dire qu’il a vécu plus longtemps que je ne pensais. J’étais prête pour la suite ».

Voyage dans le temps

« Raw », son nouveau projet réalisé avec la même équipe est un savant mix de pop et de soul, d’old school et de sons actuels. « J’ai vécu cet album comme un voyage dans le temps. Certains titres ont été enregistrés à Londres dans les studios d’Abbey Road dans les conditions des années 1960, explique la chanteuse. Je voulais des sonorités « roots » comme sur les vinyles de l’époque. La plupart des morceaux ont été enregistrés en une prise. Il fallait que ça sorte de mes tripes, que ça soit organique. Les jours où ma voix était fatiguée, on l’a utilisé. Cela donne un supplément d’âme ».

Le restant de l’album a été enregistré à l’ICP à Ixelles, un des plus grands studios d’Europe. « Raw est le produit des deux. Il mélange des sons Motown à la Nina Simone avec des touches de modernité à la Janelle Monáe. (accent sur le a ok – Marc) Son parcours de création a été à la fois génial et intense. J’ai pu collaborer avec des gens incroyables et issus d’univers très différents. Cela m’a poussé à sortir de ma zone de confiance. J’adore ça ».

En cours de finalisation, l’album sera sorti pour le 18 janvier. « Le projet a pris beaucoup d’ampleur. C’est une vraie naissance pour moi. J’en ai rêvé toute ma vie. J’ai vraiment hâte qu’il sorte et d’aller le présenter au public. On y apporte la touche finale en ce moment ». Tourné à Lisbonne début novembre, le premier clip qui accompagne la chanson « Tabou » sera un chassé-croisé ente plusieurs histoires d’amours. « Le titre parle de toute sorte de relations taboues, qu’il s’agisse d’homosexualité, de différences d’âge, de culture ou de religion. J’avais envie de quelque chose de joyeux, de positif et de coloré. Les rues de Lisbonne s’y prêtaient bien ». Plusieurs dates de concert suivront la sortie. Elles seront bientôt dévoilées.


Interview d’Harry Fayt

Créations aquatiques
Après des études de photographie à Namur, Harry Fayt débute sa carrière en couvrant des performances musicales live. Il monte son studio à Liège en 2006 et fait ses premières photos sous l’eau trois ans plus tard.

Quels souvenirs gardez-vous de ce shooting avec Typh Barrow en 2015 ?

« Je me rappelle bien de ce shooting ! Nous l’avions organisé sur deux jours un weekend de Pentecôte. Typh s’était très bien débrouillée. Elle n’a pas froid aux yeux et aime les challenges. C’est ce qu’il me fallait.  Le premier jour, on a surtout fait des photos avec un piano. On pouvait faire des breaks réguliers. Il faut s’imaginer que sous l’eau, il faut tout contrôler : sa respiration, la position de son corps, ses yeux… C’est très compliqué et ça peut être physique. Le deuxième jour, nous avions reconstitué tout un salon sous l’eau. Typh a du être lestée avec des poids et respirer uniquement grâce à des bouteilles portées par un plongeur. Elle n’aurait pas pu remonter toute seule. Elle a du faire confiance à l’équipe et se laisser porter ».

Comment préparez-vous une telle séance ?

« C’est généralement beaucoup de travail en amont pour trouver le lieu, le décor, les objets… Je travaille souvent sur des recompositions de tableaux. Cela prend plus ou moins de temps selon l’inspiration. Pour cette séance-ci, nous étions une dizaine : une maquilleuse, deux stylistes, un scénographe, deux plongeurs, Typh, son producteur et moi. Pour la conception de la séance, le modus operandi est souvent le même : j’ai une vision et j’en discute avec l’artiste. Avec Typh, c’est ce qui s’est passé. J’avais une photo en tête et je cherchais une chanteuse. Je l’ai contactée et elle a directement accepté. Cela m’a donné envie de réaliser une série sur les artistes belges et m’a notamment mené à photographier Jean-Luc Fonck dans le cadre de son « Grabataire tour ».

Qu’est ce qui vous plait dans cet univers sous-marin ?

« Je me perçois comme un photographe de studio sous l’eau. Je fais très attention aux détails, à l’ambiance, aux décors et aux objets. J’aime l’aspect surréaliste qui se dégage de ces photos. Chaque shooting sous l’eau est un défi pour moi comme pour le modèle. Il faut innover sous contraintes. Par exemple, pour diriger et orienter la personne, les rapports sont complètement différents. Il faut se comprendre en quelques gestes. Pour choisir le lieu, tout dépend de la profondeur dont j’ai besoin. J’utilise souvent des piscines publiques, notamment à Saint-Gilles ou à Liège, en dehors de leurs heures d’ouverture ».

Quels sont vos prochains projets ?

« Chaque projet nourrit les autres. Je poursuis notamment mes deux séries « Modern Icons » et « Heart Made in Belgium ». J’expose toujours au Passage Molenpoort à Nijmegen aux Pays-Bas. Je rêve d’une grande exposition dans un lieu insolite comme une église dans deux ans. Elle serait composée de très grands tirages et jouerait sur les cinq sens. C’est mon côté mégalo ! »


Renseignements :
 

Restaurateur étoilé, Benoit Gersdorff n’aime pas le sur place, dans la cuisine comme aillaurs. Rachetant une vieille ferme sur le site de la Citadelle de NAmur, il décide de la rénover pour en faire une résidence high-tech haut de gamme. Une première !

 

Monsieur Bigneron dans sa jeep Willys rouge venant verser le lait de sa cruche et déposer des œufs frais provenant de sa ferme. Benoît Gersdorff n’a jamais oublié cette image. Vers l’âge de 4 ans, il vivait chez ses grands-parents à 400 mètres de la ferme que Monsieur Bigneron louait au Baron de Fallon. Plus de quarante années ont passé. Les derniers exploitants et propriétaires, usés par la vie, ont rangé les fourches et les bottes en caoutchouc. Un manteau de silence a enveloppé ce qui a longtemps été la plus vieille ferme en activité de la Citadelle de Namur. La bâtisse, presque en ruine, a été mise en vente publique. Benoît Gersdorff est venu, accompagné de son fi ls. Et il a acheté la ferme. Sans objectif précis. Juste une intuition et l’envie de ne pas laisser partir un morceau de mémoire d’enfance. Aujourd’hui, la ferme a presque achevé sa mue et s’apprête à recevoir des hôtes dans un confort inégalé.

Sans aucune prétention

Le parcours professionnel de Benoît Gersdorff s’apparente à une course à la passion attisée par la curiosité. Formé à l’école hôtelière de Libramont, il y a rencontré sa femme, devenue sa partenaire de cœur et d’affaires. Il s’y est fait ses premières armes devant les fourneaux. Pour apprendre son métier, rien de tel que l’écolage des grands. Ce sera les stages chez des chefs étoilés à Bruxelles, à Paris et à la Côte d’Azur. Il prend goût aux voyages avec les galas gastronomiques où il porte la toque à Shanghai, Bangkok, Sydney ou dans les Émirats arabes. De retour en Belgique, il lance L’Essentiel à Temploux. Pendant deux ans, il arrête la cuisine pour s’occuper du chantier. « Nous avons ouvert sans aucune prétention, si ce n’est l’envie de recevoir des gens en essayant de leur faire passer un bon moment dans un endroit qu’on avait mis en œuvre. » Le restaurant fut rapidement étoilé. Après un an, voilà que débarque Raphaël Adam, un jeune garçon plein de promesses. Pour Benoît Gersdorff, une des clés de la réussite, c’est la capacité à déléguer. Il forma le jeune homme en cuisine et en salle, l’envoya en stage. Et quelques années plus tard, il lui remettait les commandes de L’Essentiel. Dans la continuité. C’était pour Benoît Gersdorff la fin d’un cycle. Après plusieurs années de travail absorbant, le nez dans le guidon, il ressentait le besoin de prendre de la hauteur. « J’ai fait appel à des coaches d’entreprise qui m’ont amené à réfléchir à ce que j’avais vraiment envie de faire. Je me suis rendu compte que j’adorais gérer et stimuler des équipes. » Homme d’idées, il fonctionne aux intuitions qui, parfois, lui reviennent en pleine figure. Pourquoi fast-food ne pourrait-il pas rimer avec repas équilibré et gastronomique ? En ouvrant un nouveau restaurant dans le domaine de Chevetogne, il veut prouver qu’on peut faire des repas gastronomiques à 10 euros ? Il installe des cuisines avec des rôtissoires, propose des picattas de saumon au concombre. C’est le bide. « Les gens réclamaient des hamburgers-frites et des hot-dogs. Ils ne voulaient rien d’autre. On s’est rendu compte qu’il y avait un énorme travail d’éducation à faire. » À Jambes, il reprend La Plage d’Amée, un restaurant qui vivote pour en faire une affaire qui marche. Très tôt, Benoît Gersdorff a eu la bougeotte et la soif d’apprendre. Aujourd’hui, il parcourt le monde avec un agenda à faire pâlir un DJ. Il fait de fréquents arrêts à Hong Kong, où il apporte ses services et conseils à un restaurant ouvert au profit d’une clinique pour les enfants souffrant de troubles du langage. Au détour de ses voyages émerge le concept qu’il attendait pour faire revivre la ferme achetée quelques années plus tôt, et la conviction qu’on n’est pas plus mal en Wallonie qu’ailleurs.

 

Une clientèle haut de gamme

Les bâtiments seront vidés, désossés, démontés et remontés pierre par pierre sans rien perdre de leur élégance toute classique. Repensés, les lieux accueillent désormais six appartements haut de gamme de 150 m² possédant chacun leur personnalité et leur tonalité. Literie Hästens, WiFi indépendant, téléphone par IP, service 24 heures sur 24, ainsi qu’une salle de massage, sauna, hammam, piscine intérieure et extérieure. Les résidents pourront aussi bénéficier d’une salle de cinéma et d’une salle à manger prévue avec du personnel. Rien n’est laissé au hasard. « C’est un produit qui n’existe pas encore en Belgique. Je pense pouvoir compter sur une clientèle haut de gamme qui apprécie un niveau de services personnalisés qu’on trouve rarement en hôtellerie. Une partie de ces gens serait prête à venir à Namur », avance-t-il, « qui n’est tout de même qu’à une cinquantaine de kilomètres de Bruxelles. » Il songe aux stars invitées par le Festival de Namur, mais aussi à des cadres, ou des top managers internationaux qui ont affaires chez nous pour un mois ou deux, et qui préfèrent une retraite bucolique à un environnement urbain. L’objectif est aussi d’amener cette clientèle d’exception à découvrir les charmes discrets de la capitale wallonne. « C’est aussi un levier pour attirer des gens à Namur. On vise un marché de niche qui est une clientèle trop sporadique pour justifier l’établissement d’un hôtel de 30 chambres. Avec ce produit, je peux proposer à ma clientèle quelque chose de top pour le prix de quelque chose de moyen dans la capitale. » Le gros œuvre est à présent achevé. Place à la finition pour une ouverture attendue au mois de septembre 2009. Sans se laisser corseter par un cahier de charges trop strict, il garde une place pour l’intuition. « On peut changer d’avis en cours de route. Déplacer un mur ou une porte pour intégrer de nouveaux éléments. » Pour Benoît Gersdorff, la filiation entre restauration gastronomique et restauration patrimoniale est évidente. « Je vois la conduite d’une rénovation comme l’élaboration d’une recette de cuisine. Devant ses casseroles il faut être attentif à l’intensité des feux, goûter ce qui frémit pour rajouter l’un ou l’autre ingrédient. Dans l’Horeca comme dans la rénovation, tout le monde apporte sa pierre à l’édifice. Si vous avez un bon chef, mais que le plongeur ne nettoie pas bien et qu’en salle on tape les assiettes sur la table, l’impression d’ensemble sera négative. » Grand partisan du travail collégial, Benoît Gersdorff sait aussi qu’il est important de garder la décision finale. Pour rester maître du projet, il n’a pas voulu confi er son bébé à un grand nom, préférant s’associer à des PME ou à des outsiders comme l’architecte Pierre Brahy de B concept, ou le bureau Architecture et Nature passionné par l’architecture durable et organique. « Il faut forcément faire des choix et des arbitrages. Entre les toilettes sèches et les jacuzzis, on ne parle évidemment pas de la même empreinte écologique », sourit-il.

Réfléchir différemment

Après 25 ans passés en cuisine, Benoît Gersdorff ne regrette pas de laisser sa toque au vestiaire. « Il faut savoir faire des choix. La gestion est exigeante, on ne sait pas être créatif en cuisine, faire des achats et en même temps être au bureau, faire un peu d’ingénierie fiscale et résoudre les problèmes quotidiens que pose la gestion d’une équipe de dix personnes. » Même s’il a délaissé les fourneaux, il n’en est jamais loin. Il suffit qu’une ou deux personnes manquent à l’appel alors que les réservations s’accumulent, Benoît enfile la blouse blanche brodée à son nom pour jongler avec les poêles et les casseroles, surveiller l’intensité des feux et veiller à ce que chaque membre de l’équipe assure sa part de boulot. L’homme est confiant dans le potentiel de son nouveau projet. « Des grosses agences immobilières à Bruxelles ont avancé qu’il n’y a aucune demande, mais c’est un peu l’histoire de l’oeuf et de la poule. Il faut que des gens comme moi prennent le risque. L’argent n’est pas mon moteur » confie-t-il, presque pour s’excuser, tout en ajoutant qu’il s’est engagé dans un investissement immobilier à risques et qu’il fera tout pour rentabiliser sa mise. Il ne se sent pas pour autant enchaîné aux murs de la ferme. Il possède une base de repli : quelque 2 800 m² dans le sud de la France. « Il y a une source, une ruine avec des pierres à démonter et remonter. Avec ça, il ne me faut rien d’autre ! » S’il avait fait une étude de marché pour L’Essentiel, il ne se serait peut-être pas lancé dans l’aventure. Avec son nouveau projet, il a procédé de la même manière. Le tsunami fi nancier qui paralyse aujourd’hui l’économie n’est pas le meilleur des contextes pour se lancer dans une entreprise qui ne manque pas d’ambitions. « Je vais avoir du mal. Mais ce sera comme tout le monde. Des solutions miracles, il n’y en a pas. Il va falloir être créatif, réfléchir différemment et trouver des réponses. » Lorsque L’Essentiel Residence & Spa accueillera ses premiers clients, on peut parier qu’au fond de l’œil pétillant de Benoît Gersdorff, on verra passer l’ombre d’une Willys rouge.    

 

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