Waw magazine

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S’il existe plusieurs organismes qui proposent de louer des kayaks le temps d’une descente de la rivière dans la région de Bouillon ou de Chiny, Semois Aventure, qui dispose d’un grand parc pour les amateurs de frissons et de hauteur à Bouillon, a trouvé original de tenter l’aventure sur un radeau ! Pas n’importe lequel : un radeau que les navigateurs d’un jour fabriquent eux-mêmes avant de le mettre à l’eau. 

« C’est une activité où l’on travaille beaucoup la cohésion et la dynamique de groupe », explique Patrick Duret, le responsable de ce parc dont les activités sont spécialement affûtées pour les groupes et les entreprises dans le cadre de team buildings et d’incentives. « Le départ se fait à Poupehan. Les candidats reçoivent des chambres à air à gonfler, de la ficelle et des rondins de bois. Via un briefing, l’animateur leur explique comment faire les noeuds et leur montre le résultat auquel ils doivent arriver, puis chacun se met au travail en équipe. La confection des radeaux – un pour 4 ou 5 personnes – dure entre une heure et une heure trente. »

Tout à l’air de tenir solidement ? Les embarcations sont alors mises à l’eau et c’est parti pour une heure (4 kilomètres) de descente jusqu’au village de Frahan, à la taverne-restaurant « La Passerelle », où des vestiaires sont mis à la disposition des navigateurs. Le moniteur est en option. « Nous proposons une autre activité pour les groupes qui allie marche et navigation, ajoute Patrick Duret. Les participants s’élancent de Frahan en suivant le chemin des Crêtes, où nichent les ruines du château de Montragut, pour une marche d’orientation d’une heure environ au cours de laquelle ils doivent répondre à des questions. Arrivés à Poupehan, ils construisent leurs radeaux et reviennent en suivant la rivière. Nous appelons cela le « duathlon de la Semois ».

Elle est liée à l’eau et c’est une véritable attraction : l’escavèche est un produit du terroir wallon très populaire dans la Vallée du Viroin et le Pays de Chimay. S’il s’agit d’un met typique très ancien, sa recette ne vient cependant pas de chez nous.

 

L’escavèche semble avoir été importée par les Espagnols qui occupaient nos régions à l’époque de Charles-Quint (XVIe siècle). Comme il s’agit d’une préparation froide à base de poisson et de vinaigre, les soldats pouvaient la conserver facilement dans des petits pots. Mais si les « conquistadors » l’ont importée dans différents pays d’Europe ainsi qu’en Amérique latine, comment se fait-il que ce soit seulement dans la région de Chimay qu’elle se soit taillée une place de choix dans la gastronomie locale ? « Comme le rappellent les noms de certains villages, tels que Forges ou Forge-Philippe, les sous-sols ici sont riches en minerais de fer qui ont pu être transformés et exploités grâce à la force hydraulique provenant de l’eau des rivières traversant les reliefs encaissés de la région, explique Philippe Demoulin, l’un des derniers producteurs officiels reconnus d’escavèche. Et les étangs de forge qui sont nés de cette activité – parmi lequels l’étang de Virelles qui s’est formé suite à la création d’un barrage sur le ruisseau Nicolas fin du XVIe siècle , ndlr – sont devenus de véritables réserves à poissons. D’où l’ancrage de l’escavèche dans la Botte du Hainaut. Mais elle existe ailleurs. Ainsi, dans la région de Namur, on parle de daube de truite à l’escavèche… »

L’aiguillat remplace l’anguille

Dans la Vallée du Viroin, Philippe Dumoulin et ses fils la préparent de manière traditionnelle selon un savoir-faire familial. Le poisson est cuit à la poêle ou au four puis conservé plusieurs jours dans un mélange de vinaigre d’alcool et de vin rouge, de farine, de vin blanc, d’eau, d’épices et d’oignons. Le met se déguste accompagné de frites – ou de pain – et d’une salade. On aura compris que le poisson doit avoir une chair ferme et sans arêtes, ou avec de fines arêtes pouvant se dissoudre sous l’action du vinaigre. D’où le choix de l’anguille, sauf que… « l’anguille, aujourd’hui, est non seulement impropre à la consommation, car c’est un poisson qui accumule tous ses résidus dans ses graisses, mais elle est protégée ! » met en garde le poissonnier. C’est pourquoi, notre escavèche est à base d’aiguillat (l’anguille de mer) ou de truite. »

A noter que les producteurs locaux ont introduit une demande afin d’obtenir, pour ce produit de terroir wallon de qualité, une IGP (indication géographique protégée), au même titre que le jambon et le saucisson d’Ardenne, le pâté gaumais et la plate de Florenville (pomme de terre).

L’escavèche semble avoir été importée par les Espagnols qui occupaient nos régions à l’époque de Charles-Quint (XVIe siècle). Comme il s’agit d’une préparation froide à base de poisson et de vinaigre, les soldats pouvaient la conserver facilement dans des petits pots. Mais si les « conquistadors » l’ont importée dans différents pays d’Europe ainsi qu’en Amérique latine, comment se fait-il que ce soit seulement dans la région de Chimay qu’elle se soit taillée une place de choix dans la gastronomie locale ? « Comme le rappellent les noms de certains villages, tels que Forges ou Forge-Philippe, les sous-sols ici sont riches en minerais de fer qui ont pu être transformés et exploités grâce à la force hydraulique provenant de l’eau des rivières traversant les reliefs encaissés de la région, explique Philippe Demoulin, l’un des derniers producteurs officiels reconnus d’escavèche. Et les étangs de forge qui sont nés de cette activité – parmi lequels l’étang de Virelles qui s’est formé suite à la création d’un barrage sur le ruisseau Nicolas fin du XVIe siècle , ndlr – sont devenus de véritables réserves à poissons. D’où l’ancrage de l’escavèche dans la Botte du Hainaut. Mais elle existe ailleurs. Ainsi, dans la région de Namur, on parle de daube de truite à l’escavèche… »

L’aiguillat remplace l’anguille

Dans la Vallée du Viroin, Philippe Dumoulin et ses fils la préparent de manière traditionnelle selon un savoir-faire familial. Le poisson est cuit à la poêle ou au four puis conservé plusieurs jours dans un mélange de vinaigre d’alcool et de vin rouge, de farine, de vin blanc, d’eau, d’épices et d’oignons. Le met se déguste accompagné de frites – ou de pain – et d’une salade. On aura compris que le poisson doit avoir une chair ferme et sans arêtes, ou avec de fines arêtes pouvant se dissoudre sous l’action du vinaigre. D’où le choix de l’anguille, sauf que… « l’anguille, aujourd’hui, est non seulement impropre à la consommation, car c’est un poisson qui accumule tous ses résidus dans ses graisses, mais elle est protégée ! » met en garde le poissonnier. C’est pourquoi, notre escavèche est à base d’aiguillat (l’anguille de mer) ou de truite. »

A noter que les producteurs locaux ont introduit une demande afin d’obtenir, pour ce produit de terroir wallon de qualité, une IGP (indication géographique protégée), au même titre que le jambon et le saucisson d’Ardenne, le pâté gaumais et la plate de Florenville (pomme de terre).

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Transformer un ancien presbytère, soit un bâtiment conçu comme lieu de vie,  en un espace muséal innovant tout en respectant le bâti initial du XIXe siècle, voilà l’ampleur de la tâche qui attendait l’atelier d’architecture La Grange. Un défi qui a nécessité deux ans et demi de travaux !


Initialement situé à Daverdisse, à 6 kilomètres de Redu, mais transféré aujourd’hui à Libramont avec sa quinzaine de collaborateurs, le bureau La Grange s’investit habituellement dans des projets de gîtes ruraux, d’hôtellerie, d’habitation unifamiliale ou de multi-résidentiel, pour des clients privés ou des investisseurs. Aussi, quand Eric Noulet vient frapper à sa porte et déroule les plans du Mudia, avec ses 300 œuvres à placer à côté d’une série d’animations, vidéos et autre salle de cinéma, Geneviève Migeal, l’une des quatre architectes associées, comprend aussitôt qu’elle se trouve là devant un projet architectural original, passionnant mais semé d’embuches. Imaginez une grosse bâtisse carrée sur trois niveaux, avec un couloir et un escalier central, et quatre pièces d’habitation tout autour, dites-vous que cela doit devenir un musée moderne proposant un parcours structuré à travers 46 mouvements artistiques, et vous mesurerez l’ampleur du défi !

Un enchaînement de petites salles

« Le presbytère avait subi un premier réaménagement voici une vingtaine d’années quand les nouveaux propriétaires y avaient installé une savonnerie, avec un atelier de fabrication à l’arrière et un magasin à l’avant, à la gauche de l’entrée, explique l’architecte qui, pour ce travail, a été aidée par Sylvain Jacoby, à l’époque architecte stagiaire. Ces extensions étaient intéressantes pour nous car elles apportaient plus de superficie pour notre projet, d’autant que les caves avaient été agrandies également. Mais le plus délicat fut de gérer un ensemble de petites pièces là où un musée demande généralement de grands espaces. Finalement, il s’est avéré que cette configuration s’accordait bien avec la réalisation d’un circuit chronologique, puisque chaque pièce correspond plus ou moins à une époque. Ces salles se prêtent bien au cheminement et permettent une relation d’intimité avec les œuvres. »

Un des enjeux du projet architectural était d’arriver à transformer un bâtiment conçu comme lieu de vie en un espace muséal, en respectant aussi bien les différentes exigences muséographiques (hygrométrie, luminosité, sécurité, accès PMR... ) que le bâti initial. Avec l’objectif d’offrir aux visiteurs l’expérience de déambuler dans un lieu d’exposition où l’empreinte du passé est encore bien présente.

« Au départ, Monsieur Noulet ne voulait toucher à rien car il désirait garder l’authenticité de la maison (planchers apparents, poutres…). Mais au fur et à mesure des ajouts des techniques spéciales (alarmes, climatisation, protection incendie…), nous nous sommes rendus compte que nous ne pouvions pas laisser cela apparent. Il a fallu enlever le faux rustique ajouté par le savonnier. D’autant plus que l’exposition essayait d’éclairer le visiteur sur le vrai et le faux, l’original et les copies. On ne pouvait donc laisser de la copie d’ancien, comme les faux colombages par exemple. »

Musée avec vue sur l’église et le jardin

L’architecte a également été contrainte de supprimer quelques fenêtres. Parce que le projet nécessitait plus d’espace mural, mais aussi et surtout parce que certaines œuvres ne supportent pas la lumière naturelle. « Nous avons cependant laissé une fenêtre dans la salle des impressionnistes, parce que nous avons estimé qu’une vue sur la campagne allait aider les visiteurs à mieux ressentir ce mouvement. De même, dans le couloir du premier étage, la fenêtre permet d’avoir un repère sur l’extérieur grâce à la vue sur l’église du village. Enfin, au sous-sol, où nous devions réaliser une sortie de secours, nous avons fait le choix de montrer le jardin. Un jardin que nous avons également réaménagé, notamment en y créant un petit sous-bois avec des espèces locales (bouleaux, hêtres, chênes...).Mais nous avons été contraint de mettre des films sur cette fenêtre afin d’atténuer l’intensité lumineuse. »

Autre subtilité : le vitrail art déco qu’Eric Noulet a tenu à installer au plafond, au début du parcours, est éclairé par des lampes led. Un faux puits de lumière judicieusement placé !

Une œuvre d’art à l’extérieur

Mû par la volonté de respecter l’intégration du bâtiment dans son environnement direct, le bureau La Grange a utilisé des matériaux locaux (pierre bleue belge, grès schisteux...) similaires à ceux initialement utilisés, tout en apportant des touches contemporaines avec, notamment, un sas d’entrée à gauche de la façade, une nouvelle terrasse à l’arrière et de nouveaux châssis. Et puisqu’il fallait en façade une œuvre faisant immédiatement comprendre que l’on se trouvait devant un musée d’art, c’est un ensemble de cinq sculptures en pierre bleue d’Eugène Dodeigne qui a été choisie. Un artiste né à Sprimont et mort dans le nord de la France en 2015.

Le bois n’est pas qu’une affaire de panneaux et de poutres, il a également sa place dans l’intimité des chaumières en tant que mobilier. Il a bien sûr sa place à l’intérieur des chaumières. Olivier Deruyterre fait partie de ces artisans créateurs qui excellent à tirer le meilleur - et parfois le plus surprenant - de cette matière. Il sera présent au salon, au « Square des designers ».

 

© Denis Vasilov

Savez-vous que si vous pouvez opter pour du bois provenant d’une forêt bien gérée ou d’un circuit court, il est également possible d’aménager votre espace de manière éco-responsable en utilisant des matériaux originaux et innovants issus de la revalorisation ? Olivier Deruyterre a créé sa propre gamme de mobilier en bois à partir d’objets encombrants récoltés – entre 15 et 20 tonnes par jour ! – à travers toute la Province par la Ressourcerie Namuroise, entreprise à finalité sociale qui favorise l’insertion professionnelle. Au salon, il exposera des tables, des chaises et des objets de décoration qui ont ainsi entamé une seconde vie grâce à sa créativité. C’est beau, stylé, contemporain. On a envie de toucher, de s’appuyer, de s’asseoir et, pourtant, avant d’être passés dans son atelier, ces objets n’étaient que vieilles planches, débris de châssis, morceaux de tables ou de portes dont plus personne ne voulait !

« L’idée de me lancer dans la remanufacture m’est venue en accolant les chutes de bois issues de la transformation de ma maison », explique le designer, qui a lui même entamé une seconde vie puisqu’avant de glisser vers le social il baignait dans le commercial. « Le bois est une matière qui m’a semblé facile à appréhender, d’autant que le lamellé-collé permet d’intégrer n’importe quel morceau dans un ensemble. Le BEP, le bureau économique de la Province, m’a aidé à développer mon projet. J’ai ainsi pu ouvrir un atelier de 400m2 que j’ai équipé des machines et outils nécessaires : raboteuses, panneauteuses, presses, calibreuses, fraiseuse à commande numérique… Aujourd’hui, cinq menuisiers y travaillent, tandis que je réalise le design, seul ou accompagné de quelques externes. Nous n’avons quasi rien en stock, nous travaillons sur commande, à la demande des particuliers qui cherchent à se meubler avec du mobilier durable, mais également des entreprises et des restaurants pour lesquels nous fabriquons des halls d’accueil, des comptoirs et du mobilier. La ferme du Biéreau, à Louvain-la-Neuve, et l’Ecomusée du Bois-du-Luc, à La Louvière, font ainsi partie de nos clients. »

Il arrive parfois qu’Olivier cherche à se faire plaisir et laisse filer son imagination. C’est ainsi qu’il s’est récemment lancé dans la fabrication de guitares électriques. « Nous construisons le corps de la guitare pour le luthier qui va ensuite y monter les différents éléments. C’est très ludique, mais en même temps cela élève l’image de la Ressourcerie. »

Dans le contexte d’une économie globalisée, la filière bois wallonne a compris qu’elle ne pourra tirer son épingle du jeu qu’en misant sur la Recherche & Développement et en s’attaquant à des marchés de niche à haute valeur ajoutée. En première ligne, la valorisation de nos feuillus qui pourraient se trouver une place dans les constructions extérieures.

 

© Scidus

Parmi les études techniques et économiques menées ou coordonnées par l’Office économique wallon du bois afin de dénicher des procédés innovants, celles qui portent sur le traitement du bois à haute température focalisent les intérêts. En modifiant la structure chimique des constituants, le chauffage améliore considérablement la stabilité dimensionnelle et la durabilité des matériaux. Des qualités intéressantes pour l’utilisation en revêtements (parquets, terrasses et bardages) et en ameublement. De quoi surtout permettre la revalorisation des bois feuillus de nos forêts et plus particulièrement le hêtre qui possède d’excellentes qualités mécaniques. D’autant que, si ce bois est l’essence feuillue la plus récoltée en Wallonie (46%, contre 28% pour le chêne), il est encore trop souvent destiné à l’importation. Son utilisation en extérieur permettrait de favoriser les circuits courts, mais aussi de réduire la dépendance vis-à-vis des bois tropicaux et, partant, d’alléger la pression qui pèse sur les forêts de la ceinture subtropicale.

Scidus innove à Etalle

C’est ainsi que l’OEWB a observé d’un très bon œil la mutation récente de la scierie Scidus à Etalle, dans le sud de la Province de Luxembourg. Sous ce nom se cache une très ancienne entreprise de la région, la scierie familiale Dusausoit, qui a été rachetée en 2015 par Mobic, un groupe dont le siège est située à Harzé (Aywaille) et dont la spécialité est la conception et la fabrication d’éléments préfabriqués en ossature bois. Afin d’assurer l’avenir de la scierie, l’entreprise liégeoise a décidé de développer en parallèle un gros programme R&D avec l’objectif de développer une vingtaine de produits finis ou semi-finis et de s’approprier ainsi une partie des étapes de la seconde transformation exercées jusque là par ses clients. C’est ainsi qu’elle a acquis un four de thermo-traitement afin de traiter les essences feuillues contre les champignons et les insectes.

© Scidus

« Nous utilisons principalement le hêtre blanc car c’est un bois fort, à très forte densité, donc résistant », explique Marc Wilmet, le directeur de la scierie. « Il faut cependant savoir le travailler, depuis la découpe et le séchage jusqu’à la finition et sa mise en place finale par clouage ou collage. Le processus est plus compliqué à maîtriser avec le hêtre qu’avec des essences plus tendres. Ce bois a été sous-exploité mais nous sommes convaincus qu’il a énormément de débouchés. Une fois traité thermiquement, il se resserre, de sorte qu’il ne prend quasiment plus d’humidité et ne donne plus de nourriture aux insectes. Ce bois que nous avons appelé « torréfié », devient alors idéal pour la construction de terrasses et un fameux concurrent pour le bois exotique. Mais il peut également être utilisé dans des structures CLT sous forme de panneaux massifs très faciles à monter pour faire des cloisons. Parallèlement à cela, nous faisons des recherches afin d’obtenir l’agrément technique européen qui permettrait d’utiliser des panneaux en hêtre dans la construction de bâtiments multi-étages. »

La carte du chêne wallon

Preuve que les essences feuillues indigènes sont en train de se tailler petit à petit une place sur le marché des terrasses et de renvoyer le bois exotique à ses lointaines forêts, c’est le chêne belge, issu de forêts gérées durablement et certifié PEFC, qui a été choisi, en 2014, pour remplacer l’azobé sur les 600m2 de la place des Sciences à Louvain-la-Neuve. Construite quarante ans plus tôt, au cœur de la nouvelle implantation de l’Université catholique de Louvain, cette place commençait à sentir douloureusement le poids des ans et des étudiants.

Si le chêne n’est pas une essence à laquelle on pense habituellement pour une terrasse, celle-ci est néanmoins parfaitement adaptée à ce type d’utilisation. Mais il a fallu prendre certaines précautions lors de la mise en œuvre. C’est ainsi que les experts mandatés par l’UCL ont eu l’ingénieuse idée d’utiliser un caillebotis métallique comme structure portante du plancher. Un procédé qui permet une parfaite ventilation sous le platelage et évite au bois d’être en contact avec le sol et l’eau stagnante.

Entièrement reconstruite par l’entreprise namuroise De Graeve, qui a remporté le projet d’aménagement du site du Grognon, cette place fait à nouveau belle figure, tout en conservant son caractère visuel unique au pied de l’ancienne Bibliothèque des sciences appliquées, bâtiment emblématique dessiné par l’architecte André Jacqmain et aujourd’hui transformé en musée (1).

©Hout Info Bois
Entièrement reconstruite par l’entreprise namuroise De Graeve, la place des Sciences, à Louvain-la-Neuve, fait à nouveau belle figure, tout en conservant son caractère visuel unique au pied de l’ancienne Bibliothèque des sciences appliquées, bâtiment emblématique dessiné par l’architecte André Jacqmain et aujourd’hui transformé en musée (1).
(1) Voir WAW n°38 (Automne 2017)

 

Accoya® aux Pays-Bas et Kebony® en Norvège

Afin d’ouvrir des débouchés en extérieur, certaines sociétés ont mis au point des technologies innovantes permettant d’augmenter la durabilité du bois. Ainsi, Accoya®, aux Pays-Bas, a breveté un traitement du bois par acétylation avec du vinaigre, tandis que Kebony®, en Norvège, a donné son nom à un bois traité par furfurylation, résultat d’une greffe cellulaire à base d’alcool issu de déchets végétaux. « Ces procédés, traités par de la chimie propre, sont respectueux de l’environnement et associés à des garanties allant jusque 50 ans », explique Dominique Wibrin qui a signé un contrat de franchise avec Grad, le spécialiste alsacien de la terrasse en bois, afin de pouvoir vendre son savoir-faire et ses produits à Mont-Saint-Guibert, en Brabant wallon, où il a créé la société DomiWood en 2010.

Si ces bois se positionnent en sérieux concurrents des essences exotiques, comme l’ipé d’Amazonie, pas question de label « bois local », cependant, pour ces produits. L’essence utilisée dans ces deux techniques et le pin radiata provenant d’exploitations contrôlées en Nouvelle-Zélande. « Nos feuillus sont trop durs pour être pénétrés par acétylation ou furfurylation », souligne le spécialiste, qui a observé que ses clients fuyaient de plus en plus les entretiens réguliers. « Les gens recherchent la qualité, même si elle a un coût. »

Lancée par la filière bois wallonne en 2015, dans un contexte où les consommateurs étaient de plus en plus sensibles aux notions de circuits courts et d’écologie, la marque « Bois local » est une initiative qui vise à mettre en lumière les ressources de notre région et le savoir-faire de ses entreprises, qu’elles fabriquent des produits simples (sciages, panneaux, bardages, planchers, piquets, bûches, pellets, etc.) ou composés (mobilier, châssis, portes, éléments de construction, caisses et emballages, etc.). Le label garantit ainsi que ces produits ont été réalisés par des entreprises dont le siège d’exploitation se trouve sur le territoire wallon avec du bois provenant de forêts situées à proximité de leur lieu de transformation.

En plus de mettre en avant le savoir-faire de ces entreprises et leur importance pour l’économie régionale au travers de la richesse et des emplois qu’elles génèrent, la marque s’inscrit pleinement dans la logique des circuits courts qui impliquent non seulement une diminution des distances de transport, mais également la transparence des échanges dans une chaîne commerciale courte rapprochant producteurs et consommateurs.

Un soutien aux essences feuillues

« Cette initiative a été développée afin de soutenir principalement les essences feuillues », explique Emmanuel Defays, le directeur de l’Office économique wallon du bois (OEWB). « En effet, alors qu’une grande partie des résineux provenant des forêts du sud du pays est transformée sur le sol wallon, c’est le cas d’un quart seulement du volume de bois sciable provenant de nos feuillus. La marque est ainsi une forme de réponse au phénomène croissant d’exportation d’une matière première dont on perd toute la valeur ajoutée et un encouragement à l’utilisation des essences locales, comme le chêne, dans des applications habituellement considérées comme l’apanage de leurs concurrentes exotiques. »

En apposant leur signature sur le contrat de licence, les adhérents s’engagent à se conformer au cahier des charges et à se soumettre à des contrôles. Ils peuvent alors afficher la marque « Bois local » sur leurs produits, emballages et supports publicitaires, ce qui leur permettra d’être identifiés aisément par le consommateur. Un peu plus de deux ans après le lancement de cette initiative, on dénombre quelque vingt-cinq entreprises labélisées actives dans la filière de la construction, dont la moitié sont des scieries.

L’Office économique wallon du bois
Opérationnel depuis le 1er janvier 2012, l’Office économique wallon du bois a été constitué avec pour mission essentielle de créer les conditions propices au développement économique et à la création d’emplois dans la filière bois en Wallonie. Il est notamment chargé d’élaborer une stratégie de développement de la valorisation et de l’usage du bois, dans une optique de maximisation de la valeur ajoutée générée par les entreprises wallonnes.

Acheter du bois, oui, mais pas les yeux fermés. Dans un contexte de développement durable, les consommateurs souhaitent pouvoir faire un choix responsable et donc être informés. Le label international PEFC certifie que le bois provient d’une forêt gérée durablement.


Née dans les régions tropicales, la certification PEFC (Programme for the Endorsement of Forest Certification) garantit la qualité de la gestion forestière dans le monde. C’est un système sûr et transparent permettant de suivre le flux de bois depuis la forêt jusqu’au consommateur. Ces certificats sont distribués à deux niveaux : aux propriétaires forestiers (certificat de gestion forestière) et aux entreprises qui transforment le bois (certificat de chaîne de contrôle).

Les propriétaires forestiers qui souhaitent obtenir un certificat PEFC s’engagent à gérer leur forêt conformément à des règles strictes reprises dans une charte quinquennale. Quelques exemples d’obligation : diversifier la forêt par un mélange d’essences, d’âges et de structures ; ne pas utiliser d’engrais chimiques ; conserver, voire restaurer, les zones d’intérêt biologique particulier (lisières forestières, clairières, mares, étangs…) ; autoriser, dans le respect des écosystèmes forestiers et sous conditions, l’accès aux chemins privés dans le cadre d’activités récréatives de loisirs, culturelles ou éducatives… Des contrôles sont régulièrement effectués par des organismes de certification indépendants. Des résultats de ceux-ci, il apparaît clairement qu’en Wallonie, où 50% des forêts appartiennent au domaine public et 50% au privé, il y a une véritable volonté de gestion durable des forêts, surtout de la part du Département Nature et Forêts (DNF) qui gère les forêts publiques. La toute grande majorité de celles-ci, ainsi que 11% des forêts privées, sont en effet certifiés PEFC. En Flandre et à Bruxelles, régions qui ont opté pour le label FSC (Forest Stewardship Council), seulement 15% des forêts sont certifiées.

Un atout commercial

Les entreprises qui transforment le bois (exploitants forestiers, scieries, fabricants de meubles, négociants en bois, importateurs, fabricants de papier, imprimeurs, etc.) et qui désirent obtenir un certificat, recevront également la visite d’un auditeur indépendant. Celui-ci vérifiera que le bois acheté est lui-même certifié PEFC, avant de contrôler le suivi des procédures administratives, notamment le suivi des flux bois/papier. Si les entreprises satisfont à ce contrôle annuel, leur bois ou papier pourra être commercialisé sous le label PEFC. De sorte que si tous les maillons de la chaîne sont certifiés, le consommateur final aura la garantie que le produit provient de forêts gérées durablement. En Belgique, 376 entreprises actives dans le secteur du bois étaient détentrices de ce label en 2017. Un atout commercial non négligeable !

« Nous apprécions beaucoup le bois, mais nous ne cherchons pas à l’intégrer à tout prix dans nos projets. Nous le prônons uniquement s’il apporte une plus-value ». André Lecomte est l’un des trois fondateurs de hélium3, bureau liégeois d’ingénieurs-architectes et architectes qui ont uni leurs compétences, voici près de dix ans, afin de concevoir des bâtiments « positifs », tant pour l’environnement que pour l’humain. L’agence s’est spécialisée dans les ensembles de logements, les résidences pour personnes âgées, les bâtiments professionnels et les bâtiments publics. Point commun à tous ses projets : les critères de développement durable y occupent une place de choix. Le bois fait donc partie des plans d’hélium3 depuis ses débuts.

« Nous choisissons le type de matériau en fonction des desideratas de nos clients, bien sûr, mais également en fonction des expertises des ingénieurs en matière de contraintes comme la stabilité, l’acoustique, la résistance au feu… Si le béton ou la maçonnerie se prête mieux à un projet, nous allons opter pour ce matériau. Mais s’il existe des raisons de préférer le bois, nous n’hésiterons pas. » Et l’ingénieur de prendre l’exemple de l’extension d’une crèche à Momalle (Remicourt) qui a valu à hélium3 de faire partie des candidats sélectionnés pour le concours d’architecture lancé par les organisateurs du Salon Bois & Habitat. « Cette crèche devait impérativement rester en activité pendant les travaux. Nous avons donc choisi l’ossature bois car cette technique permet de réduire tant la durée du chantier que les nuisances comme le bruit, la saleté et l’humidité. »

Le bois intégré à d’autres matériaux

« Dans la plupart de nos projets en bois, nous intégrons d’autres matériaux », souligne André Lecomte. « L’ossature bois et, dans une moindre mesure, la technique CLT posent en effet le problème de la surchauffe. Pour gérer celle-ci, il faut amener de la masse dans la construction avec des éléments lourds comme la maçonnerie ou le béton, de façon à avoir la juste inertie. »

Et demain ? Aux yeux de l’ingénieur, le bois ouvre de nouvelles perspectives car il est un bon catalyseur pour y adjoindre des matériaux biosourcés. « Si le béton chaux-chanvre permet de bien réguler l’humidité, des isolants comme la cellulose insufflée ou la paille complètent efficacement le système d’ossature bois. Ces procédés peuvent avoir un coût, mais ils permettent aux candidats bâtisseurs d’avoir une philosophie cohérente en matière d’écologie. »

Les spécificités du bois demandent des compétences pointues.  A Namur, le Bureau d’Etudes Bois Ney and Partners WOW se propose d’aider les architectes, entreprises, promoteurs et maîtres d’ouvrage  à mener à bien leurs projets de construction en bois.

 

© Ney & Partners – Specimen Architects

Si le bureau namurois, filiale du bureau d’études de stabilité bruxellois Ney & Partners, a choisi de se spécialiser dans le bois en 2013, c’est lié à la prise de conscience de l’importance de la compétence de l’ingénieur en stabilité dans le processus de conception des ouvrages en bois. Ce matériau offre des solutions structurelles et architecturales incomparables, mais il requiert une formation spécifique qui fait encore trop peu partie du parcours général de la formation d’ingénieur, à la différence des autres matériaux traditionnels tels que l’acier et le béton. Pour les responsables du bureau, cette lacune a des conséquences importantes sur l’utilisation et l’image du matériau : soit l’ingénieur ou l’architecte, par manque de connaissance, préférera proposer à son client une variante en acier ou béton, soit il risquera de faire des erreurs de conception au détriment de la sécurité, la qualité et la durabilité du projet. 

Les ingénieurs du Bureau d’Etudes Bois veulent donc palier ce besoin et apporter leurs connaissances afin de répondre au mieux aux ambitions architecturales et aux exigences actuelles des auteurs de projet. Ce faisant, ils ambitionnent de donner au bois sa place dans les constructions contemporaines.

© Ney & Partners – Specimen Architects
Les ingénieurs du Bureau d’Etudes Bois veulent apporter leurs connaissances afin de répondre au mieux aux ambitions architecturales et aux exigences actuelles des auteurs de projet. Ce faisant, ils ambitionnent de donner au bois sa place dans les constructions contemporaines. Ici, le bâtiment « Ki-Etudes », à Namur.

« Nous avons voulu être un acteur de ce développement car, en Belgique, le marché est à la traîne », explique Alexandre Rossignon, cogérant du bureau namurois. « Pas celui relatif aux maisons unifamiliales qui est aujourd’hui bien installé, mais celui, émergeant, du multi-résidentiel, des immeubles de bureau, des bâtiments publics tels qu’écoles, crèches, etc. Sur ces bâtiments de plus grande ampleur et présentant plus de complexité, un bureau stabilité spécialisé en bois est primordial pour l’étude complète et détaillée de la structure, des éléments constitutifs et des assemblages. C’est ainsi que nous offrons notamment nos services aux architectes que nous accompagnons durant toute l’étude du projet, depuis l’esquisse jusqu’au suivi de l’exécution en passant par le dossier d’adjudication ».

Des prouesses techniques dans le centre de Namur

Un exemple où le promoteur a pris le pari du bois dans une construction difficile ? Alexandre Rossignon aime citer le bâtiment « Ki-Etudes », dans la rue de l’Inquiétude, en plein centre de Namur, pour lequel son bureau a réalisé l’étude complète. « Nous avons travaillé en collaboration avec le bureau d’architecture Specimen, situé à Namur également, qui avait conçu une façade plissée avec des porte-à-faux à chaque niveau. L’étude de stabilité était donc complexe. L’autre difficulté était que cet immeuble à appartements de cinq étages devait être construit dans le tournant d’une impasse. Avec nos partenaires, nous avons opté pour la technique du CLT, qui permet un montage rapide. »

 

© Stabilame

Environ 40% en panneaux massifs, entre 30 et 35% en poteaux-poutres, le reste en ossature bois ou en madriers : voilà les parts respectives des différents systèmes constructifs utilisés par Stabilame, une autre entreprise familiale installée à Mariembourg (Couvin), qui a donc choisi… de ne pas choisir, mais de maîtriser toutes les techniques afin de pouvoir répondre aux demandes les plus diverses. Pour ce faire, l’entreprise de construction a un atout. Elle est née, début des années septante, d’une menuiserie industrielle, la menuiserie Riche, et possède donc ses propres ateliers de production qui n’ont pas cessé d’évoluer en fonction des progrès technologiques, depuis le pilotage des machines à commandes numériques à partir de dessins 3D à l’utilisation de drones permettant de faire des relevés de cotes entre deux bâtiments.

« Alors que d’autres se font fournir leurs matériaux et se contentent de les assembler, nous les fabriquons nous-mêmes au fur et à mesure de la demande de nos clients. Cela nous donne une plus grande flexibilité et nous permet de faire des économies de bois », explique Bruno Riche, dont l’entreprise a poussé jusqu’à l’extrême le souci d’éviter les pertes en s’équipant de matériel permettant de reconvertir les sciures et autres chutes en briquettes de chauffage.

Après avoir mis à profit ses connaissances en menuiserie pendant vingt ans en construisant des maisons en ossature bois, puis en utilisant le système des madriers et enfin celui des poteaux poutres, l’entreprise a pris un tournant en 2007 quand un vent nouveau venu d’Allemagne a mis en évidence les avantages des murs massifs, lesquels permettent notamment de meilleures performances acoustiques et thermiques.

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Premier fabricant de panneaux massifs collés dans le Benelux

« Toujours soucieux de fabriquer nos matériaux nous-mêmes à partir du bois brut local et à l’aide d’une main-d’œuvre régionale, nous avons investi 5 millions € en 2017 afin d’acquérir de nouvelles machines pour la technique du CLT. C’est ainsi que l’été dernier, nous sommes devenus la première entreprise du Benelux à fabriquer des panneaux massifs à partir de planches assemblées par collage. Nous en produisons 10 000m3 par an, pour nos propres constructions mais également pour les vendre à des professionnels. Ces panneaux sont très utilisés pour les grandes constructions, bien sûr, mais également pour la rénovation et, notamment, la rehausse des bâtiments. C’est ainsi que nous avons récemment construit des bureaux sous toiture, au-dessus du cinéma Caméo, à Namur. »

Afin de pouvoir répondre aux différents défis techniques et opter pour la meilleure solution en fonction des budgets, Stabilame s’est doté de son propre bureau d’études composé de deux ingénieurs et de dix techniciens. « Nous pouvons ainsi offrir un accompagnement technique aux architectes indépendants qui viennent avec leurs projets, car les formations aux spécificités du bois ne sont pas légion », souligne Bruno Riche.


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