Waw magazine

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Quinze grammes et autant de secondes de pur bonheur… Un cône typiquement belge dont on ne se lasse pas. Christian Maenhout, petit, est tombé sous le charme et, adulte, a créé sa société « Bonbons à l’Ancienne ».

Reconnaissez-vous ce parfum sucré, fruité, si particulier ? Il vous donne le sourire, émoustille vos papilles, évoque maints souvenirs d’enfance. Ces mêmes effluves émanent d’une fabrique située dans le zoning de Seraing, en région liégeoise. Gourmands s’abstenir… Mais comment résister ?

Christian Maenhout, lui, a la solution : ne pas tenter de tenir tête à l’appel du sucre ! Que du contraire, il lâche tout pour s’y consacrer corps et âme. Cet ancien employé du Ministère des Finances veut sortir des bureaux et renouer avec la population. Son appétence pour les confiseries lui ouvre de nouveaux horizons. Durant une année, il apprend aux côtés d’un maître confiseur les rudiments du métier. L’apprenti débute alors sa production artisanale dans un atelier à Bellaire. Il y fabrique d’abord des plaques de bonbons à casser, puis se lance dans les cuberdons, pour la simple et bonne raison qu’il détectait un potentiel certain, pourtant trop peu exploité, dans ces friandises appréciées de tous. « Tu n’y arriveras jamais ! La maîtrise est bien trop compliquée. Tu vas t’y casser les dents ! » Sans se laisser décourager par ses confrères, l’homme a testé sans cesse la recette durant six mois. À force de persévérance, de conseils, de nouvelles connaissances pratiques et d’une touche de miracle, le voilà maître de sa recette. Les demandes affluent, les stocks s’écoulent.

En 2005, une occasion unique se présente. Acquérir une machine à un prix abordable qui lui permettrait de se développer à grande échelle et de répondre ainsi à toutes ses commandes. Certes, la fabrication changerait en rien et la production resterait donc artisanale. Afin d’accueillir l’engin de quinze mètres de long et de le dompter, le confiseur investit : un bâtiment, des marchandises, du personnel. Fini l’employé du Ministère, place au chef d’entreprise ! 

À l’ancienne, rien de tel 

Cul de bourdon, chapeau de curé, neuzeke… de nombreux surnoms sont donnés à ce bonbon de la fin du XIXe siècle aux origines obscures certes, mais bel et bien belges – flamandes, wallonnes ou bruxelloises, nul ne le sait vraiment. La légende raconte que la recette a été découverte par hasard lors d’une erreur commise par un apprenti. Une légende parmi tant d’autres…

En plus de cent ans d’existence, les ingrédients n’ont pas changé : sucre purifié (en provenance de Tirlemont), glucose, gélatine de porc (pour l’élasticité), arômes naturels, colorants naturels et gomme arabique (extraite de l’acacia).

Le processus de fabrication, outre sa complexité technique, s’explique aisément. Dans un premier temps, de l’amidon coulé dans un coffret forme l’empreinte. Le sirop de sucre y est déposé. Durant six jours, les bonbons sont séchés dans une étuve placée dans une chambre chaude à 50 degrés. Le septième jour marque le démoulage du produit fini.

Vient enfin le moment tant attendu de la dégustation. « Plus vite il est mangé, meilleur il est ! » De la sorte, la croûte du cuberdon est moins sucrée et moins épaisse. « Texture et sirop représentent les points forts de ma friandise. Le vrai bon cuberdon doit fondre dans la bouche sans avoir un effet sucré trop prononcé. » Ces qualités pour les uns peuvent représenter des points faibles pour d’autres, telles que l’entreprise concurrente Geldhof dont les bonbons, marqués d’un G, possèdent une croûte plus épaisse et un coeur plus sucré. Il en faut pour tous les goûts !

La particularité de la société « Bonbons à l’Ancienne » réside dans la gamme variée de saveurs qu’elle propose. Outre le traditionnel parfum framboise, le cuberdon vendu sous la marque Sweet Cuberdons, se décline dans une trentaine de goûts. Pour n’en citer que quelques-uns : violette, cerise, pomme, fraise, citron ; également des parfums plus surprenants tels que kiwi, pistache, gingembre, spéculoos, chocolat ; d’autres alcoolisés à base de champagne, Cointreau, Amaretto notamment.

Des produits dérivés arrivent dans les étalages : mini-cuberdon framboise à déposer dans une coupe de champagne, sirop, apéritif, glace et autre crème gourmande pour le corps.

À l’heure actuelle, une majorité de l’activité de l’entreprise consiste en la production de cuberdons ; dans une moindre mesure, les plaques à casser, la gomme arabique et le carabouya occupent le reste du temps. En quelques chiffres, l’on parle de 700 à 800 kilos de cuberdons par jour, soit environ cinq tonnes par semaine, soit une vingtaine de tonnes de cuberdons par mois.

Christian Maenhout a transformé son rêve de gamin en réalité. Au culot, il perpétue la tradition d’un bonbon d’exception considéré comme récompense pour les enfants sages. Vous en reprendrez bien un ?

 

Cuberdons à l’exportation

« Exceptés les produits classiques, la confiserie est un marché qui, malheureusement, s’exporte peu facilement. »

La société Bonbons à l’Ancienne se porte bien, avec sa dizaine d’ouvriers et employés dans l’enceinte de la fabrique et ses sous-traitants, dont font partie les membres d’une entreprise de travail adapté basée à Waremme qui se charge du packaging. Sur le marché national, les stocks de cuberdons s’écoulent sans relâche, notamment en grandes surfaces. La chaîne de magasins Delhaize fait appel aux services de l’entreprise sérésienne dont les friandises sont vendues sous la marque Sweet Cuberdons.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, la sucrerie conique reste un produit très peu connu en dehors des frontières belges. Pour la faire découvrir au marché international, Christian Maenhout profite de toutes les opportunités qui se présentent à lui, entre autres les salons de la confiserie à Cologne et Paris. D’ailleurs, des pourparlers sont en cours avec les Galeries Lafayette dans la capitale française et Harrods à Londres. « Quelle fierté si le cuberdon devient aussi connu et apprécié que la gaufre de Liège ! »

Les entreprises désireuses de s’ouvrir à l’international s’exposent à de grands risques quant à la traçabilité et également à de nombreuses difficultés administratives. Le confiseur liégeois ne craint pas ces obstacles, à la seule condition d’être soutenu financièrement par un investisseur, ce qui, à l’heure actuelle, n’est pas le cas. Quant à d’autres propositions aux États-Unis ou en Chine, l’entrepreneur n’a pu y donner suite, faute de moyens économiques, matériels et humains. « Rien ne sert d’avoir les yeux plus grands que le ventre… Mais je ne désespère pas qu’un repreneur décide d’injecter de l’argent et d’agrandir la société que j’ai créée de mes mains. »

Nouvelles expositions au Musée du 25 janvier au 18 mai 2014

Gilles Caron
Le Conflit intérieur

En quelques années, Gilles Caron (1939-1970) a ma rqué de son empreinte le monde de la photographie. Jeune journaliste passionné et audacieux, il a renouvelé un genre, celui du photoreportage. En 1968, il fonde avec Raymond Depardon l’agence Gamma, et se distingue très rapidement en couvrant tous les grands conf lits de l’époque : Proche-Orient, Vietnam, Tchad, Irlande, Biafra… Il est sur tous les fronts jusqu’au 5 avril 1970, date à laquelle il disparaît au Cambodge dans une zone tenue par les Khmers rouges.

S’il s’est fait connaître comme reporter de guerre, Caron a aussi su remarquablement capter l’esprit des années soixante. Le cinéma (la Nouvelle Vague), la mode, la chanson, la jeunesse révoltée, la politique… figurent parmi ses grands sujets, ceux qui lui inspirèrent des images particulièrement marquantes. Son compte-rendu extrêmement vivant des évènements de Mai 68, et notamment la fameuse photographie de Daniel Cohn-Bendit défiant un CRS, sont restées dans toutes les mémoires.

Son oeuvre s’inscrit dans la grande tradition du photojournalisme, mais elle en annonce aussi la crise naissante qui s’exprime sous la forme d’une conscience malheureuse, laquelle constitue une critique en acte du métier. Le « conflit intérieur » de Caron est celui de toute une génération qui s’interroge sur la portée du témoignage en images et plus généralement sur le sens de l’action. Chez Caron, la guerre est devant l’objectif, mais aussi au coeur de la conscience du photographe.

Conçue par Michel Poivert, l’exposition de Gilles Caron, Le Conflit intérieur présente en 150 images et documents, provenant de la Fondation Gilles Caron, du Musée de l’Élysée et de collections privées, l’oeuvre d’un photoreporter qui n’a cessé de questionner la finalité de son engagement. À partir des archives – tirages d’époque, négatifs, planches contact, documents anciens – l’exposition permet de redécouvrir l’une des plus importantes figures du photojournalisme de la seconde moitié du XXe siècle.

Jours de guerres

Présentée dans les chapelles du Musée de la Photographie, l’exposition de Gilles Caron, Le Conflit intérieur, constitue une rétrospective majeure de l’oeuvre de ce photoreporter français qui a couvert de nombreux conflits de 1965 à sa tragique disparition au Cambodge en avril 1970.

Parallèlement à cette exposition, le service chargé des collections du Musée a opéré une sélection dans ses fonds photographiques en vue d’inscrire la pratique de Caron au sein du photojournalisme de son époque.

Une collection photographique se construit en effet sur différents thèmes et réflexions par le biais d’achats, de dons mais aussi au fil des  encontres avec les différents photographes. Le documentaire social et le photojournalisme sont cruciaux pour comprendre l’histoire, mais également l’histoire de la photographie. La collection du Musée en témoigne notamment en présentant plus de 150 ans d’histoire du reportage, depuis les images de la guerre de Crimée jusqu’aux actualités récentes, en passant par la Commune de Paris, les deux Guerres mondiales, le Vietnam, le génocide du Rwanda et même les conflits sociaux.

La sélection de Jours de guerres a été opérée au départ de lieux des reportages effectués par Caron – on pense à Mai 68, à la guerre des Six Jours, à celle du Vietnam, au Printemps de Prague – mais a également débordé sur ses années de pratique et les évènements qu’il n’a pas couverts car mobilisé sur d’autres conf lits telle la prise de Stanleyville. Une vingtaine d’images issues des grands noms du photoreportage sont exposées dans la galerie du cloître. Certaines sont mêmes devenues les icônes de mouvements sociaux, notamment la photographie de Marc Riboud lors des manifestations anti-Vietnam ou encore celles de Franz Pans et de Claude Dityvon. D’autres sont tout aussi puissantes dans l’émotion comme celles de Philip Jones Griffiths, reporter de l’agence Magnum, avec ses témoignages de la guerre du Vietnam. Tantôt les civils qui subissent cette guerre sont mis en avant, avec Leonard Freed, tantôt l’attention est portée sur les lieux mêmes, comme Craig Barber, ancien G.I., revenu des années plus tard sur ces villages abandonnés. La force de l’instant prend aussi toute sa mesure avec Dick Durrance, présent au plus fort du conflit du Vietnam, ou Josef Koudelka qui suggère le déclenchement de la guerre.

Avec les 25 ans de Visa pour l’image à Perpignan, cette exposition au Musée de la Photographie atteste de la place qu’a prise le photojournalisme dans notre histoire et dans nos collections. Les maîtres exposés aux côtés de Caron résonnent en écho à la nouvelle génération présente au sein des collections permanentes du Musée de la Photographie.

Claire Chevrier
Charleroi

Le Musée de la Photographie a proposé à Claire Chevrier de réaliser un reportage photographique sur Charleroi, s’inscrivant dans le cadre des missions initiées par le Musée pour conserver la trace d’une ville en mutation. Pendant plusieurs semaines et en l’espace de quatre voyages, la photographe française a sillonné la cité carolorégienne et ses environs. De cette immersion, elle nous livre en une trentaine de photographies couleur sa vision de la ville.

Sur cette mission, elle écrit ceci : « J’ai tout de suite voulu commencer par les abords de la ville, comprendre sa structure et ses limites, regarder les quartiers et observer les flux. Il était important de travailler le plus possible en extérieur par des journées ensoleillées, je ne voulais surtout pas rajouter une lecture noire par la grisaille, mais au contraire que l’on se concentre sur l’agencement des modules constituant la ville. Dans un deuxième temps, je suis passée de l’extérieur à l’intérieur mais avec la même démarche. Je souhaitais observer des lieux dédiés au travail, des entreprises dans des secteurs divers et pas entrer dans les appartements, dans l’intimité. Le choix des distances, des cadrages, des détails… est un questionnement de l’espace. Comment on tient un espace, comment on structure une surface déterminée (celle de l’espace et celle de la photo), des espaces en attente où pourraient se jouer différentes histoires. Des images génériques, des espaces ouverts, c’est ce vers quoi tend mon travail. »

Claire Chevrier est née en 1963, elle vit et travaille à Paris et à Mayet. Elle a été pensionnaire de la Villa Médicis à Rome en 2007-2008 et a réalisé plusieurs expositions personnelles importantes : en 2005, au Musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône, avec ses travaux issus de plusieurs années de voyages de recherche sur différentes mégapoles (Bombay, Rio, Lagos, Le Caire…). Dernièrement, elle a présenté plusieurs expositions monographiques : au Centre de la photographie Île-de-France, à Pontault-Combault et dans « la Salle Blanche » du Musée des Beaux-Arts de Nantes en 2009 ; l’exposition Connivence 1 au Musée de l’Image à Épinal en 2011, et Il fait jour au Centre Régional de la Photographie de Douchy-les-Mines en 2012, ainsi que l’exposition Camminando à la Villa Médicis à Rome. Claire Chevrier a également participé à plusieurs expositions collectives depuis 2005. Elle enseigne par ailleurs à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles depuis 2012.

Avec le soutien de la Ville de Charleroi, la Wallonie, la Fondation Mons 2015, Ores + logo Mons Capitale européenne de la culture…

Classé troisième au récent concours du Meilleur sommelier du monde à Tokyo, le Belge Aristide Spies a le nez dans le vin depuis l’âge de… 12 ans. Rencontre pleine d’arômes à Habay, à la Cave du Sommelier où il exerce ses talents.

Cela paraît plutôt incroyable mais l’apprentissage du vin d’Aristide Spies débute à l’âge de… douze ans ! Non pas en vidant les fonds de verre aux réunions familiales, mais après des vacances dans le Périgord où il découvre des paysages et des vignerons passionnants. « Quand nous sommes rentrés, j’ai demandé à mes parents de m’inscrire aux cours du soir de dégustation à Arlon. Il fallait 16 ans pour s’inscrire mais, grâce à une astuce, j’ai pu m’inscrire comme élève libre. J’ai ainsi suivi 5 modules tous les samedis matin, pendant 5 ans, parallèlement à mes études en humanités. À 16 ans, j’ai pu m’inscrire officiellement. »

Parallèlement, il se rend chaque année en Champagne, chez un ami de la famille, pour vendanger et, à l’occasion, tailler la vigne. Intéressé par la gastronomie, il suit, toujours en soirée, des cours de cuisine et fait des stages dans des restaurants tels que le Claimarais, à Aubange, ou Lea Linster, au Grand-Duché. Sa rhéto terminée, il en recommence une mais cet te fois à Melbourne, en Australie, où il part durant une année dans le cadre d’un échange d’étudiants. « Cela m’a permis d’apprendre la langue tout d’abord, mais c’est surtout une école de la vie. Il faut apprendre à se débrouiller seul, même si la famille d’accueil est là pour vous encadrer. »

2007, c’est aussi l’année où il remporte, à trois semaines d’intervalle, le concours du Meilleur sommelier de Belgique organisé par la Gilde des Sommeliers et celui du Premier sommelier de Belgique du Club gastronomique Prosper Montagné.

 

Comprenant son intérêt pour le vin, ses « parents » australiens lui trouvent des stages pendant les vacances scolaires dans des domaines des régions viticoles autour de Melbourne. « J’ai travaillé chez plusieurs vignerons, notamment chez Kooyong ou De Bortoli où j’ai vraiment appris à vinifier. J’étais la petite main du maître de chai, mais en fin de journée, les oenologues me faisaient goûter leurs assemblages. »

Dans la restauration, tu travailleras !

Convaincu à présent que son futur métier sera celui de sommelier (plus souple que celui d’oenologue), il se renseigne sur le métier dans les grands restaurants de Melbourne et, à son retour en Belgique, contacte les maisons étoilées de sa province. « J’ai hésité bien sûr à repartir en Australie, mais là-bas, analyse- t-il, les distances sont immenses, les vignerons s’y sentent très isolés. Alors qu’ici, on peut être dépaysé en une heure de route. J’ai postulé aux Forges du Pont d’Oye où officiait Pascal Carré, plusieurs fois meilleur sommelier de Belgique. Et quinze jours après mon retour, j’ai été engagé, d’abord comme chef de rang pendant 4 mois. Ensuite, comme second de sommellerie pendant 5 ans. J’ai remplacé Pascal pendant 3 ans avant de le rejoindre en 2007 à la Cave du Sommelier, à Habay, lorsque le restaurant a fermé ses portes. »

Seul, face au jury

2007, c’est aussi l’année où il remporte, à trois semaines d’intervalle, le concours du Meilleur sommelier de Belgique organisé par la Gilde des Sommeliers et celui du Premier sommelier de Belgique du Club gastronomique Prosper Montagné. Jusqu’à présent, seuls 4 sommeliers belges ont réussi ce doublé. Les compétitions s’enchaînent alors. Championnat d’Europe 2008 en Bulgarie (demi-finale), Mondial au Chili en 2010 (quart de finale) et, le concours ne se déroule que tous les trois ans, Concours mondial à Tokyo en mars dernier où il termine troisième et enfin, Championnat d’Europe à San Remo où il termine sixième. « Un concours de sommellerie, ce n’est pas un match de boxe où il faut taper le plus fort sur l’autre pour gagner ; on est tout seul, face au jury et à ses verres. Il faut faire du mieux qu’on peut. J’aime cet esprit de compétition. »

Étrange métier pourtant que celui de sommelier, où l’on rencontre beaucoup de jeunes – pas facile en effet de concilier travail en soirée et vie familiale – dont les qualités doivent être multiples et variées. « Tout d’abord, explique Aristide Spies, une grande connaissance théorique des vins et de la gastronomie, mais aussi des compétences en gestion. Une cave est en effet le coeur financier d’un restaurant. Si le sommelier se trompe, il peut vite créer des soucis à l’entreprise. Il faut savoir acheter des vins et revendre au bon prix. Enfin, et c’est essentiel, il faut avoir le sens du service et de l’accueil. Car si on n’aime pas accueillir ses clients et leur faire passer une bonne soirée, ils ne viendront qu’une seule fois. »

Mais les habitudes de consommation évoluent, crise oblige. « Même si les gens se font encore plaisir avec un menu à 100 €, ils vont par contre demander une bouteille à 45 €, ce qui n’était pas le cas il y a 10 ou 20 ans. Puis, chacun a un smartphone et voit le prix du vin en ligne : il faut donc que le prix à la carte soit justifié et que les vins soient originaux. C’est un changement que les sommeliers doivent intégrer aujourd’hui. Certaines maisons heureusement l’ont compris et ne prennent plus que 20 ou 25 € sur le prix d’une bouteille de vin plutôt que d’en tripler le prix. La vente de vins au verre tend aussi à se répandre. Boire moins mais mieux. On se paie plus facilement deux verres à 8 ou 10 € qu’une bouteille à 50 ou 60 € ; les sommeliers doivent s’adapter à cette nouvelle tendance. »

Une cave est en effet le coeur financier d’un restaurant. Si le sommelier se trompe, il peut vite créer des soucis à l’entreprise. Il faut savoir acheter des vins et revendre au bon prix.


Aujourd’hui, Aristide Spies a rejoint l’équipe de Pascal Carré à la Cave du Sommelier, un caviste avec un beau choix de vins de France et du monde, qui emploie dix personnes. Conseils d’accords mets-vins, cours pour tous niveaux et évènements : le métier s’est diversifié, les prix remportés par l’équipe sont aussi un gage de qualité pour la clientèle. « Quand on travaille dans un restaurant, conclut notre sommelier, les journées sont longues et consacrer quelques heures à bûcher est plus facile s’il y a un prix ou une médaille en vue. Mais n’exagérons rien, c’est un peu comme une médaille aux Jeux olympiques, il y a des gens que l’on oublie très vite et d’autres qui sont plus médiatisés… » Le diplôme de Master Sommelier (MS) délivré par la « Court of MS » le 3 novembre dernier vient déjà renforcer sa belle renommée. Gageons que notre homme ne s’arrêtera pas là…

Dix chefs personnifient actuellement la Wallonie dans ce qu’elle a de mieux au niveau culinaire, la Génération W. Parmi eux, Maxime Collard et Pierre Résimont. Entre leurs mains et dans leurs casseroles, c’est la sublimation du terroir wallon !

Maxime Collard

Né à Paliseul le 24 Mars 1984 d'une famille d'enseignant
École hôtellière de Libramont
Stage aux Forges du Pont d'Oye (Habay-la-Neuve)
Formation au Karmeliet (Bruges - 3* Michelin)
Ouverture en 2009 de la Table de Maxime (Our)
Novembre 2010 : une étoile au Guide Michelin

Pierre Résimond

Né à Mettet le 12 Mai 1965 de parents banchisseurs
École hôtellière de Namur
Formation chez Michel Guérard, Eric Lekeux et en France
Ouverture en 1990 de l'Eau Vive
Décembre 1994 : une étoile au Guide Michelin
Novembre 2010 : Deux étoiles au Guide Michelin


MAXIME 
COLLARD Le goût discret

Paliseul est une charmante commune rurale du sud du Luxembourg belge, entre bois, prés et habitat, le tout dans un cadre rustique à souhait, où règnent le calme et la sérénité. C’est là que Maxime Collard est né le 24 mars 1984 d’une famille d’enseignants. Il fréquente d’abord l’école primaire d’Opont, un hameau tout proche, avant de partir vers Bertrix et entrer à l’École hôtelière de Libramont. Une institution réputée pour la rigueur de son enseignement et la formation des restaurateurs, où le futur chef apprend les bases de son métier. Cela lui permet d’ouvrir sa propre maison, La Table de Maxime, vite reconnue et fréquentée par les gourmets.

Tout jeune, Maxime lorgne avec envie les fourneaux de sa maman et de sa grand-mère. Ses parents se rendent vite compte que la voie professionnelle est tracée. On l’encourage à poursuivre dans ce qui devient rapidement une passion. Il fait ses classes aux Forges du Pont d’Oye (Habay-la-Neuve) et chez le triple étoilé, Karmeliet de Bruges, pendant cinq ans, où il se confronte aux exigences du chef Van Hecke.

Maxime Collard est passionné par son métier. Il admire Michel Bras, un des grands chefs français dont il apprécie par-dessus tout les ouvrages de référence. Notre chef ardennais sait gérer son équipe (cinq à six personnes) et accepte volontiers les remarques de ses collaborateurs et de ses clients dans un but ultime de perfectionnement. Il aime que tout se déroule bien dans un climat convivial pour pouvoir offrir à sa fidèle clientèle la crème de son art.

Il aimerait vivre en Provence, mais il reste profondément amoureux de son pays, et surtout, des produits du terroir local. La boucherie Poncelet l’approvisionne en viandes et gibiers, tandis que Daniel Leblond est son fournisseur attitré de légumes, sans oublier les services d’attentifs producteurs locaux. Il suggère toujours aux nouveaux arrivants dans sa cuisine de faire connaissance avec les collègues et d’apprendre à goûter de façon juste et critique si nécessaire. Sa belle et méritée étoile Michelin lui a apporté de la fierté, mais aussi la nécessité de ne jamais décevoir, une constante remise en question…

C’est donc à Our que Maxime Collard peut s’installer dans une ancienne bâtisse villageoise élégamment transformée. La salle à manger s’ouvre sur la nature verdoyante qui pénètre par une lumineuse terrasse dans le restaurant. Six chambres hyperconfortables sont à disposition pour une nuit sereine. Mieux vaut rejoindre Morphée que la rubrique des faits divers.

Le Pré Maho

Exaltant avec brio la noblesse du bois, la Fabrique du Pré Maho offre le confort et le raf finement modernes de ses quatre chambres grand luxe à proximité du restaurant. Sans oublier de signaler la construction prochaine des Jardins de Maxime : quatre chambres prolongées d’espaces verts et d’une brasserie.

L’entrepreneur Thomas & Piron, l’entrepreneur dont le siège se trouve dans le même village, a apporté son savoir-faire habituel dans l’édification des divers endroits. Louis-Marie Piron, le patron, est un gastronome passionné. Il allie ses goûts et ses connaissances en matière de plaisirs de la table à ses compétences de bâtisseur en devenant le porteur des murs et en apportant à la région un important dynamisme dont les retombées sont multiples… et bienvenues.

Aux fourneaux, le jeune chef multiplie inventions et créations très personnelles mettant à l’honneur des beaux produits dont le terroir n’est jamais absent. Formes, couleurs, goûts, assemblages : un fabuleux et séduisant quatuor. Une équipe jeune et enthousiaste vous accueille pour des moments de pur bonheur gastronomique. Le lunch de midi est proposé en trois services (32 €). Le menu de saison déploie ses charmes en quatre, cinq ou six services (40 €, 50 € et 65 €). Celui consacré à la chasse se concrétise en mousse de ramier, filet de plie et anguille fumée, écrevisses au jambon d’Ardenne… Le chevreuil s’escorte de mûres, champignons et d’une délicate sauce à la Rochefort, pour se terminer, en apothéose, avec une figue rôtie.

RENSEIGNEMENTS

La table de maxime
Our, 23
B-6852 Our (Paliseul)
+32 (0)61 23 95 10
www.tabledemaxime.be

PIERRE RÉSIMONT L’énergie des saveurs

C’est dans un petit moulin du XVIIe siècle, le long de la rivière Burnot, à Arbre, que Pierre et Anne Résimont ont établi leur restaurant l’Eau Vive, en bordure des bois. Le salon, au mobilier résolument contemporain, se pare de brun et de rouge, délicate et étonnante harmonie de couleurs et de matières. Voilà une ambiance aussi confortable que conviviale pour l’apéritif, le digestif ou le café. Anne vient prendre votre commande en soulignant et expliquant les spécialités du chef avant de vous inviter dans la verrière avec vue sur la jolie terrasse, prolongée par une bruissante cascade. Sur réservation, le chef peut vous inviter aussi à prendre place à la table d’hôte où vous serez en contact direct avec la cuisine et pourrez ainsi suivre le déroulement des préparatifs de votre repas tout en admirant les nouveaux équipements mis à la disposition des cuisiniers.

Comme le souligne Pierre, sa « cuisine est un voyage vers une certaine émotion, équilibre alliant le croquant, l’acidité et le gras, une constante évolution dans le respect permanent des produits ». Le chef est un perfectionniste mêlant vivacité et invention dans un feu d’artifice de saveurs très personnelles, déclinant le terroir local dans un registre très astucieux. Inventive à souhait, la cuisine ne recule devant aucun accord audacieux et puissant. Le « menu découverte » déroule ses six services dans un défilé de petits trésors à frémir de joie. Les huîtres Gillardeau sont servies tièdes avec bettes, tomates et lomo. Le filet de sole s’enroule de crevettes grises délicatement rehaussées par du yuzu. Une belle tranche de foie gras, parfaitement cuite, se complète de figues et citrons sur pain d’épices. La délicate selle de chevreuil est escortée par des poires et des betteraves. Vous avez le choix entre un vaste et odorant plateau de fromages ou un sorbet. Le dessert est une subtile déclinaison combinant caramel, pommes et citrons. D’autant plus appréciable que le service féminin se révèle aussi gracieux qu’efficace.

Le chef est un perfectionniste mêlant vivacité et invention dans un feu d’artifice de saveurs très personnelles, déclinant le terroir local dans un registre très astucieux.


Pierre Résimont est né le 12 mai 1965 dans une famille de blanchisseurs qui a vite compris la vocation du jeune homme en le guidant vers l’École hôtelière de Namur. Enfant, il admirait le travail de sa grand-mère et de sa mère aux fourneaux : pains, tartes, cailles, rognons n’avaient pas de secrets pour elles. Après un parcours de compagnonnage dans des établissements prestigieux et auprès de chefs renommés où il apprit les bases de son métier, il ouvre l’Eau Vive en 1990 et obtient en 1994 sa première étoile Michelin. La deuxième lui est accordée en 2010. Anne et lui ont adopté deux enfants. On ne parle pas encore de reprise du restaurant par les enfants, mais l’intérêt est bien réel !

Bien qu’homme très rigoureux dans ses démarches professionnelles, Pierre est toujours à l’écoute des remarques formulées par son épouse, mais aussi par son personnel, sans omettre l’une ou l’autre suggestion d’un client avisé. Pour lui, un cuisinier doit être ouvert au monde extérieur et ne pas être cachottier. Il faut laisser les expériences s’échanger, il n’est lui-même jamais avare de conseils. Il recommande le calme dans son environnement de tous les jours pour parvenir au but final, la satisfaction du client. Alain Ducasse est le chef qui l’a inspiré au travers de ses écrits et de sa façon de mener son entreprise ; Pierre aime se recycler à son contact. Le plat qu’il préfère est simplement les boulettes sauce tomates avec des frites et une vraie mayonnaise, mais ne lui parlez pas de couscous. Il verrait bien Sophie Marceau s’asseoir dans son restaurant en compagnie d’Astérix ! Sa pince en inox et sa fourchette à deux dents sont ses instruments privilégiés. Pour lui, la convivialité de ses amis est un  mode de vie important avec des irremplaçables moments de rire et de bonne humeur. Il aimerait vivre au Québec où les gens lui semblent extraordinaires.

Signalons que le restaurant se complète d’un espace Medissey qui se trouve à cinq minutes, dans un environnement calme et serein, où la fluidité des lignes et des volumes s’harmonise avec la lumière. Par ailleurs, le Comptoir de l’Eau Vive est établi depuis un an près de Namur, à Erpent, où l’on vous sert des plats de brasserie à déguster à table ou au comptoir dans une ambiance décontractée.

RENSEIGNEMENTS

L'eau vive

Route de Floreffe, 37
B-5170 Arbre (Profondville)
+32 (0) 81 41 11 51
www.eau-vive.be
Fermé samedi midi, mardi et mercredi

Génération W

La valorisation de la Wallonie passe par son patrimoine gastronomique 

Dix ! Ils sont dix chefs emblématiques des quatre régions de la Wallonie à s’unir dans un collectif dont l’objectif est de témoigner des valeurs de la gastronomie en terre wallonne. Une reconnaissance qui entend dépasser les frontières du pays. Ce collectif rassemble des chefs, des entrepreneurs-restaurateurs, des créateurs d’émotions gustatives qui ont en commun la volonté de montrer le vrai visage et la grandeur de notre patrimoine gastronomique. Des cuisiniers modernes, avec de la personnalité, du dynamisme et de la conviction, qui bougent et transmettent l’image créatrice de la Wallonie. Le mouvement Génération W a pour objectif de promouvoir, par l’intermédiaire de la gastronomie et la créativité de ses chefs emblématiques, notre région et, par conséquent, des artistes et artisans, liés de près ou de loin au plaisir de la table en tant que patrimoine. Il a également pour but de valoriser les produits du terroir et leurs producteurs grâce au savoir-faire acquis par ses membres et de permettre le rayonnement de la gastronomie et du terroir wallons sur le plan national et international. Tout restaurateur qui souhaite poser sa candidature au groupement doit répondre aux critères repris dans une charte. Ce projet ambitieux compte bien avoir le retentissement suffisant pour passer à la vitesse supérieure et créer ainsi une vivacité dont un premier acte est la publication d’un livre de portraits – chefs, mais aussi producteurs – et de recettes. La présence de Génération W au salon Horecatel de Marche, en mars 2014, est d’ores et déjà programmée. Un moyen pour se faire connaître et d’apporter un souffle nouveau aux concours organisés. 

La piste aux étoiles

Des chefs passionnés, qui ont de la personnalité et des convictions, inscrites dans le tissu économique de leur région, générateurs d’emplois et sources d’apprentissage de leur fabuleux métier. Maxime Collard (Table de Maxime, à Our), Sang Hoon Degeimbre (Air du Temps, à Liernu), Mario Elias (Cor de Chasse, à Wéris), Éric Martin (Lemonnier, à Lavaux-Sainte-Anne), Arabelle Meirlaen (Arabelle Meirlaen, à Marchin), Christophe Pauly (Coq aux Champs, à Soheit-Tinlot), Clément Petitjean (Grappe d’Or, à Torgny), Pierre Résimont (Eau Vive, à Arbre), Jean-Baptiste Thomaes (Château du Mylord, à Ellezelles), Laury Zioui (Éveil des Sens, à Montigny-le-Tilleul).

 

Le charme du vin

Si le métier de sommelier fut souvent la chasse gardée des hommes, on constate, avec bonheur, l’apparition de jeunes dames dans l’exercice de ce métier. À l’Eau Vive, Anouk Fransolet ravit par son talent et son sens inné de bien servir et renseigner. Il faut dire que Pierre Résimont lui laisse carte blanche pour découvrir et surtout faire découvrir. Anouk aime travailler avec quelqu’un, et non pour quelqu’un. Elle a ainsi trouvé la connivence parfaite avec le chef. Elle a exercé son sens de la convivialité et de la recherche au Darville, à Wierde, avant de rejoindre l’équipe de Pierre Résimont il y a presque deux ans. « Le Fouet d’Or » de la meilleure sommelière du Guide Le Vif est bien mérité. La Table de Maxime dispose avec Anissa Body d’un atout de charme. Âgée d’à peine vingt ans, elle est issue de l’École hôtelière de Namur et de son exigeante septième année de spécialisation oenologique (Bravo, Monsieur Cornet). Avec deux autres filles de sa classe, elle a remporté le concours de Val de Loire. Depuis six mois, elle a intégré l’équipe de Maxime où elle fait déjà preuve de convaincantes qualités en matière de conseils aux clients pour trouver le meilleur équilibre avec les préparations du chef, le tout ponctué d’autant de sourires que d’enthousiasme.

 

Horecatel et son Palais Gastronomie

Du dimanche 9 au mercredi 12 mars 2014, Horecatel est le lieu de rendez-vous stratégique où se déclinent, sur 23 500 m² de vitrines gourmandes, toutes les tendances qui marqueront la nouvelle saison. Chaque année, quelque 350 sociétés choisissent ce salon pour y présenter leurs produits et fournitures aux 40 000 visiteurs professionnels du monde de l’Horeca, des collectivités, de la restauration hors foyer et de la gastronomie, venus de toute la Belgique et des pays frontaliers. Les associations professionnelles et les représentants officiels du secteur s’y retrouvent pour débattre, lors des tables rondes, des séminaires et autres rencontres informelles, des enjeux de la profession. Des chefs, jeunes et confirmés, des gastronomes, des experts viennent y partager, le temps d’un concours, d’une démonstration, d’une session culinaire, leurs talents et leurs passions auprès d’un public averti et toujours curieux. Depuis son ouverture il y a deux ans, l’attrait pour le Palais Gastronomie ne cesse de croître ! Ce nouvel espace se positionne comme un rendez-vous d’excellence pour les chefs, leurs fournisseurs et leurs producteurs ! Pour porter haut les valeurs de la gastronomie, les organisateurs ont confié la veste d’Ambassadeur 2014 au chef étoilé Éric Martin, du restaurant Lemonnier, à Lavaux-Sainte-Anne. 

Renseignements

Horecatel
Wallonie Expo Parc d’activités du Wex
Rue des Deux Provinces, 1
B-6900 Marche-en-Famenne
9 au 12 mars 2014 (de 11 à 19 heures). 
Réservé aux professionnels
[email protected]
www.horecatel.be

 

Saveurs de nos Régions

Bienvenue dans Saveurs de nos Régions. C’est la septième année de cette infolettre envoyée mensuellement à plus de 37 000 contacts, amateurs de restaurants, maisons de bouche, produits du terroir et des plaisirs de la table en général. Le rayonnement géographique est vaste : du Pays de Liège à la Wallonie avec des extensions sur la Belgique et plus loin… Liège n’est pas (encore !) le centre du monde des saveurs.

Cette infolettre est rédigée par une équipe de spécialistes sous la conduite de notre collaborateur Guy Delville dont vous pouvez régulièrement lire les écrits dans WAW Wallonie Magazine. Chroniqueur gastronomique depuis plus de vingt-cinq ans, il n’a pas son pareil pour vous dénicher les belles adresses et vous guider, sourire aux lèvres, dans vos recherches de bonnes tables. Cette lettre aborde, avec autant de bonheur que de compétence, tous les aspects du bien manger, bien boire et bien recevoir en suggérant des produits nouveaux, des endroits insolites et méconnus, pour partir à la découverte des richesses et des spécificités de nos régions. Sont signalées les ouvertures de nouveaux établissements et les manifestations relatives aux plaisirs de la bouche. Quelques balades gourmandes vous entraînent, avec bonne humeur, dans les arcanes de la découverte. On analyse une vaste sélection d’ouvrages à savourer, les yeux bien ouverts, pour connaître des recettes inédites qui feront le bonheur de votre entourage. Les produits du terroir sont toujours à l’ordre du jour : un florilège de bonnes surprises ! Sans oublier les indispensables coups de gueule mettant en valeur les errements farfelus et dérives incompréhensibles de certains.

Suivant l’humeur, toujours avec humour, on vous entraîne dans des enquêtes auxquelles le Commissaire Magret aurait aimé participer. Aidé des fidèles G. Loeil et Lebon, gastronomie et oenologie sont toujours au rendez-vous au gré des évènements, au hasard des encontres. Guy Delville mange, goûte, relate, déguste, croque, grignote, teste, compare, décrit, savoure à longueur d’année en épicurien et en hédoniste.

Saveurs de nos Régions, un site à visiter ! L’abonnement à l’infolettre est gratuit ! Les avis, commentaires et même les critiques sont toujours les bienvenus afin d’améliorer cette conviviale et amicale lettre mensuelle. Sans préjugés. Sans tabous. En parfaite et totale autonomie.

Renseignements 

www.saveurs-regions.be

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Vincent Van Gogh et Kirk Douglas… deux « stars » qui ont marqué par leur passage de manière indélébile la mémoire du Borinage. C’est en tous cas là‑bas qu’ils n’ont fait qu’un l’espace d’un tournage.

Quel ne fut pas l’étonnement de la population du Borinage quand, en 1955, débarqua un jour de septembre la dernière chose que l’on attendait dans cette région dédiée aux charbonnages : toute l’équipe d’une grosse production cinématographique américaine ! À sa tête, l’acteur Kirk Douglas et le metteur en scène Vincente Minnelli, deux grosses pointures hollywoodiennes.

La raison de leur présence a pour origine un fait relativement anodin. Distraitement, un ami de Kirk Douglas avait relevé la forte ressemblance entre celui-ci et une autre célébrité, Vincent Van Gogh. Troublé, l’acteur, ayant constaté la véracité de la chose et après quelques recherches, se prit de passion pour le sujet jusqu’à acheter lui-même les droits d’une des biographies du peintre afin d’en tirer un film. Kirk Douglas fonde alors tout exprès une boîte de production et contacte les cinq Majors qui régentaient à l’époque l’ensemble du cinéma U.S. C’est la MGM, la plus grosse d’entre elles, qui décide d’ouvrir son imposant portefeuille au projet de Kirk Douglas. Un projet d’une certaine envergure, car le tournage, loin de se passer dans les confins confortables d’un studio, ira jusqu’en Europe, sur les lieux mêmes où vécut Van Gogh.

Loin de se passer dans les confins confortables d’un studio hollywoodien, Lust for Life a été tourné en extérieur en Europe, et donc dans le Borinage, dans les pas de Van Gogh.

 

À propos de studio justement, la réalisation du film, après quelques investigations, est confiée à un réalisateur, Vincente Minnelli, qui jusqu’ici n’avait jamais oeuvré qu’au sein de milieux fermés. Aucunement réalisateur de terrain ou d’extérieur, ce dernier tient cependant à faire partie de l’aventure. En effet, il effectue un travail sur la couleur et quoi de mieux qu’un film sur un peintre, Van Gogh qui plus est, pour peaufiner ses recherches chromatiques ? Dès lors, tout est prêt pour la grande aventure du tournage de Lust for life (en français : La vie passionnée de Vincent Van Gogh !) Départ pour l’Europe avec pour première destination, le sud de la France. « Le tournage a débuté en France et s’est terminé dans le Borinage. C’est la chronologie inverse du film, car celui-ci débute avec Vincent Van Gogh, alias Kirk Douglas, en Belgique, quand le peintre, alors évangéliste, commence à se consacrer de plus en plus à son art », explique Philippe Reynaert, directeur de Wallimage. « Il faut imaginer la stupeur des gens du coin quand ils ont vu débarquer cette grosse troupe américaine. Pour Hollywood, cette période est celle d’un âge d’or, dans tous les sens du terme, alors que le Borinage était la région la plus pauvre de Belgique – c’était la crise des charbonnages. La rencontre de ces deux univers était vraiment des plus improbables », continue-t-il.

Seconde vie pour Lust for Life

De cette rencontre improbable entre les paillettes et le charbon, Philippe Reynaert n’espérait pas en tirer autant. Appelé il y a deux ans pour travailler sur un projet « cinéma » dans le cadre de Mons 2015, capitale culturelle de l’Europe, le directeur de Wallimage et critique de cinéma ignorait ce qu’il allait bien pouvoir proposer. « Nos idées initiales étaient ce que j’appelle de fausses bonnes idées. On a pensé à faire un documentaire sur Mons, un concours de scénario, etc. Et puis, on a découvert cette histoire de tournage. Je pensais ne trouver dans le film Lust for Life que quelques brefs passages tournés en Belgique. En réalité, il y a 19 minutes ! Une belle surprise ! On a travaillé avec la Cinémathèque de Bruxelles, la Bibliothèque nationale, mais aussi la Bibliothèque des Oscars à Los Angeles. Oui, oui, cela existe. Elle est très peu connue, mais cette bibliothèque conserve les archives de tous les films oscarisés. Pas seulement les films en soi, mais bien tout ce qui a fait le film, c’est-à-dire les dessins, les costumes, les documents de toutes sortes… Un vrai coffre aux trésors, et gardé minutieusement comme tel. J’y suis entré, surveillé comme dans le coffre d’une banque. » Il continue : « On a obtenu de la Warner, qui a désormais les droits du film, de faire rénover les internégatifs originaux. C’est en cours actuellement. Un travail à la fois artistique et scientifique, mené obligatoirement aux États-Unis – ils n’ont pas souhaité faire sortir cela – mais coordonné et supervisé par la Cinémathèque royale de Belgique. Il s’agit donc bien d’une coproduction Mons 2015/Warner, ce qui est en soi assez exceptionnel. » Au programme donc, à la mi-février, une projection en avant-première du film rénové, suivie de quatre autres mais dont les dates sont encore à déterminer. « J’ai voulu inviter Kirk Douglas à venir, mais l’acteur, très âgé, ne pourra pas se déplacer. Par contre, son fils, Michael Douglas, dit qu’il serait fier de venir à Mons. J’attends de connaître ses dates pour fixer la date de la première ! »

« Comme le veut une certaine tradition dans la région, qui voit les gens s’asseoir sur une chaise sur le pas de leur porte, nous leur avons à chacun donné pour cette séance privée de cinéma une chaise différente de l’autre. Un ensemble de chaises dépareillées comme symboles d’ancrage dans le Borinage. »

 

Qui a vu Kirk Douglas ?

Le tournage s’étant déroulé en 1955, il y avait de fortes chances qu’il reste encore quelques personnes qui aient vécu cet évènement. Pour les retrouver, l’équipe de Philippe Reynaert a organisé un appel à témoins : « Qui a vu Kirk Douglas ? » Les réponses ont rapidement fusé. Une cinquantaine de personnes se sont manifestées, mais seulement une vingtaine dont les souvenirs sont les plus précis et pertinents ont été retenues. « Il s’agit de personnes qui ont été figurants sur le film, ou d’autres qui ont croisé l’équipe de tournage d’une manière ou d’une autre. Pour certains, ce fut l’aventure de leur vie. Ils ont gardé précieusement des souvenirs matériels de ces quelques jours. Ainsi, une dame a toujours son carnet de poésie dédicacé par Kirk Douglas. Un ancien ouvrier polonais qui a fait de la figuration sur le tournage a, lui, gardé quelque chose d’original. Pour ces quelques jours de travail, il a été défrayé par la production. Il a gagné en 2-3 jours les 2/3 de ce que valait son loyer mensuel à l’époque. Mais au lieu de profiter de cet argent bienvenu… il a conservé les billets ! Il me les a montrés, il n’a rien dépensé. Il les a gardés en souvenir. La preuve que ce tournage a profondément marqué l’esprit et le coeur de ceux qui l’ont vécu ! » Cette somme de souvenirs et de témoignages est devenue l’objet d’une exposition qui se tiendra aux Abattoirs de Mons, en parallèle à une exposition sur le tournage lui-même.

Pour les besoins du documentaire, les témoins ont été interviewé sur les lieux mêmes où ils ont vécu leur expérience du tournage de «Lust for Life».


« Ce sera une exposition tout public sur l’histoire extraordinaire d’un tournage hollywoodien au Borinage avec les témoignages vidéo de ces témoins »
, explique Philippe Reynaert. Après avoir découvert toute cette matière sensible, il fut également décidé de faire un documentaire de 26 minutes sur base des témoignages. Philippe Reynaert le co-réalise avec Henri de Gerlache. « On a interviewé les témoins, maintenant très avancés en âge comme on s’en doute. On les a filmés sur les lieux mêmes où ils ont vécu leur expérience avec l’équipe du tournage. Mais un des moments les plus touchants, c’est quand nous avons organisé pour eux cet été, dans la cour du Grand-Hornu, une séance de cinéma spéciale, en plein air, pour visionner le film. L’écran a été spécialement conçu pour être à la taille exacte de l’image. Dans le noir complet, les images semblaient flotter. Comme le veut une certaine tradition dans la région, qui voit les gens s’asseoir sur une chaise sur le pas de leur porte, nous leur avons à chacun donné pour cette séance privée de cinéma une chaise différente de l’autre. Un ensemble de chaises dépareillées comme symboles d’ancrage dans le Borinage. Le but était de filmer ces personnes, leurs visages, leurs expressions, de capturer leurs émotions lors du visionnage du film, quand par exemple, ils se reconnaissent dans un passage. Pour obtenir un bon résultat, on a passé les 20 premières minutes plusieurs fois d’affilée. Quand nous avons été contents du résultat, on a proposé à ceux qui le souhaitaient de rester pour voir le reste. Comme il s’agit de personnes âgées et qu’il était déjà très tard, je me disais qu’il ne resterait personne. En fait, plus de la moitié est restée jusqu’à une heure du matin pour voir le film en son entier », se souvient tout sourire et encore ému Philippe Reynaert. Le documentaire réunira donc au total huit témoins et trois spécialistes du cinéma. L’exposition, quant à elle, comptera 15 témoignages. À ne pas manquer non plus : la Warner, pour valoriser le travail de restauration du film, sortira dès le 11 février 2015 un coffret DVD avec Blueray et Bonus accompagné d’un livret signé par la Fondation Mons 2015.

Renseignements

Exposition « Hollywood au pied du terril »
Du 21 février au 17 mai 2015

Frigo des Anciens Abattoirs
Rue de la Trouille, 17
B-7000 Mons
www.abattoirs.mons.be

Du 25 janvier au 17 mai 2015, l’exposition « Van Gogh au Borinage » organisée au BAM (Beaux‑Arts Mons) met en lumière une période méconnue et pourtant décisive de la vie d’un des plus grands peintres de tous les temps : celle où il fait le choix de devenir artiste et s’approprie les thèmes qui jalonneront son oeuvre.

Il ne reste que très peu de témoignages picturaux du séjour de Vincent Van Gogh au Borinage, de décembre 1878 à octobre 1880. « Beaucoup de dessins se sont perdus ou ont été détruits », déplore Sjraar van Heugten, commissaire de l’exposition et ancien directeur des collections du Van Gogh Museum d’Amsterdam. « Il n’y a là rien d’étonnant, assure‑t-il. Van Gogh n’était pas un artiste naturellement doué. Autodidacte, il s’imposait une discipline de fer et réalisait quantité de croquis pour améliorer sa technique. Pour lui, ces dessins malhabiles n’avaient que peu de valeur. C’étaient de simples exercices. »

L’exposition « Van Gogh au Borinage », qui constitue le coup d’envoi de la manifestation Mons 2015, dresse le portait fascinant d’un génie en gestation. Car c’est au milieu des gueules noires, entre terrils et corons, que l’un des artistes les plus célèbres au monde a la révélation de son destin.

Prédicateur raté

Lorsqu’il arrive dans le bassin houiller, Vincent Van Gogh a 25 ans. Comme son père, il veut être pasteur. Préoccupé par le sort des plus pauvres, il se fait engager comme évangéliste au sein de la communauté protestante de Petit‑Wasmes (Colfontaine aujourd’hui). Il lit et commente la Bible chez les mineurs, dont il partage bientôt le sordide quotidien, renonçant à tout luxe et allant jusqu’à faire don de ses propres vêtements. Son exaltation n’est que modérément appréciée par l’église protestante qui, au bout de six mois, ne prolonge pas son contrat. « Cette disgrâce est très mal reçue par sa famille. Sonné, Van Gogh sombre dans la dépression », raconte M. van Heugten. Le jeune Néerlandais déménage à Cuesmes (Mons), où il aide quelque temps le pasteur local, mais le coeur n’y est plus. Son frère Theo, avec lequel il reprend contact après une année de silence, l’incite à se remettre au dessin. « Il lui fait parvenir un peu de matériel, des planches du Cours de dessin de Charles Bargue et des reproductions d’oeuvres de peintres dont ils admirent les scènes de la vie ouvrière et paysanne, tels que Jean‑François Millet et Léon Lhermitte. Pour Vincent Van Gogh, c’est une véritable résurrection et le début d’une immense carrière artistique. »

L’art de la copie

Inlassablement, Van Gogh s’emploie à copier et recopier les tableaux qui l’inspirent le plus. Il commence également à dessiner d’après nature. « Ces premières études sont particulièrement émouvantes, même si on n’y reconnaît pas encore la patte du maître », souligne Sjraar van Heugten.

Les rares dessins de l’artiste naissant à avoir été conservés constituent les pièces phares de l’exposition au BAM. Le visiteur découvre ainsi, aux côtés d’oeuvres plus abouties prêtées par le Van Gogh Museum d’Amsterdam et le Kröller‑Müller Museum d’Otterlo (parmi lesquelles Le semeur), deux magnifiques croquis au fusain datant de 1879‑1880, venus spécialement de la National Gallery of Art de Washington. Tous deux représentent de modestes logis (La maison Magros et La maison Zandmennik), un thème cher à Van Gogh, qu’il revisitera d’ailleurs bien des années plus tard en peinture, comme le prouve la Rue à Auvers‑sur‑Oise, un prêt de la Finnish National Gallery.

Un autre dessin retient l’attention, celui d’un Moissonneur avec faucille, d’après Les travaux des champs de Millet. Cette oeuvre datant de 1880, dont on avait perdu la trace pendant près de 30 ans, a été retrouvée par M. van Heugten dans un petit musée particulier au Japon. À Mons, elle est exposée aux côtés d’une huile sur toile montrant un personnage quasiment semblable, peinte par Van Gogh en 1889 alors qu’il est installé à Saint‑Rémy‑de‑Provence. « Elles sont réunies pour la première fois », jubile M. van Heugten, qui rappelle que Van Gogh, à la fin de sa vie, a renoué avec ses débuts et s’est de nouveau mis à réaliser des copies. Cette fois, néanmoins, avec toute la maestria d’un peintre au sommet de son art.

Inoubliable Borinage

Vincent Van Gogh gardera à jamais la nostalgie du Borinage. Il sera d’ailleurs tenté à deux reprises d’y revenir après 1880. « [Dites-leur] de ma part que je n’ai jamais oublié le Borinage et que j’aurais toujours encore envie de le revoir », écrira-t-il à un ami belge au sujet de deux vieilles connaissances. C’est là que sa vocation d’artiste lui est apparue clairement et que les thèmes qui constituent dans une large mesure la trame de son oeuvre (la rudesse de l’existence et l’engagement en faveur des plus démunis notamment) ont pris corps.

L’exposition au BAM, qui replace les oeuvres de Van Gogh dans le contexte socio‑économique de l’époque au Borinage, propose plus de 70 peintures, dessins et lettres de l’artiste. « Ces lettres n’ont quasiment jamais été montrées au public, car jusqu’ici, cette période de la vie de Van Gogh ne passionnait pas les chercheurs », avoue Marije Vellekoop, directrice de la section artistique du Van Gogh Museum d’Amsterdam. « La manifestation Mons 2015 a été l’occasion de mener des travaux d’investigation plus poussés », ajoute-t-elle.

Les lettres de Vincent Van Gogh sont présentées dans des vitrines chichement éclairées pour en préserver l’encre. « Ce sont des documents exceptionnels, car il faut se rappeler qu’après l’échec de son aventure pastorale, Van Gogh décide de rompre tout contact avec sa famille pendant un an. Au BAM, nous exposons sept lettres, dont cinq qu’il a rédigées vers la fin de son séjour au Borinage », précise Mme Vellekoop. Cette correspondance révèle un Van Gogh combatif, ayant retrouvé de l’énergie et une certaine sérénité. « Je ne saurais te dire combien je me sens heureux d’avoir repris le dessin », écrit-il en 1880 à Theo. Et de le presser : « Si je ne me trompe pas, tu dois encore avoir Les travaux des champs de Millet. Voudrais-tu avoir la bonté de me les prêter… et de me les envoyer par la poste ? » « Je sens le besoin d’étudier le dessin de la figure sur des maîtres tels que Millet, Breton, Brion et Boughton. » La suite est connue.

Sur les traces de Van Gogh

Pour célébrer le retour de Vincent Van Gogh dans son cher Borinage, Mons 2015 et ses partenaires ont voulu permettre au visiteur de cheminer sur ses traces. La rénovation de deux petites maisons où l’artiste a résidé de 1878 à 1880, l’une à Colfontaine, l’autre à Cuesmes, a donc été engagée. La découverte de ces lieux chargés d’histoire complète l’expérience proposée par l’exposition au BAM.

D’autres activités sont prévues en cours d’année autour de la personne et de l’oeuvre de Vincent Van Gogh dans le cadre de Mons 2015, capitale européenne de la culture. La Grand‑Place de la ville se parera ainsi en juillet de 8000 tournesols géants qui formeront un surprenant labyrinthe végétal. Un festival de courts‑métrages ravira en outre les amateurs de cinéma.

Renseignements

« Van Gogh au Borinage. La naissance d’un artiste »
Du 25 janvier au 17 mai 2015
Du mardi au dimanche de 10h00 à 18h00

BAM (Beaux-Arts Mons)
Rue Neuve, 8 – B-7000 Mons
www.bam.mons.be

 

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