Waw magazine

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Après avoir été longtemps déconsidérée, l’eau est aujourd’hui, en Wallonie, un élément polarisant de projets de revalorisation urbaine. L’eau au cœur de la cité contemporaine ? L’engouement est certain. Son usage durable nécessite cependant d’en bien mesurer les implications.

 

L’eau a toujours suscité des sentiments ambigus. D’un côté, elle est une contrainte, une coupure, un problème ou un risque. De l’autre, si elle est maîtrisée, elle est un formidable atout de développement économique, notamment dans les secteurs  touristique et culturel. Échange avec Yves Rahir, urbaniste au sein de l’agence Agua (Association du Groupe Urbanisme & Architecture), à Louvain-la-Neuve, militant de la réintégration fonctionnelle et esthétique de l’eau sous toutes ses formes dans les villes wallonnes.

 Existe-t-il un regain d’intérêt pour l’eau au cœur de la vie citadine ?

« Longtemps, nous avons regardé l’eau comme un outil technique favorisant les échanges commerciaux et un objet que l’on pouvait salir impunément, un égout à ciel ouvert. Le fleuve, la rivière ou le ruisseau était devenu un élément négatif auquel on tournait le dos. Aujourd’hui, et la culture du voyage nous y aide, nous redécouvrons la beauté de villes où l’eau est un acteur principal. Notre regard sur l’eau change. »

Toutes les villes wallonnes ne sont pas Venise ou Bruges !

Certainement ! Mais il y a toujours quelque chose à tirer « du fil de l’eau » d’autant plus s’il s’agit de milieux urbains en recherche de revalorisation. Lessines est un bel exemple sur lequel nous travaillons actuellement. C’est le cas typique d’une ville qui a nié sa rivière pendant des décennies. Comme l’eau n’a plus été regardée comme une valeur, la ville, souffrant de la désindustrialisation, a continué de s’appauvrir. Que faire pour inverser le mouvement ? Tendre un miroir aux Lessinois et leur démontrer le potentiel de l’eau : la Dendre, son canal, ses vestiges industriels, son grandiose patrimoine historique, son chemin de halage, ses ponts, ses trous de carrière, ses îlots, ses paysages humides... La mission confiée à Agua est d’établir des schémas d’aménagement urbain qui suivent le fil de l’eau et définissent des lieux exploitables durablement. Ici, des attaches pour bateaux de tourisme, là, des logements nouveaux qui profiteraient d’un cadre paysager exceptionnel. À Lessines, l’eau est un outil fabuleux de marketing économique pour attirer des investisseurs qui auraient compris que la ville revalorisée est un lieu de vie idéal. Il y a des écoles, une gare, des axes routiers proches, de l’emploi (Baxter), des infrastructures culturelles uniques (l’Hôpital Notre-Dame à la Rose) et un environnement bucolique.

En Wallonie, le regain d’intérêt pour les « milieux d’eau » - dont elle ne manque pas - est général. Nous menons également un travail de réflexion pour le développement d’un éco-quartier au centre de Seneffe, le long du canal. Voyez aussi ce qui a été fait des quais de la Sambre au niveau de la Ville basse de Charleroi ou des quais de l’Escaut à Tournai. C’est splendide ! Oui, l’eau attire.

Agua a travaillé de longues années sur le tourisme à Durbuy. L’eau fut au centre de votre réflexion ?

Durbuy, c’est une aventure qui a commencé en 1989. Voilà presque 30 ans que la « plus petite ville du monde » nous fait confiance. Pour comprendre Durbuy, il faut remonter le temps et s’intéresser aux anciens plans de la ville. Au Moyen-âge, Durbuy était enclose de murs défensifs et complètement encerclée et protégée par l’Ourthe. La rivière a toujours été l’élément qui charpente la ville même si son tracé a évolué au cours du temps. Agua s’est penché sur les modalités de la réintégration de l’eau, apprivoisée et contenue, dans et autour de la vieille ville pour mettre en valeur son patrimoine. L’étude fut complexe car il s’est agi de construire des ponts et des passerelles pour interconnecter les différentes zones urbaines, de penser des espaces de parking extérieurs, de créer des parcs pour un cheminement vert le long de l’eau et, surtout, de mettre en scène le Grand Anticlinal, ce plissement géologique qui culmine au sommet de la vieille ville, grâce à un étang agrémenté de jeux d’eau. Cet aménagement urbanistique était d’autant plus complexe qu’à Durbuy il faut tenir compte d’un contexte inondable récurrent. Pour protéger la ville des humeurs de l’Ourthe, avec la collaboration du Ministère de l’Équipement, nous avons monté un mur de protection en pierre, flanqué d’échauguettes qui rappellent l’architecture défensive de la ville ancienne. Une manière de concilier un acte purement technique à une esthétique d’aménagement et au plaisir puisque ce même mur est devenu une agréable balade sécurisée au bord de l’eau. À Durbuy, l’eau qui constituait un risque est aujourd’hui un atout de développement local.

Pour revenir au Grand Anticlinal, comment l’avez-vous aménagé ?

Nous avons fait réapparaître l’eau au pied de la falaise sous forme d’un étang artificiel qui profite d’une subtile écologie naturelle alliant plantes, poissons, moules d’eau et canards. L’eau est dynamisée par l’installation d’une cascade encadrant des pierres taillées qui évoquent les anciennes meules des moulins. La création de ce plan d’eau a enrichi un espace laissé auparavant à l’abandon. Un mini-golf, des restaurants, un amphithéâtre sont venus s’installés autour. Le lieu s’est remis à vivre, magnifié par la mise en scène de l’eau et l’éclairage de la falaise. Ces aménagements sont d’autant plus importants que, dans un futur proche, cet endroit va devenir une entrée de la ville. À Durbuy, l’eau vous accueille !

Ces installations ne sont-elles pas coûteuses à entretenir ?

Comme n’importe quelles installations techniques susceptibles de tomber en panne ou de souffrir d’une usure. Je ne vous apprends rien : l’eau est corrosive. À Durbuy, comme dans d’autres communes wallonnes, l’eau est une composante de la valorisation du patrimoine. Pourquoi les Hollandais, les Allemands, les Français affectionnent-ils cet endroit ? Parce que la ville est belle, et pour qu’elle reste belle et attractive, il faut entretenir les installations qui la magnifient. Fontaines, miroirs d’eau, cascades, pompes... sont des investissements touristiques. Plusieurs fontaines installées en Wallonie par Agua sont aujourd’hui en panne et ne sont pas réparées. C’est pour nous une grande déconvenue. Il s’agit parfois d’un problème de gestion technique, parfois de compétence ou encore d’autorité ou de constance. Quand un porteur de projet disparaît, nous perdons parfois celui qui avait vu dans la fontaine un élément fondamental de la construction de l’image de la ville. Le successeur, lui, peut ne plus voir dans la fontaine installée qu’un bassin « à ennuis ». Prévoir dans l’appel d’offre des assurances pour la maintenance de l’installation serait une solution. Car c’est un désastre si une fontaine ne fonctionne plus alors qu’un « label touristique » la répertorie. C’est tromper le visiteur !

Quel autre projet vous occupe en ce début 2019 ?

Agua exécute un projet d’étude à Barvaux-sur-Ourthe, dans l’entité de Durbuy, qui vise également à mettre en valeur le cours d’eau. Après des recherches historiques, nous avons découvert que Barvaux fut durant 600 ans un port de rivière où des anciens bateaux à fond plat, appelés betchés, chargés de minerais, faisaient halte. Quand le port n’a plus servi, la ville a continué à se construire mais en tournant le dos à l’eau. Dans le cas présent, notre intervention consiste à rafraîchir la mémoire collective et à revaloriser le port et ses quais par étapes successives. Recréer des points de débarquement pour de kayaks le long du parcours de la rivière, restaurer l’ancien moulin dont a supprimé la roue, nettoyer le parc communal dont les arbres trop hauts et trop nombreux cachent un point de vue sur la rivière, revaloriser les berges sur une longueur d’au moins 400 mètres.

Quel serait votre projet rêvé ?

Aménager le tracé de la Meuse depuis Givet jusque Namur, voire jusque Maastricht ! Créer un cheminement continu pour les randonneurs, les cyclistes et les bateliers du tourisme fluvial, une promenade cohérente, ponctuée d’endroits où se restaurer, prendre une douche, réparer son vélo ou amarrer son bateau. 

www.agua-online.be

« Quand je franchis le viaduc de Beez, j’imagine un touriste étranger qui passerait par là et qui, par la fenêtre de sa voiture, jouirait de cette vue unique sur la vallée de la Meuse et sur les falaise de Marche-les-Dames. Il ne pourrait que trouver ce paysage magnifique ! »

Le serpent d’eau des Papeteries de Genval

Fermé en 1980, le site des Papeteries de Genval offrait la triste vue d’une friche industrielle abandonnée, squattée par du parking sauvage. Initié en 2015 par Equilis, les papeteries se transforment progressivement en un nouveau « cœur de ville » combinant commerces, logements intergénérationnels et espace naturel. Le groupe Agua, sollicité pour la définition du plan de masse, étape préalable et obligatoire au permis de construire, a immédiatement compris le potentiel à rouvrir la rivière, couverte par une dalle de béton, sur une bonne partie de son tracé. «  Ce fut une démarche très volontariste de la part d’Agua, défendue âprement auprès des investisseurs. Et le résultat est sous vos yeux ! À certains endroits, là où se sont installés des cafés, au-dessus de l’eau, on pourrait croire que nous sommes dans une ville flamande ou des Pays-Bas. La Lasne à ciel ouvert est un des éléments les plus structurants du projet de réhabilitation ». (Yves Rahir)

Trois expositions à découvrir jusqu’au 12 mai

 

L’expérience photographique

 Lorsque l’on évoque le nom de Jacques Meuris, c’est spontanément à l’homme de lettres que l’on songe, plutôt qu’au photographe ou au théoricien. Figure atypique dans la sphère culturelle belge de l’après-guerre, il est l’auteur de nombreux textes tant littéraires que poétiques ou critiques.

L’expérience photographique de Jacques Meuris donne lieu à une œuvre conséquente, perméable aux influences et aux idées de son temps et notamment, de façon durable, à l’énergie nouvelle dégagée par le surréalisme.

À la mort de Jacques Meuris, en 1993, son épouse a fait don de toute sa production et des tirages au Musée de la Photographie à Charleroi. L’exposition présente ses images plus connues ou attendues, mais elle fait également la part belle à une sélection de séquences puisées au sein de ses planches-contacts.

 

Dans mon jardin les fleurs dansent

 Olivier Cornil travaille un peu partout en Belgique et parfois ailleurs, comme lors des tournées du groupe « Girls in Hawaii » dont il fut longtemps « membre visuel » à part entière. Diplômé de l’ESA « Le Septante-cinq » à Bruxelles, il a exposé et publié maints travaux mêlant souvent photographies et notes, à mi-chemin entre l’autobiographie pudique et une approche généreuse et sensible du documentaire. Il enseigne depuis 2017 à l’ESA Saint-Luc Liège.

Dans mon jardin les fleurs dansent est une série entamée il y a quelques années, à Bugeat, en Corrèze, où sa mère a décidé d’aller vivre. C’est l’histoire simple, mais comme beaucoup d’autres pas toujours facile, d’une femme, d’une mère, de liens, de ruptures, de deuils et d’envies. De résignations et de renouveau, de souvenirs, de pleurs et de rires. Des images de là-bas et des textes d’ici.

 « De la série « Dans mon jardin les fleurs dansent ».

© Olivier Cornil

Songs of the Walés

Patrick Willocq est né en 1969 à Strasbourg. Photographe autodidacte, il a passé la plus grande partie de sa vie à l’étranger, dont 23 ans en Asie et 7 ans en République démocratique du Congo.

« Songs of the Walés » est le fruit de divers séjours qu’il a menés dans ce pays d’Afrique. Dans les forêts de la région équatoriale vivent les Ekondas et les Ntombas, lesquels pratiquent le rituel Walé, la « mère-allaitante », célébration originale de la maternité. L’exposition est une immersion visuelle et sonore dans cet univers. Elle est non seulement composée de tableaux photographiques, de portraits, de wall papers, d’installation, d’images du making of, d’un film documentaire, mais aussi ponctuée par des chansons des Walés.

© Patrick Willocq / courtesy Project 2.0 / Gallery

Si les bienfaits du sommeil sur la santé physique et mentale sont avérés, la sieste au travail reste taboue dans nos régions. Elle permet pourtant de réduire rapidement son stress et de recharger facilement ses batteries. Favoriser la sieste éclair dans son entreprise, c’est gagner en productivité.  


Fervente ambassadrice de la sieste, à ses yeux arme anti-burn-out, Sophie Geilenkirchen a choisi d’y consacrer toute son énergie en développant « WorkInJoy ». Centré sur le bien-être, le concept global combine espaces de ressourcement en entreprise, ateliers thématiques et application mobile avec des conseils « santé » à la clé. Diplômée d’HEC-Liège, ancienne directrice des ressources humaines chez BEA et directrice financière chez Neuroplanet Group et Invest Minguet Gestion, la fondatrice de la PME installée à Liège est aussi professeur de yoga, thai chi et pilates. Rencontre avec une passionnée férue d’interactions humaines.

Comment est né WorkInJoy ?

Stakhanoviste du travail, grande voyageuse et jeune maman, j’ai découvert les siestes flash. Ces petits moments de repos très courts me faisaient beaucoup de bien et m’aidaient à affronter ma journée. C’est mon expérience personnelle et mon envie de travailler sur le bien-être qui ont donné naissance à WorkInJoy, il  y a un peu plus de trois ans. Le concept centré sur la santé a d’abord pris la forme d’une activité complémentaire en marge de ma carrière, avant de devenir mon métier à part entière. Mon grand défi reste de prendre mon bâton de pèlerin et d’évangéliser les entreprises, même si le train est en marche.

Quels sont les bienfaits du sommeil pour les entreprises ?

Ils sont multiples ! On estime qu’un employé bien reposé est en moyenne deux fois moins malade et six fois moins absent. Il est aussi 55% plus créatif, 12% plus productif et 9 fois plus loyal. Les pauses énergisantes sont un outil de rétention et de fidélisation. Investir dans ses collaborateurs est toujours rentable. Au delà de ces statistiques, un employé qui dort suffisamment gagne en énergie et en motivation, cela rejaillit forcément sur l’équipe. On est tous parfois en mode robot. On est fatigués, on survit grâce au café… Faire une vraie pause permet de prévenir la fatigue et de vivre sa journée autrement. C’est un cercle vertueux.   

Comment s’articulent vos services ?

Avec mes deux collaboratrices, nous fonctionnons avec l’équation suivante : diagnostic de la situation, analyse sur base d’un questionnaire envoyé aux employés, recommandations et déploiement en entreprise. WorkInJoy souhaite offrir un service holistique, clé sur porte et facile à tous les niveaux. Ainsi, nous concevons des salles de repos en travaillant sur l’aménagement, l’éclairage, le son, l’aromathérapie… Nous nous chargeons de tout, à nos frais, en échange d’un abonnement mensuel. Une application développée avec un partenaire, dont la nouvelle version sort d’ici peu, permet de voir les disponibilités de la salle en temps réel et de réserver son moment. Les données collectées nous permettent ensuite de faire un reporting et un monitoring précis de son utilisation. Nous réalisons également des ateliers thématiques, par exemple, sur la nutrition ou des workshops de relaxation pour apprendre à se détendre. Le fil rouge de toutes nos activités est toujours le bien-être et l’équilibre.

Qu’est ce qui fait une « bonne » sieste ?

Lâcher prise est loin d’être évident, encore moins au travail. On y est souvent déconnectés de nos émotions. Il est important de se recentrer et d’apprendre à écouter son corps. Comme manger cinq fruits et légumes par jour, cela s’apprend et cela s’entraîne. Pour donner un coup de fouet, la sieste doit être courte, environ vingt minutes. Il ne s’agit pas de tomber dans un sommeil profond, mais de faire le vide, de se connecter à ses sensations et décompresser. L’espace choisi doit pour cela être sécurisant et ressourçant. Nous conseillons une chaise longue et ergonomique ou un coussin géant plutôt qu’un lit. Nous proposons également un casque anti-bruit pour ceux qui le souhaitent.

Qui sont vos clients aujourd’hui?

Le Centre d’Affaires Natalis, Afelio, le Pôle image de Liège… Nos clients ont différentes tailles et balayent plusieurs pans de l’économie. Bien sûr, certains secteurs plus créatifs sont traditionnellement plus réceptifs que d’autres à ce type de démarches. Mes interlocuteurs sont généralement le CEO dans les petites structures et le DRH ou le Facility Manager dans les plus grandes. Je parle leur langue et je suis passée par le business, ça les rassure. Une constante : je vois notre collaboration comme un partenariat à long terme. C’est avant tout une relation humaine. Tous les trois mois, une visite a lieu sur le terrain pour prendre le pouls de la société. Le contrat court sur au moins deux ans, parfois il s’étale sur 4 ou 5 ans.   

Comment agir rapidement sur le bien-être de ses employés ?

Il faut d’abord se questionner sur ce qu’on veut et ses priorités, en visant toujours le win-win. On peut agir par des petites choses simples, par exemple, des fruits, des ateliers sur la pleine conscience ou la nutrition, des possibilités de faire du sport... Progressivement, c’est une culture bienveillante et déculpabilisante qui s’instaure. Le bien-être est quelque chose qui se cultive. Il ne se décrète pas une fois pour toute. 

Comment le concept WorkinJoy a-t-il évolué ?

Notre palette de services s’est étoffée. Un pôle formation s’est développé en marge de nos espaces de relaxation. Nous proposons des formations courtes et pratiques, par exemple, en gestion du stress ou en sophrologie, pour offrir rapidement un maximum d’informations directement utilisables. Le temps c’est de l’argent en entreprise ! Des événements sont également venus se greffer aux autres activités. 

Comment imaginez vous votre concept dans cinq ans ?

Il y a encore beaucoup de choses que j’ai envie de développer. Je pense notamment à travailler sur la question du change management avec une amie coach. D’ici cinq ans, j’espère bien avoir multiplié par cinq le nombre de clients ! Tout est reproductible dans notre modèle, pourquoi pas imaginer aussi une franchise en France ou ailleurs.

Qu’est ce qui vous plaît dans votre métier ?

Je ne ferais machine à arrière pour rien au monde, même si je ne compte pas mes heures et que j’ai divisé mon salaire par deux ! Je me suis lancée sans parachute, mais avec beaucoup de passion et d’énergie. J’aime les gens. C’est un métier où l’on fait de belles rencontres. Quand on voit des gens qui se détendent et qui vont mieux, on a gagné sa journée.

www.workinjoy.be

Les célèbres personnages de Peyo fêtent les soixante ans de leur apparition avec une exposition événement immersive à Brussels Expo. Avant de faire le tour de la planète... bleue.

On les appelle Pitufos à Madrid, Strumpar à Reykjavik, Siriner à Istanbul, Smurfs à Los Angeles ou Lan Jing Ling à Pékin, mais ils ne changent jamais. Ils sont toujours haut comme trois pommes (bleues) et sous leur blanc bonnet, ils représentent toute la diversité de la comédie humaine.

Soixante ans après leurs apparition dans un album de Johan et Pirlouit, les Schtroumpfs ont conquis le monde. Peyo fut un des premiers auteurs de bande dessinée européens à prendre conscience du potentiel du marketing et des produits licenciés pour accroître la notoriété de ses personnages. Aujourd’hui, la bande dessinée ne représente plus que 4% des revenus de IMPS, l’entreprise, toujours basée à Genval, qui gère les droits, l’image et les développements des petits lutins bleus. Les aventures des Schtroumpfs se déclinent désormais sur de multiples supports, les dessins animés, le cinéma, les jeux vidéo, les parcs d’attraction et maintenant « La Schtroumpf Experience » (« The Smurf Experience »), installée jusqu’au 27 janvier 2019 à Brussels Expo. Sur 1.500 m2, un parcours immersif et interactif emmène le visiteur à travers l’univers magique des Schtroumpfs et l’invite à parcourir neuf espaces successifs pour déjouer les plans de leur ennemi de toujours, Gargamel, qui a construit une machine infernale pour détraquer le climat au-dessus du village de champignons.

 Vivre comme un Schtroumpf

Il suffit d’écarter une case de bande dessinée géante, et nous voilà plongé dans un monde magique où les nouvelles technologies interactives se combinent aux techniques plus traditionnelles des arts vivants. Au cours de la balade, on croise des comédiens costumés ou manipulant des marionnettes géantes de Schtroumpf. Grâce à la technologie du facelift, on peut aussi contempler dans un miroir son double virtuel avec la tête d’un Schtroumpf ou déclencher des images interactives sur des écrans. « Nous avons rassemblé tous les moyens à notre disposition pour raconter une belle histoire et vivre une chouette expérience, explique Marcos Viñals Bassols, le scénographe. Les effets théâtraux, principalement des décors immersifs, restent très efficaces. Tout le monde sait bien qu’on est dans du faux, mais on aime bien croire que c’est du vrai. Surtout les enfants qui ont gardé intact leur capacité à l’émerveillement. »

Les petits bouts, qui constituent le public prioritaire de l’expérience, ont été consultés en amont pour évaluer leur niveau de connaissance schtroumpfesque, mais aussi pour connaître et rencontrer leurs attentes. « Ce qu’ils voulaient, c’était découvrir le village, vivre comme un Schtroumpf et défier Gargamel. Et tout cela, bien entendu, avec les touches de magie et les sortilèges qui rajoutaient à la fascination. »

© Ingrid Otto

On ne trahira personne en révélant que cette aventure se termine bien pour les Schtroumpfs et leurs visiteurs. Dernière formalité, avant de regagner le monde des hommes, il faut échapper à l’infâme sorcier. Et pour cela, rien de tel qu’une cigogne qui se fera un plaisir de jouer au taxi des airs. Grâce à la magie de la réalité virtuelle, on peut grimper sur le dos du grand oiseau et regagner sans encombre le village des Schtroumpfs en survolant des paysages montagneux, des marais putrides et glisser entre les arbres d’une forêt touffue pour arriver sur la place du village où nous attend un grand feu de joie. « Les séquences de réalité virtuelle sont maintenant fréquentes dans les parcs d’attraction. Mais, en général, après avoir enlèvé les lunettes, il n’en reste pas grand chose. Nous avons trouvé quelque chose de fort à raconter, quelque chose que normalement un être humain ne peut pas faire. Sans la réalité virtuelle, on ne peut pas se mettre sur le dos d’une cigogne et se balader au-dessus d’un village schtroumpf. »

Des valeurs estampillées ONU

Le succès planétaire des Schtroumpfs en a fait des mascottes universelles dans lesquelles toutes les races peuvent se reconnaître. C’est sans doute pour ça qu’en 2016 les Nations Unies les ont choisis comme ambassadeurs des dix-sept Objectifs de Développement Durable adoptés par 195 pays. Des objectifs à concrétiser d’ici à 2030 pour éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir la prospérité pour tous. Sur l’ensemble du parcours de « La Schtroumpf Experience », dix-sept objets incarnant chacun de ces objectifs ont été disséminés dans les décors. Une corde à linge pour illustrer l’égalité des genres, un coffre pour incarner la disparation de la pauvreté, un rouleau à tarte pour symboliser la réduction des inégalités sociales. Ils sont accompagnés de fiches explicatives et d’un dossier pédagogique en trois langues à l’intention du public scolaire. « La trame narrative est une métaphore de la dégradation du climat par l’homme. Aujourd’hui, c’est clair que, dans nos pays occidentaux, l’opinion générale et le système éducatif font que ces valeurs de préservation de la nature ou de l’égalité homme-femme sont courantes et largement acceptées, mais cette exposition va voyager dans d’autres pays et continents où ces objectifs ne vont pas de soi. C’est donc une bonne chose que les Schtroumpfs arrivent là-bas avec leurs valeurs estampillées ONU pour être diffusées dans le cœur de ces enfants qui seront les décideurs de demain. »

 Un savoir-faire belge

Gardienne de l’oeuvre de Peyo et de son image, la société IMPS de Genval se partage entre l’octroi des licences et le développement de projets inédits. C’est elle qui a conçu l’exposition en association avec différents partenaires belges développant chacun une grande expertise dans leur domaine. La production et la conception sont assurées par l’Usine à Bulles, aux commandes du Festival International de BD de Liège, qui s’est pour l’occasion associé avec DC & J, nouvelle société de production liégeoise engagée à soutenir des projets forts et novateurs pour le théâtre, la danse, le cirque et l’opéra. L’exploitation de « La Schtroumpf Experience » est prise en charge par Cecoforma, société de communication et d’événementiel dirigée, comme l’Usine à Bulles, par Stephan Uhoda, actif dans l’organisation d’événements et grand passionné de culture.

Tous les contenus visuels et interactifs ont été réalisés par la société Dirty Monitor, basée à Charleroi, qui s’est fait connaître par la technique du vidéo mapping et exporte son expertise audio-visuelle des USA au Proche-Orient. La production est prise en charge par Exhibition Hub, société bruxelloise de création, de production et de distribution d’expositions qui conçoit des projets à vocation internationale comme Terracota Army, The Art of the Brick, ou Van Gogh Experience.

 Le compte à rebours

Après Bruxelles, « La Schtroumpf Experience » va tourner pendant cinq années en Europe et au-delà. Ce sera la même exposition qui sera remontée, voire dupliquée, comme ce sera sans doute le cas en Asie. « Nous sommes très fiers d’externaliser tout ce savoir-faire belge », se réjouit Philippe Glorieux, directeur Marketing et Communication. Intemporels, universels, les Schtroumpfs plaisent parce qu’ils prolongent l’enfance. En dehors des traductions dans 84 langues, il n’y a rien à changer, les valeurs des sympathiques petits lutins sont les mêmes partout dans le monde. Pour trouver un équivalent à l’ubiquité des petits personnages de Peyo, c’est du côté de Disney qu’il faudrait aller chercher, mais contrairement à l’entreprise basée en Californie, IMPS n’a pas de filiales. Toute la gestion de l’univers Schtroumpf est assurée depuis Genval par une équipe de 38 personnes. « Nous avons eu un bureau à Los Angeles et un autre à Hong Kong, mais nous avons tout rapatrié ici, ce qui nous semblait plus rationnel ». IMPS accorde toujours ses licences après un examen scrupuleux de la demande. Mais une fois qu’elle est accordée, c’est au licencié de gérer la fabrication et la distribution des produits. Reste le problème lancinant de la contrefaçon qu’IMPS gère avec vigilance mais sans illusions excessives.

Aujourd’hui, la Chine est le plus grand marché extérieur. C’est dans les années 80 que les Lan Jing Ling (les petits esprits bleu en mandarin) y ont fait leur apparition via une série télévisée. Celle-ci fut d’ailleurs la première série étrangère à recevoir l’autorisation officielle du parti communiste pour être diffusée sur les chaînes nationales. Les enfants d’alors ont grandi et ont fait des enfants à leur tour, qu’ils emmènent aujourd’hui dans les grands shopping malls de l’Empire du Milieu, théâtre d’événements réguliers autour des Schtroumpfs générant d’importantes recettes en merchandising.

Chez IMPS, le compte à rebours jusqu’au printemps 2020 a déjà commencé. Un nouveau chapitre au potentiel énorme  s’ouvrira dans la saga des Schtroumpfs : une nouvelle série télévisée. Produite en France par IMPS et Media Participation en partenariat avec TFI, elle comptera deux fois 52 épisodes de 11 minutes. Réalisé entièrement en images de synthèse, elle introduira de nouveaux personnages avec un Gargamel, encore plus fourbe et encore plus bête, mais toujours perdant. Si l’impact mondial de ces nouveaux épisodes dépasse ou égale celui de la première série, la planète sera vraiment bleue.

 www.smurfexperience.com

 

 Les Schtroumpfs en chiffres

 Livres

120 éditeurs

90 pays

50 millions de livres vendus dans le monde

300 titres

 

Télé

272 épisodes

diffusés sur plus de 100 territoires

doublés en plus de 40 langues

 Merchandising

70 licences actives

100 millions de figurines Schleich vendues

160 millions d’œufs Kinder

1 gomme Schtroumpf avalée chaque minute quelque part dans le monde

 Guiness Book

5.000 participants habillés en Schtroumpf dans 11 pays

 

C’est tout un univers artistique qu’Isabelle Nell prend le temps de partager à travers la peinture, la sculpture et, depuis peu, l’écriture. Rencontre à Chaumont-Gistoux avec cet « ange » qui plane en pleine spiritualité.

 

L’envie de peindre et l’attrait artistique, Isabelle Nell les a depuis son enfance. Elle garde en mémoire les heures où elle s’installait aux côtés de son père pour l’observer et écouter ses conseils. « J’étais admirative de son travail. D’aussi loin que viennent mes souvenirs, j’avais souvent un crayon, une plume ou un pinceau à la main. Ambidextre de naissance, je m’amusais à écrire à l’envers, une technique prônée par Léonard de Vinci. »
Pendant quinze ans, Isabelle Nell fait partie d’une troupe de danse contemporaine et poursuit des études supérieures à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, en architecture d’intérieur, tout en choisissant l’option design pour compléter son apprentissage. « Le jour de l’obtention de mon diplôme, j’ai franchi la porte d’un magasin de fournitures artistiques afin d’acheter de l’argile. Je voulais créer ma première sculpture. Cela m’a donné l’envie de poursuivre pendant deux ans une formation à l’atelier de sculpture de cette même académie. Sous les conseils avisés de mon professeur, le célèbre sculpteur Martin Guyaux, j’ai amélioré mes gestes et ma perception au contact de la matière. Lors d’une cotation, il m’a fait l’un des plus beaux compliments. J’avais su capturer le sens, la valeur, l’âme de l’homme qui posait pour les étudiants. Le modèle - nu, mystérieux, conjointement extraverti et introverti - n’avait pas trouvé d’autres solutions pour gagner sa vie. J’avoue que cette condition d’existence m’avait touchée. »


Entre peinture et sculpture
À l’aube de ses trente ans, Isabelle réalise sa première toile. « Je l’ai imaginée en regardant un mur blanc, vide, dans un appartement où je venais d’emménager. Les idées de créations se bousculaient. Étape par étape, la toile a pris place. Il fallait qu’elle soit immense, qu’elle dépasse la taille des réalisations de mon père. En 2000, lors de ma toute première exposition, à Grez-Doiceau, j’ai réalisé à quel point les dimensions de mes œuvres étaient encombrantes, compliquées à transporter. J’ai revisité la taille de mes toiles en fonction de ma voiture (rires) ».
En peinture, son art s’inscrit dans la lignée du surréalisme épuré, symbolique. L’ombre et la lumière, les arbres et les nuages sont les sillons qui escortent la quête de ses racines. Côté sculpture, Isabelle se définit comme étant plus classique. Pour peindre ou sculpter, elle aime travailler des matériaux qui lui permettent liberté et sensualité.
« Ma technique de prédilection est la peinture à l’huile sur toile ou sur panneau. Pour la sculpture, même si j’ai appris à boucharder la pierre à l’académie, je me suis tournée définitivement vers le travail de l’argile. Ce qui me permet un mouvement plus précis, plus sensuel. Même si certaines de mes pièces sont fondues en bronze à partir d’un moule, il m’arrive d’utiliser la technique de la mosaïque pour d’autres créations. Recouvrir la terre cuite de cette couche, c’est un véritable puzzle qui se construit avec patience et introspection. En lien avec mon vécu, je ne fais que suivre les instructions des images qui surgissent de mes rêves. Je ne résiste pas, je me laisse guider ».


Une nouvelle spiritualité
Installée à Chaumont-Gistoux, Isabelle aime la quiétude. L’environnement verdoyant l’inspire tout comme l’être humain… Ses qualités, ses défauts, ses polarités. Elle admire des artistes d’horizons variés : les talents de Léonard de Vinci, de René Magritte, les sculptures de Salvador Dali, le vécu d’Antoine de Saint-Exupéry, les personnalités d’Alexandre Jardin et de Bernard Depoorter qu’elle considère comme un génie. « En quittant les nuisances sonores et la pollution de Bruxelles pour un cadre verdoyant en Brabant wallon, mon univers s’est éclairé. Et ma spiritualité a évolué après avoir vécu une expérience de mort imminente. Je ne fais partie d’aucune religion, mais le bleu utilisé sur mes toiles a certainement un lien avec cet événement. Tout ce qui concerne l’Archange Saint Michel retient mon attention. Les monuments historiques qui lui sont dédiés me font voyager. Je pars régulièrement en Normandie pour visiter le Mont-Saint-Michel. »


Un premier roman initiatique
Et puis, il y a ce premier roman dont Isabelle Nell a accouché après neuf mois d’écriture et qui a été publié en mars dernier. « J’ai entendu de nombreuses personnes dire « Un jour, j’écrirai un livre… ». Mystérieusement, j’avais le même désir. J’ai l’impression d’avoir forcé l’arrêt des aiguilles de mon horloge pour prendre le temps d’écrire. Je me suis isolée pour concrétiser ce besoin que je ressentais depuis l’adolescence. « (R)évolution d’une rêveuse » est un roman initiatique, il montre l’évolution d’un personnage. Les différentes épreuves, qu’elles soient positives ou négatives, transforment l’individu. Elles permettent la compréhension qu’il a sur lui-même. Le personnage principal de mon roman se nomme Angel, elle me ressemble. J’aime garder une part de mystère. Entre la réalité et l’imaginaire, il n’y a qu’un pas à faire. Suivant l’axiome latin « verba volant, scripta manent » (les paroles s’envolent, les écrits restent, ndlr), j’assume la portée de mes mots en m’appliquant à laisser des traces de mon passage. Et j’ai déjà le projet d’écrire un nouveau roman dans lequel j’incarnerai le rôle d’un homme, Michel… En attendant, je souhaite organiser des événements pour attirer le regard sur mon univers artistique. »

Repères
• Octobre 2000 : 1re exposition marquante à la galerie « Au Grez des Arts », à Grez-Doiceau.
• Juin 2003 : Médaille d’or nationale lors du 33e Salon international de l’Académie européenne des Arts, pour l’ensemble de son travail, à Gembloux.
• Octobre 2003 : Médaille d’or nationale du Conseil supérieur des récompenses lors de l’exposition internationale de l’Académie européenne des Arts, à Paris.
• Avril 2004 : rétrospective de dix ans de créations au Château d’eau du Bois de la Cambre, à Bruxelles. « Le Coq dans les nuages », réalisé pour « Brabant wallon en fête », entre dans la collection provinciale.
• Depuis 2005 : expositions diverses en Belgique (Centre Rops à Bruxelles, Salon wallon des Métiers d’Art, au Palais abbatial de Saint-Hubert…) et en France (Paris, Carpentras, Saumane-de-Vaucluse, Montpellier...).
• Depuis 2011 : création des "Maca d’Or", trophées récompensant les entreprises méritantes de Wavre.
• Depuis 2012 : expositions au Moulin d’Arenberg à Rebecq, à l’Abbaye de Vaucelles en France, à la galerie « Au Grez des Arts » à Grez-Doiceau, etc.

www.nellisabelle.com

 

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Jusqu’au 11 novembre, une trentaine des sculptures de Félix Roulin jalonnent le parc et les jardins du Domaine de Seneffe. L’occasion de (re)découvrir l’œuvre monumentale de ce sculpteur dinantais passionné par le bronze et qui fond lui-même ses pièces dans sa ferme à Biesmerée.

© N. Arias-Arena

Les portes-sculptures du Mac’s, au Grand Hornu, figurent parmi ses œuvres les plus connues, mais on lui doit également « L’Arche du Millénaire » devant la maison communale d’Andenne, les sculptures de la place Pierre de Coubertin à Louvain-la-Neuve ou « Les Ages de l’Humanité » sur le site de l’Hôpital Marie Curie à Lodelinsart, œuvre monumentale de forme pyramidale dans laquelle l’artiste a mêlé la pierre, le bronze, le fer, l’acier inoxydable et des métaux rares comme le titane.

Mais si Félix Roulin est à l’aise sur tous les terrains, de toutes les matières, c’est le bronze qu’il préfère. Il est d’ailleurs au cœur de son œuvre : des formes humaines emprisonnées dans de l’acier Corten ou de l’inox. L’ensemble prend souvent la forme d’une colonne ou d’une arcade, voire d’une porte. Des visages, des mains, des pieds, des courbes féminines s’y sont fait piéger et tentent de s’échapper. Figé mais tout en mouvement.

C’est à cet artiste qui a laissé sa « trace » en de nombreux endroits en Belgique et même à l’étranger et qui, à 87 ans, poursuit inlassablement son œuvre dans son atelier à Biesmerée (Mettet), que les responsables du Domaine de Seneffe ont fait appel cet été. Depuis 2005, en effet, le domaine ouvre son parc et ses jardins à différents artistes actuels en leur proposant soit une thématique avec laquelle ils peuvent composer à plusieurs, soit une exposition personnelle dans un espace ouvert. Cette alternance est devenue un rendez-vous incontournable pour qui se passionne pour l’art contemporain et actuel (souvenez-vous de l’exposition de photos géantes en plein air dans le cadre des festivités de Mons 2015). Voici donc venu le tour de Félix Roulin dont une trentaine des sculptures animent le domaine jusqu’au 11 novembre (entrée gratuite).

Des souliers rouges aux bottes de t’Serclaes

« J’étais justement à la recherche d’un cadre extraordinaire pour mes sculptures qui sont de plus en plus monumentales. J’avais pensé à divers lieux patrimoniaux et l’opportunité s’est présentée, ici, à Seneffe, explique le Dinantais d’origine. C’est un endroit magnifique.L’architecture du XVIIIe donne une structure intéressante à l’ensemble. Quand on fait de l’art monumental, le rapport avec l’architecture est important. J’aime particulièrement la Cour d’honneur. C’est par cette entrée que les gens arrivent et c’est pourquoi j’ai choisi d’y placer mes dernières pièces, à côté de quelques anciennes. »

Des colonnes, principalement, avec des personnages emprisonnés, évidemment, mais plus les œuvres sont récentes, plus les fragments visibles sont grands. Les colonnes s’ouvrent, les corps se libèrent de la matière brute et l’imagination s’envole. Le public peut ainsi suivre la chronologie de son travail. Les âges de Félix Roulin.

Au centre de la cour, une œuvre interpelle : « Souliers rouges », inspirée du conte d’Andersen. C’est l’agrandissement d’une petite sculpture où les pieds de la petite fille sont d’une taille normale tandis que les souliers sont en miniature. Ici, ce sont les souliers qui sont à échelle normale et les pieds agrandis. La sculpture trouve un écho dans « Les bottes de t’Serclaes », qui ont marché de la place de Tilly, d’où ce seigneur du XVIe siècle était originaire, pour venir se planter dans l’un des jardins du domaine.

Des œuvres qui racontent une histoire

A l’arrière du château, le parc de 22 hectares qui invite à la promenade est partagé entre pelouses, allées, haies et pièces d’eau. Chaque année, c’est l’un des défis proposés aux artistes qui doivent s’y confronter et composer avec ces espaces de nature et de forme très variées. Comme cette structure en bronze et inox placée devant le grand bassin ou le portique « Génération » qui ouvre sur le grand parterre. « J’essaie d’y placer mes sculptures de façon cohérente », explique l’artiste qui, fait exceptionnel, fabrique lui-même ses pièces dans sa fonderie à son domicile. « Une partie que j’apprécie particulièrement, ce sont les cubes de verdure. Là, je me suis amusé un peu 

© R.Rouer

Amusé ? Derrière les haies qui quadrillent le Jardin des trois terrasses, le sculpteur a choisi d’exhiber des sculptures plus anciennes, la plupart datant des années 80 et 90. Ici aussi les corps sont confrontés à la matière. Mais ils sont cette fois libérés. Enfin… façon de parler car le bras d’Icare – tout ce qui reste du téméraire – est toujours attaché à l’aile qui l’a entraîné dans sa chute. Dans un autre cube de verdure, c’est précisément un morceau du bras qu’il manque à cette amazone en train de bander fermement un arc. Un puzzle à reconstituer ? Oui, celui de l’imagination de l’artiste. « Ces œuvres racontent une histoire. Je suis sensible à l’Antiquité, aux légendes, aux contes... Dans le processus de création, je m’intéresse de plus en plus à la signification. Qu’est-ce que ça raconte, qu’est-ce que j’ai envie que ça raconte ? »

Toucher c’est comprendre

Vous êtes sceptique ? N’hésitez pas à toucher les pièces, à caresser les formes. Pour l’artiste, une sculpture doit être touchée pour être véritablement comprise. « C’est normal ! La sculpture est un art qui utilise tous les sens. Nous sommes dans une époque où on privilégie l’image (via les écrans des télés et des ordinateurs) mais de nombreuses sensations manquent : le rugueux, le lisse, le chaud, le froid, le lourd, le léger, l’humide... Tout ça n’existe pas à l’image. La sculpture l’apporte, l’utilise et le communique. »

Ainsi parlait Héphaïstos dans sa forge.

 +32 (0)64 55 69 13

www.chateaudeseneffe.be

 

Un artiste complet

Né en 1931 à Dinant, où on lui doit le monument Adolphe Sax représentant des femmes et des saxophones emprisonnées dans la matière, Félix Roulin est le digne héritier de ces dynasties de dinandiers qui ont travaillé le cuivre. Sa vocation a-t-elle été influencée par les rochers en croûte qui surplombent la Meuse ? Toujours est-il que le futur sculpteur a des fourmis dans les doigts et de l’attirance pour toutes les matières. Il se forme à l’école des métiers d’art de Maredsous où il enseignera ensuite, avant d’être professeur d’art du métal puis de sculpture à l’Institut supérieur d’Architecture et d’Art décoratif de La Cambre, à Bruxelles. En 1961, il reçoit le Prix du Musée Rodin à la Biennale de sculpture de Paris. Il commence alors à exposer un peu partout en Belgique, mais également à Paris, Sao Paulo, etc.

Son œuvre se caractérise par des sculptures monumentales qui trouvent leur écrin dans les espaces publics, en ville ou dans la nature. Artiste complet – il est aussi expert en orfèvrerie –, ses créations naissent en quelques traits sur le papier et prennent leurs formes définitives dans sa fonderie à Biesmerée. C’est là, dans le cadre tranquille d’une ferme réaménagée, qu’il poursuit inlassablement son œuvre tout en transmettant sa passion à des jeunes sculpteurs.

 

expositions A voir jusqu'au 16 septembre 2018

 

Notre « Guggenheim » de la photo propose jusqu’à l’automne trois expositions intrigantes. Découvrez ces photos qui, en aucun cas, ne sombrent dans le cliché, dans les espaces dédiés à Liliane Vertessen (A love supreme), Entrechats et Giancarlo Romeo (Emosong). Appréciez ces images fortes et affinez votre compréhension de ces œuvres avec le contenu additionnel digital via Admented.

Giancarlo Romeo, Emosong

La série Emosong de Giancarlo Romeo est née de son désir de réaliser un projet avec les résidents du centre de jour «  Le Phare  » au sein de l’IRSA (Institut royal pour Sourds et Aveugles) où il travaille. Une à une, ces personnes, des hommes et des femmes en situation de handicap mental, visuel, auditif et/ou moteur, ont vécu l’expérience d’un studio photo, endossant le rôle de modèle mais également celui d’assistant. Giancarlo Romeo les a invités à choisir une chanson à diffuser lors de leur passage devant l’objectif et à en citer ensuite un extrait significatif pour eux. Il découle de cette démarche un ensemble de portraits en noir et blanc, de format carré, imprimés sur un papier délicat. En laissant le choix aux résidents d’écouter une chanson qui les touche, le photographe laisse leur attention se porter sur la musique et non plus sur le contexte d’une prise de vue en studio. Ils en oublient qu’une image va fixer ce moment et laissent libre cours à leur expression.

Les photographies puissantes de Giancarlo Romeo sont parfois dures, mais conçues dans un grand respect. L’émotion ressentie – mais aussi partagée avec le photographe – est tangible, tout en demeurant contenue. Né à Marcinelle le 31 janvier 1956, Giancarlo Romeo, suit des études techniques à l’Université du Travail de Charleroi. En 1976, il découvre la photographie grâce à Diane Arbus, Irving Penn, Robert Mapplethorpe. De 1979 à 1986, il étudie la photographie à L’Académie des Beaux-Arts Alphonse Darville à Charleroi. En 1980, Il est engagé par l’ASBL « Photographie Ouverte », constituée pour préparer l’ouverture du Musée de la Photographie à Charleroi. Depuis 1983, il participe à des expositions en Belgique, en France et en Italie.

Entrechats 

Quatre millénaires à le fréquenter n’ont pas suffi à dégoûter le chat de l’homme malgré les tourments que celui-ci n’eût de cesse de lui infliger au long d’un patient compagnonnage qui le voit aujourd’hui devenu « animal de compagnie » ; quatre mille ans durant lesquels ce félin a patiemment observé l’homme, s’en approchant par cercles concentriques, malgré les massacres, les bûchers, la sorcellerie, les coups et les abandons, pressentant en sa ténacité qu’il y avait avec cet autre mammifère une aventure à tenter et qu’à certains d’entre eux il deviendrait indispensable. Pareille obstination lui valut la célébration des peintres, des sculpteurs, des poètes, des musiciens et des photographes. Des sculpteurs anonymes de l’ancienne Egypte, cet Orient dont il semble nous être venu, à André Malraux, en passant par Homère, Michelet, Poe, Chateaubriand, Dumas, Ravel, Apollinaire, Bonnard ou Steinlen, tous ont loué sa beauté, son élégance et ses vertus, tous ont aimé ce veilleur silencieux, ce génie domestique, cause de tant de bonheur et et de complicité. des photographes autant que des écrivains, le Musée de la Photographie et le Musée du Chat s’associent pour présenter une exposition dédiée au chat dans la photographie. Ce ne sont pas moins de soixante photographies et vidéos qui seront présentées dans l’exposition Entrechats. Autant d’œuvres de créateurs qui ont su donner ou rendre, l’espace d’un instant la place qui revenait au Chat dans l’art.

Photographies de CORRADO AMATI + DAVE ANDERSON + NOBUYOSHI ARAKI + JANE EVELYN ATWOOD + MICHEL AUDER + ROGER BALLEN + NIKOLAJ BENDIX SKYUM LARSEN + THOMAS BOGAERT + EDOUARD BOUBAT + FRANCK CHRISTEN + DAVID CLAERBOUT + DENISE COENEN + ISABELLE DETOURNAY + LAURENT DUPONT-GARITTE + PETER FISCHLI & DAVID WEISS + MARTINE FRANCK + FILIP GILISSEN + DOUGLAS GORDON + DAN GRAHAM + GREGORY HALPERN + ROB HORNSTRA + IZIS + ALAIN JANSSENS + SERENA KORDA + ADOLPHE LACOMBLÉ + KARL LAGERFELD + ROGER LAUTE + JACKY LECOUTURIER + ELODIE LEDURE + CHARLES LEIRENS + VJOLA LESKAJ + PIERRE LIEBAERT + GARETH LONG + MICHEL LORIAUX + BÉNÉ- DICTE LOYEN + LES FRÈRES LUMIÈRE + ETIENNE-JULES MAREY + DUANE MICHALS + EADWEARD MUYBRIDGE + FRANÇOISE NUÑEZ + CHARLES PAULICEVICH + MARC PIERRET + ANICK PILLIONNEL + BERNARD PLOSSU + MICHAEL QUEENLAND + LUCIA RADOCHONSKA + ROBERT RAUSCHENBERG + BETTINA RHEIMS + BARBARA RIX-SIEFF + WILLY RONIS + ALDO SESSA + JEANLOUP SIEFF + JEAN-FRANÇOIS SPRICIGO + THIERRY STRUVAY + FILIP TAS + IVAN THOMAS + ARTHUR TRESS + LUC VAISER + JEAN-MARC VANTOURNHOUDT + ORIOL VILANOVA + WEEGEE + CLARENCE WHITE + HUGHES DE WURSTEMBERGER

Liliane Vertessen. A love supreme

Âgée de huit ans, chaussée de patins à roulettes, Liliane Vertessen longe chaque jour les vitrines des bars à soldats de sa ville natale. Elle aime leurs néons, la couleur des rideaux, les motifs des robes des prostituées qui sont gentilles avec elle. Dans le grenier de la maison familiale, avec des morceaux de toile, de tulle et de papier, elle coud et tricote des vêtements qu’elle agrémente de tirettes et de médaillons de paquets de cigarettes que sa grand-mère détruit aussitôt. A l’âge de quinze ans, après une fugue à Paris qui ne dépassera pas Liège, elle rencontre un beau garçon qui partage toujours sa vie. Ensemble, ils formeront un groupe musical où Liliane chante, joue du trombone et de la flûte traversière, s’habille de robes et de pantalons colorés qu’elle a confectionnés. Ils partent aux Etats-Unis, à New York et en Californie, écouter les musiciens qu’ils admirent, dorment dans les bus, les gares et sous les porches. Ses robes et ses manteaux font l’admiration des musiciens noirs. Avec de modestes appareils photographiques, elle entreprend à la fin des années ‘70 de se photographier dans des tenues provocantes qu’elle achète dans des magasins de lingerie sexy avant de les transformer. Elle assume la précarité de ses tirages évoquant les affiches de concerts, les couvertures de revues underground qu’elle encadre de satin, de velours, de dentelles et de plumes, qu’elle greffe de néons aux mots simples éclatant comme des slogans au-dessus de son corps dénudé. La photographie est pour elle une étape dans un plus long processus : la simplicité du dispositif – l’angle d’une pièce, un rideau de fond – laisse entrevoir le plaisir de ce rendez-vous devant l’objectif, un rituel où le spectateur est autant confronté au corps du modèle qu’à son regard même, tour à tour spectateur ou voyeur. Loin du narcissique selfie, Liliane Vertessen use de son corps comme d’un matériau, à l’égal d’une danseuse, en offrant la troublante empreinte telle une moderne icône.

Liliane Vertessen (1952) a étudié la photographie à l’Académie des Beaux-Arts d’Anvers. Sa carrière comporte de nombreux temps forts comme la double exposition avec Cindy Sherman au PCBK Hasselt en 1987, « Liliane Vertessen et Wim Delvoye » au S.M.A.K. à Gand en 1989, « Seven crimes one case » au PMMK à Ostende en 1992, « David Bowie and me » au Studio Propaganda à Anvers en 1999 et « Oxygen & Electricity » au Cultuurcentrum à Hasselt en 2012. Son travail est repris dans d’importantes collections telles que le M HKA Anvers, le PMMK Ostende, le Parlement flamand et la Belfius Art Collection.

 

PlicPloc. Cette entreprise de Trois-Ponts est l’un des partenaires des Francofolies de Spa pour lesquelles elle s’occupe de toute la régie technique.
A ses commandes depuis 1991, Jean-Marc Closjans, un homme à tout faire.


Plic-ploc. Voilà un belgicisme qui se laisse comprendre facilement. Il évoque ce qui est improvisé, bricolé, ce qui est fait de bric et de broc. Mais pour titrer un métier, une entreprise qui demande une rigueur absolue, voilà qui suggère un solide sens de l’autodérision et une aisance rare devant la mission.

Le destin vous offre parfois une chance qu’il faut savoir saisir. Depuis 1991, Jean-Marc Closjans dirige la société PlicPloc qui assure la régie des coulisses de quelques-uns des plus grands évènements culturels de Wallonie et au-delà. Tout a commencé avec les Frères Taloche, un duo d’humoristes costauds pour lesquels il assure la régie du son et de l’éclairage. Très vite, par relation et réputation, les contrats sont arrivés. Le second fut les Francofolies de Spa fondées en 1994 sur le modèle des Francofolies de La Rochelle (1985). Ce que peu de gens savent c’est que cet événement fait référence à la Superfrancofête de Québec de 1974. Ces grands moments de la francophonie perdurent et montrent, sur plusieurs générations, que la chanson francophone reste créative et très dynamique. 

Jean-Marc Closjans, fort de cette référence, empile… plic-ploc les contrats et devient régisseur des Anthisnoises, du Festival du Rire de Rochefort (23 éditions), du Festival du Rire de Liège et de la Foire de Châlons-en-Champagne. La fidélité de ses clients témoigne de la qualité de ses services. Le régisseur est mandaté pour sous-traiter et coordonner la plupart des aspects techniques de la grosse machine qui se met en place avant, pendant et après un spectacle, un festival, un show. Avec son équipe, il assure et coordonne l’éclairage, le son, l’aménagement de la scène, le chapiteau… mais aussi la logistique, les horaires pour les artistes et les techniciens, le fonctionnement des micros. Il supervise les plans d’implantation, le planning des interventions techniques, la sécurité des chapiteaux et canopy, l’implantation des conteneurs aménagés, les devis de chaque prestataire et même le catering pour le personnel technique. Bref, PlicPloc gère toute l’intendance et coordonne la bonne marche de l’événement.

Les métiers du spectacle 

Chaque évènement en plein air demande une intendance particulière qui se gère plusieurs jours avant et après le spectacle. Les premiers intervenants sont les monteurs de chapiteaux et des structures de la scène. Ces structures lourdes comportent des ponts, des échafaudages, des gradins, des praticables. Il faut en plus  placer et monter  les supports d’éclairage, de sonorisation et de projection. Vient ensuite le montage des éléments de décor. Cette première intervention fait appel à des techniciens de l’éclairage qui doivent poser les câbles, placer et fixer les équipements lumineux, raccorder les câbles aux équipements, raccorder les câbles aux gradateurs, tester les installations d’éclairage, vérifier les connexions, mettre sous tension et tester le fonctionnement des installations (projecteurs, gradateurs, console).

Les techniciens de plateau et les techniciens du son ont également les mêmes missions. Ils doivent tous se coordonner avec les électros-machinistes, ils installent et raccordent le matériel scénique, mais ils devront assurer, avec la même rigueur, le démontage de ce matériel.

Le montage d’un chapiteau est aussi spectaculaire et demande des compétences techniques rigoureuses. Il faut charger et décharger le matériel, le répartir et assembler au sol les éléments de charpente, les poteaux, les sablières et les chevêtres horizontaux, etc. Vient ensuite le montage du plancher suivant un plan de montage préétabli. Entre chaque mission, les monteurs de chapiteaux doivent assurer l’entretien, le nettoyage et la réparation des différentes pièces et bâches. Ils peuvent être amenés à fabriquer certaines pièces. Les monteurs de chapiteaux peuvent en effet découper et assembler des toiles, réaliser des gradins, etc. Le tout doit répondre à des normes de sécurité très strictes.

Plicploc
Mont de Fosse 4
B-4980 Trois-Ponts
+32 487 02 16 27
 
http://plicploc.be/regie/

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