Waw magazine

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Optimum Park TM, produit culturel de l’Entreprise d’Optimisation du Réel (EOR ), est une zone de turbulences multimédia. Un jeu d’épreuves intellectuelles et physiques au cours duquel vous testez vos capacités à « performer ». Si vous acceptez de jouer le jeu… !

Une barbe de trois jours, des cheveux rasés de près, des vêtements noirs, des tatouages au moins sur les bras et un piercing dans chacune des joues… Sébastien Rien a une allure de bad boy. Les apparences sont souvent bien trompeuses. La conversation s’engage, pointue et conceptuelle, sur ce qui a été dernièrement son actualité au BPS22 (Centre de création contemporaine à Charleroi), Optimum ParkTM. Un produit culturel captivant qui fusionne des disciplines rarement rapprochées et, qui plus est, dans un même espace. Sciences du vivant, littérature, vidéo, poésie, fiction, musique, ressources humaines, technologies de communication… Le concept emprunte ses codes de fonctionnement et de conduite à l’art contemporain, au parc d’attractions et au team-building. Une drôle de chose, adaptable à vos problématiques, modulable selon les contextes, pensée pour vous faire vivre une expérience intellectuelle et sensorielle dont vous émergez « optimisé ». Une activité d’incentive multimedia qui renouvelle le genre. Cadre ludique et provocateur, épreuves cérébrales et physiques, mystère et jeux de lumière, technologies avancées, ce concept exacerbe la créativité, la compétitivité et la motivation de chacun.

Expérience vitaminée

Au terme de l’expérience, Optimum Park TM désigne le joueur le plus « optimisé » en fonction de critères préétablis et encodés selon un paradigme, c’est-à-dire une certaine vision du monde, par les as de l’informatique d’EOR. A contrario, le joueur le moins « optimisé » est aussi performant car son résultat indique qu’il a échappé au système en se référant à des valeurs autres que celles programmées par les agents du jeu. Vous comprendrez que si « l’expérience est toujours bonne à prendre, il faut pouvoir la relativiser. C’est la volonté et l’engagement mis pour répondre ou agir qui sont la base du processus d’optimisation ». Et pas nécessairement les réponses apportées. Certains participants décident même de leur propre chef de quitter l’expérience estimant « qu’ils ne sont pas des moutons et qu’ils n’ont pas à suivre les ordres d’une voix électronique ». Libre arbitre, désobéissance, détachement, sagesse… vous pourriez être étonné de vos propres réactions.

Cadre ludique et provocateur, épreuves cérébrales et physiques, technologies avancées, Optimum Park TM exacerbe la créativité, la compétitivité et la motivation.


À la différence d’un parc d’attractions classique, vous n’y allez pas sans vous y être préparé. Rien n’est laissé au hasard. Lors de la seconde phase expérimentale* qui s’est déroulée au mois de juin dernier à Charleroi, les visiteurs s’inscrivaient via le site internet de l’Entreprise d’Optimisation du Réel. En retour, ils recevaient un code vestimentaire (couleurs sombres, pas de talons…) et des informations pratiques (lieu et horaire). Un procédé de conditionnement dont le but est de créer des images mentales préalables. Sur place, les participants sont invités à signer un « formulaire de renonciation » par lequel ils déclarent être responsables de leurs actes envers eux-mêmes et envers autrui. La tension monte d’un cran. Ils sont alors encodés un par un dans le système informatique et reçoivent un numéro qui devient leur identifiant personnel. La « voix du système » se sert de cet identifiant pour communiquer et diriger les participants vers des stations selon un parcours qui s’intensifie en difficulté et en rythme. Des « stations standards » (jeux vidéo minimalistes, QCM…) aux « stations actions », physiques, les participants doivent se montrer de plus en plus performants. Mais jusqu’à quel point ?

* 1ère phase expérimentale : 27.11.2012 au 16.12.2012 – iMAL (interactive Media Art Laboratory) – 30 Quai des Charbonnages à 1080 Bruxelles
2ème phase expérimentale : les 13, 14 et 20.06.2013 – B.P.S.22 – 22 Boulevard Solvay à 6000 Charleroi

Développement et pérennité

Le projet poursuit sa route. Une troisième phase de développement est en cours qui prévoit des améliorations du système, une étude pour la mise en marché et les moyens d’une autonomie financière. Des partenariats sont recherchés activement tant au niveau public (musées) que privé (entreprises). L’équipe devrait prochainement boucler ses valises pour le nord de la France et Montréal. « L’objectif, pour la continuité du projet, est d’arriver à une forme rentable. » Un challenge à relever qu’un groupe aussi doué devrait contourner sans trop de problèmes. 

 

En bref

Optimum ParkTM by EOR (Entreprise d’Optimisation du Réel) est une construction esthétique et artistique réalisée par une équipe de trentenaires transdisciplinaires, poètes modernes et décalés. Démonstration brillante de la curiosité intellectuelle de cinq adultes issus de la génération connectée. Sébastien Rien, master en arts numériques à finalité de programmation, concepteur, coordinateur et producteur; Emmanuel Pire, développeur informatique et gestionnaire technique du système ; Sébastien Biset, docteur en histoire de l’art, auteur et analyste critique en matière d’art participatif; Antoine Boute, philosophe, auteur des contenus textuels; Leslie Mannès, danseuseperformeuse, responsable des relations humaines.

 

Les stations

À chaque phase expérimentale, le contenu des stations, de trois niveaux de difficulté, peut évoluer en fonction notamment des enseignements tirés ou des besoins des « acheteurs » du système (entreprises ou grand public).

Les stations standards au nombre de 24 sont regroupées au centre de l’espace de diffusion. Le public y est appelé par la « voix » pour exécuter des actions comme l’arrêt d’alarmes ou la réponse à des questionnaires à choix multiples.

Par exemple, pourriez-vous répondre à la question suivante ?

Le marronnage est le phénomène par lequel des animaux domestiques relâchés ou échappés forment des populations vivant partiellement ou totalement à l’état… homosexuel, sauvage ou affamé ?

Les stations actions sont de 3 niveaux :

Au niveau 1, un sujet ferme les yeux. Durant une minute, un second sujet l’accompagne, le protège et le déplace dans l’espace afin de transformer ses perceptions du temps et de l’espace. Le premier sujet sera t-il capable de faire confiance au second et de se laisser guider ?

Aux niveaux 2 et 3, les situations se complexifient. Comme la dark room noise où trois sujets se trouvent dans une pièce isolée, entièrement remplie de fumée et à l’intérieur de laquelle se trouvent des micros pourvus d’effets spéciaux. Les sujets équipés de lampes frontales doivent émettre des sons, crier, expérimenter leur voix.

Lors de la phase expérimentale n°2, à Charleroi, la station « ultime » était celle où se trouvait une voiture. L’agent préposé proposait aux sujets plusieurs outils de destruction (batte de baseball, pied de biche…). Le sujet avait 20 secondes pour détruire au maximum la voiture. Une expérience psychologique cherchant à évaluer le degré d’obéissance d’un participant et le processus de soumission à une autorité surtout lorsque celle-ci induit des actions qui chatouillent la conscience.

 

Renseignements

Entreprise d’optimisation du réel (EOR )
Sébastien Rien
Rue de Marcinelle 30
B-6000 Charleroi
+32 (497) 75 31 02
[email protected]
www.optimisation-du-reel.biz

Videos

Exposition « Moodboards », au Grand-Hornu Images. Le site récemment classé Patrimoine mondial de l’UN ESCO vit de son passé mais, surtout, regarde vers l’avenir.

Coïncidence ou intuition ? Peu après que Jean-François D’Or ait été proclamé « Designer de l’année 2013 », s’ouvre, dans les Écuries du Grand-Hornu, la première exposition monographique de l’artiste. Selon Marie Pok, directrice du Grand-Hornu Images, « il est évident que Jean-François D’Or est arrivé à un moment de sa carrière où son travail mérite d’être mis en avant. » Séduite par l’artiste, elle le décrit « comme un homme rigoureux et perfectionniste. Jusqu’à la maniaquerie ». Une conscience professionnelle irréprochable. La préparation de l’exposition l’a conduite à rencontrer des éditeurs, partenaires industriels pour lesquels le designer a travaillé. Comme Michel Roset de la marque éponyme Ligne Roset. Pour l’enseigne, Jean-François D’Or a dessiné, entre autres choses, des boîtes de stockage aux couleurs « bonbon », empruntant leurs codes à l’univers de l’enfance. « Tous les témoignages vont dans le même sens. Jean-François D’Or est tellement soucieux du détail que le moment venu d’éditer une de ses créations, il faut le pousser. Michel Roset finissait par gentiment lui dire qu’il était temps de lâcher le bébé. » Si la perfection est de ce monde, le designer la fréquente, sans jamais être ennuyeux. « Ses objets relèvent de l’évidence et du bon sens avec un juste décalage. Comme ce fauteuil peu banal avec un rangement pour les journaux entre l’assise et le dossier. Personne n’y avait pensé avant lui. » Le génie créatif !

L’exposition en cours jusqu’en décembre est une rencontre avec les techniques de création et l’esthétique de l’artiste. « Il ne s’agit pas d’un show-room froid, d’une rétrospective des oeuvres éditées. » Du moins, Jean-François D’Or le souhaite. Son intention est d’inviter le visiteur à se balader aussi calmement et librement qu’il l’a été lorsqu’il a reçu « carte blanche » pour penser l’exposition avec Marie Pok. Sans systématisme, sans sens de circulation obligatoire, juste quelques balises écrites pour aider à l’interprétation de son univers. Une promenade accessible à tous entre pièces éditées, pièces ratées, prototypes, échantillons et « moodboards », assemblés en une continuité naturelle à l’image du studio et de la maison du designer où il est impossible de faire la différence entre scénarisation des objets, désordre réel, espace de travail et de vie privée.Cette première exposition est aussi l’occasion pour Jean-François D’Or de se livrer publiquement : des secrets jamais racontés, des anecdotes d’adolescent comme, lorsque dans la rue pour surprendre le passant, il se promenait avec un parapluie piqué dans un chapeau melon ou, plus sérieusement, les références aux courants artistiques et littéraires qui ont marqué son style de façon décisive.

L’outil « moodboard »

Le « moodboard », c’est l’outil de travail de Jean-François D’Or. « C’est un brouillon, un avant-projet avant de préciser les choses. Je récolte des objets, des fragments de matière, des échantillons de couleur, je les rassemble et je les dispose à la fois de manière intuitive et très organisée pour créer un tableau d’inspiration. » C’est le creuset de l’alchimiste avant la synthèse. Un processus de développement créatif parfaitement mis au point et visuellement compréhensible par les éditeurs. Cet assemblage d’objets physiques ayant souvent plus d’impact qu’un « moodboard » digital. Jean-François D’Or aime les objets qui ont une histoire, une fonction et un usage. « Si on me demande de créer juste un bel objet, cela ne m’intéresse pas. Par contre, revisiter différents types d’objets du quotidien est une approche qui me correspond. » Un travail déjà exécuté avec brio pour une carafe, une clenche de porte, un miroir, un lit, un paillasson, des lunettes… Un travail qui pourrait encore être exécuté pour une brosse à dents, un poêle, une chaussure, un radiateur, un bilboquet… si on lui demandait.

 

RENSEIGNEMENTS

Moodboards
Exposition monographique
Du 22 septembre au 15 décembre 2013

Les Écuries du Grand-Hornu
Rue Sainte Louise 82
B – 7301 Hornu
[email protected]
www.grand-hornu-images.be

 

Étiquettes et yeux de mouche !

Tête pensante du studio Loudordesign, Jean-François D’Or est en perpétuel questionnement. Une fébrilité créative… et productive. 

À propos de Jean-François D’Or,les éditeurs, critiques d’art et journalistes emploient un vocabulaire récurrent : « justesse », « rigueur », « modestie », « discrétion », « logique », « simplicité », « évidence » sont autant d’étiquettes collées sur ses objets et son univers mental. Cependant, certains indices laissent à penser que d’autres mots, non usités à son égard, pourraient aussi le dépeindre. À commencer par le qualificatif « populaire » pour le choix de la localisation de son espace professionnel, à Schaerbeek, dans un quartier fourmillant et multiculturel qui nourrit son inspiration.

Populaire, mais un brin « dandy » quand il sort, un chapeau à la Jacques Tati sur la tête, rejoindre une fois par semaine les étudiants du College of Advertising & Design (C.A.D.), à Uccle. Enfin, Jean-François D’Or serait aussi un peu « mouche » car, s’il n’a que deux yeux, ceux-ci sont certainement à facettes. Le designer voit tout comme au travers d’un fin grillage et son cerveau reçoit une multitude d’informations traduites à travers ses « moodboards ». Une fantaisie tout en retenue…

www.loudordesign.be

Artiste montois, Jean-Pierre Scouflaire s’est fixé un cadre, celui du quadrilatère rectangle, qu’il altère ensuite en arpenteur de la surface, s’interrogeant sur la verticalité et l’horizontalité du pourtour. Un regard transversal et oblique, sorte de diagonale du flou…

« J’ai une feuille blanche. Que vais-je y mettre qui n’enlève rien au devenir et aux potentialités de ce que celle-ci permet ? »


En quelques mots, pourriez-vous brosser votre autoportrait ?

Jean-Pierre Scouflaire — Mes parents étaient de la région de Mons (Masnuy). Mon enfance est en partie africaine, et dans les années  soixante, nous sommes revenus pour nous installer à Mons où j'ai effectué mes humanités et mes études supérieures.

Donc, vous êtes né en Afrique noire pour ensuite partir vous fixer chez les « Gueules noires » ? 
JPS — En quelque sorte… (il sourit)

Dans votre oeuvre, trouve-t-on des références à l'Afrique ou à la région de Mons ?
JPS — Ni à l'une, ni à l'autre. Si j'ai travaillé autour de l'idée de cadre, c'est certainement pour tenter de m'en donner un. Ma prime enfance a été assez bien bousculée. Je pense qu'il est important de démarrer en se disant : « J'ai une feuille blanche. Que vais-je y mettre qui n'enlève rien au devenir et aux potentialités de ce que celle-ci permet ? »

Peut-on parler de cadre de vie ?
JPS — C'est lié. La façon dont je travaille, dessine et projette est la même que le cadre de vie que je me donne dans le quotidien. Je n'ai pas la rigidité qu'on veut bien me prêter en voyant mes cadres. II peut exister chez moi des carrés souples. Je suis capable de faire bouger les lignes.

Et de sortir du cadre ? 
JPS — Je suis en tout cas capable de le tordre.

Comment décririez-vous votre travail ?
JPS — Un minimum d'interventions – apparentes en tout cas – pour un maximum d'efficacité. En montrer le moins possible pour en proposer le plus. Mon travail gravite toujours autour de l'économie de moyens. Ce n'est pas du minimalisme mais c'est proposer une interrogation, un questionnement avec peu de choses.

Vos tableaux sont des questions ouvertes ? 
JPS — Mon but est d'apprendre à regarder, de m'intéresser à de petites choses… Tout paraît conventionnel, dans la norme, sauf qu'il y a un petit détail qui cloche. C'est rendre hommage à ces petites choses qui perturbent ce qui pourrait paraître conventionnel ou normal.

Réapprendre à voir dans une société où nous sommes bombardés d'images ? 
JPS — Oui. Notre époque se base essentiellement sur du discours permanent, surtout au niveau du regard. Je préfère avoir des horizons ouverts et sans justification. Nous sommes dans des sociétés où tout est apparemment permis, mais dans lesquelles on doit se justifier de tout. C’est encore plus terrible que ce que nous avons quitté. Auparavant, nous ne pouvions pas trop oser sans entrer directement en conflit. Les choses étaient duelles. Aujourd'hui, nous avons évacué cette dualité tout en nous devant de tout motiver. C'est insupportable! Le contrôle est plus insidieux aujourd'hui et se veut de l'ordre de la justification.

Finalement, le fait d'avoir un cadre et une limitation permet d'en sortir. 
JPS — Oui, c'est une référence qu'il faut en tout cas poser. Ce n'est jamais qu'un cadre. On peut y entrer, en sortir, le tordre. Mais pour sortir des références, il faut d'abord bien les connaître et les respecter.

Vos techniques sont-elles traditionnelles ou innovantes ? 
JPS — Traditionnelles. Des techniques qui permettent un maximum d'autonomie. J'apprécie le matériau solide. Ayant beaucoup pratiqué la gravure et les images imprimées, j'y trouve des constructions, des passages obligés dus à l'outil. Par ailleurs, le jeu de la main dans ce travail m'intéresse. Si je propose des encadrements, ils seront donc en bois ou en métal. Je suis davantage dans le matériau dur dans lequel il faut couper, où il y a un rapport franc à la matière. Je recours à des techniques plutôt traditionnelles comme la lithographie, la gravure sur bois ou sur lino, qui offrent peu de repentir et qui, lorsqu’elles sont dites, le sont clairement. Sans demi-teinte. Tout ou rien !

Mon travail gravite toujours autour de l’économie de moyens. Ce n’est pas du minimalisme mais c’est proposer une interrogation, un questionnement avec peu de choses.


Dans votre oeuvre, y a-t-il un élément du terroir qui intervient ?

JPS — Sans doute un rappel des lieux dans lesquels je vis. Mais lesquels ? Impossible à dire…

L'artiste abstraite bruxelloise Marthe Wéry a-t-elle influencé votre travail ? 
JPS — Pas directement. S'il existe une personne qui m'a soutenu, guidé et avec qui j'ai vécu un compagnonnage artistique, c’est Gabriel Belgeonne et son univers, même s'il est différent du mien. Ce que j'apprécie chez lui, c'est la franchise et l'ouverture qu'il a sur le monde et l'art. Grâce à Belgeonne, j'ai découvert nombre d'autres artistes comme Rothko ou le graveur polonais Flakowski. Au niveau belge, les interrogations proposées par Jo Delahaut. Une oeuvre interpellante où l'on se demande quel est le moteur de son questionnement. Regardant ses toiles, le spectateur s'interroge quant au fil conducteur. Ce sont tous des artistes qui ont osé penser un travail qui permet de poser des  gestes un peu plus librement sans devoir en faire énormément pour être crédibles.

Donc des artistes issus de l'abstraction ? 
JPS — Disons que j'ai toujours beaucoup aimé le travail des constructivistes comme Malévitch et Lissitzky, des futuristes italiens et bien sûr des artistes comme Paul Klee. La simplicité d'un Morandi dans ses bouteilles s'avère d'une intelligence rare en termes de construction. Cela ne sent pas le travail… Ce qui est horrible en art.

Votre oeuvre me fait penser à Eugène Leroy…
JPS(Il rit). J'adore, mais je n'aurais jamais fait le rapprochement moi-même.

… peut-être pour des questions de matière ou pour les ombres que l'on peut imaginer derrière, ces choses insoupçonnées que le cadre renferme et que l'on ne voit pas au premier abord. 
JPS — Eugène Leroy représente bien le chaos dans ses oeuvres. On y trouve cette densité de matière semblable au trou noir. Il y a un semblant d'organisation et de géométrie dans mon travail, mais c'est davantage le chaos qui m'intéresse, comme peut-être chez Eugène Leroy. Quand on voit l'aboutissement de son travail, des ses peintures, j'ai l'impression d'un trou noir, d'une énergie monstre de lumière qui est absorbée.

Y a-t-il un artiste proche géographiquement dans le Borinage qui vous touche ?
JPS — Christian Claus, qui habite la région. Un sculpteur assez présent il y a vingt ans et un artiste très rigoureux dans son travail.

Van Gogh a séjourné dans le coin. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
JPS(Il rit) Je ne suis pas fétichiste. Van Gogh ne m'inspire pas grand-chose sur ce plan-là. Si la présence de Van Gogh peut amener le public local à regarder les oeuvres, tant mieux ! Mais franchement, il n'a rien réalisé dans le Borinage et s'est empressé d'aller chercher la lumière dans le Sud. Par ailleurs, il y a une trentaine d'années, j'ai été sollicité pour réaliser la scénographie d'une exposition consacrée au surréalisme en Belgique au Musée des Beaux-Arts de Mons. S'y trouvaient des travaux d'Armand Simon dont on avait été rechercher le bureau, les crayons… Et comme il fallait jouer le jeu de la reconstitution, j'ai même placé en-dessous du bureau une de mes paires de Charentaises trouées. Le gag, c’est qu’elles sont passées pour beaucoup pour une illustration « vraie » du monde d'Armand Simon.

Que pensez-vous de Mons 2015 en tant qu'artiste ?
JPS — L'artiste va rejoindre l'homme du quotidien pour vous répondre. Si cela peut permettre et amener un regard sur la région par les différentes activités qui y seront liées, tant mieux. S'il reste encore une industrie florissante dans cette région, c'est la culture. Si, par ce biais culturel, on peut réengager et remettre du ressort pourquoi pas ? Maintenant en tant qu'artiste, j'aurai juste à me déplacer moins loin pour voir des expos. L'économique et le culturel sont intimement liés. Damien Hirst en est un exemple. Cet artiste anglais de renommée mondiale a lié le politique à l'économique et à la finance. Il ne faut pas séparer les choses et savoir que nous faisons partie d'un tout. Et tant mieux s'il y a des interactions et que, d'en être conscient, on puisse faire en sorte de forcer un peu les choses. Il existe un cadre économique et un cadre artistique qui, à leur tour, forment un cadre de vie.

Nouvelles expositions au Musée de la Photographie jusqu’au 19 janvier 2014

Marcel Mariën 
Le Surréalisme belge, deuxième vague

Disparu en 1993, Marcel Mariën est un surréaliste, un vrai. Méconnu du grand public, il revit au Musée de la photographie le temps d’une expo (pratiquement) rétrospective jusqu’au 19 janvier 2014. Depuis qu’en 1937, brisant ses lunettes, il en rassemble les branches autour d’un seul verre créant L’introuvable, l’une de ses oeuvres les plus connues, Marcel Mariën aura exaucé en une très large part le voeu de son ami Paul Nougé, la tête pensante du surréalisme en Belgique, qui réclamait la création de « sentiments nouveaux ». Réalisant nombre de collages, de photographies, d’assemblages suscitant tour à tour le rire, le scandale, le plaisir ou l’émotion poétique, Mariën aura su tirer de l’image et de l’objet des possibilités jusque-là insoupçonnées. 

Né à Anvers d’un père flamand et d’une mère wallonne (et vice-versa, précisait-il), Mariën développa dès ses premiers contacts avec René Magritte et le groupe surréaliste de Bruxelles une activité d’éditeur, de photographe, d’assemblagiste, de poète, de cinéaste et de collagiste, refusant délibérément de privilégier une discipline ou un matériau, seul comptant pour lui l’efficacité du propos, hors de toute préoccupation esthétique, de toute concession formelle. 

Le passager clandestin

Témoignant de la vigueur de la seconde génération du surréalisme, Marcel Mariën en incarna durant plus de 50 ans la pérennité et en fut à la fois l’acteur et l’historien, le juge et le témoin à charge, le dynamiteur également, pourfendant les imposteurs et les usurpateurs. Ami intime de Nougé, dont il fit obstinément connaître les écrits et reconnaître le rôle capital, et de Magritte, prolongeant leur démarche et leur esprit, il se brouillera cependant avec le peintre en publiant le tract Grande Baisse confectionné en 1962 avec son complice Leo Dohmen.

En 1959, avec des moyens limités et le concours de bénévoles, Mariën réalise le seul film belge authentiquement surréaliste L’Imitation du cinéma, qui sera censuré en Belgique et interdit en France. Il séjournera ensuite aux États-Unis et en Chine communiste, dénonçant à son retour le caractère totalitaire du régime maoïste. Connaissant en 1967 sa première exposition personnelle à Bruxelles, la première d’une longue série, il poursuivra son activité au travers de la revue Les Lèvres nues fondée en 1954 et des éditions du même nom, éditant, outre ses propres créations, les textes essentiels du surréalisme en Belgique, en révélant toute la singularité.

Marcel Mariën est décédé il y a vingt ans, le 19 septembre 1993. Loin de se vouloir rétrospective, l’exposition du Musée de la Photographie abordera les diverses pratiques de Marcel Mariën, faisant la part belle aux photographies dont les plus anciennes sont demeurées long temps inconnues. L’exposition est accompagnée d’un ouvrage Marcel Mariën, Le passager clandestin, écrit par Xavier Canonne, directeur du Musée de la Photographie et commissaire de l’exposition, qui fut un intime de Marcel Mariën. L’ouvrage qui paraîtra aux Éditions Pandora à Anvers comportera 460 pages reprenant plus de 700 illustrations et sera disponible en deux versions, française et anglaise.

 

Michel Mazzoni
White Noise

D’origine française, Michel Mazzoni (1966) vit à Bruxelles. Il a suivi des études de colorimétrie et sensitométrie. Dans sa pratique artistique, à laquelle il se consacre depuis 2004, il a recours à la photographie, mais aussi quelquefois à l’installation vidéo. Son travail traite des méditations sur le temps et l’espace. Depuis 2008, il a publié trois ouvrages monographiques, White Noise est son quatrième. Son travail est régulièrement montré dans des biennales, foires d’art contemporain, centres d’art, galeries, en Belgique, en France, au Luxembourg et en Corée du Sud. Artiste enseignant, il intervient également en cycle supérieur de photographie à l’école de Condé Nancy en France.

« Michel Mazzoni travaille le temps mais aussi l’espace. Il voue une quête à l’imperceptible, à ce mouvement du temps que nous ne pouvons pas percevoir. Il s’attache aussi à l’indifférence, à l’abandon, aux zones laissées pour compte par l’homme qui, elles aussi, subissent insensiblement cette lente érosion. (…) Mazzoni fait sien un travail sur la lumière. Sous-exposition, surexposition se confrontent, se complètent, entament un dialogue qui n’a de cesse de perturber notre vision. Ces travaux sur la matière photographique sont évidemment volontaires, ils s’effectuent, selon les conditions, pendant la prise de vue et/ou pendant le travail de laboratoire, de scan de l’image. Ce travail sur la lumière semble venir dresser un infime voile entre le regardeur et l’objet photographique, instaurer une séparation et vient non pas occlure mais perturber ce sentiment océanique. (…) Peu à peu, de l’épaisseur du voile, des détails, des formes imperceptibles se précisent. L’observation s’affine et vient saisir ces formes, des dégradés se forment dans les traitements, a priori monochromes. (…) Certes Michel Mazzoni travaille sur la lumière mais aussi sur la densité des choses, une impression de pesanteur émane généralement de ses séries. (…) La texture photographiée prend la forme d’éther, le brouillard ou les nuages, par exemple…

L’une des interrogations posées par Michel Mazzoni, dans ces photographies, dans ces lieux, est donc la place de l’homme. (…) sa trace reste présente, par indices, résidus ou par l’architecture… Elle est signifiée par l’entropie elle-même, se piste par abandons successifs de lieux autrefois fréquentés par la présence humaine. » *

Il est représenté par la galerie anyspace à Bruxelles.

*Extraits du texte de Valéry Poulet : Michel Mazzoni : L'axiome de la pose B? pour performArt, août 2012.

 

Kodachrome
Des diapositives réinterprétées

Que reste-t-il du Kodachrome ? Une chanson de Paul Simon, des diapositives et des milliers de souvenirs pour celle qui fut la pellicule la plus vendue au monde. Le passé est désormais imposé mais aussi composé depuis que Kodak a définitivement décidé d’arrêter la production de la mythique pellicule en 2009.

Aujourd’hui, il ne reste plus que les réminiscences de ses couleurs saturées. Sa mort laisse des traces en obligeant les nostalgiques à singer son vieillissement si caractéristique avec Instagram®. Néanmoins, il nous reste le charme désuet de la projection où l’on s’invente une multitude d’histoires merveilleuses dans un monde qui ne semble pas le nôtre. Les couleurs délavées rincent notre esprit et renvoient aux yeux brillants de la découverte de ces films d’antan.

La diapositive conjugue l’époque fixée dans leur chimie à un autre temps, celui de leur représentation. Projection ou tirage, la dia est positive au propre comme au figuré. Elle ne se fige pas et se présente vierge à son support. Sur l’écran blanc, souvenirs et amnésies se perdent dans l’écho de leur temps. Sur le papier, elle s’abandonne à son support et s’égare, jaunit ou perdure avec lui. Dans tous les cas, la diapositive et le Kodachrome offrent au spectateur le loisir de son interprétation.

Cropping America

Le service Collection est tombé sous le charme de ce fonds anonyme constitué de Kodachromes pris par un couple de Belges ayant vécu sur la côte Est des États-Unis. Ces images prises entre 1949 et 1952 nous renvoient directement à l’époque où Jack Kerouac traversait le continent et rédigeait son célèbre On the Road. Nous sommes loin de la folie de Cassady et de Kerouac ainsi que de leur fulgurance éructant à chaque seconde mais davantage dans cette langueur et cette beauté mythique qu’ils chantent et admirent sans borne.

Pourtant, cette Amérique légendaire était loin de sauter aux yeux. Les sujets semblaient se perdre dans ce format carré comme si ce dernier tenait de l’impossible aux États-Unis. Compte tenu de la nature interprétative de la diapositive, nous avons pris le parti de recadrer ces images pour resserrer le propos et révéler son essence proprement cinématographique. 

Cropping America offre un parcours en cinémascope de la côte Est où chacun projettera ses envies et ses fantasmes à une époque où Duke Ellington se déchaînait dans des improvisions Be-bop, où le Maccarthysme battait son plein, et où Marilyn Monroe effectuait ses premiers pas au cinéma…

Homme sensible mais déterminé, Jean-Luc Couchard épate par sa simplicité et sa véracité. Wallon dans l’âme et Bruxellois dans la tête, ce  passionné de la vie nous ouvre, avec beaucoup de délicatesse, les portes de sa vraie personnalité.

Vous êtes né le 14 juillet 1969 à Verviers à 6 h 45 et vous êtes Cancer ascendant Lion. Le Feu prédomine dans votre thème astral. Cela fait de vous un passionné et vous apporte intuition, énergie, courage, confiance en vous et enthousiasme. Il vous faut aimer pour comprendre, ressentir pour agir… Est-ce juste ? 
Jean-Luc Couchard — Oui, assez. Je suis un passionné. J’aime, dans mon métier, avoir envie de jouer les scènes que l’on me propose. Je fonctionne à l’instinct, en imaginant ce que je vais pouvoir faire du personnage que je vais interpréter. J’ai deux penchants : le feu et l’eau. Je suis sensible mais je peux décider de me couper des émotions négatives. Comme je peux m’ouvrir à nouveau au meilleur quand c’est le moment.

Parlez-nous de votre vie à Liège ! Vous avez vécu à Dolhain avec votre famille… 
JLC — Oui ! J’y ai eu une enfance heureuse. Mon papa était facteur, ma maman s’occupait de ses 4 garçons. On a joué énormément avec les jeunes dans la rue. J’ai fait du scoutisme aussi. À 11 ans, j’écrivais et interprétais avec un ami des sketchs comiques. On se moquait gentiment des gens du village, de mon père facteur, du laitier… À 11 ans et demi, je me suis inscrit à l’académie ! Et à 14 ans, je savais que je voulais faire de la scène mon métier mais mes parents ont eu un stress. J’ai donc d’abord suivi des cours d’éducateur et lors de la dernière année du cursus, j’ai entamé parallèlement ma première année au Conservatoire de Liège. Je suis encore resté dix ans à Liège pour m’installer ensuite à Bruxelles.

Et pourquoi pas à Paris ? 
JLC — J’adore Bruxelles, on y est bien, tranquille ! J’y ai été tellement bien accueilli à mon arrivée… J’y vis sans stress, ce qui n’est pas le cas de Paris où j’ai vécu trois mois. Et je suis finalement souvent avec des Wallons qui vivent à Bruxelles mais qui sont de la même région ! On retrouve toujours les gens avec qui on a des affinités !

Vous avez été sacré citoyen d’honneur de la ville de Limbourg en 2010. Comment l’avez vous vécu ?
JLC — Qu’ils honorent mon parcours était super chouette ! Ce qui m’a beaucoup touché, c’est cette reconnaissance de mes racines.

Qu’est-ce qui vous manque le plus en Wallonie ?
JLC — La verdure, les paysages wallons, son aspect festif. Bien qu’à Bruxelles, on sache aussi faire la fête !

Quel est l’endroit où vous ne manquez jamais d’aller quand vous revenez en Wallonie ?
JLC — Dans la ville de Limbourg, pour son site historique et ses remparts. Elle est si romantique que j’y emmenais toutes mes petites copines ! (Rires) Il y a aussi le bistrot « Chez Didier » et leur excellent scotch au fût… J’y emmène mon père pour boire l’apéro ! 

On vous voit dans la vidéo qui a fait un buzz sur le Net : Ce que disent les Bruxellois. Que diriez-vous en tant que Wallon ? 
JLC — Que je suis fou amoureux de Bruxelles depuis dix ans ! J’ai des racines wallonnes mais je me sens aussi bruxellois.

On vous voit beaucoup dans des films drôles, mais vous avez aussi servi sur les planches les plus grands auteurs comme Bertolt Brecht, Molière et Shakespeare… Quel est votre domaine de prédilection ?
JLC — Mon principe est de faire rire les gens. C’est tellement gai de les rendre heureux ! La comédie reste, malgré mon envie d’interpréter des rôles plus graves, ce que je préfère. 

L’élan belge en caricature dans des films comme Dikkenek ou Il était une fois une fois, c’est énervant ou agréable à jouer ? 
JLC — C’est très agréable à jouer, c’est un vivier de folie ! C’est très « borderline », « à la masse » !

Vous n’avez jamais pensé à un one-manshow ?
JLC — Vous pointez le doigt dessus parce que j’y pense ! Mais ce n’est pas si simple… 

Votre côté humoristique cache-t-il une timidité ?
JLC — Oui, absolument. Lors de mes premiers castings à Paris, j’étais timoré ! En primaire, j’étais très timide. La scène est le meilleur antidote !

Que seriez-vous prêt à faire comme cascade pour l’obtention d’un rôle ? 
JLC — Houla ! J’en ai déjà fait quelques-unes, notamment dans une pub. Sauter d’un balcon et atterrir sur un matelas !

Quel rôle non encore exploré aimeriez-vous interpréter ?
JLC — Un personnage sensible, tourné vers son intériorité. J’aimerais jouer dans un film d’époque, des années 20 ou sur la guerre 14 ! Mais on vient justement de me téléphoner pour un rôle de chirurgien d’hôpital dans Marie Curie, une fiction documentaire…

Vous avez fait partie du jury du Brussels Short Film Festival 2013. Ce sont les festivals qui ont donné un coup de pouce à votre carrière cinématographique… Qu’est-ce qui vous séduit dans un court métrage ? 
JLC — Ce sont des histoires courtes et donc concentrées. C’est comme une nouvelle ! Le meilleur court-métrage est celui qui n’est pas fait pour devenir un long.

Quels sont les acteurs que vous adorez ?
JLC — De Funès, De Niro… J’aime le côté écorché vif de Sean Penn. 

Une facette moins connue : vous avez été dès 1989, le chanteur du groupe Les Slip’s ! Le parolier était votre frère Philippe. Vous y chantiez un répertoire décalé et folklorique…
JLC — J’ai aussi écrit avec mon frère. J’ai commencé à chanter à 17 ans dans un autre groupe, les Gulf Stream ! C’était un bon parallèle avec le Conservatoire. Puis je suis devenu chanteur des Slip’s et j’ai arrêté au bout de 15 ans. Je trouvais qu’on n’avait plus l’âge de faire ça, surtout que ce n’était pas le succès total !

À SUIVRE !

Jean-Luc Couchard est un « Salopard » ! Vous pourrez retrouver l’acteur dans le beau-livre photos Les 50 Salopards, de Rudy Lamboray ! Sortie en novembre 2014, aux Éditions Luc Pire.

Filmographie (sélective)

Calvaire (2004)
Komma (2005)
Dikkenek (2006)
Taxi 4 (2007)
Les Barons (2009)
Rien à déclarer (2010)
Les tribulations d’une caissière (2010)
Mon pire cauchemar (2011)
Il était une fois une fois (2011)
Dead Man Talking (2012)
Couleur de peau : Miel (2012)

 

Marie Gillain Personne ne l’a oubliée !

Marie Gillain fut la première petite fiancée wallonne du cinéma. Il y a 22 ans (déjà), la jeune Liégeoise domptait l’imposant Gérard Depardieu de manière remarquable dans Mon père ce héros. C’est suite au succès de ce film que Marie eut l’occasion de prouver son talent dans les hautes sphères du cinéma européen. Cette année, elle fait son grand retour dans le cinéma belge avec trois films. Ainsi, cet été, nous avons eu le plaisir de la retrouver sur le grand écran dans le film belge Landes, produit par Alain Berliner.

En 2014, on la retrouvera dans Mirage d’Amour avec Fanfare d’Hubert Toint et tu t’appelleras Jeanne d’Anne-Marie Etienne.

Filmographie sélective

Mon père ce héros (1991)
L’appât (1995)
Le Bossu (1997)
Le Dîner (1998)
Le Dernier Harem (1999)
Absolument fabuleux (2001)
L’Enfer (2005)
Pars vite et reviens tard (2006)
Les Femmes de l’ombre (2008)
Coco avant Chanel (2008)
Landes (2013)

Marie Kremer associe le charme, l’élégance et la fraîcheur à l’image de sa Wallonie. Jeune actrice déjà pourvue d’une large expérience aussi bien sur les planches que sur le grand écran, la comédienne ne craint pas les nouvelles expériences. Avide de nature et de liberté, loin d’elle l’idée de rester confinée dans un rôle ou dans un espace ! Entretien.

Dès son premier pas dans le Château de La Hulpe, la jeune femme sourit… Des tas de souvenirs lui passent par la tête. Cet endroit, c’est toute son enfance. Et avec la fraîcheur d’une enfant mi-rêveuse mi-sauvage, elle se livre. La journée shooting/interview gardera ce ton spontané du début à la fin. Humour, légèreté, pureté, simplicité, véracité et magie de l’existence sont au programme.

Marie Kremer a cette faculté d’avoir à la fois les pieds sur terre,  la tête au ciel et… de nous y emmener !

Marie, racontez-nous ce que vous faisiez quand vous étiez petite dans ce Château de La Hulpe !
Marie Kremer — Dès qu’il y avait un mariage, je m’y introduisais avec mes copines. On faisait semblant de faire partie du mariage pour pouvoir en profiter et manger tout ce qu’il y avait sur les tables ! (Rires) Le Château de La Hulpe, c’est aussi mes premiers désirs de solitude, d’échappées, de nature. Ce n’est pas qu’un château, c’est un parc ouvert sur la forêt. J’ai toujours eu besoin de partir seule dans la nature.

Vous êtes née à Uccle mais vous êtes heureuse de faire la couverture d’un magazine wallon parce que la Wallonie fait partie de vos racines ancestrales mais surtout pour votre grand-père…
MK — Oui, j’adorais mon grand-père. Il voulait que l’on parle wallon ! J’ai d’excellents souvenirs des moments passés avec mes grands-parents. Ils habitaient entre Sivry et Rixensart et m’ont fait découvrir la Wallonie. On partait souvent visiter différents endroits. On prenait notre pique-nique. Mon grand-père était très attaché à la Wallonie et très fier d’être wallon. Il nous emmenait partout, à Charleroi, au Grand-Hornu, à La Louvière, à Namur voir des musées… Il était originaire de Soignies. Toute ma famille est wallonne en fait, sauf mon père qui est Luxembourgeois. Et moi, j’ai grandi entre Limal et La Hulpe.

Aujourd’hui, vous vivez principalement à Paris mais revenir à La Hulpe régulièrement vous est vital…
MK — Je vis des deux côtés en fait, et j’échappe à Bruxelles par La Hulpe ! Je m’y ressource grâce à sa nature, ses arbres. Mais c’est surtout mon lien à l’enfance qui m’y fait revenir.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus en Wallonie que vous ne trouvez pas ailleurs ? 
MK — L’accent ! Toute ma famille a cet accent typique que je ne retrouve nulle part ailleurs ! Et puis, il y a tous les souvenirs de mon enfance. Cela va paraître fou parce que beaucoup s’en plaignent mais, moi, j’adore la pluie, ses nuages. Tout ce qui est typique de la Belgique ! La façon de vivre des gens aussi.

Vous avez un rituel, des endroits où vous ne manquez jamais d’aller quand vous y revenez ?
MK — Ici bien entendu mais aussi à l’Abbaye de Villers-la-Ville. C’est un endroit magnifique !

Il y a dix ans, vous avez tourné dans : J’ai toujours voulu être une sainte. Cela vous plairait d’en être une ? 
MK — Sûrement pas. Et ça n’existe de toute façon pas !

Vous avez un visage d’ange. Cache-t-il une part rebelle que vous aimeriez extérioriser ? 
MK — Oui. J’ai de la colère en moi face à certaines choses. Je l’extériorise via le sport et mon métier mais… je n’ai pas encore trouvé la bonne manière de la faire sortir. 

Quelle est la plus grande cause pour laquelle vous seriez prête à entrer dans un combat comme une vraie guerrière ?
MK — Pour la justesse, mon travail, pour une famille que j’ai à inventer. Me battre pour apprendre à être juste avec moi-même. Ensuite, on peut se permettre d’avoir un vrai positionnement par rapport au monde. Je suis sur un chemin, j’évolue mais à certains moments, je me sens comme un loup…

Êtes-vous féministe ? 
MK — Non, enfin, ça dépend. Pas féministe contre les hommes car j’ai besoin d’eux, de leur avis. Ils m’apportent des choses essentielles que nous n’avons pas. Ils ont une simplicité de pensée que je ne retrouve que chez eux et qui m’est indispensable. Ils sont moins compliqués que les femmes. 

La féministe d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier. Elle a évolué et être féministe, c’est surtout prôner l’égalité… 
MK — Dans ce sens, je le suis. Je trouve qu’on a bien avancé et qu’il ne faut pas s’arrêter mais continuer la revendication là où c’est nécessaire. Quand je vois ce qui se passe ailleurs, même si je suis d’accord avec certains combats, je trouve qu’on n’a pas à se plaindre. On est bien chez nous. Ici, j’ai bien conscience que je vais où je veux, je m’habille comme je veux et je fais ce que j’aime.

Cela vous plairait une société matriarcale avec les femmes aux commandes ? 
MK — Non, pas du tout ! On a besoin des deux. En politique aussi, il faut un équilibre.

Marie Kremer et le cinéma, confidences

Vous tournez depuis 11 ans, à un rythme soutenu, environ 4 films par an et, pourtant, vous dites vous remettre sans cesse en question. Que remettez-vous en question ? 
MK — Le fait que je doive toujours apprendre et m’améliorer… On apprend tous les jours et il faut toujours recommencer. Chaque rôle est différent. Et chaque tournage nécessite de se réinvestir différemment à chaque fois.

Vous fonctionnez à l’envie. Cela veut dire que vous ne tournez que dans des films qui vous parlent ? 
MK — Pas du tout. Tout d’abord parce qu’il faut travailler. Aujourd’hui, je peux me permettre d’être un peu plus sélective mais le métier de comédien n’est pas facile. On ne bosse pas tous les jours. Refuser des rôles est une question de choix mais je pense qu’un acteur doit travailler autant qu’il peut tout en restant honnête face à son éthique. Certaines personnes disent qu’il ne faut pas faire de télé par exemple. Je ne suis pas d’accord. J’ai appris beaucoup sur tous mes tournages et des choses différentes à chaque fois ! Là, je tourne d’ailleurs pour France télévision.

On peut en savoir plus ?
MK — Je tourne dans Caïn, une série de huit épisodes réalisés par Bertrand Arthuys et diffusés sur France2. 

À seulement 17 ans, vous commencez sur scène en intégrant la troupe des Baladins du miroir, avant de rejoindre la Compagnie des Bonimenteurs à Namur pour faire du théâtre de rue… Vous préférez le théâtre ou le cinéma ?
MK — Les deux… J’ai fait beaucoup de théâtre de rue mais j’aime aussi mon évolution.

Vous êtes plutôt discrète et timide, mais pour l’amour du cinéma, seriez-vous prête à jouer une scène plus intime ?
MK — Si c’est dans la continuité de l’histoire, oui. Mais il faut de la pudeur dans le cinéma. 

Que pensez-vous du cinéma belge ?
MK — Beaucoup de bien. Il y a de bons films, qu’ils soient wallons ou flamands ! 

Le réalisateur Joachim Lafosse disait à la conférence de presse des Magritte que les films ne sont pas bons parce qu’ils sont belges, wallons ou flamands mais parce qu’ils sont justes. Qu’est pour vous un film juste ? 
MK — Et il a raison ! Un film juste, c’est comme un acteur qui joue juste. C’est avoir le bon ton pour tout, dans le message à faire passer y compris.

Qu’est-ce qui est important pour vous en tant qu’actrice ?
MK — Une chose importante est de savoir bien s’entourer, aussi de gens qui ne font pas spécialement ce métier. Garder les pieds sur terre, ne pas devenir fâché sur un système qui n’est pas simple. Savoir se réinventer. Se battre.

Le DVD de Sous le figuier, superbe film d’Anne-Marie Étienne, sortira en novembre. Film produit en partie pour la Belgique, par Tarantula Production. Il aborde la mort avec beaucoup de délicatesse, sérénité et grandeur d’âme. Croyez-vous que de l’autre côté de la barrière, rien ne s’arrête vraiment ? 
MK — Je ne sais pas. Ce que je pense, c’est qu’on ne meurt pas, dans la mesure où ce que l’on a transmis durant notre vie reste. Mon grand-père, par exemple, continue à vivre à travers moi par tout ce qu’il m’a apporté de beau et de fort.

Votre vision de la mort a changé après le film ?
MK — Oui peut-être… Parce que Selma (NDLR : Gisèle Casadesus) leur transmet une certaine douceur, un apaisement… Une façon d’aimer aussi. Elle donne beaucoup. Elle a depuis longtemps arrêté d’être égoïste. 

Gisèle Casadesus interprète le rôle d’une vieille dame qui tire les cartes et manipule le pendule. Croyez-vous en la voyance ? 
MK — Je pense que certaines personnes ressentent réellement des choses mais qu’il faut rester très prudent car il y a pas mal de charlatans.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre rencontre avec Gisèle Casadesus, doyenne du cinéma français puisqu’elle  vient de fêter ses 99 ans ? 
MK — Sa sagesse sur la vie, son humour permanent sur les choses de la vie y compris la sexualité ! La façon dont elle regarde aussi. Il n’y a aucune frustration, ni colère, ni mépris sur son visage. Je désire profondément grandir, vieillir de cette manière-là. Je veux retenir ça. Les personnes âgées sont souvent marquées d’une manière pas très jolie. Elle, elle porte l’amour en elle. 

Parlez-nous de vos projets, des tournages en vue ? 
MK — Oui, des projets de longs métrages… Tout est là, mais il faut que ça se concrétise. J’écris aussi un court-métrage que j’aimerais réaliser moi-même.

 

Bio Express

15 avril 1982 — naissance de Marie Kremer à Uccle

2001 — début des cours de comédienne à l’Insas

Juin 2012 — Marie reçoit le prix Suzanne Bianchetti (SACD)

Juin 2012 — l’actrice se marie

 

Filmographie (sélective)

Cinéma
J’ai toujours voulu être une sainte (2002)
Saint-Jacques… La Mecque (2003)
Les Toits de Paris (2006)
Dikkenek (2006)
Soeur Sourire (2008)
Au cul du loup (2011)
Louise Wimmer (2012)
Chez nous c’est trois ! (2012)

Télévision
L’Arche de Babel (2007)
Chez Maupassant, saison 1 (2007)
Un Village français, saison 1 à 5 (2008-2013)
La Solitude du pouvoir (2011)

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Un jeune Wallon parcourt le monde et les plateaux de tournage pour exercer son activité, peu visible mais néanmoins essentielle : le maquillage de cinéma.

À l’instar du décor ou des costumes, le maquillage est intiment lié aux arts de la scène en général, et du cinéma en particulier. Pour caractériser un personnage, un monstre, une créature magique ou maléfique, il faut que cela « fasse vrai ». Si le spectateur n’y croit pas, l’histoire peut être aussi excellente que possible et le jeu des acteurs impeccable, l’oeuvre sera ratée. Le maquillage, les effets spéciaux dits réels, demeurent donc une discipline et une technique artistique fondamentale, même à l’heure du tout au numérique. Déjà, les acteurs des tragédies grecques devaient jouer d’artifice pour incarner différents personnages, dont des rôles féminins – les femmes étaient à l’époque interdites de scène. Ils portaient donc des masques de pierre ou de terre cuite à l’effigie du caractère à représenter et qui leur servaient en même temps de porte-voix.

Des Grecs aux premiers pas du cinéma, le maquillage n’a cessé d’accompagner les arts du spectacle, mais c’est le septième art, par son impact et ses processus de mise en scène, qui lui permet de connaître un véritable âge d’or. Depuis George Méliès, la discipline a connu de nombreux bouleversements, dû s’adapter aux évolutions techniques, au passage à la couleur, à l’amélioration de la qualité des pellicules, à la 3D, à l’avènement des images de synthèse. « Mais on aura toujours besoin de techniciens qui peuvent rendre crédible n’importe quel maquillage, n’importe quel effet. L’un ne va pas sans l’autre, même un film réalisé derrière des écrans verts fait appel à des techniques plastiques. » Lionel Lê promène sa bonne humeur sur les plateaux de cinéma depuis plus de neuf ans. Ce jeune Liégeois, passé par la case illustration et bande dessinée à Saint-Luc, a toujours voué un amour certain pour le cinéma. « J’ai grandi avec Star Wars, Alien, les films de Romero. Naturellement, je me suis tourné vers les arts plastiques et le dessin, avant de me lancer en tant qu’autodidacte dans le monde du maquillage et des effets réels. » Un choix de carrière osé, tant les formations et débouchés sont rares en Belgique. « Il faut bouger pour en vivre. Les gros marchés sont clairement nord-américains, même si la France offre déjà plus d’opportunités de travail que chez nous. »

Tous genres confondus

On associe souvent maquillage et effets spéciaux réels aux films fantastiques, d’horreur ou gore, mais la plupart des genres fait appel à l’habilité de ces performers hors pair. « Je ne suis pas spécialisé dans un genre en particulier. La science-fiction, c’est finalement assez rare, même si c’est là où on peut en génévastes, cela va de fausses blessures à la création de faux corps pour des scènes d’autopsie par exemple, la création d’objets ou des vieillissements de la peau. De simples effets qui sont en réalité beaucoup plus complexes qu’il n’y paraît », souligne Lionel Lê. Un maquillage qui sonne faux et c’est toute la crédibilité d’une scène ou du film qui peut en pâtir. Et pour obtenir un rendu plus vrai que nature, il faut certes compter sur du bon matériel, mais le savoir-faire et la technique restent primordiaux. « J’ai commencé sur des petits films, des courts-métrages de l’IAD ou de l’INRACI (écoles de cinéma NDLR) pour me faire la main et comprendre aussi comment fonctionne un plateau, sa logique, ses subtilités. » S’il exerce son art depuis près de dix ans, Lionel Lê ne se considère pas encore à maturité et n’est réellement fier de son travail que depuis cinq ans. « La partie technique joue un rôle important. On peut travailler pendant plusieurs jours, voire semaines, sur un moulage et se rendre compte, en bout de course, que les produits ne conviennent pas ou que la peinture ne tient pas. » Sans parler du fait que jongler toute la journée avec différentes résines et autre silicone ne peut se faire sans un minimum de précaution. « On ne fait pas du bricolage, car on travaille quand même avec des produits potentiellement dangereux, on produit énormément de poussière lorsqu’on sculpte une pièce. Il faut être prudent », avertit-il.

Un maquillage qui sonne faux et c’est toute la crédibilité d’une scène ou du film qui peut en pâtir. Et pour obtenir un rendu plus vrai que nature, il faut certes compter sur du bon matériel, mais le savoir-faire et la technique restent primordiaux.

 

Pour acquérir une expérience suffisante, le juge de paix reste le terrain et se confronter à d’autres professionnels du métier. Et comme souvent, le carnet d’adresses, les relations que l’ont peut nouer au fur et à mesure de la carrière jouent un rôle primordial. Percer dans le cinéma n’est déjà pas une sinécure, alors dans le maquillage… « Le bouche à oreilles m’a ouvert beaucoup de portes. Ensuite, dès que l’on a fait ses preuves, les contrats arrivent plus rapidement, mais c’est un travail constant, au quotidien, pour rester à la pointe, apprendre de nouvelles techniques, travailler au bon endroit, avec les bonnes personnes. » Et ne pas hésiter, pour parvenir à vivre de sa passion, à passer plusieurs mois à l’étranger pour participer à différents projets d’envergure. Pour le cinéma, mais aussi pour la télévision, qui reste un gros client, ou encore la publicité. « Même si avec le système du Tax Shelter, on parvient malgré tout à bosser un peu en Belgique, car cela attire quand même pas mal de tournages, on ne pourrait s’en contenter pleinement. Il faut être mobile », prévient Lionel Lê. Mais quand on est un mordu comme lui, ces longs séjours loin de sa terre natale passent finalement assez vite.

Annah, alias Nathalie Noël, illumine vos intérieurs en créant des ambiances originales. La créatrice gaumaise repousse les limites du convenu en mélangeant matières, couleurs, styles et époques. À travers ses créations, ce savoir-faire traditionnel prend une nouvelle vie.

Nathalie Noël crée des abat-jours. Voilà une activité peu commune et plutôt rare de nos jours. Pourtant, à travers Annah, la marque qu’elle a créée, elle parvient à redonner tout son lustre à cet artisanat particulier. En 2010, elle démarre son activité depuis le petit hameau gaumais de Nantimont. Elle crée des attiques originaux et sur mesure, dessine des luminaires design. Cette idée a pris corps lors d’un séjour de quatre ans au Burkina Faso. Nathalie Noël et son mari travaillaient avec les artisans locaux. « L’objectif était d’aider la population à créer des produits artisanaux destinés à l’exportation en fonction de leurs possibilités. Les femmes du village savaient tisser. Elles avaient de magnifiques tissus. Nous avons décidé de fabriquer des abat-jours et nous avons mis une collection en place. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à me passionner pour ces objets. En rentrant en Belgique, j’ai voulu en faire mon activité », explique Nathalie Noël. Romaniste de formation, notre créatrice a d’abord appris en autodidacte avant d’aller se former à cer taines techniques spéciales et anciennes à Paris.

Sur mesure

Dès le départ, Nathalie Noël a développé des abat-jours selon la demande et les besoins de ses premiers clients. Le principal de son activité, aujourd’hui, est de créer des pièces sur mesure. « Je peux répondre à toutes les demandes, pour créer des abat-jours uniques ou pour des réparations, explique-t-elle. Ma passion me permet de maîtriser un savoir-faire traditionnel que je remets au goût du jour par des créations originales. Je ne m’impose pas de limites. »

Rapidement, toutefois, cette activité de création sur-mesure n’a pas suffi. Nathalie Noël a eu envie de créer. « J’ai rapidement ressenti le besoin de m’exprimer autrement, artistiquement. C’est là qu’est venue l’idée de créer une première collection, il y a un peu plus d’un an, précise la créatrice. Je voulais susciter un intérêt pour mon activité et de l’émotion à travers des créations qui me correspondent. »

Pour créer, Nathalie Noël joue avec les techniques, les matières, de la soie au papier chinois, les couleurs. « J’aime mélanger les éléments, les époques, les styles. Si je connais les tendances actuelles, je n’essaie pas de me calquer dessus dans le développement de mes créations. Au-delà des abat-jours, je crée des luminaires. Je réf léchis à des nouvelles lignes », poursuit la créatrice.

Fantaisie délicate

Pour rendre réelles les créations qu’elle a imaginées sur papier, Nathalie Noël s’est allié les talents d’un designer. « Ce qui m’importe est de susciter de l’émotion, de voir des visages qui s’illuminent en découvrant mes luminaires », explique-t-elle. De ces créations, Nathalie Noël dit que c’est de « la fantaisie délicate ». « J’adore les couleurs, les tissus aux motifs vintage qui peuvent évoquer des souvenirs auprès de nombreuses personnes, mais j’aime aussi travailler le blanc, avec du papier japonais par exemple, pour des pièces plus épurées. Je crée des pieds de luminaires design et contemporains et j’y associe des abatjours avec de la passementerie, des éléments plus baroques ». Derrière sa marque, Nathalie Noël crée, mélange les époques, les styles, les valeurs. « Je me fais avant tout plaisir. L’idée d’association et de mélange est ce qui soutient le concept, la ligne de la collection que j’ai créée », ajoute-t-elle.

À travers ses abat-jours et luminaires, Nathalie Noël allie fantaisie, beauté et simplicité. Ses créations suscitent l’admiration tant par la touche qu’elles peuvent apporter à un intérieur, que par l’ambiance qu’elles créent au coeur de la maison, d’un hall d’accueil ou d’un restaurant. Pour développer son activité, Nathalie Noël a notamment été accompagnée par la Maison du Design de Mons qui lui a permis de définir la taille qu’elle souhaitait donner à son entreprise.

Parmi les créateurs

« Ma volonté est de continuer à créer dans mon petit atelier, de faire des productions limitées,à la main », explique la créatrice. Aujourd’hui, pour valoriser sa première collection, Nathalie développe son réseau de points de vente. « Mon projet trouve une place dans les magasins de créateurs, les boutiques éphémères qui mettent en avant les artisans-créateurs. De manière générale, mes clients sont des personnes à la recherche d’une pièce originale qui aiment en connaître l’histoire, ce qui se cache derrière », poursuit Nathalie Noël. 

Sa collection trouve aussi sa place dans les expositions et espaces dédiés aux créateurs, à l’art contemporain et moderne. En décembre, sa collection intégrera le Marché des Créateurs du Mudam, le Musée d’Art Moderne du Grand-Duché de Luxembourg. Les 14 et 15 décembre, elle aura présenté sa collection à Labelle à Bruxelles, une exposition de talents créatifs.

Mon projet trouve une place dans les magasins de créateurs, les boutiques éphémères qui mettent en avant les artisans-créateurs. De manière générale, mes clients sont des personnes à la recherche d’une pièce originale qui aiment en connaître l’histoire, ce qui se cache derrière

 

Annah crée des pièces qui ne manquent pas d’étonner. « L’inspiration ne fait jamais défaut. J’ai plein d’idées. Tout me nourrit. La nature qui m’environne, les couleurs, ce que je peux observer au quotidien, ou encore les rencontres et les demandes des clients… Tout est à même d’éveiller une idée et me pousse à retrouver mon petit atelier. En cela, je suis particulièrement créative », explique-t-elle.

Colorés et ludiques, les personnages d’Olivier Goka sont à la fois adorables et carrément trendy. Réalisés entièrement avec des échantillons de plastique, ils ont la cote auprès des amateurs d’art comme des grandes marques. Découvrez le petit univers plastifié – mais pas pétrifié – d’un artiste qui se joue de nos débris.

Tout a commencé lors d’un simple repas entre amis. Olivier Goka, de manière quelque peu automatique, comme lorsque nous jouons avec nos serviettes en papier et déformons les cure-dents, crée avec des résidus de table un petit personnage. Ce n’est pas un hasard si cette « première » réalisation ressemble d’emblée à quelque chose de « viable » artistiquement – contrairement aux nôtres le   plus souvent – car Olivier a comme qui dirait les deux pieds (et nécessairement les deux mains) dans le monde de l’image.

Animation et illustration

Originaire de la région des 3 frontières, et plus exactement de Montzen, il a étudié l’illustration à Saint-Luc à Bruxelles et poursuivi avec une formation en cinéma d’animapermet notamment de travailler à la préparation du film Les Triplettes de Belleville (2003), d’abord en tant qu’assistant puis animateur avec pour fonction d’insuffler le mouvement aux personnages secondaires. Son parcours se poursuit dans l’illustration avec des cartoons réalisés entre autres pour le journal L’Écho, pour la banque ING, pour l’ONE… Goka illustrateur, c’est aussi un strip diffusé dans Spirou Magazine, Antarctique Nord, dont il conçoit à la fois les dessins et les scénarios. Jean-Luc l’ours et Bertrand le pingouin vivent leurs aventures d’explorateurs gelés sur fond de réchauffement climatique, recouverts heureusement d’une énorme couche d’humour et soutenus par une jolie panoplie de personnages loufoques. Notons entre autres un capitaine Costaud dont la ressemblance avec un Commandant bien connu n’est pas complètement fortuite…

De toutes les matières, c’est le plastique que Goka préfère…

Comme dit plus haut, Olivier Goka a commencé un peu par hasard à concevoir ses premiers personnages à partir de résidus d’objets. Au départ, le plastique figure bien parmi les éléments clés mais n’est pas le seul ; Goka marie encore volontiers les matériaux. À l’époque, les têtes de ses petits bonshommes sont souvent réalisées avec des manches d’outils en bois par exemple. Cependant, au fil des créations, le plastique – peu encombrant, léger, facile à travailler et à trouver – avec sa large panoplie de couleurs et de formes, prend le pas sur le reste et ressort grand vainqueur de toutes les matières. « Premier avantage : je tiens de mon père ce besoin de tout conserver. Ensuite, je récupère les éléments en plastique dans les poubelles, au marché aux puces, dans ce que les gens me donnent… Bref, je n’achète rien, je récupère tout, c’est ma seule règle ! Marqueurs, capuchons, flacons de shampoings, jouets, embouts d’aspirateurs, filtres de percolateurs… la liste peut être infinie. Avec une nette préférence pour les pièces colorées. » Pourtant, malgré ce souci de récupération et cette forme originale de recyclage, Goka ne se targue d’aucun extrémisme écologique. Aucune philosophie particulière derrière son travail de plasticien (c’est le cas de le dire !). Le plastique lui permet avant tout de s’ouvrir à une infinité de perspectives artistiques… et ludiques. Et pourtant, presque sans y toucher, il s’attaque de manière détournée au problème environnemental que posent les déchets en plastique, une des matières absolument pas biodégradables et qui entre très peu dans les processus industriels de recyclage.

« Je n’achète rien, je récupère tout, c’est ma seule règle ! Marqueurs, capuchons, flacons de shampoings, jouets, embouts d’aspirateurs, filtres de percolateurs… la liste peut être infinie. Avec une nette préférence pour les pièces colorées. »

 

Mais laissons notre artiste travailler. Dans son atelier, un nombre incalculable de caisses pleines à craquer de bouts de plastique, triés par couleur et par taille. Ses outils : un cutter, une scie à métaux et de la colle à chaud. S’il s’attaque à un « tableau » destiné à être photographié (depuis des années, c’est le photographe Bernard Babette qui met en valeur le travail d’Olivier), il colle seulement les éléments afin de pouvoir les démonter facilement, les repositionner éventuellement et les réutiliser évidemment, c’est son credo ! Par contre, pour les sculptures destinées à la vente, les éléments sont vissés entre eux par des cylindres en bois. Il faut que cela tienne et résiste au temps, que cela puisse être manipulé et ne pas se casser au moindre déménagement.

Plastic mania

Les figurines de Goka, attachantes et expressives à souhait, engendrent facilement le coup de coeur, aussi bien des particuliers que des grands médias ou marques. Le premier coup de coeur qui leur a valu un début de visibilité, c’est celui de la galerie 1/1, à Bruxelles, à travers notamment l’exposition Les déchets contre-attaquent. Puis, ce sont les agences Sparadraps (Bruxelles) et Costume 3 Pièces (Paris) qui craquent et commandent à Goka des « tableaux », c’est-à-dire des photos de mise en scène de ses créations destinées à des actions marketing et publicitaires. Ainsi, ses personnages se sont retrouvés en tête d’affiche pour la chaîne Shopi, le Festival du dessin animé, le calendrier de Pepsi Japon, la Fête de la Musique 2008, le BLBE (Bureau de liaison Bruxelles Europe), le CBAI (Centre Bruxellois d’Action Interculturelle) mais ils sont aussi apparus dans The New Yorker, The Observer

Quand on observe attentivement les figurines de Goka, on se surprend à s’amuser à essayer de deviner ce qu’était à l’origine la tête, le tronc, etc. On décortique l’objet par jeu pour y deviner les assemblages. Et on a de belles surprises. Nos débris usuels sont devenus des petits chefs-d’oeuvre pleins de vie.

 

La Collection Vonpischmeyer !

Vous connaissez certainement cet explorateur formidable, Léopold Vonpischmeyer ! Non ? Cela nevous dit rien ? Et en revisitant vos cours d’histoire ? Toujours pas ? Normal… Il a été inventé de toute pièce par Olivier Goka. Et pourtant, les découvertes de cet étonnant voyageur de la fin du XIXe siècle ont été exposées en bonne place en 2012 dans la galerie Anversville (Anvers), puis au Musée royal de l’Afrique centrale de Tervueren. Avec ses reproductions en plastique de sculptures et de masques congolais, Goka a époustouflé et officiellement leurré le public. À s’y méprendre, c’est l’expression. Placées au milieu des véritables oeuvres africaines, légitimées par la mise en vitrine et leur situation centrale, les sculptures en plastique de Goka – pardon… de Léopold Vonpischmeyer – remettaient en question le statut de l’oeuvre d’art de manière humoristique et avec la complicité du musée : l’objet devient-il oeuvre d’art par son entrée dans un musée quelle que soit son origine ?

« C’était le jeu du vrai-faux pour les visiteurs. Dans ces vitrines, il était difficile de s’apercevoir qu’il s’agissait de bouts de plastique assemblés. Pour l’expo au Botanique, quelques guides, des étudiants, n’étaient même pas au courant et présentaient mon travail au même titre que les autres pièces de collection, en toute innocence », explique Olivier. En tout cas, les 45 pièces en plastique de Goka ne déparaient pas parmi les vraies collections d’art primitif !

 

BIO EXPRESS

2004 — Exposition Les déchets contre-attaquent à la galerie 1/1, Bruxelles.

2005 — Olivier Goka rejoint l'agence parisienne Costume 3 Pièces.

2007 — Exposition personnelle La collection Vanpischmeyer, Galerie du Botanique, Bruxelles.

2013 — Présentation de La Collection Vanpischmeyer au Musée royal de l'Afrique centrale.

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